‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 39 sur 45 · TRENTE-TROISIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

TRENTE-TROISIÈME INSTRUCTION

Sur les fruits du Saint-Esprit.

Après avoir consic.éré,dans l'instruction précédentc,les dons ine.slimables du Saint-Esprit, il convient d'examiner les marques auxquelles on peut connaître que ce divin Esprit habite dans notre àmc,et nous fait part de scs dons précieux. Comme on connaît la cause par ses effets, et un arbre par ses fruits , de même on peut conclure que FEspril-Saint habite dans un? àme, et lui communique ses faveurs, par les effets qi'ii produit en elle. Ces effets sont ce qu'on appelle les fruits de l'Esprit-Saint; et saint Paul,dans son épitre aux Galales (c. 5), en distingue douze, qui sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence et la chasteté. L'explication de ces effets admirables fera le sujet de cette instruction; et si vous êtes assez heureux pour reconnaître en vous ces fruits précieux, vous pourrez conclure avec assurance que le Saint- Esprit habite en vous, et qu'il vous rend participants de seu dons.

I. Le premier fruit de l'Esprit-Saint est la charité, par laquelle nous aimons Dieu par dessus toutes choses, et notre prochain comme nous-mêmes. Ainsi, mes Frères, si vousavez le bonheur de sentir en vous cette flamme de l'amour divin qui vous porte vers Dieu, de sentir votre cœur se remplir de joie et d'allégresse en pensant que Dieu est infiniment grand, infiniment saint, infiniment bon , infiniment parlait; si vous faites en sorte que son nom soit sanctifié, en procurant autant qu'il vous est possible sapins grande gloire; si vous êtes disposés a perdre tout au monde, plutôt que de perdre ce bien infini, plutôt que de déplaire à votre Dieu et de l'offenser; si votre charité s'étend encore sur votre prochain , et vous porte à faire, ou à désirer qu'on fasse pour lui tout ce que vous voudriez que Ton fit pour vous; si dans ses besoins spirituels ou corporels , vous lui apportez tous les secours qui sont en votre pouvoir, et que vous désireriez qu'on vous procurât à vous-mêmes dans de pareilles circonstances, alors vous pouvez conclure en toute sûreté que le Saint-Esprit habite en vous, et qu'il vous a enrichis de ses dons, puisqu'il i)'v a que lui qui puisse allumer dans nos cceurs ce feu deb

charité. Celui qui m'aime, dit lcsus-< hrist (loan. 14, 23), observera mes préceptes; mou Père l'aimera aussi , nous viendrons en lui,ef nous habiterons en lui. Dieu est tout charité,dit saint.lean (Ep. I.,4. 16), et celui qui pratique la charité, vit en Dieu, et Dieu vil en lui.

2. Mais que doit-on dire, au contraire, de ces chrétiens qui ne s'occupent que des créatures et d'eux-mêmes, qui travaillent uniquement à procurer à leur esprit et à leur corps toutes sortes de plaisirs et de satisfactions, qui ne trouvent leur bonheur que dans les choses méprisables de cette terre ; qui préfèrent offenser Dieu, perdre son amitié, plutôt que de déplaire aune créature, ou de se priver delà moindre jouissance; qui sont remplis de soin , d'attention et de compassion pour euxmêmes, et sans bonté, sans charité pour leurs frères, durs et cruels envers les pauvres? La charité de Dieu, dit saint.lean (Ep. t., 2., 15), ne réside pas dans ceux qui aiment le monde. Celui qui n'aime pas Dieu, ne le connaît pas, parce que Dieu est tout amour. Ceux qui commettent le péché, ajoute-t-il, ne sont pas enfants de Dieu, mais enfants du démon. El puisqu'ils ne produisent que des fruits d'iniquité, il est évident que ce n'est pas reprit-Saint qui habile en eux, mais l'esprit du monde et du déiuuii.

3. Le second fruit de l' Esprit-Saint est la joie, qui naît du témoignage d'une conscience droite et tranquille, qui réside dans une âme exemple de péché et de toute affection au péché , et qui méprise les fausses joies et les vains plaisirs du monde. C'est cette joie que l'apôtre saint Paul ressentait en lui-même (2. Cor., I ., 12) pour avoir toujours agi avec simplicité de cœur et avec sincérité, et pour avoir suivi non les suggestions de la chair, mais les impulsions de la grâce de son Dieu; c'est cette joie qu'il souhaitait aux Philippiens (c. i.,1), quand il leur écrivait de se réjouir toujours dans le Seigneur , d'être toujours joyeux et contents ; c'est cette joie qui fait trouver tant de douceur et de consolation aux âmes justes dans tout ce qu'il peut y avoir de plus dur et de plus pénible dans une vie chrétienne, pénitente et mortifiée. Aussi, le grand saint Athanase nous apprend-il que saint Antoine montrait toujours par la sérénité extérieure de son visage la joie intérieure qui régnait dans son àme; et Palladius rapporte que l'abbé Apollon voulait que ses moines fussent toujours joyeux ; que malgré les grandes austérités que pratiquaient ceux qui vivaient dans ces solitudes, on n'y voyait qu'allégresse et bonheur , cl qu'il eut été im- Dossible de trouver dans le monde des hommes aussi heureux

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el aussi contents. 11 n'y en avait pas un, parmi ces solitaires, qui fût triste et mélancolique. La tristesse et la mélancolie, disaient-ils, ne conviennent pas à des héritiers du ciel ; laissonsles en partage aux infidèles, aux partisans du monde et aux pécheurs; mais, dans les serviteurs de Dieu, elles ne doivent jamais se montrer, puisque l'Esprit-Saint lui-même nous a dit de le servir avec joie et avec allégresse (Ps. 99).

4. Et qu on ne me dise pas que les pécheurs et les partisans du monde sont toujours jv»yeux, qu'ils passent leur vie dans des conversations agréables, dans les plaisirs et le bienêtre, tand.sque les justes sont ordinairement persecutés,et jue leurs jours s'écoulent dans les ennuis, dans les peines et dans les larmes. Laissez, mes Frères, laissez les mondains se procurer toutes sortes de jouissances et satisfaire toutes leurs passions, ce n'est pas là un bonheur réel et qui puisse contenter le cœur. 11 leur arrive précisément, dit saint lean-Chrysostôme, ce qui arrive à ceux qui ont la fièvre, lorsque, dans la violence delà maladie, ils se précipitent dans l'eau pour se raffraichir et se désaltérer. Tandis qu'ils y sont plongés, il leur semble éprouver quelque soulagement; mais à peine en sont-ils sortis, que l'ardeur de la fièvre redouble, et la maladie en devient plus grave et plus difficile à guérir. De même, tandis que les mondains sont au milieu de leurs divertissements, dans les jeux , dans les théâtres, ils goûtent quelques plaisirs d'un moment; mais cette courte satisfaction leur fait éprouver ensuite un plus cruel supplice. Oui, mes Frères , toutes les consolations du inonde finissent par la tristesse, tandis que la joie de l'Esprit- Saint est durable et va toujours en croissant. Et, ce qu'il y a de plus merveilleux, c'estqu'elle se conserve et qu'elle est inaltérable au milieu des disgrâces, des peines et même des tourments. Témoins tant de martyrs qui, sous les coups des bourreaux , sur les chevalets et même au milieu des flammes, s'écriaient: Oh! combien il est doux, Seigneur, de souffrir pour votre amour ! Témoins tant de saints pénitents à qui les mortifications les pins dures, les larmes les plus amères qu'ils répandaient sur leurs péchés , étaient plus douces que toutes les joies et toutes les fêtes des mondains. Examinez donc , nés Frères, si votre joie est en Dieu et selon Dieu, ou bien si vous recherchez celle qui est selon le monde.

5. Le troisième fruit de I'Ksprit-Saint est la paix, cette paix que Jésus-Christ laissa à ses Disciples avant de monter au ciel, cette paix qui surpasse toutes nos pensées , comme dit

.-l'Apôtre, et dont la douceur ne peut être goûtée que par ceux

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qui l'ont reçue en partage; celte paix qu'éprouvent les âmes justes qui, après avoir mortifié et vaincu leurs passions, jouissent d'une merveilleuse tranquillité , et prennent leur repos dans la grâce el l'amitié de leur Dieu, Paix si douce et si désirable, que , selon saint Ambroise, quand Dieu n'aurait point promis d'autre récompense à la vertu, nous devrions faire tous nos efforts pour la pratiquer , afin d'obtenir ce don inestimable de la paix qui vient du Saint-Esprit. Celle paix est inconnue auxpécbeurs, nous dit l'Esprit-Sainl lui-même (Is. 48. ,22): Noneslpax impiis, dic'il Dominas. Ils la désirent, mais en vain. Ils la cherchent dans leurs trésors, dans leurs plaisirs, dans leurs crimes; mais ils ne la trouveront jamais, parce qu'ils ignorent, dit le Roi-Prophète (Ps. 15. 3), le chemin qui conduit à celte pari : Viam paris non cognoverunt. Ils ne sèmcnlque l'iniquité, et, par un juste jugement de Dieu, ils ne recueillent que disgrâces, inquiétudes et afflictions. 11 ne faut pas nous en étonner, dit saint Grégoire; leur conscience coupable est la cause de tous les troubles et de toutes les amertumes qu'ils ressentent dans leur cœur ; et , pour les apaiser, il n'y a pour eux d'autre remède que celui de renoncer au péché et de se réconcilier avec Dieu, s'ils veulent s'assurer par leur propre expérience qu'une conscience pure est toujours calme et tranquille, et qu'il n'y a de vrai bonheur dès celte vie que dans la possession de celte paix véritable que donne le Saint-Esprit.

6. Le quatrième fruit de cet Esprit divin est la patience, par laquelle nous souffrons avec résignation les adversités , les faligues, les persécutions , les infirmités et toutes les disgrâces de la vie. Par le moyen de celte patience, nous supportons encore tout ce qui peut nous arriver de fâcheux de la part de notre prochain , les médisances , les ruses , les injustices , les ingratitudes, ses défauts, certaines manières de faire qui nous déplaisent en lui , et qui sont contraires à notre manière de voir et d'agir. Rien plus, ce don de la patience nous aide à supporter nos propres défauts. 11 est nécessaire, dit saint François de Sales, de bien apprendre à souffrir certaines choses que nous ne pouvons pas éloigner de nous-mêmes, parce qu'elles sont l'apanage de notre faible nature , comme sont l'inégalité d'humeur et l'inconstance des désirs et de la volonté. C'est la patience qui nous aide à porter avec humilité le poids de nos imperfections, qui nous fait compatir à celles des autres, en même temps qu'elle nous les fait supporter avec constance.

/. Le cinquième huit tic l'Esprit-Sainl est ta bénignité, qui

rend l'homme plein de prévenance et d'afTabnilc envers toul le monde , soit dans sa conduite, soit dans ses discours. 11 y a des personnes qui ne savent jamais se plier, ni dire une seule parole de douceur et de bonté , surtout quand elles traitent avec des inférieurs. Assurément on ne peut pas dire qu'elles aient en elles-mêmes ce fruit de l' Esprit-Sain t. La bénignité , i end l'homme doux et débonnaire dans toutes ses paroles et dans toutes ses actions; et c'est pour cela que saint Paul écrivant aux Ephésiens('c. 4., 32), leur recommandait d'être pleins de bénignité les uns envers les autres : Etiole invicem benigni. Cette vertu est une grande marque de sainteté , et quand on voit une âme qui la possède , on peut conclure en toute assurance qu'elle est remplie du Saint-Esprit et de ses dons, puisque cet Esprit divin est appelé, dans le livre de la sagesse (c. 7., 23), Esprit de sainteté, de douceur et de bénignité. Elle brilla d'une manière admirable,cette belle vertu,dans le patriarche Abraham qui, pour éviter toute occasion de dispute et de contestation qui aurait pu s'élever entre lui et Loth, lui donna la libre faculté de choisir, dans la terre qu'ils habitaient, la partie qui lui serait plus agréable (Gen. 13., 8). Nous la trouvons encore dans tous les Saints, qui avaient le cœur si plein de cette bénignité, si bien disposé envers tous , qu'il leur fallait se faire violence , lorsqu'ils étaient obligés d'exercer envers leurs frères quelque ministère qui exigeait la sévérité; et encore prenaient-ils dans ces circonstances tous les moyens , tous les détours possibles pour ne pas sortir des bornes de la douceur. Oh ! quel plaisir on éprouve à traiter avec ces personnes qui à un bon naturel joignent une grande vertu ! Enlin l'on peut dire que la bénignité ferait de la terre un paradis, si elle était plus généralement répandue, et c'est ce qui doit nous engager à la demander avec instance cl à la pratiquer envers tous les hommes.

8. Le sixième fruit de l'Esprit-Saint est la bonté , qui nous porte à soulager notre prochain dans toutes les circonstances pénibles où il peut se trouver, à le regarder toujours avec bienveillance, et à faire du bien à tous selon nos facultés. Notre Père céleste nous donne lui-même un exemple continuel de cette bonté, en faisant chaque jour lever son soleil sur les bons et sur les méchants , en faisant tomber la rosée du ciel sur le champ du pécheur comme sur celui du juste (Matth. 5., 45). La vie de Jésus-Christ fut un exercice continuel de cette vertu. 11 semble qu'il ne savait faire autre chose que de soulager Un. imrr.nics non-seulement en ce qui regardait leur salut pour

sur le nChT:ii!B Ainicr.E nu srsmoi.EJ 361

lequel il était descendu du ciel, mais encor*» on ce qui concernait le bien du corps, puisque l'cpôtre saint I'Lti-c nous apprend (Act. 1 0..38) qu'il allait de ville en ville guérissant les infirmes, délivrant les possédés du démon, et faisant du bien à tous. C'est cette bonté que nous devons avoir soin d'imiter et de pratiquer à l'exemple du grand saint François d'Assises, lequel non content de s'être volontairement réduit à la plustrandc pauvreté, conservait un cœur si plein de bonté envers les pauvres, qu'il partageait avec eux ce qui lui était nécessaire pour sa subsistance, aimant mieux souffrir la faim, la soif, la rigueur des saisons, que de voir ses frères dans l'indigence.

9. Le septième fruit de l'Esprit-Saint est le longanimité, qui signifie une patience plus qu'ordinaire , une patience à toute épreuve dans les adversités, patience soutenue par le désir et l'espéra:ice de la vie éternelle. Celte vertu ajoute à la patience une certaine magnanimité qui non seulement nous lait supporter nos peines en vue du bonbeur éternel , ni.iis qui nourrit en nous le courage et la résolution de souffrir toujours , sans nous plaindre de la L.igucur de notre exil , ni de nos travaux, ni du délai de la récompense qui nous est promise. Nous trouvons un exemple admirable de cette vertu dans sainte Lidwine, vierge, qui, durant l'espace de trente ans, supporta une infirmité des plus pénibles, souffrit les douleurs les plus cruelles, et cela non seulement sans s'attrister ni se plaindre, mais encore en consolant et en fortifiant clle-inome les affligés par sa joie et la sérénité de son visage.

10. Le huitième fruit du Saint-Esprit est la douceur, qui est une vertu par laquelle les âmes justes répriment tout mouvement de colère, même dans les circonstances les |>lus propres à les irriter, et souffrent tous les mauvais traitements qu'elles reçoivent , par amour pour Dieu, et sans se plaindre des injures qui leur sont faites. Cette vertu est opposée à l'impatience et à l'animosité , qui portent l'homme colère à s'irriter pour le moindre sujet et à se venger de la plus légère offense. Cette vertu nous est encore enseignée de Dieu luimême qui , si souvent et si longtemps provoqué par nos péchés, nous supporte néanmoins et nous pardonne avec tant de facilité. 11 nous enseigne par là la pratique de la douceur envers notre prochain, et nous apprend à lui pardonner de bon cœur toutes les injures que nous en avons reçues, sans conserver le moindre ressentiment. Soyons les imitateurs de Dieu, nous dit l' Apôtre (Eph. 5. 1 ), comme étant ses enfants chéris- Nous lisons de Moïse qu'il fut le plus doux des hommes, el

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ce fut pour cette raison, dit saint Denis, qu'il mérita d'être l'ami le plus intime de Dieu même. Cette douceur fut aussi une des vertus favorites du roi David, et c'est pour cela que Dieu nous dit (I. Rcg. 13., 14) qu'il trouva en lui un homme selon son cœur. Mais si nous voulons la voir dans toute sa perfection , contcmplons-la dans le Fils de Dieu fait homme, - qui est un modèle accompli de toutes les vertus, et qui se propose lui-même pour être spécialement celui de la douceur. Vpprenez de moi, nous dit-il, que je suis doux et humble de cœur (Matth. 11. 29). Bien loin, dit saint Pierre (Ep. l.,2. 23), de rendre malédiction pour mlédklion , menaces pour menaces, injures pour injures, il souffrait tout avec douceur, comme un tendre agneau, sans jamais ouvrir la bouche pour se plaindre (1s. 53., 7). C'est de ce Grand modèle que Ions les Saints ont appris la douceur , et c'est ce modèle que nous devons nous-mêmes avoir continuellement devant bs yeux , aOn de l'imiter.

11. La foi, ou plutôt la fidélité, comme l'entend ici scJnt Paul, est le neuvième fruit de l'Esprit-Saint. Par le moyen de cette vertu, l'homme se montre fidèle, véridique et sincère envers son prochain, dans ses promesses comme en toute autre chose. Celte vertu est opposéeàla ruse, àla fourberie, àla duplicité, vices condamnés parle Saint-Esprit lui-même dans les divines Ecritures, parce qu'étant un esprit de vérité , il a en horreur les langues trompeuses ; et quand il entre dans une àcie , il ia rend semblable à lui, fidèle , sincère et constante dans ses promesses et dans ses résolutions. Peut-on dire que ce divin Esprit habite dans l'âme de tant de chrétiens qui sont si portés à la feinte et à la duplicité , et qui ne s'étudient qu'à tromper la simplicité de leurs frères?

12. Le dixième fruit dont parle saint Paul est la modestie. C'est une vertu qui règle tous les mouvements de notre corps et toutes nos actions extérieures. Elle nous enseigne les règles que nous devons suivre dans nos vêtements , dans notre démarche,

, dans nos paroles, dans nos regards, dans nos conversations , et jusque dans nos moments de récréation et de délassement. Elle est une marque presque infaillible de la pureté de la conscience , et de l'empire d'une âme sur ses passions. On connaît l'homme , dit l'Esprit-Saint (Eccl. 19. , "26), à ses regards et à sa tenue; cl ses actions extérieures manifestent les dispositions intérieures de son cœur. Il faut donc avoir soin de régler tellement notre conduite , que nous soyons toujours ua sujet d'édiUcatiun à notre prochain * et jamais une occa-

sîon de scandale. Cetlc vertu fut pratiquée par tous tes Sainte» spécialement par saint Bernard. L'auteur qui a écrit sa vie rapporte qu'on voyait briller sur son visage une beauté toute céleste, et une modestie tout angélique qui invitait tous les hommes à l'amour de Dieu et à la sainteté. On voyait luire sur son extérieur une certaine grâce toute spirituelle ; on lisait sur son visage et dans ses yeux une sérénité inaltérable jointe à une simplicité de colombe , qui ravissait et remplissait d'admiration tous ceux qui en étaient témoins. Son àme était si belle, que sa beauté ne pouvant se tenir cachée , se répandait sur son corps, et se manifestait à l'extérieur. Nous lisons pareillement, dans la vie de saint Bernardin de Sienne, qu'il montrait une si grande modestie sur son visage , dans sa démarche et dans ses discours, que sa seule présence servait de frein aux plus dissolus, qui n'auraient pas osé devant lui se permettre la moindre action, ou proférer la moindre parole peu séante. Oh! qu'il serait à désirer que la jeunesse d'aujourd'hui lui ressemblât! Mais, hélas! la liberté de parler et de converser est arrivée de nos jours à un tel excès, qu'on ne voit plus, même dans les jeunes personnes du sexe, cette honnêteté, celle sagesse, celte modestie , qui faisaient autrefois leur plus bel ornement; ce qui nous donne un juste motif de craindre qu'il y ait bien peu d'àmcs où se trouve ce fruit de l'Esprit-Saint, qui est la modestie.

13. Le onzième fruit est la continence, vertu qui rend l'àmc inébranlable au milieu de toutes les tentations, qui lui donne la force de résister non-seulement aux plaisirs de lâchai.-, mais encore à toutes les passions. C'est elle qui réprime la colère, qui met un frein à la langue et à tous les appétits déréglés. C'est une vertu générale et comme un ensemble de toutes les vertus. Elle s'appelle continence, parce que réprimant toutes les mauvaises inclinations , elle contient l'homme dans ses devoirs. Elle est un don de Dieu ; et c'est pour cela que le Sage , connaissant que de lui-même il ne pouvait l'acquérir , la demandait avec instance au Seigneur ( Sap. 8.21 |.

14. Reste enfin le douzième fruit de l'Esprit-Saint, qui est la chasteté. Elle est le lis des vertus , et rend l'homme semblable aux Anges. Rien n'est beau que parla pureté, dit saint François de Sales, et la pureté des hommes est la chasteté. La chasteté, ajoute le même saint, s'appelle honnêteté, et la profession de la chasteté s'appelle honneur ; elle se nomme encore intégrité,et le vice contraire est appelé corruption. En un mol, elle a la gloire d'être la belle et blanche ver.tu du corps et de l'àmc. C'est

une vertu qui, modérant l'appétit charnel et les mouvements désordonnés des sens, les lient soumis à l'empire de la raison; vertu qui plaît souverainement à Dieu, (l'est pour cela que Jésus-Christ a promis que ceux qui ont le cœur pur verront clairement Dieu dans le séjour de la gloire (Ylalth. 5.8); et saint Jean nous dit, dans son Apocalypse ( c. 14. , 4 )quc les vierges suivent le divin Agneau partout où il va. Les hommes eux-mêmes ont en grande vénération les âmes chastes et quelque adonnés qu'ils soient au vice opposé , ils sont toujours pleins d'estime pour la chasteté.

15. Vous venez d'entendre l'explication des douze fruits de l'Esprit-Saint dont nous parle l'Apôtre. Si nous apercevons en nous ces fruits précieux, nous pouvons croire avec raison que cet Esprit divin habile en notre àme. Oui, il est en nous , et il nous a comblés de ses dons, si notre cœur brûle du feu de la charité, de cette charité qui doit nous faire aimer Dieu plus que toutes choses, et noire prochain comme nous-mêmes, si le témoignage de notre conscience nous rend contents et joyeux dans le Seigneur, si nous avons la paix avec Dieu, si nous supportons les adversités avec palience,si nous sommes pleins de bénignité envers nos frères, si nous avons assez de bonté pour les soulager dans tous leurs besoins selon noire pouvoir, si nous avons assez de longanimité pour ne pas nous laisser décourager par la longueur de notre exil cl la durée de nos travaux, si nous sommes pleins de douceur envers notre prochain, fidèles et sincères dans nos paroles et nos promesses, et enfin si nous voyons briller en nous la modestie , la continence et la chasteté. Mais,si au lieu de voir régner en eux ces vertus, quelques-uns y voyaient régner les vices opposés ; si , au lieu d'aimer Dieu, ils aimaient d'une manière désordonnée les créatures, et cherchaient en elles leur paix et leur félicité; s'ils étaient jaloux, durs, impatients, colères, sans fidélité, sans modestie , el sujets à l'incontinence, ce serait là une marque certaine que ce n'est pas le Saint-Esprit qui habite en eux, mais que c'est le démon. Que chacun examine donc sa propre conscience ; et si nous trouvons en nous quelques-uns de ces vices, ayons soin de les effacer par une sincère pénitence, pour nous rendre propice cet Esprit divin que nous avons contristé par nos péchés, afin qu'après avoir été les obstacles qui l'ont tenu éloigné de nous jusqu'à ce moment, nous méritions qu'il descende dans notre àme avec l'abondance de ses dons célestes, et qu'il produise en elle les fruits précieux de ces vertus auxquelles il promet pour récompense le bonheur du ncL

TRENTE-QUATRIÈME INSTRUCTIOT.

Sur 1rs pnrolcs du neuvième artirle du Symbole : Credo snnciam Ereletinm eaiholieatn. Ce que c'est que l'tglise cl quelles son l ses principales prérogatives.

Après avoir expliqué la première partie du Symbole qui contient huit articles dont Dieu est l'objet immédiat, il nous reste à développer la seconde partie, renfermant les quatre derniers articles, lesquels regardent l'Eglise. Dans le premier les saints Apôtres nous proposent à croire l'existence de cette Eglise et ses prérogatives ; dans les trois suivants ils nous montrent ses biens principaux, dont le premier appartient à l'âme, c'est la rémission des péchés ; le second regarde le corps , c'est la résurrection de la chair ; le troisième a rapport à notre âme et à notre corps, c'est la vie éternelle. Le bon ordre exigeait en effet, dit saint Augustin (Eue, 58), qu'après nous avoir manifesté dans les articles précédents les grandes vérités, les profonds mystères qui nous montrent la grandeur, la sagesse, la miséricorde et la justice infinie de notre Dieu , les Apôtres nous fissent connaître la sainte Eglise, qui est cette cité choisie qu'il s'est bâtie pour y régner à jamais. 11 est pour nous de la plus haute importance de bien comprendre le sens de cet article que nous allons méditer, parce qu'il est le rempart qui nous préservera toujours des erreurs contraires à la foi, et qu'il sera impossible que nous puissions nous tromper, tandis que nous croirons et que nous obéirons à la sainte Eglise. Voyons donc ce que c'est que cette Eglise, et considérons les prérogatives admirables dont son Epoux céleste a bien voulu l'enrichir ; ce qui nous fournira un bien juste motif de nous livrer à la joie, puisque nous avons le bonheur de vivre dans son sein.

1. Ce mot Eglise qui, dans notre langue, signifie assemblée, est employé quelquefois pour exprimer même la société des impics, et c'est dans ce sens que le Roi-Prophète nous dit (Ps. 25., 5) qu'il déteste l'église des méchants, et qu'il ne veut jamaisavoir aucun rapport avec ceux qui commettent l'iniquité: d'autres fois, il signifie une réunion quelconque même de païens; et c'est en ce sens qu'il est dit dans les Actes des Apôtres (c. 19., 36) que tous les ouvriers dépendants d'un certain Démétrius s'etant soulevés, et ayant excité un grand tumulte dans la ville d'Ephèse, un des chefs du peuple dit qu'il

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ne fallait pas troubler le repos public, et que si quelqu'un avait des plaintes à former, il devait le faire dans une église légitime, c'est-à-dire dans une assemblée qui eût été légitimement convoquée. Néanmoins, selon l'usage le plus généralement suivi dans les saintes Ecritures, le mot Eglise signifie seulement la réunion, l'ensemble des (idoles qui, parle moyen de la foi, sont appelés à la lumière delà \érité. à la connaissance de Dieu, et qui, après avoir abandonné les ténèbres de l'ignorance et de l'erreur, croient en lui, et le servent lui seul en esprit et en vérité. Aussi saint Augustin cnseigne-l-il que l'Eglise est le peuple de Dieu répandu dans tout l'univers; saint Isidore de Péluse dit qu'elle est la société des Saints unh entre eux par les liens de la foi, et par la profession commune d'une vie sainte; et enfin saint Thomas la définit la réunion des fidèles. Elle embrasse les fidèles de tous les temps et de tous les lieux, ceux qui vivent sur la terre et ceux qui, étant morts dans le Seigneur, sont déjà dans l'éternité

2. Elle embrasse premièrement les fidèles de tous les lieux; cl quoiqu'on donne quelquefois le nom d'Eglise à quelques assemblées partielles des fidèles, comme lorsque l'Apôtre écrivant aux Romains, leur dit (c. 16., 16) que toutes les Eglises les saluent, ou lorsque saint Jean, dans son Apocalypse (c. !., 4),adresse ses paroles aux sept Eglises qui sont dans l'Asie, ces assemblées partielles ne sont cependant que des membres; car toutes réunies, elles ne forment qu'un seul corps. Ce sont des Eglises particulières qui toutes ensemble constituent l'Eglise universelle. Ainsi , quoique ces réunions particulières des fidèles s'appellent Eglises, on ne doit point attribuer à chacune d'elles les privilèges qui ne conviennent qu'à l'Eglise universelle, de même qu'on ne doit pas imputer à tout le corps de l'Eglise les défauts qui pourraient se trouver dans quelques-uns de ses membres. Ainsi donc, tous les fidèles, quelle que soit la distance des lieux qui les séparent, quelle que soit la différence des pays, des conditions, du rang, de la fortune, tous sont renfermés dans l'Eglise, et tous sont des membres de ce grand corps.

3. L'Eglise embrasse en second lieu les fidèles de tous les temps, non-seulement ceux qui ont existé, qui existent et qui existeront depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre , et qu'il a accompli le grand ouvrage de la rédemption, mais encore tous ceux qui l'ont précédé depuis le commencement dit monde. Les anciens Patriarches, les Prophètes, et tous ceux qui out vécu sous la loi de nature, ou sous la loi écrite, ayant

eu la même foi que nous, appartiennent aussi à la même Eglise. Ils furent, comme nous, justifiés et sauvés par les mérites de .lésus-Chrisl,seul médiateur entre Dieu et les hommes ; ils croyaient à sa venue, comme nous, nous croyons qu'il a déjà paru dans le monde ; et par conséquent ils furent, comme nous, membres de ce même corps dont il est le chef. En venant sur la terre, le Fils de Dieu ne lit aucun changement dans la foi ni dans la religion, quoiqu'il en ait apporté un dans le sacrifice et dans les sacrements. Comme un même homme, dit saint Augustin (Ep. 101., al., 48), qui s'accommodant aux circonstances, offrirait une chose à Dieu le matin, et une différente le soir, ne changerait point pour cela de religion ; de même, quoique les sacrifices offerts à Dieu avant la venue du Messie fussent différents du nôtre, la religion fut cependant toujours la même;cl comme lorsqu'un homme vient au monde, quoiqu'il commence par montrer une main, elle ne reste pas moins unie au corps sous un même chef; de même encore , «joute saint Augustin (de Calech. nul., c. 19), tous les Saints i)iii ont précédé la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, quoique nés avant lui, fuient cependant unis à tout le corps (I tut il est le chef.

4. Enfin l'Eglise dans toute son extension, comprend non seulement les fidèles qui vivent ici-bas, mais encore ceux qui. après avoir terminé les combats de cette vie mortelle,. sont d'jà allés recevoir la couronne qu'ils ont méritée par leurs victoires. Ainsi l'Eglise a deux parties principales : l'une qui est encore sur la terre, et qui est appelée Eglise militante; l'autre qui est dans le ciel, et qui s'appelle l'Eglise triomphante. L'Eglise militante est encore en pèlerinage, dit saint Augustin (Tract. 124. in Joan.); mais l'Eglise triomphante est déjà arrivée dans sa patrie et dans sa demeure éternelle ; elle est dans le lieu de son repos, tandis que l'Eglise militante est encore au milieu des travaux et des peines. Celle-ci est en chemin, celle là est arrivée au terme de ses désirs; celle-ci est toutoccupée à fuir le mal et à faire le bien, celle-là n'a plus de mal à fuir, elle est en possession du plus grand et du plus désirable de tous les biens ; celle-ci combat chaque jour contre ses ennemis, celle-là règne en paix , n'ayant plus d'ennemis à redouter. L'une exerce sa patience dans les adversités, l'autre n'est plus sujette aux épreuves ni aux disgrâces ; l'une tient ses passions enchaînées, l'autre,comblée de délices spirituelles, goûte sans crainte les plaisirs les plus solides et les plus durables; L'une travaille sans cesse pour rester victorieuse , Tau-

368 XW'V. INSTRUCTION

tre jouit en paix de la victoire qu'elle a remportée ; l'une est soutenue de Dieu dans les tentations, l'autre xemple de toute espèce de lentation,se réjouit dans le Seigneur,qui l'a assisté de sa grâce. L'une exerce sa charité envers les malheureux , l'autre est dans un lieu où l'on ne trouve plus aucun indigent. L'une est accablée d'une multitude de maux, !>ieu le permettant ainsi pourla détacher des biens et des plaisirs du monde, l'autre est délivrée de tout mal, et étroitement unie au souverain bien, sans crainte de jamais s'en séparer. Ces deux parties qui déjà maintenant ne font qu'une seule Eglise par le moyen du lien delà charité qui les unit , seront unies un jour, dit le même saint Augustin (Enchir. 56), par la participation à une même éternité.

5. Voilà, mes Frères, ce que c'est que l'Eglise prise dans toute son étendue, c'est-à-dire en tant qu'elle renferme tous ceux qui ont vécu avant lésus-Christ, ceux qui régnent dans le ciel avec lui, et tous ceux qui ont paru et qui paraîtront dans le monde depuis sa venue, professant la même foi que nous. Voyons maintenant ce que c'est que cette Eglise considérée dans l'état où elle se trouve actuellement, et selon la forme que Jésus-Christ lui a donnée dans le nouveau Testament. Prise dans ce sens , elle est la société des fidèles unis entre eux parla profession de la même foi et la participation aux mêmessacrements,etqui vivent sous le gouvernement des pasteurs légitimes. Cette société extérieure des fidèles se nomme le corps de l'Eglise; et la grâce et In charité qui donne la vie aux membres de ce corps, les unit à lésus-Christ, en même temps qu'elle les unit entre cux,lesrend participants de son espril,dc ses sentiments et de sa vie; cette grâce et cette charité sont ce qu'on appelle l'âme de l'Eglise. Sans cette charité , tous ces membres seraient des membres sans vie , sans action , sans mouvement , semblables à une branche d'arbre desséchée et infructueuse qui ne reçoit aucun suc de la racine (.loan. 15). C'est pourquoi les Juifs, les Mahométans , les païens n'appartiennent en aucune manière à l'Eglise, parce qu'ils sont sans foi, sans sacrements, qu'ils ne reconnaissent pas les pasteurs légitimes, et qu'ils ne veulent pas écouter leur voix. Ceux encore qui, après avoir reçu le baptême, renoncent entièrement à la foi, comme les apostats ; ou qui professent des erreurs contraires aux vérités que l'Eglise enseigne, comme les hérétiques ; ou qui refusent d'obéir et de se soumettre à l'autorité des pasteurs légitimes, comme les schismatiques, u'appariicuucnt ui à l'âme ni MicorpsderEglise, parce qu'il*

SUR LE NEUVIÈME ÀimCLE DU SYMBOLE. 357

ont brise tons les liens spirituels aussi bien que tous lesliens extérieurs qui les unissaient à la société des fidèles. 11 en faut dire autant de ceux que FF.glise elle-même a retranchés de sou sein pour des crimes scandaleux dont ils ne veulent pas se repentir, ni se corriger.

6. Quant à ces chrétiens dont les actions et toute la conduit» sont en opposition avec la foi qu'ils professent et avec l'Evangile, il est aisé de conclure de ce que nous venons dédire, qu'ils appartiennent seulement au corps , et non à l'àme do l'Eglise. Ils appartiennent au corps, parce qu'ayant la même foi que les vrais chrétiens, participant aux mêmes sacrements, obéissant aux mêmes pasteurs légitimes, ilsnesont en aucune manière séparés de la société extérieure des fidèles. Ils n'appartiennent point à l'ame de l'Eglise, parce que le péché régnant dans leur cœur, ils sont privés de la gràc e et de la charité qui sont la source et le principe de la vie spirituelle. Ils sont comme des membres morts qui ne sont point séparés du corps, mais qui n'en reçoivent ni la vie , ni le mouvement.

7. li suit delà que l'Eglise est composée de bons et de méchants,de justes et de pécheurs. Aussi est-elle comparée dans l'Evangile à un champ où croissent ensemble le bon grain et l'ivraie (Matlh. 13.,2o); à une aire où la paille est mêlée avec le froment (ibid. 3., 12); à un filet jeté dans la mer, qui prend toutes sortes de poissons (ibid. 13., 17); à une bergerie qui renferme des boucs et des brebis (ibid. 25., 3*2). Mais les justes sont la partie noble du troupeau , et les pécheurs la partie ignoble. Ceux-là sont dans la maison de Dieu, dit saint Augustin (Lib. 7.cont. Douât. ,c. 2), comme des vases d'or et d'argent qui l'embellissent; et les autres y sont comme des vases d'argile pour servir à des usages vils et ignominieux. Les justes sont unis à Jésus-Christ d'une union intérieure et extérieure, tandis que les pécheurs ne lui sont unis que d'une manière purement extérieure , en ce qu'ils n'ont pas brisé les liens extérieurs qui les unissent à son corps mystique ; et, dansla réalité, ils sont séparés de lui parle péché qui règne dans leur cœur. Les pécheurs, en un mol, sont membres de l'Eglise, comme Judas l'était du collège apostolique, c'est-àdire quant au nombre, comme dit encore saint Augustin, mais non quant au mérite; en apparence, mais non en réalité; par la société extérieure, mais non point par l'union étroite de l'esprit et du cœur. Mais si les réprouvés sont ici-bas mêlés parmi les élus, Jésus-Christ nous apprend qu'un jour viendra où il en fera la séparation delà même manière qu'un père de

Ô70 xwiv. in^thuctiox

famille sépare l'ivraie du bon grain , la paille du froment, et qu'un berger sépare les boucs du milieu des brebis. D'où nous devons conclure que c'est pour nous un bien grand avantage d'avoir été agrégés à la société des fidèles par le moyen du baptême, de professer la même foi, de participer aux mêmes sacrements , de vivre sous la direction des mêmes pasteurs; mais qu'il ne suffira pas.pour obtenir la vie éternelle, d'avoir été unis au corps de l'Eglise, et qu'il faudra de plus avoir vécu de son esprit.

8. Passons maintenant à la considération des glorieuses prérogatives dont Jésus-Christ a bien voulu enrichir son Eglise. Pourconcevoir la grandeur de ces prérogatives , il suffit de penser qu'il l'a choisie et formée pour être son épouse chérie; que,par la bouche du prophète Osée (c. 2, 19), il lui a promis de s'unir à elle pour toujours, et de lui rester uni par le moyen de la justice, de la miséricorde et de la fidélité ; que, quoiqu'il l'ait trouvée souillée et abandonnée , il l'a accueillie, ill'a purifiée et revêtue des ornements les plus beaux et les plus riches, llsuflit de réfléchir à ce que dit saint Paul (Eph. 5., 25), que Jésus-Christ l'a aimée au point de s'immoler lui-même pour la sanctifier, la purifiant dans le baptême de l'eau parla parole dévie, pour la faire paraître devant lui pleinedc gloire, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable , mais étant sainte et sans aucun défaut. 11 suffit de penser enfin qu'il se complaît en elle, que c'est en elle qu'il trouve ses délices , et qu'il l'appelle sa colombe, sa sœur et sa bien-aimée (Prov. 8., 31. Cant. 5. 2). Et qui pourrait douter qu'il n'eût répandu à pleines mains ses grâces sur elle, et qu'il ne l'eût ornée de tous les privilèges les plus propres à la rendre brillante aux yeux du ciel et de la terre ? Nous nous bornerons à considérer deux de ses principales prérogatives, qui sont la perpétuité et riufailiibililé.

9. Et d'abord l'Eglise, c'est-à-dire cette belle société , celte société visible des fidèles , se distingue de toutes les sociétés humaines , et s'élève au-dessus de toutes par sa perpétuité. Combien de royaumes et d'empires qui, vu leur opulence, leur étendue et leurs forces,semblaient devoir durer jusqu'à la fin du monde, et qui néanmoins sont déjà tombés en ruines ! H suffit de lire dans l'histoire le renversement des quatre plus L'élèbres monarchies de l'univers , que Daniel (cap. 7) nous représente sous la figure de quatre bêtes grandes et féroces , pour nous faire une idée juste de l'instabilité des choses d'icibas, et pour dous persuader qu'il n'y a rien sur la terre, quel-

que stable qu'il puisse paraître, qui ne doive céder au temps ei Unir tôt ou tard. Mais l'Eglise de Jésus-Christ a toujours subsisté, et, malgré toutes les révolutions du monde, elle subsistera jusqu'à la fin des siècles.

10. Elle a toujours subsisté jusqu'à ce moment de la manière la plus inébranlable; et quoique,dans tous les lemps,elle ait eu des ennemis acharnés à sa perte qui ont tenté de la renverser et de la détruire, elle a rendu inutiles leurs vains efforts, et est restée immobile au milieu de tous les orages. Que ne firent pas les Juifs pour l'exterminer dès sa naissance ? lis espéraient l'anéantir en faisant mourir Jésus-Christ, son chef et son fondateur ; et, se voyant trompés dans leur a(tente,quelles persécutions ne suscitèrent-ils pas contre les Npôtres pour arrêter les progrès de leurs travaux ? Mais phis ils leur faisaient violence, plus la parole divine avait de puissance et de force (Àct. G. 7), et plus le nombre des fidèles se multipliait. Ces furieux croyaient exterminer celte sainte société, en obligeant les disciples.par leurs menaces cl leur cruauté,â sortir de Jérusalem, et à se réfugier dans les pays voisins; et les disciples dispersés çà et là dans les contrées , en prirent occasion d'étendre l'Eglise de Jésus-Christ. Aux persécutions implacables des Juifs se réunirent celles des païens. Et quels moyens n'emplov èrent-ils pas aussi pour la détruire ? Tout le monde conspirait à sa ruine: les monarques. par leurs forces et leur puissance, les philosophes par leur doctrine, tous les peuples, par leur haine et leur antipathie. On regardait comme une infamie de s'agréger à celte société; et ceux qui, aimant mieux obéira Dieu qu'aux hommes, avaient assez de courage pour surmonter le respect humain, étaient l'objet des railleries et des dérisions , regardés comme des perturbateurs de l'ordre public, rebelles envers les rois elles empereurs , ennemis de la patrie. Exilés de leur pays (Hcb. 11. ,37), dépouillés de leurs biens, obligés de se cacher sur les montagnes, dans les cavernes et les souterrains, accablés de douleurs et d'afflictions. réduits à la dernière misère, ils étaient encore l'objet de la fureur des peuples et de la cruauté de tyrans, qui leur faisaient éprouver la faim, la soif , le froid , la nudité, les prisons, les chaînes, les tourments et la mort (2. Cor. 1 1 .,27). Au milieu de tant de persécutions, l'Eglise demeura constante et inébranlable; et comme l'or purifié par le feu devient plus pur et plus brillant, de même, au milieu de tant d'épreuves et de secousses, elle devint plus brillante et plus glorieuse ; et malgré tous les obstacles que lui opposait le monde, elle s'étendit sur toute la terre,

372 XXXIV. INST1UJCTI0N

et fit entendre jusqu'aux extrémités de l'univers la voix de sa doctrine évangélique (l\s. I8.,1o). Bien loin d'avoir été vaincue, elle demeura victorieuse, et planta ses drapeaux là où elle avait eu à soutenir les combats les plus longs et les plus sanglants. 11. Nous ne devons point nous en étonner; car puisqu'elle est l'ouvrage de la sagesse et de la puissance de Dieu , comment aurait- elle pu être défaite et anéantie par tous les stratagèmes et les efforts réunis de tous les hommes? Mais celui qui l'a conservée jusqu'à ce moment, la conservera encore jusqu'à la fin des siècles. C'est une vérité aussi certaine qu'il est certain que Dieu ne peut manquer à ses promesses. Lisons ce qu'il en dit par la bouche de ses Prophètes, et nous n'aurons pas besoin d'autres preuves de cette perpétuité de l'Eglise. Il en a parlé par la bouche du prophète isaïe (c. 53. ,3), appelant à lui tous ceux qui ont soif, afin qu'ils viennent se désaltérer en buvant à la source des eaux salutaires de sa grâce ; invitant les hommes à acheter sans argent le vin et leiait, et leur promettant de faire avec eux une alliance éternelle. 11 en a parlé par la bouche du prophète Ezéchiel ( c. 37. 26. ) , disant qu'il réunira les enfants d'Israël dispersés sur toute la terre; qu'ils ne feront plus qu'un seul peuple, qu'ils n'auront qu'un roi, qu'il fera avec eux une alliance de paix, une alliance éternelle; qu'il les multipliera et fera régner au milieu d'eux la vertu et la sainteté. Et ce royaume éternel dont il est si souvent fait mention dans les divines Ecritures, qu'est-il autre chose que l'Eglise? Toutes vos œuvres, Seigneur, disait le Roi-Prophète, et tous vos Saints publieront la gloire de votre règne, et feront connaître aux enfants des hommes votre puissance et la magnificence de votre empire. Votre règne sera un règne de tous les siècles , et votre empire passera de génération en génération (Ps. 144., 13). Le Dieu du ciel, dit le prophète Daniel à Nabuchodonosor , en lui interprétant sa célèbre vision (c. 2. 44) , le Dieu du ciel suscitera un règne qui ne sera jamais détruit, un règne qui ne passera point à un autre peuple , qui verra tous les royaumes se détruire et s'anéantir , tandis qu'il subsistera toujours le même jusqu'à la un. Et lorsque l'Ange vint annoncer à Marie le prodige qui devait s'opérer en elle, vous concevrez, lui dit-il, et vous mettrez au monde un fils que vous nommerez Jésus. 11 sera grand , et sera appelé le Fils du Très-Haut. Le Seigneur-Dieu lui donnera le trône de David son père; il régnera éternellement sur la maison de Jacob , et son règne n'aura point de lin (Luc. 1., 32).

s. u t>. NEUVIEME ARTICLE DU SYMBOLE. 37'î

12. Ces prédictions , faites avant la venue de .Jésus-Christ , furent renouvelées par lui-même ; et il a promis d'une manière si expresse que son Eglise se perpétuera jusqu'à la fin (les siècles, qu'il faudrait être aveugle pour ne pas reconnaître une vérité si claire et si manifeste. Tu es Pierre , dit-il au prince des Apôtres, après qu'il eut confessé qu'il était le Fils de Dieu, tu es Pierre, et sur celte pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle (Matth. 16., 18). .l'ai tout pouvoir dans le ciel et sur la terre , dit-il à ses Apôtres peu avant son Ascension (ibid. 28., 18); allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils , et du Saint-Esprit ; et soyez assurés que je suis avec vous chaque jour jusqu'à la consommation des siècles. Comment serait-il possible que l'Eglise vint à périr, puisque Jésus-Christ lui a promis d'une manière aussi solennelle qu'il rendra inutiles tous les efforts de l'enfer? Que le démon se serve de la barbarie des païens, de l'obstination des hérétiques, de la division des schismatiques, de la perversité des mauvais catholiques pour lui faire la guerre ; il pourra la combattre, mais jamais il ne pourra la vaincre ; et queues que soient la violence et les secousses qu'elle doit encore éprouver, jamais elle n'aura à craindre d'être anéantie . étant assurée que Jésus- Christ ne l'abandonne pas un instant , qu'il est toujours avec elle , qu'il la défend et la soutient de sa toute-puissance. C'est pourquoi saint Paul, après avoir dit (Bph. 4., 1 1 ) que Jésus-Christ a établi dans son Eglise divers ordres de ministres pour travailler à la sanctification des élus, ajoute (pie ces ministres doivent se succéder jusqu'à ce que tous les peuples «oient arrivés à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu , c'est-à-dire jusqu'à la fin du monde , puisque c'est alors seulement que sera achevé ce grand édifice , et que le nombre des élus et ûos saints sera rempli.

13. Si l'Église jouit du'privilége de la perpétuité , il s'ensuit nécessairement qu'elle a aussi celui de l'infaillibilité ; el les mêmes témoignages et les mêmes promesses qui prouvent qu'elle ne cessera jamais d'exister, prouvent en même temps qu'elle ne pourra jamais se tromper. Pieu a promis que l'alliance qu'il a contractée avec elle sera une alliance éternelle, qu'il régnera au milieu d'elle jusqu'à la lin des siècles, et que ce règne subsistera sans aucune interruption de génération en génération. Jésus-Christ a dit que toutes les forces de l'enfer viendront échouer contre elle, (pie, jusqu'à la lin du monde, Usera avec elle, qu'il la soutiendra par sa protection, par sa

374 XTXIV. DfSTRUCTHNI

puissance et par sn sainte grâce. Or , comment s'accompliraient ces divines promesses, si Dieu permettait qu'elle tombât dans Terreur, qu'elle survit et enseignât des dogmes contraires aux vérités révélées? Si donc il est impossible que Dieu manque à ses promesses, il en faut conclure nécessairement que l'Eglise universelle ne se trompera jamais, qu'elle conservera jusqu'à la fui et dans toute sa pureté le dépôt précieux de la foi , et que l'Esprit-Saint, l'Esprit de vérité dont elle est animée ne l'abandonnera jamais. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul nous dit ( Epb.., 4. 11. ) que Jésus-Christ a établi dans son Eglise des Apôtres, des Kvangélistes , des Pasleurs et des Docteurs, afin de maintenir l'unité de la foi, et afin que nous ne soyons pas faibles et inconstants dans notre croyance, et que nous ne nous laissions pas emportera tout vent de doctrine. Et ailleurs il appelle l'Eglise la colonne, la base de la vérité, celle à qui Dieu a confié le dépôt de la foi, afin qu'elle le conserve et le défende contre tous les assauts de l'ignorance cl de l'erreur.

14. Il est donc certain que l'Eglise jouit du privilège de l'infaillibilité aussi bien que de celui de la perpétuité. Elle ne pourra jamais abandonner la vérité ; elle ne pourra jamais embrasser Terreur. Sa doctrine, son enseignement, ses décisions sont la vérité même, parce que c'est l'Esprit de Dieu qui Téclaire, qui l'instruit, qui la gouverne, qui parle en elle et par elle , et c'est pour cela que Jésus-Christ nous dit ( Luc. 10 ) que celui qui écoule l'Eglise l'écoute lui-même. Ainsi , mes Frères, si nous croyons tout ce que TEglise nous propose à croire; si, dans les doutes qui nous surviennent , nous suivons ce qu'elle nous enseigne; si, dans les difficultés qui se rencontrent, nous soumettons notre raison et noire jugement à ses décisions, nous sommes assurés que nous ne nous tromperons jamais ; tandis que ceux qui ne sont pas dociles à sa voix , qui refusent de se soumettre à son jugement , tombent dans une infinité d'erreurs, sont inconstants dans leur croyance , et suivent une multitude de fausses opinions. Les absurdités qu'ont avancées les novateurs, les variations introduites dans leurs doctrines et dans leur croyance , après qu'ils se sont séparés de TEglise, suffisent pour démontrer que. hors de son sein , il n'y a qu'ignorance , qu'illusion et fausseté, et que c'est à elle seule (pie Dieu a confié le dépôt de la vérité et de la foi.

15. De tout ce qui vient d'être dit , il faut tirer deux conclusions : la première, que nous devons cire pénétrés des sentiments d'un profond respect, d'une entière soumission et d'un

Stil \J NEL'VIE.-.m ARTICLE nCSYMBOLS. 37'>

tendre amour envers la sainte Eglise que Jésus-Christ a choisie pour son épouse, et qu'il a enrichie de si belles et si glorieuses prérogatives ; que nous devons respecter ses décisions, nous soumettre à ses jugements, croire avec humilité , et faire avec exactitude tout ce qu'elle nous ordonne de croire et de faire , et nous intéresser tous à sa défense et à sa gloire. La seconde conclusion qu'il faut tirer est (pic nous ne devons jamais cesser de rendre grâces à Ittca de ce qu'il ;i daigné nous faire naître au sein de son Eglise, et nous faire jouir, comme il le lit aux enfants d'Israël, de la lumière éclatante de la vérité, tandis qu'il en abandonne tant d'autres , comme les Egyptiens obstinés, au milieu des ténèbres épaisses de l'ignorance et de Terreur. Si nous avons soin d'honorer ainsi la sainte Eglise, cl de correspondre à la bonté de Dieu pat une conduite édifiante et irréprochable, nous aurons le bonheur, en étant les membres de son corps, de vivreausside son «witen cette vis, et de participer à sa gloire dans le ciei.

TREÎNTE-CINQUIÈ.ME INSTKUCT10N,

Uù sont exposés les cnraciéivs de la véritable Eglise : Une , Sainte . Catholique cl Apostolique.

Il ne suffit pas de croire l'existence, la perpétuité etl'infaillibililé de l'Eglise; il faut encore savoir à laquelle des diverses sociétés qui sont sur la terre appartient proprement le nom Eglise ; car, comment pourrions-nous espérer le salut, si nous ignorions où se trouve celle Eglise hors de laquelle il n'y a point de salut? Il n'est pas difficile de la distinguer des secles qui professent le Judaïsme, le Paganisme ou le Mahométisme ; puisqu'elle est la société des Qdèles qui croient en .lésus- Cbrist , elle se distingue par elle-même de toutes ces sectes, qui ne reconnaissent pas Jésus-Christ pour leur chef. Mais outre ces sociétés, il en est d'autres qui , malgré la diversité de leur croyance, se vantent d'appartenir à Jésus-Christ , cl s'attribuent le nom d'Eglise, i! est facile néanmoins de reconnaître au milieu de toutes ces sociétés quelle est la véritable Eglise, pourvu que l'on considère les caractères qui la distinguent, cl qui sont ceux que nous trouvons exprimés dans le Symbole de Conslantinople, c'est-à-dire, l'Unité, la Sainteté. la Catholicité et IWpostolicité.le vous expliquerai d'abord ces caractères, et nous verrons ensuite qu'ils conviennent a la société des fidèles uni vivent dans la communion du Pontife

romain, d'où nous conclurons que celle société seule est h véritable Eglise.

1. Le premier caractère qui distingue l'Eglise de Jésus- Christ, est l'Usité. Cesl une vérité enseignée dans les divines Ecritures, confirmée par la Tradition, et admise de tous les chrétiens, que la \ éritablc Eglise ne peut être qu'une. Ma colombe est unique, dit le céleste Epoux dans les (antiques (c. 6. ,8). Il n'y a, dit Jésus-Christ dans l'Evangile selon saint Jean(c.fO.,16), qu'une seule bergerie et qu'un seul pasteur. L'Eglise, dit saint Paul(Eph. t., 22), est un seul corps, parce qu'elle n'a qu'un chef. Or, comment cette unité pourrait-elle se conserver, si les fidèles qui forment le corps visible de cette Eglise n'étaient pas liés et unis entre eux? Aussi, notre divin Maitre,dans la prière qu'il fit à son Père avant sa passion , lui demande-t-il pour ses disciples que l'union la plus intime règne parmi eux, et qu'elle soit semblable en quelque sorte à l'union substantielle qui existe entre les personnes divines; et il proteste qu'il les a rendus participants de la filiation divine, afin d'établir entre eux cette union , et de la rendre durable. El l'Apôtre, comparant l'Eglise au corps humain, dit que comme notre corps a plusieurs membres qui ne font néanmoins qu'un seul corps, de même le corps mystique de Jésus-Christ a plusieurs membres, mais qu'ils doivent être si étroitement unis, qu'ils ne forment aussi qu'un seul corps (1. Cor. 12., 12).

2. Les liens qui unissent ces membres, et qui forment l'unité visible du corps mystique de l'Eglise , sont la profession d'une même foi, la participation aux mêmes sacrements, et la subordination au même chef. Et d'abord , comment pourrait .subsister celte unité là où il y aurait diversité de croyance? Aussi saint Paul, en exhortant les Ephésiens à conserver entre «:uxla paix et l'union del'espritet ducœur,1eur dil-iI(Eph.4.,3; qu'il n'y a qu'une seule foi , qu'un seul baptême , comme il n'y a qu'un seul Dieu, Père de tous; et que Jésus-Christ a pourvu son Eglise de Pasteurs et de Docteurs afin que tousles fidèles eussent la même foi, et qu'ils ne se laissassent pas emporter à tout vent de doctrine (ibid., v. 11). Cette unité de loi est si nécessaire pour maintenir l'unité de l'Eglise , que le même Apôtre déclare maudit et excommunie quiconque enseignera des doctrines contraires à celle qu'il leur a précitée filai, t., 8); et saint Jean recommande aux fidèles de ne point recevoir dans leurs maisons, et de ne pas même saluer ceux qui auraient des opinions opposées aux vérités qu'il leur a enseignées (Ep. 2.,v. 10). L'Eglise, ainsi instruite par les Apô-

très, a été dans tous les siècles, depuis son établissement, Tenneinie implacable de toute nouveauté , et elle a toujours voulu qu'en matière de foi, ses enfants n'eussent qu'un même sentiment , et qu'ils tinssent le même langage ; et lorsque cette unité de foi a couru quelque danger, elle s'est aussitôt réunie en concile pour terminer les difficultés par son autorité suprême, et tous ceux qui ont osé par leurs erreurs combattre ouvertement les vérités révélées, ou résister à ses décisions infaillibles, ont été, par son autorité, séparés de sa communion et de son corps.

5. La participation aux mêmes sacrements est un autre lien non moins nécessaire pour réunir en un seul corps la multitude immense des fidèles, si divisés d'ailleurs par la diversité des âges, des conditions etdes pays. Le baptême les unit entre eux de telle manière, dit saint Paul (Gai. 8., 1 8), qu'il ne laisse plus aucune différence entre le Grec et le Juif convertis, entre l'esclave et l'homme libre, entre le maître et son serviteur. L'Eucharistie a été instituée de même pour former et maintenir l'unité parmi ceux qui la reçoivent. Nous ne formons qu'un seul corps, dit l'Apôtre (1. Cor. 10., 57), [tarée que nous participons tous au même pain. Le pain qui se l'ait de plusieurs grains de froment, et le vin exprimé de plusieurs graines de raisin , qui sont la matière de ce sacrement, sont en même temps, dit saint Augustin (Tract. 26. in loan.), la figure et le symbole de l'unité qui existe entre les membres qui constituent le corps de l'Eglise. 11 en est de même de tous les autres sacrements; et toutes les fois que l'Eglise a exclu quelques-uns de ses enfants rebelles de la participation à ses sacrements, elle les a regardés par-là même comme des membres retranchés et séparés de l'unité de son corps.

4. Mais pour faire partie de cette unité, il faut encore reconnaître un seul chef suprême , et lui être obéissant et soumis. Si l'Eglise n'avait point de chef, elle ne serait pas un corps parfait; et si elle en avait plusieurs, elle serait un corps plein de désordre et de confusion. 11 faut donc qu'il n'y ait qu'un seul chef qui préside à ce corps ; et comme ce corps est visible, il faut qu'outre son chef principal et invisible qui est Jésus-Christ assis dans le ciel à la droite de son Père, elle ait un chef visible qui tienne sa place sur la terre. Jésus- Christ lui-même, avant de monter au ciel , donna à son Eglise ce chef visible dans la personne de saint Pierre (Joan.21.,15), alors que lui confiant le soi», non pas de quelques-unes seu « lenient de ses brebis, mais de tout le troupeau , selon la ré?

flexion de saint Bernard (Lib. 2.de Cons.), il lui conféra la prééminencect la primauté qu'il devait transmettre à tons ses sue* cesseurs, afin que le corps visible de l'Eglise eût aussi toujours un chef visible. C'est pourquoi tous les saints Pères enseignent unanimement que la chaire de saint Pierre est comme le centre de l'unitjé ecclésiastique; nue Jésus-Christ a conféré la pri-« mante à saint Pierre, afin de conserver cette unité, et que, par .conséquent, on ne doit point regarder comme appartenant au corps de l'Eglise ceux qui refusent de reconnaître le suc scur de saint Pierre pour le cbef légitime de l'Eglise sur lac. terre. Il est nécessaire, dit saint Irénée (Lib. 3 delicercs.,c.3), que toutes les autres églises soient unies à l'Eglise romaine, ù cause de sa prééminence. La primauté est donnée à saint Pierre, dit saint Cyprien (Lib. de Unit. EccL), pour montrer l'unité de l'Eglise. Celui donc qui abandonne la ebaire de Pierre sur laquelle l'Eglise est fondée, comment peut-il prétendre appartenir à l'Eglise? .le me tiens uni à vous , disait saint .lérème écrivant au pape saint Damase (Ep. 57), je me tiens uni à vous, c'est-à-dire à la ebaire de Pierre, sachant que l'Eglise est bâtie sur cette pierre. C'est ainsi que les fidèles communiquant avec le même chef, sont aussi en communion entre eux , et ne forment tous ensemble, malgré leur multitude, qu'un seul et même corps. Et Voilà en abrégé ce que j'avais à vous dire sur le premier caractère qui distingue la véritable Eglise de Jésus <";>|,;-i, caractère qui est l'unité.

5. Le second caractère est la Sainteté. Jésus-Christ qui a choisi l'Eglise pour son épouse, s'est sacrifié lui-même, dit saint Paul(Eph. 5.,26), pour la sanctifier et la rendre digne de lui , la purifiant parle baptême de l'eau et par la parole de vie , pour la faire paraître devant lui pleine de gloire, n'ayant ni tache , ni ride , ni rien de semblable ; mais étant sainte et sans aucun défaut. Saint lui-même, il ne doit pas avoir une épouse qui ne soit pas sainte. La sainteté est une des qualités principales de cette épouse , qualité qui la rend l'objet des complaisances de Dieu , et qui fait que l'apôtre saint Pierre appelle le peuple dont elle est composée une race choisie, un sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple conquis (Ep. 1., c. 2 ). Il est vrai que dans ce lieu de pèlerinage, l'Eglise renferme des méchants dans son sein , que les pécheurs v sont mêlés parmi les justes, que tous les membres dont son corps est formé ne sont pas saints. Mais comme la perfidie de Judas n'empêcha pas que le collège apostolique ne lut saints de même la dépravation de quelques chrclieiuj

ne préjudicie nullement à la sainteté de l'Eglise , et elle ne laisse pas d'être sainte, pour avoir quelques enfants qui la déshonorent. Leurs désordres ne sont point ses désordres, puisqu'elle les condamne, qu'elle les déteste et qu'elle les empêche de tout son pouvoir. Si elle supporte ces infirmes , c'est dans le désir d'opérer leurguérison. Du reste. elle ne perd poui cela rien de sa sainteté, et il est toujours vrai (pie son esprit est saint, que sa doctrine est sainte, que ses lois sont saintes , que son culte est saint , et qu'elle ne produit que des fruits de sainteté.

6. Son esprit est saint ;, parce qu'il est cet esprit qui découle de la source même de la sainteté, cet esprit que Jésus-Christ son chef répand sur elle, et par lequel il l'anime, la purifie et la sanctifie. Sa doctrine est sainte, parce qu'elle a Dieu pour auteur, qu'elle a été annoncée par le Fus de Dieu, et qu'elles pour but de rendre les hommes saints. Elle tend à dissiper les ténèbres de l'ignorance , à réprimer la violence des passions, à imprimer en nous l'amour de la vertu, à former dans l'homme un cœur pur , un esprit droit , et à rétablir en lui l'image de Dieu qui a été défigurée par le péché. L'Eglise n'enseigne-t-elle pas à ses enfants à mépriser les biens de la terre , à supporter avec patience leurs peines et leur.; travaux , à n'avoir entre eux qu'un cœur et qu'une âme , à s'aider mutuellement, à aimer ceux qui les offensent et qui les persécutent? Me leur commande-t-clle pas d'être parfaits comme leur Père céleste est parfait? Quelles maximes plus saintes ei plussublimes? Mais ses lois ne sont pas moins saintes. Elles ne tendent qu'à maintenir parmi ses enfants l'esprit de piété, l'esprit de pénitence, l'esprit de charité. Ses commandements n'ont pour but que d'extirper les Niées et défaire régner la vertu. Elle ne se sert de l'autorité qu'elle a reçue de Jésus-Christ que pour l'utilité des fidèles , que pour préserver les justes du péché, et pour ramener les méchants à la pratique du bien. Si nous considérons ensuite son culte, quel est celui qui pourra dire qu'il n'est pas saint? Elle adore Dieu en esprit et en vérité, elle le reconnaît comme le souverain Maître de l'univers . et lui rapporte toutes choses comme à sa»fin dernière. Le sacrifice qu'elle offre chaque jour est l« plus pur cl le plus parfait; il est infiniment plus agréable à Dieu (pie tous ceux qui lui ont été offerts dans l'ancienne loi. Les fêtes qu'elle célèbre servent à honorer Dieu et à procurer sa gloire. Toutes ses cérémonies sont établies pour imprimer , dans l'esprit des hommes , par le moyeu des sens , une idée

oSO XXXV. INSTRUCTION

juste de la grandeur de Dieu, et pour exciter dans leur cœur des sentiments de respect et de vénération envers sa divine majesté.

7. Mais si la sainteté de l'Eglise se montre d'une manière si admirable dans son esprit, dans sa doctrine, dans ses lois et dans son culte , elle se manifeste bien plus encore par les fruits qu'elle produit. L'Eglise a toujours été , et sera toujours à l'avenir la mère de tous les Saints. C'est elle qui peut se vanter d'avoir produit et de produire encore chaque jour un nombre prodigieux et de Vierges qui, dans une chair mortelle , imitent la pureté des Anges , et de saints Solitaires qui , par leurs pensées et leurs affections vivent séparés du monde, et de tant de saints Pénitents qui, quoique élevés dans l'abondance, les délices , préfèrent renoncer auxplaisirs et aux avantages que leur présente le monde , pour passer leur vie dans l'humilité, dans la pauvreté et clans la pratique de la mortification. C'est dans l'Eglise que se pratique la perfection évangélique , que se cultivent les vraies et solides vertus ; et hors de son sein, il ne peut y avoir qu'une vertu feinte et apparente. Hors de l'Eglise, il peut y avoir des feuilles; mais c'est en elle seulement que se forment les fruits, qu'ils mûrissent , et qu'on peut les cueillir. Or , si au rapport de noire divin Maître, c'est à la qualité des fruits que l'on connaît la qualité de l'arbre, il faut donc conclure que l'Eglise est sainte, puisqu'elle ne produit que des fruits de sainteté. Si de mauvais fruits croissent au milieu d'elle , ils ne doivent point lui être attribués; ce n'est pas la faute du champ, si l'ivraie y croit avec le froment. Je ne nie pas qu'il y ait dans l'Eglise un grand nombre de pécheurs. Mais ceci, loin depréjudicierà sa sainteté, ne fait que l'établir davantage; car il n'y a de pécheurs dans son sein que ceux qui n'observent pas ses lois, qui ne suivent pas sa doctrine, et qui ne vivent pas de son esprit. S'ils voulaient réformer leur conduite, la régler sur ses lois, sur sa doctrine et sur son esprit, ils deviendraient bientôt saints et parfaits comme les autres. L'esprfl de l'Eglise de Jésus-Christ est donc saint, ses lois sont sautes, sa doctrine est sainte, elle ne produit que des fruits de sainteté; celle de toutes les sociétés qui sont sur la terre qui possède celte qualité , est donc la seule véritable Eglise.

8. Vpres avoir exposé les deux premiers caractères de la véritable Eglise, qui sont l'Unité et la Sainteté, passons au troisième. qui est la Catholicité. Ce mot catholique signifie universel , et convient exactement à l'Eglise , puisque , soit que

SUR LE NEUVIÈME ARTICLE DU SYHBOLÉf. 3-ï

l'on considère la doctrine qu'elle enseigne, ou les membres dont elle est composée, ou le temps de sa durée, ou les lieux dans lesquels elle est répandue , sous tous ces rapports elle est catholique ou universelle. Elle est catholique quant à la doctrine, puisqu'elle enseigne toutes les \ entés que Jésus- Christ a enseignées à ses Apôtres , et que les Apôtres ont enseignées à l'univers, et que celte doctrine s'est conservée sans aucune variation dans tous les temps. Elle est catholique ou universelle quant aux membres dont elle- est composée , puisqu'elle renferme dans son sein tous les fidèles qui ont existé depuis Adam , et tous ceux qui existeront jusqu'à la fin des siècles. Elle est catholique quant à sa durée ,• puisqu'elle a toujours , existé depuis le commencement du monde , et qu'elle durera jusqu'à la fin. Elle l'est enfin quant aux lieux, puisqu'elle n'est point restreinte dans une seule nation , mr's qu'elle s'étend à tous les royaumes , à tous les empiras et à tous les peuples.

9. C'est dans ce dernier sens qu'on prend le plus ordinairement le mot catholique, et il est pris dans ce sens qu'il forme un caractère plus dislinctif de la véritable Eglise ; caractère que Dieu même lui avait promis, et qu'il a fait annoncer tant de fois, cl d'une manière si claire par ses Prophètes. L'Eglise étant le règne de Jésus-Christ , c'est d'elle que parlent les Ecritures , lorsqu'elles nous représentent son étendue prodigieuse. Or , voici ce que nous lisons dans les Psaumes, relativement à ce règne : Demandez (Ps. 2, 8), et je vous donnerai toutes les nations pour votre héritage ; votre empire s'étendra jusqu'aux extrémités de l'univers. Tous les contins de la terre se convertiront au Seigneur , et toutes les familles des nations se prosterneront devant lui pour l'adorer (Ps. 21., 28). Son règne s'étendra d'une mer à l'autre, et depuis le grand fleuve jusqu'à l'extrémité de la terre. Tous les rois l'adoreront, et toutes les nations le serviront. Toutes les tribus seront en lui comblées de bénédictions, et il sera élevé audessus de toutes les nations ( Ps. 71. ,8). Les prédictions des autres Prophètes ne sont pas différentes de celles que je \ ions de citer. Reculez les limites du lieu où vous devez dresser vos tentes, dit le prophète Isaïe (c. 54., 2) , et étendez davantage les peaux qui doivent les couvrir. Vous vous répandrez à. droite et à gauche; votre postérité aura les nations pour son partage , et elle habitera les villes qui aujourd'hui sont désertes. En ce temps-là, dit Jérémie(cap. 3. , 17), on appellera Jérusalem le trône du Seigneur, cl toutes les nations

3S3 XXXV. INSTRfCTlOX

s'y rassembleront au nom du Seigneur. De l'orient à IVcident , dit Dieu par la bouche du prophète Malachie (c. 11 ),

la gloire de mon nom sera célébrée par les nations, et en tout lieu il me sera offert une hostie pure et agréable. Cette étendue prodigieuse de l'Eglise fut liguréc par celle pierre que Nabuchodonosor vit se détacher d'une montagne sans le concours de la main de l'homme, venir heurter contre une grande statue qu'elle réduisit en poussière, et croître ensuite ellemême comme une énorme montagne qui couvrit toute la terre (Daniel. 2., 34). Et ce règne, dont parle Daniel en disant qu'il détruira tous les autres règnes, et qu'il durera lui-même éternellement , qu'est-il autre chose que le règne de Jésus-Christ, qui a détruit l'empire du démon , anéanti le culte des io>ks cl qui s'est étendu lui-même sur toute la terre?

10. C'est là , en effet, ce qu'avait prédit Jésus-Christ luimême. En parlant à sesdisciples.sur la montagne des Oliviers, des signes qui doivent précéder sa seconde venue et la fin du monde : cet Evangile du royaume , leur dit-il (Malth. 24. ,24) , sera prêché dans tout l'univers, pour que toutes les nations connaissent la vérité, et alors aura lieu la consommation des siècles. Une autre fois , comme il se trouvait dans la maison de Simon le lépreux, prenant la défense de celle femme qui avait répandu sur son corps un parfum précieux (Mar. 14. ,9 , je vous assure, dit-il, que partout où cet Evangile sera prêché, et il le sera dans tout le inonde, on racontera à la louange de celte femme ce qu'elle vient de faire. Et, après sa résurrection, avant de monter au ciel : je vous l'ai déjà dit quand j'étais avec vous, dit-il à ses Apùlres (Luc.24.,44),que tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes , doit s'accomplir ;et, leur faisant connaître le vrai sens des Ecritures, il est écrit, ajouta-t-il, qu'il fallait que le Christ souffrit, qu'il ressuscitât le troisième jour, el qu'en son nom on prêchât à toutes les nations la pénitence et la rémission des péchés. 11 leur commanda ensuite de se disperser sur l,i terre, d'annoncer son Evangile à toute créature, de lui rendre témoignage dans Jérusalem, dans la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de l'univers (Marc. 16., 16). I Apôtres exécutèrent ponctuellement les ordres de leur divin Maître, pétant divisé la terre, ils firent entendre leur voixà tous les pennies, portèrent dans tous les lieux les lumières de la foi, multiplièrent partout le nombre des croxanls \i!.I..S; el dès son principe l'Eglise s'étendit d'une manière si prodigieuse, que saint Paul, écrivant aux Colossiens, se réjouissait

avec eux de ce que la foi qu'ils professaient eux-mêmes croissait et fructifiait déjà dans Unit l'univers (cl .,6). Et quel est le pays si lointain où la lumière de l'Evangile n'ait pas pénétré? Quel est le peuple si barbare auquel ne soit pas parvenue la connaissance de Jésus-Christ ? Des quatre parties du inonde il n'en est aucune où le Fils de Dieu n'ait ses adorateurs, où son Kglise ne compte un grand nombre d'enfants qui professent sa foi, qui participent à ses sacrements* et reconnaissent l'autorité de ses pasteurs. C'est donc ajuste titre qu'on donne à l'Eglise de Jésus-Christ le beau litre de catholique, puisque c'est un caractère qui a été prédit par les Prophètes, qui lui a été , r<>inis par son chef,cl que ses ennemis mêmes ne lui ont jamais contesté.

11. Le quatrième caractère qui doit nécessairement distinguer l'Eglise de Jésus-Christ , est qu'elle soit apostolique* c'est-à-dire qu'elle ait été fondée par les Apôtres, que sa doctrine soit la doctrine des Apôtres, et que ses pasteurs descendenl.par une succession non interrompue , des Apôtres, dont ils doivent avoir reçu leur mission. Le Fils de Dieu qui est venu du ciel pour élever sur la terre l'édifice de son Eglise, a voulu conduire cet ouvrage à sa perfection par le moyen des Apôtres. C'est pour cela que, comme le rapporte saint Mare (c. 3., 13), de tous les disciples qui le suivaient , il en choisit douze, auxquels il donna le pouvoir de publier son Evangile, de guérir les infirmes, de chasser les démons , et d'opérer toutes sortes de prodiges. 11 les prémunit contre les ruses de la sagesse humaine, leur promettant que l'Esprit-Sainl parlerait toujours par leur bouche. 11 les fortifia contre la cruauté des tyrans, en leur disant qu'ils ne devaient point craindre ceux qui pouvaient seulement faire périr leur corps, et qui n'avaient aucun pouvoir sur leur àme(Mallli. 18., 19). Et après leur avoir donné ces instructions nécessaires pour rétablissement de son Kglise, après les avoir investis de sa vertu divine, après leur avoir communiqué le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, il leur donna la mission légiliimyomme il l'avait reçue de son Père, afin qu'ils portassent la foi jusqu'aux extrémités de l'univers (Joan. '20. ,23). Ils exécutèrent fidèlement les intentions de leur divin Maître. Aidés de la grâce (le Dieu qui bénissait leurs fatigues et leurs travaux , et qui confirmait la vérité de ce qu'ils annonçaient par des prodiges nombreux et éclatants , ils établirent enfin l'Eglise de lé- Bus-Christ, malgré tous les efforts des puissances de la terre, Gl l'arrosèrent de leurs sueurs et de leur sang. C'est donc aves

raison que l'apôtre saint Paul nous dit (Eph. 2.,90)que nori sommes bâtis sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, unis en Jésus-Christ, qui est la principale pierre de fande. El saint Jean, dans son Apocalypse,nous représentant l'Eglise sous l'image d'une sainte et brillante cité descendue du <icl, nous dit que le mur de celte cité a douze fondements, shi* lesquels sont écrits les douze noms des douze Apôtres do ï'Agneau(\poc. 21. ,14).

12. Les Apôtres ne furent pas seulement , après Jésus- Christ, les fondateurs de l'Eglise , ils furent encore ses docteurs etses maîtres. Jésus-Christ est la source de celte doctrine céleste qui seule peut éclairer ceux qui vivent au milieu des ténèbres et à l'ombre de la mort (Lue. 1 .73); mais les Apôtres sont comme les canaux par lesquels cette doctrine s'est étendue dans le monde. Us puisèrent cette ean vive dans sa vraie source, et nous la transmirent clans toute sa pureté. Ils apprirent du Fils de Dieu lui-même les grandes vérités de . a foi, l'institution et l'efficacité des sacrements, la sainteté de la morale évangélique, l'ordre qu'ils devaient mettre dans la hiérarchie ecclésiastique , et firent passer à leurs successeurs ces instructions, ces vérités et ces maximes. Nous vous annonçons, disait l'apôtre saint Jean (Ep. 1., c. 1. 1), ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos propres \ cux,co que nous avons touché de nos mains , afin que vous soyez unis avec nous dans la même société , et que noire société soit avec le Père et avec sonFils, Jésus-Christ. Cette société, qui est l'Eglise est donc fondée sur celte doctrine et sur celte foi que les Apôtres eux-mêmes ont publiées, et quiconque oserait altérer celte doctrine, et substituer à celle foi des opinions nouvelles , serait par là-même exclu de celte heureuse sociélé. Si un Ange même, dit saint Paul , venait nous annoncer une autre doctrine que celle que je vous ai enseignée , regardez-le comme un excommunié. Et, écrivant aux Thessaloniciens (Ep. 2., c. 2. ,4), il leur recommande de garder soigneusement loutce qu'ils ont appris de ses lèvres et par ses lettres. Aussi l'Eglise est chargée de conserver le don pré cieux de la foi qu'elle a reçu des Apôtres ; mais elle ne peu? et ne pourra jamais rien y changer; et à tous ceux qui, dan? l'Eglise, ont la charge de gouverner les fidèles et de les instrui rc, appartient ce que dit l'Apôtre écrivant à Timothée : Garde} le dépôt qui vous a été confié , et évitez soigneusement toute nouveauté profane dans les paroles. Proposez-vous pour mo dèle lu sainte doctrine que vous avez apprise de moi. touchai!

la foi et la charité qui sont en Jésus-Christ (2. Tîm. t., 13).

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