‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 7 sur 26 · XVI. L'impureté étaui une fièvre , comme l'appelle saint · texte numérisé non relu

XVI. L'impureté étaui une fièvre , comme l'appelle saint

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\nibroîse, ou un feu, selon saint lôrôinc, le remctle prinripal sera créloigner loin ce qui pourrait le tioui'Hi' cl rcnnamii'.t'r; (il! résislcr géncrcusenieiil dès le principe, sans donner à la leiilalion le temps de se forlilier. H est bien plus facile d'empèclicr à un ennemi d'entrer dans une place forle, que de l'en chasser après qu'il y est entré ; ainsi il y a bien moins de dinicullé de résister dés le commencement à cette passion impure, que si on attendait pour le faire cprelle se fin <Miiparée du cœur , et qu'elle en eût pris j)i)ssession. Aussilot que vous vous apercevez de la sut'gestion du déiuon, rcjelez-la vigoureusement , sans raisonner avee Tennemi, i)arce que la moindre étincelle de ce feu infernal, si on ne l'éteint aussitôt , est ca[)able de causer un grand incendie^ <jardez-vous principalement de tout ce qui pourrait vous portera ce péché; et, en premier lieu, des regards Irop libres sur des objets lascifs et dangereux. La mort entre par les fenêtres, dit le prophète .léréinie (c 9), c'est-à-dire par nossens, et surtout par les yeux, mes>agers trop tidèles dun cœur impudique, dit saint Augustin. Un seul regard peut faire une plaie mortelle à une ame, parce que du regard on passe iMenlôl à la complaisance, de la complaisance au désir, du dé- -ir au consentement et du consentement à l'action.

XVll. Evitez soigneusement de tenir ou d'écouter des discours obscènes, car saint Paul nous dit avec vérité que ces disi'ours corrompent la pureté des mœurs: Conumpunt mores honos coUofiuia »m/a. Oh, nous ne parlons de ces choses qu'à mots couverls ! Plus les termes dont on se sert sont équivoques, plus ils réveillent la curiosité, et plus ils introduisent facilement le venin dansTàme. Gardez-vous en troisième lieu de traiter avec des personnes infectées de ce vice. Car de même qu'il y a certaines maladies contagieuses que Ton conlracle en s'approchantde celui quicn est atteint, ainsi l'impureté se <"ommunique facilement, si l'on fré(juenle les personnes qui eu -^■mt infectées. Toutes ces précautions ne suflisent pas. L'en- M(Mni que nous avons à combattre est au-dedans de nous-métnes; il est nécessaire de raiïaiblir par les veilles, les jeûnes et les autres pénitences et mortilicalions. C'est là le remède efticacedont se sont servis tous les Saints étions ceux qui ont aimé la chasteté. Le mot chasteté, dit saint Thomas, vient du latin casiiymido, châtier, parce qu'on ne peut appeler véritablement chaste, que celui qui châtie son corps.

XVlli. Saint Paul fut très-chaste, non pour avoir été exempt tic Icnlati'My- , i! eu eut de (rès-forles ; niais parce qu'il pu-

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nissaitson corps, elle tenait dans une rigoureuse sersilude: Casligo corpus meitm, et in servitutem redigo. Dans le luxe, la mollesse et ri\TOgnerie, il est comme impossible, dit saint Jérôme, de conserver la chasteté. Ce n'est pas assez. 11 faut s'appliquer à la méditation de la mort et du jugement. C'était le grand remède dont se servait saint Augustin. Et comment voudriez-vous complaire à une chair.à un corps qui sera bientôt la pâture des vers ? Et comment oseriez-vous commettre un péché dont il vous faudra rendre un compte si rigoureux au jugement particulier, et au jugement universel en présence de tous les hommes rassemblés? Quel est Thomme si insensé qui consentirait à brûler dans l'enfer pendant Téternité pour goûter un plaisir d'un moment ? Ce qui achèvera d'éteindre en vous ce feu diabolique sera deméditer sur la passion cruelle de notre divin Sauveur, de lui demander humblement la pureté par ses mérites et par l'intercession de la sainte Vierge. Si nous sommes fidèles à toutes ces pratiques, il nous tiendra éloignés de ce vice, par sa miséricorde ; il nous donnei a les secours nécessaires pour mener une vie pure et chaste sur la terre, afin que nous méritions de vivre éternellement glorieux dans le Ciel.

QUATORZIÈME INSTRUCTION

De l'envie.

Nous parlerons aujourd'hui du quatrième des péchés capi taux,qui est l'envie. Péché que saint Jean Chrysostôme regarde comme plus grave que les autres, en ce sens que les autres peuvent se couvrir de certains prétextes, au lieu que celui-ci n'en a point. Le voluptueux apporte pour excuse l'ardeur de la concupiscence qui l'entraîne au plaisir ; le voleur , sa pauvreté ; le vindicatif, sa colère ; excuses vaines et frivoles à la vérité , mais qui ont cependant quelque apparence de fondement. Mais toi, homme envieux, quelle excuse peux-tu apporter, sinon ton extrême malice? Tu verà, quamdicis causa)», rogo ??i»//a?n pe]iitùs,nisi immensam wm///)flHi(S. Chrys.HoRi. 44. ad popul.). Puisque l'envie est un péché si grave, je ne puis me dispenser de faire sur ce sujet une Instruction spéciale. Et afin qu'elle vous soit avantageuse à tous, nous verrons en nremier lieu ce que c'est que l'envie, et de combien de péchés

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die est la source. Secondement, combien elle est indigne d'im chrétien, et combien cependant elle est "universelle. Enlin, je vous indiquerai les remèdes nécessaires pour vous en préserver.

I. L'envie, selon la définition des saints Pères et des théologiens, est une tristesse que l'homme ressent des avantages de son prochain , ou une joie maligne qu'il éprouve du malheur des autres, considérant ces avantages du prochain comme quelque chose de contraire et de nuisible à sa propre gloire et à son intérêt , et les malheurs d'autrui comme étant un bien pour lui-même. Il faut observer que toute tristesse quel'oa ressent des avantages du prochain n'est pas un péché d'envie. Je vois, par exemple, une personne qui en est manifestement indigne , je la vois élevée à ce poste, à cet honneur, à cette charge, à Texclusion d'autres personnes bien plus méritantes; cette élévation m'attriste et me déplait; ce n'est pas là un péché, ce n'est pas l'envie , c'est un amour de l'ordre. Je vois qu'un grand nombre de pécheurs abusent de leur santé et des autres biens qu'ils ont reçus de Dien, pour l'oHenseret pour nuire au prochain; j'en éprouve une tristesse, un déplaisir ; je désirerais même que, pour le bien de leur àme, ils fussent réduits à une fortune médiocre ; ceci n'est pas envie, mais charité. Voilà un homme puissant qui vient d'arriver à cette dignité ; je prévois avec fondement qu'il se servira de son autorité pour m'accabler ou pour opprimer des innocents, j'en éprouve du chagrin; ce n'est pas envie, c'est une crainte juste et permise. Je vois que cet homme excelle dans telle science, dans tel art , dans telle profession, il estcomblé de louanges et d'honneur; je m'en afflige, non point parce que je le vois doué de ces belles quaUtés ou de ces connaissances, ou parce qu'il est honoré, mais parce que je me suis privé moi-même de semblables avantages, par ma paresse et ma nonchalance, ce n'est point encore envie, c'est émulation; et si le déplaisir iiue je ressens d'être privé de ce bien me porte à prendre les moyens de l'acquérir cette émulation est bonne et louable.

II. Que si enfin le bien que j'aperçois dans les autres, et que je désire posséder, est un bien spirituel qui a rapport à la gloire de Dieu et ausalut del'àme, comme par exemple, je vois cette personne humble, pieuse, adonnée à la pénitence, à la mortilication;je ne suis point fâché qu'elle soit vertueuse ; ce qui me déplait, c'est que je suis bien éloigné d'être aussi pieux , aussi humble, aussi patient, aussi mortifié; je désirerais l'être, et je me sens porté à le devenir par l'exemple que j'ai sous les

3 eux ; je vous dis que c'est là une saiule envie, une énuilalîon digne de récompense, elqucrapotre saint Paul recommande à •tous les chrétiens : /^«(î'/a/z/'/j/ cUarismuta meliora, œinulaininispirituolia (l. Cor. 12. 31). Nous lisons dans la vie de saint -Antoine, qu'il se conduisait ainsi lorsqu'il voyait un religieux iixceller dans quelque vertu, iltravaillait aussitôt à l'acquérir. Ainsi devrait agir tout chrétien qui désire se sanctifier.

m. Cela supposé , il est facile de connaître quand la tristesse que l'on ressent du bonheur des autres, et le plaisir que l'on éprouve de leurs disgrâces sont un péché d'envie. Cette Cristesse ou ce plaisir sont criminels toutes les fois qu'un homme voyant dans son prochain quelque bien spirituel ou temporel, et craignant que ce bien ne vienne à préjudicier à sa pi'opre gloire, s'en afflige, et voudrait que le prochain fût privé de cet avantage. Et s'il arrive à ce ])rochain quelque peine ou quelque disgrâce , l'envieux triomphe et s'en réjouit. Selon la doctrine des saints Pères et des théologiens , l'envie iîonsiste donc à s'aifliger de la fortune de son prochain , et à se réjouir de ses malheurs, à s'attrister du bien qui lui arrive, et à goûter un secret plaisir du mal qui lui survient. (>es personnes réussissent à merveille dans leurs entreprises, l'envieux le voit à regret ; elles échouent dans leurs projets, il se livre à une joie maligne ; elles ont acquis de la réputation , de l'honneur, des richesses, l'envieux en est dévoré de chagrin ; elles sont tombées dans l'infortune, c'est ponr lui un sujet de complaisance et de joie. Quelle race perverse que celle des envieux, dit saint Grégoire de ^ysse. Tandis que le reste des hommes se réjouit du bien et s'afflige du mal , l'envieux s'attriste en voyant la prospérité desautres,et il est heureux de leur infortune.

IV. Mais l'envie considérée sous ce rapport est-elle toujours un péché mortel? Oui peut en douter ? A part le cas où il n'y aurait pas une pleine advertance et un parfait consentement , et celui où le mal dont on se réjouit est léger , et le bien dont on s'aftlige peu considérable , l'envie est toujours par elle-même un péché mortel. Péché mortel , parce qu'elle est directement o|)posée à la charité, dont le propre est de se réjouir du bien et de la prospérité de son prochain, et de s'affliger de son malheur et de ses disgrâces. Pé- <îhé mortel, parce que saint Paul déclare les envieux dignes <le la mort éternelle : Pleni inçidia digjii suntmorie (Rom. 1. 29). Et écrivant aux Galates (!i. 21), il compte l'envie parmi les péchés les plus graves qui cxclueot les ànies du royaunai^

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t!(']csle, et qui , par conséfiuciil , les condamneiil à l'enfer. De plus, l'envie ne va jamais seule : elle a sa race maudite, comme les autres péchés capitaux ; ce sont les crimes dont l'envieux se rend coupable en voulant atteindre le but qu'il se propose <le diminuer la bonne réputation de son prochain ; semant la discorde en secret ])0ur troubler la paix , et rompre l'amitié qui existe entre celui qu'il veut diffamer et ceux avec qui il est uni, ou bien le décréditant et le calomniant en public. El vous savez que l'Esprit-Saint nous dit dans rEccIésiastinueque celui qui sème le trouble et le désordre est maudit de Dieu: Snsurro et bitinguis malediclus ('28. 15). 11 est odieux à ses yeux, selon saint Paul : Susurrones,et delractores, Deo odibiles (Rom. t. 30). Si l'envieux arrive àsafin ,qui est de diminuer la ré- |)utation de son prochain ,il en éprouve, comme nous l'avons «lit, une joie maligne ; si, au contraire, il ne peut, avec tousses clVorls, lui faire perdre son honneur, il en ressent un déplaisir mortel qui se change en haine et en fureur; il voudrait tout enlever à celui qu'il regarde conmie son ennemi , il voudrait l'anéantir s'il en était capable.

V. N'est-ce pas là ce qui arrive en effet? 11 suffit, pour nous en convaincre, de considérer l'envie , avec le pape saint Grégoire et saint Thomas (2. 2. qu. 56. a. 4. adterliuni), dans ses trois degrés, c'est-à-dire, dans son principe, dans ses moyens et dans sa fin. Aussitôt qu'un envieux voit une personne actjuérir de la gloire ou des richesses, il se sent rongé par une secrète jalousie, et la crainte qu'il a de se voir surpassé le trouble et le tourmente. Une s'arrête pas là; du trouble et du chagrin, il passe à chercher les moyens d'abaisser son rival ; et, pour réussir, il emploie les mov eus les plus vils et les plus honteux. 11 va plus loin, il consent à soulîrir lui-même, pour faire souflrir les autres, comme fit cet envieux , qui demanda qu'on le privât d'un œil, à condition qu'on les arracherait tous deux à son concurrent.

VI. Ah! c'est doncbien avec raison que saint Cyprien(Serm. de zelo et liK^ore)^ nomme l'envie la source des maux, l'origine des meurtres et d'une inimité de crimes : Invidia est rodix malorum , fans cladimn , et sciuiuarium delicloriim. Saint Grégoire assure que la malice de l'envie est plus grande que celle de plusieurs aalres vices. 11 est vrai, dit-il (Ub. 6. mor. c. 32), que, par le moyen de tous les autres vices, le serpent infernal répand son venin dans le cœur des hommes , mais il l'imprime bien plus profondément par le moyen de l'envie : In /< !<• laUK II iiiqnitUt iiivi(^i(V Ma smi v'.-rcra yerprns rnnrutlt.

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et iinprimendam mcililiœ peslem K^oniit. Saint Conaventnrenoiis dit que l'envie dôpoiîille riiomme de toutes les vertus. Les autres vices ne sont opposés qu'à une seule vertu. L'orgueil est opposé à riiumililé , la luxure à la chasteté , l'avarice à la libéralité , et ainsi des autres; mais l'envie est opposée à toutes, parce qu'en les voyant dans son prochain, elles sont toutes pour l'envieux un sujet de peine et de chagrin , comme si elles lui étaient toutes contraires; il voudrait les enlèvera son rival, et les changer en lui en autant de vices, s'il en était capable : (S. BonaKK in Diel.sul. c. 4). C'est là, dit encore le même Saint, la bête féroce qui dévora le chaste Joseph , puisque ce fut l'envie qui coiiseilla et exécuta sa ruine : Fera pessima devoraçit cv.m. Invidia dévorât hominem, ut in Genesi ferapessima deçora^'it Joseph.

Y II. Or, combien un tel péché n'est-il pas indigne d'un chrétien, combien n'est-il pas ignomhiieux pour un disciple de Jésus-Christ? Ce péché est si vil, et les caractères d'infamie qu'il porte avec lui sont tels, que ceux-là mêmes qui en sont le plus coupables , cherchent à s'en montrer innocents, parce qu'ils comprennent qu'ils ne peuvent pas être envieux, sans violer toutes les lois, naturelle , divine et humaine; ce qu'il est aisé de concevoir. Tout chrétien est un homme doué de raison; selon la loi naturelle , il doit avoir des sentiments d'humanité envers les autres hommes. Tout chrétien est membre d'une communauté ; selon les lois civiles et humaines, il doit maintenirl'union et ne pas rompre les liens quiraltachentàlasociélé. Tout chrétien est devenu membre de Jésus-Christ par la grâce du saint baptême : il est donc tenu, par cette loi de grâce, de pratiquer la charité envers les autres membres du même corps. Mais quelle humanité , quel esprit d'union et de charité trouverons-nous dans un envieux? 11 ne peut avoir d'humanité envers les autres hommes, puisque l'envie le réduit à la condition des bêtes féroces , et le rend même plus cruel , selon saint Jean Chrysostôme. Vous en doutez? dit le Saint; en voici la preuve: les bêtes féroces se jettent quelquefois sur nous; mais c'est lorsque nous les avons provoquées , ou qu'elles sont poussées par la faim. L'envieux, au contraire, se déchaîne contre son prochain, sans être provoqué, ni poussé par aucune nécessité. Il n'épargne pas ses amis , ni inême ses bienfaiteurs ; il s'abandonne contre eux à tous les transports de sa vile passion. Pe;it-i} y avoir quelque chose de pb.is ignominieux pour l'îiomme, et de j)his indigne de lui , que de déchoir ainsi de la qualité d'être raisoniiable?

VIU. Quelle union peut avoir ensuite un envieux avec h-s autres membres de sa communaulé, avec les habitants du mènic pays, de la même ville? Il ne peut en avoir aucune, parce qu'il voudrait être seul au monde, et qu'il ne peut souffrir de conpétiteur , ni de rival. Ce marchand voudrait être seul pour nrgocier, pour vendre et acheter. Cet ouvrier, cet artisan voudn it faire lui seul tout l'ouvrage de l'endroit. Quelle indignité, quelie bassesse d'âme ! Le célèbre Cassiodore dit une chose qui devrait faire rougir tout envieux. Partout ailleurs, dit-il, je lrou^c l'union; je la trouve même parmi les oiseaux, qui font un pelit corps de société avec ceux de leur espèce , et je ne trouvi* pas cette vmion parmi les hommes. Le vautour, qui se repait de cadavres , ne fait aucun mal aux petits oiseaux : il les défend même contre l'épervier qui les poursuit. î\lais il n'en est pas ainsi de la plupart des hommes, lorsqu'ils sont animés de Tesprit d'envie. Ils ne cherchent qu'à se tromper mutuellement. Celui-ci voudrait parvenir à ce posle , à cet emploi i)our lequel il a les talents nécessaires, un autre lui ferme le passage, et le prive de toute espérance. Celui-là, par ses fatigues et par des moyens justes et licites , travaille à se procurer les choses nécessaires, et à maintenir sa famille ; un autre étudie eii secret la manière dont il viendra à bout de le rainer. En un mot, au lieu de la bonne harmonie qui devrait exister dansia société, je ne vois parmi les hommes que haines, jalousies, inimitiés et divisions, au point qu'ils n'épargnent pas même ceux de leur condition, ni lesmembres de leurfamille(Zt7>.t/e/i»/. cQ).

IX. Mais ce qui rend l'envie plus indigne d'un chrétien, c'est qu'elle détruit cette admirable charité qui doit unir les hommes, et que Jésus-Christ a apportée sur la terre, pour être le caractère distinctif de ses vrais disciples. Quel est l'office de cette charité sainte? c'est, dit saint Paul, de se réjouir avec ceux qui se réjouissent, et de pleurer avec ceux qui pleurent: Gaudere cum gaa(lenlibHS,etflt:recuinflenlibus.Eipo\\rquoi cela? Et cela, ajouter Apôtre, parce que nous sommes tous les membres d'un même corps dont Jésus-(^hrist est Iechcf,comme dans le corps humain nous découvrons cette union, cette sympathie entre tous les membres qui le composent, en sorte que si l'un de ces membres souffre, tous les autres prennent part à ses douleurs ; et s'il est sain, tous les autres s'en réjouissent ; ainsi tout chrétien doit éprouver des sentiments de tristesse et d'affliction, quand il arrive aux autres quelque malheur, quelque disgrâce; et il doit se réjouir du bonheur et de la prospérité de ses frères comme il se réjouitde son bien propre. Ce sont là le?

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seulimcnts généreux, nobles cl dignes d'un vrai clirélien, cl que doit inspirer la charilé. Mais l'envie produit des effets tout contraires.

X. Elle fait que les hommes se réjouissent de ce qui devrait fes affliger, cl qu'ils s'affligent de ce qui devrait les réjouir. Celte personne vient de traverser vos projets ambitieux san> y penser, ou peut-être Ta-t-elle fait justement et pour de bonne s raisons. OIi Dieu î vous voudriez lui plonger le fer dans le sein pour vous venger, vous voudriez la réduire à la dernière mi sère ; niais la justice humaine vous lie les mains. L'envie et îa vengeance restent concentrées dans votre cœur ; elle> )<• rongent elle dévorent. Mais cet autre ne vous a point dés rbligé ; il ne vous a fait aucun mal? n'importe: poussé par ren- ^ic, vous vous affligez de sa fortune, et vous ressentez une Joie secrète et nialigiie de ses disgrâces. Mais enfin celui-ci est votre ami, vous lui donnez toujours à l'extérieur des marques d'esliine cl de bienveillance? ÎN'importe encore; l'envie lait que vous lui souhaitez extérieurement toutes sortes de pros- ])érilés,clquc cliacun de ses succès est pour vous le motif d'un uouveau chagrin. Vous lui montrez au-dehors que vous compatissez à ses malheurs, et ses disgrâces fournissent à votre cœur matière à une grande joie. Comment les envieux pourraient-ils se dire les disciples de Jésus-Christ, puisqu'ils sont si éloignés de pratiquer la charilé, qui en est le caractère dislinctif?

XI. IN'est-ce pas à juste titre que saint Augustin appelle l'envie un péché diabolique ? peccatum diabolicum, puisque l'envieux fait précisénient ce que fit le démon envers notre premier père. 11 brûlait de rage et d'envie, en voyant que Dieu avait créé l'homme, et l'avait environné de tant de grandeuiî't de félicité. Que fit-il? Il usa de tant de ruses et d'artifices, <;u'il parvint à le faire déchoir de son état glorieux. Voilà pré- <-isémenl ce que fait l'envieux envers son prochain. S'il le voit élevé et dans le bonheur, il emploie tous les moyens pour le faire tomber. Le démon aime le mal; comme étant le mal de l'homme, il trouve son tourment dans la félicité de l'homme: <:*est encore ce qui se passe dans le cœur de l'envieux. Saint Jean Chrysoslôme dit quelque chose de plus fort (floni. 44. ad pop.), et va jusqu'à déclarer l'envieux pire que le démon • Invuii dœinonibux paires, inimà forte pcjorcs. Mais en quoi la malice d'un envieux est-elle pire que celle du démon? En ce que, répond le Saint, l'envieux décharge son venin contre venx de sa nature et de son cspcee,ce que ne fait pas le démon.

SIR LE Pl'Cîir;. 1 if

Le ilénion brnlotrcnvic contre les h()miiics,illcsliaif, il les \)^>msuit, mais il n'a pas de haine eonlre les autres démons. Au lieu que les honmies se portent envie les tnis aux autres, cju'ils s'afïligent du bien de leurs semblables, et se réjouissent de leurs infortunes : Invicem invidentes, invicein pravocanles (Gai. 5. "26). Tu es donc, ô homme envieux, plus méchant dans un sensquele démon, et à part son obstination et son impéniicnce, lu es plus démon que le démon lui-même. Et tu ne rougis pas d'un vice si abominable et si indigne de la grandeur ?

XII. Et cependant, qui voudrait le croire? ce vice diabolique et si contraire à Thumanilé, à la société, à la charité chrétienne, si détestable aux yeux de Dieu, si cruel envers le prochain, est le vice d'une infinité de personnes, un vice commun parmi les hommes. Il n'y a point de maladie plus mortelle que la peste, et néanmoins, il n'y en a pas qui se répande si facilement, et qui infecte un plus grand nombre de personnes. De même, il n'y a rien de plus odieux, de plus indigne que l'envie, et cependant il n'y a rien qui se communique avec autant de facilité. Saint Augustin nous assure qu'il y a très peu d'hommes qui soient exempts de ce vice. Car, dit-il, toulhomme se trouve dans l'un de ces trois états, ou d'égal, ou de supérieur , ou d'inférieur. L'égal porte envie à son égal, parce qu'il le voit marcher de pair avec lui, et qu'il voudrait le devancer. L'inférieur porte envie au supérieur, parce qu'il le voit plus élevé que lui, et qu'il voudrait l'égaler. Le supérieur porte envie à l'inférieur , parce qu'il craint qu'il ne parvienne un jour à lui être égal. 11 n'y a pas d'âge, de sexe, d'état, de condition, ni de lieu où l'envie ne porte son venin. Si vous allez dans la cour des princes , dans les palais des grands , vous y trouverez prescjue autant d'envieux qu'il y a de courtisans et de serviteurs. Chacun veut avancer ; chacun aspire ; chacun craint (lue les autres ne reçoivent des faveurs particulières ; chacun cherche à supplanter ou à perdre ses rivaux. Le prophète Daniel nous en fournit une preuve (IL 30). Il était le ministre le pluslldèle de son roi, et plein de piété envers Dieu. Sa piété même servit de prétexte aux autres courtisans pour le faii'c condamner ; et .>i Dieu ne l'eût préservé, il serait devenu la proie des lions, et la victime innocente de l'envie la plus infernale.

XIII. L'envie est ordinaire aux marchands, qui voient de mauvais œil que les autres réussissent dans leur traiic et daiis leur négoce. Elle règne parmi les médecins, les avocats el ceux qui composent le barreau, qui ne peuvent voir sans ja-

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lousie le mérile dislingiié de ceux de leur profession. Elle règne parmi les hommes delà campagne, parmi les villageois qui voient à regret le champ, la vigne de leurs voisins mieux cultivée et plus productive que la leur. lille règne parmi les femmes, qui ne peuventsouffrir que les autres aient des hahiis plus riches et plus élégants, qu'elles aient plus d'esprit, quelles obtiennent le premier rang dans la société, dans les cercles ou au bal. Les frères enlr'eux ne sont pas exempts d'envie ; nous en avons des preuves dans l'innocent Abel devenu la victime de l'envie de Gain ; dans le chaste Joseph, victime de l'envie de ses frères ; il ne le firent pas mourir selon qu'ils en avaient eu d'abord l'intention, mais ils le vendirent comme un esclave. Elle pénétra jusque dans le collège même des Apôtres, puisqu'il est dit qu'ils conçurent des sentiments, d'indipiation contre les deux frères Jacques et Jean, qui avaient demandé à Jésus-Christ les deux premières places dans son royaume: Imlignuti sunl de dnohiis /cofriù^s. Et n'est-il pas à craindre que ce vice ne s'insinue même dans le sanctuaire, et qu'il n'infecte ceux qui font profession de vertu et de sainteté? XIV. Ce qu'il y a de plus à craindre dans le péché d'envie, c'est que les personnes qui en sont le plus coupables ne la reconnaissent pas en eux , ne se la reprochent pas , et ne s'en accusent point ; par conséquent, il leur devient impossible de s'en corriger. Beaucoup de chrétiens s'accusent des transports de colère, des jurements, des blasphèmes, des intempérances, des incontinences; mais qui sont ceux qui se confessent de l'envie? Les personnes qid veulent passer pour spiriluellcK et dévotes s'accuseront de quelques fautes légères, qui ne sont pas même des fautes , comme des distractions involontaires, des tentations auxquelles elles n'ont pas consenti; mais eu voit-on beaucoup de ces personnes qui s'examinent sérieusement sur ce péché , et qui s'en accusent? péché cependant qui est peut-être leur passion dominante. On met à l'épreuve la patience du confesseur , en employant des heures entières à lui exposer des scrupules , des troubles de conciencc , et l'on n'éprouve aucun remords relativement à ce vice , on n'en est point troublé, on ne pense pointa s'en repenlir et à s'en corriger. Oui sont les pénitents qui viennent dire sincèrement au confesseur : Mon père , l'envie est en moi un péché d'habitude ; je ressens un déplaisir du bien et de la prospérité de mon prochain, et une joie secrète de ses disgrâces; j'y consens, et je ne travaille point à vaincre cette habitude? Chi'é- (iens , prenons garde de nous tromper dans un point aussi es-

sur. LE ri-ciii5. Îf3

senticl. Peu sont exempts de cette faiblesse; peu s'en accusent et s'en corrigent; d'où il arrive qu'elle devient un mal presque incurable.

XV. Mais, direz-vous, n'y a -l-il point de remèdes à ce mal qui nous était si peu connu? Oui, mes Frères; appliquez-vous à les retenir. Le premier remède sera le mépris dos biens de ce monde. Voulez-vous savoir, dit le pape saint Grégoire, d'où vient que nous sommes sujets à l'envie? C'est que les choses de ce monde étant finies et limitées , plus ceux qui les possèdent sont nombreux, plus la part qui en revient à chacun est petite. Si donc nous voulons être exempts d'envie, détachons-nous, dit le Saint, de ces biens terrestres, aspirons aux biens éternels et célestes , et à la gloire du paradis. Ces biens et cette félicité sont de telle nature, que chacun des bienheureux les possédera tout entiers , sans dimiimtion et sans partage, pendant l'éternité. Tous les Saints, dans le ciel, surabondent de joie et d'allégresse , et la félicité des uns, bien loin d'en retrancher une partie , ne fait qu'accroître celle des autres. Que toutes nos pensées et tous nos vœux soient donc sans c/jsse dirigés vers cet heureux st'jour !

XV'i. Le second moyen de résister à l'envie est de nous animer d'une sainte charité les uns envers les autres. Nous sommes tous , comme vous l'avez entendu , les membres de Jésus- Christ; nous sommes tous ses frères, nous sommes tous avec lui les héritiers du royaume céleste : nous devons donc , ainsi que nous le recommande l'Apùtre , nous réjouir avec ceux qtîi se réjouissent , et pleurer avec ceux qui pleurent. Nous devons avoir pour notre prochain cette même charité , cette même compassion qu'ont les membres de notre corps les uns envers les autres. Lorsqu'une épine s'enfonce dans le pied , dit saint Augustin , aussitôt l'œil en remarque l'endroit et l'indique à la main , qui arrache cette é|)ine , arrête le sang , et soigne la plaie. Agissons de même à l'égard de notre prochain. En un mot, faisons régner parmi nous la plus sincère charité, et nous bannirons l'envie de notre cœur.

XVIL Le troisième et dernier remède, qui comprend tous les autres , sera de retrancher entièrement les deux sources funestes de l'envie , qui sont l'orgueil et l'amour-propre. Entrons dans de bas sentiments de nous-mêmes , et concevons la plus haute estime pour les autres. Réjouissons-nous de tout le bien et de tous les avantages qu'il plait à Dieu d'accorder à notre prochain. Réjouissons-nous de ses mérites, de sa gloire, de ses vertus , comme de notre bien propre. Si de temps à au-

!44 xv. i.Nsnu atoN

Ire, nous sommes nssnillis j)ar l'etivif , soyons alors assez gé- Dcreux poui- doiiiaiidor à Dieu qu'il daigne combler noire prochain de toute sorte de bonheur et de prospérité , et nous verrons ce monstre tomber à nos pieds. Kt vous , Seigneur , daignez nous aider par votre grâce à détruire en nous tout amourpropre ; inspirez-nous celle sainte charité qui nous tienne loul'ours unis à nos frères en celte vie, afin que nous puissions jouir élernellemenl de votre gloire dans le ciel.

OUIiNZlEME INSTRUCTIO.X

De la gourmandise.

On ne peut s'empêcher de bénir Dieu à chaque instant, lorsqu'on ^eul rélléchir à sa divine providence si pleine d'amour et de bonté envers nous. Après avoir créé l'homme. Dieu lui fournit tout ce qui lui était nécessaire pour la conservation de ses jours, et pour mainlcnir son corps dans une santé parfaite , alin qu'il put rendre plus longtemps à son Créateur le culte el les hommages qyù lui sont dus. C'est pour cela qu'à l'inslanl même où il lui donna l'exislence, Dieu couvrit la terre de plantes, de fruits el de tout ce dont il avait besoin pour se nourrir ei soiUonir son existence. 11 ne lui (il qu'une seule défense, qui était de ne pas loucher au fruit d'un arbre qui se trouvait au milieu du paradis terrestre. Commandement bien facile à exécuter, puisque Adam avait en abondance d'autres il uils également précieux suspendus aux branches d'une mr tiUide innombrable d'autres arbres. Dieu le menaça de mort, s'il venail à lui désobéir. Mais le démon son ennemi, et celui de l'homme, jaloux du bonheur que notre premier père nous eût transmis, s'il était resté obéissant, que fit-il ? Ne pouvant supporter sans indignation la conduite pleine d'amour du Créateur envers Adam et envers nous, il détruisit ce bel ordre établi (\i'S le principe de notre création, dans la personne de nos premiers parents , en les incitant à manger du fruit défendu: ce qui provoqua sur eux et sur nous la sentence de mort dont Dieu les avait menacés. Le démon ne s'est pas contenté d'avoir séduit nos premiers parents , et d'avoir attiré sur . ux el sur nous un déluge de maux; il continue de suggérer aux hommes d'abuser , contre les intentions du Créateur, de> biens qu'ils ont reçus eu si grande abondance de sa main pa-

SUR LE rÉcni:. H-i

lernclle, et qui ne leur ont été donnés que pour fournir à leurs besoins. Cet esprit infernal ne eesse de solliciter les hommes à convertir les bienfaits reeus de la libéralité divine en autant de moyens pour satisfaire leur sensualité, en usant de la boisson et de la nourriture avec excès, en quoi consiste proprement le vice de la gourmandise, qui est le cinquième des péchés capitaux, dont je me propose de vous parler dans cette Instruction, ^ous vei'rons i)remièren!;enl ce que c'est que le péché de gourmandise , et en cond)ien de manières on peut le commettre. En second lieu, combien la gourmandise est un grand péché , et de quelle multitude de crimes elle est la source. Enfin, je vous indiquerai les moyens de vous préserver de ce péché, ou de vous en corriger, si vous avez eu le malheur d'y tond)er. Celte matière est plus importante que vous ne pouvez le croire , à raison de la grande facilité av»c la(iuelle on peut le commettre.

I. La gourmandise, selon saint Thomas, saint Ijonaventure, et selon tous les théologiens, est un désir déi'églé du boire et du manger, un plaisir immodéré que l'on y cherche et que Toit y goûte (Th. 2. 2. 7. 148. pari. 1., cl. Don. Spec. anim. c. 3). C'est un vice dont l'honmie se prive diflicilcment , parce que c'est un ennemi qui est au-dedans de nous, que l'occasion ei> est toujours présente, étant obligés chi'.que jour de sacrifier à ce double besoin, (^est un ennemi contre lequel il faut coml>attre à chaque instant, parce que !a chaleiu" naturelle consumant la nourriture, il est nécessaire de réparer les pertes jiar d'autres ahments. C'est un besoin dont nous ne pouvons nous délivrer; c'est un maitre (|ui nous coiumande avec autorité , auquel nous obéissons non-seulement sans peine , niais encore avec plaisir. Celui qui , dans le boire et dans le juanger, se tiendrait toujours dans les justes bornes de la nécessité, qui ne prendrait que ce qui lui est indispensable pour la conservation de sa vie, celui-là serait irrépréhensible. Mais notre mal est (pie, dominés par la concupiscence (pii nerus porte au plaisir , nous abandonnons les règles de la nécessité et de la temjjérance, pour suivre celles de la concupiscence et du plaisir, ipù font bien vite tondjer dans des excès assez graves pour être des péchés mortels.

II. Il y a plusieurs cas où la gourmandise devient un péché mortel. Premièrement, lors(pie l'alVection au plaisir du boire et du manger est si désordonnée , (pie Thomme met dans ce plaisir sa lin dernière. Secondemeii!, lors(pron préfère ce plaisir à Dieu méiiie, cl (pie, pour se le procurer, on est disposé ù

iransgresseï' d'une manière grave sa sainte loi. Troisièmement, lorsque pour ce seul plaisir , on prend du vin, ou de la nourriture jusqu'à s'incommoder au point de ne pouvoir retenir en soi-même cette nourriture. Quatrièmement, lorsqu'eji voulant satisfaire sa gourmandise , on cause un dommage considérahle ou à soi-même, ou à ses créanciers , ou à sa famille; comme il arrive lorsqu'en prenant trop d'aliments , on porte un préjudice notable à sa santé ; ou qu'à raison des dépenses extraordinaires que Ton fait, on se met dans l'impossibilité de pa\ er ses dettes ; ou qu'en buvant et mangeant avec excès, on se rend incapable de travailler et de renq)lir les devoirs de sa profession, ce qui est cause qu'on ne peut entretenir sa famille , et qu'on laisse souffrir son épouse et ses enfants , ce qui n'arrive que trop fréquemment. En cinquième lieu,lorsqu'on prend du vin jusqu'à s'enivrer. Dans tous ces cas, il est indubitable que l'on pècbe mortellement. Toutes les fois que ces circonstances ne se présentent pas, et que l'excès dans lequel on tombe n'est que léger, le péché est seulement véniel. Mais que ces péchés véniels de gourmandise se commettent facilement, et qu'U est rare que l'on prenne ses repas sans s'en rendre coupable ! Vous vous étonnez de ce langage ; mais je ne vous dis rien que saint Augustin n'ait déjà dit longtemps avant moi. III. Ce grand Saint s'adressant à Dieu dans ses, Confessions, lui dit: Vous m'avez appris, Seigneur, à prendre ma nouriilure, comme on prend un remède : Hoc me docaid}, ut qaemadinodum medicauienta^ sic alimenta sumplurus accedam. Mais ne pouvant passer de la faim à la satiété sans quelque délectation et sans quelque plaisir , ce plaisir me tend des filets et des embûches. Car, bien que je ne doive boire et manger que pour maintenir ma santé et mes forces, il se présente, et voulant dominer, il demande que cette action se fasse principalement pour lui, et non pas uniquement pour le soutien du corps; d'où il arrive que ce qui serait suffisant pour la santé ne l'est pa^ pour le plaisir , mais qu'il exige au-delà du nécessaire pour être satisfait. Et ne pouvant distinguer bien souvent si je mange par besoin, ou si c'est lui qui me séduit et m'excite à cette action, mon àme est si misérable , qu'elle se plait dans cette incertitude, qu'elle aime à ne pas connaître exactement les bornes de la nécessité, afin de pouvoir satisfaire celle déleclalion, sous prélexle de nécessité. Que dois-je donc faire, sinon de mettre un frein à la sensualité, pour ne pas dépasser les limites du besoin? Mais, ù mon Dieu, qui esl celui qui ne les franchit pas ? S'il en est un seul, celui-là est déjà parlait.

Mais , hélas! ce n'est pas moi qui le suis cet homme pariait, puisque je ne suis qu'un pécheur,

IV. Ainsi parlait saint Augustin dans ses Confessions. Or, si ce grand Saint craignait si fortement de tomber dans quelque intempérance dans le boire et dans le manger, lui qui, après sa conversion, mena une vie si pénitente, si sobre et si réglée; si, en celte matière, il avoue qu'il est un pécheur, que devronsnous dire, nous qui sommes si éloignés de vivre avec les mêmes précautions , et qui sommes bien plus coupables que lui? La gourmandise , comme je l'ai dit plus haut, est un ennemi contre lequel nous avons à combaltre chaque jour , puisque chaque jour nous avons besoin de boire et de manger. Oh, combien de fois nous nous laissons emporter au-delà de la nécessité, en mangeant pour satisfaire le plaisir que l'on trouve dans celte action! Pour n'être pas vaincus dans ces circonstances , voulez-vous savoir ce que faisaient les Saints ? S'ils avaient à prendre quelque nourriture qui leur parût trop délicate, ils la rendaient amère ou insipide, en l'assaisonnant avec de l'eau ou de la cendre. Si nous ne sommes ni assez vertueux, ni assez parfaits pour imiter en cela les Saints, prions au moins le Seigneur qu'il nous assiste par sa grâce, afin que dans une action si basse et si vile , puisqu'elle nous est commune avec les animaux , nous ayons soin de prendre la nécessité pour notre règle , rapportant le tout à sa plus grande gloire , selon l'enseignement de l'Apôtre (/. Cor. 10. 31) : Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou que vous fassiez tout autre cliose, que ce soit pour la plus grande gloire de Dieu. îNous suivrons cet avis, alors que nous ne prendrons de la nourriture que pour conserver notre santé et notre vie, et non pour contenter la sensuaUté.

V. En combien de manières peut-on se rendre coupable du péché de gourmandise ? Saint Grégoire, saint Thomas et les théologiens en comptent cinq, renfermées dans ce vers lathi :

Praeproperè , tanlè, nimis , ardenler, sludiosè.

La première, lorsqu'on boit, ou qu:^ l'on mange avant le temps, ou bien hors les heures des repas; la seconde, lorsqu'on recherche des nourritures trop délicates , eu égard au besoin et à sa condition ; la troisième, lorsqu'on enprendaudelà du nécessaire; la quatrième, lorsqu'on mange avec trop de voracité ; la cinquième, lorsqu'on met trop de soin et de délicatesse dans le choix et l'apprél des nourritures. Les pre-

niiers qui pèchenl par gourmandise >ont donc ceux qui mangent avant le temps, qui n'attendent point l'iieure des rei)as, cjui mangent même sans éprouver aucun J)esoin. El combien ne s'en trouve-t-il pas de ces hommes , qui semblent n'avoir d'autre Dieu que leur ventre, comme dit l'Apùtre, et dont la première pensée et le premier soin, à leur réveil, est de mander et de s'occuper des mets qui composeront leurs repas durant la journée. En second lieu , ceux-là pèchent par gourinan<lise qui , non contents d'une nourriture ordinaire, et telle quelle convient à leur condition, ou qui serait suftisanle pour .satisfaire le besoin , sont toujours à la recherche des vins les plus délicats, et des mets les plus rares. Us font pour cela des dépenses excessives, bien au-dessus de leurs moyens, et ils ne lardent pas être réduits à la dernière indigence. C'est ce qui arrive surtout aux ouvriers et aux artisans qui , pour contenter leur gourmandise, veulent toujours se faire servir ce qu'il y a de meilleur, et consument dans un seul repas tous les fruits de leurs travaux et tout le gain d'une semaine entière , sans s'inquiéter si leur épouse et leurs enfants pleurent , s'ils endurent les rigueurs de la faim et du froid, et s'ils sont privés du plus strict nécessaire.

VI. Troisièmement, l'on pèche par gourmandise, en buvant et en mangeant avec excès et au-delà du besoin. L'intention de Dieu est que l'homme use des aliments et de la boisson pour maintenir sa santé et ses forces; mais il en est qui , après avoir satisfait abondamment aux besoins du corps , ne sont jamais contents ; ils boivent et mangent sans nécessité,ils croient n'être au monde que pour ce double but. Quatrièmcmenl, on se rend coupable du péché de gourmandise.lorsqu'au lieu de prendre la réfection i)aisiblemenl,trantiuillcment,comme on le devrait, on se jette sur les vivres avec plus d'avidité et de voracité que ne feraient les animaux les plus sauvages. Ou ne peut rien voir de plus indigne , non-seulement d'un chrétien, mais même d'un homme raisonnable. Enfin, l'on pèche en celte matière, lorsqu'on met trop de soin et d'application dan^ le choix et l'apprêt des nourritures. On voit des hommes dont toute l'altenlion se porte à satisfaire leur goût, à se procurer du plaisir dans le boire et dans le manger ; aussi toute leur sollicitude est de chercher de nouvelles manières de préparer les aliments pour exciter davantage l'appétit. C'est l'unique objet de leurs pensées et de leurs conversations.

Vil. ÎSe croyez pas , Chrétiens , qu'en vous parlant de la gourmandise, et des diverses manières dont on commet ce pê-

srR LF. rtciin. 143

t:hê, je n'aie d'autre des<eiiî que de vous donner' une cunuaissance juirenient stérile de ce vice. Mon intention, en vous exposant la grandeur de ce mal, est de vous faire concevoir toute riiorreur qu'il mérite, afin que vous employiez tous les moyens possibles pour vous en préserver. Et pour atteindre ce but d'une manière plus efticace, je veux me servir d'une supposition. S"il arrivait dans votre haineau ou dans votre cilé une personne qui ne cherchât ([u'à vous dépouiller de tous vos biens, et à vous réduire à la dernière indigence; qui travaillât à vous faire perdre la bonne réputation dont vous jouissez auprès de tous, et à vous couvrir de déshonneur et d'infamie; qui, en secret ou bien ouvertement, vous dressât des eml>ùthes pour vous ôter la vie ; qui enfin, pour comble de sa peilldie, essayât de vous ravir la fui et la qualité d'enfant de Dieu, alin depouNoir vous entraîner dans l'enfer -.quel accueil fel'iez-vous à cet ennemi cruel ? Le laisseriez-vous vivre paisiblement auprès de vous ? \ ous l'auriez en horreur , et vous prendi'icz les moyens les plus prompts pour le chasser el le faire disparaître.

\ lII.Lhbien, mes Frères,voilà précisément la manière ddut vous devez délesii'P le vice de rinlempéi-ance. elles suins(iue vous devez prendre pour l'éloigner de vous, parce qu'il renferme en lui-même tous ces genres de perfidie que je viens d'éiiumérer. D'abord, il cherche à vous dépouiller de vos biens. Donnez-moi un homme qui soit su, et à ce vice , el vous verrez que, pour contenter sou ventre , il aura bientôt dissipé tous les biens que ses ancêtres lui avaient laissés, etdoniracqui^ition leur avait coûté tant de travaux et tant de peines. Dès que cette passion s'est emparée de lui, il n'y a plus de patrimoines, quelque étendus qu'ils soient, qui puissent suflire à son intempérance. D'oîi il arrive qu'il ne tarde pas à tomber dans la misère. Et qui a réduit à la pauvreté tant de maisons autrefois si riches et qui nageaient au soin de l'abondance, sinon les excès dans le boire et dans le manger? Oue si la gourmandise vient à bout de ruiner les maisons les plus à leur aise, que sera-ce de tant de pauvres ouvriers el artisans ! à(juel!es extrémités ce vice ne les conduit-il pas, et à combien de jeûnes forcés ne les condamne-t-il pas, ainsi que leurs fenmiesel leurs enfants?

i\. Si nous voulons parler en second lieu delà répulalioii que l'homme d^iil estimer bien phn qm; l'argent el les riciiesses, oh, que la gourmandise la fait bic-ivi'.e i»or(l!';' à ceuxq-ii j^e rondeni hv- « -■ laves tW celle li.H-iwul l>é.> (l'.i'un huumie

loO XV. INSTRUCTION

o^t adonné à ce vice, il n'est plus recherche comme un homme d'honneur ; il déchoit même de sa qualité d'être raisonnable, puisque celle habitude le met au rang des animaux , et le lait devenir semblable à eux illomo, cùm in honore esset, non inlel- Icxil , coniparalus est jumentis insipientibus , et similis factiis est illis. Quelle est , en effet, Toccupation des animaux? c'est de boire, de manger et de dormir, et puis, de se remettre à boire, à manger et à dormir. Or, telle est la vie que mène celui qui est sujet à la gourmandise, sans jamais s'élever à des occupations plus nobles et plus dignes d'un être raisonnable. S'il fait usage de sa raison, ce n'est que pour étudier de nouveaux raffinements pour exciter l'appétit , afin d'éprouver un plaisir plus sensible dans le boire et le manger. Quel avilissement pour un homme doué d'un esprit semblable à celui des anges, et fait pour se nourrir des pensées et des choses les plus élevées et les plus sublimes, que de s'abaisser aux actions les plus brutales, et de ne chercher qu'à se gorger, hors de toute mesure , d'aliments, échangeant ainsi sa dignité d'homme contre la vile condition delà hèle, selon l'expression de saint Clément d'A- Icxnndrie : .4 se migrât, et ab homine transit ad bestiam (lib.2.c. 3). Bien plus, les saints Pères, comme nous le verrons enpai- ]ant de l'ivrognerie, mettent l'homme intempérant au-dessous même des animaux qui , lorsqu'ils ont bu ou mangé suffisamment, ne veulent plus boire ni manger davantage, au lieu que l'homme intempérant, poussé parla sensuahté, continue lorsqu'il est déjà rempli devin et de nourriture.

X. Il est vrai cependant que celui qui est sujet à la gourmandise ne lient pas ordinairement beaucoup à l'honneur, et que l'infamie dont ce vice le couvre ne lui fait pas une grande impression. Mais ce que l'on ne peut concevoir, c'est qu'il ait si peu à cœur la conservation de sa santé que cette passion altère, et de sa vie qu'elle abrège; c'est la chose à laquelle les hommes, et spécialement les hommes charnels et mondains tiennent le plus, llspréfèrentrune et l'autre à tous les autres biens dans l'ordre de la nature, et souvent même à tous les biens de de la grâce ; et pour leur conservation, ils emploient tous les moyens, ils consententà prendre les remèdes les plus amers et les plus dliiiciles. 11 est cependant hors de doute qu'il n'y a pas une chose qui abrège plus la vie, cl qui détruise plus la santé que les excès dans le boire et dans le manger. De là , comme d'une source empoisonnée , naissent les maladies les plus longues elles plus violentes. Celle passion ruine les complexions les plus loi les, les tempéraments les plus robuste:-.

SIR LE PÉC!Il5. 151

C'est elle qui occasionne tant de morts imprévues, qui est cause que la plupart des ivrognes et des intempéraiits meurent saiss les sacrements dePEglisc qu'ils sont incapables et indignes de recevoir. Et si vous ne croyez pas à mes paroles , interrogez les médecins les plus célèbres dont nous avons encore les ouvrages, et ilsvous (liront que les infirmités les plus graves naissent de lïntempérancedans le boire et dans le manger. De là viennent les plénitudes d'estomac,les indigestions pour la guérison desquelles on ne connaît de remèdes plus saialaires que l'abstinence et la sobriété. Consultez un écrivain célèbre de Venise, Louis Cornaro, il vous apprendra, dans un beau Traité qu'il nous a laissé de la vie sobre, et par son propre exemple , qu'ayant vécubabiiuellement dans rinteaipérance jusqu'à l'âge de trente-cinq ans, il fut toujours jusque-là dans un état, de faiblesse et de maladie ; mais, qu'ayant ensuite embrassé un genre de vie plus réglée et plus sobre, il vit son tempéramenfc se fortifier, et mourut âgé de quatre-vingt-quinze ans , après avoir passé les soixante dernières années de sa vie dans une parfaite santé, et sans souflrir aucune douleur.

XI. Mais pour nous convaincre de cette vérité, que l'intempérance ruine la santé et abrège la vie, il n'est pas nécessaire de consulter les médecins du corps et les auteurs profanes. Interrogeons les médecins del'àme, c'est-à-dire les saints Pères, et , fondés sur les oracles infaillibles de TEsprit-Saint , ils nous diront tous d'une voix unanime que ce vice est la cause de la plupart de nos maladies , et que la gourmandise fait mourir plus d'hommes que l'épée. Ne désirez pas , ne recherchez pas les grands festins , dit le Saint-Esprit {Eccli. 37. V. 33. 34 ) ; car l'infirmité se cache sous la diversité des nourritures : In iniiliis eniviescis eril infirmUas. La gourmandise en fait périr un grand nombre ; mais celui qui est sobre et tempérant prolongera ses jours : Propler crapulani vniili obierunl, qui autem abslineiis est, adjiciet vilcmu Demandez aux anciens anachorètes quel secret ils avaient trouvé, et quel genre dévie ils menaient pour tenir la mort éloignée, et pour prolonger leur vie jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans, et même au-delà d'un siècle. Ils vous répondront que le seul moyen qu'ils employaient était l'abstinence et la sobriété. Tandis que de nos jours, avec tant d'inventions ingénieuses pour contenter ses goûts par la grande diversité de nourritures, les hommes n'r.irivent pas à la moitié de cet âge : Propter crapulam , etc. En vérité c'est une chose bien étrange , que si la crainte de Dieu et l'amour de la vertu ne peuvent empêcher à l'homme de se

tti2 XV. iNsrni'CTiON

livrera ces excès dans le boh-e cl dans lo luan.mr, il ne soit

|)as relenii du moins par l'amour de la sanlé et de la vie.

\1I. Ce sérail peu de chose si la gourmandise n'enlevait à riiomme que ses richesses , sa sanlé el sa vie , puisque a|)rès tout, ce sont là des biens qu'il doit quitter tôt ou tard. Mais ce <}ui est bien plus propre à nous en inspirer de l'horreur , c'est qu'elle fail perdre à l'âme la vie chrétienne, qu'elle la dépouille delà grâce, la rend esclave du démon et la rend digne de l'enfer. Vous avez déjà entendu avec quelle facilité on tombe dans ce péché, et les cas où il devient mortel ; mais je ne vous ai pas encore exposé tous les maux qu'il produit dans l'âme, (xviceestla source d'une iniinité d'autres qui tendent tous à • la ruine spirituelle du chrétien. Celui qui a le malheur d'y être sujet se livre ordinairement à une joie insensée, tout à fait indigne d'un disciple de Jésus-Chrisi ; il se permet volontiers ces plaisanteries si fortement condamnées par l'apôlre saint Paul, ces discours peu honnêtes, ces manières indécentes si contraires à l'esprit du christianisme. H contracte l'habitude de dire tout ce qui lui vieil! à la bouche, jusqu'à vouloir raisonner quelquefois sur les vérités les plus redoutables de notre sainte religion. Son esprit s'appesantit , sa raison se trouble ; il devient incapable de penser aux choses spirituelles, cl de travailler au salut de son âme. C'est la raison pour laquelle noire divin Rc- <!empleur recommande à ses disciples de se tenir éloignés de ce vice. Prenez donc garde à vous,leur dit-il , de crainte que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès des viandes et du vin, et par les soins de celte vie, et que la mort ne vienne vous surprendre au moment où vous y penserez le moins {Luc. 21. •Tf). C'est ce vice enfin qui occasionne tant de péchés contraires à la pureté; rien ne réveille autant cette passion qu' l'excès dans le boire et dans le manger : c'est alors , ditsaii.t Jérôme, que le feu de la volupté produit ses ravages : VeuUiescis repklus facile dcspinnalin libidincs. Et TertuUien va jusqu'à dire que ce serait une chose étrange de voir une personne sujette à l'impureté , sans qu'elle fût adonnée à la goui inandise : Monsh-ian est libido sine (jiila,

Xlll. En un mot, la gourmandise est la mère de tout péch. . die enfante tant de désordres, (jue, selon saint Thomas (2. -J. p. 148. art. 3 ) , elle tient le prender rang parmi tous les vices. C'est pourquoi, dit saint And)roise(M. de Ile!, cl. Jcjnmo), Dieu imposa à nos premiers p.arenis l'abstinence d'unfruil, parce qu'U savait que , s'i!^ se reiulaienl coupables du pécl.é <le eourmandise , tous les auircs enircraienl avec lui dans le

srn i,K pÉcm':. \o3

înoiide, elà Icui* suite la inorletrunivcrsalilô diit^ maux. Aussi qu'a fait le démou jaloux de leur félicité? Il les a portés à inangei' ce fruit défendu ; et pour s'être l'eudus coupables de celte gourmandise, ils furent chassés du paradis terrestre , dépouillés de la justice originelle, de la grâce et de l'immortalité; ils se sont attiré et nous onlalliré à nous-mêmes toutes les disgrâces qui nous affligent. V'oilà , selon l'observation da saint Bernard , le motif pour lequel le démon commença d'abord à tenter Jesus-Christ dans te désert par la gourmandise. Il cborcba, dit le Samt, à faire tomber notre divin Mailre dans ce péché principal, afin de s'ouvrir ainsi la voie, pour Tentrainer dans d'autres cnmes : Diabolus priniiluspav (julum Chnalum tenlavit , qua^i per januam alioriiin viliorum aditani quœ- . rerel ad ulicriora ( de Ferf. relig. 1. 3. c. 32). C'est donc par ee moyen que le Uemon est parvenu à introduire dans le monde toutes sortes d'ini.juilés.

XIV. C'est la gourmandise qui a rendu les hommes idolâtres , et qui les rend encore idolâtres de nos jours. 11 est dit, dans l'Exode (32;, que les Hébreux s'assirent dans le désert pour boire et pour manger , et qu'ensuite ils se levèrent poui" jouer et se diverlu' : Sedil populas mandncare cl bihere, cl stirrexenint luderc. Voulez-vous savoir quelles étaient ces sortes tlejeux? c'elaient, dit saint Panlfl. Cor. 10.7), des actes iVidolâtrie. Après ({u'ils eurent bu et mangé , ils se mirent à adorer le veau d'or, et à se divertir autour de cet idole , véiillant par avance cette parole de saint And)roise (Ub. 3. de Hef. i'tJcj. c. 12), (|ue comme la sobriété est la mère delà foi, ;nnsi l'intempérance est la mère de l'inlidélité. Mais, dites-vous, malgré nos excès dans le boire et dans le manger, nous conservons cependant notre foi et notre religion, nous adoronsle vrai Dieu et nous ne servons que lui seul. Ouol, vous êtes î^ujelsàla gourmandise, et vous dites que vous servez Jésus- Christ votre Dieu? non, vous servez voire ventre. Ce n'esf. pas moi qui parle , c'est saint Paul ( Piom. IG. 18): lluju^camodi eniin CJiri^U) Domino nostro non scniuni, sed suo vcnlri. Vous n'adorez pas le vrai Dieu , vous adorez votre ventre (|uî est une divinité ([ue vous vous êtes faite ; c'est votre ventre (jue vous cherchez à satisfaire : vos soins et vos occupations, n'ont pour but (juc de le rassasier; c'est à lui que vo.is avez consacré votre culte et vos alleclions. Vous auriez lieu devons olïenser de ce langage, s'il n'était pas tout entier de l'apolrc saint Paul. 11 y en a beaucoup, dit-il ; je vous en ai déjà pai-ic Dlusieurs lois, mai-, maintenant je vous le réi)ète les larmes aux

yeux, il y en a beaucoup qui sont les ennemis de la croix de Jésus-Christ, et qui se sont fait un dieu de leur ventre: 3hilti ambulant, qaos s(cpè dic('br(m vobis , nunc autem et flens dico, inimicos ci'ucis CJiristi... quorum Dcus venler est (Philipp. 3. 18. 19). Faul-il nous étonner maintenant, si Dieu punit avee tant de sévérité un crime si grave , qui est la source de tant d"aulres , et qui porte les intempérants jusqu'à celte démence dont parle TApùtre ? Les Hébreux qui , dans le désert , avaient désiré de manger de la viande, furent satisfaits; mais ils avaient encore cette nourriture dans la bouche , dit le Roi-Prophète, lorsque la colère de Dieu éclata sur eux, et fit mourir ceux qui s'en étaient le plus rassasiés : Adlmc escœ connu erani in ore ipsorum, el occidit pingucs eorum (Ps. 77. 30. 31 ).

XV. Mais si ce péché est si grave , quels sont les remèdes que nous devrons employer pour nous en préserver? Ces remèdes sont en grand nombre. Je vous indiquerai les principaux. Le premier et le plus efficace sera de pratiquer la vertu opposée, qui est la tempérance. Mais en quoi consiste cette tempérance ? consiste-t-elle à s'abstenir de toute nourriture et de toute boisson, ou à n'en prendre qu'en très-petite quantité? non , répond saint Augustin [de Morib. eccles. c. 2î ), parce que la boisson et la nourriture sont nécessaires à tous les hommes ; et les uns ayant besoin d'une plus grande quantité que, les autres, ils peuvent manger davantage sans pécher contrecette vertu. Elle ne consiste pas non plus dans la qualité des mets; car si nous ne les recherchons pas avec trop de soin ,► nous pouvons user de ceux que l'on nous présente, et dont les autres se nourrissent. Celte vertu consiste donc, dit le Saint, dans une certaine modération , par laquelle noire âme s'élevant au-dessus des sens , nous mangeons , el nous cessons de manger selon que le temps et la nécessité le demandent. Elle supporte paisiblement les privations, et dans l'abondance, elle use de toutes choses avec sobriété , et ne prend jamais que ce qui lui est nécessaire : en cela même elle ne cherche pas son plaisir et son goût , mais elle se propose de réparer ses forces. et de conserver sa vie , afin de pouvoir l'employer au service de Dieu.

XVI. Un autre remède puissant, c'est de considérer les austérités el les abstinences rigoureuses auxquelles se sont livrée les Saints, dont plusieurs avaient toujours conservé leur innocence, comme un saint Pierre d'Alcantara,un saint Louis de Gonzague. Si tant de Saints qui n'avaient contracté aucune .smi'lurc depuis k",!v ba})lè!ne , ou qui étaient bien moins cou-

srn LE rKCHÉ. 155

pables que nous, se privaient même du nécessaire, nous qui sommes des! grands pécheurs, nous ne nous en contenterons pas? nous voudrons encore aller au-delà? Considérons les abstinences elle long jeûne de Jésus-Christ, voyons-le sur la croix, abreuvé de fiel et de vinaigre : comment, après cela, oserons-nous encore chercher à satisfaire notre goût et notre sensualité? Réfléchissons en outre que ce corps qui veut être nourri avec tant de délicatesse, sera bientôt la proie de la mort et la pâture des vers. IN'oubiions jamais que, pour un plaisir d'un moment que nous procurerait ce vice, nous mériteriosis des peines éternelles. Et pourquoi le mauvais riche brùle-l-il dans l'enfer? Est-ce pour avoir commis des injustices, des adultères, des homicides? non, c'est pour avoir passé sa vie dans la bonne chère : Epulabatur quolidiè splendidè. L'Apôtre met ce vice au nombre de ceux qui excluent du ciel et rendent dignes de l'enfer. Afin d'éviter ce terrible châtiment , faisons donc tous nos efforts pour ne pas nous laisser dominer par celte passion. Usons de la nourriture et de la baLsafiw^^eç^eflftejit par nécessité, afin de conserver notre vie ef Ààr&và^«iè, de pouvoir louer Dieu et le bénir pendant qifà^jili plaira de nous laisser sur la terre , pour avoir ensuite {le^'feonhe.iif ^ le louer et >^^ de le bénir éternellement avec les Angjss'^t les S'aints^ausle ciel. ^ ^^

SEIZIEME INSTRUCT

De l'ivrognerie.

Ce n'est pas sans peine que je me suis délermme a vous parler de l'ivrognerie. Car, à quoi bon combattre un vice que l'on ne peut espérer de détruire ? Ne vous donnez pas la peine déparier, dit l'Esprit-Saint, lorsqu'on n'écoule pas vos paroles : Ubi aiulitus non est, non cfjnndas sermonem (Eccli. 32. 6). Vous tous qui m'entendez, vous êtes très-éloignés de cette habitude ; je ne pense pas qu'aucun de ceux cpii ont coutume de s'enivrer soient venus ici pour m'écouter ; et si toutefois il s'en trouve quelques-uns, je n'ose attendre qu'ils se convertiront. Ce vice est devenu commun parmi les artisans et les habitants des campagnes, et plaise à Dieu que ce ne soit pas le vice de plusieurs de ceux qui devraient en être leplus éloignés. îNon-seulement il est devenu commun, mais il est encore de •elle nature, que ceux qui oui le malheur d'y être sujets ne

s'en corrigent jamais, ou du moins (lès-raremenl. Les jeunes gens s'y livrent de bonne iieure, cl plus ils avancent en âge, plus ils s'enfoncent dans celle habiUulc criminelle. S'ils arrivent à la vieillesse, ce qui est très-rare, alors plus que jamais, on doit désespérer de leur conversion, parce qu'ils appellent le vin le lait des,vieillards, tandis qu'ils devraient l'appeler un poison, et ils le regardent comme leur étant si nécessaire, qu'ils ne peuvent plus s'en priver. D'où il arrive que tous, et principalement ceux qui meurent à la {leur de leur âge, quittent cette vie sans recevoir les Sacremcnls, dont ils sont indignes, ou s'ils les reçoivent, ils le font sans aucune des dispositions requises, et sans être sincèrement convertis, et se damnent misérablement. Faul-il donc <iue je garde le silence, puisque je ne dois attendre aucun fruit de celte instruction. Ah! ce que l'homme ne peut faire vous pouvez ropérer,Seigneur, parla force puissante et victorieuse de voire grâce. C'est vous-même (|ui mêliez voire parole sur les lèvres des ministres qui annoncent aux hommes les vérités du salut. Si, en traitant d'autres sujets, je vous ai prié de déposer celte divine parole sur mes lèvres, je vous en supplie spécialement en ce jour avec plus d'instance et d'humilité que jamais, alin que je puisse décrire le vice abominable de l'ivrognerie, et en faire concevoir à ceux qui m'enlendent toute Thorreur ({u'il mérite. J'entreprends donc de vous exposer l'énormilé de ce péché, et ses terribles conséquences ; après quoi je réfulerai les vains prétextes qu'apportent pour se justifier ceux qui y sont adonnés.

I. Avant devons parler de son énormité, je crois nécessaire de vous expliquer ce que l'on entend par ivrognerie, et les cas où elle devient un péché mortel. L'ivrognerie est un excès dans la boisson du vin, ou d'une autre Uqueur capable d'enivrer, qui enlève à l'homme l'usage de sa raison. Mais cet excès est-il toujoui's un péché mortel ? .le réponds qu'il peut y avoir des cas où l'on boit jusqu'à perdre la raison , sans cependant commettre un péché ; comme, par exemple, si une personne buvait du vin ou d'autre liqueur, sans savoir que ce vin ou cette liqueur sont capables d'enivrer. Ainsi, tous les saints Pères excusent Noé qui s'enivra en buvant du vin,sans <m connaître la force et la propriété. Celui qui boirait en quantité un peu considérable d'un vin qu'il estime très-léger et incapable de faire perdre la raison, et qui néanmoins linirail par s'enivrer, celui-là, dit saint Thomas, ne pécherait que véniellemeut, si cela n'arrivait (iue j)our la première fois, et s'i'

SUR LE PÉCHÉ. i67

était dans une parfaite ignorance de la vertu et de la qualité de ce vin. Mais celui qui, en buvant, connaît (ju'il dépasse les limites du besoin , et que le vni qu'il prend est capable d'enivrer, et qui cependant continue à boire, celui-là pèclieniorleilement. Et il n'est pas tuuiours nécessaire qu'il ait une volonté expresse de s'enivrer, il sulïit que cette volonté soif indirecte et interprétative. D*où il faut conclure que celui-là pécherait mortellement qui, a\ ant même formé la résolution de se préserver de Tivresse , se mettrait à boire , el boirait insensiblement jusqu'à ce qu'il eût perdu la raison. Il en faut dire autant de celui qui agirait de la même manière , tout en pensant qu'il court le danger de s'enivrer,

II. Cela supposé , vous comprenez facilement rénormité de ce crime, puisqu'il prive l'homme de son plus bel ornement, et du don le plus précieux qu'il ait reçu de son Créateur. Ouel est ce don et cet ornement? c'est la raison. C'est elle qui <iistingue l'homme des animaux, et qui , le rendant semblable aux Anges, fait par -là même sa plus grande gloire. 11 faut donc (jue l'homme .mette tous ses soins à la conserver dans toute son intégrité, et qu'il évite les excès qui pourraient tant soit peu l'altérer. Or, celui qui s'abandonne à l'ivrognerie ne consent pas seulement à ce que sa raison s'alfaiblisse , il consent en- <:ore à sa perte totale, conime une expérience trop funeste nous le démontre chaque jour. Il déchoit donc de la gloire et tie la prérogative d'homme raisonnable, et, selon Texpressioii des saints Pères , il se rend semblable à la brute , et ne se «lislingue plus d'elle en cet état. Qu'est-ce, en etïe(,qui distingue l'homme de la béte? c'est la raison seule. Mais l'homme ivre en est privé , et ne peut en faire aucun usage. Il n'agit plus selon ses lumières; car de même que, dans les ténèbres, nous n'apercevons pas lesravons du soleil, ainsi les vapeurs iluvin qui troublent le cerveau obscurcissent totalement les lumières de sa raison. L'homme dans l'ivresse n'a pas même l'usage libre de ses sens ni de ses mend)rcs, ce .qui n'arrive jamais aux animaux les jibis immondes. Quelle ignominie pour MU homme raisonnable, (]ue de se réduire à un état tel, que l'on n'aperçoive plus de dilïêrence entre lui et la bêle '

III. Saint Augustin el saint .leaii Chrvs ostôme portent l'opprobre et la confusion des ivrognes plus loin encore, les mettant même au-dessous des animaux qui, lorsqu'ds boivent ou (ju'ils mangent, dit saint .Icm Chrvsostùme, ne prennent que la (juariiiîé siUli^anlc, selon l-zur br-^oni. au lieu ([ue l'homme pa^se loiiii- liîcsurc , et \i; ju^|i!■à l'excès. N'e.>l-ce pas une

honte pour la nature humaine, que celui à qui Dieu a donné lui empire absolu sur ces animaux se place dans un degré inférieur à eux ? que l'esclave devienne maitre , et le mailre esclave? Saint Jean Cliiysostôme avait donc bien raison d'appeler Tivrognerie l'opprobre de tout le genre humain : Opprobrium totius generis himumi , puisque par un renversement d'ordre le plus étrange, elle met la bête au-dessus de l'homme. Si vous avez peine à le croire , dit saint Augustin, assurez-vous par l'expérience. Lorsque vous conduisez des animaux pour les faire boire, et qu'ils ont étanché leur soif, essayez de les. faire boire de nouveau. Vous pourrez les exciter, les presser, les stimuler, user de tous les moyens; voselYorts seront inutiles. 11 n'y a donc que Thomine , qui après avoir bu autant que son besoin le demande , à la première invitation qui lui en est faite, ou sans être invité , se remet à boire, et de plus jusqu'à l'excès, se rendant ainsi pire que les animaux. Comme l' Esprit-Saint envoie le paresseux à la fourmi pour apprendre d'elle la prudence (P/ov. 6. 6), il faudra donc envoyer aussi les ivrognes aux animaux, pour apprendre d'eux la tempérance. Les ivrognes , conclut saint Augustin , sont donc au-dessous des bêles : Ergo ebriosi pejoyes animalibus siint judicandi ( Serni. 231). Et un homme raisonnable pourrait encore, sans rougir de honte , se livrer à des excès qui étouffent son intelligence et le rendent inférieur aux animaux?

IV. Mais il y a plus : l'ivrognerie étant contraire à la raison, devient par-là même contraire à la loi de Dieu. Puisque Dieu nous a donné la raison pour guide , toutes les fois que nous agissons contre elle, nous péchons contre sa loi. Ayant donc montré que l'ivrognerie est contraire à la raison , il reste prouvé «lu'elle déplaît à Dieu, et qu'elle est opposée à sa loi sainte. Mais il nous a manifesté plus clairement ses inlenlions. Savezxous pourquoi Dieu a créé le vin? C'est, dit l'Ksprit-Saint luimême, alln que cette liqueur , prise avec modération, procurât de la joie à l'homme, et non pas atin qu'il en abusât jusqu'à s'enivrer: Vimim in jucundilutem creatum est, et non inebrictatem, ab inilio {Eccli . 31. 35). Le vin est un don de Dieu, il faut en user selon ses intentions. Mais celui qui en boit jusqu'à l'excès abuse des bienfai-sde Dieu, et s'en sert d'une manière tout opposée à ses desseins.

V. Jésus-Christ nous fait mieux connaître encore combien ce vice est opposé à la volonté de Dieu son Père , dans la description (ju'il nous a laissée d'un méchant serviteur. Celui-ci îivnDt été commis à la awvûe de i:i maison, elclin;£îé de veiller

SLT. LE ri:<:iiÉ. 159

sans cesse, en aUendant rarrivée de son maître (lue. 12. 45), se dit à lui-iiiéme : Mon maître ne viendra pas sitôt, et il se mit à battre les autres serviteurs, à manger, à boire et à s'enivrer (Muiili. 24. 48). Mais qu'arriva-t-il? au jour et à riieure où il .s'y attendait le moins, le maitre se présenta àla porte, et condamna son serviteur infidèle aux châtiments qu'il avait mérités. Chrétiens, s'il en est ici qui soient sujets à la passion de boire, n'est-ce pas là une vive image de votre conduite? >Jous sommes-tous placés sur la terre, pour veiller, pour nous préparer à la mort et à la venue de Jésus-Christ qui , à ce mo- ■ ment, nous demandera un compte rigoureux de nos pensées et de nos œuvres. Mais comment vous préparez-vous à la mort et à la venue de Jésus-Christ? à quoi vous occupez-vous? à manger , à boire, à vous enivrer. Vous êtes donc semblable à ce méchant serviteur dont parle notre divin ?ïlaitre, et vous l)artagerez le sort de ce malheureux dont il est parlé dans l'Evangile. Au jour et à l'heure où vous y penserez le moins , vous serez surpris par la mort : Jésus-Christ viendra vous demander conijjte de la vie brutale que vous aurez menée, et il vous condamnera aux supplices éternels avec les adultères, les hypociites et les infidèles. Alors vous payerez bien cher les plaisirs que vous aurez voulu goûter en buvant avec excès, en vous enivrant. Oh Dieu ! quels regrets, quels chagrins î mais ces regrets et ces chagrins seront inutiles. Alors enfin vous connaîtrez parfaitement, mais trop lard , l'énormité du crime de l'ivrognerie.

VI. Rien cependant ne peut mieux nous convaincre de la i^rièveté de ce crime, que les témoignages des saintes Ecritures t't des saints Pères, qui mettent l'ivrognerie au nombre des péchés les plus énormes. Lorsque saint Paul énumère les pé- < liés les plus graves , qui excluent éternellement du royaume «!e Dieu, il parle expressément de l'ivrognerie, et proleste que roux qui y sont sujets n'entreront jamais dans le ciel. Nevous trompez pas, dit le sahit Apôtre (/. Cor. 9. 10), ni les fornica- (v'urs, niles adultères, ni les ivrognes , ni les médisants , ni les voleurs, ni les avares ne posséderont le royaume de Dieu : iVeque uJidleri , neque fornicarii.^ neque ebriosi... rerjnum Dei possidehunt. L'ivfognerie est donc placée parmi les péchés les l)lus énormes, tels que les adultères, les fornications et le vol^ et elle exclut du ciel ceux qui s'y adonnent. Le même Apôtre {Roin.\3. 12), parlant des œuvres de ténèbres auxquelles tou? chrétien doit renoncer, y met l'ivrognerie. Abandonnons les œuvres de ténèbres : Ahjieiaiuu^ opcra uncbrantm. Et ces œ??-

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vres (le ténèbres sont les impudicités et rivroguerie. Et dans son cpitre aux Galates (o. 19;, il les nomme les œuvres de la chair ; mais l'ivrognerie n'y est jamais passée sous silence. Il est facile, dit-il , de reconnaître les œuvres de la chair, qui sont les adultères, les fornications, les homicides et Tivrognel'ie. La voilà doue i>lacée sur le même rang que l'tiomicide. Voyons maintenant comment les saints Pères appellent ce vice, ils l'appellent un démon volontaire. L'ivrognerie, disent-ils, est la mère deTiniquité. Elle est, dit saint Basile, l'ennemie des vertus. Saint.Iean ('hrvsostùme assure qu'on ne peut rien trouver de plus odienx, et qu'elle est l'ignominie du genre humain. Saint Augustin dit (pie tout ivrogne qui ne se corrige pas, et qui ne fait pas pénitence de son péclié, périra éternellement. Quel est donc celui qui \oudrait persévérer dans l'habitude d'un ^ice opposé à la raison, contraire à la loi de Dieu, qui exclut du ciel et rend digne de l'enfer?

Vil. Si tout chrétien est obligé de fuir ce vice à cause de son énormité , il n'y est pas moins tenu à raison des conséquences terribles qu'il entraine à sa suite. Saint Jean Chrysoslùme, après avoir apjielé l'ivrognerie l'origne de toutes sortes de vices , la compare a un étang fangeux , qui renferme des eaux pestil'inlielles. Comme dans ces eaux s'engendrent des serpents et d'autres bétes venimeuses que l'on n'ose pas nommer , ainsi dans les ivrognes s'engendrent tous les vices les plus abominables, qui sont les funestes conséquences de ce péché, et qui, si elles étaient bien considérées, seraient un motif suflisant pour détourner l'homme de ce crime, et le porter à le fuir. De ces tristes conséquences je vous exposerai les principales. La première est que, pour l'ordinaire, l'ivrognerie, cause des vols et des injustices. Celui qui a l'habitude do boire veut à tout prix satislaire sa passion. Si ce sont des enfants de famille, à qui le père ne fournisse pas de l'argent en abondance; ou bien, si ce sont des ouviiers, ou des serviteui< dont le salaire soit peu considérable , il faut que les biens du père ou du maitre deviennent responsables des dépenses occasionnées |)ar l'ivrognerie de ces enfants ou de ces serviteurs. Mais, dira cet artisan , je ne dérobe point ; je ne dépense que ce (pie j'ai gagné moi-même. Je réponds que vous dérobez : et à qui? à votre famille, à votre épouse, à vos enfants, (ji»i n'ont point d'habits pour se couvrir, et (pii, manquant du strict nécessaire, languissent de misère, tandis que vous consumez, pour satisfaire votre passion, un bien qui est le leur propre. Le mauvais exenijile que les ivrognes donnent à leurs eu-

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fanls est une autre conséquence de ce vice. Que pourronl-ils leur apprendre, ces pères ivrognes? leur enseigiieronl-ils !;i loi de Dieu, les vérités de la religion? ils les ignorent en\nièmes;ils ne parlent jamais des choses qui regardent i'ieu et le bien de leur ànie. Les conduiront-ils à l'église, aux caléchismes , aux inslrnclions? ils ne connaissent ({"aulrc cheiniu que celui qui conduit dans les maisons où ils ont conkifiic de s'enivrer. Est-ce ainsi, pères indigne^ du nom (jue voiis port;-/,, que vous remplissez l'étroite obligation d'instruire vosenlantN par vos paroles et vos bons exemples?

VIII. La désunionétla discorde sont la troisième conséquence de l'ivrognerie. Le mari est dans les auberges, et là ilemnloic cet argent, qui devrait servir à rentretien de la famille. La ICihme se plaint avec raison, elle s'élève contre son époux , et lui l'ait des reproches amers. Mais le mari ciiii, en d'autres lemp-^, n'a pas beaucoup de raison, et qui en ce moment a perdu le peu qu'il eu avait, se trouvant échaullé par le vin, écoute aveiimpatience, se met en fureur, crie et frappe son épouse. Infortunée, chargée d'enfants, environnée de toute part de misères et de besoins , se voir encore maltraitée par un mari (pii devrait être son défenseur et son soutien ! quelle dure condition ! ah, je compatis à vos maux! Je vous entends vous échapper en plaintes et en reproches ; mais ce n'est'pas le moment. Lorsque des maris sont pris devin, ce sont des animaux, comme vous le savez; ils n'ont pas l'usage de la raison. Fautil donc vous livrer au désespoir ? bien moins encore : ce serait perdre votre àme et votre corps. Voulez-vous savoir ce que vous devez faire? si vous avez des observations à leur adresser, faites-le avec toute la douceur possible; mais seulement lorsqu'ils auront digéré le vin. En alleiulant, priez Dieu avec ferveur et humilité, atin que, parla force de sa grâce, il couverlisse ceux (jui ont le malheur d'élre dominés par cette habitude criminelle : taisez-vous , et supportez tout en patience. Mais n'est-ce pas là un martyre continuel? Oui, je l'avoue; et si vous avez soin de le soulïrir avec l'ésignation et pour l'amour de Dieu, vous recevrez assurément votre récompense dans le ciel, avec les autres saints Marlvrs. Mais avançons.

1\. La quatrième conséquence de l'iNrognerie est la profanation des dimanches el des félcs. 0 jours sacrés, vous n'êtes plus pour ces amateurs passionnés du vin les jours du Seigneur ; vous êtes les jours du dém^Mi ; vous n'êtes plus des jours destinés aux œuvres de piélé, à la fréquenlalion desSarrcmenls et aux autres eveifices spirii;i;'ls : \ ous •}[;'< des jours

d'ivrognerie et de désordres. Dieu, en se réservant ces jours, veut que les chrétiens les sanctilient , c'est-à-dire qu'ils les emploient à lui rendre l'honneur et le culte qui lui sont dus ; et vous, vous les profanez par vos excès et vos dissolutions. L'intention de Dieu est que vous les passiez en bonne partie à le prier dans ses temples, et vous, vous les passez à provoquer son indignation contre vous. Il veut que l'église, qui est appelée dans les saintes Ecritures et par les saints Pères la maison de Dieu , soit aussi votre maison les jours de fêtes et de dimanches; et ces jours-là principalement, vous choisissez pour vos maisons celles que l'on doit ap])eler les maisons du démon.

X. Les jurements, les parjures, les blasphèmes et les discours les plus honteux et les plus obscènes sont une autre conséquence de ce vice. Et n'est-ce pas de ces bouches sacrilèges, encore toutes dégoûtantes de vin , que le saint nom de Dieu, ce nom sacré et redoutable , que les Anges et les Saints ne cessent de louer et de bénir dans le ciel, a reçu et reçoit chaque jour le plus d'outrages et de mépris? n'est-ce pas l'habitude des ivrognes de proférer à chaque instant et partout où ils se trouvent, les jurements et les blasphèmes les plus horribles? Pour ce qui est des discours déshonnétes, ils ne savent pas en tenir d'autres. La bouche parle de l'abondance du cœur, dit Jésus-Christ : Exnbundantia enimcordis os loquilur (\ialth. 12. 34). Leur cœur est plein d'impudicilé, leur langue ne sait parler que d'impudicitè. Ce serait un miracle , comme nous l'avons dit ailleurs avec les saints Pères, de voir un homme chaste , qui serait sujet à l'ivrognerie. Le vin, dit le Saint-Esprit, est «ne chose qui renferme l'impureté : Luxuriosa res vinum (Prov. 20). Saint Paul nous dit aussi : Gardez-vous de vous enivrer, car dans le vin se trouve la luxure : Noliie inebriari vino, in quo est luxnria (Eph. o. 18). De même qu'en jetant de l'huile sur le feu, on l'excite davantage, ainsi, dit saint Jérôme, le vin qui entre dans le corps humain allume le feu des passions. L'impureté dans les paroles et dans les actions est donc une sixième conséquence du vice dont je vous parle aujourd'hui. Les ivrognes ne s'arrêtent pas là. S'étanl fait un dieu de leui' ventre, osnme le dit l'apùlre saint Paul, ils vont quel(]iiefois, dans leurs discours. Jusqu'à mellrc en doule les vérités les plus saintes de la religion. Ecoutez sur ce sujet le récit d'un lait terrible que raconte un auteur respectable, il Canlipratense (Jih.'2. ApiDii. cap.oG).

IL Certains marchands s? trouvaient dans une holeliCric,

SUR LE PÉcnii. 1G1

où ils passaieutleur temps à boire et à manger. Echauffés par ie vin, ils se mirent à discourir de différentes clioses, et passant de l'une à l'autre, ils en vinrent à se demander ce qu'il en serait de l'àme après cette vie. Alors un des plus impies dit aux autres : Pour moi, je pense que nous sommes trompés par les prêtres, lorsqu'ils veulent nous donner à entendre que les âmes vivent dans un autre monde après la mort. Je le crois si peu, que je vendrais la mienne pour une mesure devin; el, en même temps, il sollicitait ses compagnons à l'acheter, puir qu'il la leur donnait à si bas prix. Tous se mettent à rire aux éclats en entendant cette impiété et ce blasphème. Au mèniv' instant se présente un homme d'une taille élevée, ayant l'air d'un marchand; il se met à table avec eux, et leur demande ce qu'ils disent de si beau et de si agréable, qui leur cause tant de joie, rsous parlons des âmes, répond l'impie ; je suis disposé à vendre la mienne pour une mesure de vin, et je ne trouve personne qui veuille l'acbeter. Très-bien, dit le marchand, je l'achèterai ; apportez du vin autant qu'on en demandera, je le payerai. On en apporte, on continue à boire et à , se divertir, et le vendeur plus que les autres. Le soir étant venu, le marchand, qui était un démon revêtu d'un corps humain, par la permission de Dieu, leur dit : 11 est temps que chacun se retire ; mais auparavant j'ai un doute à vous proposer. Si quelqu'un achetait un cheval , son licol n'appartiendrait-il pas à l'acheteur? Tous répondirent aflirmalivement ; et alors le vendeur impie commença à trembler et à pâlir. Kli bien, dit le démon, puisque j'ai acheté l'âme de celui-ci , son corps auquel elle est liée m'appartient donc aussi. En prononçant ces paroles, il l'enleva et l'emporta avec lui dans l'enfer. XII. Voilà la fin des ivrognes. Je sais que tous ne sont pas assez impies pour douter et se railler des vérités de notre sainte religion ; néanmoins, l'enfer et la damnation éternelle sont la dernière et la plus funeste conséquence de l'ivrognerie. Saint Augustin nomme ce vice le puits de l'enfer: il est très-, (iihicile, ajoute-t-il, que celui qui a eu le malheur de tomber liansTabime de ce vice puisse jamais s'en retirer. En effets il y a très-peu d'ivrognes qui fassent une pénitence proportionnée aux excès auxquels ils se sont livrés. Saint Basile et saint Jean Chrysostùme disent que ces malheureux sont possédés du démon; mais que se trouvant réduits à cet état par leur faute, et par un effet de leur volonté, il est rare qu'ils s'en délivrent, 11 n'est que trop vrai que les hommes adonné? à cette passion de boire ne se corrigent el ne se convertissent ■

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presque jamais. Us promettent à leur confesseur de changer de vie; mais leurs promesses restent sans effet, et, persévérant dans leur habitude, la mort vient les surprendre dans l'inimitié de Dieu, et ils tombent de suite dans l'enfer. Combien qui, dans leurs maladies.proraettenl de s'abstenir du vin, et qui à peine rétablis en santé, retombent dans leurs premiers désordres ! Et que d'exemples on pourrait apporter en conliiinalion de ce que j'avance. Mais une triste expérience le prou\i' îuieux encore que ne feraient les exemples. Gardez-vous don:-, €!irétiens,de vous engager dans un vice si grave en lui-méinc, ci dont les conséquences sont si funestes et si terribles.

XHI. Oui croirait que ce vice, si affreux dans sa nature et dans ses suites, trouve cependant des prétextes dont il cherche à se couvrir?. le toucherai en passant quelques-uns de <es prétextes. 11 est vrai, disent les uns, que nous prenons du vin au-delà dunécessaire, mais cela arrive ordinairement parce que nos amis nous conduisent dans les auberges, et nous in\ lient à boire. Et par cette excuse si faible vous croyez donc vous justilier? quoi, parce qu'ils vous invitent, s'ensuitil que pouvez offenser Dieu, et boire jusqu'à l'excès? Il vous le défend ; à qui devez-vous obéir de préférence ? à lui ou aux hommes? l/ailleurs, dites-moi en grâce, si vos amis vous engageaient à vous jeter dans une fournaise ardente, ou dans un précipice, préleriez-vous l'oreille à de semblables sollicUa- (ions? Non, sans doute, parce qu'il s'agirait de votre corps et de votre vie temporelle ; et vous vous rendriez à leurs désirs lorsqu'd s'agit de commettre un j)éché mortel, et de précipiter votre àme dans la fournaise de l'enfer? Mais ce sont des amis qui nous pressent î Dites plutôt que ce sont vos ennemis les plus cruels, que ce sont autant de démons, puisqu'ils veulent vous faire perdre la chose la plus précieuse, qui est votre àme.

XI V. Mais nous avons des contrats à passer,nous ne pouvons li'S conclure que dans les auberges. Et nous, disent les artisans, nous avons besoin de chercher del'ouvrage, c'est là que nous en Imuvons. Nous sommes obligés de rétablir entre nous la paix et la bonne union, ce n'est que là que nous pouvons le faire, en buvant les uns avec les autres. H est vrai que, dans ces occasions, nous usons de la boisson avec excès; mais cela n'arrive que par accident et par nécessité. .lusqu'à quand voudrez-vous donc soutenir ce blasphème condamne par l'Eglise et par les saints Pères, que l'on se trouve quel([uefois dans iaiîôcessilé d'offen^or Dieu cl dépêcher? Vous avez des con-

SLft I.K rÈCIlÉ. ' lî).")

Iratsà passer; mais le premier des eoiilrats est celui qui existe entre Dieu et vous, et dont la condition principale est de ne jamais l'ouîraiier ; pourquoi voudriez-vous le violer et lui en ifubsliluer d'autres qui lui seraient comj)lètement étrangers? \oiis avez un contrat à lerminer,une j)ai\- à rctal)lir;ne pouvezvous pas le faire comme le font les bons chrétiens ? .\'avez-vous ])uint d'autres lieux que ces maisons du démon ? El vous,ai-tisans, vous dites que ce n'est que dans ces maisons que vous Irou- V ez de l'ouvrage? A cela je réponds que, lorsque vous y allez, c'est pour vous une occasion prochaine de vous enivrer, et par conséquent il n'y a aucun motif de gain temporel qui puisse vous autoriser à vous y rendre ; car, que sert à l'homme de gagner Tunivers, s il vient à perdre son âme ?

XV. D'autres s'excusent en disant que c'est la coutume de tous les artisans et des hommes de la campagne d'aller les jours de fêles dans les auberges , et que d'ailleurs lorsqu'ils y vont, ils n'ontpoint l'intention de s'enivrer, .le réponds, en premier lieu, que si c'est la coutume de tous les autres de s'y rendre ces jours-là , ce n'est point celle des chrétiens craignant Dieu , qui les passent à lui rendre les hommages qui lui sont dus. En second lieu, vous dites que c'est la coutume de fréquenter les auberges et de boire au-delà du besoin, les jours de fêtes. Ce sera donc la coutume de profaner les fêtes , de transgresser la loi divine , d'olTenser Dieu et [)ar conséquent de se damner. Or, parce que la coutume d'offenser Dieu existe, le péché ne sera plus un si grand mal ; parce (jue la coutume de se damner existe, la damnation ne sera plus si terrible. Ou bien, nous voudrez aussi vous-mêmes offenser Dieu, parce que l'usage s'en est établi, et vous voudrez vous damner, parce que la plupart se damnent. Lorsque vous allez dans ces maisons , vous dites que vous n'avez pas l'intention de vous enivrer; mais (iu'im])orte que vous n'en ayez pas le dessein, si vous le faites réellement ? La belle excuse , si quelqu'un venait vous dire qu'il n'a point l'intention de vous faire du mal, et (ju'en même temps il vous plongeât le poignard dans le sein! C'est précisément votre conduite à l'égard de Dieu.

Wi. Pxcste la (luatrième excuse de ceux qui disent qu'ils boivent à la vérité du vin généreux, et même en quantité, mais qu'ils ne se sont jamais enivrés, puisqu'ils n'ont jamais pei-du la raison , et qu'ils ne sont jamais tombés dans d'autres excès dégoûtants. Pour détruire ce prétexte , je veux d'abord combattre une erreur commune à un grand nombre , et qui consijle CD ce qu'ils ne croient faire aucun mal, tout en buvanf

166 XVI. LNSTRLCTiO.N.

jusqu'à perdre même la raison, pourvu qn^. le vin ne les incommode pas au point d'être obligés de le rendre. 11 est vrai que, dans le prophète Isaïe (28. 8), Dieu reprend el condamne ceux qui boivent jusqu'à cet excès. Mais je vous dirai que cet accident peut être sans péché, et qu'il peut arriver à l'homme le plus sobre du monde. Voilà, je suppose , une personne qui ne prend du vin qu'en très-petite quantité, mais ce vin est de mauvaise qualité , il n'est pas en rapport avec son tempérament , son estomac le repousse ; elle ne pèche point, malgré qu'elle éprouve cette incommodité. Pour répondre maintenant à ceux qui disent qu'ils ne se sont jamais enivrés, parce qu'ils n'ont jamais perdu la laison , malgré la quantité de boisson dont ils aient usé, je leur dis qu'ils ne doivent point pour cela se croire innocents. Vous n'avez pas perdu toute votre raison, mais vous l'avez altérée d'une manière considérable; vous éprouvez quelque dilficulté à parler, vous chancelez en marchant, et l'on s'aperçoit que votre cerveau est échauffé; eL vous vous imaginez que ce ne sont pas là des excès très-condamnables? Croyez-vous que, pour pécher par ivrognerie, il soit nécessaire de tomber à terre comme un animal , sans pouvoir se remuer? non , ce péché consiste à boire avec excès, sans aucune nécessité, et pour ce seul plaisir, .l'ajoul;même que ces demi-ivrognes peuvent être, et sont en effet sjuvent plus coupables que ceux qui s'enivrent complètement, «'t qui perdent tout à fait la raison. Ceux-ci, pour l'ordinaire, ;: • commettent qu'uQ seul péché , parce qu'ils ne jurent pas, i's ne blasphèment pas , et étant presque dans l'impuissance de . j remuer, ils sont dans l'impossibilité d'olTenser personne. Mais les hommes qui supportent mieux le vin, dès que leur tête bouillonne, sont ceux qui se laissent aller ordinairement aux jurements, aux blasphèmes, aux discours déshonnêtes , et se permettent les actions les plus indigneset les plus criminelles; ils se querellent avec tous ceux qu'ils rencontrent ; ils donneraient volontiers le coup de la mort pour une parole qui leur déplaît; ils sont prêts, en un mot, à commettre toutes sortes de crimes.

XVII. Mais parlons plus spécialement de ceux qui ne se croient point du tout coupables , parce qu'ils ne perdent pas lu raison. Et je dis : une personne dont les organes sont faibles, <jui perd la raison et s'enivre en prenant seulement quelques tjouttes de vin , si elle le fait sciemment, elle commet un péciié mortel, et si elle meurt dans cet état , sa damnation est inévit;:l)Ie. Kt vous qui en buvez dix fois, et vingt fois plus, vous vous

croirez exempts de péché, ou du moins de péché grave , parce ([u'ayantla tète plus forte, vous ne perdez pas la raison. Illusion, Chrétiens, ilUision ! Sachez que ce n'est pas seulement celui chez qui elle est étouffée qui pèche mortellement, mais encore celui qui, ayant une force plus grande pour supporter Ja boisson, s'y adonne démesurément , tout en conservant Tusage desa raison. Et qui est-ce qui le dit? c'est Dieu lui-même, parla bouche du prophète Isaïe : Vœ qui patentes estis ad bibendum vimim (p. 22). Malheur à vous , qui êtes puissants à boire du vin en quantité. Et, selon la doctrine des saints Pèresetde tous les interprètes, quand la sainte Ecriture emploie cette expression malheur, elle ne le fait que pour condamner les excès les plus graves,

XVIII. Je vous ai montré l'énormitê du péché de l'ivrognerie et ses funestes conséquences , et j'ai détruit tous les vains prétextes dont il cherche à se couvrir. Sera-t-il possible que celui qui est engagé dans cette habitude s'obstine encore à y persévérer, et qu'il ne soit pas résolu de s'en corriger? Mais quel moyen faut-il employer pour en sortir? Le remède le plus efûcace qui vous délivrera totalement de ce vice , sera d'éloigner le vin de vos tables, et de vous mettre à boire de l'eau. Oh Dieu ! c'est un remède qui nous fera mourir. INon , mes Frères, l'eau ne fait mourir personne. Le vin n'est guère en usage qu'en Europe , où un grand nombre s'en abstiennent et eu sont privés. Dans les autres parties du monde , qui sont bien plus étendues, les habitants n'y boivent en général que de l'eau, et elle ne les fait pas mourir , elle les rend, au contraire , plus frais et mieux portants. Il en sera ainsi de vousmêmes, si vous vous abstenez totalement de la liqueur enlvrante , et que vous n'ayez queFeau pour boisson. Cette abstinence sera un châtiment infligé à votre corps pour le punir des plaisirs qu'il a goûtés en prenant du vin avec excès. Los pénitents qui refusent d"obéir à leur confesseur, quand il leur prescrit de boire de l'eau, ou du vin tempéré avec de l'eau, et qui cherchent à traiter avec lui , afin qu'il leur permette une certaine mesure de vin, ces pénitents, dis-je, n'ont pas une volonté efficace de se corriger, et pour l'ordinaire , ils ne se convertissent jamais. La raison en est quentrainés par leur mauvaise habitude , lorsqu'ils en ont bu deux verres, de deux ils passent à trois, de trois à quatre, et ils retombent toujours dans les mêmes excès et les mêmes désordres. Si vous aviez reconnu par votre expérience que telle nouri'iture est empoisonnée , scriez-vous assez Imprudents pour demander qu'on

^68 XVIf. msTRlCTiON

VOUS Cil (!oiHiâ( au moins une pelile porlion? Bien loin de là, la vue seule de cel alinienl vous ferait frissonner d'horreur. Ft tant de fois vous avez expérimenlé que le vin a été un poison |>our voire ànie, et vous demandez qu'on vous en permelîe encore une eertaine mesure? Mais, je vous le demande . loî'S(iue vous êles accablés d'une fièvre maligne , ou de loul aulre midadie , la |iremière chose que fait le médecin est de vous dcfendi-e l'usage du vin , et vous vous soumettez à ne boire que de l'eau. Et pourquoi agissez-vous de la sorte? c'est afin de conserver la santé de votre corps; et vous refuseriez d'en faire autant pour le salut éternel de votre âme ? Chrétiens , al)slenez-vous donc de boire ce vin qui a été si préjudiciable à votre âme, afin qu'après cette vie , vous ayez le bonheur d'étanchcr votre soif à ce torrent de délices que Dieu prépare à tous ses amis dans le ciel.

DIX-SEPTIEME INSTRUCTION

SUR LK PÉCIIK.

De la colère.

.lésus-Chrisl nous recommande si fortement de réprimer eu

nous les mouvements de la colère, que, dans son Evangile , il déclare digne d'un jugement sévère celui qui s'abandonne à celle passion: OmnL'iqai irascilur frahi suo^rciis eril jiuUcio ( Malth. 0. 22). 11 rejette les sacrifices de celui qui nourrirait dans son cœur des sentiments d'aversion contre son frère. Lors même qu'il ne nous aurait pas dit clairement qu'il n'était ]»as venu pour détruire la loi, mais pour la perfectionner, il lioîis serait aisé de le reconnaître, dit saint Augustin, d'après ce seul commandement qu'Huons a imposé de pratiquer h patience, la charité et la douceur. Quoique les Juifs eussent une certaine connaissance de notre morale, ce pointleur étaitcependant ^i inconnu, (pie, soit malice, ou ignorance, pourvu cpie leur ('..1ère ne les i)ortàt pas à des actes extérieurs, comme à frapp.M' , ou à tuer le ])rochain , ils ne se faisaient aucun scrupule i!.' la haine et de rindignation intérieure. Jésus-Christ, souve- ■ lin législateur des hommes,estvenu détruire une erreur si per- 'iicicusc , et défendant non-seulement les homicides et les aut:c; injures manifestes, mais jusqu'aux mouvements internes «i'iine colère déraisonnable , il a voulu éloulTer les inimitiés et !,) v.^vïe.^nce av^ue diins leur source. Vous avez appris qu'il a

SUR I.K VÙMV. 103

élé (lit aux anciens: Vous ne luorcz poinl, et celui (jui tuer;» sera condannic par le jugement: niais moi je nous dis que quiconque se fâchera contre son Irère sera puni par le jugement. Voursuivre les enseignements de ce divin Maitre, j'entreprends aujourd'hui de vous inspirer de l'horreur pour ce vice, en vous montrant ce ijue c'est (pie la colère et les dinérenles manières dont on se rend coupable de ce ])éché: en second lieu, je vous ferai voir combien elle est un grand mal; et enfin je vous indiquerai les moyens à prendre pour vous en préserver et pour calmer en vous celte passion.

I. La colère est un mouvement déréglé de Tàme qui nou.'; porte à rejeter avec violence ce (jui nous déplait, ce qui est contraire à notre volonté. On dit (|uc c'est un inoui-enicni déréfilc, pour nous donner à entendre qu'il v a deu\ sortes décolères: une culère qui est juste et raisonnable, et une autre qui est coupable et mauvaise. La colère juste est celle qui est accompagnée de modération, et dont le motif est louable. Comme, par exeuîple, lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts de Dieu, d'empêcher qu'il ne soit oITensé, de corriger le prochain, surliiut ceux qui dépendent de nous, et qui nous sont sujets. Nonsi ulement elle n'est pas répréhensible, mais elle est encore «liHue d'estime et de louanges , et plût à Dieu que tous les chrétiens, et principalement ceux qui ont quelque autorité sur les autres, en fussent animés ; on ne verrait pas tant de désordres, on n'entendrait pas tant dejuieiuenls et de blasphèmes. </esl celte sainte colère qui s'em|)ara île Jésus-Christ , loi'sfia'il chassa les profanateurs du temple; et c'est celle dont jjule saint Paul, dans son épilre aux Ephésiens (1. 46), citant ces paroles du Prophète : Metlez-vous en colère, mais ne péchez point : Irascinn'ni, cl nolile peccare (Ps. 4. 5).

II. La colère dont j'entends parler est ce mouvement dC l'àme, qui u'obserse ni règle, ni mesure ; colère qui est déraisiumable, parce (lu'elle est opposée à l'équité et à la justice. El, pourvous la mieux faire connaître, vous devez savoirque, tians la colère, on distingue deux espèces de désordres : l'un, cpù a rapport à l'objet, c'est-à-dire cà la vengeence que l'on veut tirer de quehiu'un : l'autre, qui est dans la manière de se fâcher et de s'indigner. 11 y a désoitlre du coté de l'objet, premièrement lorsqu'on désire un mal grave à celui qui ne le mérite pas ; comme si une personne souhaitait toutes sortes de maux à l'épouse, aux enfants, aux parents , ou encore aux amis de celui dont elle?, reçu quelque injure, et qui en seraient eux-méme-. très innocents ; en sccoiid lieu, lorsqu'on lui dé-

170 XVlf. INSTRl'CTION

sire ua mal plus grand qu'il ne le mérite, comme si on désirait sa mort, tandis qu'il ne mérite qu'un léger châtiment; en troisième lieu, quand on lui désire un mal proportionné à la faute qu'il a commise, mais que l'on s'écarte de l'ordre établi, on voulant, par exemple, le frapper ou le tuer de son autorité privée, au lieu de se servir de la voie de la justice. Enfin, la colère est criminelle par rapport à son objet, lorsque tout en suivant Tordre établi, dans la punition du coupable, on ne se propose pas une fm juste et honnête, comme si l'on cherchait à le faire châtier, non par amour pour la vertu et la justice, mais pour satisfaire la haine et l'aversion que l'on nourris contre lui. Dans tous ces cas , la colère est de sa nature nn péché mortel,à moins que l'advertance ne soit pas entière, et que le mal que l'on souhaite au prochain ne soit que léger. La raison en est que, dans tous ces cas, la colère blesse gravement la justice et la charité.

III. Par rapportai! mode, la colère est désordonnée, lorsqu'elle est trop forte intérieurement, ou qu'à l'extérieur elle se manifeste par des signes d'indignation. Dans ce cas néanmoins, dit saint Ihomas, elle n'est pas par elle-même un péché mortel. Elle peut cependant le devenir, ajoute le Saint, comme lorsqu'elle est assez ardente pour être gravement opposée à l'amour de Dieu ou du prochain ; lorsqu'elle scandalise lesfaibles,lesenfanls, les serviteurs ou d'autres personnes qui en sont témoins ; lorsque les transports sont si \iolents qu'elle fait que l'homme perd en quelque sorte la raison, qu'il ne se possède plus, qu'il renverse tout ce qu'il rencontre, qu'il se porte aux dernières extrémités. Il est aisé de comprendre que toutes les fois que ces circonstances se présentent, la colère est un péché mortel, vu qu'elle est tout à fait opposée à la droite raison.

IV. Ce vice étant un des péchés capitaux, il a, ainsi que les autres, sa race ou ses filles. Saint Thomas, d'après le pape; saint Grégoire, en compte six. La première est l'indignalioii que l'on conçoit conlrela personne dont on a ou dont on croii avoir reçu une offense. Si celle indignation est accoînpagnée d'injures, de malédictions et de scandales, on ne peut nier qu'elle ne soit un péché mortel. La seconde est la vengeance, qui fait chercher les moyens de nuire à son ennemi ; et si le mal que l'on médite est grave et injuste, cette intention de se venger sera un péché mortel. Les paroles aigres , bruyanio?, les cris semblables aux rugissements d'une bête féroce, sont le troisième effet, ou la troisième fille delà colère. Rt si, pai-

ces cris, on manifeste l'intention de donner la mort, ou de causer un dommage grave à la personne contre laquelle on est irrité, alors on pèche mortellement. Le quatrième efTct consiste dans les disputes, dans ces paroles injurieuses par lesquelles on reproche à quelqu'un les choses les plus humiliantes, les plus propres aie couvrir de honte. Lorsque cet outrage est grave, eu égard aux circonstances du temps, du lieu et de la condition de la personne, le péché devient mortel. Et il n'est pas rare d'entendre ces disputes, ces querelles , même dans les chemins et sur les places puhliques.

V. Les hlasphèmes ou les paroles injurieuses contre Dieu, contre la sainte Vierge, ou les Saints, sont le cinquième elîet de la colère. Etcomhien de fois ces bouches écumantes, mises en mouvement par cette furieuse passion , n'ont-elles pas la témérité sacrilège de se porter jusque dans le ciel, et de vilipender de la manière la plus indigne et la plus outrageante le nom saint et redoutable du Dieu tout-puissant? Le dernier effet de la colère ce sont les rixes, d'où naissent les inimitiés, les discordes, les blessures et les homicides. Et qui peut douter que lorsqu'on a l'intention, comme on l'a ordinairement, ou d'enlever la vie à son adversaire, ou de lui faire un mal considérable , on ne commette par-là même un péché mortel? L'apùtre saint Paul, écrivant aux Galates (5. 20), met ces rixes au nombre des œuvres de la chair , et déclare que ceux qui s'y engagent ne pourront obtenir le royaume des cieux.

\1. De ce que nous venons de dire, il faut conclure que l'on peut pécher par colère en trois manières différentes : par pensée, par paroles et par action. Par pensée , lorsque dans les mouvements de cette passion, on déleste son prochain, on désire et on prend la résolution de se venger , et que ce désir de la vengeance fait éprouver un secret plaisir. Par paroles , quand on outrage le prochain en sa présence, que l'on en dit du mal en son absence, ou qu'on lui donne des malédictions. Enfin l'on pèche en cette matière par action, en causant du dommage à celui contre lequel on est irrité, ou dans ses biens, ou dans sa personne, en le maltraitant, en le frappant. Ici, je veux combaltre une illusion commune cà la plupart des pénitents qui, lorsqu'ils se confessent, app ;tent pour excuse de leurs fautes la colère dont ils étaient transportés. Ils auront indignement et contre toute justice usé de mauvais traitements à l'égard de leur prochain, ils auront lancé contre lui mille espèces de malédictions ; ils lui auront fait toutes sortes d"iniures et d'outrages ; ils auront même profané le saint nom de

t72 XVir. INSTRUCTIOIH

Dieu, en jurant de faire telle chose, de se venger de telle manière; ils auront confirme leurs sennenis par les blasphèmes les plus horribles; et se présentant devant leur confesseur, il> diront froidement : J'ai fait cela , parce que j'étais en colère. Quoi ! vous l'avez fait parce que vous étiez en colère? 11 vous sera donc permis , parce que vous êtes en cet état, de causer du dommage à votre prochain, de le maltraiter, de le maudire, de l'outrager; il vous sera permis de, jurer, de blasphémer ]o saint nom de Dieu? ou du moins vous croirez trouver dans votre emportement une raison suffisante pour vous disculper? ^^i vous vous êtes accusé de la sorte, vous ne vous êtes jamais Lien confessé. Vous savez que lorsque la colère est gravement opposée à l'amour de Dieu et du prochain , elle est un péché mortel. Si vous voulez bien vous confesser, dites donc : .le me suis laissé emportera la colère : voilà le premier péché. Ajoutez ensuite : et me trouvant ému, je suis allé jusqu'à maltraiter le pi'ochain et aie maudire, à jurer et à blasphémer le saint nom (le Dieu. Alors votre conlession sera entière.

Vil. Après avoir vu ce que c'est que la colère, les cas où die devient un péché mortel, les crimes dont elle est la source, et les différentes manières donton s'en rend coupable, il me reste à vous dire quel((ue chose de son énormilé, que je déduis de trois chefs principaux : de ce qui regarde Dieu, de ce qui cont'erne le prochain, et de ce qui a rapport à celui qui s'abandonne à cette passion. En premier Heu, la colère s'en prend îi Dieu lui-même , en portant le désordre et la confusion dans sa maison et dans son temple. Mais quelle est cette maison , quel est ce temple de Dieu? Je vous l'ai dit plusieurs fois, que c'est notre àme qui, lorsqu'elle est en état de grâce, est la «iemeure du Saint-lilsprit; il habite en elle comme dans son temple. Or, la colère s'oppose à ce qu'il s'y fixe. Et c'est pour cette raison que l'Apùtre recommande aux Ephésiens (4. 30j de ne pas conlrister le Saint-Esprit qui réside en eux , en se livi'ant à la colère , qui le chasserait de leur cœur : Nolite coiUrislarc Sphiluiii Sanclam Dci , in qiio siguali eslis. Et le même Apôtre se sert de ces paroles pour persuader , aln>i qu'à tous les chrétiens, de détruire en eux tout sentiment de colère, d'amertume et d'indignation : Omnis amariiinh^ tl ira, et imlifjnaiio tollaïur à vobis. Et pourijuoi nous fait-il cette recommandation? C'est, dit saint Grégoire , parce qu'aussitôt que cette passion s'est emparée d'un homme , elle met son cieur dans le trouble et dans un désordre tel, qu'elle force le *Sainl-EsjM*it à se retirer, pour faire place à l'esprit séditieux -

SIR \.E HaiÉ Î7.Î

<}ui est le démon. Ce qui veut dire que rame, dans son ôiai de paix, est le temple de Dieu, et que lorsqu'elle se laisse iransportei par la colère, elle devienl riiabitation du démon.

VIII. La seconde raison (|ui nous montre combien ce vice est . opposé à Dieu, est qu'il délruit en nous celte belle ressemblance que nous devons avoir avec lui. Quand est-ce que nous portons en nous ces beaux traits de ressemblance avec iiolrcî Dieu? C'est lorsque nous sommes pleins de bonté, de douceni* €t de miséricorde envers noire procbain. Aussi l'apùlre saint Paul, après avoir recommandé aux Rphésiens de bannir de leur cœur tout sentiment de colère, d'amerlume et d'indignation, ajoute qu'ils doivent être doux et miséricordieux les uns envers les autres, se pardonnant mutuellement, comme Dieu nous a pardonné par les mérites de .lésus-Cbrist : Esiute aitiem //hjcein benujni , iniscrkordes , duncnilcs Inviccm , sicut cl Dcti^ in Chrisio ilonuvit i'ohis (Eplies. 4. 32). Comment Dieu agit-il envers nous? Lance-t-il sur nous ses foudres . nous précipite-l-ii dans l'enfer aussitôt que nous l'avons oflensé? >ion , il nous Jtlend, il nous supporte , il nous pardonne. Ouand nous agirons de la sorte envers nos frères, alors nous exprimerons an nous les vrais caractères de ressemblance avec notre Père céleste, dont la nature est la bonté et la miséricorde, et qui esE ippelé le Dieu de la paix ; c'est à ces traits qu'il nous reconiiailra pour ses vrais enfants , pour ses enfants cliéris. Si, au ^;outraii-e , nous nous livrons à la colère , nous déligurous et 'iGus effaçons en nous cette image et cette ressemblance que Mous devons avoir avec lui.

IX, Mais il est un autre désordi'c dans la colère considérée par rapport à Dieu, et un désordre tel, qu'il serait à désirer que les personnes sujettes à ce vice daignassent en faire la matière de leurs réllexions. Voulez-vous savoir quelle est voire conduite, lorsqu'em|)ortés par la fureur de cette passion, vous cbercbez à maltraiter votre procbain? Vous usurpez le souverain pouvoir que Dieu a sur ses créatures. Vous voulez en quelque sorte vousasseoir sur son irùne, et, contre la défense formelle qu'il vous en a faite, vous \ oulez exercer vous-mêmes une vengeance qu'il s'est réservée à lui seul. \'ous portez le mépris de Dieu jusqu'à lui ravir l'autorité de Juge, pourvou^; l'arroger à vous-mêmes, jusqu'à vouloir le priver du droit de punir ses créatures coupables , pour distribuer vous-mêmes les cbâtiments. Vous voulez être recomuis pour autant de divinités sur la terre ; vous menacez et vous jurez que vous saurez bien trouver les nK»}ens de vous venger. M;!:-; Dieu vous Vu

dclciidn, misérables vers de terre ! la vengeance est vine chose qu'il s'est réservée et qu'il exercera selon sa volonté : Miln çindicla, et eçjo relribuam^ dicil Domi)nis (Rom. 12, 19). M'importe : l'homme colère a la témérité et l'insolence de vouloir se venger. Je suis persuadé , Chrétiens , que vous n'avez jamais réfléchi à l'outrage que Ton fait à Dieu, en se livrant à la colère. Si vous eussiez connu la grièvelé de cette injure, vous ne seriez pas tombés si facilement dans ce péché.

X. Si nous devons nous tenir éloignés de ce vice, parce qu'il est si directement opposé à Dieu, nous ne sommes pas moins obligés de le fuir, parce qu'il est contraire à l'amour que nous devons à noire prochain. En cent et en mille endroits de son Evangile, Jésus-Christ nous recommande d'aimer noire prochain comme nous-mêmes, de le traiter avec douceur, avec charité, si nous voulons qu'il use lui-même de bonté et de miséricorde envers nous. Mais que faisons-nous , lorsque nous nous irritons contre une personne? .sous allons d'une manière directe contre ces intentions amoureuses de notre Dieu. Cette personne que nous devrions aimer comme nous-mêmes , que nous devrions traiter avec charité et avec douceur, devient l'objet de notre indignation, nous la méprisons dans notre cœur, nous refusons de lui parler, nous sommes rongés par l'envie en voyant le bien qui lui arrive. Si nous parlonsde celte personne, ce n'est <iue pour en dire du mal , pour la calomnier , et , non contents de ces médisances et de ces calomnies, nous allons jusqu'à chercher les moyens de tirer une vengeance éclatante. Je ne m'étonne plus maintenant si les saints Pères ont comparé l'homme violent et colère aux bêles les plus féroces, s'ils l'ont déclaré ennemi de la société humaine cl de la charité chrétienne , dont il transgresse les lois les plus sacrées. 11 pique, disent-ils, comme un scorpion, il mord comme me vipère, il crie , il aboie comme les animaux destinés à la garde des maisons. 11 est sans respect pour ses supérieurs, sans affabilité envers ses égaux, sans égard envers ses amis, sans déférence pour les vieillards , sans reconnaissance envers ses bienfaiteurs, sans estime pour les gens de bien, sans aucune tendresse pour ses parents. Combien de fois ne voyons-nous pas les serviteurs s'élever, s'irriter contre leurs maitres, les femmes contre leurs maris, les maris contre leurs épouses, les pères contre leurs enfants, les enfants contre leurs pères?

XI. Mais pourquoi, ô Chrétiens, vous laissez-vous emporter avec tant de facilité par celle passion furieuse ? Pourquoi transtrressoz-vous si volontiers les ]oU delà charité chrétienne? Sa-,

srR LE PÉCHÉ. ir.")

vez-vousquel est celui contre qui vous vous élevez avec iaiil; (le rage et d'indignation ? c'est une image de Dieu, c'est w.i homme qui est Tenfant de Dieu, qui est destiné à être l'iiéi-itier de Dieu dans le royaume céleste. Comment pouvez-vous nourrir en vous la haine contre une personne qui a tant de rapports avec Dieu, et qui, un jour, sera si grande cl si glorieuse dans le ciel? Avez-vous l'intention devons sauver? Je le pense. Comment donc, et pourquoi vous irriiezvous contre cet homme qui doit partager avec vous la gloire du paradis? Lors même (ju'il vous aurait donné quelque motif de vous indigner contre lui, quand, par lui-même, il ne mériterait point votre amour, il le mérite infiniment , si vous le considérez en Dieu, dont il est l'enfant. Oui, il est en Dieu, comme un enfant est dans sa mère. Or, un enfant peut y être en trois manières : dans ses entrailles , parce qu'elle l'a engendré; dans son cœur, parce qu'elle l'aime; dans son sein, parce qu'elle le nourrit de son lait. Tout chrétien se trouve eu Jésus-Christ de ces trois manières. 11 est dans ses entrailles , parce qu'il l'a engendré à la grâce par les peines et les douleurs qu'il a endurées sur la croix : l'apôtre saint Paul (PhUip. 1. 8), qui était persuadé de cette vérité, regardait tous les fidèles comme étant dans les entrailles de Jésus-Christ : Tesiis eut viihi Deus, qunmodo ciipiam onines vos in visceribus Jesii Christi. Le chrétien se trouve dans le ca^ur de Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ l'aime infiniment ; il est dans son sein , parce qu'il le nourrit de ses sacrements , de sa chair sacrée , de son sang précieux dans l'Eucharistie. Ainsi donc, comme vous ne pourriez frapper un enfant dans les entrailles de sa mère , sans frapper auparavant la mère , de même vous ne pouvez vous irriter contre voire prochain, vous ne pouvez le maudire, l'outrager, sans outrager en même temps Jésus-Christ, sans percer le cœur, le sein et les entrailles de cet aimable et divin Rédempteur.

Xll. Voilà les motifs qui doivent nous inspirer de l'horreur pour ce vice considéré par rapport à Dieu et au prochain. Disons quelque chose maintenant des désordres qu'il occasionne dans l'homme colère lui-même. Je voudrais que le temps me permit de vous en exposer tous les etïets, tels que les a détaillés le pape saint Grégoire (Ub. 5. mor. c. 29). Je vous ferais voir que celui qui se livre à cette passion perd les lumières de la vraie sagesse, le repos, la paix et la tranquilUté. Quel repos, quelle paix, quelle tranquillité peut goûter l'homme emporté, qui ne roule dans son esprit que des desseins dose

Î76 vvir. iNMTi.rcTioN

venger f'.es uijs el des aulres. La colère , seluii IV-Apression <les saints Pères, est comme une vipère qui lui déchire les entrailles, comme un lion qui le dévore, comme un ver qui lui ronge le cœur el ne lui permet pas de respirer. Aussi le vollon sans cesse pensif, soucieux , pâle , mélancolique : rien ne liii fait plaisir," tout le dégoûte, tout l'ombrage et lui inspire de la méfiance. On le voit furieux , tantôt frapper la terre des j)ieds, tantôt se mordre les doigts, en disant qu'il saura bien <e venger ; tantôt porter ses regards élincelants vers le ciel , <"omme pour le menacer ; tantôt enfin s'abandonner à des trai)>ports tels, qu'il ressemble à un malheureux qui scrail j)ossé(]('' <lu démon: et saint Jean Chrysoslôme n'a pas fait difOcullé ([.• l'appeler une image d'un démoniaque: Esi qvœdum effigu-: honnnis dœmoniaci. Ce n'est là qu'une petite partie dece(iu:' «lisent les saints Pères, lorsqu'ils se mettent à décrire les e!fets de celte passion. Peut-on voir un état plus misérable an monde?

XIII. Mais pourquoi les hommes s*agilenl-ils de la sorte".'' pourquoi tant d(> bruit et de fracas? à qui en veulent-ils? A qui ils en veulent? souvent ils n'en savent rien eux-mêmes. VA pour l'ordinaire, ils s'en prennent à des choses privées de. raison. Ils s'irritent contre l'animal qui les porte , s'il vient à s'ombrager, à faire un faux pas; contre une pierre qu'ils auront rencontrée et contre laipielle ils seront venus heurter; vontreune plume qui ne rend pas l'encre, contre du fil qui se brouille, contre le vent quisouflle, contre les carîesdujeu <iui ne leur sont pas favorables , jusqu'à les maudire , à les déchirer, à tenter de les manger. Est-ce là agir en homme raisonnable? Que si nous voulons parler des motifs qui excitenf ces ardenles colères , ce sont des choses si légères et de si peu de conséquence, qu'il est honteux de s'en inquiéler , d'y faire attention. Pour une plaisanterie qui parait déplacée, et que s'est permise un ami ou un com})agnon ; pour une parole qui n'a ]}as été assez bien mesurée, pour un soupçon mal fondé , pour une simple appréhension , pour un verre qui sera tombé des ïnains d'un enfant ou d'un serviteur , on fait autant de bruii, qu'on en ferait si la maison s'élait écroulée? ^'esl-ce pas là ce qui vous arrive chaque jour ? cl vous ne rougissez pas d'une pareille conduite?

XIV. Ah î la colère est peut-être la passion la plus commune de toutes ; parce qu'un grand noiubre, qui ne sont ni impudiques, ni ambitieux, ni avares, qui fiiol même profession de piété, se laissent facilement empoi ter à la colère , et ne s'appliqucM."

SUR LE l'IXlII-. i7T

pas à niellie en œuvre les moyens île s'en corriger. On peut considérer la colère en trois élats différents: avant quelle arrive, alin delà prévenir; lorsqu'elle se présente, alin de l'éteindre; lorsqu'elle est déjà j)assée, atinde n'y pas retombep à l'avenir. Voyons les mesures que nous devons prendre dans ces trois cas. Avant que la colère s'enflamme, il l'aulla prévenir. Le matin principalement, et le plus souvent que vous pourrezdans lejour, étant persuadés que c'est de Dieu que nous viennent toutes les grâces et tout don parlait , et que ce n'est qrie par bon secours (pie nous pouvons laire de bonnes œuvres, recourez à lui par de courtes et ferventes prières ; demandez-lui qu'il tiaigne vous aider à modérer cette passion dans toutes les occasions qui se présenteront pendant la journée. Ensuite voussavez, ou vous pouvez prévoir les causes qui seraient capables devons porter à la colère. Ce sera pour l'ordinaire, une parole tm peudure delà part de votreépouse ou de vorte mari;cesor<'i une chose que le serviteur ou la servante auront faite de travers ou à contre-temps; se sera une injure que vous serez dans le cas de recevoir de ce voisin , et autres choses scinblables. Alors prenez la ferme résolution de ne point vous en inquiéter, afin <le ne pas déplaire à Dieu , et de tout souffrir en patience. Ce qui vous aidera puissamment , sera de considérer qui c'est qui vous envoie cet ennui , cette contradiction , cet accident qui Aous porte à la colère, et sachant que c'est votre Dieu, bien loin de vous emporter et devons échapper en malédictions, vous bénirez la main divine qui vous distribue ces disgrâces pour votre bien. Mais, dircz-vous, cette femme, ces enfants, ces serviteurs pèchent en me répondant d'une manière impertinenle. Ce voisin pèche en me faisant ce tort, cet alTroni^, en me causant ce dommage. Tout cela est vrai , et Dieu ne veut pas ce mal , en tant (pie c'est uu péché dont celui qui le commet est la seule cause; mais il le veut en tant que c'est pour vous un moyen de pénitence, et il vous l'envoie , afin qu'en le supportant avec résignation, voU'J puissiez satisfaire à sa justice ]»our les péchés que vous avez commis. Et si vous faites réflexion à tous les péchés de votre vie, il ne vous sera pas difficile de réprimer les mouvements de votre colère , et do sout- Irir patiemment tout ce qui arrive contre votre gré. Dieu que vous avez tant de fois outragé , vous a supportes avec une patience admirable , tandis qu'il pouvait vous punir et vous pn';cipilcr dans l'enfer , et vous ne voudriez pas supporter pouL* ison amour le moindre contre-temps qui vous arrive, la phi* pelilc Injure que \ (»us recevez de la part de vos semblables'^

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XV. Mais si,noiiobslant tous ces moyens que nous prendrons pour la prévenir, la colère vient à nous surprendre, commenf devons-nous nous comporter alors? Vous ne devez en ce moment prendre aucune résolution, ni rien faire d'important, parce que votre âme étant dans le trouble, vous n'agiriez que d'après la passion qui vous transporte, et vos actions ne seraient pas dictées par la prudence. Prenez donc votre temps, cl laissez passer la colère. Si vous le pouvez, réprimez les premiers mouvements, et il vous sera plus facile devons" en rendre maitres.Dans le moment où vous êtes fortement ému, ne prononcez aucune parole, gardez le silence ; parce que le silence, dit l'iîsprit-Saint, est un moyen de calmer ces mouvements impétueux: Silenlhim miiigal iras (Prov. 29. 10). Mais il faut punir ces enfants, ces serviteurs et ces autres personnes qui nous sont soumises, et il faut les punir pendant que nous sommes échauffés par la colère ; car si nous laissons passer ce feu, nous ne les corrigerons jamais. Vous voulez donc que nous ne les reprenions point de leurs défauts et de leurs manquements? Je réponds que vous êtes tenus de corriger les défauts des personnes qui vous sont soumises, et spécialement de vos enfants ; que vous devez les punir avec modération, mais non pas quand vous êtes transportés par la colère. C'est un sujet que j'ai traité ailleurs, en vous exposant l'obligation rigoureuse où sont les pères et mères de corriger leurs enfants, et en vous démontrant que des corrections ne produiront jamais aucun fruit, si vous les faites pendant que vous êtes émus, parce qu'alors ce n'est pas leur avantage que vous vous proposez, mais vous cherchez seulement à épancher votre mauvaise humeur ; et, pour l'ordinaire, vous corrigez de petits défauts en commettant des péchés graves. Laissez donc s'apaiser votre colère, et alors vos corrections seront utiles. Mais revenons à notre sujet.

XVI. Si malgré tous les soins que vous aurez pris, soit de prévenir, soit de modérer votre colère, vous avez néanmoins succombé, alors humiliez-vous devant Dieu, et demandez-lui pardon de votre égarement. Soj'ez couverts de confusion, en voyant que de vous-mêmes vous n'êtes pas capables de réprimer la moindre passion, et que malgré toutes vos précautions vous retombez toujours dans les mêmes faiblesses. Considérez que souvent le motif pour lequel vous vous êtes mis en colère a été injuste ou très-léger, e( que vous ne deviez pas pour si peu de chose troubler votre famille et tout le voisinage. ïnsislo?. snécialoir.c'ilsnrco nolntdraîs votre examen de cous-

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cionce ; imposez-vous une pénitence pour chaque nianquesîieut : celte pénitence servira pour expier les fautes passées, et elle sera un préservatif contre les rechutes.

XVII. Mais le remède le plus efficace pour prévenir la colère, pour l'éteindre et pour ne ])as y retomber, sera sans contredit l'exemple admirable de douceur et de mansuétude que Jésus-Christ, notre divin Maître, nous a donné pendant tout le cours de sa vie. Discile à me , apprenez de moi, dit-il dans saint Matthieu. Mais que voulez-vous, Seigneur, que nous apprenions de vous ? Voulez-vous que nous apprenions à créer le monde, à ressusciter les morts, à faire les prodiges admirables et étonnants que vous avez opérés vous-même ?iN'on, répond saint Augustin, mais la mansuétude et la douceur envers le prochain: Quiamilis sum et humilis corde (Matth. 11. 29). Jésus-Christ a été le maitre de toutes les vertus, il les a toutes enseignées ; mais la douceur a été sa vertu de prédilection ; c'est celle qu'il a le plus à cœur que nous apprenions de lui ; c'est celle qu'il a enseignée non-seulement par ses paroles, mais bien plus encore par son exemple. 11 s'est offert à la mort, dit le prophète Isaïe (r. 53, 7), parce qu'il l'a bien voulu, et il n'a pas ouvert la bouche pour se plaindre. 11 sera conduit à la mort, dit le même prophète, comme une brebis qu'on va immoler, et il gardera le silence, sans ouvi'ir la bouche, comme un agneau devant celui qui le tond. Âh ! que cet exemple sublime vous apprenne à réprimer , à étouffer dans votre cœur les plus petits mouvements de colère.

XVIII. Oui, Seigneur, vous nous avez appris cette belle vertu de mansuétude, de patience et de douceur; vous nous avez donné les exemples les plus admirables. iNous voulons donc à tout prix vous imiter et pratiquer cette aimable vertu, en faisant tous nos efforts pour réprimer en nous tous les mouvements de la colère. Ah ! nous ne nous sommes que trop souvent abandonnés à ses furieux transports. Avec le secours de votre grâce, nous mènerons dès ce jour une vie toute autre que nous n'avons menée par le passé. Pardonnez-nous, Seigneur, nous vous en supplions, tous nos péchés , mais spécialement ceux que nous avons commis en nous livrant à la colère. ÎNous vous le demandons par cette douceur avec laquelle vous vous êtes laissé attacher à la croix par amour pour nous, et avec laquelle vous avez répandu tout votre sang précieux pour nous sauver, alln qu'étant ainsi purifiés de nos péchés , et ornés de votre grâce, nous puissions im jour participer à votre gloire dans le ciel.

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