‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 17 sur 26 · QUINZIÈME INTERROGATION · texte numérisé non relu

QUINZIÈME INTERROGATION

Mais si les choses sont ainsi, il faut conclure que celui qui veut se sauver doit totalement et pour jamais abandonner le jeu.

RÉPONSE

Ayant déjà posé en principe , d'après saint Thomas et toir> les autres théologiens , qu'il peut } avoir des jeux licites et permis, pourvu qu'on s'y livre dans un but hoimète et qu'ils soient revêtus des conditions que nous avons déjà indiquées plusieurs fois, la principale étant qu'on n'en fasse pas une occupation sérieuse, mais seulement une récréation de quelques instants, je réponds que vous pourrez jouer sans mettre on il-inger votre salut éleruel. JoucZj dit le Saint-Esprit (EccL 3i\

V. 15. 16}. pourvu que vous vous absteniez du péché en jouant: Lude....^ et non indelictis. Mais quant aux jeux qu'on appelle jeux de hasard el dans lesquels la fortune décide seule de la victoire ou de la perte, vous devrez absolument y renoncer, puisque vous ne voulez pas vous mettre dans un péril évident de vous perdre. 11 s'agit , mes Frères, de votre àme, qui a coûté à Jésus-Christ TetTusion de son sang précieux : il s'agitde vous assurer une éternité de joie dans le ciel , ou d'éviter une éternité de supplices dans l'enfer. Serait-il î)0ssible qu'en face d'un danger si grand, tel qu'est celui de perdre son àme, le paradis , et d'être précipité dans des brasiers qui ne s'éteignent plus, vous voulussiez encore vous adonner à un jeu, .source empoisonnée de tant de maux? Ah ! non, mes cher.s frères, mais faites à Dieu le sacrifice du misérable plaisir que vous y gontez , d'autant plus qu'il est défendu si sévèrement par toutes les lois : anéantissez en vous , par amour pour Dieu et pour le salut de votre àme, celte passion. Puis, quant aux autres jeux, innocents en eux-mêmes el qui sont permis , ne vous y livrez qu'avec modération, évilez-y alors ces excès qui l)euvent les rendre et les rendent en elïet criminels et dangereux: Lade..., et non indelictis. C'est pour cela qu'il serai? beaucoup plus facile à ceux qui s'y adonnent avec une espèce de fureur , ou, pour mieux dire, qui sont emportés d'une ardeur brûlante pour cette sorte de jeux, licites d'ailleurs s'ils s'y livraient avec modération, d'y renoncer, que de s'arrêter une fois qu'ils auraient provoqué ou accepté une partie quelconque. Profitez du conseil que je vous donne : ne jouez jamais et vous éviterez bien des péchés.

SEIZIÈME LMERROGATIO.N.

Ce serait beaucoup vous accorder que de consentir à renoncer à tout jeu. Cependant nous y renoncerons en partie, mai> à présent nous désirons savoir de vous , quand , et pendant quel espace de temps nous pourrons nous livrer au jeu, afin qu'il ne devienne pas criminel , mais qu'il soit licite et innocent ?

RÉPONSE

La demande que vous m'adressez est une de celles auxquelles l'on ne répond pas facilement, ne pouvant assigner une (axe et une mesure qui s'adapte à l'état et à la condition de <haque personne; car celle qui conviendra à quelques-unes no conviendra pas à d'aulres. Nonobstant cela, pour satisfaire

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à votre demande , je vous indiquerai une règle générale qui servira pour toutes les conditions. Ce n'est pas moi qui l'ai découverte, mais je l'ai empruntée aux saints Fères qui l'adoptent communément, et la voici : ils disent que quand on s'amuse, qu'on se récrée , ou qu'on joue, on ne doit user de toute', res choses que comme on use des remèdes. Venons à présetJ au premier point: Quand nous servons-nous des remèdes? est-ce quand nous sommes en santé? nous nous en gardons Ijien. Alors, en agir ainsi ce serait jeter le désordre dans les humeurs, en troubler la circulation , et se rendre malade tandis qu'on ne l'était pas. Ce n'est seulement que dans un cas de nécessité, lorsque nous sommes surpris de quelque maladie, que nous en usons ou que nous nous les laissons administrer. Ainsi donc, comme nous l'avons dit ailleurs, avec saint Thomas, quand le corps est tellement harassé de fatigue, cl l'esprit tellement abattu par suite des travaux pénibles auxquels l'un ou l'autre s'cst livré, qu'ils ont tous les deux besoin de réparer leurs forces , alors nous devons seulement nous servir du jeu comme d'un moyen de récréation : voilà comment je réponds au premier point de la demande concernant le temps auquel on peut jouer. Venons au second point de la même demande, relative à l'espace de temps que l'on peut consacrer au jeu. Les remèdes se prendraient-ils pendant tout le cours d'une journée ? en faisons-nous de ces remèdes notre aliment et notre boisson ordinaires ? beaucoup moins encore. !N*accuserait-on pas de folie celui qui en agirait ainsi? Ces potions médicinales se prennent rarement, et seulemeni quand la nécessité nous y contraint , et alors même on les réduit à la plus petite quantité possible, parce qu'elles sont na- Uirellement dégoûtantes. 11 n'est donc personne, si peu avi>.qu'il soit, qui veuille user à tous les instants et à toutes les heures du jour d'un remède quelconque, ni en faire son alimenlef sa boisson ordinaires. Telle est la règle que nous devons suivre relativement à l'espace de temps à emj)loyer au jeu. 11 n'est rien qui neconvienne moins à undisciple de lésus-Christ que déjouer tout le jour, de faire du jeu sa nourriture ordinaire , c'est-à-dire son occupation journalière. Quelle conduite fautil tenir? ÎNese livrer que rarement au jeu , n'y employer autant que possible qu'un court espace de temps. Une petite heure devrait être pour tous plus cpie suffisante ; pour plusieurs même ce serait trop , une denii-iicurc, généralement parlant, serait le nécessaire.

d:alo(,le >i p. iJ. JF.f;, 217

DIX-SEPTIÈ.ME I.NTEP.IIOGATIO.N'.

Mais vous nous restreignez un peu trop. Une pelile heure seuiemcnt à employer au jeu, et encore très-rarement, ce rjui, iijoulez-vous encore, est déjà plus qu'il ne laut pour un grand nombre ! Mais (]ue lerons-nous de toutes ces heures du jour , et surtout de celles de nuit ï Conunenl enlin passer son temps, si Ton ne joue pus ?

ri:fo.\se.

Oh ! que de choses j'aurai à vous expliquer ici ! Ou'avezvous à faire, dites-vous, dans les heures de la nuit ? et moi je vous l'indiquerai, c'est d'aller prendre votre repos ; en suivant mon avis, vous pourrez vous lever matin, salislaire avec plus d'exactitude aux devoirs de votre état, et surtout vous occuper de votre éternité. Vous ne sauriez vous imaginer com- Jjien il est préjudiciable nou-seulement au salut de votre àme , liont vous vous occupez si peu, mais encore à la santé de voire corps, de Taire du jour ia nuit et de la nuit le jour. C'est à ce désordre que les hommes les plus judicieux et les plus exj)érimenlés attribuent toutes ces morts subites si communes aujourd'hui, ces vieillesses précoces , l'extinction de tant d'illustres familles, ces attaques si foudroyantes d'apoplexie, avec le cortège nombreux de tant d'autres maladies que nous ne nommons pas ici , dont étaient exempts nos ancêtres, qui dormaient la nuit et prolitaicnt du jour pour travailler. Maisl'usage malheureux de bouleverser ainsi l'ordre établi parle Créaleui' s'étant introduit , qui pourra le détruire ? Puisqu'il n'y a point de réforme à espérer de ce côté , arrivons donc au point essentiel : vous ne savez comment employer les lieurcs du jour et de la nuit, ni comment tuer le temps sans jouer; mais avons-nous été placés sur la terre i)our jouer et vivre dans le sein ûcs plaisirs, elnotre vie ne doit-elle être qu'unjeu continu et successif, comme le disaient les impies dont nous avons naguère parlé ?non , mes Frères, nous ne sommes icibas que pour opérer notre salut éternel, et c'est une alTaire quiest tellement nécessaire et importante, que nous devons y consacrer tous les jours, toutes les lieures et tous les moments de notre vie, sans en perdre une si grande partie dans le jeu.

D'ailleurs Dieu nous a donné l'être, et par un acte de miséricorde toute spéciale, il nous a fait naître dans le sein d« l'Eglise catholique, grâce qu'il n'a pas accordée à tant d'hommes qui vivent hors de celle arche sainte. Ce Père divin, mù

iilâ DiALfu;!.!: sus; lî; jec.

par ramoiir imaicnse qu'il éjiroiivc pour ses créatures , a envoyé dans cet univers son Fils pour nous sauver. Et cet aimable Rédempteur , dans la vue d'accomplir les desseins de cet adorable Père sur nous, est venu en personne satisfaire au l)rix de sa vie et de son sang à l'immense dette de notre racbat. La miséricorde de ce Dieu , auteur de toutes les créatures , et la charité de son Fils ne méritent-elles pas que nous nous livrions ici-bas à des actes habituels de reconnaissance, de louange et d'amour, pour les continuer éternellement dans le Ciel? ISous ne sommes d'ailleurs dans cette vallée d'exil que pour un peu de temps encore , et peut-être plus tôt que nous ne pensons, nous mourrons, et nous serons forcés d'aller comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ pour lui rendre un coirij)le très-rigoureux de toute notre vie. Quel zèle devonsnous donc apporter à bien profiter de tous les instants qui s'écoulent pour nous préparer à ce grand passage et 5 ce compte terrible! Voilà quelles sont nos obligations; eî nous nous j)laindrons que le temps nous est à charge, et noui; ne croirons pouvoir mieux l'employer que dans le jeu ? Ah ! viendra un jour, et il est plus près que nous ne le pensons, où, si nous ne nous corrigeons pas, nous en pleurerons la perte sans qu'il nous soit possible de la réparer. Que ce temps si précieux ne s'écoule plus dans les jeux, mais servons-nous-en pour faire notre salut , et nous mériter d'obtenir dans le del celle gloire éternelle pour laquelle nous avons été créés.

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