‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 12 sur 45 · QUATORZIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME INSTRUCTION

De quels biens ou doit faire l'aumône ; quand on doit la faire, et quel ordre il faut y observer.

En traitant de la charité que nous devons avoir pour notre prochain relativement aux choses temporelles, nous avons jugé à propos de parler de l'aumône. Nous avons vu, en premier lieu, les magnifiques éloges que lui donne la sainte Ecriture, et ses précieux avantages qui sont de faire trouver à celui qui la fait grâce et miséricorde auprès de Dieu. Nous avons démontré ensuite que l'aumône n'est pas, comme quelquesuns se l'imaginent, un simple conseil, mais un précepte des plus rigoureux, parce que les termes dont Dieu se sert en la prescrivant, expriment un commandement positif, et qu'il menace de la mort éternelle ceux qui y manquent. Ce précepte est fondé sur la conduite de la divine Providence, qui ayant établi celte diversité d'états et de conditions, et ayant voulu

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qu'il y eût des pauvres et des riches, a eu pour l»ut que les riches eussent coin des pauvres, et leur lissent pari de leurs biens. Mal] je croirais n'avoir rien fuit en montrant jux riches l'obligation qui leur est imposée de subvenir aux besoins des indigents, si je ne leur indiquais quels sont les biens dout ils doivent se servir peur faire l'aumône, quand lia doivent la faire, et quel ordre ils doivent y observer. Kl c'est ce, que je nie propose de vous apprendre dans i'mstruciicn de ce jour,

1. Avant d'entrer en matière, je juge convenable de vous exposer quelques-unes des raisons pour lesquelles Dieu a voulu que les pauvres fussent secourus par les riches. Les saints Pères eu assignent un grand nombre ; je n'indiquerai que les' principalcs, dont la première est celle-ci: que les pauvres étant, comme les riches, les membres de " Jésus-Christ et de son Eglise, ils doivent être unis cuire eux non-seulement par la profession d'une même foi, mais encore par le moyen de la charité et de l'amour. Or, pour maintenir celle belle union parmi les chrétiens, et pour resserrer davantage le noeud sacré qui doit les unir, la divine Providence a voulu établir cette admirable réciprocité entre les riches et les pauvres , et celle charitable communication que les uns font aux autres de leurs biens. Elle a voulu que les pauvres reconnussent leur dépendance, qu'ils eussent recours aux riches dans leurs be: oins , et que ceux-ci vinssent à leur secours avec une générosité vraiment chrétienne ; car s'ils les abandonnaient dans leui ^fortune, : comment pourrait-on dire que la charité et l'union régnent parmi eux? 11 résulte de là un antre avantage, qui est qu'ils s'aident ainsi les nus les autres, et qu'ils se rendent service mutuellement. Les riches donnent aux pauvres les biens temporels, et ceux-ci les en récompensent par les biens spirituels de leurs prières. De même donc que les pauvres se montreraient ingrats si, se voyant secourus par les riches, ils leur refusaient le secours de leurs prières; ainsi les riches se montreraient injustcs,s'ils ne leur accordaient pas celui de leurs aumônes. La seconde raison pour laquelle Dieu a voulu que les pauvres fussent secourus par les riches, a été de porter ainsi les uns et les autres aie reconnaître comme étant celui de qui nous viennent tous les biens. Comme son but, en nous les accordant, est que tous les hommes y participent, il est juste aussi que tous les hommes unissent leurs voix pour le bénir et le remercier; les pauvres, parce qu'ils se voient as- Sislés, elles riches, parce qu'ils ont les moyens de les secou- .vii'. Mais §i les pauvres ne reçoivent rien, ou presque rien des

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riches, au lieu de bénir Dieu comme ils le doivent, au lieu (ta le remercier, ils se laisseront aller au contraire aux plaintes et aux murmures. En leur refusant l'aumône, les riches privent donc Dieu de l'hommage qu'ils lui doivent, et empêchent encore qu'il ne reçoive celui qu'il a droit d'attendre des pauvres.

2. Le troisième molil qui a porté Dieu à vouloir que les pauvres lussent assistés par les riches, a été le véritable intérêt et le salut éternel de ces derniers. Il leur a fourni par-là le moyen de mettre en pratique celle grande maxime de la religion chrétienne, qui est le détachement des choses de la terre, ainsi que nous l'enseigne l'apôtre saint Paul, en disant qu'il faut user des biens de ce monde comme n'en usant pas, les posséder comme si l'on ne pouvait disposer de rien , être prêt à en faire le sacrifice pour l'amour de Dieu, si l'occasion se présentait (1. Cor. 7. 30). Mais vous ne montrerez ce détachement, et vous ne le mettrez en pratique, qu'autant que vous ferez preuve de charité et de générosité envers les pauvres , en les assistant dans leur indigence. En second lieu, chacun sait que les richesses sont, pour l'ordinaire, des trésors d'iniquités^ des sources de malédictions. En effet, de combien d'excès et de désordres ne sont-elles pas la cause ? Combien de péchés ne commet-on pas, et dans lesquels on ne tomberait jamais, si l'on n'avait pas tant de richesses ? Vous êtes donc obligés de satisfaire à la justice divine par votre pénitence, et cette pénitence doit être proportionnée à la grièveté de vos fautes. Fallùt-il, pour cela, faire de longues prières, des jeûnes rigoureux, vous donner la discipline, porter lecilice, vous livrer à toutes les austérités, pratiquer toutes les mortifications, vous devriez le faire. Mais vous dites que vous ne pouvez pas faire de longues prières, à raison de vos affaires et de vos travaux : quant aux jeûnes, à peine poûvez-vous observer ceux qui vous sont prescrits parla sainte Eglise ; et, pour ce qui est des austérités. des cilices, des disciplines, ce sont là des mots dont la signification vous est inconnue. Cependant, il faut de toute nécessité que vous fassiez pénitence, que vous travailliez à satisfaire à la justice divine, et à expier vos fautes. Ah ! bénissczla bonté et la miséricorde de votre Dieu qui vous a fourni un moyen efficace pour y réussir, celui de l'aumône: Peccala lua clcemosinis redilne , cl iniquilales tuas misericordii* pauperum (Dan. 4. 24). Telles sont les raisons principales pour lesquelles Dieu a voulu que les pauvres fussent secourus par les riches.

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