‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 5 sur 26 · DES PÉCHÉS CAPITAUX · texte numérisé non relu

DES PÉCHÉS CAPITAUX

De l'orgueil.

Après vous avoir montré la malice du péché en général,pernieltez, mes Frères , que je vous parle des péchés en particulier , et que je vous fasse connailre ceux qui sont comme la source des autres, et que les saints Pères elles théologiens appellent péchés capitaux. Ou en compte sept : l'orgueil, l'avarice, la luxure, l'envie , la gourmandise, la colère et la paresse. Je commencerai aujourd'hui à traiter de celui qui est comme le roi des péchés, le principe de tous les péchés, c'est-à-dire, de l'orgueil: Inilium omnis peccali est superbia {EccW. 10. lo). ÎS'ous verrons ce que c'est que l'orgueil, les différentes espèces d'orgueil, les divers degrés de l'orgueil ; quelles sont les filles de l'orgueil, comhien l'orgueil est un grand crime, et enfin quels sont les moyens que nous devons employer pour nous en préserver.

I. Pour définir en peu de mots ce vice, je dirai avec saint Thomas (2. 2. q. 162), qu'il est un amour déréglé de sa propre excellence : Est inordinalus appetilus propviœ cxcellenitœ. On dit que c'est un amour, un désir déréglé, parce que aimer, désirer raisonnablement les honneurs et les dignités, ce n'est plus orgueil, c'est magnanimité. Afin de mieux comprendre en quoi consiste la malice de l'orgueil, il faut remarquer qu'il y a trois sortes de biens, qui ne peuvent venir que de Dieu. Les biens de la nature, comme sont un esprit distingué, une intelligence rare et capable de bien réussir dans les arts et les sciences, une heureuse mémoire, la santé du corps et autres semblables. En second lieu , les biens de la fortune , comme les richesses, les honneurs, la puissance, l'autorité. Enfin, les biens spirituels, comme la grâce, le don de prophétie, l'aj)!! tude à annoncer la parole divine.

SUR LE rzciiÉ. Dî

lî. Cela supposé , nous pouvons facilement connaître vn quoi consiste la malice de l'orgueil, et quels en sont les degri s elles espèces. Les saints Pères et les lliéologiens en assignent ordinairement quatre : la première a lieu quand étant doué d = ■ quelqu'un des biens indiqués , on ne les reconnaît pas comm;3 venant de Dieu, mais de soi-même, qu'on s'y complaît et qu'on en tire vanité. La seconde, quand on oublie que les biens doit on jouit viennent de Dieu, qu'on les attribue à son propre mérite. La troisième, quand on s'imagine posséder quelqu'une d' ces qualités qu'on n'a pas. La quatrième, quand on méprisles autres, désirant être estimé plus qu'eux , parce qu'on se croit supérieur en mérite et en vertu. L'orgueil de la première espèce fut celui de Lucifer et de ses compagnons, lequel se voyant éclatant de beauté au sortir des mains de !jieu,doué de noudjreuses prérogatives de la nature et de la grâce , au lieu de se persuader, comme il le devait, qu'elles provenaient de la libéralité du Créateur, trouva dans ces dons un motif tic s'enorgueillir, et porta ses prétentions jusqu'à vouloir devenir semblable au Très-Haut : SnHi7/s ero AUissinio (Is. 14). C'est par le même orgueil que péchèrent nos premiers parents qui, non contents des grands bienfaits dont Dieu les avait comblés, crurent, d'après la suggestion du démon, pouvoir devenir tout autant de dieux et avoir une connaissance parfaite du bien et du mal: Eriiisslculdii scienlesboninnetr,udum(Gen. 3). Hélas ! combien de chrétiens sont les imitateurs de l'orgueil de Lucifer et de nos premiers parents ! combien qui , favorisés par la nature , et jouissant de quelques avantages considérables, appelés à remplir des postes de distinction, s'imaginent les avoir obtenus, grâces à leurs efforts , s'en vantent et s'en glorifient comme s'ils s'étaient donné à eux-mêmes ces biens , méconnaissant cette vérité que tout don vient de Dieu î Ah ! hommes vains et superbes, attendez-vous à partager dans peu les supplices de Lucifer,puisque vous voulez être ses imitateurs et ses compagnons.

IH. Ceux-là se rendent coupables de la seconde espèce d'orgueil qui , ayant été privilégiés de Dieu ou par l'éclat de la naissance ou par leurs grandes richesses, en deviennent si fiers et tellement présomptueux , qu'ils ne sont jamais satisfaits de rien. Ont-ils obtenu une place honorable et lucrative? ils ne sont point contents, parce qu'ils croient toujours avoir droit à quelque chose de plus. Ils se figurent qu'il y a une immense différence entre eux elles pauvres; ils ne peuvent souffrir d'être traités conmie eux , et ils désirent les voir occuper les postes

inférieurs, tandis qu'ils n'ambitionnonl que les emplois lespUis élevés, comme élant dus uniquement à leur mérite et à leur état. Oh ! misérables ! croyez-vous que la naissance et la fortune vous distinguent des autres ? parce que, comme le dit un savant auteur ^ vous avez laissé plus tôt que les autres la pioche à laquelle nous fûmes tous condamnés par Dieu dans la persoime d'Adam, et parce (|ue vous avez plus de biens, pensez-vous être i>étris d'étoiles et non d'argile et de boue ? Ah î les vrais biens et les vrais trésors, ceux qui enrichissent l'âme, soîit dans les actions vertueuses, et ce n'est pas dans le mérite de nos ancêtres ou dans les richesses que consiste la véritable noblesse.

IV. Se rendent coupables de la troisième espèce d'orgueil ceux qui étant pauvres et d'une naissance obscure , au lieu de se résigner aux dispositions de la divine Providence ,se plaii,!ienl de leur indigence etde la bassesse de leur extraction. SI, j>ar hasard, ils s'élèvent au-dessus de leur première condition , i!s ont honte de parler delenr état passé; ils s'efforcent de jeter un voile épais sur ce qu'il a d'hu!niliaiil;ils ne soutirent laprêsencc d'aucune personne de leur fantille, ils en rougissent. iSe leur parlez pas du lieu où ils ont reçu le jour, ils le répudient; et ayant en horreur tous les objets qui leur rappelleraient ce qu'ils étaient autrefois, ils cherchent à faire croire qu'ils appartiennent à quelque ancienne famille, et afieclent un air de grandeur qu'ils n'ont jamais eu et ne pourront jamais avoir. Oh ! hommes vains cl superbes ! on voit bien que vous avez peu de télé, ou plutôt que vous n"en avez point du tout : Non kcniaiui'ilii pessuperhiiv, dille rsalmislc {l*s. 35). Mais pourquoi parle-t-il de pied, demande saint Ambroise? Parce que, répond-il, l'orgueil n'a point de télé : Superbia uon habet capui {in htmclocum). Dans la troisième espèce d'orgueil, on classe ceux qui , méprisant les autres, dépréciant leurs connais^^ances , leur fortune , veulent être seuls l'objet de l'estime d<' tous. Ils font ostentation du peu de science qu'ils ont; ils prétendent, dans le monde , l'emporter sur tous, et recevoir euv seuls les applaudissements de ceux qui les environnent. Jaloux de briller exchisivement, ils prennent tous les moyens possibles pour dénigrer et obscurcirlestalentsetles vertus de ceux qui se font remarquer autour d'eux; et combien ils sont communs ces insensés qui concentrent sur eux toute leur estime! Les deux premières espèces d'orgueil, quand elles procèdent d'une volonté déterminée, sont toujours des péchés mortels, et quand elles ne proviennent que de la légèreté du caractère, plies ne

sont que péchés véniels: la Iroisièineet la quatrième peuvent être excusées de fautegrave , pourvu cependant qu'il n'y entre point le mépris de Dieu , ou que l'on ne place point satin tlernière dans le désir que Ton a de s'élever, ou qu'il n'en résulte point d'insulte contre le prochain ou quchpic notable dommage, parce qu'alors la faute serait toujours mortelle.

V. Connaissant quelle est la nature de l'orgueil, ses espèces et ses divers degrés , voyons à présent quelle est sa triste famille: il est la source infecte de la vaine gloire, de l'ambition et de la présomption ; mais la vaine gloire produit des résultats encore plus nuisibles que l'orgueil d'où elle émane. Commençons à parler de la présomption, qui est un désir déréglé qui porte Thommeà se faire connaître, et à se croire capable de tout: il n'y a ordinairement dans cette disposition du cœur qu'une faute vénielle, mais qui peut dégénérer en mortelle dans trois cas. Le premier, quand il eu résulte un tort not;djle au prochain, comme si, par exemple, quelqu'un n'ayant point étudié la médecine, ou fait uu cours de droit, voulait se mêler de faire le médecin, ou exercer l'état d'avocat, etc. Le second, quand on usurpe quelque emploi, ou que l'on s'ingère dans quelque ministère , comme de confesser, de juger, sans en avoir reçu Tautorisation dessu'périeiirs. Le troisième, quand se confiant en ses propres forces, malgré les chutes passées, on s'expose à quelque danger de pécher; et quoiqu'on se fonderait alors sur l'appui de la grâce de Dieu croyant ne pas fomlicr, la faute n'en serait pas moins mortelle, parce que ce serait tenter Dieu.

VI. Le second effet de l'orgueil est l'ambition, qui consiste en un appétit désordonné des dignités et des honneurs. Combien d'hommes se rendent coupables de ce péché qui peut devenir mortel en quatre cas : le premier, lorsque l'on aspire à quelque poste, ou à quelque charge, et que, pour y parvenir, on emploie des voies illicites, comme par exemple des promesses en argent, lasimunie, ou des fraudes et des supercheries, et (ju'on écarte les hommes qui en sont les plus dignes, i.e second, quand on met sa dernière fin dans cet honneur e? cettedignité, au point que l'ainbitieux ne craint pas d'outrager gravement Dieu pour les obtenir et pour les conserver. Le troisième, quand en étant indigne par défaut de capacité ou de science nécessaire, néanmoins on convoite ces honneurs et ces dignités auxquelles est attaché ou le soin des âmes, ou le gouvernement d'un peuple, et que déplus on cherche à se îe-^ faire adjugei .I.e quatricuîe enfin, quand on désire telle placo

Oi X. iNSTUicTiori

ou telle dignité dans un but mauvais, comme serait ceint de

porter préjudice à son prochain, ou se venger de quelque

oiïense.

VII. La vaine gloire, que saint Grégoire range dans le nom- I)re des péchés capitaux, et que d'autres saints Pères appcllenî la fdleainée de l'orgueil, en est le troisième elTet : c'est d'elle «|u'il nous reste à parler. Cette vaine gloire consiste à ambitionner démesurément la célébrité et les louanges des hommes: elle diffère de l'orgueil, en ce que celui-ci porte à désirer l'estime de ses semblables ù cause de l'excellence qu'on croit reconnaître en soi, tandis que celle-là excite celui en qui elle domme à manifester aux autres cette excellence, c'est-à-dire ces qualités réelles qu'U a, ou qu'il pense avoir. Mais, me direzvous, désirer qu'on sache ce qu'il y a de bon en soi, pour en être loué, est-ce toujours péché ? Je réponds que ce désir peut être bon quand il est réglé, c'est-à-dire, quand on souhaite retirer la gloire des actions qui en sont dignes, comme delà vertu et du bien que l'on fait ; quand on la désire pour faire telle ou telle bonne action, enûn quand on l'ambitionne dans un but convenable, comme serait celui de glorifier Dieu lui-même et d'être utile à son prochain ou à soi-même dans de bonnes vues; mais il est toujours mauvais d'y aspirer quand on fait des aetes contraires à la droite raison : ce qui arrive lorsque, pour obtenir cette gloire, on se fonde sur des qualités qu'on n'a pas, ou qu'on en désire une plus grande que celle que mérite tel ou tel autre bien que l'on fait, ou sans aucun des motifs énoncés plus haut. Mais la vaine gloire est-elle péché mortel ou véniel ? Je réponds que, régulièrement parlant, elle n'est que péché véniel : elle deviendra cependant péché mortel en plusieurs cas ; comme quand on aspire à la louange à cause d'une faute grave qu'on a commise, et qu'on ambilionne cette louange pour une fin criminelle; quand on est disposé à enfreindre ou à abjurer la loi de Dieu pour se la procurer : par exemple , si quelqu'un, après avoir enseignéuneerreur, ne veut pas la rétracter, supposé qu'il en résulte un dommage notable au prochain ; quand «nfin on ne se propose dans ses œuvres que d'acir-iérir l'eslime des hommes ; et n'est-ce pas là la conduite de presque tous les chrétiens ?

YIU. La vaine gloire est à son tour la source de trois défauts: le premier est la jactance, le second l'hypocrisie, le troisième est l'opiniâtreté. Je parlerai brièvement de chacun en particulier : la jactance a lieu quand on se loue ou glorifie desordonliément de quelque chose. Je dis désordonnément, parce que.

SUR LE VÉCUE. f^ô

comme le faisait saint Faul (2. Cor. 12), on peut se louer pour une bonne fln, c'est-à-dire pour la gloire de Dieu et pour l'utilité du prochain. La jactance est d'elle-même péché véniel ; mais il n'y a que trop de cas où elle devient i)éché mortel. Premièrement, quand quelqu'un se vante et se glorifie au mépris de Dieu et au préjudice du prochain, comme le faisait le Pharisien de l'Evangile (Luc. 18) qui , en faisant à Dieu le récit de ses prétendues vertus, manifestait des sentiments de mépris pour lePublicain; et enfin quand, dans les conversations, on lire vanité de quelque péché, ce qui, dans le siècle où nous sommes, est devenu très-commun ; car combien ne voit-on pas de chrétiens se glorifier d'avoir assouvi leur vengeance sur leurs ennemis, d'avoir satisfait leurs passions en souillant un lit nuptial par l'adultère, et en séduisant de malheureuses créatures qui jusqu'alors avaient vécu dans l'innocence. La vaine gloire produit, comme nous l'avons dit, l'hypocrisie, qui consiste à prendre les apparences de la vertu qu'on n'a pas, âu à cacher quelque vice auquel on est sujet. Comme étant «ne espèce de mensonge, elle est au moins péché véniel ; mais elle devient péché mortel, quand on s'en sert avec l'intention de pécher gravement.comme si quelqu'un feignait d'être chaste, juste et pieux, pour commettre plus facilement l'impureté-l'injustice, et répandre l'erreur, ou pour s'élever à quelque dignité et obtenir quelque place dont il est indigne.

IX. La vaine gloire enfante en troisième lieu l'opinicàtreté , qui est un attachement à sa propre opinion , malgré la connaissance que l'on a de sa fausseté, et qui porte à la soutenir contrairement à une vérité évidente et suffisamment démontrée. L'opiniâtreté devient péché mortel, quand elle a rapport ou à la foi , ou aux bonnes mœurs , ou à la religion , ou à la paix , ou à tout autre bien notable relatif à l'honneur de Dieu ou ù l'avantage du prochain. Le quatrième effet de la vaine gloire est l'invention des nouveautés dangereuses. Elle consiste à prêcher ou à annoncer des choses étonnantes et inouïes pour s'attirer la louange des hommes; et quand il s'agit de choses en opposition avec la foi, ou avec les bonnes mœurs, ou qui engendrent des scandales , ou qui portent préjudice au prochain , elle est péché mortel. Le cinquième effet est la curiosité, qui est un désir de voir , d'entendre, ou de savoir ce qu'il n'est pas nécessaire qu'on voie, qu'on entende et qu'on sache. Si elle n'a pour objet que des choses de peu d'importance, on juge qu'elle n'est que vénielle ; mais elle est un péchR .^rave, quand on s'expose au danger de pécher mortellement.

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quand, par exemple, (jueliin'uii vciU reiïarder délibérément des objets lascilspar eux-mêmes, des peintures infâmes, assister au spectacle , ou voir des actes qui provoquent à l'impureté. J'en dis tout autant de ceux qui lisent des livres obscènes, entendent avec plaisir des cbansons mauvaises, ou prêtent l'oreille à- des discours impudiques. Nous mettons sur la même ligne ceux qui veulent connaître des choses superstitieuses et dérendues, par des moyens illicites et criminels ; ceux qui cherchent à découvrir les défauts du prochain et ce qui peut lui ravir la réputation. Le sixième effet de la vaine gloire est la désobéissance formelle par laquelle on transgresse les ordres des supérieurs ; quand elle se lait par mépris de leur personne et de leurs commandements , elle est péché mortel , quoiqu'elle ne serait qu'en matière légère . parce qu'étant les minisires de Dieu , c'est lui-même qu'on méprise en les méprisant, selon la parole de Jésus-Clhrist (if/c 10): Qui vos speinii, nic spcniii. Mais si cette désobéissance a lieu pour d'autres motifs, elle est mortelle ou vénielle selon que la matière est plus ou moins grave, ou selon l'importance de la fin et du motif pour lequel a été fait le commandement. La vaine gloire produit encore deux autres effets, qui sont les disputes et la discorde ; mais comme j'en parle dans les vices contraires à la charité du prochain , il me sullit de vous avoir éclairés sur tous les résultats de ce vice.

X. Il nous reste actuellement à apprendre quelle est la nature et la grièveté de l'orgueil , ce qui sera le second point de mon Instruction. Etablissons donc en principe qu'il est, dans la foule des autres péchés , le plus grand, le plus énorme, le plus odieux et le plus injurieux à Dieu. Parmi les mille peuves que je pourrais fournir à l'appui de ce que j'avance , je n'en choisis que quelques-unes. Qu'y a-t-il de plus abominable à ses yeux qu'un pauvre superbe dans sa pauvreté ? Parmi les choses qu'il déteste , dit l'Rsprit-Saint , la première est . Paiiperem siipcrbam (Eccl. 25). C'est un spectacle que Dieu ne voit qu'avec horreur. En elïet , qu'un ver de terre , l'homme, qui de lui-même n'est rien, ait l'audace de s'estimer comme étant quelque chose de grand , de s'élever audessus des autres , de s'attribuer une gloire et un honneur qui ne sont dus qu'à Dieu seul; que ce ver ose se constitue son égal, marcher de front avec lui, que peut-on dire de plus horrible, de plus injurieux, et peut-il y avoir une hardiesse plus téméraii-e? Cependant ce sont là les termes qu'emploie le Saint-Esprit dans Job {cap. 15): Tctendù adversùs Deuu*

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mannm suam , et coulra Omni/joteitleni roboratns est, cucuirit adversùs eiiin erecto collo. L'orgueil donc, au milieu'des péchés qui ont envahi la terre, est le plus grave de tous ; il s'élève audessus de tous, comme un roi sur son trône est élevé au-dessus de ses sujets. Et de quel péché croyez-vous que parle le Psalmiste quand il dit : Et emundabor à deliclo maxiino ( Ps. 18.)? Il parle, répond saint Augustin, de l'orgueil : Maximum peccalum in homine superbia est. Et vous n'appelleriez pas grand ce péché qui pénétra même jusque dans les cieux? N'est-ce pas lui qui eut assez de puissance pour transformer en démons une multitude innombrable d'Anges, et qu'il précipita duhaiiL des demeures célestes dans les enfers?Peut-il être i)lns énorme?

XI. Pour vous donner une preuve convaincante de la vérité de mon assertion , vous devez savoir que deux choses , suivant la doctrine de saint Augustin et de tous les théologiens, se trouvent dans tout péché, l'éloignement de Dieu , et le rapprochement de la créature. Quant au rapprochement et à l'amour de la créature , l'orgueil n'est pas le plus grand des péchés, parce que la gloire et la vaine estime des hommes étant l'objet auquel il s'attache, il n'est pas pire que les faux plaisirs et les richesses pour lesquelles les voluptueux et les avares sont si passionnés. Mais pour ce qui concerne la haine de Dieu et l'éloignement de lui , l'orgueU , dit saint Thomas , est le plus énorme de tous les péchés. Les autres se commettent ordinairement ou par faiblesse , ou par ignorance , ou pour l'acquisition et la jouissance de quelque bien ; mais l'orgueil rompt toute alliance avec Dieu par méchanceté , par arrogance, pour ne pas vouloir se soumettre à lui ni à sa sainte loi. Ah! disons plus, il se révolte contre lui, il lui dérobe sa gloire, s'attribue ses biens , attaque ses perfections, et veut vivre dans l'indépendance: Cnni nmnia villa fnfjianl à Deo , dit avec Boëtius le Docleur angélique: Sola superbia se Dco opprmil. Tous les aulvc> vices fuient devant Dieu , mais l'orgueil lui lait tète : il entre audacieusement en lutte avec lui, et combat désespérément conlre lui. C'est pour cela que saint .lac(iucs assure que Dieu résiste aux superbes: Deus superhis resisHi. Co'nme s'il disait: Dieu se défend contre l'orgueilleux qui lui fait la guerre , pour soutenir son honneur et maintenir les droits de sa royauté.

XII. La seconde raison pour laquelle on doit le considérer comme étant le péché le plus grave et le plus énorme de tous, c'est qu'il est l'ennemi implacable de toutes les vertus , et qu'il mfecte presque tous les hommes. Los autres vices combattent uniquement les vertus , dit saint Grégoire ''/ù'. 34. Mor. c. 18),

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avec lesquelles ils sont en opposition ; comme, par exemple, la colère , qui , est avec la patience seule , la gourmandise avec l'abslinence , la luxure avec la chasteté ; mais l'orgueil n'est pas content d'en attaquer ni d'en détruire une seule. Semblable à ces maladies pestilentielles et contagieuses , qui corrompent tous les membres du corps , ainsi il corrompt et détruit toutes les vertus, et déplus, il s'empare de presque tous les hommes et les infecte ; il est considéré , il est vrai , comme un vice, mais qui porte avec lui je ne sais quoi d'éclatant et de noble , et peu s'en faut qu'on ne l'érigé en vertu. A l'exception seulement de quelques libertins des plus dissolus , les hommes qui font profession de vivre honnêtement ont honte de se vautrer dans la boue de la luxure, de voler , de tromper , de s'abandonner à la crapule et à l'ivrognerie , ou à d'autres semblables péchés qui entraînent après eux le désordre ou des infirmités ; mais où trouvera-l-on des hommes qui aient honte de l'orgueil et de la vaine gloire? qui ne cherchent pas à faire ostentation de la place honorable qu'ils occupent ? qui ne s'ctîorcentpasà faire connaître leurs talents, leurs quahtés , leurs mérites et leur grandeur?

XIII. Croirait-on que ceux-mémes qui devraient être exempts de ce vice, soit par leur état et leur condition , en sont souillés ! Oui, avouons-le, il ne règne pas seulement chez les savants , chez les riches , chez les nobles et les seigneurs, mais encore chez ceux qui n'ont que des talents très-ordinaires, qu'une fortune médiocre, et chez les gens de la plus basse extraction, et cet orgueil est d'autant moins convenable que rien ne peut le justifier. N'est-il pas vrai que celui-ci, dans sa confrérie ou dans un établissement, celui-là, dans sa communauté ou dans son village , prétendent l'un et l'autre avoir droit à des honneurs, parce qu'ils s'imaginent avoir des connaissances supérieures à celles de ceux au milieu desquels ils vivent? Ilsne veulent céder àpersonne, ils exigent que tous aient de grands égards jtoureux, se croyant les meilleurs etles plus sages de tous. IN'estilpas vrai que ce pauvre et misérable artisan qui se préfère à tous ceux de sa condition , prétend en savoir plus que tous, et veut qu'on croie que son travail est plus soigné et mieux fait que celui des ouvriers de son état: et dans celte pensée, il s'enfle, il s'enorgueillit , il se glorifie; et non content encore, il déprécie, méprise leur ouvrage et la manière dont il est fait? Que si la vanité et l'orgueil sont tellement enracinés dans les hommes , il n'est pas étonnant qu'il se montre encore plus à découvert dans les femmes. Sans parler ici de celles qui sont dis-

linguées par leur noblesse et leurs richesses , et chez lesquelles la vanité est héréditaire, que de jeunes personnes libres encore des liens du mariage et d'autres devenues mères de famille , qui, bien que nées d'une basse extraction , si elles ont reçu en partage quelques grâces extérieures, quelque beauté, ou qu'Iles s'imaginentles avoir, se pavanent, vont cent fois dans le jour se contempler dans un miroir, et, se flattant de l'emporter sur toutes leurs compagnes, attendent impatiemment Theurc de sortir de chez elles pour se faire voir, et promener comme en spectacle et leur personne et leur beauté ! Oh infortunées î XIV. Mais ce qui est encore plus déplorable, c'est que ce maudit vice, non-seulement corrompt et infecte les personnes qui suivent les maximes du monde; mais il essaie de plus (l'infecter et de corrompre, et combien de fois n'y a-t-il pas véussi , celles qui font profession de piété et de vertu. Oui, comme un poison, il se glisse dans la pratique des plus saintes €tdes plus excellentes vertus, dans les aumônes que font aux pauvres les personnes charitables, dans les pénitences et les austérités, dans la fréquentation des Sacrements , dans la visite des églises , et dans toutes les œuvres et tous les exercices de dévotion. Pénètre-t-il plus loin? trop malheureusement! lls'insiuue même jusque dans le ministère sacré de la direction des âmes, de la prédication, de la confession, à raison de la (p-ialité et de Taflluence des pénitents, ou de la multitude des auditeurs, ou de leurs applaudissements. Et combien de fois ces ijeuvres si méritoires et si saintes, au lieu de rendre ces personnes plus agréables à Dieu, pour cette vaine complaisance qu'elles éprouvent, pour cette légère vanité cachée qu'elles en ressentent , pour cet aveugle désir qu'elles ont de s'attirer des louanges, perdent tout le fruit de leurs travaux, et deviennent plus abominables et haïssables à ses yeux que les plus grands pécheurs. Ah ! vice exécrable qui as assez de puissance pour souiller ce qu'il y a de plus vénérable dans le monde, et empoisonner les actions les plus vertueuses et les plus saintes ! Il ne paraîtra donc pas étonnant que Dieu le punisse en permettant des chutes dans toutes sortes de péchés , et surtout dans celui de l'impureté , qui est de tous le plus honteux et le plus Immihant. Us ont voulu, dit saint Grégoire, arriver à une gloire vaine et méprisable, et ils ont mérité de tomber dans l'infamie; et parce qu'ils ont eu la présomption de se préférer aux autres, ils sont devenus semblables aux animaux : et c'est ce que Dieu fit. suivant PApùlre {Rom. 1. 26), à l'égard des an- •iens philosophes, en les livrant aux plus viles et aux plus sak'^ nasiions.

XV. La troisième et dernière raison dont je veux me servir pour vous inspirer de l'horreur pour cet al)ominable vicci c'est de vous le taire considérer comme le plus cruel ennemi de voire salut éternel : comme Ihumililé est une des marques certaines de la prédestination, de même, dit saint Grégoire {I. 34. Mor. c. 18), l'orgueil est une des marques les plus sûres de la réprobation éternelle : Eoidenlissimum rcproborum sig)iH))i est siipcrbia ; al conirà, humililas electovvm. Mais pour- ■<ju()i l'orgueil est-il un signe de réprobation, et rhumililé un signe de prédestination? Parce que Dieu ayant une affection ionlG spéciale pour celle-ci, il a une très-grande horreur pour •celui-là, qui l'attaque dans ce qu'il a le plus à creur ; il veut tirer vengeance de son audace en le condamnant aux supplices cternels. En outre, il est indubitable que personne ne pourra cire sauvé sans la grâce; mais à qui est-elle donnée? Ce n'est pas aux superbes, à qui Dieu résisle, mais aux humbles, disent les a|)ôtres saint Pierre et saini Jacques : Dens snperbis Tesifilit^hiiinilihus auleiu dat (jvaliiun (1. Pclr. 5. Jacob. 4). 11 la donne à ceux qui, connaissant leur indigence, leur pauvreté et leurs misères, élèvent la voix et l'implorent; mais non pas à ceu:^ qui, croyant n'avoir besoin de rien, quoiqu'ils soient dans le dénùment le plus absolu, ne veulent rien demander. C'est ainsi que se vérilie cette pai'ole que l'orgueil est le signe le plus cvident de la réprobation : Evklcni'issUnum rcproborum sicjmim rsi superbia. Vous seriez-vous jamais imaginé, Chrétiens, qu'un péché aussi énorme que l'orgueil, source et origine de tous les autres péchés, et l'indice le plus assuré de la réprobation cternelle, fût devenu si commun qu'il corrompt et infecte presque tous les étals; se glisse dans toutes les conditions, et qu'il est un bien petit nombre d'hommes qui en soient exempts? El cependant les choses sont ainsi. Mais ce qu'il y a de plus digrso de larmes, c'est qu'il en est très-peu qui se reconnaissent souiiîés de ce vice; empressés d'avouer dans les tribunaux de la pénitence toutes leurs autres fautes , ils se gardent bien de le déclarer.

XVI. Mais votre Instruction, observez-vous, nous jette dans le désespoir de notre salut éternel. Dites-nous donc, puisque vous l'avez promis, ce que nous avons à faire pour ne pas tomber dans tant d'actes de vanité et d'orgueil dont nous nous sommes rendus coupables pendant toute notre vie, et comment nous pourrons remédier à tant de fautes commises? Voici, mes Frères, les grandes précautions qu'd faudra prendre, voilà l'unique et néc^^-'iaire remède que von> aurez à emplAcr :

SîTi IV, pRciii;. lOf

rhumilité. riuimiîilé, cl puis enliu rimmililé. Péiiétions dan.* la connaissance de notre néanl , et demandons-nous à nousniènies ce qu'est ce corps donl nous nous enorgueillissons laul: un amas de boue, unenialièrc qui ne lardera pas d'aller pourrir dans un tombeau, un ciiKUjue infect qui répand de tout côté la puanteur. Je reconnais, devons-nous dire avec Job, k» plus patient de tous les honinu's, que rinfeclion et la pourriture sont mon père et ma mère, et que les vers sont ma sœur : Pitlredini dixi : potev meus cv ; mater tuea, et soror mea , vetm'ihus. Et comment pourrons-nous, étant convaincus de cet!'.; vérité, permetlre <à l'orgueil d'entrer dans notre cœur, quelle que soit la beauté de nos traits, la noblesse de notre cxtractioii, cl la possession des cbarges les plus bonoritiques? Que sommes-nous ensuite du côté de l'àme? Elle est en elTeri'œuvre la plus admirable de Dieu: mais par suile du pécbé, à quelles erreurs n'est-elle j)assuje[îe? de quelles perverses incUnalious et de quelles passions liunleuses n'est-elle pas l'esclave? Dan.s quels défauts et dans quels |)éi'bés ne sommes-nous pas entraînés tous les jours? Et ces actions, bonnes en elles-ménie.^, que nous faisons, de quelles imperfections ne sont-elles pa.n souillées? Et quand même nous les supposerions aussi parfaites et aussi saintes que ])0>3ible , qui pourrait nous assure/ qu'elles sont agréables à Dieu? Oui parmi nous peut savoir s'il est dans l'état de grâce ou dans celui du pécbé; s'il est digne d'amour ou de baine? Mais aimons à croire que nous sommes dans cet état de grâce, et que nos œuvres ont été accueillies de Dieu avec bienveillance ; je vous demandci-ai : Est-ce à nous-mêmes que nous devons imputer le méi'ite de ces œuvres? iNe sont-elles pas, comme l'enseigne la fui,ûes dons de la bonté divine (1. Cor. Af. Uu'avez-vous, dit l'Apùtre (l.Cor. 4), que vous n'ayez reçu de Dieu? Et si vous l'avex reçu de lui, [)Ourquoi vous en glorifiez-vous, et vous en énorgueillissez-vous comme si vous ne l'aviez pas reçu?

XVII. Voilà donc le remède efficace pour réparer les maux qu'a produits en nous l'orgueil, et le moyen pour le déraciner: rbumililé,qui produira en nous la connaissance de noire niisèrc et de notre néant. Mais si celte connaissance est un moyeu pour nous faire pratiquer l'humilité et détester l'orgueil, pour parvenirà ce double but, l'exemple de notre Dieu qui, étant le souverain du ciel et de la (erre, s'est abaissé juscju'à prendre notre nature , jus(ju*à nailre dans une étable, et mourir au sommet d'une croix entre deux larrons, cet exemple, dis-je,sera bien plus etiicace. Pour nous apprendre celte admirable verlu.

il est descendu du ciel sur la îerre , il s'est fait homme, dit saint Augustin. Soyons donc couverts de honte , dit ce saint , en nous voyant si orgueilleux en présence d'un Dieu si humble. On raconte de Boleslas IV, roi de Pologne, que portant toujours suspendue à son cou l'image de son père , toutes les fois qu'il voulait faire quelque chose d'important, il la prenait à sa main, et disait: Mon père, que je ne fasse jamais rien d'indigne de voire nom.

XVllI. Chrétiens, dans toutes nos actions regardons l'image de notre divin Sauveur, et disons : Divin Rédempteur, vous êtes notre père, qui nous avez créés et qui nous avez rachetés par votre sang; la grâce que nous vous demandons est de ne jamais faire aucune action qui soit indigne de vous. Parmi les autres exemples que vous nous donnâtes, un des principaux futceluide la plus profonde humilité ; que jamais il ne nous arrive, puisque nous sommes aussi vos enfants, de nous souiller parla vanité et l'orgueil. Vous ne vîntes pas sur la terre pour nous apprendre à gouverner le monde, ni à opérer des prodiges, mais à être humbles. Faites donc que, pratiquant ici-bits la sainte humilité, nous alhons en goûter les fruits clans la gloire céleste,

SUR LE PÉCHÉ, De l'avarice.

Les sentiments de Jésus-Christ relativement aux biens de la terre, dont l'amour désordonné constitue le second des p 'chés capitaux, qui est l'avarice, diffèrent infiniment de la manière de voir des hommes , par rapport à ces mêmes biens. Les hommes, qui ne considèrent que les choses présentes, n'aiment et n'estiment que ces richesses périssables ; Jésus-Christ, qui en connaît toute la vanité et le néant, les regarde avec le dernier mépris. Les hommes appellent bienheureux ceux qui les possèdent : Beatuni dixerunl jjopidum cui hœe sunl (Ps.H3); et Jésus-Christ les juge les plus malheureux du monde. Les hommes couvrent les grands et les riches de leurs louanges cl de leurs applaudissements ; et Jésus-Christ les charge de ses malédictions : Vœ vobis divitibus (Luc. G); et il recommande à ses disciples de se préserver de tout amour des richesses: Cavete ab omni avariiia (Luc. 12). Lcs hommes s'imaginent qno

SUR LÉ rÉciiÉ. . 103

les riches sont arrivés au comble du honlieur , et .lésus-Chiisl ies regarde comme les plus infortunés, parce qu'ayant toutes leurs consolations en cettevie, ils n'en auront point dans l'autre. Or, dans cette variété de sentiments, vous n'hésiterez pas à croire que la vérité <îst du côté deJésus-Chri>t, etque,par conséquent, l'avarice est un grand mal. « Cependant , dit saint » François de Sales, on ne trouve personne qui s'accuse d'éirc i> avare (P/m7.3, cil); chacun désapprouve cette bassesse de » cœur, et s'excuse ou sur la multitude des enfants, ou sur la » prudence. Ceux qui sont déjà trop riches , désirent toujours » déplus grands biens. Les plus avares même ne se confessent » pas de l'être, parce que dans leur conscience ils ne se croient » pas réellement atteints de ce vice. L'avarice est une fièvre » extraordinaire , qui se rend d'autant plus insensiblesqu'cUe M devient plus ardente. Moïse vit dans le désert un feu qui con- » sumait un buisson sans le détruire {Ex. ^IT). Mais au con- » traire, le feu de l'avarice consume l'avare sans le brûler: au » milieu même des ardeurs les plus excessives , il croit jouir » de la plus douce fraîcheur, et il regarde la soif insatiable qui w le dévore comme une soif ordinaire et toute naturelle. » Je me propose donc de combattre aujourd'hui ce vice détestable. Nous verrons ce que c'est que l'avarice et quelles sontles filles de l'avarice. Nous considérerons dans l'Instruction suivante combien l'avarice est un grand mal , combien ce vice est répandu parmi les hommes, et enfin je vous en assignerai les remèdes.

L L'avarice, selon saint Augustin, est un désir déréglé d'avoir des biens temporels. Selon saint Thomas (2.2.7.118.arf. 3), et saint Bernard {Spec. au. cap. 2), c'est un amour excessif et immodéré des biens que l'on a, ou de ceux que l'on voudrait avoir ; ou autrement, c'est un désir déréglé d'acquérir ou de conserver ce que l'on possède. 11 n'y a rien de plus criminel au monde qu'une âme dominée par l'avarice, dit l'Esprit-Saint: Avaronihilscelesiiiis (Eccli. 10). Il n'y a pas déplus grande iniquité , que celle qui consiste à aimei l'argent d'une manière désordonnée : Nilnl est iniquius,quàm amare pecuniam. L'avarice , dit l'Apôtre , est la racine de tous les péchés et de tous les maux: Raclix omnium malorum cupidUas(Jim.6).MSiiii u'avons-nous pas dit dans la dernière Instruction que la racine et le principe de tous les péchés était l'orgueil ? Pourquoi donc assigner maintenant l'avarice , comme étant celte causi-. funeste ? Je réponds que la sentence de l'Esprit-Saint, qui in dique l'orgri.'il comme étant la source de tous les pécliés, est.

104 XI. ivsTRrciiON

véritable, et que celle par laquelle il attribue tous les crimesà l'avarice, comme en étant le principe, ne l'est pas moins. Mais ces deux sentences ne doivent pas élre considérées sous le même point de vue. Pour faire une maison , il faut d'abord en concevoir ridée,en former le plan, et ensuite les ouvriers l'exôcutent. Deux sortes de personnes doivent donc concourir à bâtir cette maison : l'arcbitecte qui dresse le plan, et ceux qui l'exécutent, etcesdeuxsortes de personnes peuvent égalemen! être considérées comme ayant contribué à la construction de cet édifice. Or , pour en venir à notre but: quand TEsprit- Saint dit que l'orgueil est le principe de tous les pécliés, l;i source de tous les maux, ceci s'entend du plan, du dessein,de l'intention. Lorsqu'il dit ensuite que l'avarice est la racine et la source de tous les maux, de tous les pécbés, cela doit s'enten (he de l'exécnlion. L'orgueil forme le dessein de tous les pc- <*liés, et l'avarice exécute ce dessein. Et qui pourrait compter le nombre et les difle rentes espèces de péchés qu'elle fait commettre?

11. Pour en dire au moins quelque chose, il est à propos de distinguer dans le monde troissorles d'avares condamnés par les saints Pères. D'abord, ceux qui aiment si ardemment les [)iens etles richesses qu'ils possèdent, (jui les conservent avec une pareille ténacité, qu'ils ne peuvent jamais consentir à faire aucune dépense, même des plus nécessaires , ou qui ne la font que par force, et avec la même peine que s'il s'agissait pour eux de s'arracher un oeil. En second lieu, ceux qui sont tellement avides de l'argent, que, sans employer néanmoins aucune fraude, niinjustice, ils cherchent et ils emploient tous les moyens pouraccroitre leurs trésors. Troisièmement enlin, ceux que l'avarice a rendus injustes, et qui ne craignent pas, pour augmenter leurs richesses, de violer toutes les lois delà justice et de l'équité. D'où nous devons conclure qu'il y a trois sortes d'avarices: la première qu'on appelle ténacité, ou avarice sordide ; la seconde qui se nomme avidité ou cupidité : celui qui en est dominé n'a d'autres pensées, ni d'autres suliiciludes, que celles qui le portent au gain et à rinlérèt. On so rend coupable de la troisième espèce d'avarice, qui est la plus criminelle de toutes, lorsque le désir des richesses est si grand, que l'on ne craint pas, pour les acquérir, de violer toutes les lois divines et humaines, d'user de fraudes et de toutes sortes d'injustices. Reprenons.

\\l. îNous avons dit que l'avarice consisie dans un amour désordonné des biens le:uporc;s iiue Ton possède ci! qnc l'or

SIR LE PÉCHK. t05

d«'sii'e (le posséder. Pour ce qui est des biens dont vousjouissez déjà, la divine Providence vous les a accordés, alin que vous en usassiez avec modération , il est vrai; mais cependant afin que vous entretinssiez lionorablcmciit votre famille, et que vous fissiez part du superflu aux pauvres de Jésus-Christ. Or, quels effets produit la première espèce d'avarice que nous avons appelée ténacité ? Elle fait que vous vous alïeclionnez tellement aux biens que Dieu vous a donnés, que vous y attachez si fortement votre esprit et votre cœur, que vous ne savez jamais vous déterminer à en faire quelques sacrifices. La convenance exiiie-t-elie qu'on fasse une dépense dans la maison? Cette autre est-elle absolument nécessaire? Faut-il envoyer les enfants à l'école, et leur donner au moins Tinslructioa qui leur estla plus indispensable? Faut-il établir cette jeune personne, et ne pas abandonner le parti avantageux qui se présente? Faut-il s'occuper de celte réparation urgente ? O Dieu, quelles angoisses, lorsqu'il s'ogit d'ouvrir la bourse, de faire celte dépense î Ce sont des douleurs pareilles à celles de renfantemenl,et c'est pourquoi l'on dilïèrede jour en jour.

IV. Mais la bienséance, comme nous l'avons dit, l'a nécessitée: l'épouse, les enfants, les serviteurs, demandent à grands cris que l'on fasse celte dépense. Kh, répond l'avare, vous voudriez ruiner ma maison, vous voudri«'z que je puisasse tous les jours dans mes trésors, parce que vous ignorez combien l'argent arrive difficilement. Cette église tombe en ruines celle antre n'est pas encore achevée : c'est une œuvre de piété, à laquelle cbacun se fait un devoir de concourir avec empressement. Entrez vous-même en participation de cette bonne <i'uvre: ce sont là, dit l'avare, de ces œuvres de ])iété que l'on pouvait faire autrefois. Alors les saisons étaient plus favorables ; mais aujourd'hui que les choses vont bien autrement, iî faut prendre aussi d'autres mesures. Mais ce malade manque de tout; ce pauvre est dans la dernière indigence; ayez pilie de leur détresse. 11 est bien facile aux pauvres de demnnder et de vivre sanspeine aux dépens des autres, dans des temps aussi malheureux que les nôtres.

V. Et avec ces belles paroles, on s'exempte de toute œuvre de charité et de toute dépense , pour se procurer le sordide plaisir de conserver son argent. Cependant on ne croit pas être avare , et l'on donne à celte conduite le nom d'économie, de prudence, de prévoyance. D'où il arrive (|ue l'avarice se couvrant de ces v()iles spécieux , on no peut la recon-^ nailre , el moins encore s'en corriger : <\\\\>. dircz-vo'.i^ , cet

argent m'appartient, je ne l'ai dérobé à personne, je puis donc le retenir, sans cire noté d'avarice. iNon, répond saint Augustin , l'on n'est pas seulement avare lorsqu'on ravit le bien des autres , mais encore lorsqu'on ne dépense pas le sien , dans les circonstances où sa propre nécessité ou celle d'autrui l'exige : Non tàm cn'arus, qui rapil aliéna, qiiàm qui cupide serval sua ( Serm. c. 96. deTenip.). Voulez-vous connaitresi cet homme est trop attaché à ses biens, et par conséquent, s'il est avare? Observez ce qui se passe en lui-même, lorsque à l'occasion d'un nauft'age , d'une grêle , ou d'une autre disgrâce , il lait quelque perte considérable. 0 Dieu , quel accablement! au lieu de supporter cet accident , sinon en louant Dieu et en le bénissant, à l'exemple de .Job, du moins avec patience et résignation. Voilà donc comment la douleur que vous ressentez de la perte de vos biens dénote l'amour désordonné que vous avez pour eux, puisqu'on ne perd avec douleur que ce que l'on possède avec amour, selon la parole de saint Augustin. Rien ne montre davantage, dit saint François deSales, l'atïection que l'on avait pour une chose perdue, que le chagrin que l'on ressent de sa perte.

VI. La seconde espèce d'avarice, avons-nous dit, consiste à chercher avec une extrême avidité à accroître ses trésors, à acquérir de nouvelles richesses; non pas qu'on le fasse en commettant des injustices ; ceux qui en sont dominés n'emploient que des moyens justes et honnêtes ; mais ils sont tellement esclaves de cette passion , qu'ils ne sont jamais contents des biens qu'ils ont acquis , des gains qu'ils ont faits ; ils en désirent toujours de plus grands , et ils vérilient celte parole du Saint-Esi)rit : L'avare ne sera jamais rempli d'argent: idt'arus non iinplebitu)^ pecunia {Ecdes. 5). Aussi les voyez-voui» iion-sculemenl se priver de tout divertissement licite , mais plus assidus au trafic et au négoce , plus appliqués au travail , que les infortunés que la justice humaine a condamnés pour leurs crimes à traîner péniblement leurs fers sous les yeux de maîtres cruels préposés à leur surveillance. Mais c'est aujourd'hui un jour de dimanche , un jour de fête : on ne doit pas s'appliquer à son trafic , à son négoce, ni penser à faire des gains temporels; c'est un jour qu'il faut employer au culte de Dieu et à sa gloire, à procurer le bien de votre âme, à acquérir de^ mérites pour le ciel. Dans votre église, on faitune instruction à la messe paroissiale ; après midi, votre bon pasteur explique toujours quelques points de la doctrine chrétienne. Dans cette p'Urc, église, il y a une indulgence plénlère, on expose le, Saint

SIT. LE rÉCIlÉ, 107

Sacrement, De niauquez donc pas une occasion si favorai)le pour vous instruire , et pour obtenir les grâces dont vous avez besoin. Ali ! vous dites très-bien , répond cet avare, les prêtres n'ont autre chose à faire que de prêcher et de remplir les autres fonctions de leur ministère ; ils n'ont pas une femme, des enfants , une famille àentretenir. Il faut penser chaque joiu* à gagner quelque chose ; parce que chaque jour on fait des dépenses.

VII. Mais quand penserez-vous à Dieu et à votre âme? Quand travaillerez-vous pour réternité ? Vous croyez la vieélc nellequi est l'objet du dernier article du Symbole; U faut donc travailler pour celle vie éternelle. Vous êtes chrétiens et vous faites partie du peuple de Dieu; or, dit saint Paul, le peuple de Dieu , les vrais chrétiens, ont leurs fêtes , leurs jours de repos, dans lesquels ils oubhent les intérêts temporels, pour s'appliquer uniquement au culte de Dieu ci aux intérêts de leur âme : Rclinquiiur sahbalhismus populo Dei (Hcb. 4). Mais j'ai tant d'ouvriers à satisfaire , tant de comptes à régler, tant de lettres à écrire, qu'il ne me reste pas le temps de vaquer aux choses spirituelles, qui regardent la gloire de Dieu et le salut de mon âme. Je ne le puis pas, assurément. Vous ne le pouvez pas? Dites plutôt que vous ne le voulez pas , et vous direz la vérité [ Ce n'est pas que je vous fasse une obligation d'abandonner totalement le soin de vos alTaires; mais je dis que vous devez au moins, les dimanches elles fêtes, perdre de vue vos intérêts temporels, pour ne vous occuper que de ce qui est le plus pressant et le plus nécessaire, c'est-à-dire, de glorifier Dieu, et d.ï travailler à votre salut éternel ; et comme c'est là une chose qu'ont pu faire et que font encore tous les bons chrétiens qui veulent eflicacement se sauver, c'esl une chose aussi quin'e-l impossible à personne.

VIII. Enelïet, Irouveriez-vous bonne l'excuse d'un ouvri. • ou d'un serviteur que vous auriez pris à gage pour travaille:' à votre champ, à votre vigne , ou pour le faire vaquer à d'à::très occupations, et qui vous dirait : Je ne puis faire ce qr.' vous m'ordonnez, parce que j'ai d'autres intérêts à soignci- ' Vous ne pouvez pas faire ce que je vous commande? lui diriez-vous, je vous nourris , je vous donne le salaire convenu : si vous ne pomcz me servir, il faut le pouvoir, ou bien il Devons reste qu'à quitter ma maison. Vous n'admettriez p:..l'excuse de ce serviteur , et vous croyez que Dieu admettra ; ; vôtre? Pourquoi vous a-t-il mis en ce monde? Pourquoi vo;::donne-t-il votre nourriture? Pour(]iîoi vous conserve-t-il la vie /

108 XI. l^«^•[^l( !!(!N

Est-ce afin que vous vous occupiez à gagner de l'argent , à acquérir des richesses? ïNoii, sans doule : c'est afin que vous le serviez et (juc vous le glorifiez en celle vie, et que vous méritiez par-là de le posséder éiernellement dans l'autre.

IX. Et ces hoimiies qui, comme autant d'esclaves, sont continuellement appliqués à servir {)0ur ainsi dire leurs intérêts, à augmenter leurs richesses, jus(iue-là qu'ils ne peuvent trouver une heure pour écouter une Instruction , pour penser à leur âme, à leur sulut éternel, pour lequel Dieu les a placés sur la terre; ces hommes qui, pour n'être pas montrés au doigt, et afin de ne pas passer pour des chrétiens sans religion et sans foi, ont de la peine à déroher une demi-heure à leurs affaires, |)our entendre avec un esprit tout disirait la messe la plus coiu'te : ces hommes , dis-je , ne veulent pas se croire sujets à l'avarice , parce que leurs gains et leurs acquisitions ne sont pas injustes. Ils se regardent au contraire comme les hommes les plus sages et les plus prudents , selon cette parole du Saint-Esprit: Sapiens sihi \>idelitr vir dives (Prov. 28). Et le vulgaire ignorant les regarde, en efiet, comme des hommes d'un jugement droit, qui dirigent très-bien leurs aflaires: aussi les appclle-l-il sages et prudents. Mais je dis que non-seulement ils sont avares, mais encore injustes, et qu'au lieu d'avoir les (pialités qu'on leur prèle, ils sont au conUaire privés de sens et de jugement. 11 est vrai qu'ils ne sont pas injustes envers leur pi'ochain ^ puisque les gains qu'ils ont faits , ils les ont faits sans fraude, et sans tromper personne ; mais ils le sont envers Dieu, à qui ils manquent de} rendre le culte et les honneurs qui lui sont dus; ils le sont envers leur âme, dont ils nc>gligentle salut élernel. Ils sont privés de sens et de jugement, puisqu'ils laissent de côté ce qui est de toute nécessité et de In plus haute importance, pour s'occuper des choses les plus vaincs, et de ce qu'ils doivent quiller dans peu de jours. Appel- Jeriez-vousun homme de sens cl de jugement celui qui, ayant fait une abondante récolte de blé, au moment de séparer le gi ain de la paille, au lieu d'avoir tout le soin possible du bon graisi, et de le porter dans le grenier, le laisserait perdre, et mettrait l;;ule son application à bien conserver la paille? Vous le regarderiez comme un insensé, privé de raison et de jugement; et vous appellerez honnnes de sens et de jugement, tous ces chrétiens dont les pensées et les œuvres ne tendent qu'à accumuler des biens temporels et terrestres qui ont si peu de valeur, tandis (jit'ils négligent dacquérir Icsbicnsspiriluels, célestes et élci :lel.^ (pli sont infiniment précieux?

f^vn IV. vtru^.. 10.3

X. Après avoir parlé des deux premières espèces d'avarice, il nous reste à considérer la troisième qui , suivant ce que nous avons dit, est la plus criminelle de foules, parce qu'elle est accompagnée d'injustice envers le prochain. Le désir des riciiesses est si enraciné et si insatiable dans quelques-uns , •ju'ils n'ont plus d'égard ni aux lois, ni à la justice. Ils trompent, ils dérobent, ils entassent toujours, sans s'inquiéter s'ils le l'ont licitement, ou s'ils le font au préjudice des autres. Ils ont résolu de se faire une fortune, d'accroître leurs capitaux, <rétendre leurs possessions , ils emploient tous les moyens, sans examiner si ces moyens sont justes ou injustes. II faudra peut-être sucer le sang de ce pauvre, ravir les biens de cet orphelin, usurper l'héritage de ce pupille, ruiner celle veuve; n'importe, on ferme l'œil, on étoulTe les remords de la conscience. En un mot, l'on veut tirer avantage delà misère même des pauvres, et pouvu que l'on s'enrichisse, on ne craiui point d'appeler à son secours les fraudes, les ruses et toutesortes d'injustices.

\1. Ah! l'apôtre saint Paul avait bien raison de dire que ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et lesfdets du démon, et dans une multiplicité de désirs inutiles et nuisibles, qui les précipitent dans l'abime de la perdition et de la danmalion éternelle. Voyez un malheureux qui vient de tomber dans le courant impétueux d'un fleuve, il est couvert et emporté par les eaux, sa mort est pres<|ue assurée : il en est de même de ceux qui sont dévorés par Tambition des richesses. Us sont tellement submergés, et si violemment emportés par l'impétuosité de leurs désirs , qu'ils ne doivent s'attendre qu'tà une perte certaine. Remarquez , dit saint Anselme , ce qu'ajoute l'Apôtre: Que les richesses sont des filets dont le démon se sert pour prendre les âmes elles entraîner dans l'enfer. Elles servent de fdet au démon lorsqu'on les acquiert, parce qu'il est rare qu'on le fasse sans employer quelques moyens injustes et illicites; elles lui servent de (ilet lorsiiu'on les possède , parce qu'on s'y attache d'une manière désordonnée ;enlin elles servent au démon de filet, lorsqu'il faut s'er» séparer à la mort, parce que comme elles ont été ordinairement le fruit des injustices, il faudrait faire des restitutions; alors le démon Télend , et empêche aux avares de prendre la résolution de les rendre, afin de les précipiter dans l'abîme avec, le bien d'aulrui à la main. Aussi , notre divin Rédempteur voulant nous donner à entendre conibicn il est difficile aux riches de se siniver. a-t-il pronoMcr fo!!" ! vriltle sentence: Je

VOUS le dis , il est plus aisé qu'un chameau passe par le Irou d'une aiguille , qu'il ne Test qu'un homme riche entre dans le royaume du ciel (3Icitth. 19 ). C'est pourquoi il appelle bienheureux les pauvres d'esprit, et leur dit que le paradis est leur héritage, voulant nous montrer par-là que l'enfer est le partage des riches. Vous pourriez être offensés, si je tirais moimême cette terrible conséquence ; mais elle est toute de saint Augustin. Si le royaume des cieux est pour les pauvres, dit ce docteur , il reste à conclure que l'enfer est pour les riches : SI regnum cœlonim est paupenun, restât ut infermis sit dwitiun (vel. al. auct. de Cond. mund.l. 6).

XII. Si l'avarice est si détestable eu elle-même, elle ne l'est pas moins dans sa race maudite, c'est-à-dire dans les vices qui proviennent d'elle, comme des filles d'une méchante méro. La première fdle de l'avarice est la dureté du cœur : aussitôt que cette passion s'en est emparée, il devient dur et cruel envers le prochain ; l'avare aimant d'une manière si immodérée ses biens et ses richesses, voudrait tout conserver i>our lui seul. De là vient qu'il ferme son cœur à tout sentiment d'humanité, et que les besoins et les nécessités des pauvres ne le touchent plus. S'ils le sollicitent pour eu obtenir du secours, il les reprend comme étant des importuns ; à peine leur ferat-il la plus petite aumône dans les mouvements de sou impatience, à la manière de ces plantes qui ne laissent tomber leurs fruits que lorsqu'on les secoue fortement.

XIII. L'inquiétude de l'esprit est la seconde fille de l'avarice. Celui qui en est dominé vit dans une anxiété, dans une crainte continuelle ou de perdre ce qu'il possède,oude ne pouvoir acquérir ce qu'il désire. Je ne condamne pas une sollicitude modérée, spécialement lorsqu'elle se propose une fin louable; mais l'inquiétude produite par l'avarice est toujours criminelle: d'où il suit que l'avare, sans cesse préoccupé de la pensée des richesses, oubUe totalement la grande affaii'c de son salut. Et quel soin peut prendre du salut de son àme celui qui n'aspire à autre chose, sinon à établir sa fortune ici-bas? La troisième fille de l'avarice est la violence que l'on emploie lorsqu'on veut acquérir à droit et à tort, et que l'on use i\o force ou d'autorité pour s'approprier le bien d'autrui. Que si l'on manque de force, ou que l'on ne juge pas à propos de s'en servir, alors on se fraye la voie par la fraude qui est Ja quatrième fille. lit combien de fois les avares ne s'en servenlils pas, dans les contrats, ou en vendant au-delà du juste pri.\, eu en aclicîaiil au-dessous du prix convenable, ou en donnaiY

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