L'Eglise est appelée apostolique non-seulement parce
qu'elle a été établie par les Apôtres , et qu'elle en a reçu la
doctrine évangétique , mais encore parce qu'elle ne reconnaît
pour pasteurs légitimes que ceux qui, par une succession non interrompue , ont reçu leur mission des Apôtres et de leurs successeurs. Comme, selon les promesses de son divin chef, elle devait subsister jusqu'à la fin des siècles , il fallait nécessairement établir un ordre de pasteurs pour veiller sur le troupeau, pour le défendre contre la fureur du loup, pour le tenir éloigné des pâturages dangereux des fausses doctrines, pour le nourrir par la prédication de la parole divine et l'administration des sacrements. C'est là la forme établie par Jésus-Christ qui,comme dit saint Paul(Eph.l, 1 1), adonné à son Eglise des Apôtrcs,dcs Evangélisles,des Pasteurs et des Docteurs pour travailler à la sanctification des fidèles, aux fondions de leur ministère, àl'édification du corpsde Jésus-Christjusqu'àce que nous soyons tous arrivés à l'unité d'une même foi et d'une même connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme parfait, à la mesure de l'âge complet deJésus-Christ,c'est-à-dire, afin qu'ils travaillent jusqu'à la fin du monde, puisque c'est alors seulement que le nombre des élus sera rempli, et que sera conduit à sa perfection le grand édifice de l'Eglise deJésus- Christ. Afin d'y perpétuer ce ministère sacré, son divin chef donna aux Apôtres la faculté de se choisir des successeurs , et de leur transmettre la même autorité de s'en créer d'autres après eux. Aussid'apôtre saint Paul (2. Tim.,1., 6) ne conféra pas seulement à Timothée le caractère épiscopal par l'imposition de ses mains, mais il lui recommande en outre (1 .Tim.,3) de ne pas imposer facilement les mains à ceux qui se présentent, et de les éprouver auparavant; et ensuite il fait rémunération des vertus dont doivent être ornés les Evèques et les Diacres. Ecrivant à Tite (c. l.,3., 9),il lui dit : Je vous ai laissé en Crète, afin que vous acheviez ce que j'ai commencé, et que vous établissiez dans chaque ville des Prêtres qui soient capables de défendre la saine doctrine contre ceux qui la combattent. L'autorité des pasteurs de l'Eglise descend donc de Jésus-Christ, puisque lui qui en est l'auteur la conféra à ses Apôtres , que les Apôtres la communiquèrent à ceux qui vinrent après eux, que de ceux-ci elle passa de main en main à leurs successeurs, et qu'elle se transmettra de même par une succession continuelle jusqu'à la fin du monde. Ceux qui ne parviennent pas au ministère sacré par celle voie, ne sont donc
3o3 xxxn. wsTBrenon
pas des pasteurs légitimes, et ne peuvent point se vanter d'avoir été établis parie Saint-Esprit pour gouverner l'Eglise da
Dieu. Ils sont des usurpateurs, comme ceux qui entrent dans la bergerie, et qui s'y introduisent en passant ailleurs que par la porte. Ce qui nous fait comprendre que, comme l'Eglise doit être apostolique quant à son origine et quant à sa doctrine,'elle doit l'être pareillement quant à la succession de ses pasteurs.
14. Par le moyen de ces quatre caractères glorieux dont doit être ornée la véritable Eglise de Jésus-Cbrist, il est aisé à quiconque ne veut pas fermer volontairement les yeux à la lumière de la vérité, de connaître quelle est celle, de toutes les sociétés qui se vantent d'appartenir à Jésus-Cbrist , qui est la véritable Eglise ; mais c'est ce qui fera le sujet de l'instruction suivante. Commençons à profiler des considérations qui viennent d'être faites ; et puisque l'Eglise est une , n'ayons aussi nous-mêmes qu'un cœur et qu'une àme , et soyons tous unis les uns aux autres par les liens de la charité ; puisque l'Eglise est sainte, faisons en sorte que toutes nos pensées , que toutes nos paroles, que toutes nos actions soient saintes ; puisque l'Eglise est catholique, et qu'elle renferme dans son sein les fidèles de tous les temps et de tous les lieux , que notre charité s'étende aussi sans exception à tous les hommes, quels que soient leur état, leur rang et leur condition ; puisque enfin l'Eglise est apostolique, réglons notre conduite sur la doctrine, sur les exemples et sur les maximes des Apôtres, et non sur les maximes et sur les usages du monde, lui retraçant en nous ces caractères, qui font reconnaître l'Eglise pour être la véritable épouse de Jésus-Cbrist, ils nous feront reconnaître aussi pour être les enfants légitimes de cette Eglise et les vrais disciples du divin Maître.
TRENTE-SIXIÈME INSTRUCTION
Où l'on démontre que les carac'ères dont on vient de parler ne conviennent qu'à l'Eglise romaine.
Dieu , qui désire le salut de tous les hommes , et qui veut que tous connaissent la vérité , a marqué son Eglise des caractères les plus visibles cl les plus distinclifs, afin que nou? eussions tous les moyens les plus faciles delà connaître, e; que ceux qui se perdent en ne voulant pas vivre dans son sein ou eu refusant de lui obéir, ne pussent alléguer pour excuse
leur ignorance. Ces caractères, qui ont été développés dans l'instruction précédente, et qui ne conviennent qu'à la seule véritable Eglise de Jésus-Christ, nous les trouvons tous réunis dans l'Eglise romaine , à l'exclusion de toutes les autres sociétés, parce qu'elle seule est une, sainte, catholique et apostolique.C'est donc la seule Eglise romaine, qui est la vraie Eglise de Jésus-Christ; c'est ce qui fera le sujet de celle instruction.
l.On entend par Eglise romaine non point la seule Eglise particulière de Rome , mais la réunion de toutes les Eglises qui , malgré la diversité des nations et la distance des lieux , reconnaissent le Pontife de Rome pour leur chef légitime et vivent en communion avec lui. Or, il n'est aucun ik* caractères de la véritable Eglise qui ne convienne à celle société. Et, pour commencer par l'unité , elle est une dans sa foi , une dans ses sacrements, une dans son chef visible. Elle est une dans sa foi, parce que la foi de chacune des Eglises particulières qui appartiennent à celte société, est la foi de toutes les autres Eglises de cette même société. Ce que croit l'Eglise particulière de Home, on le croit de même dans les autres églises d'Italie, d'Allemagne, de France, d'Espagne, et dans toutes celles qui sont unies à l'Eglise romaine. Les dogmes enseignés dans un endroit sont enseignés sans aucun changement, sans aucune altération, dans tous les lieux où se trouvent des membres de celle société. Son Symbole est partout le même, les articles qu'il renferme sont partout les mêmes. Il n'y a rien dont celte société soit si ennemie que de la nouveauté; et, selon le précepte de l'apôtre saint Paul (Tim.l ., 6., 20), elle l'évite en matière de foi jusque dans les paroles et les termes qu'elle emploie. S'il survient des doutes et des controverses, elle les termine par ses décisions infaillibles, afin que ses enfants ne se laissent pas emporter à tout vent de doctrine , afin qu'ils aient tous le même esprit, les mêmes sentiments, la même croyance, le même Evangile , et que tous ensemble ils glorifient Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ. S'il y a, dans les écoles diversité d'opinions, l'unité de la foi n'en souffre point pour autant, parce que ces opinions n'ont pas rapport à ce qui est révélé , et à ce que cette Eglise propose à croire par son autorité infaillible, comme étant des vérités de foi.
2. Si l'Eglise romaine est une quant à la profession de la foi, elle l'est de même quant à la participation aux sacrements. Le calice de bénédiction que nous recevons avec uclion de grâce, disait suint Paul (I . Cor., 10., 16;, est la corn-
niunication du sang de Jésus-Christ, el le pain, que nous divisons, est la participation du corps de Noire-Seigneur; et il en concluait que tous les fidèles, malgré leur multitude, ne forment néanmoins qu'un seul corps , parce qu'ils participent tous au même pain de l'Eucharistie. Or, c'est dans l'Eglise romaine que se consacre ce pain de l'Eucharistie, et tous ses enfants, de quelque condition et de quelque pays qu'ils soient, sont admis à la même table, pourvu qu'ils s'en rendent dignes par la sainteté de leur conduite. Elle y admet également les rois elles sujets, les riches et les pauvres, les maîtres elles serviteurs. Tous reçoivent la même nourriture, et deviennent ainsi une seule et même chose en Jésus-Christ. Il en faut dire autant de tous les autres sacrements; el comme il n'y a aucune église particulière dépendante de l'Eglise romaine, où la croyance ne soit unanime sur la nature et le nombre des fiacremenls, de même il n'y en a aucune où ils ne soient tous administrés; et cette Eglise a soin d'établir partout un nombre suffisant d'Evéques et de Prêtres, pour que ses enfants ■ne soient pas privés de ces sources abondantes de grâces.
3. Mais ce qui montre d'une manière plus sensible l'unité de l'Eglise romaine, c'est l'unité de son chef visible. Comme elle ne reconnaît qu'un seul chef invisible, qui est Jésus-Christ, elle ne reconnaît aussi qu'un seul chef visible, qui est le Pontife de P\ome, successeur de saint Pierre. Toutes les Eglises particulières qui composent celle société, regardent son siège comme le centre de l'unité , respectent en lui la primauté qui fut donnée au prince des Apôtres, lui paient le tribut de leurs hommages et de leur obéissance, et enseignent ce qu'elles ont appris par une tradition constante et non interrompue, qu'on doit regarder comme schismatique ou séparé du corps de l'Eglise quiconque refuse à ce sainl siège le respect et la soumission. Delà cette admirable union qui règne parmi les membres de ce corps. Etant tous unis au même chef, il en résulte, par une conséquence nécessaire, qu'ils sont tous unis entre eux. Les fidèles, communiquant avec leurs pasteurs, et ceuxci communiquant avec le pasteur principal, il s'ensuit que chaque fidèle communique avec son premier chef. Et ainsi, quoique ce nombreux troupeau soit divisé en plusieurs parties , et que chacune de ces parties ait son pasteur particulier qui la gouverne, toutes ces parties appartiennent à la mémo bergerie conduite par le pasteur suprême, auquel les autres pasteurs sont subordonnés. L'Eglise romaine, soit que l'on COIiS&çre lu foi qu'elle professe , ou les sacrements qu'elle
Administre à ses enfants, ou le chef suprême quelle reeonnail, a donc celle unité qui distingue la véritable Eglise de Jésus- Christ. Voyons maintenant si elle peut également s'attribuer la sainteté.
4. Pour rester convaincu qu'elle le peut à juste litre, il suffit d'examiner les maximes qu'elle enseigne , et les fruits qu'elle produit continuellement ; car il est impossible qu'elle puisse n'enseigner que des maximes saintes, et ne produire que des fruits de sainteté, sans être animée de l'esprit même de sainteté. Si elle était un mauvais arbre, elle ne pourrait pas produire de bons fruits. Or, comment les maximes enseignées par l'Eglise romaine ne seraient-elles pas saintes, puisque ce sont les maximes mêmes qui sont contenues dans l'Évangile ? Elle n'en enseigne pas une qui soit opposée à la doctrine et à la morale de Jésus-Christ et des Apôtres. Elles ont toutes pour but, ces maximes, de dépouiller ses enfants du vieil homme , de les revêtir du nouveau , de renouveler en eux l'image de leur Créateur (Col. 3. ,9), de les porter à l'observance parfaite du grand commandement qui est l'abrégé de toute la loi , et qui consiste à aimer Dieu pardessus toutes choses , et notre prochain comme nous-mêmes. Pour ce qui regarde Dieu, dit saint Augustin (Lib. de .Morib. Eccl., c. 30), celle Eglise nous apprend à le servir dans toute la pureté de notre cœur, à nous soumettre à sa divine volonté, à chercher en lui seul notre bonheur. Pour ce qui est de notre prochain, elle ne cherche, par ses lois et ses conseils, qu'à unir par les liens de la charité les citoyens avec les citoyens, les nations avec les nations, tous les hommes les uns avec les autres. Elle apprend à chacun à remplir ses devoirs envers tout le monde. Elle enseigne aux femmes à être chastes, obéissantes et lidèles à leurs maris ; et aux maris à respecter leurs femmes et à les aimer sincèrement ; elle enseigne aux enfants à être soumis à leurs parents; et aux parents à veiller soigneusement sur leurs enfants. Elle apprend aux serviteurs à être obéissants et fidèles à leurs maîtres, non par force et par nécessité , mais pour accomplir leur devoir, et aux maîtres elle apprend à être pleins de douceur et de bonté envers leurs serviteurs, en pensant qu'ils ont tous un maître commun qui est Dieu. Elle apprend aux souverains qu'ils doivent veiller au bien de leurs peuples; et aux peuples qu'ils doivent être fidèles, obéissants et respectueux envers leurs souverains. En un mot, elle nous apprend quels sont ceux que nous devons honorer, ceux que nous devons corriger, ceux que nous devous avertir, ceux que
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jous devons soulager, et elle nous enseigne que nous devons exercer la charité envers tous les hommes, que nous devons bien nous garder de leur causer la moindre peine et de leur faire la moindre injure.
5. Puisque ce sont là les maximes de l'Eglise romaine, ne nous étonnons plus, dit saint Augustin (ibid.), si elle a produit', et si elle produit encore chaque jour des fruits si abondants de sainteté. Ne nous étonnons plus de trouver dans son sein tant d'âmes charitables et miséricordieuses , tant d'âmes pures et enflammées de l'amour divin, tant d'âmes qui méprisent les biens et les plaisirs du monde, et qui ne soupirent qu'après les biens de l'éternité. Oui, mes Frères, l'Église romaine renferme encore aujourd'hui un grand nombre d'âmes innocentes et d'âmes pénitentes. Elle a ses Saints dans tous les états. Dans le monde comme dans la solitude , au milieu des embarras du siècle comme dans les cloîtres, dans l'état du mariage comme dans le célibat, il en est qui vivent saintement ; et quiconque réglera sa conduite sur la doctrine et sur les maximes de cette Eglise, apprenant d'elle à agir non point par la crainte de la peine, mais pour l'amour de la vertu , sera saint et parfait.
6. Je sais qnel'on pourrait objecter que si, dans l'Eglise romaine, on enseigne des doctrines conformes à la pureté de la morale évangélique , on voit souvent se répandre aussi dans son sein des opinions qui tendent à corrompre celte morale divine ; et que si l'on y trouve un grand nombre de Saints, on y voit un nombre bien plus grand d'hommes imparfaits et de pécheurs. Mais ceci ne préjudicie en rien à sa sainteté. Et d'abord, pour ce qui est de la doctrine, on aurait tort d'attribuer à l'Eglise ce que disent quelques auteurs privés, et de faire passer comme étant ses maximes les opinions de quelques théologiens peu éclairés. Elle ne les a jamais reconnues comme lui appartenant, elle ne les a jamais approuvées, ni jamais proposées aux fidèles comme des règles de conduite. Au contraire, elle a toujours tenu ses enfants en garde contre ces opinions, elle en a proscrit un grand nombre comme étant pernicieuses, et elle a déclaré en général qu'elle condamne toutes les doctrines qui tendent au relâchement de la morale de Jésus-Christ, comme aussi toutes les opinions contraire» à la simplicité évangélique et à la doctrine des saints Pères (Décret. Alex. VII. an., 1665). Ses lois et ses décrets rendent témoignage du soin qu'elle a eu dans tons les siè clos de conserver Ja pureté de la morale cl de la foi. Quicou
SUR LE NEUVIÈME ARTICLE DO SYMBOLE. o91
que voudra examiner ses ordonnances et ses décisions sera forcé d'avouer qu'elles sont saintes, puisqu'elles tendent toutes à réprimer les vices et les passions, loin de les favoriser. Quant aux imparfaits et aux pécheurs qui vivent dans le sein de l'Eglise romaine, il serait déraisonnable et contraire à l'Ecriture sainte et à la doctrine des saints Pères de prétendre que l'Eglise doive avoir sur la terre le même degré de sainteté qu'elle aura dans le ciel. Telle qu'elle est sur la terre, elle est comparée à l'arche de Noë qui renfermait des animaux purs et des animaux impurs ; à un champ où l'ennemi a semé l'ivraie parmi le bon grain (Mallh., 13. 25); à une aire où le froment n'est pas encore séparé de la paille (ib. 3., 12); à un tilet qui contient de bons et de mauvais poissons (ibid. 13., 47 ); à une bergerie où paissent ensemble les boues et les brebis (ibid. 25. 32). Ce n'est que lorsque la séparation des bons d'avec les méchants aura été faite , et que l'Eglise sera toute triomphante dans le ciel, que ce mélange n'aura plus lieu. Il n'est donc pas étonnant que l'Eglise romaine renferme dans son scindes pécheurs mêlés parmi les justes; et, de ce qu'on aperçoit ce mélange , on ne doit pas conclure qu'elle n'est pas sainte , puisque ses lois et ses maximes n'en sont pas moins saintes, puisque son esprit est saint, et que tous ceux qui embrassent ses maximes , qui observent ses lois, et qui vivent de son esprit, sont saints. Si les justes euxmêmes ont leurs imperfections, ils ne laissent pas pour autant d'être saints. N'était-il pas saint l'apôtre saint Jacques, lui qui disait cependant: Tous tant que nous sommes , nous offensons Dieu en beaucoup de choses (Jac, 3.)? Et l'apôtre saint Jean n'était-il pas saint, lui qui néanmoins se mettait aussi au nombre des pécheurs, et qui écrivait dans une de ses Epilres( 1. Joan., 1., 8 ): Si nous disons que nous sommes sans péchés, nous nous faisons illusion, et la vérité n'est point en nous? La faiblesse inséparable de notre nature en celte vie n'empêche pas la vraie sainteté, quoiqu'elle ne nous permette pas d'avoir cette sainteté parfaite et consommée que nous n'aurons que dans le ciel. 11 n'y a donc aucune raison de refuser à l'Eglise romaine la sainteté. Elle est sainte sous tous les rapports; elle possède donc le second caractère qui dislingue la véritable Eglise de Jésus-Christ.
7. Mais quelqu'un pourrait-il prétendre qu'elle ne doit pas s'attribuer le litre glorieux de catholique ? Ce -serait une prétention vaine et déraisonnable. Elle a toujours élé en possession de ce litre, qui ne lui a jamais élé contesté même par se*
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ennemis. Ils lui donnent eux-mêmes ce nom, et jamais aucune société ne se l'est attribué. Les hérétiques et les sehismaliques eux-mêmes, comme disait de son temps saint Augustin Lib. de Vera Relig., cap. 7 ), lorsqu'ils parlent de l'Eglise romaine , sont forcés de l'appeler l'Eglise catholique , parce que c'est là son véritable nom, celui qui la distingue dune manière plus visible de toutes les autres sociétés, celui qu'ils doivent lui donner, s'ils veulent être entendus, et celui qui lui est donné dans tout l'univers. Et saint Cyrille de Jérusalem disait (Catecb. 18) que ceux qui entrent dans quelque ville ne doivent pas demander simplement où est l'Eglise, mais où est l'Eglise catholique, parce que c'est là proprement son nom. Et n'est-ce pas, en effet, dans l'Eglise romaine qu'on voit s'accomplir cette promesse faite à l'Eglise , qu'elle devait s'étendre sur toute la terre? Quels sont les pays si éloignés où elle n'ait envoyé des hommes apostoliques pour annoncer l'Evangile? Quels sont les peuples si ignorants et si sauvages, chez lesquels elle n'ait pas fait pénétrer sa lumière, et qu'elle n'ait pas civilisés en les soumettant au joug plein de douceur de Jésus-Christ? Elle s'étend de l'orient à l'occident et du nord au midi. Non-seulement en Europe , mais dans l'Asie, dans l'Afrique, et jusque dans l'Amérique elle a ses brebis et ses pasteurs. Partout elle compte une multitude d'enfants qui professent sa foi , qui observent ses lois et qui obéissent à son chef. Elle seule peut se vanter d'annoncer à toutes les nations la pénitence et la rémission des péchés, selon les prédictions de notre divin Sauveur, de prêcher l'Evangile à toute créature , et de rendre témoignage à Jésus-Christ jusqu'aux extrémités du monde. 11 est inutile d'entrer dans de plus grands détails sur ce sujet; c'est une vérité de fait que l'Eglise romaine, même après la séparation de quelques peuples tombés dans le schisme ou l'hérésie, renferme dans son sein des hommes de toutes les nations; que, dans les pays mêmes où règne l'erreur , un grand nombre lui sont demeurés fidèles, et que, par son extension, elle se distingue de toutes les autres sociétés. Elle est donc en possession du titre de catholique, qui est un caractère distinctifde l'Eglise de Jésus-Christ. Voyons si elle aura aussi l'apostolicilé.
8. L'Eglise est appelée apostolique, principalement parce que c'est par le moyen des Apôtres qu'elle a été fondée, et que c'est des Apôtres qu'elle a reçu sa doctrine. Or, peuton douter que les Apôtres ne soient les pères et les fondateurs de l'Eglise romaine? Si nous voulons rechercher l'origine
Sm f.E NEUVIÈME ARTICLE DU SY.MBOLfc. 303
i?e toules les Eglises particulières qui , unies par les liens de /a foi et de la charité , forment l'Eglise universelle , nous trouverons que toutes ont été fondées ou par les Apôlres, ou par leurs successeurs légitimes. !Vest-ce pas saint Pierre qui a fondé l'Eglise de Rome , et qui y a établi son siège après l'avoir fixé sept ans à Antioche?Si tous les saints Pères l'appellent la mère et la maîtresse de toules les Eglises , n'est-ce pas parce que le Prince des Apôtres lui laissa en héritage celle chnirc qui est le centre de l'unité, cl qui a la prééminence sur toutes celles de l'univers? Combien d'autres Eglises fondèrent et saint Jean, dans l'Asie-Mineure, et saint Philippe, dans la grande Asie, et saint André dans la Scylhie, et saint Thomas, dans l'Inde , et saint Barthélémy, dans l'Arménie, et saint Matthieu* dans l'Ethiopie, et saint Simon, dans la Mésopotamie et dans la Perse, et saint .Unie, dans l'Arabie et dans ï'idumée, et saint Matthias, en Afrique! Toules les Eglises qui existent en Italie, en Europe, en France, en Allemagne et dans toutes les parties du monde, ne furent-elles pas fondées de même ou parles Apôtres, ou par leurs disciples, ou par des hommes envoyés dans ces pays par eux-mêmes, ou par leurs légitimes successeurs, héritiers de leur pouvoir? 11 suffit de jeter un coup-d'œil sur la succession non interrompue des Evèques de toutes ces Eglises pour rester convaincu qu'ils ont tous reçu leur mission des Apôtres. C'est de cette succession continuelle d' Evèques depuis les Apôlres, que saint Irénée, saint Cyprien, saint Augustin se servaient pour confondre les hérétiques de leur temps, et pour montrer quelle était la véritable Eglise. L'Eglise romaine, dans laquelle seule nous trouvons celte succession , doit donc èlre reconnue pour la véritable Eglise, puisqu'elle seule est véritablement apostolique. 9. Maisce qui prouve mieux encore que ce caractère lui appartient, c'est que non seulement elle a été fondée parles Apôlres, mais que la foi qu'elle professe, et la doctrine qu'elle enseigne sont la foi qu'ils ont professée, et la doctrine qu'ils ont enseignée. Qu'y a-t-il . en effet . qu'elle ait eu . et qu'elle ait plus en horreur que la nouveauté ? Instruite par l'apôtre saint Paul (Rom. 16.), elle est toujours à observer ceux qui causent des divisions et des scandales, en avançant des propositions contraires à L'ancienne doctrine; et elle a soin d'avertir les fidèles, afin qu'ils évitent de se trouver en leur compagnie. Elle lient pour suspecte toute doctrine qui sent la nouveauté, et elle prend les mesures les plus sages pour maintenir dans Mite leur pureté la foi et lu tradition. Si elle célèbre des cou-
31 ï xxxn. INSTRUCTION
ciles, si elle porle des décrets, elle ne forme point de nouveaux dogmes, elle ne propose point une foi nouvelle , elle ne change rien à ce que les apôtres ont enseigné ou de vive voix ou par leurs écrits, elle n'y ôte rien, elle n'y ajoute rien. Tout ce qu'elle fait par ses décisions, c'est de mettre dans un plus grand jour, et d'établir d'une manière plus solide les vérités qu'elle a toujours crues. On peut confronter, par le moyen de l'histoire et delà tradition, ce que l'Eglise romaine enseigne aujourd'hui avec ce qu'elle enseignait dans les siècles les plus reculés et du temps des Apôtres, et l'on verra que sa doctrine est toujours parfaitement la même. Les vérités qu'elle croit aujourd'hui sont les vérités qu'elle a crues dans tous les temps, qui ont été crues dans tous les lieux et par tous ses membres. 11 reste donc à conclure que l'Eglise romaine possède encore le titre d'apostolique, puisque sa doctrine et sa morale sont la doctrine et la morale enseignées par les Apôtres, et que c'est des Apôtres que tous ses pasteurs ont toujours tenu , et tien- Dent encore aujourd'hui leur mission et leur autorité.
10. Portons maintenant nos regards sur toutes les autres sociétés qui se vantent d'être l'Eglise de Jésus-Christ, pour voir si nous trouverons chez elles ces caractères qui brillent d'une manière si admirable et si sensible dans l'Eglise romaine. Y trouverons-nous d'abord le premier caractère, qui est l'unité? On ne peut pas dire certainement que toutes ensemble elles ne forment qu'un seul corps, puisqu'elles ne sont point unies par les liens qui maintiennent l'unité de l'Eglise , et qui sont l'unité de foi, l'unité des sacrements et l'unité de chef. 11 n'y a point, parmi elles, l'unité de foi, puisque dans chacune de ces sociétés elle est différente, même quant aux choses qu'elles ont considérées comme le motif légitime de leur séparation de l'Eglise. Elles n'ont pas l'unité des sacrements, puisqu'elles s'excommunient réciproquement , connue font les disciples de Luther et ceux de Calvin. Elles n'ont pas l'unité de chef; car où est le chef qui soit commun à toutes, et que toutes reconnaissent comme étant réellement leur chef? Mais si toutes ensemble ces diverses sectes ne possèdent pas l'unité, elles ne la possèdent pas mieux chacune en particulier; car les principes sur lesquels chacune est fondée, et les maximes sur lesquelles chacune se règle, tendent à détruire celte unité et à maintenir la division. Dans les doutes qui se présentent, et dans les controverses qui s'élèvent en matière de foi , chaque membre de ces Eglises ne reconnaît d'autre juge que sou esprit privé, et est libre de suivre son propre senti-
CÏR LE IVT.UVIK.ME ARTICLE DÛ SYMBOLE. 30-j
ment, et (l'interpréter à sa manière la sainte Ecriture. Comnienl,avec cela, pourrait subsister l'unité de foi? Comment pourrail se conserver l'unité de croyance? De là ces changements dans leurs professions de foi ; de là celte diversité de sentiments , telle que non-seulement les membres de chacune de ces sociétés , mais encore les personnes qui composent la même famille pensent différemment les unes des autres; et quoique chacun de ces membres assure être d'accord avec les autres sur les principes fondamentaux, ils ne peuvent s'accorder, quand il s'agit de définir quels sont ces principes fondamentaux. En outre, y a-t-il une de ces sociétés qui ail un seul chef légitime et suprême avec lequel tous les membres communiquent pour pouvoir aussi communiquer entre eux? Dès le moment qu'elles se furent séparées de l'obéissance et de la communion du Pontife romain, elles sont restées sans chef, et elles doivent avouer qu'elles ne possèdent point ce siège. que Jésus-Christ lui-môme a institué pour être le centre de l'unité de l'Eglise.
11. Que dirons-nous maintenant de la sainteté? Pour connaître de quel esprit elles sont animées, il suffit de réfléchir au\ qualités de leurs auteurs et aux moyens qu'ils employèrent pour les former; et chacun restera persuadé que les fondateurs de ces sociétés n'ont pu leur communiquer que l'esprit de corruption et de libertinage dont ils étaient eux-mêmes animés. On n'ignore pas quelles étaient les mœurs el la conduite d'un Luther, d'un Calvin, d'un Zwingle. On sait que ce fui l'esprit d'orgueil, de liberté et de vengeance qui les porta à ' se révolter contre l'Eglise romaine. Quoiqu'ils aient cherché à couvrir leurs passions du voile de réforme et de zèle , leurs écrits sont des preuves irréfragables delà haine qu'ils nourrissaient dans leur cœur contre le Pontife romain , et qui les porta à se séparer de lui et à élever autel contre autel. Pour réussir dans leurs projets , ils curent recours à la calomnie , imputant à l'Eglise romaine des erreurs qu'elle a constamment détestées , et lui attribuant des désordres qu'elle a toujours repris dans ses enfants. Ils employèrent la fourberie, faisant passer aux yeux des ignorants pour être un esprit de réforme ce qui était chez eux un esprit deliberté. lisse servirent de l'astuce, accommodant leurs maximes aux inclinations et au caractère des personnes qu'ils voulaient attirer à leur parti. C'est pour cela qu'ils retranchèrent le jeûne, l'abstinence, la confession , par où ils gagnèrent les libertins : ils bannirent le célibat, et gagnèrent ainsi les incontinents: ils permirent l'a*
surpalion sacrilège des biens ecclésiastiques, pour gagner le3 avares et les intéressés. Ils établirent des maximes propres à fomenter les passions et à étouffer les remords de la conscience. Peut-on voir une conduite plus contraire à celle que tinrent les Apôtres dans rétablissement de l'Eglise? Comment pourraient-elles donc se vanter de posséder la sainteté ces sociétés fondées par des hommes qui étaient dominés par toutes les passions , et établies par des moyens qui sont si opposés à la sainteté , et si évidemment contraires à l'Evangile?
12. Quant au troisième caractère de l'Eglise, qui est la catholicité, aucune des sociétés séparées de l'Eglise romaine n'a jamais prétendu se l'approprier. En effet, elles ne sont pas catholiques sous le rapport du temps , puisque leur origine est toute récente. Elles ne le sont pas quant au lieu, puisqu'elles se trouvent resserrées dans des limites assez étroites. Elles ne le sont pas davantage pour ce qui est de la doctrine , laquelle a toujours été chez elles, et est encore à chaque instant sujette à mille variations. Elles ne sont point catholiques non plus relativement aux personnes , puisqu'elles ne sont pas composées d'hommes de toute langue , de tout pays , de toute nation. Elles ne sont point connues en Orient, où elles sont détestées comme des sectes hérétiques; et même en Europe, combien de royaumes où elles sont abhorrées, combien de provinces où elles sont ignorées ! Quels progrès ont-elles laits parmi les infidèles , quels peuples ont-elles soustraits à l'idolâtrie et gagnés à la religion chrétienne? Elles ne peuvent donc pas se glorifier du titre de catholique.
13. Elles peuvent bien moins se vanter d'être apostoliques, puisqu'elles ne tirent pas leur origine des -Apôtres, et que leur doctrine n'est pas la même que celle qui fut enseignée parles Apôtres. Quanta leur origine, qu'elles nous montrent, pouvons-nous dire comme Terlullicn disait aux hérétiques de son temps (Lib. de Prœscript.,c. 32),qu'elles nous montrent la série de leurs Evoques, et qu'elles nous fassent voir, en remontant d'Evèque en Evèque, si le premier a eu pour prédécesseur immédiat ou un Apôtre, ou au moins quelqu'un i\es hommes apostoliques. Avant que Luther et Calvin eussent paru dans le monde, il n'existait aucun principe de leurs sectes. C'est d'eux qu'elles ont reçu leur existence, et qu'elles on! tirés le nom qu'elles portent de luthériennes et de calvinistes. Et leurs fondateurs peuvent-ils prouver qu'ils ont reçu leur mission des successeurs légitimes des Apôtres, puisqu'il est manifeste qu'ils l'ont usurpée d'eux-mêmes, en se séparant dtf
celle Eglise dans la communion de laquelle ils avaient vécu pendant plusieurs années, et en se révoltant contre ces pasteurs qu'ils avaient eux-mêmes reconnus pour légitimes ? Pour ce qui estde la doctrine qu'enseignent ces sociéto.quY-telle autre chose que la rénovation des erreurs condamnée par l'Eglise universelle, bien des siècles avant que parussent les sectaires modernes? Us refusent à l'Eglise le pouvoir de remettre les péchés commis après le baptême ; et celle erreur avait été condamnée dans les Montanistes et les .Novaliens. lis rejettent la vénération due aux reliques ; et ce fut l'erreur de \ igilantius. Ils détruisent la hiérarchie, et veulent que les Prêtres soient égaux aux Evéques ; et cette erreur fut proscrite dans Arius.il serait trop long d'énumérer tous les points dans lesquels ils sont d'accord avec les anciens hérétiques, et en contradiction avec la croyance que l'Eglise a toujours conservée dans les temps les plus éloignés de nous ; c'est d'ailleurs ce qu'ont démontré amplement un grand nombre d'écrivains catholiques. Si la doctrine enseignée par les sectes modernes esl opposée à la foi professée par tous les vrais fidèles dès les premiers siècles de l'Eglise, elle n'est donc pas la même que celle qui fut prèchée par les Apôtres, et qu'ils ont transmise à leurs successeurs, soit de vive voix, soit par leurs écrits. Qui pourra donc dire qu'elles sont apostoliques, puisqu'elles n'ont reçu des Apôtres ni leur institution, ni leur doctrine ?
14. Si donc l'Eglise romaine est en possession de ces caractères, dont, selon les divines promesses, doit être pourvue l'Eglise de Jésus-Christ, et si elle les possède à l'exclusion de toutes les autres sociétés, il en faut conclure nécessairement qu'elle seule est la véritable Eglise, que quiconque refuse de lui obéir refuse d'obéir à Jésus-Christ, et (pie celui qui.après s'être séparé d'elle, ne retourne pas dans son sein, espère en vain son salut. Pour nous, mes Frères, que Dieu, dans son infinie miséricorde a fait naître au sein de cette Eglise où nous avons reçu le lait de la pure doctrine de l'Evangile, apprenons à connaître la grandeur de ce bienfait et l'obligation où nous sommes d'y correspondre. Je vous en conjure, vous dirai-je avec saint' Paul (Eph., 4), que votre conduite soit conforme à voire vocation, et elle y sera conforme lorsque , selon ces paroles de l'Esprit-Saint(Prov. 1), vous respecterez les ordres de votre père, et que vous observerez les lois île votre mère. C'est Jésus-Christ qui est notre père, et l'Eglise <:st notre mère. Nous devons à celle tendre mère le respec .
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l'obéissance et l'amour. Le respect exige que nous l'honorions dans ses ministres, dans ses pasteurs , respectant leur dignité, leur caractère et leur ministère ; nous rappelant ces paroles de notre divin Maître: Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit reçoit celui qui m'a envoyé (Malth. 10). L'obéissance exige que nous nous soumettions humblement à ses jugements et à ses décisions, et que nous soyons les observateurs fidèles de ses lois, telle étant la volonté de son divin Epoux, qui, comme dit saint Augustin (Epist. 105., al. 16*6), a établi la doctrine de la vérité dans la chaire de l'unité. Enfin, notre amour pour elle doit nous rendre sensibles à ses intérêts, pleins d'ardeur pour la soutenir, pleins de zèle pour procurer sa gloire. Car à quoi nous servirait-il d'être les enfants d'une si bonne mère, si nous étions des enfants ingrats et désobéissants? Pour faire notre salut, il ne suffit pas d'appartenir au corps de l'Eglise, il faut encore participer à son esprit. Pour pouvoir être un jour placé dans les greniers du Père céleste, il ne suffit pas d'être dans l'aire, mais il faut y être le froment et non la paille ; car, dit saint Augustin (in Ps. 54) , quoique la paille naisse de la même semence que le grain, qu'elle croisse dans le même champ, qu'elle reçoive la même rosée, qu'elle soit cueillie par la même main, elle n'entrera cependant pas dans le même grenier. Ayons donc soin de correspondre fidèlement à cette faveur que Dieu nous a faite ; et puisque l'Eglise militante nous embrasse amoureusement dans son sein, vivons de manière à pouvoir être ensuite reçus dans le sein de l'Eglise triomphante.
l 'RENTE-SEPTIÈME INSTRUCTION,
Sur la seconde partie du neuvième article du Symbole : Sanctorum coin* muiùoiiem.
De la communion qui existe entre les fidèles dans l'Eglise calholique.
La communion des Saints est comme une conséquence légitime des vérités que je vous ai exposées en vous parlant "de l'Eglise. Car si l'Eglise est l'ensemble de tous les fidèles qui, unis entre eux par les liens de la foi et de la charité sous un même chef, ne forment qu'un seul corps, il s'ensuit nécessairement que, comme les membres d'un corps s'aident mutuellement, et que chaque membre jouit des biens et des avantages de tout le corps, ainsi les fidèles qui composent ce corps
mystique, qui est l'Eglise, doivent s'aider mutuellement ; et chacun en particulier doit participer aux biens communs de toute cette société. Quelle consolation pour nous, mes Frères, de penser que tous les biens que Jésus-Christ a accordés à son Eglise sont nos biens propres, et que nous participons à tous les trésors dont il a bien voulu l'enrichir! Poursuivre un ordre dans un sujet aussi important, nous examinerons premier rement quels sont ces biens auxquels participent les membres de l'Eglise, et en second lieu, si tous ceux qui sont dans l'Eglise participent également à ces biens et à ces trésors précieux.
1. Comme c'est pour le salut de tous les hommes que Jésus- Christ a établi son Eglise, c'est aussi à procurer le salut de tous les hommes que sont destinés les biens dont il a daigné, l'enrichir. Et il a voulu que tous ces biens fussent communs, afin (pie chacun pût s'en servir, et avoir les moyens suffisants et assez puissants pour arriver au bonheur éternel. Parmi ces biens, je considère en premier lieu les divers dons que l'Esprit du Seigneur distribue à son Eglise, et les différents ministères qu'il y a établis et dont parle saint Paul, écrivant aux Corinthiens(Ep. 1., c. 12). 11 y a, dit le saint Apôtre, diversité de dons spiritucls,quoiqu'il n'y ait qu'un même esprit qui les distribue. 11 y a diversité de ministères, quoiqu'il n'y ait qu'un seul maitre que nous sommes obligés de servir. Il y a aussi diversité d'opérations, quoiqu'il n'y ait qu'un même Dieu qui opère tout en tous, Or, les dons du Saint-Esprit, qui se manifestent au dehors.sont donnés à chacun pour l'utilité de l'Eglise. L'un reçoit du Saint-Esprit le don de parler avec sagesse ; l'autre reçoit du même Esprit le don déparier avec science. Un autre reçoit le don de la foi par le même Esprit ; un autre reçoit du même Esprit le don de guérir les maladies ; un autre le don des miracles ; un autre le don de prophétie ; un autre le don de discerner les esprits; un autre le don de parler diverses langues; un autre le don de les interpréter. Or, c'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses , distribuant à chacun ses dons, selon qu'il lui plaît. En outre, Dieu a voulu qu'il y eût dans l'Eglise diversité d'emplois et de rangs. Ainsi, les uns sont destinés à l'apostolat, d'autres à la fonction d'evangélistes, d'autres à celles de pasteurs et de docteurs. Tous nesontpas apôtres, tous ne sont pas prophètes, tous ne sont pas docteurs; mais ceux-là seulement que Dieu a choisis, et qu'il a appelés à ces divers ministères (Eph., 4).