‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 6 sur 26 · SUR I.E VÉCUE. ' 1U · texte numérisé non relu

SUR I.E VÉCUE. ' 1U

une marchandise pour une aulrc,ou celle qui est vicieuse pour t)onne, ou en comnicltantcrautres injusUces?

XIV^ L'avarice a encore une cinquième fille qui est la duplicité ouïe mensonge. 11 s'en trouve un grand nombre aujourd'hui qui, pour éviter la perte de la moindre pièce de monnaie, ou pour en gagner quelques-unes, diront une infinité de mensonges, comme,par exemple, que cette marchandise leur a tant coûté, qu'ils en ont déjà refusé un tel prix; qu'elle est de telle qualité, de tel pays, tandis que tout cela est faux. Et parce que les hommes ne veulent pas toujours les croire sur leur parole, ils font intervenir sans aucune diificuUé le saint nom de Dieu, et confirment leurs mensonges par les plus horribles parjures. La trahison enfin, pour ne pas parler de tant d'autres crimes, appartient aussi à la famiUe de l'avarice. Il n'est que trop vrai que, pour faire le plus petit gain, on viole les secrets, ceux-là même que l'on s'est engagé à tenir par serment. Sans aucune autorité, on ouvrira les lettres et on se permettra de les lire. Mais la trahison la plus horrible que l'on aitjamais vue au monde, et qui consista à livrer Jésus-Christ le Fils de Dieu entre les mains de ses plus cruels ennemis pour être crucifié, quelle en fut la cause, sinon l'avarice? Pour le gain de trente deniers. Judas livre son divin Maître aux Juifs ! Que peut-on dire de plus pour condamner l'avarice ?

XV. Nous connaissons maintenant, direz-vous, combien l'avarice est détestable, ainsi que sa famille maudite; mais nous, désirerions savoir si elle est toujours péché mortel, ou si elle peut être quelquefois une faute vénielle. Pour répondre avec deux grands docteurs de l'Eglise, saint Thomas et saint Bonaventure, qui se proposent à eux-mêmes ce doute (/oc. c«7. sup.), je dis que l'avarice étant un désir immodéré des richesses, si ce désir ne détruit pas l'amour de Dieu et du prochain, qu'on ne préfère pas les biens temporels à Dieu lui-même, que le prochain n'en éprouve qu'un dommage peu considérable, alors l'avarice ne sera qu'un péché véniel. Mais l'on peut dire que les casoîi elle est péché mortel sont infinis. J'exposerai les principaux,afin que vous puissiez plus facilement connaitre les autres. Elle est un péché mortel, premièrement, lorsque le désir des richesses est si grand dans un homme, et que l'affection qu'il porte à celles qu'il possède est si forte, qu'il met en elles sa fin dernière. En second lieu, elle est un péché mortel dans ceux qui, pour le motif de gagner, ne sanctifient pas les fêtes, et manquent de rendre à Dieu le culte et Ihonneur nni

lui sont dus, en profanant ces saints jours par des œuvres serviles. Troisièmement, ceux-là se rendent coupables de péchés mortels qui, pour vouloir s'appliquer uniquement au gain et àrinlérét, négligent d'apprendre ou de mettre en pratique les choses nécessaires au salut de leur àme. Us donnent à comprendre qu'ils aiment plus l'argent que Dieu, qu'ils font plus de cas de ce qui est temporel que de ce qui est éternel. Ceuxlà pèchent mortellement qui, pour acquérir , augmenter et conserver les biens de ce monde, emploient, comme nous l'avons dit, des fraudes et d'autres moyens illicites qui causent un dommage grave au prochain. ('euxqui,par un elîet de leur alTeclion pour les richesses, ne viennent point au secours des pauvres dans l'exlréme nécessité , et qui ne remplissent pas le précepte de faire l'aumône de leur superflu. Ceux qui, pour cause de gain, disent des mensonges d'où résulte un grave dommage au prochain, et qui les confirment par le serment, lors même qu'il ne s'agirait que d'une chose peu imporlaiile en soi; tous ceux enfin qui, pour l'amour des richesses, sont disposés à pécher gravement en transgressant une loi, ou un précepte quelconque, tousceux-ît;, dis-je, pèchent morlellcinent par avarice. Voilà le grand nombre de crimes que l'avarice faii commcUre : voilà comment l'avare, étant coupable de tant de péchés, est réduit sous la puissance du démon, qui devient le maitre absolu de son cœur. Dans cet état, à quoi <loit-il alors s'altendre, sinon à élre précipité dans l'enfer? Celui qui veut l'éviter et gagner le ciel doit donc fuir ce vice détestable ; puisque, selon saint Paul, les avares ne posséderont jamais le royaume de Dieu : Avari regnum Dci non />o.sskkbimt (l. Cor. 6).

SLH LE l'KCHÉ.

C-Juibicn l'avarice est un grand mal ; combien ce mal est rppsnthi , .;l quels en sont les remèdes-

Ce que nous avons dit de l'avarice dans l'Instruction précédente devrait élre plus que suffisant pour nous convaincre qu'elle est un vice des plus détestables. Néanmoins comme elle est si généralement répandue parmi les chrétiens de nos jours, il importe, afin de vous en inspirer une juste horreur, <l"j!Joulcr de nouvelles réllexions à celles qw nous avons déjà

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faites sur le même sujet. Nous consklèrerons donc plus amplement combien l'avarice est un grand mal, combien ce péché est commun parmi les hommes , et enfin quels sont les Jemèdes propres à nous en délivrer ou à nous en préserver à l'avenir.

I. J'entre aussitôt en matière, et par deux raisons tirées de la sainte Ecriture et des saints Pères , je vous montrerai combien l'avarice est un mal affreux. La première de ces raisons est que l'avarice rend l'homme esclave de l'argent et des richesses; et la seconde est que ce vice rend l'homme idolâtre. D'abord elle le rend esclave. Rien n'est plus précieux, ni plus cher à l'homme que sa liberté , il la préfère à tout; il n'épargne rien pour la conserver , et s'il vient à la perdre, il sjicritie tout le reste pour la recouvrer. Or , les avares pej dent celle aimable liberté , par-là même qu'ils se rendent esclaves do leur passion. iNolre divin Rédempteur , afin de les retirer de cette servitude, leur rappelle qu'elle est incompatible avec la qualité glorieuse de serviteur de Dieu; que l'on ne peut en même temps servir deux maîtres opposés l'un à l'autre , comme le sont Dieu et les richesses : Non potesils Deo servire, cl maiumonœ (Matih. 6). Saint Ambroise déplore en plusieurs endroits de ses ouvrages celle servitude honteuse d'un avare, et dit : Cet infortuné ne se donne aucun repos ni le jour ni la nuil, et avec cela, il n'est jamais content. Chose étrange, que ceux qui aiment le plus la liberté consentent librement à devenir esclaves ! et saint .Jean Chrysoslôme ajoute : Nonseulement l'avare le devient de sa passion, mais son esclavage est encore le plus cruel et le plus honteux de tous.

II. Toute servitude, en effet , cm])orte avec elle la honte et l'ignominie ; et colle honte et celle ignominie croissent à proportion de la bassesse et de l'indignité du tyran auquel on esl soumis. Or quel est le maître auquel un avare se soumet, demande saint Bernard? c'est un peu d'or et d'argent. Et cet or et cet argent que sont ils? un peu de matière qui brille. Et son éclat et sa blancheur sont capables de rendre votre cœur esclave, et de vous faire trouver douce et agréable votre servitude? N'est-ce pas lîi une chose indigne d'un homme raisonnable , et surtout d'un chrétien convaincu qu'il a été créé pour le ciel? Quoi? lui, dont le creur est fait pour aimer et servir Dieu, et (\m est obligé à ce double devoir à tant de titres, se rend esclave d'un peu de matière , et préfère le service de cette créalure au service et à l'amour de ce bon Maître dont il a reçu i'r\isience, et qui l'a racheté au piix de son sang et de sa \ie

(le resolavage du démon cl du péché ? Quelle injuslice , quelle indignité, que celle de préférer un peu d'or et d'argent au Dieu du ciel el de la terre, qui a formé riiomme , qui l'a racheté, qui l'a comblé de tant de bienfaits!

m. La seconde circonstance qui nous fait mieux connaître encore la dureté de l'esclavage des avares infortunés , est la cruauté et la barbarie du tyran aucfuel ils sont soumis. Ce mailre , qui est leur passion même , leur impose les travaux les plus pénibles, sans leur accorder un seul instant de repos; et après qu'ils lui ont obéi en toutes choses ; après qu'ils se sont livrés à toutes les peines, à toutes les fatigues pour satisfaire les désirs insatiables de ce maître injuste , il n"est jamais canîcnt. En vérité , on ne peut réfléchir sans étonnement aux fatigues et aux peines qu'endurent les avares ; aux dangers auxquels ils s'exposent pour satisfaire le désir qu'ils ont des richesses. La vie est chère à tous les hommes; n'importe, les avares s'exposent volontiers à tous les dangers de la perdre; il n'y a pas de voyages périlleux et lointains qu'ils ne soient disposés à entreprendre. Chacun se plaît dans la société de ses amis; chacun aime à se procurer un délassement honnête; pour l'amour du gain , l'avare se prive de fout divertissement même le plus licite, et pour satisfaire sa passion , il ne fait pas difficulté de quitter non-seulement ses amis, mais son épouse et ses enfants. L'honneur , dit le Sage (Eccli. 41), est le trésor le plus précieux que l'homme puisse avoir parmi les biens de ce monde ; Tavare ne craint pas de sacrifier même son honneur, pourvu qu'il devienne riche. Et combien de fois , pour quelques pièces d'argent , ne fait-il pas le sacrifice de ce trésor précieux, en s' abaissant aux actions les plus viles et les plus basses! Mais tel est le bon plaisir du maître qui le tyrannise, il faut lui obéir; au prix de l'honneur, de tous les délassements et de la \ie même, il faut exécuter ses ordres durs et impérieux.

IV. Si le corps de l'avare est abattu par les travaux que lui impose ce maître barbare qui le domine, son esprit l'est bien plus encore parles inquiétudes auxquelles il se livre sans cesse- Le désir d'accroître ses richesses , les soins qu'il prend pour les conserver, la crainte qu'il a de les perdre sont autant dépines qui percent à chaque instant , et qui consument peu à peu le cœur de cet avare. En un mot , l'avarice a fait de lui un esclave volontaire, il est vrai; mais en même temps un esclave des plus malheureux , parce qu'elle ne lui laisse pas un instant de U*anquillité. Nous voyons se vérifier dans sa personne cette menace que Dieu fit autrefois à son peuple , en lui disant : Si vous

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m'abandonnez, vous servirez des dieux qui ne vous donneront aucun repos, ni durantle jour, ni pendant la nuit: Scrvïelisdiisaliemsdieac noele^ qui non dahuntK'obis requiem (.ler. 16). Saint Jean Clirysoslôme , pour nous représenter plus vivement les sollicitudes elles agitations d'un avare, nous di! qu'il ressemble à une mer bouleversée par une affreuse tempête , et que son cœar est encore bien plus agité par la passion qui le domine quela mer ne peut l'être par les vents les plus furieux.

V. Entre les vrais serviteurs de Dieu et les avares , il y à cette différence, dit saint Grégoire, queles premiers jouisseiit dime paix douce et non interrompue , tandis que les autres sor.l. dans un trouble continuel. Le peuple de Dieu, comme nousTavons déjà dit avec saint Paul, a ses jours de fêles, c'est-à-dire, ses jours de délassement pour le corps et pour l'esprit qui n'est pas inquiété en celte vie par la cupidité et les désirs importuns des biens terrestres; mais l'Egyptien, qui nous représente l'avare , est sans cesse piqué par des insectes , c'est-àdire, troublé parles inquiétudes, qui agitent et qui rongent son cœur. C'est la raison pour laquelle Jésus-Cbrist appelle les richesses des épines; puisqu'après toutes les fatigues du cor|)S, et toutes les inquiétudes de Tesprit dont elles sont la cause, elles ne cessent jamais de troubler 1 avare et de le tourmenter. Sur le bord même de la tombe, son désir n'est pas satisfait; iliiii semble, dit saint Ambroise, qu'il lui manque tout ce que les autres possèdent , il voudrait êlre seul propriétaire du monde entier: Sibi déesse arbitralur ^ quod nb aliis possideiur (de Nab. c. t2). Sa condition peut-elle être plus triste et plus déplorable?

VI. Maisle croiriez-vous? et c'est ce qui nous montre surtout combien l'esclavage de l'avare est dur et cruel. Après tant de fatigues et d'inquiétudes souffertes pour amasser son trésor, il n'en tire lui-même aucun profit, il n'en reçoit aucune récompense. Les peines deviennent plus douces, et les travaux plus légers par Tespoir delà récompense, sans lequel les moindres peines deviennent insupportables. Or, les avares ne retirent aucune satisfaction, aucun avantage de leurs peines et de leurs sollicitudes , ni pour la vie présente , ni pour la vie future. Homme riche, repose-toi maintenant; tu as acquis suffisamment de richesses, pour pouvoir vivre dans l'abondance , lors même que tu aurais encore cent ans à passer sur la terre. Jouis donc en paix de ces biens que Dieu a voulu t'accorder; etce qui te restera, après un honnête entretien, tu le donneras aux pauvres de Jésus-Christ. C'est ainsi que l'homme riche devrait se conduire. Mais, dit l'Esprit-Saint,.

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comme l'avare n'aura jamais assez d'argent, il ne jouil poi i de ce qu'il tient sous sa main: Jt'orns non implcbiiur pecunu.^ et qui atnal Oiçilins, (ruclum non capielcxeis ( Eccles. 5). H pourrait s'en servir à la vérité, mais l'amour qu'il a pour ses biens est si fort et si ardent, qu'il préfère se priver de toutes choses , plutôt que de faire la moindre dépense. La peine qu'il endure en se privant des aliments nécessaires , lorsqu'il est en santé, ou en se refusant les remèdes les plus indispensables, lorsqu'il est malade, celte peine est moindre que celle que lui causerait la dépense (ju'il faudrait faiie pour se procurer ces aliments ou ces remèdes. Si un pauvre lui demande l'aumône, il lui donnerait plutôt une goutte de son sang, dit saint Jean Ohrysostôme , ou un morceau de sa propre chair, que la moindre pièce de moimaie. IN'est-ce pas être l'homme le plus misérable, le plus infortuné du monde , que d'avoir des biens , et de n'en retirer aucun profit, aucun avantage en cette vie? Si au moins ces biens pouvaient leur servir pour l'éternité ; mais non, puisque il n'y a point de paradis pour les avares. En accumulant richesses sur richesses, ils ne font, dit saint Paul, qu'amasser un trésor de colère, pour le grand jour où celle du Seigneur se manifestera {liom.o). 0 riches '.s'écrie l'apôtre saint Jacques , pleurez donc au sein de votre misère , parce que vous perdrez bientôt vos richesses , et qu'elles ne serviront qu'à vous faire condamner au jour du jugement: Ploraie nlulunies in miser Us vestris, thesaurizaslis vobis iram in novissimis diebus (Jac.o).

Vil. Ce qui nous montre mieux encore combien l'avarice est un vice affreux, c'est qu'elle ne rend pas seulement l'avare esclave des richesses, mais qu'elle s'en rend encore idolâtre. Selon la doctrine de la sainte Ecriture et des saints Pères, il n'y a pointde crime plus énorme, que celui de l'idolâtrie. Que l)eul-on faire, en effet, de plus injurieux à Dieu, que d'élever une fausse divinité en face de lui-même? Et cependant,si nous voulons écouter l'Apôtre et les saints Pères, si nous voulons seulement consulter la raison, il faudra avouer qu'un avare est réellement idolâtre. Saint Paul le déclare en plusieurs endroits; mais il suffit de citer ce passage de l'épitre aux Ephésiens (c. 5): Sachez, dit-il, qu'aucun avare (qui est, par-là même qu'il est avare, adorateur et serviteur des idoles) n'aura sa part dans le royaume de Jésus-Christ et de Dieu : Sviioie quacl om nisavarus^qtiml es! idolonim scrvitus, non habel hcercdHalem in rcyno Christi d Dei. Mais , direz-vous , lorsque saint Paul dit qu'un avare est idolâtre , il parle dans un sens liguré, et

a ver uneei^pèced'exagéralion? iNon, répond saint Jean Chrysostonie, son lidèle interprèle , nous devons entendre ce passage litttraiemenl, et être persuadés que, selon le sentiment de Miiint Paul, tout avare est un vrai païen et un idolâtre.

Vlll. Et, pour lever de votre esprit toute espèce de doute, loutinue ce même saint Père , nierez-vous que les Israélites , dans le désert, se soient rendus coupables d'idolâtrie , lorsqu'ils adorèrent le veau d'or? non, certainement, puisque la sainte Ecriture les appelle idolâtres, et que leur conduite, dans celte circonstance , montre clairement qu'ils se rendirent en elTel coupables du crime d'idolâtrie. Or , l'Apôtre compare à ces Israélites les avares qui , à leur exemple , se font de leurs trésors et de leurs richesses autant de veaux d'or qu'ils adorent. Le cœur d'un avare estanimédes mêmes sentiments et des mêmes alTections pour ses biens, lia autant d'égard pour son argent, que les païens en ont pour leurs idoles. Il le respecte, dit saint Grégoire de iNazianze, au point de n'oser pas y toucher; il se contente de le voir et de l'admirer. Il visite cet argent matin et soir et plusieurs foisdans la journée, pourini rendre ses adorations et ses hommages. S'il pense, sa pensée n'a pour objet (pie l'argent qu'il possède , ou celui qu'il ver.t amasser ; s'il jjarleet s'il travaille, il ne parle que d'argent, il ne travaille que pour l'argent. Par cette conduite , les avares ne font-ils pas pour l'argent tout ce que les chrétiens les plus fervents font pour Dieu? ce bon iMaitreexige-l-il autre chose de ses plus (idèles serviteurs, sinon qu'ils dirigent vers lui toutes leurs pensées, toutes leurs alTeclions, leurs paroles et ieui's actions ? Si donc les avares font tout cela à l'égard des !)iens terrestres , ils montrent par-là même qu'ils ont mis en eux leur fin dernière, qu'ils se sont fait de leurs trésors une divinité, à laquelle ils rendent leur culte et leurs honmiages.

IX. Vous serez encore plus fortement convaincus de celle vérité, si vous rélléchissez à la manière dont Dieu veut être honoré des vrais chréliens. iNous devons l'honorer par la foi, l'espérance et la charité, en produisant des actes de ces vertus théologales, comme nous l'enseigne saint Augiistin {Ench. c. 3): D(»(5 fidc, ^pc cl charititie viaxliuê cnlilnr. Or, Celui qui est adonné à l'avarice n'honore plus Dieu parla foi, en croyant incèrementà sa parole; il ne met plus en Dieu toutes se,sessérances ; il ne lui consacre plus son cœur, ni ses affections, il "ic les consacre qu'à l'argent. L'avare croit plus à l'iiUérêt qu'à Dieu. En mille endroits de la sainte Ecriture, Dieu eontînmne l'amour dé-^ordonnê des richesses; iîvent que noi^met-

ÎI8 XII. INSTRICTION

lions tous nos soins à acquérir les trésors célestes, il noiis (lit: Bionlieureux celui qui ne court pas après Tor et l'argent. Mais que fait l'avare ? au lieu de croire ces vérités divines , il croit lout le contraire ; c'est-à-dire, il regarde comme un bien d'accumuler trésors sur trésors , et il ne s'estime heureux que lorsqu'il jiage au sein des richesses; voilà sa croyance et l'objet de sa foi.

X. En second lieu, il honore l'intérêt par l'espérance, puisqu'il se confie plus dans ses biens, qu'il ne se confie en Dieu. Par la bouche de l'Apôlre, Dieu dit à ses serviteurs qu'il ne les abandonnerajamais : Ipsc enimdixit,nontc (/eseraHi(Heb.l3). Et l'avare se tient pour délaissé, il perd toute son espérance quand il perd son argent ; il met au contraire toute sa confiance dans ses trésors, et lorsqu'ils abondent, il pense n'avoir plus besoin ni de Dieu ni des hommes. 11 honore donc l'argent par son espérance. Il l'honore enfin par ses affections, parce qu'il l'aime et l'estime plus que Dieu. Dieu nous ordonne de l'aimer plus que toutes choses, il veut que nous lui consacrions notre cœur ettoulesses affections. Et l'avare aime son argentplus que toutes choses , il lui sacrifie son cœur et ses affections, et pour en acquérir, il est disposé à perdre Dieu et le paradis, et à vendre son âme au démon, comme ledill'Esprit-Saint : Animam venalem habel (Eccli. 10). 11 honore donc l'argent par son amour. Or, sil'avare fait des biens terrestres l'objet de s» foi, s'il met en eux son espérance, s'il leur consacre les affections de son cœnu^il leur rend donc le culte etThoaneur que Dieu exige que nous lui rendions à lui seul; il s'en fait ilov.c une idole, il se montre donc réellement idolâtre.

XI. Mais s'il est ainsi, et que l'avarice soit un mal si grand, puisqu'elle rendl'homme esclave des biens terrestres, et qu'elle on fait un idolàlre , ce vice sera sans doute exrémement rare parmi les hommes, et spécialement parmi les chrétiens; car 11 n'y a rien au monde cjue les hommes désirent plus de conserver, que la liberté; comme il n'y a rien aussi dont les chrétiens soient plus jaloux , que la conservation de leur foi et de leur religion. Vous dites bien et c'est ce qui devrait être assurément. 11 n'est point cependant de péché plus commun ni plus répandu que l'avarice. Vous auriez droit de vous scandaliser de cette proposition , si je l'avais avancée de ma propre volonté; et on aurait peine à la croire, si elle n'était sortie de la bouche même de l'Esprit-Saint : A minore usquead majore»), omnes cwariliœ sludent (.1er. (») ; A minimo usque ad maximum omncs avariliam seqHun(ar(\û. 8). Du plus petit auplusgrand.

SUR LE PÉCIIjI. 1Î')

tous étudient plus ou moins cet art diabolique de s'enrichir. Tous, moralement parlant, sont atteints de cette démangeaison de thésauriser. C'est l'application de tous, hommes et femmes, riches et pauvres , grands et petits : Omnes avariliœ sludeiii, avaritiam seqnuntur.

XII. Mais, direz-Yous, si toute règle souiïre des exceptions» n faut retrancher de cette proposition générale les femmes et les pauvres. Les femmes ne doiventpas être accusées d'avarice, puisqu'elles ne se livrent pas au négoce , au trafic, au commerce comme font les hommes. A rexcc])tion de quelquesunes qui sont libérales et charitables envers les malheureux , les femmes ne se laissent pas moins dominer que les hommes par la passion de l'avarice ; et combien qui aiment à se faire aussi un trésor , au pr(\judice de leurs maris et de leurs enfants? Mais les pauvres comment peuvent-ils être avarcs,puisqu'ils ont à peine ce qui leur est nécessaire pour vivre? Les pauvres sont aussi avares que les riches. L'avarice ne consiste pas à avoir beaucoup de richesses. Abraham et .lob étaient très-riches, ils n'étaient cependant point avares. Elle consiste dans le désir immodéré d'en avoir ; or, combien cette passion n'est-ellc pas enracinée dans un grand nombre de pauvres,dont la vie n'est qu'un désir continuel du bien d'autrui ! Combien qui , sous prétexte de nécessité , vont toujours dérobant et causant des dommages au prochain, aujourd'hui d'une manière et demain d'une autre , et parviennent bien vite avec le temps à prendre une matière considérable et suffisante pour constituer un péché mortel ! Combien d'autres qui, ayant suffisamment de quoi vivre sans demander l'aumône, continuent à le faire au préjudice de ceux qui sont dans le besoin ! Combien qui ne se font aucun scrupule de retenir les choses qu'ils ont trouvées, et dont ilspourraientdécouvrirles maîtres, s'ils voulaient faire des recherches convenables ! Combien finalement qui, étant au service d'autrui, dérobent à leurs maîtres , sous prétexte que Sursalaire n'est pas proportionné à leurs travaux! Les pauvres eux-mêmes sont donc sujets à l'avarice, et dominés par la passion d'acquérir les biens de la terre.

XIIL Que si l'avarice règne parmi les pauvres , elle règne bien plus encore parmi les riches. Les pauvres, dit l'Esprit- Saiut, sont la pâture des riches ; et comme un animal sans défense, au milieu d'une forêt, devient la proie du lion, ainsi la substance du pauvre devient la proie des riches avares : Vemili'o Iconisoiiagcv iii erenin : sic et pascua diiutum siintpaiipeycs (Kccli. 13). Les riches ne savent dire autre chose, sinon que

120 XII. INSTRICTION

les pauvres ne cessent de (lérober, ci iis insistent afin que l'on prêche souvent contre ce désordre. Mais je crains qu'ils ne soient ceux dont parle saint Paul, qui prêchent qu'il ne faut pas dérober et qui dérobent eux-mêmes: Qui prœJicanl von fhranilum cl f'uraninr (Rom. 2). La raison sur laquelle je m'appuie est que le Saint-Esprit, qui en sait plus que l'homme, ne reprend point les pauvres, en les accusant de dérober aux riches; mais il condamne souvent les riches, en disant qu'ils ravissent los biens des pauvres; ce qui nous montre que l'avarice est i)lus généralement répandue parmi les riches, qu'elle ne Test parmi les pauvres. .Mais comme dans l'explication des commandemenls de Dieu, j'ai traité au long ce qui concerne les injustices et tous les moyens iniques dont se servent les riches pour sucer le sang et dévorer la substance des pauvres, ainsi (|ue les fraudes des marchands, les faux poids et les fausses mesures dont ils usent pour s'enrichir aux dépens d'aulrui, je n'en parle point dans ce moment. Je passe encore sous silence ces monopoles secrets qu'emploient les riches , lorsque dans les temps de disette, au lieu de vendre les blés ils les cachent, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à ce prix exorbitant que désire leur cupidité. Oui, je garde le silence sur toutes ces sortes d'injustices, et j'en laisse à Dieu le jugement. XIV. Mais une chose que je ne puis taire , et qui eonlribuera à vous montrer plus clairement combien l'avarice est répandue dans le monde, c'est cette parole d'un saint homme rapportée par un pieux auteur : « Que l'avarice damne cent per- » sonnes pendant que l'impureté en damne dix. » J'avoue qu'au premier abord, celle expression me lit horreur, et je la regardai plutôt comme une hyperbole que comme une vérité. Chacun sait combien l'impureté a prévalu, qu'elle cause la perte d'une infinité d'âmes, et qu'elle remplit l'enfer de victimes ; comment peut-il donc se faire que l'avarice en perde un plus grand nombre? Mais réfléchissant ensuite à cette parole de saint Paul : « Que l'avarice est la source de tous les maux; » et à celte autre du prophète Jérémie : « Que tous, du plus » grand au plus petit, se laissent dominer par cette passion; » et , considérant l'avarice non-seulement en elle-même , mais dans tous les péchés qu'elle fait commettre dans le monde, je suis resté convaincu que cette sentence n'est pas une hyperbole, mais une vériié des plus positives. Et en elTet, quel est le motif qui porte ce négociant à faire tant de serments et de parjures? C'eslTavarice, l'intérêt, le désir d'un gain plus cons;!;'':"blo. D'où vient que cet homme adonné au jeu profane

SI n !,!■: !M:<:iiiî. 12r

If saint nom <le Dieu par les hiaspliènies les plus horribles? De ce qu'il perd son argent, ou (ju'il ne iJiague pas celui des autres selon ses désirs. Et n'esl-ee pas riiitériH el l'amour du fjain qui portent tant de personnes à devenir, pour l'opprobic du chrislianisnie, les victimes publiques du désîionneur ! ^i'eslce pas celle passion qui cause tant d'injustices dans les tribunaux? Je n'ose en dire davantage, craignant qu'elle ne s'introduise jusque dans le sanctuaire, i)our faire son profit des choses les plus saintes. Ce n'est donc pas une hypeibole, mais une triste vérité, que l'avarice damne la plupart des hommes, et que si on pouvait la bannir du monde, on verrait disparaître en même temps presque tous les crimes qui inondent la 'erre.

X\\ Puisque l'avarice est si commune et qu'elle cause la perle de tant d'àmes, nous désirerions avoir des mar(|ues pour ronnaîlre si nous sommes dominés par celte passion. Je condescends volontiers à votre désir, et je réponds : il y a deux >orles d'avarices; l'une, (jui est accompagnée d'injustice, et l'aiilre, qui en est exempte. Si vous êtes des avares injustes j c'csl-à-dire, si vous cherchez à vous enrichir par des fraudes; nu par des contrats illicites, il ne vous est pas difficile de comprendre que vous êtes sujets à ce vice, puisciu'd n'est jamais permis d'acquérir des biens au préjudice (\vs autres. 11 ne iiwus reste à présent qu'à reconnailre l'autre espèce d'avarice^ qui consiste dans une alTeclion désordonnée pour les biens que l'on possède, et dans un désir e\.trénie d'en acquérir de nouveaux, sans employer toutefois aucun moyen illicite. Pour la découvrir, saint Augustin nous indique un moyen assuré, el nous dit: « Un homme qui est en santé peut endurer la soif, !) et un hydropique l'endure pareillement; mais comment dis- )) tingucr la soif naturelle de l'homme en santé de celle del'hy- )) (iropi(iuc? Le voici, ajoute le Saint, c'est que la soif d'uîv » homme qui se porte bien s'apaise en buvant avec modéra- » lion, au lieu que celle de l'hydropique ne fait par-là que s'ac- » croître et devient plus ardente. »

XV!. Que chacun de vous examine donc ce qui se passe en lui-même. Si, dans l'état où la divine Providence vous a placés» vous vous contentez de ce qui est suffisant pour un honnête entrelien , vous pouvez espérer que vous êtes exempts d'avarice. Mais si vous n'êtes jamais contents de votre fortune» quel que grande qu'elle soit ; si vous désirez toujours de vous enrichir davantage, el qu'après avoir fait une acquisition, vous Iravaillicz uvidcmmenl à une autre , votre soif est celle d'aï>

122 Xlf. INSTRUCTION

lîvdi'opiquc, c'est-à-dire d'un avare , puisqu'elle ne s'étclcnt jamais. « \'ous possédez et vous désirez, ajoule le Saint, vous » êtes plein d'or et d'argent et vous en cherchez toujours î » vous êtes avare : » Ifabes auniin et argentum , et concup'iscis auriim et ai'gentiim'^ Iinbes et concupiscis'^ plenus es, et sitis'i inorbiis es (Senti. 61, al. 5, de verb. Dom. c. 2). Gardez-vous donc de toute avarice, vous dirai-je avec notre divin Rédempteur : Cavele ab omni avaritio (Luc. 12). Et ce sera le premier remède à ce mal. r.onsidérez que les biens de la terre après lesquels vous courez avec tant d'ardeur, ne sont rien en euxmêmes; qu'ils ne peuvent vous être d'aucune utilTié poin* l'au- .tre vie; qu'ils causent au contraire un dommage infmi à ceux qui en abusent, et que, pour la vie présente, ils ne procurent que des inquiétudes et des chagrins, soit pour les acquérir, soit pour les conserver. Gardez-vous donc de toute avarice , nonseulement de celle qui est avide du bien d'aulrui, mais encore de celle qui consiste dans le seul attachement désordonné à ce que l'on possède d'une manière légitime. Gardez-vous nonseulement de l'avarice qui vous rendrait injustes envers le prochain, mais encore de celle qui vous empêcherait d'être charitables envers les pauvres. x\h! qu'il est bien mieux de n'avoir que peu de richesses acquises justement, et de les posséder dans la grâce de Dieu ; qu'il est préférable de ne faire que des gains médiocres avec la crainte du Seigneur, que d'avoii' beaucoup de Wcns, que de faire des gains considérables , Dieu sait comment, et qui ne servent à autre chose, sinon à augmenter la faim et la soit des richesses: Melins est parùm ciiDi timoré Doviini, qiiàm thesauj'i magni et insatiabiles (Prow 15). Ce peu «|ne possède l'homme juste et craignant Dieu le contente ; au lieu que les biens immenses des avares sont loin de les satisfaire, puisqu'ils en désirent toujours de plus grands : 31elhis est niodicuinjuslo, super divilias peccatorum miillus (Vs. 36). XVII. Le second remède à l'avarice, qui sera le second fruit de cette Instruction , est de vous rappeler que vous êtes en ce lîioiule comme des voyageurs ou des étrangers qui doivent tendre à leur vraie patrie qui est le ciel, et qu'il faudra bientôt sortir de ce monde. Lorsque vous avez le nécessaire pour vous vêtir décemment selon votre état, et pour vivre avec sobriété, ce nécessaire doit vous suffire : Habentes alimenta ex (juibus tegamur^ liis contenu sitnitsÇl. Tim. G). Que dirait-on d'un voyageur qui se chargerait sans cesse de fardeaux toujours plus pesants? On dirait: c'est un insensé, parce que, plus un voyageur est léger , plus il marche facilement. Us le

SLR LE PÉCHÉ. 125

sont donc aussi ceux qui travaillent incessamment a se charger des biens de la terre. « S'ils réfléchissaient à cette grande vé- 3) rite , dit saint Augustin , ils ne se donneraient pas autant » de peines pour acquérir des richesses. » La vie est courte, y quoi bon faire de si abondantes provisions pour un voyage <le si peu de durée. Faisons donc ce que nous recommande Jésus-Christ dans son Evangile : Qaœriie primùm recjnumDei cl jnsHiiam ejus (Malth. G). Travaillons à acquérir la gloire du ciel , et ne nous inquiétons point du reste ; Dieu nous l'accordera. « Ah ! qu"il est facile de mépriser les choses d'ici-has, » dit saint Grégoire, quand on considère les richesses inestiw niables que Dieu nous prépare dans le ciel î »

XVIÏI. L'aumône, enfin, est un excellent remède contre l'avarice, et par son moyeu, le chrétien se délivre peu à peu de l'affection qu'il a i)Our les biens du monde. Vous devez être persuadés, dit saint Augustin en s'adressant aux riches, que vous n'éles , rigoureusement parlant, que les dépositaires et les dispensateurs des biens que Dieu vous a confiés. Il vous a fait l'honneur de vous préférer à d'autres en vous donnant <les richesses, mais à celte condition , qu'après avoir pourvu convenablement aux besoins de votre famille, vous ayez à en distribuer le reste aux pauvres. Si celui qui aurait reçu d'un grand du monde la charge d'administrer ses biens , au lieu de distribuer le pain , le vin, les habits et les autres choses nét;essaires aux enfants et aux serviteurs , selon les ordres et la volonté du maître, réservait tout pour lui, ne mériterait-il pas d'être chassé de la maison et condamné aux peines les plus grandes ? c'est ce que Dieu fera à votre égard, continue saint Augustin. Il ne vous regardera plus comme ses serviteurs, il vous condamnera à des châtiments éternels, si, au lieu de distribuer votre superflu à ses pauvres , vous conservez tout pour vous. Mais si vous êtes assez charitables pour leur en faire part, venez, bon et fidèle serviteur, vous dira-t-il au moment de la mort, entrez dans la joie de votre Seigneur : Eugc, serve bone et fidelis , inlra in gaiidnnn Domini lui (Matth. 25). .l'ai eu faim dans la personne de mes pauvres , et vous m'avez donné à manger; j'étais sans habits, et vous m'avez revêtu: venez donc, les bénis de mon Père , vous dira-l-il au jour du jugement, possédez le royaume que je vous ai préparé: Venile, benedicti Patris met.

XIX. C'est là , Seigneur , ce que nous espérons tous de votre miséricorde. Mais comme nous savons, d'après le témoignage de votre grand Apôtre, que les avares n'auront point départ

124 XIII. INSTRUCTIOî!

y voire Iiérîtnge , et qu'ils seront tous exclus du royaume céîcsle, nous commençons à tlétesler sincèrement l'avarice. II est vrai que nous n'avons été que trop criminellement altacbés îiux biens de la terre, jusqu'au point de n'avoir pas voulu soulager vos pauvres; mais nous vous en demandons humblement pardon , étant bien disposés à laver celte tache dans votre sang précieux au tribunal de la pénitence. Usez donc envers nous de voire infinie miséricorde , afin que nos péchés nous étant 4'emis, nous ayons le bonheur de posséder votre grâce pendant cette vie, et votre gloire dans l'éternité.

SUR LE PÉCnÉ.

De la luxure.

Si la sahiteté , l'innocence, la pureté des premiers cbrétiens existaient encore parmi nous, il ne serait pas nécessaire de vous parler aujourd'hui de cet infâme péché dont saint Paul défendait aux chrétiens de son temps de prononcer même le nom : Foniicalio , et immunditiu vec nominelur in vobis (Ephes. 5), Mais puisque ce vice abominable a si fort prévalu de nos jours, €tque comme un torrent impétueux, il entraine la perte d'une infinité d'âmes, au point de faire dire à saint Grégoire qu'il est devenu la ruine du genre humain , comment pourrait-on voir wn si grand mal sans faire ses ellorts pour y apporter les rejuèdes convenables? Il est vrai que j'ai traité ce sujet très au long, en expliquant le sixième précepte du Décalogue ; néanmoins, pour exciter de plus en plus dans votre âme les sentianents d'horreur que vous devez concevoir de ce crime, j'en \ narlerai présentement comme étant le troisième des péchés .4.;apitaux. J'éviterai tout ce qui pourrait blesser les oreilles chastes, et je me bornerai à vons montrer l'énormité de ce crime »rtles maux qu'il prodnit : je vous indiquerai ensuite les remèides qu'il faut employer pour s'en j)réserver.

I. La luxure , selon la définition des saints Pères et des théo- V; logiens , est un désir déréglé des plaisirs charnels et impurs» ^iPéchéque les voluptueux veulent faire passer pour très-léger, €t qu'ils appellent un effet de la fragilité et de la faiblesse Juunaine. 0 enfants des hommes! s'écrie l'Esprit-Sainl , com- 4)ien vous vous trompez en portant ce jugement: Mendaccs filii imninam in sla'eris (Ps. fil ). Quoi, la luxure serait un péch«

SLR LE PÉCni-. 1*2S

li'rircr? Dieu i'ii jiiij;è si grave el si énorme, pesé dans la b.tlaiice deson iiieorruplible justice , que ce péelié seuU'a déterminé à exercer ses plus terribles chàlimeuls sur ceux qui s'en étaient souillés. Lisons les saintes Ecritures, et nous apprendrons que les plus grands maux, soit universels, soit particuliers, ont été la punition de ce crime. La terre entière en est infectée: Dieu se repenl d'avoir créé Tliomme ; il envoie un déluge qui couvre la face de la terre , tout est submergé, tout est détruit, à l'exception de la famille de Noé , qui seule se trouve exemple de la corruption générale , cause unique de ce terrible fléau: Non permaïu'bil spirilus ineiisin ho mi ne .^ quia caro est... Oin- 7iis caro corrupcrai vicnn stiam (Gcn.6).

H. Et après le déluge , les villes infâmes du Pentapole, So- <lùme , Gomorrbc et plusieurs villes voisines sont consumées par le feu du ciel, avec tous leurs babitants, à la réserve de la j)etite famille de Lotb (Gen. 19). Vingt-quatre mille Israélites sontpassésau fil del'épéedansle désert. {lYum. 25). La tribu de Benjamin est presque totalement détruite (/<»/. 19). Le démon fait périr les sept premiers maris de Sara , la nuit même de leurs noces ( Tob. 3 ). L'impudique Onan est frai)pé d'une mort imprévue (Gen. 38). Une iniinité de personnes sont enlevées subitement de ce monde. Et pourquoi ces cbùtimenls sévères et elTrayants? c'est que tous ceux dont je viens de |)ar- 1er s'étaient livrés au vice abominable de Timpurelé. Mais Dieu n'est-il pas le juge le plus équitable ? pourquoi donc use-t-il de tant de rigueur envers ce pécbé, sinon pour nous faire connaître combien il le déteste , combien il Ta en borreur?

III. La première raison qui nous montre l'énormité de ce crime , c'est qu'il est si grave de sa nature , que , selon les vrais principes de la théologie, toutes les fautes en cette matière, quelque petites qu'elles paraissent , sont toujours mortelles, lorsqu'elles sont volontaires et commises avec advertance. La lecture d"uu mauvais livre , une chanson déshonnète , un discours indécent, une action, une pensée même, un seul désir, sont capables de perdre une âme et de causer sa damnation éternelle. Les autres péchés, quoique mortels de leur nature, peuvent devenir quelquefois véniels , à raison de la légèreté de la matière , comme par exemple le vol. Mais le péché d'impureté n'en admet point: à part le défaut d'adverlance et de consentement, il est toujours mortel. 11 va de pair avec le blasphème , avec la haine de Dieu et les autres crimes les plus énormes, qui sont toujours graves par eux-mêmes , quoique souvent ils paraissent légers aux yeux des hommes. En voici

126 XIH. î.\STR['CT!0?i

unt; preuve convaincante: noire divin Sauveur voulant non?; apprenilre quelles doivent être la sainleté et la pureté de sc^ disciples, déclare qu'ils sont obligés de s'abstenir non-seulement des actes extérieurs , mais des pensées mêmes et de^ désirs. « Vous savez , dit-il , qu'il a été dit aux anciens: Vous » ne commettrez point d'adultère ; et moi , qui exige la pu- » reté de l'esprit et du cœur, aussi bien que celle du corps, 3) je vous dis que celui qui regarde une femme, qui se complaît » dans ce regard, et qui désire cette personne , a déjà commis » le crime dans son cœur: » Mœchaïus est in corde suo (Matlh. ô).

IV. Une autre raison qui nous fera comprendre la grièveté de ce crime , est celle que nous donne l'apôtre saint Paul, recommandant aux premiers chrétiens la fuite de ce vice abominable ; il dit : « Que tous les autres péchés que l'homme peut 5) connuettre sont hors de son propre corps , c'est-à-dire » qu'ils ne le souillent point , au lieu que celui qui se livre à 3) ce péché détestable le souille et en profane la sainteté qu'il a

. 3J reçue dans le baptême , parce qu'il défigure l'image de Dieu, w qu'il prostitue les membres de Jésus-Christ, pour en faire 3) les membres d'une personne impudique, et enfin parce qu'il 33 profane le temple le plus sacré et plus auguste que Dieu 3) se soit choisi et réservé. 33 Disons un mot de chacune de ces terribles vérités : vous n'ignorez pas que nous sommes tous les images vivantes de la Divinité , et que Dieu s'est plu à imprimer en nous ses traits admirables. Le péché d'Adam a souillé cette belle image : mais Jésus-Christ lui a rendu sa première beauté par sa grâce. Or, que fait un impudique? il défigure de nouveau par ce vice infâme les beaux traits de cette image divine. « 0 impudique ! s'écrie saint Jean Chrysostônie, 3) tu ne veux pas faire cette réflexion , lu dois cependant en 33 être conviancu , que toutes les fois que tu te plonges dans » l'impureté, tu souilles et tu déligures l'image de Dieu : w Imufjuuvi Dci corrumpis per foriiicationein , et diffîiienlias tibidini. Ouelle injure et quel affront ! traîner dans la fange non pas une statue de bois ou de marbre , mais l'image vivante de Dieu même l

V. Ce n'est pas là que se borne un impudique. 11 ne lui suflit pas de souiller son àme qui est l'image de Dieu, il va jusqu'à prostituer les membres de Jésus-Christ , et en faire les membres d'une infâme créature. Cette expression n'est pas de moi, elle est de saint Paul; et, pour en mieux comprendre la justesse, vous devez savoir qu'en entrant dans le sein de l'Egliso catholique par le moyen du baptême , nous devenons tous les

f;rî^ i.r: pÉcii:';. 127

membres tlo Jésus Cluisii, ne faisant avec lui qu'un seul corps, donl il est le chef. Or, peut-on faire une injure plus grave à ce divin chef de la sainte Eglise, que d'employer et de faire servir ses membres à des actions dont la seule pensée fait horreur? Quelle étrange dillormilé dans l'ordre de lu grâce , que de les voir si souillés el si infaines sous un chef si saint, si pur et si innocent! Quel monstre dans l'ordre de la nature, que des membres de Jésus-Christ devenus semblables à ceux des animaux ! quelle injure enlln plus atroce (jue celle de détacher de Jésus-Christ ses propres membres, i)Our en faire.... oserai-je le dire? mais pouiquoi ne le dirais je pas, puisque l'apùtre saint l'auU'a dit lui-même? pour en faire les membres d'une personne impudique! Totleiis vicmbra ClirisU, facium inembra merelricts (1. Cor. 6j?

VI. Cette réflexion seule devrait vous inspirer une horreur* suffisante de ce vice. Vos membres sont ceux de Jésus-Christ: oscriez-vous vous en servir pour des actions indignes et contraires à la sainteté et à la pureté de cet Homme-Dieu? Oseriez-vous vous servir de votre langue , qui est ia langue de Jésus-Christ, pour prononcer tant de paroles obscènes; de vos oreilles, qui sont les oreilles de Jésus-Christ, pour écouler des discours impurs ou des chansons dissolues ; de vos yeux , qui sont les yeux de Jésus-Christ , pour faire tant de regards lascifs ; de vos mains , qui sont les mains de Jésus-Christ , pour les actions les plus honteuses; enfin, oseriez-vous admetirc dans votre cœur, devenu le cœur de Jésus-Christ, les flammes les plus impures, les désirs les plus criminels? Vous condamnez avec raison ces hérétiques, qui se sont permis de convertir en des usages profanes les calices et les autres vases sacrés destinés au divin Sacrifice. Mais que vous êtes bien plus condamnables vous-mêmes si, par des actes dont la pudeur rougit, vous allez jusqu'à profaner et à déshonorer votre corps, qui a été si souvent sanctifié par le contact de la chair sans tache de Jésus-Christ dans la sainte communion , et arrosé de son sang précieux; ce corps, qui n'est pas un vase mort et sans âme, mais un vase vivant et animé , qui est devenu plusieurs fois le tabernacle de Jésus-Christ , qui est, selon que nous l'avons dit, le membre de Jésus-Christ !

Vil. Enfin, pour mettre le comble à sa malice, l'impudique profane le temple le plus saint et le plus auguste que Dieu se soit choisi et consacré. L'Esprit-Saint n'en a pas un sur la terre où il réside plus spécialement que dans l'âme el le cœur d'un clirélicn en étal de grâce. C'est là un temple vivauloùilse

128 xiir. iNsTiiuniON

plaît û ô(;il)Iir cl à fixer sa demeure. iS'e.sl-cc donc pas faire roulragc lo \)\m sangianl à cet Esprit divin, que de Tcn chasser, lai (lui résidait auparavant comme dans son temple ? El pourquoi le chrétien 1 expulse-t-il ainsi de son cœur? c'est pour y introduire à sa place le démon , esprit d'iniquité , en commettant un péclic qui souille son ame et son corps. Au moment de son baptême, par l'ordre du ministre de Jésus-Christ, l'esprit infernal s'est enfui ignominieusement de son âme, pour y donner entrée à l' Esprit-Saint : L'xiab eo, immumU' Spiriiits , et lia luciini Spiritiii Sinirlo Paraclito. Mais que fait ce dirétien en se souillant de ce vice abominable de l'impureté? Il chasse l'Esprit-Saint de son temple, c'est-à-diie de son âme et (le son cœur, pour y installer l'esprit infernal. « Sortez de )) moi, dit-il au Snint-Espiit, sinon par les paroles, au moin^ » par les œuvres ; sortez de moi , et cédez la place à l'esprit » immonde: » Exiù wc , Sunrte Spinti/i^ , cl du locinn spiriiai iiimiuiulo. Quel outrage et quelle horrible profanation !

YIII. Je pourrais apporter bien d'autres raisons pour vous faire connaître l'énormité de ce crime, cl je ne Unirais pas, si je voulais toutes les développer. Mais je me borne à celles que jc viens d'exposer, atin de pouvoir vous dire quelque chose des grands maux qu'il occasionne dans le monde. Parmices maux, je n'entends point compter tant d'infirmités que ce vice a in- Iroduites parmi les hommes , ces vieillesses prématurées, les morts accélérées, les pertes de biens, le déshonneur, l'infamie: je [)asse ces maux sous silence, pour ne parler que des crimes que l'impurelc fait commettre. Car , ainsi que nous l'avons dit des autres péchés capitaux , la luxure est la source de presque tous les autres désordres et de tous les autres vices, selon que nous l'enseigne saint Ambroise : Luxnrin seminariioi: €t or'Kjo i'iiiorum csi (lib. de Elia et Jejunio). L'Espril-Saiiii nous représente ce vice dans cette femme de l'Apocalypse quisaint Jean vit assise sur une béte (c. 17); parce que c'est un vice brutal et indigne d'un homme raisonnable. Ce monsir;' a sept tètes, qui sont les sept manières dont on peut se rend: r coupable de ce crime. Il a aussi dix sortes d'armes par lesquelles il combat contre les dix préceptes de la loi de Dieu, ce dont il est facile de nous convaincre. Le voluptueux , pour contciter sa passion , agit contre le premier commandement , puis- <iu'il devient idolâtre , en odorant la créature à la place du Créateur. 11 n'oflVe pas de l'encens à celte créature comme on faisait aux idoles, mais il lui consacre ses pensées, ses paroles 64 ses affections. 11 ne lui immole pas des victimes , mais illui

saci'ilic son âme, qui est iniiniiiieiit plus précieuse que toutes les vicliines et toutes les richesses du monde.

1\. Pour séduire l'innocence de cette jeune tille, la cliaslelé de cette personne mariée, il faut des promesses, des serments et des parjures. Le voluptueux se prodigue, et c'est le moyen le plus ordinaire qu'il emploie pour atteindre son but. Il transgresse donc le second et le huitième commandement. Ah ! (illes imprudentes : ce jeune houune appelle sur lui tous les maux , il se donne à tous les démons de renier, si jamais il a de l'an'ection pour d'autres ([ue |)0ur vous. Il vous jure, et vous promet par tout ce qu'il y a de plus sacré au tiel et sur la terre', qu'il ne vous abandoimera jamais. 11 se moque de Dieu; hientùt il se moquera aussi de vous , et vous délaissera après vous avoir trompée , et vous avoir ravi votre honneur. Celui qui est adonné à la luxure pèche contre le troisième commandement de Dieu, en profanant les diinant'hes et les fêles, et en passant ces jours dans les hais, ou dans les sociétés les plus dangereuses. Le temps de la sainte Messe., <ie la prédication , des Vêpres est pour lui le temps le plu> lavorahle pour satisfaire ses passions ; et s'il assiste aux ofllces divins, Dieu sait quels honunagesil reçoit de ce cœur déï»ravé. S'il méprise Dieu, si les dimanches et les fèies il ne lui rend pas le culte qui lui est dû , croyez-vous qu'il remplira ïuieux ses devoirs envers les hommes? vous vous trompez : le voluptueux n'a plus de respect pour ses parents ; il n'obéit plus à son père ni à sa mère. Qu'un jeune homme ou une jeune lllle viennent à se passionner pour une personne qui n'est pas de leur condition , ils voudront suivre et contenter leur;v tapriccs, quand le père cl la mère devraient en mourir de douleur et de chagrin.

X. De la transgression du quatrième précepte, on passeii la transgression du cinquième. Et ce vice n'est-il pas la cause des jalousies, des inimitiés, des divisions perpétuelles, des meurtres même les ])lus horribles, commis pour se délivrer il'un rival importun, ou pour cacher et couvrir un commerce honteux? On en vient ensuite au vol; car il faut dérober au père, à la mère, à ses maîtres ; il faut employer tous les moyens même les plus injustes, afin de pouvoir maintenir dans le luxe et le bien-être cette personne qui est complice du crime. Lu Icmme de l'Apocalypse était vêtue de pourpre , couverte d'or 01 de pierres précieuses , et elle portait écrit sur son front : Mystère, Hjj/.sfcr/MHJ. Quand nous voyons aujourd'hui cerl;uîics personnes velues au-dessus de leur étal et de leur condi-

tion , nous pouvons dire aussi : Jfysierium ; là il y a du mystère. Ou l'on dérobe , ou Ton se livre à d'autres excès plus criminels. Que si rimpudi(jue transgresse tous les commandements de Dieu, observera-t-il mieux les commandements de l'Eglise? Avec quelle dévotion, quelle ferveur , quelle attention entendra-t-il la sainte Messe les dimanches et les fêtes? comment observera-t41 les jeûnes qui lui sont prescrits? avec quelle piété recevra-t-illes sacrements de Pénitence et d'Eucharistie?

XL Ce que je viens de dire de la violation des préceptes divins et ecclésiastiques doit être suffisant pour fournir une matière abondante d'examen à tout impudique , et pour vous montrer les grands maux que cause la luxure. Nous parlerons maintenant de sa race maudite ; car elle a ses fdles , aussi bien que l'orgueil et l'avarice. Le pape saint Grégoire {lib. 31. Mor. cap. 17) lui en assigne huit, que je n'indiquerai qu'en passant. La première fille de la luxure est la cécité ou l'aveuglement de l'esprit, sujet que j'ai traité dans une Instruction spéciale. Un infortuné devenu la proie de cette passion, transporté par le plaisir qu'elle lui procure , est un aveugle qui ne voit plus les choses spirituelles qui regardent Dieu et son àme: Supercecidit ignis, dit le Roi-Prophète {Ps. 57), elnnnçiderunl solem. Le feu de la passion est tombé sur ce malheureiLx; il ce peut plus voir le soleil de justice qui est Jésus-Christ ; il ne peut plus se conduire selon ses maximes. La précipitation est la seconde tille de ce vice. L'homme dont l'esprit et le cœursont préoccupés des choses charnelles , est comme forcé par l'empire de la volupté à agir sans prévoyance , sans examen . sans délibération, selon le reproche que Dieu en fait aux Israélites (Z>cu/. 32) :Gens ctbsqueconsilio est, et sine pnidenlia.L^ilrolslème fille est l'inconsidération , qui fait négliger et mépriser les moyens à prendre pour former un jugement droit, La quatrième est l'inconstance, par laquelle l'impudique, attiré par le faux plaisir , ou se trouvant dans une espèce d'impuissance de ne pouvoir s'en priver, manque du bon propos nécessaire pour éviter le crime , et retourne bientôt à ses premières habitudes : Averleriml se , et non servcivervnt paclum (Psal. 77\

XII. La cinquième fille de l'impureté est l'amour désordonné de soi-même , qui fait que l'homme aime sa chair et les plaisirs qu'elle lui procure, jusqu'à mettre en eux sa fin dernière et ne plus s'occuper de son àme, ni de Dieu, ni de l'éternité. La sixième est une haine violente contre Dieu, péché le plus grave de tous, parce qu'il est opposé à la plus parfai!.» (les vertus, qui est la cliarllé. Cette haiise contre Dieu de h

Sun i.E ri'cn!*. t"l

pnrt (le l'imputliquc dérive de ce (ju'il défend par sa loi les j)laisirs impurs, et de ce qu'il condamne ceux qui veulent les goûter à des peines sans lin. La septième est l'amour désordonn«3 du siècle, ou de la vie présente, qui porte les hommes charnels à désirer que celte vie fût éternelle, afin de pouvoir jouir à jamais de ces plaisirs qu'ils préfèrent à la gloire et au bonheur du ciel. La huitième enfin est l'horreur de la vie future, qui fait que le voluptueux a une crainte excessive de la moit et du jugement de Dieu , jusqu'à désespérer entièrement de son salut. Ce n'est pas qu"il pense pour autant à se convertir; au contraire, dit saint V nul {E plu- s. 4), il se plonge de plus en plus dans toute espèce d"impudicité : Qui desperanies^semetipsos Iradidenuit impudicitiœ ^ in operationem immunditiœ omnis.

XllL Voilà, Chrétiens, les effets que produit ce troisième vice capital qui est la luxure. Or , avons-nous lieu de nous étonner qu'un péché si grave et si énorme, puisqu'il est toujours mortel; puisqu'U souille non-seulement l'âme , mais le corps du chrétien ; puisqu'il profane l'image de Dieu, qu'il prostitue les membres de Jésus-Christ , qu'il chasse l'Ësprit-Salnt de son temple , pour y introduire le démon ; puisqu'il porte à la violation de tous les commandements de Dieu et de l'Eglise, qu'il est la cause de tant de péchés ; avons-nous lieu, disje, de nous étonner que Dieu l'ait en horreur et qu'il ne puisse le souffrir? Dieu est un esprit infiniment pur; il a nécessairement de l'aversion pour ceux qui se plongent dans le vice impur. Il n'est donc pas étonnant qu'il punisse ce crime par des châtiments si sévères, comme nous l'avons vu dès le principe. Et ne croyez pas qu'il se borne à le châtier en cette vie. Non, dit l'apôtre saint Tierre : Dieu réserve tous les pécheurs, pour les condamner à des supplices éternels au jour redoutable de son jugement , mais plus spécialement ceux qui se laissent entraîner par les ardeurs de la concupiscence rebelle : yovH Dominus... iniqnos in diemjudicii reservure cruciaudos, magis aiUem eos, qui post carnem in concupiscentia immunditiœ ambulant (IL Pétri). Les impudiques soulîriront donc des tourments plus cruels que les autres pécheurs dans les enfers : c'est contre eux que les démons exerceront leur rage d'une manière plus spéciale , et que le feu agira avec une plus terrible activité.

XiV. Mais, me dites-vous, vous nous avez montré l'énorraité de ce crime, les excès où il conduit ceux qui ont le malheur de s'y abandonner, les châtiments dont Dieu le punit ; mais vous

132 XIII. LN<>TRLCTinN

ne nous apprenez p..s la manière de le fuir el tle nous en préserver î vous nous avez incliqué le mal, mais non le remède! Je vais vous salisfaire sous ce double rapport : quant aux remèdes, je vous en bidc'^à signalé un grand nombre dans Texplicalion du sixième commandement de lùeu, je n'en dirai donc que peu de chose en ce moment. Le premier de ces moyens est <le considérer d'un côlé le prix inestimable de la chasteté , et l'honneur qui ra''compagne ; et de l'autre, rinlamie , triste fruit de rimi)urcté; Taniour et la prédilection de Dieu pour la pureté, et l'horreur qu'il a du viceopposéà celte aimable vertu. L'Espril-Saint s'écrie dans le livre de la Sagesse (c. 'i): Oh! iîombieu la chasteté est belle î elle est digne d'une mémoire éternelle; elle est en honneur auprès de Dieu et auprès des hommes : 0 (juàm puUhra est casUt yeneraliu ciim cUtrilule ! immorluUs est 7itc)n()riii illius : quoniani apiitl Dciim nula est ^ et apud }ium:ues. Et dans l'Ecclésiastique (c 26), il déclare que rien n'est égal au mérite d'une âme chaste : Onmis potnleraiio non est diijiia coniineniis auimœ. Que peut-on dire de plus à la gloire delà chasteté?

\W Les saints Pères ne cessent d'en relever le prix et de lui donner les louanges les plus sublimes. Ils l'appellent la gloire des corps, l'ornement des moeurs, le fondement de la sainteté. Ils disent qu'elle rend l'homme semblable aux Anges, et qu'elle Félève même au-dessus de ces esprits célestes, parce qu'ils n'ont pas une chair qui les porie aux plaisirs défendus. D'autres la nomment le temple de Dieu, la demeure chérie de l'Esprit-Saint. Le Fils de Dieu eut tant d'estime pour cette vertu, qu'il voulut avoir pour Mère la plus pure des vierges ; et ce sont les vierges et les âmes chastes qui accompagnent toujours ce divin Agneau dans le Ciel. Or,autant la chasteté est précieuse, autant elle est agréable à Dieu, autant l'in- <:ontincnce est inlame, autant Dieu la déleste et l'abhorre, comme nous le montrent les châtiments dont Dieu la punit ^^ur la terre et dans les enfers. El ce qui nous fait mieux voir combien ce vice est dégradant pour l'homme, c'est que non-seulemenlil le fait déchoir de sa glorieuse qualité d'enfant de Dieu, mais qu'il lui fait perdre sa prérogative d'un être raisonnable, en le rendant semblable aux animaux. Comme ceux qui sont les plus immondes trouvent li'ur plaisir à rester dans la boue, l'homme voluj)(Meux se plaiî dans la fange de ce vice honteux. Quel est celui qui voudrait pour un vil plaisir renoncer à un honneur si grand, ctse soumetire à une telle infamie?

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