II. Ce qui est le plus propre à nous faire concevoir l'aver
•20 j:i. liNbiULcnoN
sion de Dieu contre le péché, c'est qu'il est Tunique objet de sa hainc,et nous pouvons dire qu'il ne déleste dans le pécheur que le péché même. L'enfer, tout affreux qu'il esl, n'est pas pour Dieu un objet d'horreur, puisque c'est lui qui l'a créé pour être le lieu de ses vengeances, pour y châtier les anges rebelles et tous ceux qui meurent dans l'état du péché mortel. Non, Dieu ne déteste dans l'enfer que ce qu'il a détesté <Jans le ciel, lorsque les mauvais anges l'y ont introduit ; que ce qu'il déleste sur la terre, quand les hommes le commettent, c'est-à-dire le péché et le péché seul. C'est la raison pour laquelle Dieu ne cessera jamais, pendant l'éternité, de délester les démons ainsi que tous les réprouvés, et qu'il ne fera jamais de paix avec eux, parce qu'ils seront toujours dans l'état du péché. ¥a au contraire, à peine l'homme a-t-il chassé ce monstre de sou cœur en celle vie, que Dieu cesse de le haïr et qu'il fait la paix avec lui. « .le vois, dit sainte Catherine de Gé- « nés {C. Il), que Dieu a tant de conformité avec la créature » raisonnable, que si le démon pouvait se dépouiller du véte- » mcnl (lu péché dont il est couvert, à cet instant même Dieu r> s'unirait à lui par un véritable amour. J'en dis autant de )) l'homme: puriliez-lc du péché, et laissez agir notre Dieu, la « douceur même, qui n'a d'autre désir que de s'unir à notre « àmc. Ce qui nous montre qu'il est le seul mur de division en- » tre Dieu et l'homme, et par conséquent le seul objet de sa « haine : Iniiniildlcs {'csliœ diviscrunl inlcr vos cl Deum vex- M Inun. (Isa. .^9. '2). »
111. Un Dieu infiniment sage,infinimcnljusle,toul-pui.:;sLin*,ii'a donc dans tout l'univers d'autre ennemi, ni d'autre objet de sa haine que le péché. Oui, c'est toi seul, monstre infernal,queDieu ne peut pas supporler,que Dieu ne peut pas aimer,par('e qu'il a tout fait ; toi seul, tu n'es pas son ouvrage : c'est toi seul qu'il abhorre, (ju'il délesle. Oh ' si les chrétiens médilaient bien celle vérité qui est si manifesle, comment pourraient-ils commeltre un seul péché? le commettraient-ils avec tant de facilité? y vivraient-ils paisiblement, connue ils y vivent? Ah '.que les Saints éclairés des lumières célestes connaissaient bien mieux l'cnormité du péché! aussi en fuyaient-ils jusqu'à l'apparence. On en a vu qui sont tombés morts en méditant sur la malice du péché mortel, ou seulement en entendant des discours criminels. Quel esl donc l'aveuglement des hommes qui aiment le péché, seul objet de la haine infinie de Dieu !
IV. M;us d'où vient, direz-vous, qu'un Dieu toutamournour- I il cil !ui-m<iiie uFîc iuissi grande horreur du péché? Tous
SUR LF PÊCnÉ. 21
les théologiens léponilciU avec Siiint Ihomas, que cette haine de l>ieu pour lui naît de l'amour qu'il se porte à lui-même. Comme le bien est l'objet de l'amour, le mal est l'objet de la haine (/'. 2, quieai. 29, ari. I). Or, dit il ailleurs, le péché, qui est l'unique mal véritable, est diamétralement opposé au bien incréé qui est Dieu, parce qu'il est coutrairc à l'accomplissement de sa volonté età son amour ( P.\,ri. 48, art. 6, 2. rat.). La mesure de l'amour que Dieu se porte à lui-même est donc la mesure de la haine qu'il a contre le péché. Dieu est le souverain bien, et le seul bien véritable ; le péché est le souverain mai, et le seul mal véritable. Dieu est une beauté souveraine et infinie, le péché est une difformité souveraine et infinie. Dieu est la source de toute sainteté, de toute vertu, de toute perfection ; le |)éché est la source de toute malice, de tout défaut, de toute imperfection. Le pécbé est donc essentiellement opposé à Dieu. Autant Dieu a d'amour pour lui-même, autant il doit donc avoir d'aversion pour le péché. D'où il suit (pie Dieu s'aiinant d'un amour nécessaire, infini, éternel et efficace, ii le hail d'une haine nécessaire, iufluie, étemelle et efficace.
V. Premièrement, l'amour que Dieu se porte à lui-même est un amour nécessaire. Si le bien, comme nous l'avons dit, est l'objet de l'amour , Dieu étant le souverain bien , est par-là même souveraincmenl aimable. Or, ce bien souverainement aimable existe nécessairement , et l'amour que Dieu se porte a lui-même étant inséparable de son existence, il s'ensuit que Dieu s'aime nécessairement , et par conséquent la haine qu'il porte au péché qui lui est essentiellement opposé devient en lui une haine nécessaire. La haine dans l'homme est un acte de sa volonté libre qui peut le produire, le suspendre, ou faire un acte contraire; mais en Dieu la haine du péché appartient à sa substance même, et par-là cette haine lui est essentielle connue ses autres perfections divines. D'où nous devons conclure (pie la toute-puissance, la sagesse, la sainteté, la miséricorde étant des attributs essentiels de la Divinité, aussi bien que sa haine pour le péché, Dieu le déteste de toute l'étendue de. sa puissance, de toute l'étendue de sasagessc,de toute l'étendue de sa sainteté, de toute 1 étendue de sa miséricorde.
VI. Mais on ne peut pas concevoir comment Dieu déteste le pécbé de toute sa miséricorde ? La miséricorde de Dieu n'est-elle pas cet attribut qui porte son cœur plein d'amour ù répandre ses grâces sur les hommes, à leur communiquer ses don--, a iaiii' (lu i)ion à tous ? Oui, mes Trère:' , c'est îà le iluux
caractère de la miséricorde divine; mais le péché s'oppose à ses desseins : elle ne voudrait que nous faire part de ses bienfaits, mais le péché en arrête le cours ; elle voudrait pardouuer aux pécheurs , mais le péché la force à les châtier. Ah !' malh.eureux pécheurs î Dieu, dans sa miséricorde , voudrait vous combler de ses faveurs en cette vie, et vous rendre, participants dans l'autre d'une gloire éternelle ; et vous, par vos péchés, vous lui faites résistance : vous le forcez à s'éloigner de vous, à vous abandonner ici-bas à votre sens réprouvé,, et à vous condamner après votre mort à des peines éternelles.
Vil. Mous avons dit , en second lieu, que l'amour que Dieu se porte à lui-même est un amour éternel. Puisque Dieu s'aime nécessairement, il n'a jamais pu exister sans cet amour : or, puisqu'il existe de toute éternité, il s'aime de toute éternité, cila mesure de l'amour qu'il a pour lui étant la mesure de la haine qu'il a contre le péché, il iaut dire que cette haine qu'il a conçue contre lui est éternelle, et que si, dans réternité de Dieu, l'on pouvait concevoir un premier moment de son existence, dès ce |)remier instant il aurait détesté le péché. Oh. 1 si l'homme voulait encore réfléchir sur cette vérité^que uon-r-eulement Dieu voit et déteste présentement son péché, mais qu'il l'a vu et délesté de toute éternité, comment auraitil le courage d'en commettre un seul ? ou, s'il avait eu le malheur de le commettre, conunent pourrait-il vivre un seul instant dans cet état, sans se repentir et sans en purilierson âme? H est vrai, néanmoins, que de toute éternité Dieu voyait et détestait ces usures, ces contrats illicites, ces injustices de toute espèce, ces vengeances, ces parures affectées et criminelles; el cependant ces injustices, ces vengeances , et tous ces crimes se commettent chaque jour ; et après que l'on s'en est rendu coupable, on vit tranquille, sans se mettre en peine de se corriger et de changer dévie!
Mil. troisièmement. Dieu s'aime d'un amour infini. Puisque le bien est l'objet de l'amour, i)lu3 ce bien est grand. plus il est aimable : or , Dieu étant un bien infini et infiniment aimable, son amour pour lui-même est donc un amour infini; el comme sa haine du péché est proportionnée à cet amour , cette haine est nécessairement infinie : il le déteste donc d'une haine infinie. Ah ! ( hrétiens,l;)rsque, aveuglés par la passion, vous êtes sur le point de commettre un péché mortel , arrêtez-vous un instant, et dites-vous à vous-mêmes: (lettt^ action que je vais faire est si abominable aux yeux de Dieu, qu'il la déleste d'une haine infinie, et je sei-ais assez insensé pour m"cu lendre coupable !
SIR LE rÉClJF. 23
IX. Et, en effet, dites-moi quelle serait votre consternation, si vous appreniez dans ce moment qu'un grand, un puissant de la terre auquel il vous est impossible de résister , est devenu vo're implacable ennemi 'M'ombien vous vous estimeriez malheureux si vous aviez pour ennemis votre prince , tous les princes de la terre , tous les hommes ensemble ! Oii ! Dieu , où pourriez-vous trouver un asile pour vous mettre à couvert des elïels de cette haine ? \ih bien ! toute cette haine ne serait qu'un néant en comparaison de celle que Dieu vous porte à raison de votre péché, le puis même ajouter que toute la haine des démons contre les hommes ne serait rien, comparée à celle de V'inn dont vous êtes devenus robjel en consentant au péché. 0 vous, qui entendez ou qui lisez celle elfrayante vérité, et qui, pour votre malheur, vous trouvez peut-être dans l'étal du péché mortel, commt-it ne frissonnez-vous pas d'épouvante en pensant que vous êtes l'objet d"une haine nécessaire, éternelle et inlinie d'un Dieu tout-puissant?
\. luitin, l'amour de Dieu pour lui-même est un amour efficace, l'eilicacité ét.mt le caractère du véritable amour ; et pareillement la haine qu'il porte au péché est une haine edicace, en ce sens qu'il ne le laisse jamais impuni, mais qu'd le châtie partout où il le trouve. Les théologiens , avec les lumières des divines lA'ritures et des saints l'ères , distinguent dans Dieu deux sortes de haines contre le péché : une haine d'abomination , et une haine d'inimitié. Dieu ne déteste pas seulement le péché d'une haine d'abomination, qui est celle dont nous venons déparier, et qui consiste en ce qu'il abhorre le |)éclié comme une chose qui lui est essentiellement et infiniment opposée; mais il le déteste encore d'une haine d'inimitié, qui consiste en ce qu'il lui fait ressentir les cllets terribles de sa colère et de sa vengeance, comme à son ennemi déclaré. Il n'a jamais pu le soullrirdans aucune de ses créatures raisonnables ; il l'a poursuivi et le poursuit, il l'a puni et ic punira éternellement par les châtiments les plus formidables.
XI. Le premier qui éprouva les effets de cette haine d'ir.imilié que Dieu conserve contre le péché, fui le chef des mauvais ange , qui , ayant eu pour complices de sa rébellion la plus grande ptutie de ces esprits célestes, les vit aussi partager sou chàliment. Le prophète lsaïe( c. 14jet le prophète Lzéchiel (c. 28), qui nous ont dépeint cet ange supérieur, nous le représentent doué des qualilés les plus rares et les plus sublimes : il semble, ù la descriplion qu'ils en font, que Dieu ait voulu employer les ressources de sa puissance pour orner cet
24 tll- INSTRUCTION
esprit des plus belles prérogalives , pour le faire briller fiiidesstis des autres intelligences, comme la plus belle étoile de noire horizon brille au-dessus des autres étoiles ; elcej)endanl ce plus beau rayon de la Divinité est changé subitement en démon. 11 avait été créé pour être les délices du paradis, et le voilà précipité au fond des abimes. Et d'où vient une si tcrrb hle punition ? pourquoi Dieu armc-t-il sa droite pour châtier de la sorte Lucifer et ses adliérents , sans attendre un seul instant, sans leur donner le temps de faire pénitence ?
XII. Ah! c'est '|ne Lucifer, se voyant environné de tant de gloire, s'énorgueiiiit de sa propre excellence : Elevuium est tor nuiin in décore Itio ( Ezcch. '28. 17). Il en vient à une rébellion ouverte contre Ic'rrès-Hant son créateur, jusîpi'à vouloir devenir semblable à lui-même, et chercher à s'asseoir sur sou trône; en un mol, il consent uu péché : IinraUa esi iniqniuis in
te Ptccnsii (Ezech. 28. 15, 16). Aussitôt Dieu entre en fureur
envoyant dans Lucifer cet ennemi qu'il ne peut soulfrir, avec lequel il ne peut avoir de paix; c'est-à-dire, le péché. Il dépouille cet ange de toutes ses prérogatives, le chasse du ciel , ci le condamne à l'enfer. Mais Lucifer est un ouvrage si accompli de la toute-puissance divine, il est orné de tant degràce«, qu'en le condamnant il faut dépoudlerle céleste empire de la plus grande partie des anges. iN'importe, Dieu trouve en lui et dans ses complices le péché sjn ennemi ; c'en est assez i»uur que sa justice enveloppe tous ces esprits rebelles dans une même condamnation, cl qu'il les préupite tous au fond des abinife";.
XIII. Quiconque ne voit pas dans ce châtiment des mauvais a:iges et de leur chef rextréme malice du péché et l'injure qu'il fait à Dieu , est privé des lumières de la raison, et a déjà perdu la foi. Puisque l'auteur d'un châtiment si terrible est un Dieu infiiiimenl juste , inniiiment sage, il ne se trompe pas; il ne i)eul passe tromper en délestant ainsi le péché, en le punissant avec autant de rigneur : dire le contraire , serait un blasphème horiihle. Oui est-ce donc qui se trompe r Ce sont ces aveugles, ces insensés qui, au lieu d'avoir ce monstre en horreur, se plaisent avec lui, et qui vont jusqu'à tirer vanité de leurs ciimes, ou qui les regardent comme un mal très-léger. Quel mal y a-t-il en cela, dit cette femme vaine, qui, s'eslimant quelque chose de grand, va cent fois le jour devant son miroir pour s'admirer, qui emploie tant d'heures à s'ajuster ? un peu de vanité , un peu de complaisance , un peu d'orgueil, aimer à se parer plus que les autres, à se mon-
(rer en public pour être remarquée, quel mal y a-l-il en cela? Quel mal? Demandez-le à Lucifer; il vous répondra (pie c'est un péché si grand, qu'après l'avoir porté à se faire une idolede sa propre excellence , ill'a conduit au mépris de Dieu, et enfin à sa ruine , à sa damnation éternelle. Qu'est-ce qu'un péché mortel? diront quelques-uns, qui regardent les dix , les vingt, les centaines , les milliers de péchés mortels qui pèsent sur leur conscience, comme une chose indilTérentcou dont ils ne doivent faire que peu de cas. Ce que c'est (ju'un péché mortel? C'est un !nal si grand , qu'un seul péché d'orgueil, qui est celui auquel notre nature corrompue se porte plus facilement , dont plusieurs ont peine à se confesser, que ce seul péché a été capable, comme vous venez de l'entendre, de changer 1? plus beau des Anges du ciel en un affreux démon; et que ces dix, ces vingt , ces cent, ces mille péchés mortels dont une seule conscience se trouve souillée, s'ils se trouvaient divisés un par un dans dix , vingt , cent ou mille Anges du ciel, ces Anges deviendraient par-là même autant de démous destinés à l'enfer.
XIV. Que si Dieu ne peut supporter ce maudit péché dans les Anges qui lui étaient si chers, et qu'il avait comblés de dons si précieux , comment le supporterail-il dans un ver de terre , dansThomme, créature si inférieure aux Anges? 11 n'est que trop vrai qu'il ne put le souffrir dans Adam notre premier père, et le châtiment qu'il lui infiigea est encore une nouvelle preuve de la haine qu'U porte au péihé. Dieu crée Adam cl l'embellit des plus excellentes prérogatives , il le remj)litde lumières, de sagesse, de toutes les grâces, de tous les dons du Saint-Esprit, qui font de son âme les délices de son cœur.
XV. Et néamnoins, à peine a-t-il transgressé le commandement de IHeu, en mangeant du fruit défendu; à peine découvrc-t-il en lui le péché son eimemi, qu'il retire tous ses dons les plus précieux. Adam peid le domaine qu'il avait sur les créatures , il perd la justice originelle , la sagesse , la grâce, la charité, les vertus et les dons du Sainl-Ksprit, ses sens se révoltent eonire lui, il est chassé du paradis terrestre ; il est condamné à gagner sa nourriture à la sueur de son front; il devient sujet à la mort , ennemi de Dieu , esclave du démon, digne de la damnation éternelle; en un mot, autant son âme et son corps goûtaient auparavant de joie et de félicité , autant ils éprouvent, après sa chute , de misères et de calamités, Ca ne fut pas là que hicu borna ses châtiments; non-seulement notie premier l'ère fut puni, mais toute sa i)o>'érité dut par-
2o m. hNSTRUCTION
licij3Ci' à son malheur, de la même manière que la famille d'un sujet rebelle à son souverain est condamnée à partager avec lui son exil et ses disgrâces. 0 malheureux enfants d'Adam , à combien de calamités ne sommes-nous pas sujets en cette vie et dansTauti-e par le seul péché de notre premier père !
XVI. Mais devant vous parler de ces châtiments du péché dans une Instruction spéciale, je m'arrête ici aujourd'hui. Pour vous faire concevoir en ce moment l'extrême malice du péché, il suftit de vous avoir montré qu'il n'y a que lui que Dieu déleste; quille déteste d'une haine nécessaire, éternelle , infinie et efficace, le punissant partout où il le trouve. C'est en punition du péché qu'il a chassé les mauvais Anges du ciel , qu'il les a précipités dans l'enfer , et qu'il a châtié le péché dans Adani et toute sa postérité. On croit ces vérités, et l'on commet encore le péché ! Oui , Seigneur , nous commençons à les com' prendre et à les croire ces vérités : ah ! (jue ne les avonsuous connues plus tôt î que n'avons-nous été plus tôt persuadés que le péché seul est l'objet de votre haine , et que vous De pouvez le laisser impuni ! Ah ! nous n'eussions pas été assez téméraires pour le commettre. Mais puisque, pour notre malheur , nous nous en sommes rendus coupables , nous le détestons de tout notre cœur , nous vous en demandons humblement pardon. Daignez nous faire ressentir les doux effets de votre miséricorde infinie ; faites que nous soyons assez heureux pour vous aimer désormais par-dessus toutes clioses, le reste de nos jours, afin que nous ayons le bonheur de vous aimer pendant l'éteruilé.
QUATRIEME INSTRUCTION
Les chàlimenls tempurcls cl éternel!; du péché nous en font connaître la gnèvelé.
Serait-il possible que les chrétiens , connaissant la haine implacable que Dieu porte au péché , fussent encore assez insensés pour le commettre? Quel bien peuvent-ils donc trouver dans ce maudit péché qu'ils aiment si passionnément? y Irouveraient-ils par hasard quelque avantage pour la vie présente, ou pour la vie future? Mais il eu est tout autrement: le l>échénepcut que les rendre malheureux sur la terre et dans l'élernilé.Pour en connailre de puis en uîus rénoiiuilé, conti-
SUR LE PÉCHÉ. 2r
tuions donc fios reflexions sur la haine d'inimitié dont Dieu le poursuit, lecliùUant par des maux temporels et éternels.
î. Dieu fit riiomme juste et heureux, dit rEsprit-Saiiit; r-ials riiomme , en se révoltant contre son Créateur, se vit suijllement plongé dans ua abîme de malheurs et de calamités: Deiis fecil houtincui rectum, et ipse se iiifiiiitis miscttit qnœstionibus (Eccl. 7. 30). Et quelle est, en effet, la source des disettes, des famines qui affligent les nations? quelle est la source des procès , des dissensions , des guerres qui sèment partout les ravages et la désolation? quelle est la cause des sécheresses, des inondations, des incendies, des tremblements de (erre, des maladies qui, assiègent le corps de Thomme, des douleurs , de la mort enfin à laquelle personne ne peut se soustraire? Tous ces maux découlent de la source empoisonnée du péché ; ils sont tout autant de preuves de la liaine implacable que Dieu porte au péché , et tout autant d'instruments dont se sert la justice divine pour le punir, et rendre le pécheur malheureux dès celte vie. C'est l'Esprit-Saint lui-même qui nous l'apprend, en nous disant que la mort, les dissensions, les guerres et les famines sont des fléaux que Dieu a créés afin d'enaccabler les pécheurs: Afors, sanguis, conlentio, oppressiones , famés , et contrilio,, cl flagella super iniqaos creala sunt (Eccli. 40.9).
lî. Le péché est donc la source de toutes nos disgrâces; et nous ne voulons pas en être convaincus, et nous attribuons nos misères à toute autre cause qu'au péché ! >'ous trouvonsnous opprimés? nous accusons l'avidité, l'injustice de cet homme riche et puissant. Sommes-nous l'objet de la haine etdela jalousie ? nous nous en prenons à la méchanceté de nos proches, de nos domestiques. Avons-nous à supporter les embarras d'un procès? nous nous récrions sur la malveillance de nos voisins. Voyons-nous la stérilité de nos campagnes, la grêle sur nos moissons, la mortalité parmi les animaux? nous montons jusqu'au firmament, et nous allons en chercher l'origine dansles planètes et les constellations. Nous ne savons dire autre chose, sinon que la fortune nous est contraire, et nous la rendons responsable de toutes nos disgrâces. Pourquoi accuser la fortune, les riches, les puissants, les voisins, les saisons, tandisque le péché seul est la cause véritable de tous nos maux? Miseras facit populos pcccalum (Provcrb. 14. 34). Dieu seul, irrité par la mulîitude de nos crimes, est l'auteur des fléaux qui pèsent sur nous. Ce sont nos péchés qui forcent Dieu à nous punir; ce sont nos péchés qui mettent les armes entre
58 IV. INSTl\rCT10îf
les mains de sa justice, pour TobUger à nous frapper, comme nialgrô elle, (l'esl le péché qui a causé la ruine de tant de familles, de cités, dépeuples et d'empires, comme nous l'apprennciitles histoires sacrées et profanes. Qu'ya-t-il de surprenant,si noiis voyons CCS mémos malheurs arriver de nos jours? Essajez de bannir le péché de vos familles, d'y introduire à sa place la p'i'lé, l'observance de la loi divine, et vous y verrez entrer l'abondance de tous les biens; en l'éloignant de vos maisons, vous en éloignerez tous les maux.
m. Mais nous avons péché ])litsieurs fois, disent les impies, à l'exemple de celui dont parle l'Esprit-Saint (Eccli. 6. 4); cl il ne nous csl i\cn arrivé de iiunivuis : Peccuviums , et quiil uolis acciilii [nsie? Il ne vous est rien arrivé de mauvais? attendez; si le chàlimer.tcst différé, il ne manquera pas pour autant de toiîib.r sur vous, à moins que vous ne changiez de conduite. 11 est vrai que la peine ne suit pas toujours immcdialcr.îcnt le péché. Selon la doctrine des saints l'ères , fondée sur la sainte Ecriture , Dieu diffère le châtiment pour faire éclater sa divine sagesse, son infinie miséricorde , et liiéme sa redoutable justice. Il attend, pour faire briller sa divine sagess", Siianldece délai de grands avantages pour sa gloire, pour le bien de son Eglise et pour notre édilication. Si Dieu avait surpris Magdeleine au milieu de ses égarements, jious eussions été privés de l'exemple admirable de sa prompte •conversion, de ses larmes, de son ardent amour. Si i)ieu avait •foudroyé saint Paul au moment où, plein de(ureur,il persécutait les premiers chrétiens , l'Eglise n'aurait pas eu la joie de recevoir dans son sein cette immense multitude de gentils convertis par ce grand Apùtre, et nous n'aurions pas, pour nous éclairer, la céleste doctrine renfermée dans ses Epilres admirables. Si, tandis qu'Augustin était pi >ngé dansladissciution. lîieu l'eût enlevé de ce monde, qu3 seriiient devenus -tant d'hérétiques ranicnés à la vraie foi par ce génie extraordinaire?
IV. En second lieu , Dieu diffère de châtier les pécheurs pour mieux faire briller son infinie miséricorde et sa bonté, -ti, en effet , de combien d exemples de pécheurs convertis se- ^•ions-nous privés , si Dieu, au lieu de les attendre , les eût frappés subitement dans sa fureur! Combien de pécheurs, et même des plus obstinés, ont quitté leurs désordres et ont emhrassé la pénitence, en considérant la longanimité, la j)atience avec laquelle l;ieu les avait supportés pendant si longtemps! idaio ie troisième motif pour lequel Dieu diiTèrc le i i'ù rnieut
SUR LE PÉCHÉ. SOf
du péché, c'est afin de mieux fiiire connaître la sévérité de sa justice. Oui, ô pécheurs, si vous n'avez pas encore subi la peine due à vos péchés, admirez la sagesse divine, adorez les desseins qu'elle a sur vous en différant si longtemps de vous punir, ne cessez pas de la remercier de celte patience dont elle a Usé à votre égard ; mais craignez, mais tremblez que la Justice divine ne suspende le châtiment que pour vous le (aire éprouver avec plus de rigueur et de sévérité. Désirez-vous savoir pourquoi Dieu ne vous a pas encore punis jusqu'à ce jour , et si ce délai est un effet de sa miséricorde ou de sa justice? Interrogez votre conscience. Si ce délai vous porte à quitter le péché , à revenir à Dieu avec un rcjientir sincèi-e , il est un effet de la divine miséricorde, qui veut vous sauver; mais s'il est pour vous un motif de vous ohsliner dans le mal et de persévérer dans votre péché , tenez pour certain qu'il est un elTet terrible de la colère et de la vengeance divine prête à décharger sur vous ses plus sévères châtiments.
V. Si vous me demandez quand cette justice divine doit éclater sur vous, je vous répondrai que ce sera lorsque vous aurez comblé la mesure de vos iniquités. C'est une vérité prouvée par la sainte Ecriture. Dieu , pour récompenser Tobéissance d'Abraham qui n'avait pas hésité d'abandonner la terre où il était né , sa maison , ses parents, lui promet la possession de la l'alestine pour ses deseendants; mais cette promesse ne doit se réaliser que quatre cents ans plus tard. Kt poui-quoi uu si long délai dans raccomplisseinent de celte promesse ? Voici la raison que lui en donne Oieu lui-même : parce que devant enlever cette terre aux Amorrhécns et aux autres nations qui l'habitaient , à cause des crimes de ces peiqiles, la mesui-e de leurs iniquités n'était pas encore arrivée à son comble: iVon- (liim t'iiiin complcKe siinl iiiitiultalcs Anwyrliœoriim usrjue ad prœiciis te m pu s (Gen. 15. 16). C'est ce que .lésus-Christ a voulu, exprimer plus clairement dans son Kvangile, lorsque, ayant déjà formé le dessein de détruire Jérusalem, il dit aux Juils : iNéaumoins comblez auparavant la mesure des iniquités que vos pères n'ont pas encore comblée eux-mêmes : Inipkie mcnsumm, ptiliiiiii vcstrorun».
VI. Et ce qui est le plus propre à nous effrayer, c'est une autre vérité , toujours fondée sur la sainte Ecriture , que cette juesure n'est pas la même pour tous. Ecoutons le proj)lièlc Amos, qui nous l'expose delà manière la plus claire : ./rpar- <li)uiierai encore trois crimes à bt ville de Dumas; et il en dit ail— t ()!! de nitisieurs autres villes et de plusieurs autres peuples-
3tf IV. l\STRUCTIO?f
mais je ne lui en pardovnerai pas quatre. Super tribus scele-ri! us Duinasci , et super quatuor non converiam euni. 11 différa quatre cents ans la punition des Amorrliéens ; il différa soixante et dix ans la destruction de Jérusalem, après la mort de Jésus-Christ. Or, ce que nous disons des châtiments que Dieu fait éclater sur les villes, les peupies<ît les empires, nous devons le dire de ceux qu'il fait peser sur les familles et sur les personnes en particulier, 11 laisse persévérer les uns plusieurs années dans leurs désordres ; et pour d'autres , il abrège le temps, et leur fait éprouver la rigueur de sa justice dès les commencements de leur vie criminelle. Mais que le châtiment vienne lût ou tard, toujours est-il vrai de dire qu'il est le funeste effet du péché. iSe sachant pas si Dieu doit différer \otre châtiment , ou s'il doit vous le faire subir plus tôt que vous ne le pensez, parce que vous ignorez le temps où la mesure de vos iniquités doit être remplie, il n'y a pour vous qu'un seul moyen d'échapper aux malheurs qui vous menacent, et ce moyen c'est une prompte et entière conversion. Les jugements de Dieu , dit le Prophète (Ps. 35. 7 ) , sont un abiiue profond : ce n'est pas à nous qu'il appartient de savoir quand Dieu doit nous punir. Vous êtes malheureusement dans l'état du péché, c'en est assez pour vous repentir sans délai. Si vous le faites, Dieu lèvera de dessus vos tètes sa main vengeresse ; si vous ne le faites pas, il l'appesantira de plus en plus pour votre malheur; puisque c'est une vérité infaillible que le péché est la source de tous nos maux , de tous les malheurs des ]^e\ililes: Miseras facit populos peccatum.
\'ll. La sainte Ecriture ne nous laisse aucun doute sur ce sujet. Dieu, après avoir promis au peuple hébreu , par la bouche de Moïse, de le combler de ses grâces et de ses bénédiclions temporelles, s'il observait exactement sa loi sainte , le menace au contraire de faire peser sur lui tous les maux, s'il venait à la transgresser. « Si vous ne voulez pas écouter ma voix M et suivre mes commandements , dit-il {Lev. 26) , si vous mé- » prisez ma loi, je vous accablerai par la pauvreté. Vous sè- 3) mercz, etvos ennemis moissonneront. J'appellerai sur vous 3) l'épée vengeresse , qui ruinera vos campagnes et détruira y) vos maisons. » « Si vous n'écoutez pas la voix du Seigneur, 3> dit Moïse au même peuple , de la part de Dieu ( Deut. 28), 3) vous serez maudits dans vos maisons, dans vos champs, dans 3) vos villes, dans vos enfants, dans vos troupeaux, dans vos 3) greniers. 11 vous enverra la peste et la famine , il vous frap- » pera par la pauvreté, par les maladies, tantôt par des froiùj
» excessifs et fantôl par dos chaleurs insupportables, parla M corruption de Tair, par les brouillards les plus épais. Le ciel » deviendra pour vous de bronze et vous refusera la pluie, et » la terre sur laquelle vous marchez sera comme du fer ; vous » ne saurez où reposer votre pied, vous tremblerez le jour, » vous tremblerez la nuit. »
Vil!. Telles sont les expressions de Dieu même; etcombieu de fois ne nous a-t-il pas fait éprouver, sinon tous ces châtiments, au moins un grand nombre? JN'avons-nous pas éprouvé les horreurs de la guerre, les tempêtes , les tremlilemeuts de terre? n'avons-nous pas été frappés plusieurs fois de la grêle, désolés par des sécheresses , des inondations, et par la famine ? n'avons-nous pas eu à déplorer la mortalité dans les animaux, et plusieurs villes et provinces n'ont-elles pas été affligées par la peste et d'autres disgrâces ? Oui a arraché ces fléaux des mains de Dieu, sinon nos péchés? Oui , dit le Roi- Prophète (P*-. 17.8), parce que nos crimes ont allumé la colère de Dieu, la terre s'est ébranlée : Commuta est et contrevivit terra, qnoiiiamiralus est eis. C'est la mahce de leurs habitants, dit-il ailleurs, qui rend stériles les campagnes les plus fécondes: Posiùticrram fnictijeramin salsucjinem ,à malilia inhabitantiumin ea (Ps. 103.34). C'est parce que nous n'avons pas obéi à vos saints préceptes, ô mon Dieu, disait Tobie dans sa cai)livité , que nous sommes réduits à un étal aussi déplorable, et que nous sommes devenus un objet de mépris aux yeux des nations (Tob.3. 4). Avouons donc que le péché seul est la cause de tous nosniaux : Jliseros, etc. Enlevons le pécbé du milieu de nous, et alors nous verrons cesser toutes nos misères. Aussi lisons-nous dans l'Evangile que Jésus-Christ, avant de guérir les malades, leur pardonnait toujours leurs péchés,afin de leur donneràenlendrequ'ils étaient seuls la source de leurs infirmités; et après avoir guérile paralytique auprès de la piscine , de crainte qu'il ne tombât dans uu mal plus grand , il lui donna pour remède préservatif de ne plus pécher.
IX. Mais nous avons vu si souvent que les plus criminels étaient les plus heureux , et les gt-ns de bien, les plus infortunés. Les méchants ont ordinairement les richesses et le bonheur en partage , tandis que les hoinmes vertueux n'ont pouieux que les misères elles disgrâces. On voit des pécheurs satisfaire impunément toutes leurs passions; des ennemis de la paix qui mettent le trouble dans les familles ; des hommes puissants c;i! usoiîl de leur pouvoir pour opprimer les pauvres et les
"32 IV. INSTRlT.TIOr»
faibles, et qui néanmoins s^nl crainlset respeclés. On voitde« personnes qui ont foulé aux pieds la f)udeur , et qui vivent néanmoins dans l'aisance et dans le bien-élre : en un mot, on «n voit tous les jours qui passent leur vie dans les désordies , «t qui nagent au sein de l'abondance, des rieliesses et des plaisirs, sans éprouver aucune disgrâce, aucune adversité ; tandis qu'au contraire les personnes les plus vertueuscs,ou intinimeni «loins coupables que les premières, n'ont en partage que les iravaux,les persécutions, et pour elles la terre ne sait produire que des ronces et des épines: en un mot, elles manquenl trouvent des cboses les plus nécessaires à la vie. Il l'aut donc l'onclure que, pour être heureux,ilsullit d'être impie,et qu'une langue cbainc de misères et de disgrâces est la récompense or- «iiiiairede la vertu et de la piété.
X. Ml ' mettez unefin àces plaintes indignes d'un vrai chrétien, injurieuses à la i'rovidence, contraires aux saintes Ecritures. 11 est vrai que le bonheur des méchants est une dautzereuse tentation pour les Saints. Nous êtes juste, Seigneur, <'t il ne m'appartient point de discuter avec vous, disait le prol)hèle Jérémie; cependantje vous dis une chosequi me paraît jusle : l'ourquoi permettez-vous (pie les iuq)ies soient dans la prospérité ? Quure via iniiiionDu prospnaïur (.Jer. 1*2. l)?l'ourquoi les laissez-vous dans la joie sans les punir ? disait de son l'oté le saint homme .lob ; pourquoi les impies vivent-ils dans les richesses et le bonheur ? Qiwre er(io impli vivant, suhicvad suiii, cnv fortatique diviiiis {]o\i. 21. 7)?Ahî Seigneur, ajoute k' prophète .lérémie, vous m'en faites connaître la raison: ils ^ont connue des animaux que l'on nourrit et que l'on destine à ^'tre immolés : Conuretia cof qntisi (jrcfiem <id vicliiiuim (ler. 12. oj. Ils passent leurs jours dans les plaisirs, et tout à coup ils tombent dans l'enfer : Ducunl iu bonis dies s»w, el in puncio ad inferna desccnduni (.lob. 21. 1.3). Voilà le terme de la prospérité des pécheurs. 11 est donc faux de dire que, pour être heureux, il sufflt d'être impie, el que le malheur est le partage de la vertu.
XI. Outre ces raisons qui nous montrent évidemment que le ^éché est la seule cause de nos maux; pourquoi Dieu envoyat-il autrefois ce déluge universel qui submergea le genre humain, à l'exception de la famille de rsoé? Tarée que tous les •hommes s'étaient plongés dans le vice de l'impui-eté : Omnis tara corrujicrat viam suani (Gen. 6. 12). l'ourquoi fit-il tomber du ciel une pluie de soufre el de feu i)0ur consumer les Villes criminelles liv! la :"eîiî:':i..i!e avec tous leurs habitants?
SUR LE PÊCIIÉ. 33
Parce que tous, depuis rcnfanl jusqu'au vieillard^ s'étaienl souillés de ce péclié détestable : A pucro usque udsenvm ((Jen, 19. 4). Pourquoi abima-l-il Piiaraou et toute son armée dans la mer Rouge ? Parce qu'il s'était rendu coupable en opprimant le peuple hébreu (^'xoc/, H. 28). Pourquoi ce même peuple hébreu devint-il tant de fois la proie de ses ennemis et l'opprobre des nations? Parce qu'autant de fois il avait Iransiiressé grièvement la loi divine. Il faut raisonner de la même inaîiière par rapport à tousles autres châtiments dont nous parle Ja sainte Kcrilure, etque nous voyons tomber chaque jour sur les pécheurs, (^e n'est donc pas seulement une fausseté, mais encore un blasphème, que de dire que les méchants sont les plus heureux, et que les hommes sages sont les plus infortunés.
XII. Quesi nous voyons quelquefois les impies prospérer et Jesbons vivre danslcs disgrâces, il faut bien nous garder d'at- Iribuer le bonheur des uns à leurs crimes, et le malheur des autres àleur vertu; car il en est tout autrement. Vousn'iguorez pas qu'il n'y a personne qui soil si parfait, qu'il ne comlîieile de temps à autre au moiiis quelques fauleslégères;or , Dieu, qui ne peut laisser aucun péché impuni, et (jui a déjà destiné à ses élus, pour récompense de leurs bonnes œuvres, cette gloire éternelle qui surpasse toutes nos idées, pour lespurilier de ces petits défauts , pour les leur faire expier ici-bas , leur envoie des disgrâces et des adversités eu cette vie: c'était même là le désir des Saints, que Dieu les punit sur la terre, afin de ne pas les châtier dans l'éternité ; qu'il les affligeât pendant la vie, afin de n'éprouver que les effets de sa uiiséri- <;orde après la mort. C'est aussi ce que nous devons demander à Dieu avec saint Augustin : Seigneur , brûlez , coupez, ne m'épargnez pas en celte vie, afin que vous ayez la bonté de m'épargner dansPéternilé: Hic ure^ hic seca, hic nonparcas, ut in œlernum purcas.
XIII. D'un autre côté, il n'y a point d'homme pécheur qui ne fasse quekjue aumùnc,quelque bien à son prochain,ou quelque autre action bonne en elle-même : il est vrai que c'est là un bien stérile et sans mérite pour le ciel, étant fait en état de péché mortel; néanmoins Dieu , qui est infmiment juste et libéral^ et qui ne veut pas laisser sans récompense ce bien stérile et apparent, ne devant point le récompenser dans l'autre vie,Icur accorde en celle-ci des félicités temporelles, seul prix de leurs vertus. C'est ce que nous apprend saint Augustin (/i6. de Civ, Dej)(jui , en parlant des glorieuses victoires que les anciens Romains avaient remportées ;<ur .leurs ennemis, uous dit que
Dieu les leur accorda pour les récompenser de leur frugalilé,de leur juslice, de leur fidélité et des autres vertus qu'ils pratiquaient. C'est ce que fait encore Dieu envers les infidèles et les hérétiques, les rendant riches, glorieux, répandant sur eux des bénédictions temporelles et apparentes, pour les récompenser de leurs vertus qui sont de nuile valeur à ses yeux. 11 reste donc prouvé que si les méchants éprouvent quelque bonheur en ce monde, Dieu le leur accorde eu vue du peu de bien qu'ils font ; et que si les hommes vertueux sont affligés , c'est en punition des fautes légères qu'ils commettent chaque jour.Que faut-il en conclure ? sinon qu'il faut toujours faire le bien,puisquesiDieu récompense même les œuvres en apparence bonnes des méchants, il récompensera bien plus abondamment les vertus véritables des bons chrétiens ; et s'il chàlie si rigoureusement les petits défauts des justes, avec quelle sévérité punira-t-il les crimes des grands pécheurs !
XIV. Je me sentirais néanmoins soulagé, si la peine du péché était restreinte à ces seuls châtiments temporels : quelque multipliés et terribles qu'ils fussent, on aurait du moins l'espoir de les voir finir un jour. Mais ce qu'il va déplus capable de nous faire comprendre l'énormité du péché , c'est que Dieu ne lui inflige pas seulement des peines temi)orelles, mais encore des peines éternelles. Ohî si le péché était tel que les pécheurs veulent se le figurer; s'il n'était qu'im mal que l'on dût regarder avec indifférence, dont on dût même se réjouir et s'enorgueillir, comme font les libertins qui se divertissent du mal qu'ils ont fait : Lœtanlur cùm malc feccrint (Prov. 2. H); croyez-vous que Dieu le punii'ait par des peines éternelles, comme il le fait dans l'enfer? Un Dieu, la bonté même , qui punit le mal au-dessous de ce qu'il mérite , juge le péché un mal si grand, qu'il le trouve digne d'un châtiment éternel. O péché, il faut que tu sois bien aflVeux pour provoquer une telle indignation dans le cœur d'un Dieu si plein de miséricorde ! Et néanmoins les pécheurs ne te craignent point , ils te commettent avec la plus grande facilité.
XV. Ouvrez donc une fois les yeux, ô vous qui êtes aveuglés par le démon, parle monde et par vos passions; et sachez que si vous ne vous convertissez pas raainteuant, vous no vous convertirez peut-être jamais, et que si vous ne vouscouvertissez pas, vous serez coiulamnés à des peines éternelles dans l'enfer. Sachez que ces peines ne sontpas appelées éternelles par exagénrion, afin de vous effrayer ; mais qu'elles le sont véritableme;:î, et qu'elles n'auront jamais de fin : sachez
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que c'est un arlicle de loi qu'au moment où l'âme se sépare du corps, si elle se trouve en péché mortel , elle est subitement précipitée dans Tenfer , et que jamais Dieu n'aura plus pitié d'elle. Sachez enfin que non-seulement le feu sera éternel, mais que le supplice même sera aussi éternel , et que l'âme soulïrira toujours , sans jamais passer du tourment au repos. Saint Jean-Uapliste nousTexplique clairement, lorsque, en parlant des réprouvés représentés par la paille, il dit que Dieu les hrùlera dans un feu qui ne s'éteindra jamais : Paleas comburet igni inexlinijitihili (y\a{[h. 3. 1*2).
XVI. Mais les douleurs en cette vie, si elles sont excessives, causent la mort ; notre corps ne peut supporter qu'un certain degré de souffrance. Cela est vrai, dit saint Jean Chrysoslùme; mais il n'en est pas ainsi des peines de l'enfer , qui réunissent Texcès et la durée : In iufemo conveniunt et excessiis et prolixUas lormeuioriun (Uom. 49, ad pop.); et quoique les damnés soient tourmentés au-dessus de toute mesure , ils le seront néanmoins durant toute l'éternité : car notre âme, étant immortelle, ne pourra jamais être détruite; et après la résurrection, notre corps devant rester uni à notre âme pendant l'éternité, l'âme et le corps subsisteront toujours pour y éprouver le supplice du feu qui sera aussi éternel : El clolor munet tU afjligut, etnutiira pirdural ut seiiliat.^ quia utrumque ideà non déficit^ uepœnadefîciai(S. Aug.). >ous ne devons pas en douter, puisque Jésus-Christ, au jour du jugement universel, en condamnant les réprouvés au feu , l'appelle feu éternel : Diseedite à me, maiedicli, in iyneni œlernum (Matth.25. 41). Et afin (ju'on ne pût pas dire que le feu sera éternel, et non le tourment, il ajoute : Et ibnnt hi in auppUcium œternum : Les méchants iront au supplice éternel. Hoc prœvidens Dominus, senteutiam suam conclusil, dicens : Ibunl itli in supplicimn , id est , conibuslionem œletvutm (S. Aug.,lib. de Fidc, cap. 15).
XVII. Ah! Chrétiens, permettez qu'en vous parlant des châtiments dont Dieu punit le péché, j'interrompe mon discours et que je vous dise : Oubliez tout le reste, mais n'oubliez jamais que les peines auxquelles Dieu condamne les pécheurs dans l'enfer sont éternelles. Oh! éternité, peines éternelles, supplices éternels ! Les damnés dans l'enfer, dit le Roi-Prophèio, sont comme les brebis ; la mort les nourrira comme les brebis se nourrissent de Therbe qu'elles mangent: Sicid ove^ in infvrno positi suni, inorsdepnscct eos. Oh! l'étrange expression ! les brebis mangent l'exti-émité de l'herbe, mais elles n'en tu-ent pas la racine, et de jour en jour elles trouvent l'iierb;:;
36 V. I.NSTRL'flllO.N
qui croît de nouveau. C'est là la ligure des pécheurs qui souffrent dans l'enfe-r des peines élernclles. Il n'est pas dit que la mort les consumera, mais quelle les nourrira. Comme les fcrebis trouvent toujours un nouvel aliment dans l'herbe , les damnés trouveront toujours dans l'enfer des supplices qui se renouvelleront à chaque instant : 3Iors ihpascci eos. Ils vivront toujours, pour mourir toujours; ils mourront toujours, sans cesser de vivre dans les tourments : Sicullierha ah ovibns pasla i'cDiper reii'jscilur, ilù cl damnai i quasi morte pusti seinper re» i-''.viscuul ad morlcm , ut leleniulitcr criic'iciiliir cl niorianlur (hmoccMt 1!!, lib. 3. c. 9, de couicm. mumli). Mais ne serait-il lias mieux pour eux de mourir une fois? au moins leurs pci- Kies cesseraient. C'est ce qu'ils désireront , mais la mort hiira loin d'eux, pour les laisser toujours dans les tourments : Desidcrabtinl h/oj'î, cl fiujicl mors ab eis (Apoc. 9.6).
XVlll. lnforUiîiéspèdieurs,malheureux damnés! c'est maintenant qu'ils appreniieiU à connaître qu'ils se sont trompés : IJrraviiinis à via vcritutis. Ils connaissent maintenant, nous dit l'Esprit-SaJnt (Sap. ô. 6, 8), à quoi leur a servi cet orgueil qui les a portés à rechercher la vaine estime des hommes : Quid iiobis p, ofuit supcrbia'^ celie avarice qui les tenait si foitemenl attachés à la terre; celle sensualité qu'ils ont voulu satisfaire par tant d'ivrogneries; ces passions qu'il ont voulu assouvir; le monde dont ils ont voulu suivre les maximes ; le démon dont ils ont failles œuvres. Ils ont violé leurs vœux et les promesses de leur baptême, et Dieu les a condamnés à l'enfer , où ils ne cesseront jamais de souffrir. V'oilà, Chrétiens, ce que vous devez apprendre de celle Instruction : que le péché fait îe malheur de l'homme en celle vie et dans l'éiernilé, parce que sa malice oblige Dieu à le châtier par des peines temporeln^s et éternelles. Si vous êtes en grâce avec Dieu, préservez-vous donc du péché, comme étant votre plus terrible ennemi; et -que le malheureux qui se sent coupable du péché mortel, comprenue enfin qu'il se promène sur le bord de l'enfer.
SUR LE l'ÉCnÉ .
le péché mortel dépouille l'âme da mcrile de loulcs ses bonnes œuvres , cl lui donne la mort.
Ce que les hommes désirent avec le plus d'ardour, c'esl dïue exempts de tout mal , et de passer leurs jours dans lo
SIR LE l'ÉClIÉ. - 37"
bonheur. 11 n'y a moyens qu'ils n'emploient pour aUeindre ee bul; c'est à cela que tendent toutes leurs pensées et tous leurs travaux. Leurs efforts cependant seront inuliles, s'ils n'usent pas de ce moyen seul efficace, qui est de tenir leuràme toujours éloignée du péché ; puisque le péclié seul est un obstacle au bonheur, et que lui seul est capable de rendre l'homme Jiialheureux en celte vie et dans Téternilé. Ce n'est pas encore !à néanmoins tout ce que l'on peut dire pour faire connaitic son extrême malice : il resie encore à vous mettre devant les yeux quelques-uns de ses effets les plus funestes. Je vous en exposerai deux dans cette instruction : le premier est qu'il dépouille l'àme de toutes ses bonnes œuvres ; le second , qu'aï)rès l'avoir ainsi dépouillée, il lui donne la mort, en sorte qu'on peut le considérer comme un voleur et un homicide. Il n'y a l)as d'être que l'on abhorre plus que les voleurs et les homicides. En vous montrant donc que le péché mortel est ce voleur infâme qui dépouille notre âme de toutes ses bonnes (leuvres , et cet assassin cruel qui lui donne la mort , je croirai en dire assez pour vous en faire concevoir à tous une aversion souveraine; pour vous engager à vous en éloigner, ou à l'extirper de votre cœur , si malheureusement il y est entré.
I. Avant de parler delà malice du péché mortel par rapport aux bonnes œuvres, il est bon que vous sachiez que les théologiens distinguent dans les pécheurs trois sortes d'œuvres morales : les œuvres mortelles, les œuvres mortifiées et les œuvres mortes. Les œuvres mortelles sont les péchés mortels qui donnent à l'àme la mort spirituelle et la mort éternelle, si elle sort de ce monde sans s'être purifiée. Les œuvres mortifiées sont les actions bonnes et méritoires que l'homme avait faites avant de tomber dans le péché mortel : le péché leur enlève leur prix; mais elles deviennent méritoires de nouveau , quand le pécheur se convertit. Enfin les œuvres mortes sont des actions moralement bonnes, mais qui n'ont aucun mérite, parce qu'elles sont faites par celui qui est mort à la grâce.
II. En second lieu, une œuvre méritoire est une action libre de la liberté que les théologiens appellent liberté d'indifférence, boime, faite pour plaire à Dieu , par un homme qui est encore dans l'état d'épreuve , c'est-à-dire sur la terre ( car les bienheureux dans le ciel, et les âmes du purgatoire ne sont plus capables delà mériter), età laquelle enfin estdueune récompense surnaturelle, d'après la promesse que Dieu nous en a faite. Et co;nmc Jésus-Christ, par sa passion et par sa mort, uous a mérité toutes les grâces, c'est lui aussi qui est la source
de tous nos mérites. De même qu'une eau vive , dit un pieut auteur, passant par une mine d'or, en acquiert une salubrité incomparable; ainsi les bonnes œuvres d'un chrétien qui est eu grâce avec Dieu, passant par cette mine des mérites de Jésus-Christ, en acquièrent une valeur toute divine. Et tel est le prix de ces bonnes œuvres faites en état de grâce , que les aclionsles plus merveilleuses des héros dont parlent l'histoire ancienne et l'histoire moderne , ne peuvent pas leur être comparées,parce que ce sont là des entreprises nalurelks et humaines; au lieu que ces œuvres méritoires sont d'un ordre inflniment supérieur, d'un ordre surnaturel et divin , des semences, comme le dit saint Bernard (de convers. Cleric. , c. 13), de la bienheureuse éternité : Sentina œternitutis. Ces bonnes œuvres , faites par les âmes chrétiennes, pour l'amour de Dieu, en vertu de la grâce sancliûante , méritent cette gloire où l'on ne voit , où l'on n'aime , où l'on ne possède rien moins que Dieu ; gloire qui nous est donnée non-seulement comme un effet de sa libéralité divine , mais encore comme récompense de sa justice. Et hien que nos mérites ne soient que des dons de Dieu , ce juste Juge se plait à les couronner de la sorte , nous dit saint Paul (2. Tim.4. 8) : Reposita est mihi coronajusliliœ, quam reddetmihi Domimis in illa die justus jiidex.
m. Mais considérez. Anges de la paix, si vous le pouvez sans horreur , la frénésie des hommes qui consentent au péché mortel ; et vous , ô Chrétiens ! si vous pouvez le faire sans verser des larmes , considérez l'horrible destruction que le péché mortel fait de ces œuvres d'un si grand prix, lorstju'il entre dans une âme. Ce voleur infâme la dépouille , en un instant , de toutes ces bonnes œuvres. (, 'est Dieu lui-même qui nous l'apprend par la bouche du prophète Ezéchiel : Si l'homme juste abaiidonne son Dieu , foule aux pieds sa grâce et commet l'iniquité , toutes les bonnes œuvres qu'il avait faites seront oubliées : Si com^erteril se justus à justitia sua, et fccerit iniquHutem...,omnesjuslitiœeji.is, qucis feceral, non rccordabuniur ( t8.24). Le péché est connue un nuage importun qui détruit dans l'âme tout germe de la vie éternelle , comme une grêle désastueuse qui ruine tous ces fruits divins, .le vois une can>pagne couverte de riches et abondantes moissons , une vigne à laquelle sont suspendus des raisins en quantité et à 1;', veille d'être cueillis, un jardin tout planté d'arbres chargés c! fruits les plus beaux et les plus variés , et voilà que lout-àcoup survient une tempête alïreusc qui renveisc toutes ces inoissciîs, déii'uil ces raisins, abat tous ces fruits : quelle perle ! €\w\\2 {lê.soliUion !
Sun LE i'i;«;!iÉ. , 31)
IV. Ce n'est là qu'une faible image du ravage que produit le péché dans une âme. Tout le bien que cette âme avait fait, toiLs les mérites qu'elle avait acquis pendant toute sa vie, tout lui est enlevé, toutest détruit. 0 Dieu! quelle perte déplorable ! Et il se trouve encore des chrétiens qui, voyant tous ces ravages que le péché a faits dans leur âme, les mérites de leurs bonnes œuvres détruits, leurs droits sur le ciel perdus, passent leur vie dans la joie, rient, jouent, se divertissent, avec mi péché mortel sur la conscience. 0 aveuglement profond ! Figurez-vous une âme qui ait supporté plus de travaux et de fatigues que tous les Apôtres ensemble, pour porter dans tout l'univers les lumières de l'Evangile; qui, pour défendre la foi de .Iésus-C;hrist, ait répandu plus de sueurs, soulïert plus de persécutions et de tourments que n'eu ont induré tous les Martyrs et tous les Confesseurs ; qui se soit livrée à plus d'austérités, qui ait pratiqué plus de jeûnes et de mortilications que tous les pénitents anciens et modernes ; qui ait converti plus de pécheurs, baptisé plus d'infidèles que tous les prédicateurs de l'Evangile ; qui ait plus aimé Dieu qu'uji François d'Assise, qu'un Philippe de JNéri, qu'une sainte Thérèse. Oh ! que de mérites elle s'est acquis ! quelle récompense Dieu lui prépare dans le ciel! Mais supposez que cette âme si sainte, si riche devant Dieu, vienne, pour son malheur, à consentir à un seul péché mortel : la voilà dépouillée de toute sa sainteté et de tous ses mérites ; et si elle meurt dans cet étal.au lieu de cette récompense, de cette gloire qui lui était préparée dans le ciel, elle est condamnée à des supplices éternels dans l'enfer.
V. Eussiez-vous jamais imaginé que tel était le caractère infernal du péché mortel? Ce n'est pas encore là le terme de sa malice : il ne lui suffit pas de dépouiller l'àme de tous les mérites qu'elle avait acquis, il l'empêche d'en acquérir de nouveaux, en sorte que toutes les œuvres que cette àme fait dans l'état du péché mortel, quoique bonnes en elles-mêmes.ne sont d'aucun prix, d'aucune valeur pour le ciel; ce sont des œuvres mortes et infructueuses dont Dieu ne lui tiendra jamaiscompte, parceque, n'étant pasfaitc«i en étatde grâce, elles manquent d'une condition essentielle pour qu'elles soient dignes de la récompense éternelle. Je ne veux pas dire que ces bonnes œuvres, faites dans l'état du péché, soient elles-mêmes des péchés: ce serait une erreur qui a été condamnée par l'Eglise. !e n'entends pas non plus détourner les pécheurs de ces bonnes œu\res, parce qu'outre les avaulagcs dont parle saint Thomas (3. p..
Ç. 86, art. 6), qui consistent en ce que ces bonnes œuvres peuvent leur attirer des biens temporels, elles peuvent encore iîisposer leur àme à la conversion. C'est ainsi que les Ninivitcs, en jeûnant, en se mortifiant, le Publicain, en se frappant ia poitrine, en priant avec humililcet avec ferveur, touchèrent le cœur de Dieu et éprouvèrent les effets de sa miséricorde.
Vi. le veux donc seulement direque les bonnes œuvres faites dans lY'lat du péché mortel sont totalement stériles et infructueuses pour le ciel. \laislepécheur ne jouira-t-il pas du moins <ki mérite de ces bonnes œuvres faites en état de péché mortel, lorsqu'il rentrera en grâce avec Dieu? Non, mes Urères, les o.Hivres faites en cet état sont des œuvres mortes, le mérite en est entièrement perdu, et cette perle est irréparable. Le mérite des œuvres qu'on appelle mortifiées, c'est-à-dire, que le pél'heup avait faites avant son péché et tandis qu'il était en état lie grâce, Dieu, par un trait de son infinie miséricorde, le rend au pécheur au moment où il renlre en grtk'c avec lui. C'est la doctrine de saint Thomas et de tous les théologiens, fondée sur la sainte Ecriture : Ilcihlam vohis cuinos quos comedil locusla, lirucfnis cl ruhiijo (Joël. 2., 25). Motif pressant pour le pécheur de quitter son péché sans délai, et de se donner à Dieu parla pénitence. Mais il n'en est pas de même des œuivr es faites dans l'état du péché ; car le péché est une tempête qui nonseulement détruit les fruits déjà mûrs, mais qui attaque l'arbre par sa racine et l'empêche de produire de nouveaux fruits : Omnia eradicans genimma (Job. 31. 12).
VII. Oh! qu'elles sont donc funestes les conséquences du péché, quand on les pèse à la balance du sanctuaire ! Je ne m'étonne pas que les actions les plus glorieuses selon le monde soient les plus indignes des récompenses de Dieu, parce <ju'au fond elles sont souvent les plus vicieuses. Je ne ni'élonne point de ce que certaines vertus sont sans valeur à ses ) eux, parce que ce sont des vertus purement humaines, et qui ne sont point animées de l'esprit de foi. Je ne suis pas même surpris que certaines actions chrétiennes en apparence soient rejetées de Dieu, parce qu'elles sont gâtées parla vanité, par l'hypocrisie ou par un faux zèle. Mais que des actions, bonnes sous touslesautresrapports, et auxquelles il ne manque autre chose sinon d'être faites en état de grâce, que le mérite de tes œuvres soit perdu pour toujours, c'est ce qui non-seulement cause ma surprise, mais ce qui me fait encore trembler, <cn me découvrant la sévérilé du souverain Juge contre le j)éclié mortel.
sru LK l'ÉCAit. ' 41
YIII. C'est ici une vérité sur laquelle la sainte EcM-iture ne laisse aucun doute. L'apôtre saint Paul (1. Cor. [3. 1, 2,3) proteste que quand il ferait les choses les plus étonnantes, elles ne lui serviraient de rien sans la grâce et la charité. Quand je parlerais, dit-il, le langage des Anges, si je n'ai pas la charité, je ne suis qu'une cjmbale retentissante. Quand j'aurais l'esprit de prophé4ie,et que je connaîtrais tous les mystères; quand j'aurais une foi assez vive pour transporter les montagnes d'un lieu à un autre ; sans la charité , je ne suis rien : Niliil sum. Quand je distribuerais tous mes biens aux pauvres, que je livrerais mon corps aux flammes pour souffrir tous les tourments, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me servirait de rien: NihH niihi prodesi. Il faut donc conclure , dit saint Jean Chrysostôme , commentant ces paroles de saint Paul , que Dieu •.djhorre infiniment le péché, puisqu'un seul suffit pour rendre in- «iignedeson estime ce qu'il y a de plus grand et de plus héroïque, connue sont les actions dont parle saint Paul. Ainsi , pécheurs, satisfaites autant que vous le voudrez à tous les devoirs que la religion vous impose ; remplissez fidèlement toutes les obligations de votre état ; adonnez-vous aux œuvres de la justice et de la piété : ce péché mortel dont votre conscience est souillée gâte et corrompt toutes vos actions; jamais vous n'en retirerez aucun avantage spirituel. Sojez assidus aux offices divins, charitables envers les pauvres, rigides et austères envers vous-mêmes: ce péché que vous portez dans votre âme vous fait perdre le fruit et le mérite de toutes vos bonnes œuvres : Niliil csf , niliil lihi protU-st.
IX. La principale raison sur laquelle je fonde ma doctrine est celle que nous avons indiquée au commencement de cette Instruction: que nos œuvres ne deviennent méritoires que par les mérites de Jésus-Christ, et à raison de la grâce qui nous unit à lui. ('e serait une erreur de nous imaginer que nos actions peuvent d'elles-mêmes nous mériter le céleste héritage. II faut que nous soyons unis à Jésus-Christ par le moj en de la charité, pour que nos actions, devenant par-là comme les siennes propres, puissent nous mériter le royaume éternel. 11 faut, poiir me servir de la belle comparaison dont s'est servi Jésus-Christ lui-même, que nous lui soyons unis comme le cep est uni à la vigne. Il est la vigne , et nous sommes les branches: lùjo snm viiis , c: vus pitlmiies ( Joan. 15. 5). Si un cep est retranché de la vigne , il ne peut produire aucun fruit, ne tirant d'elle le suc nécessaire à sa fécondité. Ainsi nous ne iiouvons produire aucun fruit qui nous rende dignes de la vie
éternelle , si nous ne sommes unis à Jésus-CIirîst qui seul peut donner cette valeur infinie à nos œuvres. Comme le cep ne peut de lui-même produire aucun fruit, ajoute Jésus-ChrisL de même vous ne pouvez rien faire qui soit digne du ciel, si vous ne demeurez en moi : Sicut palmes non po lest ferre fnictum à semedpso, nisi manseiit in vile; sic nec vos ^ nisi in me manseriiis. Voilà votre état , Chrétiens, lorsque vous êtes dans le péché mortel: vous êtes détachés , séparés de Jésus-Christ. Faites tout le bien imaginable , vous ne pourrez jamais acquérir un degré de gloire. Et que pouvez-vous attendre dans cet état, sinon d'être, comme des branches sèches et inutiles, coupés et jetés au feu éternel ?
X. Ouvrez donc les yeux , ô vous qui vous trouvez dans cet état du péché ! considérez quel hôte vous logez dans votre cœur. Il vous ravit le mérite de toutes les bonnes œuvres que vous avez faites en état de grâce, et rend inutiles pour la vie éternelle toutes celles que vous pouvez faire , quelque saintes qu'elles soient. Chassez-le donc, puisqu'il vous cause mi si grand préjudice. Vous devriez le faire , quand il ne vous occasionnerait d'autre dommage que celui de vous dépouiller de toutes vos bonnes œuvres. Mais ce n'est pas là qu'il borne sa malice ; après avoir ravi à l'âme ses trésors , il lui enlève la vie surnaturelle , il lui donne la mort, il y a deux sortes de voleurs : les, uns ne font que dépouiller les passants , et les laissent aller ensuite en liberté ; mais il en est d'autres plus cruels et plus barbares, qui , après leur avoir été leurs biens, les privent de la vie. C'est ce que fait le péché mortel: il dépouille l'ànie et la fait mourir. Mais l'àme ne jouit-elle pas du privilège de Fimmortalité? comment peut-elle donc mourir sous les efforts cruels du péché ?
XI. 11 est vrai que Vàme, étant un pur esprit, n'est pas sujette à une décomposition de parties, et que, par conséquent, la mort n'a sur elle aucun empire. Mais il est vrai, d'un autre côté, que, si nous la considérons dans ses rapports avec Dieu, qu'elle peut connaître ou ignorer, qu'elle peut aimer ou haïr, qu'elle peut posséder ou qu'elle peut perdre : eu ce sens elle est susceptible de vie ou de mort. 0 âme chrétienne,* s'écrie saint Grégoire, tu es un rayon , une image de la Divinité. Si je te considère en toi-même et dans ta substance , je dois avouer que lu es immortelle ; mais quand je te considère dans tes rapports avec Dieu comme ])rincipe et auteur de la grâce et de la gloire , je vois (]ue tu peux vivre ou mourir , parce que ta vie consiste à posséder Dieu, à lui être unie par la grâce , cl quêta inort consiste à en èlie sé|)aréc.
XII. Mais qu'est-ce donc qui peut priver celle âme de Dioa et de sa grâce? le péché mortel , et par conséquent ce péché lui cause la mort. Oui , le péché est ce lion féroce dont les dents sont assez aiguës pour tuer les âmes, comme nous l'apprend le Saint-Esprit : Deiiies/eon/s, ilenlcs cjiis^inlerficicntes animas (E{^d\. 21. 3). C'est là le grand mystère dont parle l'apôlre saint Jacques, et qui consiste en ce qu'au moment où le péché est consommé il engendre la mort : Pcccaium verù , cùni consummaliim ftieril, générât morteni Çiac. 1. lô). Ah! monstre infernal , il ne te sulflsait pas d'avoir causé la mort corporelle à tous les hommes , tu veux encore causer la mort des âmes! Tu es ce couteau à deux tranchants mentionné dans TEcclésiaslique (21 .4), dont l'un exerce sa fureur sur la partie matérielle de l'homme , et l'autre sur sa partie spirituelle qui est Tàme : Qiuisirhomphœa bis acula omnis iniquilas.
XIII. Je ne m'étonne plus maintenant si , selon l'expression des saintes Ecritures et des sainls Pères, le péché est appelé un mal universel , le plus grand de tous les maux , le seul mal véritahle; mal plus à craindre que l'enfer même, qui n'a été créé que pour la punition du péché. Je ne suis plus surpris lorsque j'entends dire (iiie tout ce que la justice humaiiie a inventé pour la punition des criminels, tout ce que la fureur des tyrans leur a inspiré pour faire soulîrir les martyrs, tout cela est audessous de la cruauté et de la barbarie du péché mortel; parce que tous ces tourments n'ont pu avoir de prise que sur les corps, tandis que le péché mortel exerce sa cruauté sur les âmes, en leur ôtant la vie de la grâce , qui est plus précieuse infiniment que toutes les vies naturelles de tous les hommes. Vous éles saisis d'horreur lorsque vous considérez les ravages effrayants du déluge universel, qui fit périr tout le genre humain, à rexcejjtion de huit p-arsonnes seulement. Ah! vous devriez bien plutôt être glacés de terreur lorsque vous commettez un péché mortel, qui, en faisant périr votre âme, cause un désastre bien plus aflreux. Quel est celui qui ne s'abstiendrait du péché, s'il ne pouvait le commettre sans enlever en même temps la vie à son ami le plus fidèle et le plus cher à son cœur? Et vous ne pouvez commettre un péché mortel sans ôter la vie , non pas à un de vos amis, mais à votre âme ; et celte considération n'est pas capable de vous retenir, et vous vous faites un jeu de ce péché qui donne la mort à la portion la plus précieuse de vous-même !
XIV. Et ne crovez pas que ce soient ici des exagérations ; c'est une vérité des plus positives, que le péché donne la mort
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à l'âme en lui faisant perdre la vie surnaluîcîle de la îiràoe , «u la privant de Dieu qui est sa véritable vie , selon l'expression de Moïse parlant aux Israélites (Dmt. 30. ^O): Ipse esi çUa iiiu... Saint Aui^ustin prouve au long cette vérité : De même, dit-il , que Tànie est la vie du corps , ainsi Dieu est la vie de l'âme. Quand est-ce que l'on dit du corps : il est vivant? lorsqu'il est uni à l'âme ; et quand dit-on : il est mort? c'est lors- <]nc l'âme en est séparée. L'âme ne vit donc pareillement que lorsqu'elle est unie à i)ieu par la grâce et la charité; et elK' meurt lorsque, parle péché , elle perd la grâce, et que Dieu s'éloigne d'elle : ilrt/»i(i amissa , mors corporis ; Dcusamissus, mors <miiiiœ ( Serm. 5. de verb. Doni. ). Et comment pourron>nous, demande le même Saint , mesurer toute l'étendue du malheur causé à l'âme par cet état de mort provenant du pé- <hé ? ce sera en considérant l'excellence de ce qui la lait vivre. Or, puisque ce qui fait vivre l'âme n'est rien moins que Dieu l!ii-méme possédé parla grâce et la charité , combien celle perte <UvDieu, causée par le péché, n'est-elle pas déplorable, combien cette mort nest-elle pas funeste !
XV. Si les chrétiens qui sont dans le péché mortel avaient les yeux de l'Ange de l'Apocalypse, ils porteraient contre eux le même jugement que cet Ange portait contre l'homme dont il est parlé dans ce livre divin : Vous semblez vivre, et vous €les mort en réalité : Nomcn tinhcs quôd çivus , cl niorluas es (Apoc. 3. 1). Ces pécheurs diraient aussi, en parlant d'euxmêmes , qu'ils ont toutes les apparences extérieures de la vie, mais qu'en vérité ils sont morts : Nomen habci.... C'est ainsi 4]uele père de l'enfant prodigue, dont il est parlé dans l'Evangile, appelle son fds mort pendant qu'il est séparé de lui, et dit qu'il est ressuscité au moment où il revient de ses égarements : Morluiia eral, et rivixil (Luc. 15. 32). Saint Augusiin <lil la même chose en parlant du pécheur : Parce que vou*^ voyez, dit-il, que ses pieds marchent, que ses mains travaillent, que ses yeux voient, que ses oreilles entendent, qu'il se sert de tous les membres de son corps, vous le jugez vivant: il est vivant, enelïet, mais seulement quant à son corps; son itine, la partie la plus noble de lui-même, est morte en l'éalité. C'est la maison qui est vivante, mais celui qui l'habite est mort : Vivit, sed corpus e^us : morliiu est auiein anima ejus; vivil liabiiacu'um, sedniortnus ('Sllinbitcilor(Sei'm. *2S. de i-erb. \\).).
XVi. 0 âme infiniment belle, parce que tu es faite à l'image de Dieu ! âme infiniment précieuse, parce «lue tu as été radielée au prix du sang de Jésus-t^hrist! il n'y a donc qu'une seule
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chose qui puisse le faire mourir, et celte chose c'est îc péché: elles hommes aveugles et insensés ne ressentent aucune peine de cette mort; ils pleurent amèrement la mort d'un père, d'une mère, d"un époux, d'une épouse, d'un enfant, et ils ne pleurent point, dit saint Cyprien (lib. de Lapsis), la mort de leur àme , qui est la chose la plus précieuse , la plus chère qu'ils aient au monde. Au contraire, après être morts de la sorte, ils rienl, ils se divertissent, ils passent leurs jours dans les fêtes et la joie. 0 péché, que lu es à craindre, puiscpie lu rends l'homme, dans sa misère, si aveugle et si insensé ! On ne peut voir sans compassion ces frénéti(jues qui se frappent, qui se déchirent, qui cherchent à se donner la mort; et l'on verra de sang-froid tant de chrétiens porter la fureur jusqu'à déchirer leur àme et lui donner la mort , comme s'ils étaient, et ils le sont en effet, leurs plus implacables ennemis! Oui , dil l'Esprit-Saint, ceux qui pèchent sont les ennemis de leur àme : Qui finiitnl pccculuiii, ho.sles sinil auiiuœ siiœ (\'oh. 12. 10).
XVII. Ah! voudriez-vous encore être les ennemis de votre àme et lui donner la rnorl, en retombant ou en persévérant dans le péché? ^'on, Seigneur; nous n'avons été que trop insensés pour l'avoir fait jusqu'à ce jour. Pendantle reste de notre vie, nous délesterons ce péché qui, outre l'oHense (ju'il fait à votre Majesté suprême, dépouille notre àme de tous ses mérites, lf> rend incapable d'en acquérir de nouveaux , et lui donne enfin la mort, en lui faisant perdre votre grâce qui est sa vie. Faites, dans votre miséricorde, que nous ne perdions plus cette grâce; faites que, par son moyen, nous vous restions toujours unis en cette vie , afin que nous ayons le bonheur de vous être unis dans le ciel pendant l'éteruité.
SIXIÈME irsSTRUCTIOiN
SUR LE PËCHÉ.
Le pcché aveugle l'esprit du pécheur.
Comme un habile médecin , avant d'entreprendre la guérison d'une maladie, s'informe soigneusement des causes et des principes du mal, afin qu'après en avoir oté la racine, il puisse en assigner les remèdes : amsi , étant disposé à vous parler de l'aveuglement , (jui est celle maladie spirituelle devenue presque générale parmi les chrétiens , je vous exposerai Ls causes q:ù la produisent, afin que, connaissant la ra-
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cine du mal , vous puissiez y apporter le remède convenable.
Les causes de cet aveuglement peuvent se réduire à trois principales, dont la première est le pécheur lui-même , par son péché ; la seconde est le démon, par ses suggestions malignes; la troisième enfin est Dieu lui-même, par la soustraction de sa grâce eu punition des résistances du pécheur.
I. Le péché est donc la première cause de cet aveuglement spirituel. Les hommes sont frappés de ce châtiment , dit le prophète Sophonie, parce qu'ils ont péché contre Dieu : Ambiilanl utcœci^ quia Domino pecccnerunL Comme la vue corporelle est obscurcie par la l'umée ou par des humeurs nuisibles, ainsi l'œil spirituel de rinlcUigence est troublé par l'avarice , parla haine, par l'orgueil, par l'impureté, et par les autres vices : et cette cécité spirituelle qui provient du péché est si complète, que ceux qui vivent dans cet état de péché sont comparés parle Roi-Prophète aux animaux privés déraison: CoDiparahisesl jumentis, et similis faclusest ilUs. Saint Augustin, décrivant l'état d'une âme en péché mortel, le compare :i celui où se trouvait la terre avant que Dieu eût créé la lumière. Les ténèbres, dit le texte sacré , couvraient la face de l'abime, la terre était nue et stérile : Terra eral inanis et vacua, et lenebrœ super facicmabijssi (Gen. 1. 2). Ainsi une àme dans l'état du péché, est comme une terre stérile et couverte de ténèbres et d'obscurité : elle est aveugle dans ses facultés supérieures, parce qu'elle est privée de la vraie lumière de la grâce ; c'est ce que le Saint-Esprit veut nous apprendre, lors- <iu'il nous dit que l'erreur , c'est-à-dire le péché, et les ténèbres ont été formées en même temps et subsistent ensemble dans les pécheurs : Errer et tenebrœ peccatoribus concreaia ^•^m^(Eccli. M. 16).
U. El ailleurs, se servant d'une expression des plus étranges, il ajoute que les yeux du sage sont fixés à sa tête ; mais <iue l'insensé, c'est-à-dire le pécheur, marche dans les ténèbres : Sapienlis oculi in capite ejiis ; stuUusin tenebris ambiUat (Eccl. 2. 14). Ou, selon une autre version (1) : L'homme sage se propose toujours dans ses actions une fin honorable et digne <le Dieu : Sapiens contemplatiir in principio id quod futurum est in fine; tandis que le pécheur, privé des lumières de la grâce, ne prévoit rien, travaille dans les ténèbres , qui sont l'effet ordinaire que le péché produit dans les âmes.