VINGT-CINQUIÈME INSTRUCTION
Sur les paroles de la seconde partie du cinquième article. Il est ressuscité des morts le troisième jour.
Résurrection glorieuse de Jésus-Christ.
La résurrection glorieuse de Jésus-Christ est un mystère très important à connaître , étant un des principaux fondements de la religion chrétienne. Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, dit l'Apôtre (1. Cor. 15), notre foi est vaine, et la prédication de l'Evangile est inutile. Car,étahlissant notre foi sur sa parole, comment serions-nous assurés qu'elle est infaillible, s'il n'était pas ressuscité, selon la promesse qu'il en avait faite si souvent? Mais étant sorti des ombres du tombeau, et s'étant rendu la vie , comme il nous a donné par là une preuve très certaine de sa divinité, de même aussi il nous a enlevé tout motif de douter de son infaillibilité; et sa résurrection, qui nous engage invinciblement à croire qu'il est Dieu , nous engage conséquemment à croire que tout ce qu'il nous a révélé est essentiellement vrai. Dieu, dit saint Pierre (Ep. l.c. 1) a délivré son divin Fils de la mort en le ressuscitant, et Ta comblé de gloire, afin que nous crussions fermement en lui.CVst pour cela que les saints Apôtres s'attachaient avec tout le zèle possible à annoncer, dans leurs épitres et dans leurs autres écrits , le mystère de la résurrection préférablement à tout autre (I. Cor. 15, et Act. 2), parce qu'ils savaient bien que quand les peuples en seraient convaincus, ils ne feraient plus difficulté de croire toute autre vérité de rEvangile,que les chrétiens ne vacilleraient plus dans leur foiquand ils seraient bien établis dans la croyance de ce mystère. Voyons donc, dans l'instruction d'aujourd'hui, la réalité de la résurrection de notre divin Rédempteur, la gloire oui l'accompagna, et les fruits qui en résultèrent pour nous.
1. Jésus-Christ ressuscita glorieusement le troisième jour après sa mort cruelle. Voici la manière dont les Evaugélistes racontent cet événement merveilleux (Matth. 27. Marc. 15):Lc Vendredi, à trois heures, Jésus expira, et sur le soir du même jour, son corps sacré fut descendu delà croix à l'aide de Joseph d'Arimathie et de Nicodème et enseveli dans un sépulcre neuf. Le jour suivant, c'est-à-dire le Samedi, à la demande des Princes des Prêtres et des Pharisiens, le monument fut scellé par ordre de Pilale, et des sentinelles y lurent placées. Le malin du troisième jour , ou autrement le Dimanche , il se fit un g-and tremblement de terre, et un Ange du Seigneur descen-
dit du ciel. Cet esprit célesie,donll'aspect était bnllant comme le soleil, le vêtement blanc comme la neige, écarta la pierre qui couvrait le sépulcre, et s'assit dessus ;ce qui frappa d'étonnement les gardes, et les remplit d'une grande frayeur. Quelques femmes pieuses (Luc. 24)qui vinrent de bon matin a ce sépulcre , ayant vu la pierre renversée , et le monument ouvert, y entrèrent et n'y trouvèrent pas le corps de Jésus. Tandis qu'elles étaient à ce sujet étonnées et désolées, deux personnages leur apparurent revêtus d'habits resplendissants, et qui, pour les consoler,Icur adressèrent ces paroles:« C'est » en vain que vous cherchez parmi les morts celui qui vit. 11 » n'est plus ici, mais il est ressuscité. Rappelez-vous que tandis » qii'ilétaitencoredanslaGaliIée,lui-mê.mc vous a dit que le Fils » de l'homme devait être livré entre les mains des pécheurs, » être crucifié, et qu'il ressusciterait le troisième jour. S'étant rappelé les paroles du divin Maître, elles coururent annoncer aux Apôtres ce qu'elles venaient d'entendre; mais ces derniers croyant qu'elles déliraient, n'ajoutèrent pas foi à ce qu'elles leur disaient. Alors Pierre se transporta lui-même au monument; il n'y trouva que les draps dans lesquels le corps du Sauveur avait, été enveloppé, et s'en retourna plein d'etonnement de ce qui était arrivé.
2. De ce simple récit que font les Evangélistes , il résulte clairement que Dieu, pour rendre authentique la résurrection de son Fils, disposa, dans son infinie Providence, les choses de telle manière, qu'il fut impossible d'élever le moindre doute sur ce merveilleux événement , à moins qu'on ne voulût fermer malignement les yeux à la lumière de la vérité. Premièrement il permit que la pierre fut, d'après la' résolution des .!uifs, scellée par l'autorité publique, que des soldats fussent placés autour du tombeau pour le garder, et empêcher que personne ne pût en approcher. S'il avait été abandonné et que. l'on n'eût pas employé toutes ces précautions , les ennemis de .Jésus-Christ auraient pu dire que ses disciples y étaient entrés furtivement, qu'ils en avaient enlevé le corps qui y gisait,et que sa résurrection était une imposture inventée par eux. C'était là,en effet,la crainte qu'éprouvaient les principaux de la Synagogue, lis n'avaient pas oublié que Jésus encore vivant avait dit que dans trois jours il ressusciterait; ainsi,craignant que ses disciples ne vinssent Penlever,d'après l'idée qu'ils s'en étaient formée, ils redoutaient cpie si ceux-ci exécutaient ce projet, ils en prissent occasion de tromperie peuple , et que cachant le corps de leur divin Maître, ils ne voulussent donner à entendra
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faussement aux simples que ce qu'il avait prédit s'était réalisé. SI cela arrive, disaient-ils dans leur conciliabule , les précautions que nous avons employées jusqu'à présent pour détruire cette secte nouvelle, seront inutiles, et la mort que nous avons fail subir à son chef ne servira qu'à la rendre plus nombreuse ej plus forte. Us résolurent donc d'user de tous les moyens imag'nables pour prévenir cet enlèvement; et, comme ils étaient obstinés et incrédules, ils se flattaient qu'en empêchant cet attentat, que leur malice leur faisait soupçonner , ils pourraient facilement persuader à tous que Jésus-Christ n'avait été qu'un séducteur, et que sa faction, étant ainsi anéantie et détruite, il n'en serait plus désormais question (Jerem. li).
3. Mais combien i1 est vrai qu'il n'y a point de sagesse , de prudence , ni de conseil qui soit un obstacle à l'accomplissement des desseins du Seigneur (Prov.2l) ' 11 dissipe et réduit au néant les vaines pensées des hommes (Ps. 32), il sait exécuter ses projets éternels par les moyens mêmes qu'emploient les impies pour en suspendre ou en arrêter la réalisation. A. quoi aboutirent toutes ces précautions des chefs de la Synagogue, sinon à rendre ce grand miracle plus évident et plus certain? L'iniquité a mentie à elle-même (Psal. 26),car ces soldats qui furent placés à la garde du monument, devinrent les témoins de ce merveilleux événement ; et quel témoignage moins suspect que celui-là ? Etant rentrés dans la ville ils racontèrent aux Princes des Prêtres exactement ce qu'ils avaient entendu et ce qu'ils avaient vu, et ces chefs ne pouvant élever le moindre doute sur ce que ces soldats leur déclarèrent , puisqu'ils étaient en grand nombre , et quXs s'accordaient tous dans leurs dépositions; écoutez, mes Frères, à quel misérable expédient recourut la malice de ces impies. Us offrirent une grande somme d'argent aux soldats, afin qu'ils dissent tout le contraire de ce qu'ils avaient dit , et qu'ils publiassent dans la ville que, pendant qu'ils dormaient, les disciples de Jésus- Christ étaient venus pendant la nuit, et qu'ils avaient enlevé son corps (Malth. 28). Par ce nouveau stratagème , au moyen duquel ils cherchèrent à obscurcir la vérité de cet admirable événement, ils le rendirent plus manifeste, et eux-mêmes le connurent et leconfessèrent,puisquepour effectuer leurs mauvais desseins ils furent contraints de se servir du mensonge; mensonge d'ailleurs trop évident,et qui,aulieu de combaltrela résurrection de Jésus-Christ, la confirme davantage. Quelle croyance, en effet, peut-on accordera des témoins qui avouent qu'ils dormaient, tandis qu'arrivait révénementsur lequel ils déposent?
Et <fui pourra jamais cire convaincu que cette énorme pierre qui couvrait le sépulcre ait été remuée cl écartée avec tant de facilité , et avec un silence si grand, qu'aucun de ceux qui le gardaient n'ait pu être éveillé? D'ailleurs, n'est-il pas incroyable que les disciples de Jésus qui, au moment où leur divin Maitre était arrêté, furent saisis d'une telle crainte que, l'ayant abandonné, ils prirent tous la fuite , aient pu avoir le courage de rompre le sceau que Pilate y avait placé, de mépriser l'autorité publique, de ne pas craindre la vigilance ella force des soldats ? Mais supposons qu'ils aient eu cette audace ; dans quel but s'exposer à un aussi grand danger? Car, ou ils étaient persuadés et ils croyaient fermement que Jésus-Christ devait ressusciter, ou ils en doutaient; s'ils en étaient persuadés, ils n'avaient donc aucun motif qui les déterminât à accomplir un si téméraire projet; au contraire tout devait les en détourner; car s'ils avaientélé découverts,comme ils pouvaient l'être facilement, aucun d'entreux n'aurait pu désormais rendre témoignage à la vérité. S'ils en doutaient, et qu'ils eussent voulu entrer dans le sépulcre pour mieux s'assurer de celle résurrection, ils auraient été détrompés en voyant que le corps était dans la même position dans laquelle ils l'avaient placé, et découvrant qu'ils avaient été induits en erreur par leur Maître, ils n'auraient pas été si insensés (pie de vouloir s'exposer aux persécutions , aux chaînes , aux supplices et à la mort pour soutenir en face du monde sa résurrection , qu'ils auraient reconnue être une imposture. D'où il résulte que la raison veut qu'on croie ce que les soldats racontèrent d'abord du tremblement de terre qu'ils ressentirent, de l'apparition de l'Ange, de l'ouverture du sépulcre, et non ce qu'ils déclarèrent après avoir été corrompus parl'or et les exhortations des chefs de laSynagogue, en se contredisant eux-mèmes,parles bruits qu'ils firent circuler dans le public de l'enlèvement par ses disciples de Jésus crucifié.
A. Outre ce témoignage invincible de ses ennemis, Jésus- Christ fit appuyer sa résurrection d'autres preuves par lesquelles il put la confirmer davantage , aux yeux de tous les hommes. 11 voulut que les corps de beaucoup de saints personnages qui étaient morts longtemps avant lui ressuscitassent, et que, sortis de leurs monuments , ils fussent transportés à Jérusalem et se fissent voir à un grand nombre de Juifs. 11 voulut que les Anges annonçassent aux pieuses femmes ce grand événement. 11 daigna lui-même apparaître aux yeux dfl Ses disciples, parler et converser visiblement avec eux. Il se Ri
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voir el parla à Magdeleine, il se manifesta également aux deux disciples qui allaient à Emïnaùs , et s'entretint avec eux ; les Apôtres jouirent de la même laveur. Mais le divin Sauveur ne s'en tint pas là, il se manifesta encore à plus de cinq cents disciples qui étaient réunis (1. Cor. 15), et afin qu'on ne pût pas dire qu'il n'était qu'un fantôme, il voulut témoigner par les preuves les plus incontestables et les plus certaines, nonseulement qu'il était ressuscité, mais encore que le corps que ceux-ci voyaient était celui qu'il avait avant de mourir, et voici comment :
5. Les Apôtres étaient réunis avec un grand nombre d'autres fidèles (Luc. 24. Jo. 20), et tandis que Cléophas et son compagnon racontaient à cette assemblée ce qui leur était arrivé dans le voyage d'Emmaùs, comment le divin Maitre les avait accompagnés jusqu'à ce bourg, en leur expliquant les figures qui sont renfermées dans les livres de Moïse , et les oracles des Prophètes , comment étant ensemble à table il se manifesta à eux et comment ils finirent par le connaître avec certitude : tandis qu'ils racontaient ces choses, il apparut toutà-coup au milieu de celte multitude , el leur adressa ces paroles : « Que la paix soit avec vous , c'est moi , ne craignez » pas. » Etonnés et troublés de celle visite, ils croyaient voir un esprit, et le Sauveur ajouta : « Pourquoi vous troublez- » vous, et pourquoi s'élèvc-t-il tant de différentes pensées dans » vos cœurs ? Regardez mes mains et mes pieds : c'est moi- » même. Touchez-moi , et sachez qu'un esprit n'a ni chair , » ni os, comme vous voyez que j'en ai.» Après leur avoir dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. Mais comme ils ne croyaient point encore que ce fut lui-même, il leur dit : Avez-vous quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent aussitôt un morceau de poisson rôti et un rayon de miel. Après qu'il eût mangé devant eux , il proféra ces paroles : « Voilà ce » que je vous disais étant encore avec vous : qu'il fallait que » tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse , clans les » Prophètes et dans les Psaumes s'accomplit. » Et en même temps il leur ouvrit l'esprit, afin qu'ils entendissent les Ecritures. Thomas n'était pas dans ce moment avec eux. Comme on lui racontait ce qui s'était passé , il ne voulait pas se déterminer à les croire; et quoique les autres Apôtres et les autres discipleslui assurassent unanimement qu'ils avaient vu le Seigneur, il protestait qu'il ne croirait jamais s'il ne voyait de ses propres yeux les marques des clous dans les mains de son P»édempteur, et s'il ne touchait la plaie faite à sou flanc. Huit jours après,
les disciples s'étant rassemblés de nouveau, et Thomas se trouvant en leur compagnie , Jésus entra , les portes étant fermées, et s'étant avancé au milieu d'eux, il les salua, en leur annonçant la paix.. Ensuite s'étant tourné vers Thomas : « Ap- » prochez-vous , lui dit-il , et voyez mes mains; examinez la » plaie de mon côté, et enfoncez-y le doigt, afin que désor- » mais vous ne soyez plus incrédule, mais fidèle. » A ce reproche, Thomas convaincu et repentant, le reconnut et le confessa pour être son Seigneur et son Dieu.
G. Après ces preuves irréfragables et multipliées par lesquelles Jésus-Christ a voulu rendre manifeste la vérité de sa résurrection, comment les incrédules auront-ils encore la témérité de la nier? Pourront-ils encore rejeter le témoignage des Apôtres qui racontent ces faits, et nous assurent que le Rédempteur est vraiment ressuscité? Pourront-ils dire encore que ces apparitions ne furent que l'effet de leur imagination exaltée, qu'ils furent trop simples et trop crédules, en prenant pour dos choses réelles ce qui n'était que de pure apparence? Mais la difficulté qu'ils liront dès le commencement d'ajouter foi aux récils des pieuses femmes qu'ils traitèrent de fanatiques (Luc. 24. 11); le désir qu'ils eurent de voir de leurs propres yeux ce qu'on leur assurait être arrivé (Jo. 20), leur empressement à visiter en personne le sépulcre, et l'incrédulité de Thomas ne nous permettent pas dé soupçonner ni simplicité, ni erreur, ni illusion; et la déposition unanime de tant d'autres qui virent aussi Jésus-Christ ressuscité, et la connexion de leurs témoignages avec ce qui arriva dans le tombeau, et dont les soldais eux-mêmes furent témoins, sont des arguments si convaincants, que la première fois que saint Pierre (in Ad. 2.4), prêcha publiquement sur les places de Jérusalem la résurrection du Sauveur, il convertit trois mille âmes, et que dans une autre occasion, préchant sur le même sujet, il en convertit jusqu'à cinq mille, qui crurent. Que dirons-nous ensuite de tant d'hommes si étrangers les uns aux autres, soit par leur pays, soit par la religion, de tant personnages illustres parleur naissance, célèbres parleur doctrine, qui se convertirent à la prédication des Apôtres, et qui ajoutèrent foi à tout ce qui leur était dit sur celle merveilleuse résurrection? Tous ceux-là étaient-ils ou moins éclairés, ou moins en garde pour ne pas se laisser induire en erreur, que ce pelil nombre d'hommes qui se vantent d'être des esprits forts, pan e qu'ils nient hardiment tout ce qu'ils ne comprennent pas ? L\e serait-ce pas une témérité trop grande que de vouloir ac-
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cuser ceux-là de stupidité et d'ignorance, et de prétendre que ceux-ci soient les seuls sages, les seuls prudents, les seuls éclairés? 11 faut donc conclure que si les premiers crurent ù la prédication des Apôtres, ils n'eurent aucune raison pour douter; et que si ces derniers se refusent à croire, ils n'ont d'autre fondement, pour en agir ainsi, que leur obstination et leur orgueil.
7. Après avoir démontré la vérité de la résurrection de Jésus-Christ, examinons quelle fut la gloire qui l'accompagna. Et ici ne croyez pas, mes Frères , que les Apôtres nous parlant de la résurrection de Jésus-Christ, n'aient d'autre but que de nous faire comprendre qu'il a véritablement brisé les liens de la mort. La résurrection est sans doute une chose merveilleuse, puisqu'elle est au-dessus des lois de la nature; mais elle n'est cependant pas unique , puisqu'elle est arrivée à l'égard de plusieurs. Ils veulent donc nous apprendre que ce fut par sa propre puissance qu'il triompha de la mort qu'il avaitvoulu subir volontairement , que ce fut par sa propre vertu qu'il rendit la vie à son corps dont on n'avait fait qu'une plaie, et qui avait été déposé dans le fond du sépulcre. C'est en cela que consiste le merveilleux et la gloire d'une si étonnante résurrection. De tous les morts ressuscites dont il est question dans l'ancien et le nouveau Testament , de tous ceux dont il est fait mention dans l'Histoire ecclésiastique, en est-il un seul qui puisse s'attribuer la gloire de s'être ressuscité lui-même? ( ela est impossible aux forces humaines, et rappeler les morts du tombeau est une œuvre qui n'appartient qu'à Dieu. Jésus- Christ a été le seul qui ait pu se ressusciter; c'est pour cela qu'il dit (Jo. 10. 18), quelque temps avant de mourir, qu'il avait le pouvoir de sacrifier sa vie , comme aussi celui de se la rendre, et que répondant aux Juifs incrédules qui lui demandèrent une preuve de sa mission : « Vous détruirez ce temple » leur dit-il (Jo. 2. 19), parlant de son corps, et moi je le rc- » bâtirai en trois jours. » De même qu'il était le vrai Fils de Dieu, égal à son Père éternel (Jo. 5. 26), de même aussi il avait la vie en lui-même, comme son l'ère; et comme le Père ressuscite et vivifie les morts, ainsi pareillement le Fils communique la vie à qui il veut. La divinité n'ayant donc jamais été séparée du corps , tandis qu'il était dans le tombeau, ni de L'âme quanJ elle descendit aux limbes, la vertu divine résidait autant dans le corps que dans l'urne , et par cette même vertu il avait la puissance d'unir de nouveau le corps à l'âme, et de faire ren* irer celle-ci dans le corps et de le vivifier.
8. D'où il résulte que la seule résurrection de Jésus-Christ répara avantageusement les opprobres dont il avait été accablé pendant le cours de sa vie mortelle, et rendit à son nom cette gloire qui avait été comme obscurcie à l'époque de sa passion ignominieuse. Il avail fait, il est vrai, des choses merveilleuses cd vivant avec les hommes, non-seulement par la puissance de sa parole , mais encore il avail démontré par les miracles les plus admirables que son Père l'avait envoyé sur la terre, qu'il ne faisait qu'une seule et même chose avec lui , qu'il ne mentait pas, et qu'il ne proférait non plus point de blasphème quand il déclarait qu'il était Fils de Dieu. C'est pour cela que la foule le suivait, qu'on cherchait à le faire roi, et quand il eut ressuscité Lazare , et qu'il entrait à Jérusalem , elle alla à sa rencontre avec toute la pompe possible, le proclamant le Messie, et Roi d'Israël. Mais quand on se fut emparé de lui dans le jardin des Olives, quand il fut condamné, quand il fut crucifié, alors toutes les acclamations cessèrent; ses disciples mêmes furent scandalisés, et l'ignominie de sa croix effaça dans le peuple celte impression qu'y avait faite l'éclat de ses miracles précédents. S'il n'était pas ressuscité, qui jamais aurait ajouté foi à ses paroles, qui jamais se serait déterminé à croire qu'un homme condamné commeséducteur,attachéà une croix comme un voleur, et sujet comme tous les autres à la mort et à la corruption rat vraiment le Fils de Dieu? De quel front les Apôtres auraient-ils pu se montrer sur les places publiques et prêcher sa divinité dans Jérusalem à un peuple qui l'avait vu mourir, et sous les yeux de qui était le monument dans lequel il avail été enseveli? Or tous ces préjugés s'évanouirent quand, se ressuscitant lui-même par sa propre vertu , il sortit du sépulcre, et quand sa glorieuse résurrection ensevelit , selon l'expression de saint Pierre Chrysologue, l'infamie de sa mort. 11 recouvra alors celte opinion et cette estime que ses ennemis s'étaient efforcés de lui enlever, et son nom devint d'autant plus célèbre qu'on ne pouvait plus élever aucun doute sur la doctrine qu'il avait prêchée, puisqu'on avait vu s'acromplircn tout point ce que les Prophètes avaient prédit, et ce que lui-même avait promis tant de fois. Dès-lors, la résurrection de Jésus-Christ était le sujet ordinaire des prédications des Apôtres , et ne cessant d'annoncer cette vérité en ton-; lieux et en toute occasion , ils finirent par soumettre l'univers entier à la croyance que Jésus-Christ était vrai Dieu.
9. Nous devons faire observer une autre circonstance qui rend la résurrection de Jésus-Christ d'autant plus célèbre cl
glorieuse, qu'elle est distinguée de celle des auires hommes qui furent rappelés à la vie après leur mort. Le ils d'une veuve fut ressuscité (3. Reg. 17. 22) par les prières d'Elic. La fille d'un Prince de la Synagogue (Ylar. 5. 42) ressuscita au commandement de Jésus-Christ, ainsi que le fils de la veuve de Naïm(Luc. 7. 15), et Lazare (.lo. 11). Dans les actes des Apôtres, nous voyons encore que ce divin Sauveur rendit la vie à une femme appelé Tabite, «à la demande de Pierre , et saint Paul l'a rendit à un nommé Eulicus : mais tous ceux-là ne ressuscitèrent qu'à une vie mortelle, et pour être sujets comme tous les autres hommes aux travaux, aux misères, aux infirmités et derechef à la mort; d'où il résulte qu'après avoir vécu encore pendant le temps que Dieu leur avait accordé , ils rentrèrent de nouveau dans le tombeau (Aug. in Psal. 125). Il n'en est pas ainsi de Jésus-Christ: il ressuscita à une vie, non plus fragile, fatigante et abjecte, mais à une vie immortelle, heureuse et glorieuse. Nous savons, dit saint Paul (Rom. 6), que Jésus-Christ une fois ressuscité ne meurt plus, et que la mort terrassée et vaincue par lui ne pourra plus avoir sur lui aucun empire. Ainsi son corps, dépouillé de toutes ses faiblesses humaines, de sa fragilité et de ses misères, sortit du sépulcre, doué de qualités divines. 11 en sortit subtil , ayanj eu le pouvoir par-là même de pénétrer la pierre du monument, et d'entrer dans le cénacle, les portes étant fermées, glorieux et éclatant, puisqu'il répandit sur les gardes une lumière éblouissante, qu'il les remplit de frayeur et les dispersa. lien sortit agile, puisqu'il se transporta en un clin-d'œil dans différents endroits pour se manifester aux disciples éloignés les uns des autres. lO.Les qualités de ce corps sacré furent si grandes, si admirables et si merveilleuses, que les saints Pères (Ag. in exp. Epist. ad. Gai.) déclarèrent que Jésus-Christ ressuscita tout Dieu; car toutes les faiblesses de la chair ayant cessé, on ne découvrit en lui que la vertu de la Majesté divine , depuis que les faiblesses humaines avaient disparu. Lana'urc de la chair, ditCassien (L. de Inc. c. 5), s'est convertie en une substance spirituelle, et ce qui était autrefois de l'homme a été tout transformé en Dieu. Ce n'est pas que je veuille dire que le corps du Rédempteur ait été changé essentiellement dans sa résurrection, non. C'est le même qui fut flagellé, crucifié et enseveli, c'est le même corps composé de la même chair , des mêmes os, et du même sang. Mais la puissance divine à laquelle il était uni, et dont il était comme investi, sépara de lui toutes tes qualités qui sont les effets de la faiblesse humaine, ne lais-
SUR LE CIKQClêaE APTICr.E DU SYMBOLE. 58 1
sant que ccïles qui servaient à démontrer que sa chair était véritablement chair; d'où il résulte qu'il avait conservé sa forme naturelle, ses traits, ses manières, dît saint \ugustin (Epis t. 20 i, ad Cous.), mais sans aucun défaut: qu'il marchait sans être sujet à la lassitude; qu'il mangeait sans cire soumis î'i ce besoin qu'éprouvent tous les autres hommes. Ce fut alors que la qualité de Fils de Dieu , non adoptive , mais naturelle de Jésus-Christ se manifesta d'une manière évidente , car les qualités de la nature humaine, qui dans le temps de sa vie mortelle avaient été comme un voile épais cachant sa divinité, restèrent comme ensevelies dans la splendeur de sa gloire divine, qui éclatait de toute part; ce qui lit dire à l'Apôtre (2. Cor. 5) que s'il avait une fois connu Jésus-Christ selon la chair, il ne le çonnaissail plus j présent, puisque comme l'avoue Cassien (ibid.), quoique la chair de Jésus-Christ, après sa résurrection,soit la même, et que les deux natures divine et humaine ne soient pas confondues et restent distinctes, néanmoins l'humanité est comme absorbée en Dieu, de telle manière qu'à peine peut-on s'apercevoir qu'il a conservé un corps. Ce corps quant à la substance,dil le saint pontife Léon, est le même qui fut autrefois passible, qui fut mortel; mais ayant perdu tout ce qui était mortel et passible, il n'est plus le même quant à la gloire (Serai. 1. de Resurrect.).
11. Mais la résurrection de Jésus-Christ n'a-t-elle été avantageuse qu'à lui-même ? Non , mes Frères , elle l'a été encore pour nous , puisqu'en ressuscitant il nous a rendu participants de son triomphe et de sa gloire. De même qu'il est venu au monde, qu'il a souffert, qu'il est mort pour nous; de même aussi il esl ressuscité pour nous, et il nous adonné un gage certain que nous ressusciterons un jour nous-mêmes. 11 y avait deux vies, dit le Pontife saint Grégoire (41. in Ev. ) une mortelle , connue de tous les hommes, l'autre immortelle, inconnue au contraire à tous. Mais Jésus-Christ, le médiateur de Dieu et des hommes, descendit sur la terre; il prit l'une et nous montra la réalité de l'autre. « 11 sacrifia la » première, en mourant, et nous démontra la seconde, en » ressuscitant. Si à nous , qui n'avions connaissance que de » la vie mortelle, il avait promis la résurrection de la chair sans » nous en donner aucune preuve sensible, qui aurait cru à » ses promesses? C'est pour cela (pie s'étant fait homme il » apparut à nos yeux revêtu de notre chair, qu'il se soumit » volontairement à la mort , qu'il ressuscita par sa propre » vertu et nous montra en lui-même celle récompense qu'il
» nous avait promise. » Si .lésus-Clirisl est ressuscité , disait à cet égard l'Apôtre ( 1. Cor. 15 ), qui peut douter que les morts ne ressuscitent un jour comme lui? De même que la mort a pris naissance dans un homme, ainsi la résurrection des morts puise son origine dans on seul homme ; et comme tous meurent dans Adam , ainsi tous nous serons vivifiés en Jésus-Christ. Aussi s'appelle-t-il dans les Ecritures, le premier-né et les prémices des morts,parce que ce fut lui qui le premier ressuscita pour une vie immortelle, et que par-là il nous mérita la grâce de ressusciter un jour à la même vie (ihid. et ad Cor. 1.15. et Apocal. 1).
12. Le grand bien que nous procura la résurrection de Jésus-Christ , fut l'assurance de ressusciter un jour comme lui , impassibles, immortels, glorieux , pourvu qu'étant dans cette vie présente morts au péché, nous ne vivions que de son esprit. Si nous avons été entés en lui, dit l'Apôtre ( Rom. 6) par la ressemblance de sa mort , nous le serons pareillement par la ressemblance de la résurrection glorieuse ; si nous sommes morts avec Jésus-Christ , croyons que nous vivrons dans la société de Jésus-Christ. Aussi saint Augustin fait-il observer avec beaucoup de raison, à l'occasion des paroles de saint Paul touchant Jésus-Christ ( Rom. 1 ), qu'il fut prédestiné Fil; de Dieu parla résurrection des morts , c'est-à-dire de ceux qui lui appartiennent: car, ditle saint Docteur, c'est de ceux-làqu'il est proprement le Prince et le chef (in Exp. ad Rom. ) ; et ceux-là exclusivement ressusciteront comme des membres vivants de son corps , pour vivre et régner avec lui éternellement. Ah! que nous serons heureux, mes Frères, si nous nous tenons bien unis à Jésus-Christ, nous abstenant de l'œuvre du péché et vivant dans la charité et dans la justice ! Nous ressusciterons un jour comme lui (Phil. 3 ), et il réformera le corps que nous portons , ce corps aujourd'hui si pesant et si misérable , en l'assimilant au sien resplendissant et glorieux. Oui, notre corps aujourd'hui sujet à la corruption, deviendra incorruptible (1. ad Cor. 16). Ce corps abject et ignoble sortira de la terre entouré de gloire; ce corps caduc et faible deviendra vigoureux et robuste: ce corps si lourd aura un jour le privilège d'être léger; et nous élevant des entrailles de la terre, immortels et incorruptibles, nous chanterons triomphants: Où est, ô mort, la victoire? Où est, 6 mort, ton uiguillon ? Rendons des actions de grâces à Dieu de ce qu'il daigne nous accorder un tel triomphe, par le moyen de iésus- Christ Noire-Seigneur.
13. De cette grande félicité que Dieu nous promet, et dont h résurrection de Jésus-Christ est an gage très certain, que devons-nous conclure , mes Frères? Ce qu'en conclut saint Paul ( Col. 3 ) : « Vous êtes morts , et votre vie est cachée en » Dieu avec Jésus-Christ. Quaiid apparaîtra Jésus-Christ qui » est votre vie, alors vous serez admis à partager sa gloire avec » lui. Mortifiez donc les membres de Phomme terrestre qui » est en vous, en vous préservant delà fornication, de Tirn- » pureté, du libertinage , des mauvais désirs, de fa varice, m excès, qui autrefois ont fait tomber la colère de Dieu sur » les enfants rebelles à la vérité et désobéissants. Mainte- » nant renoncez donc à la colère , à l'aigreur, à la malice, à » la médisance, au blasphème. Que les paroles déshonnèles » soient bannies de voire bouche. N'usez point de mensonge » les uns envers les autres, en un mot dépouillez-vous du vieil » homme, et vous revêtant de l'homme nouveau, ayez comme » des élus de Dieu des entrailles de miséricorde; soyez bons, » humbles, modestes, patients, et par-dessus tout ayez la » charité qui est le fondement de la perfection. Femmes, soyez » donc soumises à vos maris; et vous, maris, aimez vos lem- » mes, ne les traitez point avec aigreur et rudesse. Enfants, » obéissez à vos parents; et vous Pères, n'irritez point vos » enfants par une trop grande sévérité. Serviteurs, obéissez » aussi à vos maîtres en toute simplicité de cœur, craignant » Dieu , et autant que cela est possible , faites-le de bon cœur, » comme le faisant pour le Seigneur et non pour les hommes » sachant que vous recevrez de lut l'héritage du ciel pour ré- » compense de votre fidélité. » Voilà la conclusion que tire saint Paul, et si nous exécutons exactement ce qu'il vient de nous prescrire, si nous combattons pendant les jours de notre vie comme le Seigneur , et si nous triomphons comme lui , ressuscitant à son exemple, nous régnerons éternellement ave • tai(l.Tim. 2).
Fruits que nous devons retirer de la résurrection de Jcsus-Christ.
De même que notre foi ne doit pas être stérile, mais au contraire active ; ainsi il est nécessaire que, dans les choses mêmes qui sont l'objet de notre foi, nous puisions ces enseignements qui servent admirablement à bien régler notre conduite. Tous les mystères divins non-seulement renferment des vérités qui contribuent à exercer notre foi, unis ils non»
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présentent encore îles doctrines pratiques qui servent à diri gcr et à sanctifier nos actions. Quelle instruction devons-nous donc retirer du mystère de la résurrection de notre divin Rédempteur? C'est ce qui formera le sujet de la présente instruction , dans laquelle je vous montrerai en premier lieu, par la résurrection de Jésus-Christ, qu'une àme qui est morte à la grâce ne doit pas ressusciter en apparence, mais véritablement, en se convertissant de cœur à Dieu: j'y ajouterai en second lieu les signes les plus certains d'après lesquels vous pourrez distinguer les vraies conversions d'avec les apparentes. 1. D'abord, pour jeter une plus grande lumière sur ce sujet, il convient de vous dire avant tout que comme le corps a son genre de mort, de même aussi l'âme a le sien. De même que l'âme est la vie du corps , ainsi , dit saint Augustin (Serm. 62. de Vcrb. Evang. Matth. cl), Dieu est la vie de l'âme. De même que le corps meurt si l'âme s'en sépare , de même aussi l'âme meurt si elle perd Dieu. Dieu perdu cause la mort de l'âme, comme l'âme séparée du corps cause sa mort. Or, à ces deux morts correspondent deux résurrections; la résurrection du corps qui arrivera au dernier jour du monde, et la résurrection de l'âme qui a lieu quand le pécheur revient, à Dieu. Mais entre l'âme et le corps il y a cette différence que, comme le corps ne doit mourir qu'une seule fois , ainsi il ne ressuscitera qu'une seule fois ; l'âme au contraire pouvant mourir plusieurs fois spirituellement, peut aussi ressusciter spirituellement plusieurs fois; et si après être ressuscilée, elle perd de nouveau sa vie, qui est Dieu, il lui est est encore possible de se la procurer derechef. \h ! malheureux que nous serions, si,après avoir retrouvé cette vie de notre àme, et si après l'avoir perdue encore, nous ne pouvions plus désormais la recouvrer. Nous sommes déjà ressuscites une première fois dans le baptême à la grâce divine, à laquelle nous étions morts au moment de notre naissance, puisque nous sommes nés pécheurs. Que serait-il de nous, si , en y mourant derechef par le péché, il ne nous restait plus d'espérance de ressuscitera une vie nouvelle? Mais consolonsnous, ô mes chers Frères, parce que si en péchant nous avons donné follement la mort à notre àme , la charité du Seigneur nous fournil un moyen de la ressusciter; et si le baptême nous a rendu celte vie spirituelle , dont nous étions privés parle péché originel, la pénitence a la vertu de nous restituer la même vie, si elle nous a été enlevée par le péché mortel. De mémo donc que le péché est la mort de l'âme , puisqu'il
en est le meurtier en la séparant de Dieu , de même aussi la pénitence est sa résurrection, puisque c'est elle qui la ranime en l'unissant de nouveau à Dieu.
2. 0 vous donc qui dormez, dit saint Paul (Eph. 5), c'est-àdire qui êtes morts par l'effet du péché, réveillez-vous, et sortez du sein de la mort. Jésus-Christ , dit saint Augustin (1. 4. de Trinit.cï.),par son unique résurrection, nous a procuré et celle du corps et celle de l'àme. Mais la résurrection de notre corps se fera indépendamment de nous et par la seule puissance divine , tandis que celle de notre âme ne peut avoir lieu sans notre coopération. 11 faut donc que nous agissions d'accord avec la grâce, et que nous ne cessions de travaillera sortir de cet état de mort. Youdriez-vous, Chrétiens, qui êtes dans le tombeau du péché , rester dans ce malheureux état par votre faute ? Si telle était votre funeste résolution, vous n'auriez point de part à la résurrection de Jésus-Christ, car celui qui ne ressuscite pas aveclui par sa grâce, ne ressuscite pas avec lui pour la gloire.
3. Mais ici, 6 mes chers Frères, je ne voudrais pas que vous dussiez à vous tromper, et à vous persuader que,pour recouvrer la vie de l'àme que vous avez perdue par le péché , et pour ressusciter spirituellement à la grâce, il suffit de se jeter aux pieds d'un Prêtre, de confesser ses fautes, en se frappant la poitrine, et de donner des signes extérieurs de pénitence,soit par l'aUitude,soH par les paroles. Toutes ces actions se font par les pécheurs , lesquels nonobstant ces belles apparences, ne sortent pas pour cela de la mort; et l'on peut dire d'eux , qu'ils semblent vivre aux yeux des hommes , mais qu'effectivement ils sont morts (Ap. 3). Afin que la résurrection de l'âme soit vraie et sincère, il est nécessaire que la pénitence soit vraie et sincère; et elle l'est quand elle est accompagnée d'une douleur intérieure , d'un vrai déplaisir d'avoir offensé Dieu, et d'une véritable délestalion de ses fautes : les pleurs, les gémissements , les prostrations elles humiliations , sans cette délestalion et celle douleur, peuvent bien faire passer pour pénitent le pécheur devant les autres hommes ; mais ils ne feront pasq.i'il soil tel aux yeux de Dieu; et combien de fois n'arrive-t-il pas, dit le pape saint Grégoire (l\eg. /ast.c.9), qu'il se trompe misérablement lui-même en croyant aimer ce qu'il hait, et haïr ce qu'il aime ! De sorte que les mêmes inclinations , les mêmes attachements , les mêmes penchants, quoiqu'ils paraissent extérieurement détruits, subsistant en lui, comment l'àme peut-elle passer de la mort à la vie? Et
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tnnt que la grâce, qui seule peut la vivifier, ne rentre pas cri elle, elle demeure dans l'état de mort, et cette grâce ne peut pas rentrer en elle, si, par une sincère aversion du péché, elle ne se dispose pas à la recevoir ; car la grâce et le péché étant deux choses contraires, elles ne peuvent pas s'unir, l'une exclut l'autre. Or,riiorreur, que l'âme conçoit contre le péché, a seule la puissance de le chasser de son sein, et en l'en expulsant, elle y introduit à sa placela charité et la grâce. Afin donc,ô mes Frères, que votre résurrection spirituelle soit vraie comme le fut celle de Jésus-Christ, il est nécessaire que vous détestiez du fond de votre cœur le péché, que vous en ayez une véritable horreur. Sans celte détestation, et sans celte haine, vous pourrez bien extérieurement paraître ressuscites, mais vous ne le serez pas en réalité.
4. Dieu, en effet, qui seul peut rendre la vie au pécheur, exige indispensablement de lui celte condition , qu'il haïsse et qu'il déteste du fond de son cœur ses iniquités, et il lui promet qu'il vivra s'il l'accomplit. Peu m'importe, dit-il par la bouche du Prophète Joël (cap. 2) , que vous déchiriez vos vêlements, ce sont vos cœurs qu'il faut déchirer. Si vous désirez que votre âme vive, dit-il par Ezéchiel (c. 18), rejelez loin de vous vos prévarications, faites-vous un cœur nouveau, et un esprit nouveau, nouveau quant aux inclinations,nouveau quant aux désirs , nouveau quant aux affections. Si l'esprit et le cœur sont encore dominés par les mêmes passions, si les mêmes attachements subsislent encore en eux, s'ils se sentent encore portés vers les mêmes objets crimincls,on peut avouer, sans crainte de se tromper, qu ils sont les mêmes qu'auparavant. Pour qu'ils soient changés, et qu'ils deviennent nouveaux, il faut qu'ils détestent ce qu'ils aimaient, qu'ils désapprouvent ce qu'ils approuvaient, et qu'ils ressentent en euxmêmes un dégoùl pour les choses qui leur faisaient éprouver des jouissances criminelles. C'est ce que nous enseigne saint Paul (I. Cor. 5), quand il dit qu'il faut se défaire du vieux levain, et que la Pâquc doilse célébrer, non dans le levain de la malice et de l'hypocrisie, mais dans les azymes de la sincérité et de la vérité; el c'est ce que saint Pierre appelle mourir au péché, et vivre à la justice (Ep. Le. 2).
5. Mais, hélas ï combien j'ai lieu de craindre qu'elles soient rares les véritables résurrections ! combien j'ai lieu de craindre qu'une grande partie des chrétiens n'aient qu'une ombre vaine el uncsimple apparence de conversion! Quoiqu'ils s'approchent du sacrement île la Pénitence, qu'ils protestent de
ÇOB !.i: CJRQCIÊME ARTICLè L»C SYMBOLE. 287
leur horreur pour le péché, qu'ils promettent de ne plus le commettre , et que, moyennant ces protestations et ces professes, ils obtiennent l'absolution, je crains, nonobstant cela , que les sentiments intérieurs ne correspondent pas à ces manifestations, et qu'ils ne conservent un vif attachement dan- le fond de leur cœur pour les fautes auxquelles ils font semblant de renoncer, du moins par paroles. S'il en était ainsi, mes lïères,loul cet appareil extérieur de pénitence ne serait qu'une illusion, suffisant pour faire croire qu'ils sont ressuscites spirituellement, mais non pour faire qu'ils le soient en vérité ; car comment peuvent-ils être ressuscites à la grâce, s'ils ne sont pas morts au péché ? Désirez-vous quelques signes par le moyen desquels vous discerniez quand la conversion est vraie , et quand on doit juger raisonnablement que le pécheur tst spirituellement ressuscité avec Jésus-Guist ? Le Fils do Jieu nous les offre dans sa résurrection.
G. Lorsque les pieuses femmes, s'élant transportées de grand malin à son tombeau pour accomplir un devoir de piété et de charité envers le divin Rédempteur, eurent vu la porte du monument ouverte , et que n'ayant pas trouvé le corps de leur divin Maître, elles entendirent un Ange leur déclarer (Luc. 24) qu'elles cherchaient en vain celui qu'elles croyaient parmi les morts; qu'il n'était plus là : se rappelant alors ce qu'il leur avait prédit pendant qu'il vivait , elles connurent qu'il était ressuscité, et coururent toutes joyeuses en porter la nouvelle aux Apôtres. Voilà la première marque que le pécheur doit donner, afin qu'on puisse raisonnablement croire que sa conversion est vraie. Il faut qu'il sorte de son tombeau, et qu'on ne le trouve plus parmi les morts: s'il avait l'habitude de fréquenter certains lieux qui le portaient au péché, il faut qu'il n'y retourne plus;s'il aimait la compagnie de certaines personnes licencieuses et déréglées dans leurs mœurs, il faut qu'il y renonce. Kn(in,s'il se trouvait dans des occasions dangereuses, il faut qu'il les fuie avec soin, afin que tous puissent dire: Aon est hic: H n'est pas ici. On ne le voit plus dans ces sociétés où l'on ne cherche par les discours qu'à décréditer les maximes lie piété, ou qu'à répandre des doutessur les mystères les plus tertains et les plus sublimes de la religion. 11 ne va plus dans cette maison où se trouvait l'idole de son cœur. Il ne fréquente plus ce lieu où il consumait tant d'heures dans le jeu. 11 ne va plus aux théâtres, où autrefois il applaudissait aux chants les plus lascifs, et où il se faisait un plaisir d'assister aux bals les plus licencieux: Aun est hic. Quand un pé-
l'.SS XXVI. INSTRUCTION
cheur pénitent agira ainsi, alors on dira qu'il est sorti du sépulcre, et on pourra conclure de là, avec beaucoup de raison que sa pénitence est vraie : car l'éloignement des occasions, la séparation des objets dangereux, le renoncement entier et généreux à toutes ces choses qui servaient d'aiguillon et de provocation au péché, sont des signes certains que son cœur csl changé, que sa faute lui déplaît, et qu'il a une vraie et sincère volonté de ne plus la commettre.
7. Mais si un pécheur, au contraire, après s'être accusé de ses fautes, et avoir promis à son confesseur de ne plus en commettre , continue encore à rendre les mêmes visites, à entretenir, les mêmes rapports, à persévérer dans les mêmes liaisons à fréquenter les mêmes lieux , s'il s'expose encore aux mêmes occasions et aux mêmes dangers, on ne peut pas dire de lui qu'il est sorti de son tombeau ; au contraire on voit se réaliser envers lui ce que dit le Psalmisle (Psal. 48) que le sépulcre est son séjour habituel ; et il mérite d'être comparé à cet homme malheureux dont fait mention saint Luc(c. 8), qui étant possédé du démon , après avoir abandonné sa maison, avait llxé sa demeure dans les tombeaux. Ainsi , qui jamais dira qu'un tel pécheur est véritablement ressuscité, et qu'il est converti véritablement à Dieu? Qui se persuadera jamais qu'il déteste et ou"il a en horreur le pévhé, si, au lieu de prendre toutes les précautions possibles pour l'éviter, il se jette volontairement dans ces occasions qui,d'après l'expérience qu'il en a déjà laite, Ivâ causeront de nouvelles chutes/ Par une conduite sembla!. le, il donne clairement à comprendre qu'il n'a changé ni de pensées, ni de désirs, ni d'affections, que les mêmes inclinations se maintiennent vivantes en lui, que son cœur est encore livré aux mêmes attaches, et qu'en conséquence les larmes qu'il a versées, les protestations qu'il a faites aux pieds du conlesseur , ne furent que des actes d'hypocrisie pour le tromper. A.insi sa pénitence n'ayant pas été vraie, mais feinte, et sa douleur n'ayant pas été sincère et intérieure, mais apparen le et superficielle, qu'il ne se flatte pas que son âme soit ressusritée spirituellement à la grâce, non, qu'il oc s'en flatte pas , elle est restée dans la mort.
8. Le second caractère que doit avoir la pénitence, et qui servira à faire connaître si elle est vraie , est qu'elle soit accompagnée d'un renouvellement de vie , et d'un changement de mœurs. Non-seulement le divin Sauveur sortit du sépulcre en y laissant le suaire et le drap dans lequel il avait été enveloppé; mais il prit une vie toute nouvelle, et loul-à fait
différente de celle qu'il avait eue avant de mourir sur le Calvaire. Sa vie, dans sa chair mortelle, était une vie, sans doute divine, parce qu'il l'employait entièrement à procurer à son Père éternel toute la gloire possible; mais étant alors soumise aux infirmités de notre nature, elle était une vie d'humiliations, de souffrances, de douleurs, de pauvreté et de misères. Mais après la résurrection, non-seulement il a été délivré de toutes ses faiblesses, mais tout en lui est éclatant, tout est céleste, tout est glorieux. 11 est vrai qu'il a toujours le corps qu'il avait en venant au monde , mais sa chair est devenue en quelque manière spirituelle, elle n'est plus sujette ni à la faim, ni à la soif, ni à la fatigue, ni aux peines. Tout ce qui est en lui sert à manifester la grandeur de sa divinité. S'il traite avec ses Apôtres, s'il converse, s'il mange avec eux, il ne le fait pas par besoin, mais uniquement pour prouver la réalité de sa résurrection. S'il parle, s'il raisonne avec eux, il ne parle, il ne raisonne que pour les instruire sur les choses du royaume de Dieu ; et quoiqu'il vive sur la terre , il montre suflisamment que sa vie est une vie céleste.
9. Voilà le modèle que saint Paul propose à notre imitation (Rom. 6). !)c même que Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son Père , ainsi nous-mêmes nous devons marcher dans une nouvelle vie. Quomodô Christu* surrcxit à moi luis per qloiiam Putris, itù et nos in novitale vitœ ambidcmus. Si nous souhaitons de ressusciter spirituellement avec Jésus-Christ, il faut qu'à l'imitation de Jésus-Christ nous commencions à mener une nouvelle vie, lout-à-fait différente de l'ancienne ; que nous nous renouvelions dans l'intérieur de notre àme(Ir.ph. 4); que nous servions Dieu dans une nouveauté d'esprit ; que nous devenions des hommes nouveaux , des créatures nouvelles (Rom. 7) Et, afin (pie nous sachions en quoi doit consister ce renouvellement de vie , le même saint Paul nous le déclare : Déponentes tnendaciuut, loqunnini veritatem , unusquisqnecuni pro.rimo sito (Eph. 4). Si , auparavant, vous étiez accoutumés à tromper votre prochain, en employant des ruses, des mensonges, des duplicités, des fraudes, soyez dès aujourd'hui véridiques et sincères avec tous : Quifurab*- Uu,jamnon furetur; mayis autan luboret , operaudo màwbu» suis qnodbonum e$l, ni hnbeul nndelnbuat nécessitaient patirnti, Que celui qui volait le bien d'autrui ne s'abstienne pas seulement des injustices, des vols, des rapines ; mais, en outre, qu'il travaille de ses mains pour pouvoir faire l'aumône , et avoir de quoi secourir les iLdigenb . Omm* sermo malus ex ore veslre
-"'0 xxvr. nssTRueno*
non procédai : scd si quis bonus ad œdificationem fîdei,ut det fjraiiam audientibus.Qu'on n'entende plus sortir de votre bouche ues discours mauvais et des paroles scandaleuses ; mais que tous vos entretiens soient tels que sa foi en soit gloritiée , et que tous ceux qui les entendent en soient édifiés : Omnis amarttiido, élira, elindignatio, el clamor et blasphemia lollalur à vobis cum omni malitia. Estote autem invicein benigni, miséricordes, douantes invicem, sicul et Deus in Chnsto, donavit vobis. Que l'aigreur, la colère, l'indignation soient bannies de voire cœur; ne vous livrez plus aux emportements, aux blasphèmes, mais que tous voient que l'esprit de bonté , de miséricorde, de patience et de charité règne parmi vous. Enfin, l'Apôtre ne se contente pas que nous cessions de pécher ; il veut, en outre, que, dans nos actions, nous nous exercions surtout à pratiquer les vertus qui sont contraires aux vices qui dominaient en nous, selon ce qui est dit dans le Prophète royal (Ps. 33) : «Abstenez-vous du mal et faites le bien.» Si donc nous étions autrefois ténèbres à raison de nos actions vicieuses, que dès à présent nous soyons lumière dans le Seigneur par les actes de vertu que nous pratiquerons (Eph. 5) , et que, marchant comme des enfants de lumière , nous vivions de telle sorte que cette lumière brille aussi aux yeux des hommes, et que ceux qui ont été témoins de notre conduite déréglée , le devenant de nos mœurs chrétiennes, en prennent motif de glorifier le Père céleste (Matth. 5).
10. Une suffit cep^ .dant pas, mes Frères, que cette réforme dans nos mœurs s'opère extérieurement. Les hypocrites peuvent paraître vertueux; c'est en parlant d'eux que le divin Maitre (Matth. 7) les appela des loups dévorants couverts d'une peau de brebis, et qu'il les compara (ch. 23) à ces sépulcres blanchis qui paraissent beaux et brillants au dehors, mais qui, au-dedans, sont remplis d'ossements et de pourriture. 11 faut donc que nous nous renouvelions surtout intérieurement, et ce renouvellement s'opérera en nous quand nous commencerons à goûter les choses célestes, qui auparavant étaient insipides et ennuyantes pour nous. Si vous êtes ressuscites avec Jésus- Ghrist, dit l'Apôtre (Col. 3), recherchez les choses du ciel, où Mens-Christ réside à la droite de son Père, et que votre empressement , votre affection et votre goût soient tournés vers les choses spirituelles et divines, et non plus vers celles qui sont matérielles et terrestres. Si autrefois les spectacles , les bals, les théâtres avaient pour vous un attrait particulier, n'aimez plus que les cérémonies maintes, les prédications, les
catéchismes : Si autrefois votre esprit était imbu des maximes du monde, efforcez-vous d'y graver dès aujourd'hui celles de l'éternité , et que celles qui peuvent vous inspirer (Phil. 4) des sentiments de vérité, d'honnêteté, de justice, de sainteté, soient l'objet de vos méditations continuelles et de votre prédilection. Quand un pécheur se renouvellera ainsi intérieurement, il se renouvellera sans doute extérieurement dans ses mœurs ; et ce renouvellement extérieur , étant soutenu par celui du cœur et celui de l'esprit , il ne sera plus apparent et feint, comme celui des hypocrites , il sera réel, vrai, sincère; et dès-lors on pourra conclure avec certitude que ce pécheur est vraiment ressuscité ; car de même qu'un malade qui a pris goût à ces aliments qui auparavant lui paraissaient amers, est considéré comme un homme revenu en santé; de même aussi, quand un chrétien goûte les choses spirituelles et célestes pour lesquelles il n'avait que de l'indifférence, on doit conclure qu'il a recouvré la vie de l'âme.
1 S . Une troisième marque de conversion , c'est la constance dans le bien et dans ce renouvellement de vie dans lequel le pécheur est entré. La résurrection de .Jésus-Christ nous en fournit le modèle. Elle ne fut pas une résurrection passagère, maïs constante et durable. Jésus-Christ, dit saint Paul (Rom. 6) , en ressuscitant de la mort à la vie, ne meurt plus, et la mort n'a plus d'empire sur lui. le ne veux pas inférer de là que comme le divin Rédempteur, en ressuscitant , devînt immortel, le pécheur, en se convertissant, doive devenir impeccable; mais je veux seulement dire que la conversion du pécheur doit ressembler à la résurrection de Jésus-Christ. Ainsi, plus cette ressemblance sera grande, c'est-à-dire plus celte vie nouvelle sera stable et permanente, plus la vérité de la eonversiou sera certaine; et au contraire, plus elle sera inconstante , plus elle sera douteuse. La tristesse qui est selon Dieu, dit l'Apôtre (2. Cor. 7), produit la pénitence en procurant» l'âme un état stable et permanent ; c'est pour cela qu'écrivant à ceux de Corinthe , il leur recommande de se conserver fixes et invariables dans la vie nouvelle qu'ils ont embrassée ( 1. Cor. 15 ).
12. En effet, à voir un jeune homme qui auparavant était libre dans ses discours , licencieux dans ses conversations , immodeste dans son maintien, compagnon et ami de tous les débauchés, désobéissant à tous ses supérieurs; à voir, disje, ce jeune homme devenu honnête dans ses paroles, compose dans sa déman lie , ami des ^ens de bien, humble,
respectueux envers tous , sage , réglé dans sa conduite , pieux, et constant depuis plusieurs années dans ce changement de mœurs, qui ne dira pas que c'est la une œuvre de la grâce, et qu'il est vraiment converti? A voir une personne riche et jouissant de toutes les aises de la vie , qui autrefois était sans commisération envers les pauvres, vivant dans l'oisiveté, se livrant à tous les divertissements et à tous les plaisirs , <à voir, dis-je , celte personne , depuis qu'elle s'est approchée des sacrements, se maintenir dans le genre de vie qu'elle a embrassé , et qui est si opposé au premier , être libérale et pleine de charité envers les indigents, sévère envers elle-même, avoir en horreur les spectacles et les théâtres , et fréquenter au contraire les temples du Seigneur, qui pourra jamais clouter que la charité ne soit entrée dans son cœur, et qu'elle n'en ait absolument banni les passions? Mais peut-on porter un jugement semblable sur ces pénitents qui , pendant quelque temps, et avant d'être absous par le Prêtre, se font effectivement violence, s'abstiennent des visites < du jeu, s'éloignent des occasions dangereuses , et s'adonnent à la pratique des œuvres pies ; mais qui, aussitôt après avoir reçu l'absolution , retombent dans les premiers vices , et s'abandonnent de nouveau à leurs anciennes passions? Ceux-là sont comparés avec raison, par l'apôtre saint Pierre ( Epist. 2. c.*2 ) aux chiens qui retournent ù leur vomissement, et aux animaux immondes qui se plongent dans les mêmes immondices dans lesquelles ils ont coutume de se plonger. Tels sont ceux qui, la fête de Pâques une fois passée, fréquentent le jeu comme autrefois, hantent de nouveau les cabarets, ont avec les libertins les mêmes rapports qu'autrefois. Tels sont ceux qui , après être sortis Tune retraite spirituelle de quelques jours, où, séparés du monde, ils ont vaqué à la méditation et à d'autres œuvres de piété , promènent leur indolence et leur oisivelé dans tous les cercles, se montrent libres et licencieux dans les sociétés où ils accourent , avares quand il s'agit de payer leurs dettes, et prodigues quand il s'agit de plaisirs. Celte conduite n'indiquc-t-elle pas évidemment que dans le temps même qu'ils comprimèrent leurs passions, le feu de la concupiscence n'était pas éteint en eux, mais qu'il était seulement caché sous les cendres d'une pénitence apparente, et que, quoiqu'ils aient manifesté extérieurement par leur conduite qu'il y a eu chez eux une espèce de changement , ils ont néanmoins conservé darsleurs cœurs les mêmes dispositions perverses? Un aibre Lou , dit le divin Maître ( Matth. 27 ) ne peut pas ju oduu e d«i
mauvais fruits. Si leur cœur, mauvais comme il l'était , fut devenu bon, il ne produirait pas, immédiatement après l'absolution qu'ils ont reçue , les fruits mauvais de l'adultère, de la fornication, de l'injustice, du vol, du mensonge, du blasphème. 11 y a donc toute raison de croire , ou au moins de douter que leur conversion n'a pas été véritable, mais seulement apparente.
13. Je vous ai exposé jusqu'à présent les principaux caractères qui distinguent les vraies conversions des conversions apparentes et simulées ; examinez , mes Frères , si ces caractères se trouvent en vous. Pouvez-vous dire avec vérité que vous avez abandonné toutes les occasions qui vous exposent au danger de pécher , que vous êtes entrés dans une nouvelle vie , et que vous persévérez fidèlement dans ces résolutions que vous avez formées d'édifier le prochain par votre conduite? S'il en est ainsi, tranquillisez-vous, puisque vous avez raison de croire que votre àme est véritablement ressuscitée du péché à la grâce. Mais si, au contraire vous avez abandonné presque aussitôt la voie nouvelle dans laquelle vous étiez entrés , et, je dirai plus encore, si vous n'avez pas même encore changé de mœurs et de sentiments , si vous ne vous êtes pas encore éloignés des occasions qui vous portaient au mal, ne vous flattez pas que vos confessions vous aient rendu la vie , puisqu'une pénitence fausse ne peut pas produire une résurrection vraie. Cherchez donc, sans délai, à sortir de cet état malheureux où vous vous trouvez , en vous séparant à jamais des objets qui tant de fois vous provoquèrent au péché , en embrassant une vie qui soit tout-à-fait nouvelle , différente de celle que vous avez menée jusqu'à présent, et y persévérant constamment. Alors vous pourrez croire que vous êtes réellement convertis et ressuscites spirituellement avec Jésus-Christ.