‹ Instructions et médiations pour le temps du Jubilé [microforme]Chapitre 30 sur 34 · V. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

V. CONSIDERATION

Le fidèle doit recevoir l’indulgence avec une sainte confiance qu’elle sert à la décharge des peines de l’autre vie.

Je parlerai au Seigneur mon Dieu, quoiqueje ne sois que poudre et cendre, et sans sonder son secret, J'oserailuidemander : Seigneur, qui avezparlé dans les saints Conciles, dans celui de Nicée, dans celui de Trente, comme dans toutesles autresassemblées de votre Eglise catholique, c’est en votre nom et par votre autorité que le premier a nommé l’Indulgence une humanité, une douceur : j'ai aussi entendu la doctrine du saint Concile de Trente, Concile des derniers temps ; mais vous présidez par votre esprit saint aux derniers comme aux premiers temps de votre Eglise catholique, dans laquelle et avec laquelle vous avez promis d’être toujours. La doctrine de ce Concile est que l’Indulgence est très-utile et très-salutaire : mais, à Seigneur, quelle serait

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cette utilité, quelle serait cette humanité et cette douceur, si en exemptant les fidèles des rigueurs de la justice de l’Eglise, ce n’était que pour les soumettre à de plus grandes rigueurs dans la vie future? (Aug. in Ps. 87.) O mon Dieu, j'ai appris de vos Saints, que tous les supplices de cette vie ne sont rien en comparaison de ceux que vous préparez dans le Purgatoire aux ames qui ne sont pas encore assez épurées pour entrer dans ce roÿaume éternel, où rien de souillé ne trouve place. Mais d’aïlleurs il est véritable par la sainte et inviolable doctrine de votre Eglise catholique, qu’en subissant les travaux de la pénitence, avec toutes les dispositions que vous demandez, on est ramené comme par un second baptème : ureté de sa première régénération, Si l’on cut par ces salutaires rigueurs parvenir à un si heureux et si parfait renouvellement, ce serait mal récompenser la ferveur des pénitens, que de leur épargner les peines qui les auraient si parfaitement régénérés, sans leur laisser l’espérance de venir par leurs regrets, et en profitant de l’indulgence, à un semblable état. Ainsi, on ne peut douter raisonnablement que l’indulgence ne serve à nous décharger des péines de l’autre vie et du Purgatoire. Que sert de nous objecter que les pénitences qu’on exige dans les Indulgences et les Jubilés, sont trop légères pour faire une raisonnable compensation des peines de l’autre vie ; puisque tant de graves auteurs, dont on a vu quelques-uns élevés à la chaire de Saint Pierre, ont enseigné que les œuvres pénitentielles qu’on donne comme pour matière nécessaire à l’indul-

gence, quoique petites en elles-mêmes, sont tellement rehaussées par laccroissement de ferveur que l’indulgence inspire aux saints pénitens, qu’associées au prix infini du sang de Jésus-Christ et aux mérites des Saints, par la grace de l’Indulgence, elles peuvent être relevées jusqu’à produire une parfaite purification.

Dans quel degré il faut que soit cette ferveur pour produire un si grand effet, nous n’avons pas besoin de le savoir ; il suffit à l’homme, sans vouloir être plus savant ni plus sage qu’il ne faut, d’allumer autant qu’il peut dans son cœur, cette sainte ardeur, et d’abandonner le reste à la divine miséricorde, qui sait la mesure qu’elle a donnée à ses bienfaits. Saint Jean dit que la parfaite charité bannit la crainte. (Jo. 4. 18.) Cela est certain, puisqu'il est pro. noncé par un apôtre. Mais si l’on voulait raisonner sur le degré où la charité atteint à cette perfection, on se jéterait dans une curiosité non-seulement inutile, mais encore dangereuse. Qui sait aussi à quel degré doit être un acte d’amour pour unir l’ame si parfaitement avec Jésus-Christ, qu’il soit capable de la transporter au ciel sans passer par le Purgatoire? Il ya pourtant un degré où cela est; mais il n’est pas nécessaire qu’il nous soit connu. Il y a aussi dans l’exécution des œuvres pénales auxquelles on attache l’Indulgence, un degré de ferveur

ui absorberait toutes les peines de la vie future.

est ce degré de ferveur que ces mêmes docteurs ne permettent pas de déterminer; et quoi qu’i} a soit, il est certain qu’on a toujours besoin d’,.igence ; qu’elle a toujours son uti-

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lité; qu’en elle-même elle est toujours efficace, et qu’on ne peut attribuer le manquement ou la diminution de son effet, qu’à sa propre indisposition, et à sa propre langueur.

Quiconque voudra donner un effet encore plus grand à l’Indulgence, il le pourra, pourvu qu’il n’en fasse pas une occasion de relâchement, mais qu’il soit toujours attentif, selon le précepte de l’Evangile, à aimer d’autant plus, qu’il croira qu’on lui accorde un grand pardon.

PRIERES, AFFECTIONS ET RESOLUTIONS

On demande à Dieu son amour, avec protestation d'observer ses Commandemens.

ON Sauveur, pontife éternel selon l’or-

dre de Melchisedech, toujours vivant

dans le ciel afin d’intercéder pour nous : je viens à l’indulgence de votre Eglise qui est la vôtre, en toute humilité et simplicité, sans disputer sur vos dons, et avec une ferme foi que cette Indulgence m'est très-utile et très-ntcessaire, et en même temps qu’elle est très-puissante et très-efficace : j’y viens avec le dessein d’accrofitre en moi votre amour. Il sera toujours véritable qu’en remettant davantage, vous voulez qu'on vous aime davantage. C'est le Canon fondamental de la pénitence ; c'est la règle que vous avez prononcée de votre sainte et divine bouche dans votre Evangile. Vous en avez tiré la confession de la bouche froide et dédaigneuse d’un Pharisien, plus lépreux encore dans l'ame que dans le corps ; ce superbe ne voulait pas laisser approcher de vous les pécheurs humi-

liés et pénitens ; mais moi Je fends la presse, je viens à vos pieds, et ne vous quitterai pas que vous ne m’ayez béni ; que je n'entende de vous cette douce et inestimable parole : (Luc. 7.47.) ‘ Plusieurs péchés lui sont remis, parce ‘“ qu’elle a beaucoup aimé ; et encore; Celui à ‘“ qui l'on pardonne plus, aime plus.”

Mais vous avez dit que si l’on vous aime, il faut garder vos commandemens, et les garder par amour. C’est par les œuvres et non point par les paroles, ni même par les sentimens, que l'on montre qu on vous aime. Ainsi je m'atacherai à votre loi: je la repasserai nuit et jour en ma pensée : en m'endormant, en me réveillant, soit que Je soës dans ma maison, (Deut. 6. 7.), ou que je marche dans le chemin ; c’est-àdire, soit que J'agisse, soit que je demeure en repos, je ne la perdraiï jamais de vue : (Prov. 6. 22. 25.) “‘ Elle m'accompagnera dans mes vo- ‘ vages ; elle me gardera dans mon sommeil ; à ‘ mon réveil, dès le point du jour, je m'entre- ‘ tiendrai avec elle, comme disait Salomon, ‘ parce que votre commandement est un flam- ‘“ beau devant mes yeux : votre loi est une lu- ‘“ mière qui me réjouit et me guide, et les cor- ‘ rections que jy reçois de votre bouche pa- ‘ ternelle, sont ma vie.”

Percez-moi le cœur des traits de votre divin amour : brisez ce cœur endurci, par une sincère et parfaite contrition : Ôtez-lui ce qu'il y a du sien, et créez en moi un cœur pur, un cœur nouveau qui soit tout à vous, afin que je dise nuitet jour, Votre volonté soit faite ; car c'est là le vrai exercice de l'amour divin.

est-àure en rov. 6.

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