SEPTIÈME INTERROGATION
Ce que vous venez de nous dire sur le jeu nous a causé une grande surprise. Cependant nous ajoutons foi à ce que vous nous assurez relativement à celui qui est défendu. INous souiiailons à présent que, pour nous éclairer et nous tranquilliser, vous nous expliquiez combien il y a de sortes de jeu, quand, et comment on y pèche.
RÉPONSE
11 faut avouer d'abord que les grands maux tirent leur origine des jeux défendus , et comme ceux qui ne le sont pas ])puvent en devenir aussi une source féconde, vous saurez que les théologiens en distinguent trois sortes : jeux de pur hasard, comme sont ceux de dés, de la bassette , du pharaon et autres semblables : les jeux d'adresse, comme sont ceux de la boule , du ballon , du billard , etc. ; enfin les jeux mixtes , où l'adresse et le hasard ont une bonne part, tels sont les jeux de trictrac et de caries. Les jeux d'adresse, quand on y joue modérément, ont toujours été jugés innocents et permis. Quelques théologiens même croient qu'il n'y a que ceux-là qui le soient réellement. Quant aux jeux mixtes , c'est-à-dire de ha^ sard et d'adresse, ils les considèrent comme dangereux, ou tout au moins ils les tolèrent ; mais en général ils décident que les jeux de pur hasard sont universellement et absolument défendus. Toutes les lois civiles et canoniques les condamnent ; les premières ne reconnaissent au gagnant aucun droit sur le gain qu'il a fait, et accordent au perdant le droit de réclamer ce qu'il a perdu (F«V/. lege victam. 1. eod. dealeal.); les saints canons, de plus, interdisent aux ecclésiastiques le jeu de cartes (41. 42) ; le quatrième concile de Latran (caiii. 5) fait la même défense sous des peines graves , et menace de censurer les infracteurs qui ne la respecteront pas. Toutes ces peines et ces censures ont été confirmées par le saint concile de Trente (Ses5. 22. de refor. cap. 1) ; enfin les rois ont porté de sévères décrets pour l'exterminer dans leurs états , le regardant comme un fléau qui ruine et appauvrit les villes et les familles. C'est donc violer toutes ces lois et se rendre coupable devant Dieu que de jouer aux jeux de hasard , et tout gain que l'on y fait est un gain illicite.
Hélas î malgré toutes ces prohibitions, ces jeux continuent à être en vigueur! quelque rigoureuses que soient les lois qui les interdisent , elles n'en sont pas moins enfreintes et violées
avec audace et sans scrupule. Il semble aujourd'hui qu'il n'y en a pas (de jeux) qui procurent plus de jouissance que ceux ûùle hasard décide tout. Une personne qui est passionnée pour •C€S jeux ne s'adonne jamais à ceux où l'espiil et l'adresse sont employés , mais seulement à ceux dans lesquels la fortune -aveugle la favorisera de quelques succès inattendus et fortuits; et ce qui surprend davantage, c'est que, comme je vous l'ai déjà fait observer, ce sont le- hommes qui paraissent les plus réguliers qui sont les jjlus affectionnés à ces jeux auxquels ils se livrent sans aucun remords de conscience. Mais pourquoi cela? parce qu'on n'a pas la connaissance nécessaire de ces lois , <^l qu'on ne s'efforce pas de l'acquérir, et peu, je n'en saurais expliquer la raison, se donnent la peine d'en instruire les peuples. Devrai-je donc aussi garder moi-même le silence ? ah ! <jue le Seigneur me préserve de celte lâcheté , et que jamais je ne trahisse mon ministère, .le dirai donc pour éclairer mes .semblables, qu'ils ne peuvent point jouer à ces jeux défendus, et que s'ils ne tiennent point compte de cette défense , continuant à s'y livrer , comme s'ils étaient permis , ils courent risque de leur salut éternel.
HUITIÈME IMERROGATIG.N.
Mais les princes tolèrent cependant de semblables jeux?
RÉPOiNSE.
Vous n'ignorez pas que je l'ai déjà dit , qu'ils les défendent absolument : que si quehiuefois ils n'usent pas de la sévérilê des lois contre les transgresseurs , et qu'au contraire ils les tolèrent , vous devez savoir qu'ils sont établis de Dieu pour gouverner les peuples, qu'ils sont obligés de veiller à la tranquillité et à la paix des républiques et des états , et que pour assurer l'une et l'autre ils souffrent beaucoup d'abus pour fermer la porte à de jjIus grands encore. Ainsi, pour éviter à la société des crimes plus horribles, suivant la doctrine de saint Augustin , ils ferment les yeux sur d'autres, que d'après l'Apôtre il n'est pas j)ermis de nommer , et que chacun sailcejpendant être contraires à la loi de Dieu.