‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 11 sur 45 · Mais pour mieux vous convaincre de celte vérité . qui · texte numérisé non relu

Mais pour mieux vous convaincre de celte vérité . qui

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l'aumône est la matière d'un précepte dont la transgression ailire sur nous les ehàlimeni \ éternels, il faut que, comme je l'ai lait dans l'instruction précédente, je vous transporte cncore une fois dans la vallée de Josapbat , pour vous faire entendre la terrible sentence de condamnation que prononcera le souverain Juge contre les réprouvés : Retirez-vous de moi , Maudits; allez brûler dans le feu éternel. M:iis pourquoi, Seigneur, condamnez-vous ces infortunes à un si affreux supplice? Oui sont-ils ceux contre lesquels vous lancez ainsi les foudres de voire indignation cl de votre vengeance? Sonl-ce peut-être ces impies qui n'ont pas voulu embrasser votre foi sainte , ou ces indignes apostats qui l'ont abandonnée? Sont-ce ces hérétiques obstinés qui n'ont pas voulu croire les puis saintes vérités de notre religion , ou bien ces alliées perlides qui ont osé nier même votre divine existence? Non, ils ont déjà été condamnés dès l'instant qu'ils ont refusé de crclre. Ce seront donc ceui qui ont eu l'audace de jurer, de se rendre coupables de parjures, de blasphémer votre saint nom ? Ceux qui ont profané les jours qui vous étaient consacrés, ou bi?n les homicides, les fornicalcurs elles adultères, les voleurs elles avares? IS'on , ils sont tous ouvertement condamnés par ma loi sainte. Contre qui cette sentence sera-t-eile donc prononcée? Ce sera spécialement contre ceux qui auront fermé leurs entrailles oux pauvres ; contre ceux qui, en ayant le moyen, auront refusé de faire l'aumône aux pauvres, ou plutôt à lui-même qui était dans leur personne : J'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m" avez pas donné àboire; j'ai été nu, et vous ne m'avez pas revêtu ; j'ai été malade et prisonnier, et vous ne m'avez pas visité; allez donc , Maudits, allez brûler dans le feu éternel.

8. Après cet argument, qui détruit toute espèce ih doute, qui ne reconnaîtra pas l'étroite obligation de faire l'r.unône, obligation fondée sur le précepte divin? Oui n'avouera pas que la transgression de ce précepte est un pé"ué mortel, et même des plus graves? Avez-vous jamais entendu, ou lu dans les divines Ecritures, que quelqu'un ait été condamné à la peine éternelle de l'enfer, pour n'avoir pas fait des œuvres de subrogation, ou pour avoir omis quelque conseil? Non sans doute: Dieu ne condamne à l'enfer que pour la transgression d'une loi ou d'un précepte. 11 y a les conseils évangéliques de pauvreté volontaire, de chasteté perpétuelle, d'obéissance en tout ce qui n'est pas péché: ce sont ceux auxquels s'obligent par vœu les persounes qui veulent embraser l'état religieux;

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et une fois qu'elles l'ont embrassé, elles sont étroitement tenues à les observer, parce qu'elles s'en sont fait une loi. Mais nul n'est obligé d'embrasser cet état, ni de se lier par ces vœux contre sa propre volonté. Pourquoi? parce que ce n'est là qu'un pur conseil. Vous ne serez point condamnés pour ne \ous é(re pas assujélis à une pauvreté volontaire, soit dans le cloilre, soit dans le monde; et vous pouvez être sauvés, tout en conservant vos biens, pourvu que vous en fassiez un saint usage. Vous ne serez pas condamnés , quoique vous ne vous soyez pas obligés à garder une chasteté perpétuelle; et vous pourrez faire votre salut étant engagés dans les liens d'un honnête mariage , pourvu toutefois que vous en respectiez la sainteté, et que vous en remplissiez exactement les devoirs. Vous ne serez pas condamnés, et vous pourrez entrer dans le ciel, lors même que, sans vous soumettre à la volonté d'aulrui, vous voudrez vous servir de votre liberté d'une manière conforme cependant à la loi de Dieu : et il en faut dire autant de tous les autres conseils, dont la transgression ne peut être tout au plus qu'un péché véniel. Et pourquoi? parce que ce ne sont là que des conseils. Mais vous ne serez pas sauvés, vous serez au contraire condamnés si, pouvant le faire, vous ne secourez pas votre prochain , lorsqu'il se trouve réduit à la pauvreté et à la misère; parce que c'est ici un précepte dont la transgression est un péché mortel.

9. Mais sur quoi est fondé ce précepte? Sur la divine Providence. Car Dieu étant le père commun de tous les homme-, il l'est aussi des pauvres, et par conséquent il doit aussi leur procurer ce qui est nécessaire à la conservation de leur vie. Pour que vous [tinssiez mieux comprendre cela, il faut que vous sachiez que si l'état d'innocence se fût conservé dans le monde, il n'y aurait pas eu le mien et le tien; mais loule> les choses eussent été communes ; et chacun se serait pourvu, selon son propre besoin, des biens et des fruits que la terre eut produits d'elle-même. Mais le péché a ruiné ce bel ordre: et même à raison de la cupidité de l'homme, cette communion de biens deviendrait aujourd'hui pernicieuse à la paix et au bonheur de la société civile. Car quelle source de désunion et de discorde , et quelle confusion n'apporterait pas dans ie monde cette liberté de prendre, chacun selon son caprice, du fonds commun pour satisfaire non-seulement son besoin, mais encore ses propres passions? Quel est celui qui voudrait travailler? Quel est celui qui voudrait obéir, n'étant pas stimulé par la nécessité? 11 fallait donc celte division des biens, celle

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diversité de conditions et d'états ; il fallait, par conséquent, qu'il y eût des riches et des pauvres. L'état des uns est bien différent de celui des autres ; cependant c'est Dieu qui a créé les pauvres, comme c'est lui qui a créé les riches. 11 avoulu combler de biens les uns, et laisser les autres dans l'indigence : Dives et pauper obviuverunt sibi : utriusque enim operator est Do~ minus (Proverb. 22. 2).

10. (Jette inégalité et cette diversité d'état sont la source de bien des plaintes et des murmures qu'un grand nombre se permettent contre la divine Providence elle-même. Mais pourquoi, Seigneur, avez-vous voulu qu'il y eût des pauvres et des riches? Est-ce peut-être afin que ceux-là fussent considérés comme l'opprobre du monde, et qu'ils n'eussent en partage que la misère, les pleurs et les gémissements , tandis que les autres nageraient au sein de la joie, des plaisirs, de la prospérité etde l'abondance? Laisserez-vous les uns en proie à l'indigence, tandis que les autres regorgent de biens et de richesses ? N'étes-vous pas le père commun de tous les hommes ? Les pauvres eux-mêmes ne sont-ils pas formés à votre image et à votre ressemblance? ïNe sont-ils pas aussi l'ouvrage de vos mains ? De quoi sont-ils donc coupables , pour que vous les ayez ainsi assujélis à tant de maux inséparables de l'état où vous les avez placés ? Et quel mérite ont eu les riches , pour que vous vous soyez montré si libéral envers eux ? A quelle fin leur avez-vous donné des biens en si grande abondance ? Estce peut-être afin qu'ils eussent plus de moyens de satisfaire toutes leurs passions, comme nous le voyons faire à un si grand nombre ?

11. Ah ! loin de vous, ô Chrétiens, des sentiments si indignes sur la conduite de la Providence divine! Loin de vous la pensée que Dieu use de partialité envers les riches , et de cruauté envers les pauvres! Et vous, ô Pauvres qui m'écoutez, cessez vos plaintes et vos murmures. Louez, au contraire, et bénissez la Providence qui a su, et qui a voulu pourvoir à vos besoins. Ce Dieu, qui est le maître absolu de toutes choses, ne se dépouille jamais du droit et du souverain domaine qu'il a sur tous les biens que sa libéralité a accordés aux hommes. Lui slmiI ouest, pour ainsi dire, le véritable propriétaire. Il en a destiné une partie pour vous. Mais à qui lesa-t-il confiés ï \\ les a confiés aux riches. Ne vous Battez donc pas, o vous qui êtes dans l'abondance, d'être les possesseurs indépendants des biens que vous avez entre les mains; ne les considérez pas

omme étant uq héritage que vous ont transmis vos ancêtres »

sua rrs vertus théologales. 13;>

ou comme étant le fruit de vos travaux clcle votre industrie , dont vous pouvez disposer à votre gré ; car Dieu pourrait vous dire, comme il dit dans le prophète Osée (2. 8): Ces richesses que vous possédez en plus grande abondance que les autres , sont mes bienfaits. C'est moi qui vous ai donné celte récolte de blé, devin et d'huile; c'est moi qui ai accumulé dans vos maisons For et l'argent: Ego dedi friuncnium,et vinum,el oleum, et argentum mulliplicavi et aurum. Or, l'intention de Dieu , en vous les donnant, a été, selon les ordres de saProvidcnce,qui a soin de tous , que vous fissiez part de votre superflu aux pauvres qui en manquent.

12. Si Dieu vous a donné plus de biens qu'à tant d'autres, pensez-vous qu'il l'ait fait pour favoriser votre avarice et votre orgueil, tandis que tant d'autres vivent dans l'indigence ? que c'est pour entretenir votre luxe et vos intempérances , tandis qu'un si grand nombre languissent de faim cl de misère? que c'est pour vous donner les moyens d'aller richement vêtus , tandis que tant de malheureux n'ont pas de quoi se couvrir? Ah ! gardez-vous de penser de la sorte, et de faire un si mauvais usage des biens que vous avez reçus de la divine Providence! Klle ne vous les a dispensés en si grande abondance, qu'afio que vous en fissiez part aux indigents. Elle vous les a dispensés afin que vous fussiez comme ses instruments, et comme des canaux dont elle se sert pour les faire couler jusqu'à eux. Dieu qui, comme nous l'avons dit, est le père commun de tous les hommes , ayant créé les pauvres ainsi bien que les riches, doit leur fournir les moyens de conserver leur existence. Il pouvait le faire immédiatement par lui-même , comme il le lit en faveur des Israélites dans le désert; mais suivant les lois ordinaires de sa Providence, il a voulu le faire par votre moyen. TYÔî develielus est pauper , orphano tu eris adjulor , dit le Roi-Prophète (Ps. 10. 14) : c'est à vous qu'il a laissé le soin du pauvre; vous serez le soutien et l'appui de l'orphelin. C'est entre vos mains (pie se trouve le patrimoine qui est destiné à nourrir tant de malheureux. Le dessein de Dieu a été de vous établir les ministres de sa providence, les économes et les dispensateurs des biens qu'il vous a donnés en abondance. Quel ministère plus noble et plus glorieux ? Combien ne ^e lient pas honoré de son emploi le ministre d'un souverain , celui qui a reçu la charge d'administrer le trésor royal?

13. Malheur à lui cependant, s'il vient à n'être pas fidèle. De quel crime ne se rendrait-il pas coupable , et quel châtiment ne mérilcrail-il pas ? Malheur donc à vous, riches , si

vous manquez au devoir qui vous est imposé de secourir les pauvres. Malheur à vous,si vous gardez inutilement, ou si vous employez en dépenses vaines et superflues les biens que vous avez reçus en abondance , que Dieu a mis entre vos mains comme un dépôt sacré , et que vous devez distribuer à ceux qui se trouvent dans le besoin. Vous vous opposez directement aux desseins de sa divine providence, et par conséquent vous manquez au devoir le plus rigoureux. Vous vous rendez coupablesdu délit le plus énorme, et par là vous vous attirez Icplus terrible châtiment. Comme on ne peut rien voir de plus contraire au bien de la société et aux lois civiles, que de garder pour nous, et d'employer en notre faveur un dépôt qui nous ;i été confié ; de même il n'y a rien de plus opposé à la religion chrétienne et à la loi de Dieu, que de refuser aux pauvres les biens qui ont été mis entre nos mains, pour que nous eussions soin de les soulager dans leur indigence. Et en e!ïet,de quel châtiment ne jugeriez-vous pas digne l'économe d'une maison, qui dépenserait en fêtes, enjeu, en débauches, ou qui emploirait à son profit l'argent que le maitre de la maison lui a confié pour l'entretien de toute la famille? Il en faut dire autant de ce chrétien riche, qui dissipe inutilement, ou qui retient par avarice les biens que Dieu, maitre souverain de l'univers, lui a donnés dans le dessein qu'il s'en servirait pour nourrir sa famille, qui sont les pauvres : d'où il suit qu'il ne lui est pas permis d'user de ses richesses selon son bon plaisir ; et que secourir les pauvres dans leur indigence, n'est pas un acte de pure charité , ou de conseil, mais une obligation étroite et un précepte rigoureux.

14. Et cependant, combien peu sont persuadés de celte grande vérité î Combien il en est peu qui se croient tenus en conscience à faire part aux pauvres de ces biens qu'ils ont reçus de Dieu en si grande abondance ! Combien se figurent être tellement les maîtres de leurs biens , qu'ils ne se font aucun scrupule d'en disposer librement selon les impulsions ou de leur sordide avarice, ou de leur capricieuse prodigalité! Combien qui, sans être nullement touchés des cris, des pleurs et des gémissements des pauvres, leur ferment impitoyablement leurs entrailles, et les laissent languir dans leur misère et leur indigence ! Mais savez-vous ce que vous faites, en agissant de la sorte? Vous déshonorez autant qu'il est en vous, cl vous détruisez eu quelque sorte la divine Providence. Vous fournissez à un grand nombre d'infortunés un motif d'accuser, pour ne pas dire de blasphémer celte adorable Providence , et de se

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plaindre qu'elle n'a pas également soin de tous les hommes. Vous faites injure à voire créateur, cherchant à lui attirer le reproche d'abandonner ses créatures à la discrétion d'autrui, comme ces pères cruels qui, refusant de nourrir leurs enfants, les exposent sur les voies publiques à la compassion des passants. Sachez,toulefois,que Dieu, jaloux de son honneur,saura hiense venger de l'injure que vous lui faites, en faisant tomber sur vous le châtiment que vous méritez. Et combien de fois n'exei ce-t-il pas celte vengeance dés celle vie? Combien de fois ne permet-il pas qu'un voleur, ou un serviteur infidèle ravisse cet argent qu'il aurait gagné légitimement par ses sueurs, si son maître eût été plus libéral envers les pauvres? Combien de fois une grêle , une sécheresse , une inondation if ont-elles pas rendu stériles ces terres qui eussent produit d'abondantes moissons, si celui qui les possède n'eût pas élé si dur envers les pauvres?

15. Si, malgré celle dureté, Dieu, vengeur des pauvres, ne fait pas peser sur ces riches impitoyables les châtiments qui regardent les biens du corps, ils doivent craindre avec raison qu'il ne les punisse dans leur âme. Vous ne voulez pas entendre les cris des pauvres ! au lieu de les secourir, vous les éloignez de vous, vous les rebutez comme étant importuns. Eh bien ! ce Dieu qui nourrit les bêles féroces qui ont leur répaire dans les bois et les oiseaux qui volent dans les airs, n'oubliera pas ses pauvres. 11 fera que d'autres viendront à leur secours. Etsavez-vous qui? Ceux qui n'ont qu'une médiocre fortune. Us épargneront pour subvenir aux besoins des pauvres. II est vrai que ces personnes sonl plus charitables et plus libérales envers les pauvres, que ceux qui sont plus riches et plus opulents, lesquels ne donnent rien, ou ne donnent que très peu. Une disje, ceux qui n'ont qu'une médiocre fortune? Les pauvres euxmêmes sont plus charitables que les riches ; et comme celle veuve de l'Evangile Marc. 12.42) qui, n'ayant que deux pièces de monnaie, les offrit au Temple, ainsi ces pauvres, n'eussentils qu'un denier, le donnent ; et s'ils ont un pain, ils le partagent avec un autre malheureux. Voilà qui sonl ceux que Dieu établira à la place des riches les ministres de sa providence pour le soulagement des pauvres; aussi les fera-t-il asseoir dans le ciel sur les trônes de gloire que Dieu avait préparés pour les riches, s'ils eussent élé plus charitables. Mais qu'an ivera-t-i! à ces riches durs et cruels, qui lermenl l'oreille aux cris des pauvres ? Ils crieront eux-mêmes, surtout au moment de la mort, pour obtenir de Dieu pardon et miséricorde, et ils ne seront

pas exaucés. Non, ils ne seront pas exaucés. Et ne pensez pas que je me serve à plaisir de ces expressions pour vous offenser, ou pour vous effrayer: ce sont les oracles du Saint-Esprit dans les Proverbes : Qui obturât aurem suam ad clamorem paupérisa et ipse tlamabil, et non exaudietur (2t. 13). Y a-l-il quelqu'un qui désire n'être pas exaucé de Dieu dans ses prières ? Y a-t-il quelqu'un qui veuille se rendre indigne d'obtenir de Dieu pardon et miséricorde?

16. Non, Seigneur, il n'en est pas un, dans ce pieux et respectable auditoire. Tous sontpersuadés qu'ils sont tenus de secourir les pauvres selon leur pouvoir. Tous sont persuadés que ce n'est pas ici un simple conseil, mais un de vos préceptes les plus rigoureux." Tous sont persuadés que votre divine Providence a voulu établir les diverses conditions des riches et des pauvres dans le dessein que les riches se serviraient de leur abondance pour nourrir et soulager les pauvres. S'ils ont manqué en quelque chose à ce devoir,ils y suppléeront par des aumônes plus abondantes. Ils se rendront plus attentifs au cri des indigents, afin de mériter par-là que vous daigniez en tout temps, mais surtout au moment de la mort, écouter leurs cris et leurs prières, et les rendre participants en cette vie des grâces que vous avez promises aux âmes charitables, et en l'autre de celte béatitude éternelle que je souhaite à tous mes auditeurs.

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