‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 13 sur 26 · NEUVIÈME INTERROGATION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME INTERROGATION

Puisqu'il y a un si grand mal à jouer à ces jeHX de hasard, «n n'y jouera plus. Mais quant aux autres , pourrons-nous ^onc nous y livrer suivant notre goût, sans réserve , et sans cj'ainlede pécher?

RÉPONSE

Je réponds que vous le pourrez , quand vous n'emploircz pas trop de temps à ces jeux , comme je vous en ai averti plusieurs fois ; que vous ne les prolongerez pas trop, et que vous ne vousy adonnerez que par forme de récréation. Mais quoique permis en eux-mêmes, lorsqu'ils sont continus, immodérés, et presque de tous les instants , que l'on s'y pi'opose le gain et que Ton y expose de grosses sommes, ils sont aussi défendus, îi raison des fautes qu'on peut y commettre , et qui s'y commettent ordinairement. Mon Dieu 1 qu'il est déplorable et malheureux que nous so>ons dans un siècle où les chrétiens , pour la plupart , ne savent ni se divertir , ni jouer , s'ils ne .se souillent par des péchés dans les jeux et les divcriissements mêmes! Les plaisus d'aujourd'hui ne présentent plus iju'une ladeur insupportable, s'ils ne sont assaisonnés de fautes , et il semble qu'on n'a du goût pour rien, que lorsque Dieu se ti-ouve offensé.

DIXIÈME IMERROGATIO.X.

Puisque donc on peut pécher non-seulement dans les jeux de hasard , qui sont })ositivemcnt défendus, mais encore dans ceux qui sont permis en eux-mêmes, nous vous j)rions , pour notre instruction , de nous faire connaître quand nous nous rendons coupables de fautes.

RÉPONSE

Je réponds que quand le jeu a pour but le gain , et que l'on y expose de grosses sommes, les péchés que l'on commet nonseulement dans les jeux de hasard, mais encore dans ceux qui sont d'adresse, se multiplient à l'infini. Us s'y conunettent à raison des personnes qui jouent ; en second lieu, à raison des personnes avec qui l'on joue: en troisième lieu , à raison de lu manière dont on joue; enfin à raison du temps dans lequel on joue. Entrons dans quelques détails sur les péchés relatifs aux personnes qui jouent. Les pères et mères de famille qui ont des serviteurs et des servantes sur les mœurs desquels ils <luivcnt exercer une surveillance active, pèchent quand ils jouent. J'en dis tout autant de ces parents qui ont /les enfants qu'ils doivent élever chrétiennement. Mais puisque le jeu est un obstacle à racconq)lissement de ce devoir si important, il est hors de doute (|u'ils se rendent coupables d'un péché (dus ou uioins grave , selon qu'ils manquent plus ou moins

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à celte obligation. Ils pèchent encore , ceux qui exposent tles sommes tellement considérables, qu'en les perdant ils se mettent dans l'impossibilité d'entretenir convenablement leur famille , d'établir avantageusement leurs enfants , et de leur donner un état a\ec lequel ils puissent subsister. Ce serait bien encore pire si, par suite du jeu, ils se réduisaient à une extrême misère , non-seulement les personnes riches , comme cela arrive tant de fois, mais encore les négociants, les marchands, les serviteurs et les artisans qui risquent leurs fonds , leurs gages, ou ce qu'ils ont gagné la semaine, sans tenir nul compte tles larmes de leurs épouses et de leurs enfants , qui sont parla privés de nourriture, et tristement réduits à ne porter que des haillons : ce sont, pour le dire en propres termes, des larrons qui volent et consomment en folles dépenses ce qu'ils devraient réserver et employer pour les besoins de ceux qui leur appartiennent, et auxquels ils doivent une atTection toute spéciale.

Ils pèchent ceux-là qui, ayant des négociants, des artisan? et des ouvriers à satisfaire, des dettes à payer, exposent au jeu cet argent qui leur serait nécessaire pour l'acquitlemenl des créances qui existent contre eux ; et combien de fois un pauvre commerçant qui aura vendu des marchandises à ces joueurs, un artisan, un ouvrier qui auront épuisé leurs forces au service de ces dissipateurs , seront complètement oubliés, parce que cet argent auquel ils avaient un droit bien légitime a été employé à payer les dettes contractées au jeu. Mais, dites-vous, il n'y a rien d'étonnant en tout cela , parce que toutes les dettes que l'on y fait, d'après la loi, doivent se payer avantles vingt-quatre heures écoulées. Alors je dis, moi, que si cette loi existe, il en est une autre fondée sur la nature, qui l'emporte sur la première , loi qui oblige très étroitement ceux qui ont acheté des marchandises à les payer , ceux qui ont eu des domestiques à leur service , ou ont fait travailler des ouvriers à les satisfaire. 11 est encore une autre loi qui est la loi divine, la première de toutes , laquelle défend de retenir injustement le bien d'autrui. Mais vous m'alléguerez que celui qui ne paye pas d'abord ses dettes contractées au jeu ne passe j)lus pour un homme d'honneur, qu'il est noté d'infamie , et qu'il est exclu pour jamais de la compagnie des personnes bien élevées. A cela je réponds à mon tour que celui qui ne paye pas ses créanciers et ses dettes n'est plus un disciple de Jésus-Christ, qu'il ne mérite plus de porterie nom de chrétien, f|u'il est un injuste, un voleur, et qu'Usera àjam-i:s privé (KM'

société des Anges et des Saints dans le ciel. Hélas ! il h'csl (]ue trop vrai que ces infâmes joueurs laissent impitoyablement languir, des mois et des années entières, de pauvres créanciers sans les payer, tandis qu'avant l'échéance des vingt-quatre heures, on se haie de payer la somme perdue au jeu.

Oh ! loi inique inventée par le démon, afin que les joueurs, ayant toujours quelque chose à exposer au jeu, persévèrent toute leur vie dans leurs péchés, pour pouvoir les entraîner plus sûrement dans l'enfer ! 0 jeu essentiellement mauvais, source de toute iniquité et de toute injustice î m'écrierai-jc avec saint Bernard de Sienne : 0 fous toi iniquitatum maledictiis ludus (Serm. i'2. de passiotie).

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