DOGME DE L'INDISSOLUBILITÉ DU MARIAGE
On lit dans Saint Mathieu: “ Les pharisiens vinrent à Jésus pour le tenter, et ils lui dirent: Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit? Il leur répondit: N'’avez-vous pas lu que celui qui a créé l’homme au commencement, créa l’homme et la femme et qu’il leur dit: C'est pour cette raison que l’homme quittera son père et sa mère et qu’il s’attachera à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair? Que l’homme donc ne sépare point ce que Dieu a uni: qguod ergo Deus conjunœit, homo non separet. Mais pourquoi, lui dirent-ils, Moïse a-t-il ordonné qu’on donnât un écrit de divorce à sa femme et qu’on la renvoyât ? Ordonné, non, reprend Jésus- Christ. Ilest vrai qu'à cause de la dureté de vos cœurs, Moïse vous a permis le divorce, mais au commencement il n'en fut pas ainsi.”
On voit ici que le mariage était indissoluble dans le commencement, que Notre Seigneur le rappelle à sa première institution ; qu'il abroge la permission qu’avaient les juifs de répudier leurs femmes en certains cas; donc le mariage est indissoluble de droit divin.
Dans Saint Mare, Jésus dit aux pharisiens et à ses disciples: ‘ Que l’homme ne sépare point ce que Dieu a uni...
Quiconque quitte sa femme et en épouse une autre commet un adultère à l'égard de celle qu’il a renvoyée ; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle se rend coupable d'adultère.”?
Et dans Saint Luc: “ Quiconque renvoie sa femme ct en épouse une autre commet un adultère ; et quiconque épouse celle que son mari a répudiée commet le mème crime.”
Dans l’un et l’autre cas, les paroles de Jésus-Christ sont générales ; elles n’admettent pas d'exception ; ce qui a fait dire à Saint Augustin: % Qui sommes-nous donc pour oser dire que dans tel cas on est adultère, quand on épouse une autre femme après avoir renvoyé la sienne; et que dans tel antre cas, on n'est pas adultère; tandis que l'Evangile déclare que quiconque agit ainsi est adultère.”?
L’Apôtre Saint Paul n'est pas moins exprès. Voici ce qu'il écrit aux Corinthiens : ‘ Quant à ceux qui sont mariés, ce n’est pas moi, mais le Seigneur qui leur fait ce commandement: que la femme ne se sépare point de son mari; si elle s’en sépare, qu’elle reste sans se marier, ou qu’elle se réconcilie avec lui; que le mari de son côté n’abandonne pas son épouse. La femme est liée à la loi du mariage tant que son mari est vivant ; que si son mari meurt, elle est libre de se marier à qui elle veut, pourvu que ce soit selon le Seigneur.” Ailleurs Saint Paul dit encore: ‘la femme mariée est liée par la loi du mariage à son mari, pour tout le temps qu’il est en vie, mais lorsqu'il est mort, elle est dégagée de la loi. Si donc, de son vivant, elle s'unit à un autre, elle est adultère; quand il est mort, elle est libre ; et en épousant un second mari, elle n’est point adultère.” “Ces paroles de l’Apôtre, dit encore Saint Augustin, si souvent répétées, tant de fois inculquées, sont vraies, pleines de vie, salutaires, ct n’ont pas besoin d'explication.”
Les textes de l'Ecriture que nous avons cités sont clairs, mais à côté de ces textes si clairs, il faut placer un passage de Sant Mathieu qui présente quelques difficultés : ‘ Quiconque renvoie sa femme, si ce n’est pour cause de fornication, et en épouse une autre, commet un adultère, et celui qui épouse la femme qui a été renvoyée, commet aussi un adultère.” Si donc, disent les hérétiques, un mari renvoie sa femme pour cause de fornication et en épouse une autre, il n’est point coupable d’adultère. Aïnsi raisonnent les Aunglicans et cenx qui prétendent que le divorce est permis.
Pour répondre à cette difficulté, remarquons d’abord que
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abord que
la Saïnte Ecriture ne peut pas être en contradiction avec elle-même. Il faut donc faire accorder ce passage de Saint Matthieu avec ce que nous lisons dans Saint Marc et dans Saint Luce, où il est dit dela manière la plus absolue: Quiconque renvoie sa femme et en épouse une autre, commet l’adultère,” et dans Saint Paul: ‘Ia femme est liée par la loi du mariage tant que son mari est vivant ; si elle épouse un autre homme pendant la vie de son mari, elle sera tenue pour adultère.”
Deux fois Notre Seigneur a répondu que le mariage chrétien ramené aux lois primitives, ne pouvait pas se rompre. Ïl en a conclu dans les termes les plus généraux que quiconque épousait une femme renvoyée par un autre devenait adultère:; qui dimissam duxerit, mechatur. Donc, dans le cas de linfidélité de son épouse, il autorise seulement l'époux à la renvoyer, et nullement à en prendre une autre, et le sens du verset de Saint Mathieu est celui-ci: Il est permis de renvoyer son épouse, lorsqu'elle est infidèle, mais même dans ce cas, si on en prend une autre, on est adultère.
Telle est l'interprétation que les Pères et les Conciles nous ont donné du passage de Saint Mathieu : “ Quoiqu'il soit permis aux époux, dit le Concile de Florence, dans le décret d'Eugène IV, aux Arméniens, de se séparer pour cause de fornication, il ne leur est pas permis pour cela de contracter un autre mariage, vu que le lien d’un mariage légitimement contracté est perpétuel.”
C’est aussi la doctrine d'Hermas, auteur du livre intitulé Pasteur ; d’'Athénagore, apologiste de la religion chrétienne, de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, d'Origène, de Saint Basile, de Saint Ambroise, de Saint Jérôme, de Saint Chrysostôme, du Pape Innocent I, des Pères du Concile de Milôve de l’an 416, auquel assista Saint Augustin; et, généralement, de tous les docteurs qui ont paru dans les siècles suivants.
Ainsi, pour résumer la réponse à l'objectien tirée de Saint Matthieu, faisons remarquer que le passage en question renferme deux parties.
La première comprend ce qui est permis au mari lorsque la femme a commis l'adultère, st la seconde, ce qui lui est défendu, mème dans le eas d'une séparation légitime. Or, l'exception : “ si ce n’est en cas d'adultère, nisi ob fornicationem,” netombe que sur la première partie, à laquelle elle se rapporte naturellement, comme si Notre Seigneur eût dit:
Quiconque renvoie sa femme, hors le cas de fornication, commet un adultère ; et celui qui ayant renvoyé sa femme pour une cause quelconque, même pour cause d’adultère, en épouse une autre, devient aussi coupable d'adultère. D'où l’on peut tirer cette conclusion, savoir : qu'il est permis au mari de renvoyer sa femme pour cause d’adultère, mais qu'il lui est défendu d'en épouser une antre après l'avoir renvoyée ; ee qui s'accorde parfaitement avec ce que nous lisons dans Saint Mare, dans Saint Luc et dans Saint Paul.
Le Saint Concile de Trente a mis cette doctrine dans tout son jour par cette profession de foi: “ Le premier père du genre humain, Adan:, inspiré par le Saint Esprit, déclara la perpétuité et l’indissolubilité du lien conjugal, quand il dit: Vorci l'os de mes os, et lu chair de ma chair ; c’est pourquoi l’homme quittera son pére et sa mère et s’uttachera à son épouse, et ils seront deux dans une seule chair. Notre Seigneur Jésus-Christ nons a enseigné plus clairement que par ce lien deux personnes seulement doivent étre unies, un seul homme et une seule femme, lorsqu’après avoir rapporté les paroles prononcées par Adam, il dit: C’est pourquoi ds ne seront plus deux, mais une seule chair ; et aussitôt il confirma la fermeté du nœud du mariage, déclarée par Adam si longtemps avant, en ajoutant ces mots: Donc ce que Dieu a uni, l’homme ne le séparera point.”
Le Concile ne s'est pas contenté de déclarer l'indissolubilité du lien conjugal, en s'appuyant d’une part sur les paroles d'Adam, qui l’a dit expressément sous l'inspiration du Saint Esprit, et d'autre part sur les paroles de Jésus- Christ, qui défend à l'homme de séparer ce que Dieu a uni ; il à formulé douze eanons ou règles de foi qui condamnent les principales hérésies des protestants touchant le mariage. L'un de ces canons est ainsi conçu :
Si quelqu'un dit que l'Église se trompe lorsqu'elle a enseigné et qu’elle enseigne, selon la doctrineévangélique et apostolique, que le lien du mariage ne peut être dissous pour cause d’adultère de l'un ou de l’autre époux, et que l’un et l'autre, même celui qui est innocent, qui n’a donné ancune occasion à l’adultère, ne peut, pendant tont le temps quesca conjoint est vivant, contracter un autre mariage; que le mari se rend coupable, lorsqu'ayant renvoyé sa femme adultère, il épouse une autre femme, et que la femme se rend également coupable, lorsqu'ayant renvoyé son mari adultère, elle épouse un autre mari, qu’il soit anathème ! ”
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Il est done de foi catholique que l'Eglise ne se trompe pas, lorsqu'elle enseigne que le mariage ne peut &tre dissous pour cause d’adultère. Mais comme l’adultère est la seule cause qu'on prétend faussement trouver dans l'écriture pour autoriser le divorce, il s'ensuit que le mariage ne peut ètre dissous dans aucun cas.
Le cinquième canon de la session vingt-quatrième du Concile de Trente : “ Si quelqu'un dit que le mariage est dissous par l’hérésie, on par les chagrins et l’ennui de la cohabitation, on par l'absence affectée de l’un des époux, qu'il soit anathème.”
Il importe, mes frères, de vous exposer en peu de mots les principaux motifs de cette grande loi de la société domestique, à une époque où tant d'écrivains se moquent etfrontément, dans les livres etles journaux, de la sainteté et de l’indissolubilité du mariage; et je vous prie, mes frères, d’y faire une sérieuse attention ; la chose en vaut la peine : il s’agit de la loi constitutive et fondamentale de la famille.
1° Des l'origine du monde, le mariage a été déclaré indissoluble. Mais pour quelle raison ? Parcequ'il figurait le mystère de l'ineffable union de Jésus-Christ avec son Eglise. D’après la doctrine du grand apôtre, le mariage entre chrétiens est un grand sacrement en Jésus-Christ et en son Eglise, en ce qu’il représente, de la manière la plus parfaite possible, le mariage du Fils de Dieu avec son épouse, qui est l'Eglise. Or, le fils de Dieu s’est uni à son Eglise pour toujonrs, non seulement pour le temps, mais encore pour l'éternité. Ilne quittera jamais la sainte humanité dont nous sommes les membres ; il l’a fait asseoir avec lui sur son trône, à la droite de son Père, et elle y restera éternellement. Donc le mariage chrétien forme un lien indissoluble entre l’époux et l'épouse.
2° Le mariage est un sacrement. Il n’est pas seulement d'institution divine, mais il est Ini-même une chose divine, comme tous les sacrements. Ses conditions essentielles ne sauraient être modifiées, encore bien moins changées; et l’homme ne peut y toucher sans se rendre coupable de sacrilége. Qui donc pourrait avoir le droit de modifier ou de changer les conditions essentielles d’un mystère où d'un sacrement, lorsque l’Église elle-même déclare qu’elle ne peut rien sur la substance même des sacrements ? Or, Jésus-Christ nous enseigne que l’homme ne doit point séparer ce que Dieu a uni. Le lien du mariage est done indissoluble.
3° Le mariage étant indissoluble de droit divin, le divorce avec la faculté de se remarier ne peut être autorisé par aucune loi, ni pour cause d’adultère, ni pour toute autre cause. % Vous chassez votre époux, disait Saint Ambroise, et vous pensez que c'est votre droit. Mais, si la loi des hommes le permet, celle de Dieu le défend. Ecoutez cette loi à laquelle vos législateurs doivent obéissance : “ Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni, guod Deus conjunæit, homo non 8 paret.”
Vouloir permettre le divorce sous le prétexte de rendre les époux plus libres, c’est confondre la liberté avec la licence. Une telle loi serait nne source continuelle de divisions entre les époux, les familles et les enfants. La possibilité seule d'obtenir le divorce par l’adultère, serait un attrait pour le crime; elle suffirait pour altérer la tendresse et la confiance mutuelle des époux, et les provoquer à l’inconstance et à l'infidélité.
D'ailleurs, à défaut de la connaïssance du cœur humain, ne sait-on pas par expérience qu’en séparant l’homme et la femme sans leur laisser l’espoir d’un rapprochement, le divorce ne peut qu’engendrer des haines implacables, en mème temps qu’il anéantit tout sentiment de‘piété filiale dans l'enfant qu’il sépare du père on de la mère ?
Barrnel, dans ses Len sur le divorce, à un député de l'assemblée nationale, expose en ces termes les maux qui en résultent pour la société entière : “ Le bonheur de l’état est dans la paix et la concorde des citoyens, dans l’intelligence des diverses ftunilles. Le mariage unissant deux époux, rapproche les parents, les alliés : en faisant deux heureux, il fera vingt amis. Le divorce viendra, il fera vingt ennemis mortels ; il suscitera les parents, les amis de l’épouse contre l'époux, contre sa famille, et contre ses amis. Le mariage avait confondu les intérêts, raffermi les fortunes ; le divorce viendra diviser les intérêts, renverser les fortunes, élever des discussions, susciter des procès, anéantir des testaments, et les tribunaux ne retentiront plus que de plaintes contre l'époux, qui laisse là lépouse après avoir consommé sa fortune; contre l’épouse, qui laisse là l'époux en demandant ce qu’elle aura dissipé.”
Bentham, jurisconsulte anglais, qui soutient la cause du divorce, ne peut cependant s’empêcher d’avouer que l’indissolubilité du mariage est beaucoup plus conforme à la loi naturelle. Voici ses paroles: “ Le mariage à vie est done le
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mariage le plus naturel, le plus assorti aux besoins, aux circonstances des familles, le plus favorable aux individus pour la généralité de l'espèce. N’y ent-il pas de lois pour l'ordonner, c'est-à-dire, point d’autres lois que celles qui sanctionnent les contrats, cet arrangement serait toujours le plus commun, parcequ'il est le plus convenable aux intérèts réciproques des époux. L'amour de la part de l’homme, l'amour et la prévoyance de la part de la femme, la prudence éclairée des parents et leur affection, tout concourt à faire imprimer le caractère de perpétuité au contrat de cette alliance.”
Bentham disant que le mariage à vie est le plus naturel, dit par là mêine qu'il est le plus conforme à la loi naturelle.
Saint Thomas dit expressément (Sup. 9. 67. a. 1): “ Ce qui appartient principalement à la loi de nature, c’est ce que la nature bien établie a reçu à son origine. Or, telle est l’indissolubilité du mariage, comme on le voit (Matt. 19. Elle appartient done à la loi de nature.
“ Il est selon la loi de nature que l’homme ne soit pas contraire à Dieu. Or, l’homme serait contraire à Dieu, d’une certaine manière, s’il séparait ceux que Dieu a unis. Par conséquent puisque l’indissolubüité du mariage est établie par là (Matt. 19), il semble qu’elle appartienne à la loi de nature. D'où il suit qu'il n'appartient à aucun pouvoir humain de dissoudre le lien du mariage qui a été légitimement contracté. Car il n’y a que Dieu qui puisse dispenser à l’égard de la loi naturelle.”
Le Souverain Pontife Pie IX a condamné la proposition suivante : De droit naturel, le lien du mariage n’est pas indissoluble, et dans différents cas le divorce proprement dit peut être sanctionné par l'autorité civile.”
Dire naturæ matrimonii vinceulum non est indissolubile, et in variis casibus divortium proprie dictum auctoritate civili sanciri potest. (Syllabus 67).
Donc divorcer est un acte contraire au droit naturel, et dans ancun cas l’antorité civile ne peut autoriser le divorce. Que faut-il donc penser d’un gouvernement qui s’arroge le droit de déclarer le divorce autorisé par la loi? Que faut-il penser d’un peuple qui reconnaitrait une pareille loi? Ce gouvernement serait un despote; ce peuple serait un esclave. Evidemment une loi qui autoriserait le divorce, sans réclamation de la part de la nation, serait un des symptômes les plus alarmants de la tyrannie d’un gouvernement et de la dégradation d’un peuple.