‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 2 sur 26 · II. Le péché est le seul mal vei'ila!)le, parce que le péché · texte numérisé non relu

II. Le péché est le seul mal vei'ila!)le, parce que le péché

SUR LE Hcni. 3

seul nous prive de Dieu , qui est la source du ^Tai "bien. Dès que nous avons commis un péché mortel, nous cessons d'être les enfants de Dieu et ses amis; nous sommes aussitôt privés de sa grâce et de ses dons, dépouillés de tous les mérites que nous avions acquis. A part la foi et l'espérance qui demeurent comme mortes dans notre àme, le péché nous prive de toutes les vertus surnaturelles, et principalement de la charité. Dieu Iiabile encore en nous, à raison de son immensité; mais n'y résidant plus par sa grâce, il est en nous de la même manière qu'il se trouve dans une pierre, dans une plante; de la même manière qu'il se trouve dans les démons. 0 le triste état que celui où le péché réduit une âme! puisque Dieu dont la pos- .session fait le bonheur des justes sur la terre, et dont la vue fait dans le ciel la félicité des bienheureux, n'habite plus dans un pécheur que comme il habile dans un démon.

III. Enfin le péché est un mal souverain, c'est-à-dire qu'il renferme en lui-même une malice en quelque sorte infinie, ))arce qu'il est directement opposé au souverain bien qui est Dieu, parce qu'il outrage un Dieu infini en lui-même et dans toutes SCS perfections. Le péché fait à Dieu une injure si grande, que quand toutes les créatures se changeraient en autant de cœurs pour aimer Dieu, quand tous les Anges consentiraient à .souflrir les tourments les plus affreux pendant l'élernilé tout; entière, ces souffrances et cet amour de tous les êtres réunis ne seraient pas capables de satisfaire à la justice divine pour un seul péché mortel. Bien plus, dit saint Thomas, la sagesse même de lieu, tout infinie qu'elle est, ne saurait inventer une peine proportionnée à la grandeur du péché; et mille enfers, mille fois plus terribles que celui qui tourmente les damnés, ne seraient pas sulfisants pour punir un seul péché mortel. La raison en est bien claire : c'est que toutes ces peines seraient limitées, sinon dans leur durée, au moins dans leur intensité, et qu'un |)éché mortel fait à Dieu une injure infinie.

IV. Ou'est-ce en effet que le péché mortel ? C'est une offense faite par une misérable créature à la SLipréme, à l'infinie majesté du (réaleur, un outrage fait à l'honneur de Dieu. Le pétillé, selon saint Augustin, est un acte de la volonté par lequel elle se détache de Dieu, pour s'attacher à la créature. Cette définition renferme les deux raisons par lesquelles je vous |)rouve l'extrême malice du péché : Advcrsio voluntalis à hoiioinroni' tnui'jbilu , et iudfijila cjnvcrsio ad crfniiirain (Lnchir., c. 74), Pécher n'est autre chose que se révolter audacieusement contre Dieu, lui préférer indignement !a créature, mettre dans l3

-? I. iNSTRrr.Tiorf

créature sa fin dernière. L'liomiiîe,en toiiimeltanl lepéchisse révolte donc contre son Dieu, il s'oppose à sa divine volonté. 11 porte le mépris jusqu'à dire à Dieu ce que disaient de leur roi ces sujets dont parle saint Luc (19. 14) : Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous: IVoliuiiiis Imnc n'ijnnrc super ?Jo.?. îNous ne le voulons plus pour notre souverain, nous n'avons que faire de ses lois ; nous voulons vivre selon nos caprices, selon notre bon plaisir. Dieu voudrait mou amour, dit le pécheur : je ne veux pas le lui donner, je veux le donner à la créature. 11 voudrait que j'eusse un grand respect pour son saint nom : je veux l'avilir et le Ijlasphémer. Il veulquejc sanctifie les jours consacrés à sonculle, à son honneur: je veuxles profaner en travaillant, en faisant des marchés ; je veux employer ces jours à me divertir, à jouer, à m'énivrer. Dieu voudrait que je fusse charitable envers mon prochain, toujours en paix avec mes frères: et moi, je veux me venger, je veux être insensible aux misères d'aiUrui ; en im mot, je ne veux ni de Dieu, ni de sa ]oi: Noliiiinis.\'o\\\\ ce que c'est que le péché. C'est tme rébellion ouverte et manifeste de la volonté de Thommc contre la sainte volonté de Dieu ; c'est une opposition, une résistance obstinée à la sainteté de ses préceptes, à la justice de ses commandements.

V. Mais comment l'homme pourrait-il trouver des expressions pour rendre exactement la grandeur de l'injure, de l'outrage que le pécheur fait à Dieu par son péché, quand Dieu lui-même, selon la remarque d'un pieux auteur {Cluist. Insl., part. -2, /. /.), ne sait employer d'autres termes, sinon que le pécheur le méprise, le vilipende? Dans Ezéchiel (5. 6), il ne ditpasquele pécheur a transgressé ses commandemenîs, il dit qu'il les a méprisés : Cmitenipsii jtuUcid mm. Dans l'Ecdésiastique (49. 9), il ne dit pas : Les pécheurs ont perdu la crainte de Dieu ; mais : Ils ont méprisé la crainte de Dieu : ConiernpscruDl liiiiorem Dci. Par la bouche du prophète Isaïe O-Tj, il ne dit pas que les pécheurs lui ont désobéi comme des enfants ingrats et indociles, il dit qu'ils l'ont méprisé: /'llios entilriviclcxaVavi, ipxi uiileiu stpreverunl me. Dans les Proverbes (î . 25), il se plaint que les pécheurs ont méprisé ses conseils et même ses corrections : Dcspcxlsiis onnic cousi- Hum meiim, et iiicrepiiliuncs meds urfilcxislix. Saint Paul se sert «les mêmes expressions, et dit que le pécheur méprise les richesses de la bonté et de la miséricorde infinie de Dieu : Di~ ■vilias boiiiiaiis ejus coniemnis (Rom. 2. 4) ; qui foule aux pieds le Fils de Dieu, et profane son sang précieux : Qui fiUum Dei

srR LE PÉCHJ-. 5

conculcnverît et sangn'wem (eslnmenli pollulum diixerlt (Heb. Iff- 29). Or quel oiUiMge plus sensible peut-on faire à la majesté de Dieu, que de le mépriser? Oui, ô pécheur, ajoute l'Apô-' Ire (Ruiii. 2), en transgressant la loi de Dieu, lu déshonores Dieu lui-même , qui a fait cette loi : Per prcei-'uricationem leii'is Deiim iiilioiinras. Oh ! combien e?t donc grande la malice du péché ! combien est profond raveuglement de celui qui le commet avec tant de facilité !

VI. Pour mieux connaître encore la grandeur de celte injure, il faudrait pouvoir comprendre linflnie bonté, rinfinic majesté de ce Dieu que l'on méprise. Ce Dieu si grand , devant lequel les Ksprits bienheureux se couvrent la face par respect , devant lequel tremblent toutes les puissances du ciel ; ce Dieu si bon , si aimable , pour lequel les Séraphins brûlent sans cesse du feu de la charité la plus ardente, auquel des millions de millions d'Esprits célestes offrent sans interruption les transports de leur amour; ce Dieu tout-puissant, qui, d'une seule parole , a donné l'être à tout ce qui existe au ciel et sur la terre ; ce Dieu dont le soleil, la lune, les étoiles, les saisons, les éléments ei toutes les créatures suivent si ponctuellement les lois depuis tant de siècles ; c'est ce Dieu, si grand, si bon , si airnabl' el sipuiiiant que le pécheur offense, qu'il outrage et méprise.

Vil. El qui est-ce qui outrage ainsi un Dieu si grand et si puissant? ("esl une misérable créature, qui ne vil qu'aux dépens de son ('réaleur, et qui, sans son aide, ne peut respirer. C'est un homme qui a reçu de son Dieu Tètre et la conservalioi» , qui a été comblé de ses bienlV.iis et de ses faveurs ; c'est un esclave qui a été racheté au prix de la vie de son Rédempteur, au prix de son sang qu'il a répandu jusqu'à la dernière goutte. C'est cette misérable créature , à chaque inslant sous la dépendance de son Créateur, qui ^se se révolter ainsi contre lui : cet homme cond)lé de tant de bienfaits va jusqu'à mépriser son aimai)Ie Bienfaiteur ; cet esclave infortuné , racheté à un si grand |)rix de la servitude du démon , ne craint pasde fouler à ses pieds son divin riédemptcur î

VIII. Est-ce là toute la malice du péché ? non. 11 y a une autre circonstance qui le rend encore plus horrible : c'est (juele pécheur offense Dieu en sa présence et sous ses yeux. Ce pcrheursail ou doitsavoir qu'il ne peul pas commeltre le péché dans un lieu si relire et si secret , où l'œil de Dieu ne le découvre. Mais le soleil esl descendu sous l'horizon ; je suis cv.\îrouné de ténèbres, au milieu de la nuit la plus obscure : qui

tJ 1. IN>TRL'CT10N

peutrne voir ? Qnîs me videV! (Kccl. 23.25 ).C'élail Te langage de cet impie donl parle riisprll-SîiiiU tituis rilcclésiaslique. Soyez euvirouiiés de ténèbres el de murs les plus épnis , l'oeî! de Dieu vous voit, ajoute le Sainl-Ksprit : Onnitu ^ùdet ocalus iUi'.ix. Les yeux de bleu pénètrent votre ànie , ils o!)servent toutes lesdeinarelies de l'homine , ils déconvrenlce qu'il y a de pli-iS (-•acho dans les iibiincs du cœur lunuain : Oculi Djniniiniulià yiiis liividiorcs sunt super solcm ; circumspicientes uuntcs vias /icmiuMU , cl profnndum ahyssi , cl b'miiuiwi corda iniunilrs in olisvuinlîKif; p(ir!cs (v. 28 ). Or, qui peut con;-evoii'îa grièvelé lie ceile injui'eque le pécheur fait à JJieu? il est assuré que Dieu le voit , et il veui Toulrager srnis ses yeux. Ouel affront pour un éj)oux dont l'épouse lui manquerait non-seulement eu secret , mais encore en sa présence! L'àme chréiienne, e!î s'abandonnant au péché , fait à son Dieu une injure mille fois plus grande. Dans son baptême , et plus tard dans le tribunal de la réconciliation , elle a promis et juré à son divin Epoux une inviolable (idéliié , un amour élornel; et, sous les yeux mêmes de cet Epoux céleste, elle manque à ses promesses et à ses engagements solennels !

IX. Saint C)riile de .lérusalem, parlant de la fausse religion de certains peuples qui avaient abandonné le vrai Dieu , «lit que les uns avaient choisi le soleil, et d'autres la lune, pour èîre les objets de leurs adorations ; el voici, ajoute le >aint , pour quelle raison ils rendaient un culte à ces dieux : le soleil descendra sous Thorizon, disaient les i)remiers, et alors notre l'ieu ne pouvant jjIus nous apercevoir , il nous seia libre de satisfaire impunément toutes nos passions: notre déesse se cachera, disaient les autres; pendant le jour e!le ne sera pas à même de nous observer, et nous pourrons facilement prendre nos plaisirs: Càm ubirraveri)U quiddin oh nno Den^ et ulii quiduïn sutevi ponebant, ut, occidciile s(dc, nodis tcinpore sine Dca esscnl: atii cerô hiiHim , vt in die Dciim non liahucrnnl (Calh.4). Peut-on voir une malice plus profonde? se créer un Dieu aux regards duquel on pourra se soustraire , afin de se livrer sans crainte à toutes sortes de crimes î < ette malice néanmoins n'est pas comparable à celle d un chrétien pécheur. Ces païens aveuglés croyaient offenser leurs dieux en péchant, et cependant ils voulaient pécher ; mais au moins le respect qu'ils portaient à ces fausses divinités leur faisait attendre,pour se satisfaire, le temps où ils pensaient n'en être pas aperçus. Le chrétien qui pèche n'a point la même attention ni le même jfespectpour le vrai Dieu: il sait qu'en péchant il l'oflense el

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le déshonore , et cepeiuianl il vcuî pécher en sa présence et même sous ses yeux, sachant par la foi qu'il n'y a aucun momenl où il puisse échapper aux regards de son Dieu.

X. Mais pour quel motif le pécheur oulrage-t-il ainsi son Dieu ? c'est }Jour se porter vers un bien créé, vers une miséralAc créature, puisque, selon saint Augustin , le péché ne consiste pas seulement dans réluiguement de lîieu, mais encore dans rattachement à la créature : seconde raison qui nous montre l'extréine malice du péché, puisque le pécheur, en s'attacliaul à la créature , la préfère à Dieu même. Si c'est faire à Dieu l'injure la plus grande que de le mépriser en luimènje , que sera-ce si Von vient à comparer la créature à Dieu, et à la lui préférer? C'est néanmoins ce que fait le pécheur. H préfère la créature au Créateur ; il met lîieu sous les pieds de la créature. iNous savons tous que Uieu seul est ou doit être noire lin dernière, le vrai centre où notre iune i)eut trouver son rL'pos,r()bjctvérilaljle de notre éternelle féliciié; lescréatures sonls ulenient des moyens qui duivent nous servir à parvenir à cette lin. Mais que fait l'iionmie en cominellantle péché ?il détruit ce bel ordre, el met sa lin dernière dans les créatures : est-il possible de concevoir un abime plus profond de malice? est-il possible de porter plus loin le mépris de Dieu?

XI. 0 cieux , s'écrie Dieu lui-même par la bouche du prophète Jérémie ('2. 12), et vous, habitants des cieux, soyez dans la désolation etl'étjnnement : Obsiupesciic, cœli, supo' hoc ; et portœe.uti , desuluinini vehemcntcr. Mais pourquoi, Seigneur , employez-vous une expression si étrange , jusqu'à inviter au deuil et à la tristesse les cieux que vous avez créés si beaux et si i)iillanls? Ah! c'est que mon })euple a fait deux grands maux : il m'a abandonné, moi qui suis la source d'eau vive, et il s'est creusé des ciiernes fangeuses , des citernes qui ne peuventconlenir l'eau : Duo malu fccit populits meus: me dereliqueruiU funtein oquœ vivœ, el fuderuiit sibi cistermts dissipalaSy quœ Lonlinere non valent uqvus. Dieu s'appelle une source d'eau vive , parce qu'en lui seul se trouve la plénitude de tous les biens , et que lui seul peut satisfaire tous les désirs de notre cœur. Et comme une source d'eau vive fournit abondamment les moyens d'étancher la soif de tous ceux qui viennent ypuiser, ainsi Dieu voudrait ré|)andrc sur tous les hommes l'abondance de ses eaux divines,c'est-à-dire de ses grâces, comme il nous le fait entendre par ces paroles : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi pour se désaltérer : Si quissilit, veniat ad meeibibui (Joan. 7. 37). Vous tous qui avez soif, venez boire

s I. INSTRL'CTIOÎS

les eaux que je vous présenle: Onmes sitienles, venite ad aquaê (Is. 55. I).

XII. Mais il n'eu es! pas ainsi des créatures figurées par les citernes. Comme les cilernes n'ont que les eaux qu'elles reçoivent (In ciel, de même les créatures n'ont que les biens et les pcileclions qu'elles ont reçus de Dieu ; et il n'y a que celui qui en sait laire un saint usage, à qui elles puissent être un moyeu pour connaitre et pour aimer Dieu. Mais celui qui cherche en elles son bonheur, qui en lait l'objet principal de ses affections, n'y trouvera aucun bien qui soit capable de remplir et de satisfaire son cœur. Dieu n'a-t-il donc pas raison d'inviter les cieux et tous les habitants de ce bienheureux séjour à se couvrir de deuil et à se désoler, en voyant l'aveuglement des hommes qui abandoniicnl leur Créateur poiu- s'attacher aux créatures ? Et cependant on ne peut nier que lorsque le chrétien se rend coupable d'un péché mortel , non-seulement il s'éloigne de Dieu, vraie source de tous les biens , mais qu'il se porte encore vers les misérables créatures , qu'il cherche en elles son plaisir elsalélicité, et qu'illes préfère à Dieu même en plaçant en elles sa fin dernière.

XUI. Oui pourrait exprimer toute l'étendue et l'énormitéde cette iujure ? Non-seulement comparer la créature qui n'est r[en à Dieu qui est tout, mais encore la préférer même à Dieu! Aussi liieu s'en plaint-il hautement par la bouche du prophète

Jsaïe (40. 2b)l Cui nssiiiiiluslisvic, l't (nlieqnaalis, d icilSoinlus'f

l\*est-cepaslà, en effet, vouloir précipiter Dieu de son trône , pour y mettre la créature ? pour y mettre ce vice, cette passion que Ton veutsatisraire;pour se faire de ce vice, de cette passion, de cette misérable créature, une idole infâme, une espèce de divinité? Oui , dit saint .lérôme, autant de vices, autant de passions dont vous vous rendez esclaves, autant de fausses divinités vous élevez dans votre cœur , pour les adorer, au mépris dé votre Dieu. Pour le plusléger motif, vous laissezvous aller à rimpalience, à l'iiidiguation , à des transports de colère ? c'est la colère qui est votre l>ieu : Ira ubi tiens es/. Votre cœur est-il sans cesse dévoré par des sentiments de jaloasiecoulre votre prochain? c'est l'envie qui est votre Dieu : fnvidm deiis e.si. .\'avez-vous d'autres désirs que celui d'amasser des richesses , d'accroître vos possessions ? rargenl, les biens de la terre , voilà votre Dieu. Vous fatiguez-vous à la poursuite des faux plaisirs, des vais honneurs du monde? ces plaisirs et ces honneurs sont vos divinités. Mettez-vous tout voire bonheur à satisfniiT votre sensuidilédansle boire et dans le

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ïnnnger"? la gourmandise , Tivrogiierie sont l'obiet de votre culle : Qiionnn Dens çeuier est {PhW. 3. 19). Lc pécheur fuit sa divinité de Tobjel qu'il désire, qu'il honore, qu'il estime plus que Dieu, et qu'il aime et recherche comme sa fin dernière r Unusfiiiisquefiuod ciip'itcl vcnerulur, hoc illï deiis csl. (U.Hicr., vel alius auctor, sup. psal. 80).

XIV. Vous avez peine à croire ce que je viens de vous dire; vous en êtes, pour ainsi dire, scandalisés: mais écoulez , cl vous serez convaincus de la vérilé de ce quej'avance. Lorsque vous couîmcUezlc péché, vous placez Uieu vis-à-vis de celle passion que vous voulez satisfaire, de ce vain plaisir que vous voulez vous procurer , de cet argent, de cet honneur, de celle personne qui est l'objet de votre passion et de vos affections, et vous prononcez hardiuient que cet honneur , ce plaisir, cet argent, celle personne valent |)lus que Dieu. Vous vous faites donc «me disinilé de ces objets, puisque vous les préférez à Dieu, que vous les estimez et que vous les aimez plus que Kieu. Mais, en agissant de la sorte, vous transgressez la loi de Dieu, vous outragez Dieu delà manière la plus sensible. One m'importe que je transgresse la loi de Dieu, que j'ofîcnse Dieu, pourvu que je me procure ce plaisir et que je contente mes passions? Mais vous perdez votre âme. Que m'importe encore de perdre mon âme? Mais il n'y aura plus pour vous de paradis; il vous faudra l)rùlcr éternellement dans l'enfer. Je renonce au |)aradis . je consens à brider éternellement dans l'enfer, pourvu que je puisse me satisfaire dans ce monde. — Voilà le langage du pérhenr , et voilà ce que c'est que le péché. (Uierchez-vous à le comprendre, 6 vous qui buvez l'iniquité comme l'eau?

XV. Ces expressions font trembler les âmes justes; et si chacun voulait méditer cette effrayante vérilé et en faire le sujet ordinaire de ses réflexions , il n'est personne qui ne préférât mourir mille fois plulôtque de commettre un péché n-.orlel. Voilà néanmoins la conduite du pécheur. En se rendant coupabledu péché mortel, il se fait un dieu nouveau contre la défense expresse de Dieu même: Non ait in te deus nveus (Psal. 80. 10). 11 précipite le vrai Dieu du trône de son cœur, et ilsubstilue à sa place une idole inlàme , comme sont les créatures dont nous avons parlé. Il préfère ces créatures à Dieu, il met en elles sa fin dernière; et, pour elles, il n'hésite pas de sacrifier la grâce et l'amitié de son Dieu, de perdre son âme , de renoncer au ciel et de choisir un enfer éternel. O p'ché mortel, combien la malice exécrable est peu connue des liuniinesl

'3Ô n. INSTRUCTION

j XVI. CoTicîuoTis avec saint Augustin que le péché csl le mtîî "^êritiihle, le mal unique, un mal infini, puisque celui qui le <onimetse révolte contre son Dieu, en refusant d'obéir à sa loi, en le chassant du trône de son cœur, pour mettre à sa :p1ace les plus infâmes idoles, de viles créatures qu'il préfère à son iMeu et dans lesquelles il met sa fin dernière ; n'hésilant pas, pour l'amour de ces créatures, de perdre la grâce, de perdre son âme, de renoncer au paradis, de mériter un enfer éternel, d'oulrager un Dieu éternel , tout-puissant, infiniment grand, infiniment bon, infiniment aimable, un Dieu seul digne de tout honneur et de toute gloire. Est-il possible de porter plus loin l'outrage et le mépris de Dieu? Si l'honmie connaissait une seule des perfections de Dieu , comment pourrait-il vivre, après avoir commis un seul péché mortel? Si îin rayon divin éclairait rame du pécheur, la vue seule d'un péché mortel serait capable de le faire mourir.

XVII. Ah! Seigneur, nous commentons à connaître combien le péché mortel est un grand mal. Tout autre mal serait supportable ; mais le malheur de vous offenser est si terrible, que nous vous supplions de nous faire éprouver tous les maux ^u monde, et la mort même, plutôt que de nous laisser loml)er désormais dans un seul péché mortel. Quanta ceux dont nous nous sommes rendus coupables , daignez nous les pardonner dans votre miséricorde infinie, ^on, plus de péché, ■ô mon !àeu! puisqu'il nous éloignerait de vous, à qui nous voulons toujours être unis en celte vie , afin de mériter le boniieur de vous être unis durant l'éternité.

DEUXIÈME I^ÎSTRUCTION

SUR LE PÉCHÉ, îie pccbé mortel tend à détruire Dieu, et renonvetlc la mort de J Jsus-Ctirist,

L'homnre, en commettant le péché mortel, méprise la loi de Dieu , il méprise Dieu lui-même; il se préfère à riiini . il lui préfère ses passions, il lui prélère la créature , et par conséquent il fait à Dieu l'injure la plus grave, l'outrage le plus sensible. C'est ce que nous avons considéré dans la premi>re Instruction sur le péché mortel. Mais afin de mieux connaître la grièveté et l'extrême malice de ce péché, nous l'envisngejons aujourd'hui sous un autre poini de vue, et nous verrou*

SUR LE Pl'OHÊ. M

qu'il teiHl à détruire Dieu lui-même, el qu'il renouvelle de la manière la plus barbare et la plus cruelle la passion et la mort de Jésus-Christ.

I. On ne peut entendre, sans être saisi d'horreur, lesex- T^ressions dont se servent les saints Pères, lorsqu'ils parlent du péché mortel. Us rai)pellent nn anli-Dieu , pour nous faire comprendre que le péché est direclementet formellement opposé à Dieu. Ils le nomment un déicide, c'est-à-dire , cherchant à donner la mort à Dieu. 11 est vrai que Dieu ne peut pas mourir: mais tel est le caractère du péché mortel, telle est sa perversité, que , s'il avait autant de pouvoir qu'il a de malice, il le ferait mourir. Si Dieu pouvait cesser d'exister, s'il pouvait être détruit , le péché mortel le détruirait, le ferait cesser d'exister. Dieu, dit l'Apôtre (//. Tim. 6. 16), habile une lumière inaccessible ; il est assis sur un trône si élevé, que les coups de la malice humaine ne peuvent l'atteindre : néaîimoins le péché mortel fait tous ses elTorts i>our le détrôner, eliises perfections mfinies il oppose une malice infinie.

II. C'est la doctrine de saint Thomas et de tous les saints Pères que, l'injure devenant plus grave à proportion delà dignité de celui qui la reçoit, il s'ensuit que le péché renferme une malice infinie, puisqu'il offense un Dieu dont la majesté es! infinie: Et uhô peccalum contra Dcum comniissum qucundmn itifinilatein habet ex infinikite diviiiœ Majestatis (D. Th., 3. ])., q. 2 , art. 2. ad 2). Mais , direz-vous , il n'y a que Dieu qui soit inlini; comment donc peui-il être vrai de dire que la malice du péché est infinie? Je réponds que si, par infini, on entend ce qui n'a point eu de commencement et qui n'aura point de fin, Dieu seul en ce sens est infini, parce que. lui seul est éternel dans sa durée , immense par sa présence, toutpuissant dans ses œuvres, dans son être infini, sans commencement et sans fin. Mais, dit un orateur sacré (Joly , t. 2. sur h p. ni. ), si par infini l'on entend ce qui est sans mesure, comme fut la grâce accordée à Jésus-lTirist dès le premier insî^mtdesa conception; ou ce qui ajapporl à un objet infini, comme scrailla maternité de Marie, qui a pour terme le Verbe divin , et la gloire des Saints dans le ciel qui a pour objet mi Dieu infini; je réponds que, dansées deux sens, la malice du péché est infinie; premièrement, parce qu'elle est sans terme et sans mesure ; et en second lieu , à raison de son rapport à Dieu , que le péché offense et déshonore plus que ne peuvent l'honorer par leurs louanges et leurs adorations toutes les âmes justes qui sont sur la terre, et tous les Anges et les

12 n. rNSTiuiciioN

Sainis qui sont dans le (ici. lùilin, pour en venir à noire l)nr, le péclié esl infiîii, piure que si Dieu pouvait êlre détruil el anéanti, ce monstre infernal aurait déjà atteint son but.

Ilî. ("e n'est donc pas assez pour le pécheur de se révolter ouvertement contre Dieu en refusant d'ol)éir à sa loi, de met- Ire dans son cœur, à la place de Dieu, les plus infâmes idoles, de préférer les plus viles créatures à son Créateur, de le menre au-dessous d'elles et de les élever au-dessus de lui. IMùt à liiMi, dit saint Bernard, que la volonté perverse du pécheur se conlenlàlde cet'e i-él»ellion cl de celle indigne préférence! mais non ., ce n'esl pas là qu'elle veut s'arrèlei'.

IV. I:llie vajus(|u'à déchaîner sa fureur, jusqu'à exercer sa cruauté contre l'auleur même de sa vie, contre son Créateur, conli'eson Dieu. C'est là, continue saint Cernard, ce qui nonseulement me fait horieur , mais ce (jui serait ca|)ahle de me faire mourir : Uiituan vcl lus rchns luuii nia cs.sv/, ne iit ipHum, h'inihilc diiiii! desœviici auriurcni. I.es pécheurs se sont armés de leur épée contre Dieu , pour lui doimer la mort et le détruire, s'ils étaient assez puissants : Giadium evuijiiKn-eruut peccaiorcs (l's. 36. H). Mais le Seigneur esl un Dieu lerribîe, il est appelé dans la sainte l'criture le Dieu fort, le Toul-1'uissant, et le pécheur n'esl qu'un néant devant lui. N'importe : c'est contre ce Dieu terrible, fort el loul-puissanlque ce pécheur, que ce néant s'arme el se fortifie : Cunira Omnipotniicm rohorcdiis est (,lob. lii. 25). Le péché, dit saint Jean Chrysoslôme , est un néant rebelle armé contre Dieu: Niliil rehi'lli-, et in Deumurnnihim. Celui qui conmielle péché s'arme donc contre Dieu pour le faire mourir. Cela n'est pas possible , direz-vous. N'importe : le pécheur le veut , il fait tout ce qui est en son pouvoir pour détruire Dieu lui-même.

V. Ceci ne vous parait pas vraisemblable; mais réfléchissez. Lors(|ue ce pécheur jure, lorsqu'il déshonore el qu'il vilipende, comme un démon, le saint et redoutable nom de Dieu; lorsqu'il profane les jours consacrés au service du Seigneur ; lorsqu'il ravit le bien d'aulrui, ou qu'il le relient injustement; lorsqu'il s'enivre ou qu'il cherche à satisfaire ses autres passions: en un mol, lorsqu'il transgresse ouvertement la loi de son Dieu, il doit nécessairement vouloir de ces deux choses l'une: ouïe châtiment dû à son péché, qui est la damnation éternelle, ou l'exemption de ce châlinient el l'impunité de son crime. Qu'il puisse vouloir sa damnation, le chàliment de son péché, c'est ce qu'on ne peut soutenir, parce qu'alors il voudrait son mal. Cl un mal éternel : or l'homme ne peut vouloir que son bien ,

SLR LI-: PFXIKÎ. 13

OU ce qui a l'apparence du bien. Que désire donc ce péclicur ea counnetlant son ciime? Il désire ["impunité de son péché, il voudrait qu'il n'y eût aucune loi qui défendit celle action, il voudrait qu'il n'y eût aucun cluUiment pour le punir. C'est ce dont il se (laite, c'est ce qu'il espère, c'est ce qu'il désire ; c^est ce que cherchent à se persuader un grand nombre de pécheurs; et les plus impies ne travaillent pas seulement à se le persuader à eux-mêmes, ils vont encore prêchant à ceux qui veulent les entendre , que les actions les plus inlames ne sont pas des péchés , qu'elles ne sonl des crimes que dans la bouche dos prédicateurs importuns qui ne veulent que troubler la paix et le lepos des hommes.

Vi. Si donc le pécheur ne veut pas le châtiment, mais l'impunité de son crime, que s*ensull-il? Il s'ensuit qu'il voudrait priver Dii-u de ses infinies pcifeclions , et par conséquent il voudr;iit le détruire et l'anéanlir. Car, ou il désire que Dieu ne le voie pas, qu'il ne connaisse pas son péché, ou que, s'il le voit et le connaît, il n'ait pas la volonté de le punir; ou enfin , que s'il en a la volonté , il n'en ait [las le pouvoir. Si le pécheur désire que Dieu ne le voie pas lorsqu'il commet le péché, qu'il lic lui soit pas présent, il voudrait priver Dieu de son inunensité et de sa science infinie. S'il désire que Dieu n'ait pas la volonté de punir son péché, qu'il y soit indilï'érent, i! voudrait enlever à Dieu sa sainteté et sa justice. Si enfin il délire que Dieu n'ait pas le pouvoir de le punir, il voudrait lui oler sa toute-puissance et son autorité suprême. Quelle malice exécrable ! s'écrie saint Bernard ( sernt. de Resurr. ) , quelle prétention sacriléj^e 1 Ciaihlis plané et omnhtni exe cr coula inalitia, qiiœ Dn poleiUiam , xapicndin)! et jnslitiam perire desideroi. Que si le pécheur désire dépouiller Dieu de sa science, de sa sainteté , de sa justice , de sa toute-puissance , ou de quelque autre perfection, il veut, autant qu'il est en lui, la des- (ruction de Dieu même. Dieu est cet être infini qui renferme nécessairement en lui-même toutes les perfections : s'il lui manquait une seule de ces perfections , il ne serait plus Dieu. Le pécheur qui voudrait le dépouiller de ces adorables perfections, voudrait donc par-là même le détruire etranéantir, s'il en avait la puissance comme il en a la volonté. Conséquence horrible, et que nous n'oserions tirer, si ce n'était là la doctrine de saint Jean Chrysostôme : Verè onmis homo malus, qucmlùni ad voluntalem sttam , el mUlil manuin in Dcum, et occidit eum.

Vil. Quelle malice que celle du péché mortel ! quelle cruauté que celle du pécheur envers son Dieu ! 11 s'arme contre sou

Dieu, pour lui enlever l'être et le détruire, s'il en était f*apable. Mais, dites-vous, qaand nous transgressons la loi deDleil et que nous commettons le péché , ce n'est pas là la fin que nous nous i)roposons, nous n'avons pas une volonté aussi perverse; nous voulons seulement prendre nos plaisirs et satisfaire nos passions. Qu'importe que vous ne vous proposiez pas de détruire Dieu d'une manière expresse et directe, si le péché renferme indirectement et implicitement en lui-même cette malice et cette cruauté , si le péché ne tend par sa nature qu'à détruire Dieu , s'il pouvait être anéanti? (iar , si Dieu n'avait pas riramortalité en partage , il cesserait d'exister chaque lois que l'honnue commet un péché mortel. Ouvrez donc une bonne fois les yeux, et cherchez à comprendre l'extrême malice que renlerntc en lui-même le péché mortel. Ne vous laissez pas tron»per par le démon , qui ne cherche qu'à vous aveugler. Réllêchissez sur celle terrible vérité, ô vous qui passez vos joursdansToubli de Dieu : Iiitclli(jite hœcqui ohlii-isiiminiDeitm (Psal. 49. 22). En conuneltanlle péché, vous vous êtes efforcés de détruire Dieu lui-même. Gravez-la pour toujours dans votre esprit cl dans votre cœur cette vérité, que le péché mortel tend à détruire Dieu, et qu'il l'aurait déjà détruit , si Dieu pouvait cesser d'exister. ,^

VIII. Mais celte mort que les pécheurs n'ont pu faire subir à Dieu, tandis qu'il était incapable de mourir, ils l'ont fait souffrir à son divin Fils après son incarnation. A peine le Fils de Dieu lait homme est-il né, que déjà Hérode emploie tous les moyens (pie lui inspire sa cruelle politique pour le faire mourir. Jésus-Christ s'élant mis ensuite à pronudguer sa doctrine évangélique dans les provinces de la Palesline, ici la iiiullitude ingrate veut le précipiter du haut d'une montagne, là elle veut le lapider; plus lard , les Scribes et les Pharisiens cherchent à le jeter en prison ; et enfin , s'élant saisis de sa personne adorable, ils le traînent devant leurs tribunaux, ils l'insultent par leurs blasphèmes, ils le déchirent à coups de fouet, ils lui •percent la tête d'une couronne d'épines, et rattachent ignominieusement à la croix. Le voilà sur la croix, votre Dieu; c'est sur cette croix que son àme sainte se sépare de son corps, après les tourments les plus alTreux. Quelle cruauté que celle que les Juifs exercèrent contre lui ! L'enchainer, le flageller, le couronner d'épines , le ira ner sur le Calvaire , et là , le crucifiera la vue d'un pcu|)le innombrable ! Combien parmi vous que la seule pensée, ou le récit de celte passion el do cette mort, atteitdriraiî jusqu'aux larmes ! combien qui, emportés par leur

SUR I.E PÉCnK. Î5

7:èle, se seraient jetés sur les bourreaux qui flrent subir à notre divin Sauveur une mort si cruelle !

IX. Réservez vos larmes pour pleurer un crucifiement plus douloureux que celui que Jésus-Christ endura de la part des .hiils. Laissez vivre les Juifs, afin qu'ils soient une preuve toujours convaincante de la divinité de notre sainte Religion, et dirigez toute votre indignation contre un excès plus monstrueux, c'est-à-dire contre Toutrage que le péché fait à Jésus-Christ, et que vous lui avez fait vous-mêmes chaque fois que vous vous êtes rendus coupables d'un péché mortel. Lorsqu'un pécheur commet une faïUe grave , il enchaîne de nouveau cet adorable Sauveur, qui a été cruellement mis à mort pour les péchés du monde, il déchire son corps, il le couronne d'épines, il le traîne sur le Calvaire, il renouvelle toutes ses plaies, il le crucifie de nouveau en lui-même : Rursùs cnicifiijmtes sibimelipsis Fitium Dci(neh.6.e).

X. Est-il bien possible, ô mon Dieu, que le péché vous ait fait mourir et vous fasse mourir encore chaque jour, vous qui nous avez donné la vie , et qui nous comblez de tant de grâces et de tant de bienfaits? Figurons-nous un fils dénaturé ijui a poussé la barbarie jusqu'à plonger un poignard dans le sein de celui dont il tenait la vie, et qui, bien loin d'avoir jamais fait aucun mal à ce fils ingrat , n'avait cessé de lui donner des marques de sa tendresse et ne s'était occupé que du soin de lui laisser un brillant héritage. Ce fils, qui n'a pas encore perdu tout sentiment d'humanité, est saisi d'horreur à la vue de son crime; il cherche les lieux les plus retirés, pour se dérober à la vue des hommes ; il se condamne à pleurer son forfait le reste de ses jours. Dieu, touché de son re))entir et de ses larmes , lui rend miraculeusement son père; et ce tendre père, oubliant Tingralitude et la perfidie de son fils, lui donne le baiser de paix et l'établit de nouveau son héritier. Que diriez-vous de ce fils si, après tant de bontés et tant de faveurs, il venait à plonger de nouveau le fer dans le sein de son père , et à le faire mourir une seconde fois? Vous ne trouveriez pas de termes pour rendre toute la barbarie de ce fils dénaturé.

XI. C'est là cependant la conduite que vous avez tenue envers Jésus-Christ, votre père céleste : vos' péchés l'avaient déjy fait mourir par la main des Juifs; mais s'étantressttscilé par sa toute-])uissance, il vous a donné le baiser de paix, il vous a réconciliés avec lui: et, après tant démarques de tendresse, \OHsIiii donnez encore la mort, en retombant dans le péché mortel ! Mille fois il vous a pardonné, et nilUe fois vous êtes

16 II. [^Sf^iL•LTlON

rotonîbés : non contents de Tavoir cuuvert de plaies une première l'ois , vous renouvelez ces plaies chaque jour , par vos nouvelles rechutes dans le péché ; non conlcnts de l'avoir cru- €iiié une première fois , vous le crucifiez tous les jours dans vulre cœur : bar, chacpie fois que le pécheur se rend coupable 4Îinie faute niorlelle , il crucitie en lui-inèine le Fils de Dieu. i/est la doctrine formelle de saint Paul : liitrsùm cmcip jenlcs aibiDieiipsis Filinm [Ici. Crucifiement qui serait bien plus douloureux à Jésus-Christ, s'il pouvait encore soulTrir, que ne le lui celui qu'il subit de la main des bourreaux. Crucifiement plus injurieux à .Jésus-Christ , que celui qu'il endura sur le (Calvaire : car, si les luifs le crucifièrent, ce ne lut qu'autant que .lésus-ChrisU'avait bien voulu. Il s'est olîerl, dit le prophète Isaïe, parce qu'il l'a voulu : Obitiias a^t, quld ipse volnH (53. 7). Mais le |)ècheurqui le fait mourir en lui-même i)ar le péché, agit contre la volonté expresse de .lésus-(.hrist. lit par combien de saintes inspirations ne cherche-l-il pas à détourner cet in- £!;rat d'un si horrihle attentat! « [""ais-moi celle grâce, ô mon (ils, dit-il à chaque instant au cœur de cet endurci ; ne m'offense plus, ne me fais plus mourir. »

XII. Les Juifs ne le crui-ifièrenf qu'une seule fois, elle pécheur le crucifie autant de fois qu'il commet des péchés mortels. Les Jnils le crucifièrent alors (|u'il était sujet aux souffrances el à la mort, et laiidis qu'il était dans la disposition de souffrir et de mourir pour nous; et le pécheur fait tout ce qui est en lui pour le faire mourir tandis qu'il est assis glorieux el immortel à la droite de son Père. Les Juifs, en lui donnant la mort, ne furent (jue les exécuteurs de la sentence que Dieu le l'ère avait prononcée de toute éternité contre son divin Fils, 4'omme nous l'apprend l'apùtre saint Pierre (/le/. Ap. 1. 28), pour accomplir le grand ouvrage delà rédemption el du salut des hommes; el le pécheur, en le crucifiant de nouveau dans son cœur par le péché, ne fait qu'exécuter les desseins de ^a volonté perverse; et bien loin que cette mort qu'il fait souffrir à Jésus-(Jirislsoilpour lui un moyen de salut, comme celle <iue les Juifs lui firent subir sur le Calvaire, celle mort devient pour le pécheur le principe et la cause de sa condamnation. Les Juifs firent mourir ce Hoi de gloire, sans le connaître ; puisque lésus-Christ lui-même, pour obtenir de son Père le pardon <le SCS bourreaux, lui dit : « Mon Père, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. » {Lac. 23. Vt). S'ils l'eussent connu, dit saint Paul (/. Cor. 2. 4), ils ne l'auraient jamais crucifié: Sicotjnovissent, nunqiùm Doininuin glorU/e crMci/à-iS'

srh LE l'ÉcnÉ. 17

ieut. Mais le pécheur le fait mourir tout en le reconnaissaut pour sou Créateur, pour son Rédempteur et pour son Dieu ; en sachant que celui à qui il donne la mort par son péché est le même qui a donné sa vie et répandu tout son sang pour son sakit et pour le salut du monde entier.

XUl. Mais ce qui nous fait mieux connaître encore l'horrihle cruauté du pécheur , et ce qui met le comhie à la malice du péché , c'est la manière dont il renouvelle la mort de Jésus-Christ et dont il le crucifie. Les Juifs, à la vérité, l'ont fait mourir d'une manière hicn cruelle et barbare en ralliubant à une croix : mais le pécheur porte l'atrocité plus loin ; il fait de lui-même et de son propre corps une croix à laquelle il attache de nouveau le Fils de Dieu: Cninfvicniea sihimctipsi^ Filiuiii Dei. Remarquez celle expression terrible de suint l'aul, dont vous n'avez peut-être jamais reconnu toute la force: 5/hinicdpsis: le pécheur crucilie le Fils de Dieu non plus sur le bois, comme le tirent les Juifs , mais sur lui-même; il esta la fois et la croix et le bourreau de Jésus-Christ. Avez-vous jamais entendu dire qu'un ennemi soit parvenu à ce pohit de cruauté, que de vouloir servir lui-même de gibet pour faire mourir son ennemi?

XIV. Oh ! combien de fois n'avez-vous pas fait de votre âme et de voire corps un gibet , une croix sur laquelle vous avez attaché Jésus-Christ: Rursùm cnicifricHics ^'obiunteiipsis Filidiii DcH Condiien de fois ne l'avez-vous pas crucifié dans votre esprit, par vos mauvaises pensées; dans votre cœur, par vos mauvais désirs? ( œurs plus durs que le marbre, c'est ainsi que vous traitez votre Dieu! Combien de fois ne l'avez-vous pas crucifié dans vos yeux , par vos mauvais regards; sur votre langue, par vos mauvais discours , par vos médisances , par vos jurements et par vos blasphèmes ? Combien de fois vos mains n'ont-elles pas servi de croix à Jésus- Christ , par les vols , les injustices , et tant d'autres actions criminelles dont vous vous êtes rendus coupables? Depuis quel nombre d'années ne faites-vous pas de votre àme et de toutes ses puissances , de votre corps et de tous ses membres, autant de gibets auxquels vous attachez le Fils de Dieu? Chacpie fois que vous avez commis un péché mortel , vous ave/, faitsoulTrir à Jésus-Christ une mort plus cruelle que celle qu'il endura sur le Calvaire ; vous avez percé ses pieds et ses niains; en un mot, vous avez fait de vous-mt'mes un gibets ;• L-quri vous avez crucilie de nouveau le Fils de Dieu: Rursù i, ructfvjeiilcs voOimnclipiiis !'i(iuin Uci.

18 n. INSTRrCTION

XV. Ne sentez-vous pas se réveiller dans votre cœur ê^ seniimenls triuilignalion coiitre vous-mêmes, à la vue de celle conduite que vous avez tenue envers votre lUeu ? De vons sentez-vous point attendris, point changés, point convertis? Ces réflexions , qui ont converti les pécheurs les plus obstinés, brisé les cœurs les plus durs, ne feraient-elles sur vous aucune impression? En voyant l'état déplorable où vos péchés ont réduit ,)ésus-('hrist sur la croix, au lieu d'être remplis pour lui des sentiments de la plus tendre compassion, delà plus vive reconnaissance, aurez-vous encore la force et le courage de le faire souiïrir, de le faire mourir de nouveau par vos péchés? Quel mal vous a donc fait cet aimable Sauveur? que pouvait-il faire de plus pour vous? Ou ai-je dû faire à ma vigne , que je n'aie pas fait? vous dit-il lui-même : Quid est qiiod iillrà ihbiii fm-crc v'neœ iiieœ , el non fccVi (Is. ô. 4).

XVI. 11 vous a donné l'existence , il vous l'a conservée, il vous a rendu la santé, il vous a préservés de mille accidents; il est descendu sur la terre , il s'est fait homme, il a donné sa vie et répandu son sang pour vous préserver de la damnation éternelle. Mille fois il vous a pa-rdonné vos péchés, il s'est donné à vous dans la sainte communion ; il n'a cessé de vous combler £le ses bienfaits : est-ce là ce qui vous porte à le mépriser, à transgresser sa loi , à faire tout ce qui est en vous pour le faire mourir de nouveau par vos péchés; à faire de votre àme, devoli'e corps, de tout vous-mêmes un gibet pour le trucider? Ah! que cette pensée, que vos péchés donnent la mort à .lésus- Christ, vous rende inconsolables pour tous ceux que vous avez eu le malheur de commettre. Que votre douleur et votre repentir d'avoir si souvent elsi grièvement offensé celui qui n'a cessé et qui ne cesse de vous faire du bien, durent autiuit que votre vie.

XVII. A la vue de cette croix où nos péchés ont attaché .Jésus-Christ, écrions-nous avec sainte Catherine de Gènes: « 0 Jésus crucilié , ù amour ! ])lus de péché , non , jamais plus de péché, puisqu'il tend à vous donner la mort. Comment se peut-il faire que nous ayons été assez ingrats pour vous olTenser? pourcjuoi ne sommes-nous pas morts , plutôt que de coninietlre ce péché? iNous méritons des chàtiuients éternels; mais souvenez-vous. Seigneur, que vous nous avez mérité notre partlon au prix de votre sang et de votre vie. Lavez donc toutes nos fautesdaus ce sang précieux, afin que nous puissions être admis dans cet heureux séjour que vous réservez à ceux qui oiille cœur pur. Ainsi soit-il. »

SUR LE PECiih'. «19

Haine que Dieu poilc au pcclic.

Je ne puis Iroiiver des expressions capables (le renciiTî exacteiuoiil etde bien l'aire comprendre loulc Tingraliludc de ces cliréiiens qui, après avoir eu Taudace d'oulrager Dieu par le péché niorlel, sont encore assez lé nié la ires pour oser dire : Qu'est-ce, après loul, que cepécUé? qnelmal ai-jc fait en le ^niniellanl ? 0 aveuiilenienl profond ! Ce que c"esl qu'un péchés Vous reiiardez donc comme une chose indilTérenlc de vous révolter contre le Vlaili'e souverain de l'univers, de secouer le joui; de sa lui sainte pour vivre selon vos caprices, d'abandoniicr 1 lieu pour vous attacher aune vile créature, pour goûter un faux plaisir d'un instant ? Les réflexions faites précédemmeil ne sullisenl donc point encore pour vous faire concevoir toute Kénormité et la m:dice du péché mortel ? Or, si ce que le pécheur fait contre Dieu n'est pas capable de vous don er une juste idée de ce que le péché est en lui-même, avançons, et disons quelque chose delà conduite de Dieu envers lui. Nous verrons aujourd'hui qu'il faut que la malice du péché mortel soit extrême, puisque i>ieu ne peut nullement le souffrir, qu'il lui est essentiellement opposé, qu'il le hait, qu'il le déteste et le châtie partout où il le trouve.

I. La haine que Dieu porte au péché est si grande, qu'il n'y a pas de langue cai)able de l'exprimer, ni d'esprit créé qui puisse la concevoir. Néanmoins, pour vous montrer combien nous devons le détester à l'exemple de Dieu môme, considtons les saintes Ecritures et les saints Pères. Le Roi-Prophète nous dit que tou^ les malins d s'occupait à considérer l'opi^oijilion infinie qui existe entre Dieu elle péché, et il concluait par ces paroles : Non, ô mon Dieu î vous ne pouvez aucunement vouloir, ni souffrir le ])éché : Qnouiam non Dcm volens iniqniitiieni In es (Ps. 6. V. 5). Jamais le pécheur, tant qu'd sera souillé de crimes, ne pourra s'ajjproclier de vous,januiLS vous ne pourrez le souflVir en votre |)résence : Aviiue hubiuib'itjiijcta le ni(tli(]nus,nc(j!ie pei)n(incbuiU inju^li aiHc otulos taos. Vous délestez tous ceux quicommellenl l'iuiquilé : OdisU om- Ves qui npemulur iniquilatcin.

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