‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 41 sur 45 · Mais si lousles fidèles n'ont pas \*s mêmes dons; si ces · texte numérisé non relu

Mais si lousles fidèles n'ont pas \*s mêmes dons; si ces

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différents ministères ne se confèrent pas à tous., chacun néanmoins y participe, parce qu'ils se donnent à quelques-uns pour l'utilité de tous. C'est pour cela que l'Apôtre nous dit (I. Cor., 12) que les dons du Saint-Esprit, qui se manifestent au dehors, sont distribués à chacun pour l'avantage de tous les fidèles. Et,pour nous faire mieux comprendre celle vérité , ilse sert d'une comparaison tirée du corps humain (Rom. 12). Un corps, dit-il, a plusieurs membres ; mais tous ces membres n'ont ni la même dignité, ni les mêmes fonctions ; néanmoins ils sont si bien liés , et ils dépendent tellement les uns des autres, que l'œil ne peut pas dire à la main : Je n'ai pas besoin de votre secours, et que la tète ne peut pas dire aux pieds: Vous ne m'êtes pas nécessaires. Au contraire, ajoute-t-il, si un membre souffre, tous les autres membres s'en ressentent, et si un membre est plein de vigueur, tous les autres s'en réjouissent , et ils s'aident tous mutuellement. C'est ce qui arrive dans le corps mystique de l'Eglise. Tous les fidèles sont membres de ce corps; mais tous,dans l'Eglise, n'ont pas les mêmes dons, la même autorité, les mêmes fonctions. Les uns sont pour commander, les autres pour obéir, les uns pour enseigner, et les autres pour apprendre. Les uns sont comme les yeux de ce corps, d'autres en sont les mains, et d'autres les pieds. Tous cependant, vivant du même esprit, sont si étroitement liés entre eux sous un même chef, que les fonctions des uns tournent à l'avantage de tous les autres, et que chacun communique aux autres les dons qui lui ont été communiqués i» lui-même. Dans un corps,dit saint Augustin (Tr. 12.in Joan.), il n'y a que l'œil qui voit ; mais n'est-ce que pour lui-même qu'il voit? Non, car il voit encore pour le bien de la main, du pied et des autres membres. De même, il n'y a que la main qui travaille; mais travaille-t-elle seulement pour son utilité ? Son, car si le visage est menacé, elle ne dit point : .le ne veux pas me remuer, puisque ce n'est pas moi qui dois recevoir le coup. C'est ainsi pareillement que le pied, lorsqu'il marche, sert à tous les autres membres, et que tandis que toutes les autres parties du corps gardent le silence, la langue parle pour toutes. Ainsi donc, conclut l'Apôtre (Rom. 12), tous les fidèles étant un seul corps en Jésus-Christ, nous sommes tous membres les uns des autres, puisque chacun travaille , que chacun emploie le talent qu'il a reçu, et remplit les fondions du ministère auquel il a été appelé non point pour son avantage particulier, mais pour celui de tous. 3. Il faut conclure de ce principe que quoique les ministres

SDR LB REUViÈSJE ARTICLE DO SYMBOLE. 401

sacrés soient comme tes gardiens et les dispensateurs des sacrements, qui sont les riches trésors que Jésus-Christ a laissés à san Eglise, ces trésors néanmoins appartiennent à tous , tous y ont droit, tons y participent, on peinent y participer.! c pouvoir, par exemple, de remettre les péchés cl de consacrer le corps de Jésus-Christ, appartient seulement aux Prêtres ; mais ce pouvoir leur est donné afin qu'ils distribuent ces sacrements à ions les Qdèles . parce qne c'est pour tons qu'ils ont été institués. Comme Jésus-Christ n'admet aucune distinction parmi ceux qui croient en lui, qu'il est également le maître de tous, également riche et libéral envers tous ceux qui l'invoquent, il admet aussi à la participation de ses divins mystères , sans acception de personne, tous ceux qui lui sont unis par la foi et par la charité; et quels que soient le rang, la dignité, la fortune de chacun, tous étant les enfants d'un même père , et membres de la même famille, tous ont droit, et tous participent aux richesses qu'il nous a acquises par ses travaux et par ses mérites; et c'est pour cette raison que ceux à qui a été confiée l'administration de ces biens, doivent en être les dispensateurs (itlèles envers tous ceux qui s'en rendent dignes, 1. Cor. ,4).

4. Ce que nous avons dit des sacrements doit s'entendre aussi du saint sacrifice de la Messe, qui est un autre trésor que Jésus-Christ a laissé à son Eglise. 11 n'y a que les Prêtres qui puissent offrira Dieu ce sacrifice adorable. Néanmoins, comme ce n'est pas en leur propre nom qu'ils s'acquittent de celle fonction sacrée. mais au nom de toute l'Eglise, dont ils sont les ministres, de même ce n'est point pour eux seulement qu'ils offrent ce sacrifice, mais c'est pour tous les fidèles qui sont membres de celte Eglise , et qui composent le corps mystique de Jésus-Christ (Cône. Trid.,sess. 22., c. 6). C'est pour tous les fidèles qu'ils adressent à Dieu leurs prières , c'est pour tous qu'ils invoquent son saint nom, c'est pour tous qu'ils lui offrent celte victime dit salut, quillli est d'autant plus agréable, qu'elle est son Fils unique lui-même. Bien plus , étant animés du même esprit et de la même foi que les prêtres, les fidèles eux-mêmes offrent à Dieu, parleur moyen, ce divin sacrifice. et c'est pour cela que tout ce que chaque prêtre fait, tout ce qu'il dit dans la célébration de ce divin mystère, il le dit, et il le l'ail au nom de tous les fidèles. Ainsi, chaque messe célébrée dans quelque partie du monde que ce soit, attire des grâces sur tous les fidèles, parce que l'Eglise , parles mains de ses Prêtres. > offre à Dieu, pour tous ses enlants,la même victime-

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qui fut immolée sur la croix pour le salut de tous les hommes. Quel bonheur pour nous, mes Frères, d'être nés dans le sein de celle Eglise où nous jouissons d'un si grand privilège, où nous pouvons participer à des biens si précieux et si inestimables !

ô. Mais outre les sacrements et le saint sacrifice, qui sont pour nous des sources vivantes et inépuisables de gràces,etpar le moyen desquels les mérites de Jésus-Christ nous sont appliqués^ y a encore plusieurs autres biens auxquels participent tous ceux qui vivent dans l'unité de l'Eglise catholique , et dont nous pouvons tirer de grands avantages,eu même temps qu'ils sont pour nous un puissant motif de nous consoler et de nous réjouir. Ces biens sont les prières qui se font clans l'Eglise et les mérites qui s'y accumulent chaque jour. Ces prières sont, les unes publiques, et les autres privées. Les prière-; publiques sont celles que les ministres de la Religion offrent à Dieu dans le saint sacrifice delà Messe et dans îa célébration des offices divins. Ces prières sont appelées publiques, soit parce qu'elles se font au nom de tout le peuple, soit parce que les grâces qu'on y demande, on les demande pour tous. Les prières privées sont celles que chacun en particulier adresse au Père céleste. Les prières publiques ont leur temps déterminé, mais les prières privées se font en tout temps. 11 n'y a pas, dit saint Augustin (Lib. 1. contr. Max.,c. 9), de jour, ni d'heure, ni de moment où quelques âmes pieuses ne fassent monter des prières ferventes vers le trône de la Majesté divine; cl tandis que, ou pendant le jour, ou pendant la nuit, lc.^ uns sont à table, prenant leur repas, d'autres dans leur lit ù prendre leur repos, d'autres occupés des affaires temporelles, il y a toujours des chrétiens fervents qui vaquent à l'exercice de la prière. Or.toutes ces prières,soil publiques, soit privées, attirent des grâces sur tous les fidèles ; tous participent aux fruits abondants qu'elles produisent. Par leur moyen , dit saint Ambroise (Lib. l.de Pœn. c. 15),lcs pénitents sont purifiés, ils reçoivent la rémission de leurs fautes, cl sont renouvelés par la grâce dans l'homme intérieur. Par le moyen de ces prières, dit saint Augustin, qui sont comme un gémissement continuel delà colombe, les liens du péché sont rompus; cnleurconsidération,Dicu accorde la conversion aux pécheurs, et leur rend la vie spirituelle, comme autrefois il accorda aux larmes de la veuve de Naïm (Luc. 7) la vie temporelle de son fils, et celle de Lazare aux prières de Marthe et de Marie, ses sœurs (Joan. 11). Quel sujet d'encouragemei;t

sur le Neuvième article du symbole. 403

pour nous, an milieu de toutes les misères, de toutes les tentalions, de tous les dangers de ce monde, de savoir que chaque jour les ministres du Seigneur prient pour nous,que,de toutes les parties de l'univers catholique, des prières fervente-, auxquelles nous avons une part toute spéciale, montent sans cesse vers le trône de la divine Miséricorde, que l'Eglise notre mère ne cesse de gémir, de prier et de s'intéresser pour nous !

6. Non-seulement les justes qui sont sur la terre, mais encore tous les bienheureux qui régnent déjà dans le ciel, adressent à Dieu leurs vœux pour notre bonheur. L'Eglise triomphante et l'Eglise militante ne sont pas deux Eglises différentes; mais elles sont comme deux parties qui constituent une seule et même Eglise,sous un même chef qui est Jésus-Christ Ainsides Saints qui sont dans le ciel comme les fidèles qui sont sur la terre, appartiennent à cette même Eglise. Les Sainti nous ont précédés , et nous les suivons; ils sont arrivés dans leur patrie, et nous sommes encore en chemin; ils ont déjà remporté la victoire, et nous sommes encore dans le combat. Mais celte charité qui, loin de diminuer dans le ciel, s'y perfectionne, et les unit étroitement à nous, l'ait qu'ils nous regardent comme leurs frères , et qu'ils ressentent le plus ardent désir de nous voir un jour partager leur bonheur. C'est pourquoi ils ont à cœur nos intérêts, et ne cessent d'intercéder pour nous auprès de Dieu qui les regarde comme ses amis. Nous trouvons des exemples de celle vérité dans les divines Ecritures (2. Machab.,t5),qui nous monirent le grand-prétre Onias étendant sa main après sa mort sur le peuple hébreu, et le prophète Jérémie, qui prie aussi après sa mort pour ce même peuple dont il avait été le protecteur pendant sa vie. Ce qu'ils tirent pour le bien de celte nation , les Saints le font pour le bien de l'Eglise; et ainsi se vérifie ce que dit l'Apôtre (Rom. 8), que l'Esprit-Saint prie incessamment pour nous par des gémissements ineffables, puisqu'il porte, comme l'explique saint Augustin (Lib. I. contr. Max.,c. 9), les justes qui sont sur la terre et les saints qui sont dans le ciel à prier sans cesse pour nous.

7. Outre les prières, soit de l'Eglise triomphante , soit de l'Eglise militante , don! nous éprouvons les heureux effets , nous participons encore à tous les mérites qui s'accumulent chaque jour dans cette Eglise. Toutes tes austérités des âmes pénitentes, toutes les aumônes des èmes charitables, toutes les tueurs répandues par les ouvriers évangeliques pour lu CM-

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version des pécheurs, tous les actes d'humilité, de patience , d'amour de Dieu et du prochain produits par toutes lésâmes justes, forment un riche trésor de mérites auquel participent tous les membres de l'Eglise unis entre eux par les liens de la charité. Il suit de celte union que ce que l'un possède, appartient aussi à l'autre; ce qui faisait dire à saint Augustin (Tract. 32. in Joan.): Si vous aimez l'unité, quiconque, dans l'Eglise, possède quelque bien , quelque vertu , les possède aussi pour vous. Bannissez l'envie, et tout ce que j'ai vous appartient, et si je la bannis moi-même, tout, ce que vous avez m'appartient également. 11 n'en est pas de l'Eglise comme d'un royaume de la terre. Dans un royaume, quoique tous les sujets observent les mêmes lois, et reconnaissent le même chef, chaque sujet néanmoins pense à son intérêt particulier, et tout ce qu'il gagne par ses travaux et par son industrie, il le gagne pour lui, et non pour les autres. Mais dans le royaume spirituel de l'Eglise , chacun participe aux biens de tous, et tous sont unis de telle manière , que les travaux des uns tournent au profit de tous les autres. 11 y a entre les membres de l'Eglise communion de bonnes œuvres et de mérites, et non-seulement de ceux que nous a acquis Jésus-Christ, notre chef,qui communique à tout le corps et à chacun des membres tout ce qu'il a de bon et de méritoire, mais encore de ceux de tous les justes qui existent, et qui ont existé depuis le commencement du monde, et c'est en ce sens que se vérifie ce que disait saint Paul (2. Cor. ,8), que l'abondance des uns supplée à l'indigence des autres. Ainsi, tous les fidèles participent à tout le bien qui s'est fait, et qui se fait encore chaque jour dans l'Eglise, et chacun peut dire avec le Roi-Prophète (Ps. 118) : Je suis en communion avec tous ceux qui craignent Dieu, et qui observent ses divins préceptes.

8. Concevons donc, mes Frères, quel est notre bonheur, puisqu'en vivant au sein de l'Eglise catholique, nous sommes en communion non-seulement avec tous les justes qui sont sur la terre, mais encore avec tous les bienheureux qui régnent déjà dans le ciel, avec les saints Patriarches, avec les saints Prophètes, à qui Dieu a daigné révéler ses divins mystères , avec les saints Apôtres qui ont porté la lumière de l'Evangile jusqu'aux extrémités de la terre, avec tous les saints Martyrs, qui ont signé la foi de leur sang, avec les saints Confesseurs et les Vierges qui, méprisant les biens et les plaisirs du monde, ont eu assez de courage pour se vaincre eux-mêmes, et pour vaincre le démon et toutes les passions ; en un mot, avec celle

multitude innombrable de Saints qui jouissent de la présence de leur Dieu, et qui forment sa cour dans le ciel. En vertu de cette union, nous sommes assurés qu'ils nous aident de leur protection puissante, et que nous participons à l'abondance de leurs mérites; avantages dont sont privés tous ceux qui vivent séparés de l'Eglise, tels que les infidèles, les béréliques, les sebismatiques et les excommuniés. Comme ils n'appartiennent point à la société des Saints, ils n'ont aucune part à ces biens dont jouissent ceux qui sont unis à l'Eglise, et qui reposent dans son sein. Que n'avons-nous pas à espérer de cette union, mes Frères ! et quelles actions de grâces ne devonsnous pas rendre à Dieu pour un trésor aussi inestimable auquel il veut bien nous faire participer!

9. Je ne voudrais pas cependant que ce que je viens de dire AU pour quelques-uns un motif de se ralentir dans la carrière des vertus chrétiennes, et de se relâcher dans la pratique des bonnes œuvres. Je ne voudrais pas que de ces principes qui sont vrais quelqu'un tirât une fausse conséquence, et dit : Si, par la communion des Saints dans laquelle je \ is, je participe à tout le bien (pii s'est fait et qui se fait encore dans l'Eglise, à quoi bon me fatiguer pour accroître le nombre des bonnes œuvres, et pour accumuler de nouveaux mérites? Sans que je me mette en peine de faire pénitence , d'exercer la charité envers le prochain , de vaquer à l'oraison, les mortifications pratiquées par tant d'âmes pénitentes, les aumônes faites par tant d'âmes charitables , les prières que font sans cesse tant d'âmes ferventes pourront me suffire. Ce serait se tromper grossièrement que de raisonner de la sorte. Et, pour vous faire connaître et éviter cette erreur, il esta propos d'examiner si chacun, dans l'Eglise, participe également à tous ses biens.

10. On distingue deux classes d'hommes qui appartiennent à l'unité de l'Eglise : les justes cl les pécheurs. Les premiers sont les membres vivants de l'Eglise, parce qu'ils sont animés de son esprit; les autres en sont aussi membres, mais des membres morts. Ees uns et les autres peuvent se considérer ou pendant leur vie, ou après leur mort. Pour ce qui est des pécheurs, il est certain que s'ils meurent dans l'état du pécbé mortel et privés de l'amitié de Dieu, ils ne reçoivent en l'autre vie aucun secours des prières et des bonnes œuvres qui se font dans l'Eglise, parce qu'ils ont été exclus pour toujours de la communion des fidèles par une sentence irrévocable, et condamnés à l'enfer, où il n'y a plus ni espérance, ni rédemption. Mais en celle vie, comme ils ne sont pas encore séparés de PE-

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glise, ils ont tous les moyens nécessaires pour se convertir, cl ils reçoivent un grand secours dos prières et de loute^ les lionnes œuvres des justes, pour pouvoir recouvrer la grâce et î. vie spirituelle qu'As onl perdues. Quoiqu'ils soient des eni mis ingrats, et que . par leur conduite , ils déshonorent leur mère, qui est la sainte Eghse, elle ne laisse pas pour autant (te lès regarder comme ses enfants, de s'intéressera leur salut et de les inviter au repentir. Elle soupire, clic gémit, elle pleure, cîle prie incessamment son divin Epoux de rendre la vie spirituelle à ces enfants qui sont morts. Néanmoins, tandis que le péché règne en eux, et qu'ils demeurent morts à la grâce. qu'ils ne se flattent pas de participer à ces biens spirituels qui n'appartiennent qu'à ceux qui vivent unis à Jésus-Christ. Comme une branche desséchée ne tire aucun suc de la racine, de même ce divin Chef ne répand point dans leur âme sa grâce vivifiante. Les sacrements, quoique si féconds par euxmêmes, ne deviennent pas seulement stériles pour ces infortunés, mais ils leur sont encore nuisibles , à raison des mauvaises dispositions qu'ils y apportent. Le corps adorable du Seigneur, qui est par lui-même une source de vie, est pour eux un principe de mort, parce qu'en le recevant indignement, ils mangent leur propre jugement (1 . Cor., 1 1); el les prière-;. les pénitences et toutes les bonnes œuvres des âmes justes ne servent nullement à expier leurs péchés. Si nous marchons dans la lumière, dit l'apôtre saint Jean (1. Ep., c. 1), comme Dieu est lui-même la véritable lumière , nous lui sommes unis, nous sommes en société avec lui, et le sang de Jésus-Christ, son Fils, nous purifie de tout péché. Si, au contraire, nous marchons dans les ténèbres, et que nous disions que nous sommes en société avec lui , nous mentons, et la vérité n'est point en nous. Comment les pécheurs peuvent-ils être en société avec Dieu, s'ils marchent dans les ténèbres, et qu'ils soient ses ennemis parle péché? Et s'ils ne sont pas en société avec Dieu, comment peuvent-ils participer aux biens spirituels dont il enrichit son Eglise? Quoique appartenant à la communion visible des fidèles, ils ne participent point à la communion invisible de leurs mérites, parce qu'ils ne leur sont point unis par les liens intérieurs de la charité. Ils sont des branches sèches et arides, incapables de porter des fruits, tandis qu'ils demeurent dans l'étitl de mort, c'est-à-dire du péché, parce qu'ils ne participent point au suc que la racine communique aux autres branches, quoique le maître du champ ne les ait pas encore séparés de l'arbre (loan. 15).

11. La charité étant donc comme Tàme de la communion des Saints, parce que Dieu est tout charité (1. Joan., c. 4), que celui qui vit dans la charité vit en Dieu, et (nie Dieu vit en lui, il s'en suit que ceux-là seulement participent aux biens spirituels et invisibles de l'Eglise , dans le cœur desquels régnent la grâce, la charité et la justice. C'est à ces chrétiens que les différents ministères qui sont dans l'Eglise deviennent souverainement avantageux; ce sont eux qui retirent des sacrements et du saint sacrifice les fruits les plus abondants, et c'est entre eux seulement que règne ce commerce réciproque de prières et de mérites. Celle communication cependant n'a pas lieu d'une manière égale dans tous les justes ; elle ne se l'ait que selon la mesure des dispositions plus ou moins parfaites de chacun ; et ceux qui se distinguent par une charité plus parfaite, et qui, par la multitude de leurs bonnes œuvres, contribuent davantage à accroître le trésor de l'Eglise , ceux-là reçoivent plus que les autres. C'est ce que nous a enseigné Jésus-Christ lui-même, en disant (Matth. 25) que ceux qui auront fait un bon usage des talents qui leur ont été confiés, recevront de nouvelles richesses, et qu'ils seront dans l'abondance. Et ceci peut s'expliquer par ce qui arrive parmi les hommes dans les contrats de société. Le gain n'y est pas distribué d'une manière égale à tous les membres , mais seulement à proportion du capital fourni par chacun. De même, dansla société spirituelle des fidèles, chacun participe aux fruits qui résultent de cette union, selon qu'il fait lui-même plus ou moins de bonnes œuvres.

12. Et ce n'est pas seulement en celte vie, mais encore après la mort que celle proportion est observée : Les justes , s'ils sont assez purs au moment où ils quittent la terre, si l'ardeur de leur charité a purifié leur âme delà moindre tache, sont immédiatement transportés dans le ciel, où ils sont rendus participants de la claire vision et de la douce possession de leur Dieu. Mais s'il se trouve encore en eux quelque souillure , quelque imperfection, ils passent dans le purgatoire avant d'être introduits dans le paradis, où rien de souillé ne peut entrer (Apoc. 21). Ceux qui sont dans le ciel , comme ceux qui sont retenus en purgatoire, appartiennent à la société de l'Eglise, cl entre eux et nous il existe sans cesse un commerce mutuel ; car, quoiqu'ils soient séparés de nous par la mort, ils nous sont unis par la charité. Ceux qui sont dans le ciel n'ont nullement besoin de nos biens, parce qu'ils sont déjà an ivés à la possession du souverain bien. LNous les honorcnsel nous les invoquons;

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et eux nous protègent en iotercédaul pour nous. Mais eeuj qui sont dans le purgatoire ont grandement besoin des secours spirituels ih*r> fidèles vivants, et anus pouvons les aider puissamment par nos prières cl par nos suffrages. Aussi, vivonsnous que, soit dans l'ancien Testament , soit dans le nouveau, on a toujours conservé la louable coutume de prier pour les morts. Dans ie second livre des Machabécs (c. 12), il est parlé d'un sacrifice que Judas eut soin de faire offrir à Jérusalem pour tous ses soldats qui avaient péri dans un combat ; et, à ce sujet, PEcrituce sainte loue sa piété et sa foi toucbanl la résurrection. Dans la loi nouvelle, les prières pour les morts ont toujours été en usage, et c'est ici une des traditions les plus anciennes, les plus constantes et les plus universelles. L'Eglise a toujours recommandé aux fidèles celte sainte pratique; elle a toujours offert le saint sacrifice pour les défunts, aussi bien que pour les vivants, comme nous l'apprenons par les^ plus anciennes liturgies; et le concile de Trente a expressément déclaré et défini (Sess. 22., cap. 4. et sess. 25. in Décret, de purg.), contre la fausse doctrine des novateurs, que les âmes du purgatoire reçoivent de grands soulagements des fidèles, et surtout du saint sacrifice de nos autels. Les justes, qui sont morts ayant encore quelques fautes à expier, participent donc aux biens spirituels de l'Eglise. Mais comme ces biens ne se communiquent aux fidèles en cette vie qu'à proportion de leurs mérites et de leurs dispositions, nous devons croire qu'il en est de même après la mort. Dieu, qui est la justice même, a établi que chacun recevrait selon la mesure dont il se serait servi envers les autres (Matth. 7), et qu'après la mort, par conséquent, ceux qui auraient fait plus de bonnes œuvres pendant leur vie, participeraient plus abondamment aux biens spirituels de l'Eclisc. '

13. Concluons de là, mes Frères, combien il nous importe d'éviter le péché et de travailler avec ardeur à la pratique des bonnes œuvres. Par le moyen de la communion des Saints nous participons non-seulement aux fruits des sacrements, mais encore à ceux de toutes les prières et de toutes les bonnes œuvres qui se font dans l'Eglise, pourvu que nous ayons soin de vivre de son esprit, c'est-à-dire d'être toujours en état de grâce. et toujours unis aux fidèles, non-seulement par les liens extérieurs, mais encore par les liens intérieurs de la charité. Si nous détruisons celte union par le péché , tous les trésors de l'Eglise nous deviennent inutiles. Cette considération doit nous foire concevoir pour lui une horreur extrême, puisque lui se:'

oun le, IMSJEVE ARTICLE DU SY3IBOLE. 403

peut nous rendre pauvres et misérables au milieu ("le tant de richesses. iNon-sculement nous devons éviter le péché, mais nous devons encore nous adonner avec uu saint courage à la pratique des vertus , puisque si le péché nous rend inutiles tous les trésors de l'Eglise, la nonchalance dans la pratique du bien nous priverait d'une grande partie de ces mêmes trésors. Dieu a établi cette participation de mérites pour suppléer à notre faiblesse et à notre indigence , et non pour favoriser notre lâcheté. Elle ne doit donc pas être pour nous un motif de nous dispenser de pratiquer les œuvres de piété envers Dieu, les œuvres de miséricorde envers notre prochain et les œuvres de pénitence envers nous-mêmes ; elle doit nous porter au contraire à les pratiquer avec une plus grande ferveur. Evitons donc le mal, selon l'avis de l'Esprit-Saint ( Ps., 36 ), et livronsnous avec ardeur à la pratique du bien , afin que semant une grande abondance de bonnes œuvres, pour me servir de l'expression de saint Paul (Gai., 6), nous puissions aussi recueillir en abondance soit en cette vie , soit dans l'autre , les fruits précieux qui résultent de cette communion des saints, et jouir pendant l'éternité des biens inestimables que Dieu réserve aux vrais enfants de sou Eglise.

TKENTE-HUITIÈlME instruction.

Sur les paroles du dixième article du Syvnbolc : Remissionem -pecrmorwi. Pouvoir que possale l'Eglise de reiucllrc les péchés.

Dans le neuvième article du Symbole, les Apôtres nous ont fait connaître la véritable Eglise, et nous ont parlé de la communion des Saints, ou de la communication des biens spirituels dont jouissent ses membres vivants. Dans le dixième ils nous proposent à croire la rémission des péchés, sans laquelle ceux qui sont hors de l'Eglise ne pourraient jamais y entrer . et ceux qui, vivant dans son sein, ont le malheur de mourir à la grâce par le péché, ne pourraient plus participe! à l'abondance de ses biens spirituels. Avant que l'homme entre dans l'Eglise, il est coupable du péché originel, esclave du démon et enfant de colère, comme dit saint Paul (Eph., 2; ; s'il n'avait aucun moyen pour se purifier de celte tache . il ne pourrait devenir membre de Jésus-Christ et enfant de son Eglise. Et si, après avoir été admis dans la société des fidèles et à la participation de leurs biens spirituels , i! venait à rompre les liens de la charité qui l'unit à Dieu et aux membres tic q

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, il ne pourrait plus espérer de reatrer aans celle union 9 s'il n'avait aucune ressource pour obtenir la rémission de ses fautes; mais comme Dieu a établi son Relise pour le salut de tous les hommes, il a bien voulu lui accorder le pouvoir de remettre les péchés , afin que ceux qui sont hors de son sein , eussent toujours la faculté d'y entrer par le moyen du baptême, et que ses enfants, qui perdent leurs droite-:!:- ses biens par leurs péchés, eussent toujours à leur disposition un moj en prompt et efficace pour rentrer en possession de ces trésors spirituels. Je vous parlerai en premier lieu de ce pouvoir de remettre les péchés, que Jésus-Christ a communiqué à son Eglise, et en second lieu de l'abus qu'en font un grand nomlire de chrétiens. La première partie servira à ranimer les pusillanimes; cl la seconde, à retenir les présomptueux dansJeâ bornes de rhmnilitr.

I . Comme il n'appartient qu'à Dieu de faire des miracles , il n'appartient aussi qu'à lui de remettre les péchés. Lui seul peut intervertir ie cours ordinaire de la nature , parce que lui seul en est l'auteur. De même il n'y a nue lui qui puisse faire un saint d'un pécheur, parce qu'il est lui seul l'auteur de la grâce. 11 n'y a que lui qui puisse remettre les péchés à une âme coupable, comme i! n'y a que lui qui puisse rendre la vie à un mort. Et s'il manifeste sa toute-puissance en faisant sortir un mort du tombeau, il ne la fait pas éclater d'une manière moins admirable en faisant sortir une âme du tombeau de ses péchés. 11 s'est toujours montré si jaloux de cette autorité suprême , qu'avant que Jésus-Christ fût venu dans le monde, il n'avait jamais donné ù personne !a faculté de remettre les péchés, quoiqu'il eût bien souvent accordé celle de faire les plus grands miracles. Nousiisons dans l'ancien Testament que Moïse fit une multitude de prodiges étonnants, que Josué fit arrêter le soleil dans sa course , que le prophète Hélie fit descendre la feu du ciel, que le prophète Elisée rappela un enfant mort à la vie; mais nous n'y voyons point que quelqu'un ait jamais accordé à un autre le pardon de ses fautes. Aussi lorsque le prophète Nathan fut chargé d'aller reprocher à David son péché, il lui dit: Le Seigneur vous Ta cependant pardonné; mais il ne lui dit point : Je vous le pardonne de la pari de Dieu. El cela est si vrai, que lorsque notre divin Sauveur accorda à uti paralytique la rémission de ses péchés, les Juifs s'en scandalisèrent, et se dirent entre eux qu'il avait blasphémé, ens'arrogeantun pouvoir qui n'appartenait qu'à Dieu ; tant ils étaient persuadés que Dieu seul peut remettre les péchés.

2. Jésus-Christ fut le premier qui exerça sur la terre ce pouvoir divin. 11 lui appartient en tant qu'il est Dieu, puisqu'il ne fait qu'un avec son Père, et que tout ce qui est à son Père, esta lui pareillement 11 lui appartient aussi entant qu'il est homme, à raison de l'union hypostatique de son humanité sainte avec la personne du Verbe. Ôr, comme il était venu dans le monde, ainsi que l'avait prédit Isaïe (c., 61), pour guérir les plaies du genre humain, pour annoncer aux esclaves leur délivrance et le temps de leur réconciliation, cl pour purifier sou peuple du péché, non-seulement il rendit la vie aux aveugles, i'ouïe aux sourds, la parole aux muets, l'usage de leurs membres aux infirmes et la vie aux morts, prodiges qui ne regardent que le corps de l'homme, et dont on avait été plusieurs fois témoin avant lui; maisii étendit sa puissance jusque sur lésâmes, en délivrant ics pécheurs àa liens de leurs péchés, et en leur en accordant ia rémission (Matin. 9. et Luc. 7), chose inouïe avant lui.

3. Il ne se contenta pas d'exercer lui-même celte autorité divine et extraordinaire pendant le cours de sa vie mortelle ; mais voulant qu'après son départ de ce monde elle demeurât perpétuellement sur la terre pour l'avantage et la consolation des hommes, il l'a laissa à son Eglise, lui transmettant ses droits comme à son épouse chérie, et lui communiquant le pouvoir de remettre aux pécheurs leurs iniquités. C'est à celte lin qu'il institua les sacrements de baptême et de pénitence, et ce fut en donnant à son Eglise la faculté de les administrer, qu'il lui accorda celle de laver les lâches et de guérir les plaies que le péché pourrait faire à nos âmes. Aile/., dit-il aux Apôtres (Matth. 28), et dans leur personne à tous leurs successeurs, allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Je vous envoie comme mon père m'a envoyé. J'ai été envoyé pour donner la vie aux hommes, pour les réconcilier avec mon Père, et pour les sauver, et c'est pour cela que j'ai reçu tout pouvoir dans le ciel et SUT la terre, c'est pour la même fin que je vous envoie, en vous communiquant toute mon autorité. Tu es Pierre, dit- il une autre fois au prince des Apôtres, et sur celte pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. Jeté donnerai les clés du royaume céleste, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel . et (oui ee .que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel, il tint plus lard le même langage à tousses Apôtres, et avant demontci au ciel, leur communiquant ce pouvoir qu'il leur

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avait promis, recevez le Saint-Esprit, leur dit-il en soufflant su? eux ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, «l ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (in Ev. Joan. etMatth.).

4. El d'abord l'Eglise a le pouvoir de remettre les péchés par le moyei du baptême. C'est en cela (pic le baptême de Jésus- Christ-diffère de celui de saint Jean-Baptiste.Celui de saint Jean disposait les pécheurs à recevoir le pardon de leurs fautes par le moyeu du baptême institué par Jésus-Christ, mais il ne remettait pas lui-même les péchés, tandis que celui de Jésus-Christ a lu vertu de les effacer et de nous sanctifier. C'est pour cela que le précurseur du Messie disait àscs disciples (Matth.3) : Je vous bapi ise dans l'eau, en vous exhortant à la pénitence;mais il en viendra un autre après moi, qui est plus puissant que moi, et qui vous baptisera dans le Saint-Esprit, voulant donner à entendre que le baptême qu'il conférait était tout extérieur, et servait seulement de préparation à un autre baptême plus excellent, qui communiquerait aux âmes ia grâce en même temps que le droit au céleste héritage. Par le moyen de ce baptême, l'homme meurt au péché dans lequel il vivait auparavant, et il ressuscite à la grâce à laquelle il était mort ; et c'est pour cela que saint Paul, écrivant aux Corinthiens, dit (Ep. 1. c. 8; que .si autrefois ils étaient souillés de beaucoup de crimes, ils ont été purifiés, sanctifiés et justifiés en'Notre-Seigneur Jésus- Christ. Dans son épitre aux Romains (c. 6) il dit de même : INous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort ; nous avons été ensevelis avec lui par le baptême, pour mourir au péché, afin que, comme Jésus- Christ est ressuscité d'entre les morts, nous marchions aus>i dans une vie nouvelle. Et dans un autre endroit (ad Th., 3) i! appelle le baptême un bain dans lequel nous sommes régénérés et renouvelés par le Saint-Esprit, puisque l'homme, qui tivail été rendu difforme par le péché, est renouvelé par le moyen de ce sacrement, et que celui qui était mort à la grâce, étant vivifié par le Saint-Esprit, y renaît à une vie spirituelle. Notre divin Rédempteur avait déjà indiqué cet effet merveilleux du baptême, en disant à Nicodéme (ioan. 3., 3) que celui qui ne renaît pas, ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu, cl en lui expliquant que celle seconde naissance ne devait pas s'entendre d'une naissance corporelle, mais d'une naissance spirituelle qui a lieu dans le baptême par le moyen duquel l'homme est régénéré par l'eau et par le Saint-Esprit, régénération qui efface dans celui-ci lu tacite qu'il avail contractée dans

sur le dixième; article du symbole. -fi-

la génération corporelle. Le saint concile de Trente 6Sess. 5. Decr.,de pec.or.) eut donc bien raison de prononcer amithème contre ceux qui disent que dans le baptême le péché originel n'est pas entièrement remis parla grâce de Notre- Seigneur Jésus-Christ, ou qui soutiennent que ce sacrement n'efface pas proprement le péché, mais qu'il lait seulement que le péché n'est plus imputé à l'homme. 11 eut raison d'enseigner que dans ceux qui sont ainsi régénérés, fl ne reste rien qui soit l'objet de la haine divine, et qu'il n'y a rien qui mérite la damnation dans ceux qui, ayant été véritablement ensevelis avec Jésus-Christ parle baptême, ne suivent point les désirs de la chair, mais ont été dépouillés du vieil homme, revêtus du nouveau qui est créé selon Dieu, et sont devenus innocents, purs, sans tache, chéris de Dieu, ses héritiers elles cohéritiers de Jésus-Christ, n'ayant plus rien qui puisse leur fermer l'entrée du ciel et les empêcher d'y entrer. One <i. après le liopième.il reste encore dans les chrétiens la concupiscence, ou le foyer du péché, il ne s'ensuit point que le péché luimême oe soit pas entièrement remis, car cette concupiscence n'est pas un péché; et, bien loin d'être nuisible, elle est au contraire une occasion de mérites et de récompenses pour ceux qui, aidés du secours de la grâce, lui résistent courageusement. Si elle est quelquefois appelée péché, on ne veut point, dire par là qu'elle l'est réellement; maison lui donne ce nom parce qu'elle est l'effet du péché, et qu'elle porte au péché.

.'). 11 est donc évident quel'Eglisea le pouvoir de remettre parle moyen du baptême les péchés qui ont été commis avant la réception de ce sacrement. Mais si, après le baptême, au lieu de combattre généreusement contre la chair, le monde et le démon, le chrétien vient à se laisser vaincre, et à tomber dans de nouvelles fautes, devra-l-il pour autant désespérer de son salut ? Mes entants, nous dit l'apôtre saint Jean(Bp. 1.. c. 2), je vous écris ceci afin que vous avez soin de ne plus pécher; mais si par malheur quelqu'un d'entre nous vient ;> se rendre coupable de quelque faute, nous avons Jésus-Chris; pour avocat auprès de son Père, à qui il s'offre comme une hostie de propitiation pour nos péchés, et non-seulement pour les noires, mais pour ceux du inonde entier. Si nous confessons nos fautes avec sincérité,! est juste et fidèle en ses promesses, il nous en accordera la rémission, et nous purifiera de toutes nos iniquités e. | . La divine miséricorde, dit le pape saint Léon(Ep. 82.. ad Theodor.), pour subvenir àla faiblesse humaine, a voulu que non-seulement par le baptême, mais

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encore par le moyen de la pénitence, nous pussions, après avoir perdu la grâce, acquérir de nouveau l'espérance de la vie éternelle en obtenant le pardon de nos fautes par le ministère des Prêtres. Car, ajoutc-t-il, le médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ, a donné aux pasteurs de son Eglise la faculté de recevoir à la pénitence ceux qui confesseraient leurs-péchés, et de les introduire par la porte de la réconciliation à la participation des sacrements.

6. Ainsi, comme les péchés commis avant qu'on appartienne à r Eglise sont remis par le baptême, de même ceux qui ont été commis après le baptème,sonl remis parie sacrement de pénitence. Quel que soit leur nombre, quelle que soit leur grièveté, la rémission s'étend à tous,et c'est en ceia que nous vo\ onss'accomplir cette promesse que Dieu nous a faite par la bouche du prophète Isaïe (c. 1), que quand noire âme serait toute noire de péchés, elle deviendra blanche comme la neige, et que quand les crimes du pécheur seraient rouges comme i'écarlate, ils deviendraient blancs comme la laine la plus belle. Celui, dit Terluïlicn (Lib. de Pœn.,c. 4), quia décerné une peine à toute espèce de péchés, aux péchés de pensées, aux péchés de paroles, aux péchés d'actions, à ceux qui se commettent par l'esprit comme à ceux qui se commettent par le corps, a aussi promis, par le moyen de la pénitence, le pardon atonies sortes de crimes. Nous lisons, ajoute le même TcrtuUicn (c. 7), que l'esprit du Seigneur reproche aux habitants d'Ephèse leur défaut de charité (Ap. c, 2. et 3), à ceux de Thiai ire leurs impudicilés, à ceux de Sardes l'imperfection de leurs lionnes œuvres, àccuxde Pergame la fausseté de leur doctrine, à ceux de Laodicée leur trop grande confiance dans les richesses, et il les invite tous au repentir, les menaçant des châtiments les plus terribles, s'ils persistent à suivre la même voie. Or, il ne menacerait pas ceux qui méprisent ses tendres invitations, s'il ne pardonnait pas à ceux qui s'y rendent. Dieu, dans le sacrement de pénitence, pardonne donc tous les péchés, quelles que soient leur énormilé et leur multitude. 11 les pardonne sincèrement, il les pardonne entièrement, il les pardonne de manière que celui qui, auparavant était pécheur, devient juste par le moyen de ce sacrement, que celui qui auparavant gémissait sous la servitude du démon, recouvre l'heureuse liberté des enfants de Dieu et rentre dans tous les droits qu'A avait perdus sur l'héritage céleste, etque celui qui avait renoncé à l'amitié de son Dieu est de nouveau compté au nombre de ses enfants. Ce Père plein de bonté, dit sain! Am

SIR LE DIXIÈME ARTICLE DU SYMB" LE. Al")

broisc (Lib.2. de Pœn., c. 3), lui donne le baiser de paix, qui est le signe de l'alliance qu'il l'ail avec le pécheur pénitent; il

lui rend la robe de son innocence, sans laquelle il ne pourrail avoir entrée dans le festin éternel ; il lui met à la main Panneau qui est legage de la fidélité et le sceau du Saint-Esprit. Et ce pardon si généreux il ne l'accorde pas une fois seulement, mais il l'accorde aussi souvent que le pécheur revient à lui en s'approchant du sacrement de la réconciliation avec un repentir sincère de ses fautes. El en effet, lorsque Jésus-Christ a donné à ses apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de remettre les péchés, il n'a mis aucune borne à ce pouvoir, il ne l'a pas re°'- -; *\ à une telle espèce ou à un tel nombre de péchés; !ii.«is il a dit: Es* péchés seront remis à ceux à gui vous les remettrez (Joan. 10;.

7. Quelle consolation, quelle confiance et quels sentiments de reconnaissance ne doit pas nous inspirer cette miséricorde infinie de notre Dieu qui se montre si prompt et si libéral, quand il s'agit de nous remettre toutes les dettes que nous avons contractées envers lui ! Quelle ne doit pas èlre notre joie, et de quelle force et de quel courage ne devons-nous pas être animés en pensant que .Jésus-Christ a laissé à son Eglise le pouvoir de nous remettre nos péchés ! Ce sont les hommes, nos frèrcs,ct qui éprouvent comme nous les effets de la faiblesse humaine, qifila établis nos juges, et ce sont ces juges qu'il a institués en notre faveur ministres de sa divine clémence. Ce sont eux qui ont l'autorité de nous absoudre, et qui tiennent dans leurs mains les clés qui ouvrent les poi tes du ciel. Quand ils prononcent sur le pécheur contrit et humilié ces paroles: Je t'ubsous de tes péchés , non-seulement, dit le concile de Trente (Sess. 14. c. 6. et can. 9), ils déclarent (pie ses péchés sont remis, mais c'est une véritable sentence qu'ils prononcent en qualité déjuges établis de Dieu; et leur jugement est ensuite confirmé et ratifié dans le ciel. Par le moyen de celte absolution, les liens de nos péchés, qui tenaient notre âme captive, sont brisés, les mérites du sang de Jésus-Christ nous sont appliqués, nous sommes purifiés de toutes nos souillure-, toutes nos plaies sont refermées . la grâce sanctifiante vient embellir notre âme, nous devenons, en un mot , des hommes tout nouveaux. Quel bonheur poumons, mes Frères, au milieu des dangers continuels où nous sommes de tomber durant cette misérable vie, d'avoir un moyen si prompt, si assuré el si facile de nous relever ! moyen dont sont privés tous ceux i\\:\ refusent de se soumettre a l'autorité de l'Eglise, lesquels

n'ont par-là même aucune ressource pourobtenir !a rémission de leurs péchés. Glorifions donc le Seigneur, comme le faisait autrefois la multitude (Matth. 9), dece<|u'il a daigné donner à du* hommes un semblable pouvoir en noire faveur. Proliions d'un si grand bienfait, en nous approchant souvent, avec confiance et avec toutes les autres dispositions requises, du sacrement de la réconciliation. Ne nous laissons point décourager parla multitude ou par la grièveté denos fautes. Jésus-Christ csl venu au monde pour appeler non les justes, mais les pécheurs, ("est en faveur des pécheurs qu'il a communiqué à son Eglise celte suprême autorité; et si nous nous présentons à ses ministres avec uncœur sincèrement repentant, quel que soit le nombre de nos péchés , quelle qu'en soit la grièveté, nous devons être assurés que nous en obtiendrons ia rémission.

8. Cependant, mes Frères , parce nous avons dans l'Eglise un remède si prompt et si facile à nos maux, il ne faudrait pas, comme font un grand nombre, en abuser , au lieu de nous en servir pour notre salut. Si l'on trouve des chrétiens qui se découragent à la vue de l'énormité de leurs crimes , il en est d'autres qui, dans la pensée qu'ils obtiendront facilement le pardon de leurs péchés, abusent de cette autorité que Jésus- Christ a laissée à son Eglise, et font servir à leur damnation un sacrement établi pour leur salut. Après avoir ranimé votre confiance en la bonté de Dieu, en vous montrant la grandeur du bienfait qu'il nous a accordé en laissant à sou Eglise le pouvoir de remettre les péchés, il meresle donc à tous parler de l'abus que plusieurs font de ce sacremenl,soit par malice, soit par ignorance ; afin que, voyant combien ils se trompent , vous vous teniez vous-mêmes en garde pour ne pas vous rendre coupables d'indifférence ou de présomption.

9. On peut réduire à deux classes les pécheurs qui abusent du pouvoir que l'Eglise a reçu de remettre les péchés : ceux qui ne s'approchent pas avec les dispositions nécessaires du sacrement de la réconciliation, et ceux qui négligent de s'en approcher. Les premiers s'imaginanl que, pour obtenir la rémission de leurs fautes, il suffit de se présenter aux ministres du Seigneur , de faire l'aveu de leurs péchés et d'en recevoir l'absolution , s'approchent du tribunal sans éprouver un repentir sincère de leurs fautes, et sans avoir une volonté ferme de les éviter à l'avenir. Ils se confessent, ils se frappent la poitrine, ils promettent de ne plus tomber; mais s'ils veulent bien examiner ce qui se passe au fond de leur cteur, ils

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verront qu'il est cucore dominé par quelques passions, qu'il conserve encore un attachement au péché, et qu'ils ne sont pas sincèrement détermines à changer de conduite; et une preuve de ce manque de dispositions, c'est qu'après leurs confessions ils continuent à s'exposer aux mêmes dangers, à se trouver dans les mêmes occasions, à retomber dans les mêmes habitudes, et leur vie étant une suite de péchés et de confessions,ils la passent dans une fausse et pernicieuse sécurité , pensant que leurs fautes leur sont toujours pardonnées. Ce qui lesconlirme dans cette assurance, c'est qu'ils reçoivent trop facilement l'absolution de certains confesseurs, lesquels exercent presque indifféremment envers tous le pouvoir qu'ils ont reçu de délier, comme si Dieu ne leur avait pas communiqué aussi celui de lier. Les autres, pour ne pas faire cet abus des sacrements , tombent dans un excès contraire non moins condamnable, abusant d'une autre manière de ce remède que la divine miséricorde a préparc à leurs maux. Dieu est bon,disent-ils, et parce qu'il ne veut pas la mort du pécheur, il a institué un tribunal de réconciliation , lequel est ouvert pour tous et en tout temps. Se Battant ainsi qu'il leur sera facile d'obtenir la rémission de leurs péchés à la lin de leur vie, ou dans le temps de leur vieillesse ils se servent de la bonté de Dieu pour pécher plus hardiment: et de ce qui devrait les engager à être plu- fidèles à leur divin bienfaiteur . ils en prennent occasion de l'offenser sans retenue. Ils s'éloignent des sacrements, et il ne leur vient pas même en pensée de recourir au pouvoir de l'Eglise pour se faire absoudre de leurs péchés. !Ne pensant à autre chose qu'à se donner du beau temps et à satisfaire leurs caprices, avant lâché la bride à toutes leurs liassions, ils multiplient leurs iniquités à l'infini , et malgré qu'ils se forment une chaîne de crimes d'autant plus forte qu'elle estplus longue, ils se persuadent néanmoins qu'ils pourront un jour , et quand il leur plaira, la briser en un moment et sans peine.

10. Les uns et les autres se trompent grossièrement, et celui qui penserait comme eux , serait dans le plus grand danger de se perdre éternellement. El d'abord pour ce qui est de ceux qui se persuadent qu'ils obtiendront le pardon de leurs fautes par le moyen de leurs confessions faites sans repentir et sansun véritable regret de les avoir commises, je leur dis, et Dieu lui-même leur fait savoir qu'A est, à la vérité,prompt à remettre les péchés, quelque graves et quelque multipliés qu'ils soient . mais à condition nue le nécbeur en concevra

une véritable douleur et un repentir sincère. Sans cette condition, il n'en a jamais promis le pardon ni dans l'ancien Testament, ni dans le nouveau. Lavez-vous , dit-il par la bouche du prophète ïsaïe (cl), purifiez-vous, ôlezde devant mes yeux la malice de vos pensées, cessez de faire le mal, apprenez une bonne fois à faire le bien , jugez avec droiture, venez au secours de celui qui est opprimé, rendez justice à l'orphelin, soutenez les intérêts de la veuve; et alors venez, et plaignezvous de moi, si votre âme, fùt-elle toute noire d'iniquités, ne devient pas blanche comme la neige. Que m'importe , dit-il , par la bouche du prophète Joël (c, 2. v. 13) , que vous déchiriez vos habits? Brisez plutôt votre cœur; convertissez-vous au Seigneur votre Dieu, et vous le trouverez bon et miséricordieux, plein de patience et d'une miséricorde infinie. Mais si vous ne vous convertissez pas de tout votre cœur, sachez, dit le Psalmiste (Ps. 7), que Dieu tirera contre vous son épée : il û déjà étendu son arc, il le tient prêt, et il l'a pourvu de flèches mortelles. Nous trouvons cette nécessité du repentir exprimée d'une manière non moins formelle dansîc nouveau Testament. Si vous ne faites pénitence , dit Jésus-Christ dans l'Evangile selon saint Luc, vous périrez tous également: et avant de monter au ciel, il ordonna à ses Apôtres (ibid.24) de prêcher à toutes les nations la nécessité de la pénitence el la rémission des péchés. Aussi l'apôtre saint Pierre disait-il en prêchant dans la ville de Jérusalem (Act. 2. 28): Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour recevoir la rémission de ses péchés ; enseignant par-là que cette rémission n'est accordée qu'à ceux qui se repentent sincèrement de leurs fautes, et qui en l'ont pénitence. C'est donc avec raison que le concile de Trente enseigne (Sess. 14) qu'à ceux qui ont eu le malheur de souiller leur conscience par le péché mortel, et qui ont voulu ensuite recouvrer la justice, le repentir a toujours été nécessaire et indispensable, el que les adultes mêmes qui demandent à être purifiés dans les eaux du baptême, doivent délester sincèrement les offenses qu'ils ont faites à Dieu auparavant.

11 .Ils sont donc dans l'erreur ceux qui, sans être intérieurement pénétrés des sentiments de haine et de douleur de leurs péchés,qui conservant encore au fond de leur cœur une inclination et une affection pour ces mêmes fautes, qui, sans être véritablement résolus de faire ions leurs efforts pour les éviter à l'avenir, pensent en obtenir la rémission parce qu'ils les confessent aux minisires de Jésus-Christ avec quelques signes

extérieurs de repentir. Dieu sera-t-il obligé de maintenir sa promesse, tandis qu'ils ne veulent pas observer la condition qu'il a prescrite ? lis ne se corrigent point, ils ne changent point de vie, ils retombent toujours dans les mêmes pèches dont ils s'accusent , ils continuent ces trafics injustes , ils refusent de rompre ces amitiés criminelles, ils s'exposent toujours aux mêmes dangers; en ne mot, ils mentent à I>ieu. puisque d'un côté ils lui demandent le pardon de leurs fautes , et (pie de l'autre ils y retombent toujours; que d'un côté ils implorcntsa clémence, et que de l'autre ils De cessent d'outrager sa majesté et d'irriter sa justice. Etant ainsi rebelles à la lumière céleste, ingrats pour les bienfaits qu'Us ont reçus, et sans fidélité envers Dieu, ils se figurent néanmoins être en grâce avec lui et du nombre de ses' enfants, lis sont , dit saint Paul (iieb. G), comme une terre qui, quoique arrosée des eaux du ciel, ne produit que des épines cl des chardons, laquelle sera réprouvée , maudite et condamnée aux flammes. Qu'ils s'attendent, en abusant ainsi de la bonté de Dieu, à recevoir le juste châtiment dû à leurs fautes: mais qu'As n'espèrent pas en obtenir le pardon, tant qu'ils n'en concevront pas un repentir sincère.

12. Quant à ceux qui, livrés à leurs passions, se tiennent éloignés des sacrements, et qui s'efforcent d'étouffer les remords de leur conscience dans la vaine espérance qu'ils auront plus tard le temps de se repentir, et qu'il leur sera facile d'obtenir miséricorde, je pourrais leur montrer qu'ils sont extrêmement téméraires et insensés par cela seul que, différant leur pénitence , ils exposent évidemment leur salut , et courent le plus grand danger de n'avoir jamais à leur disposition ce temps qu'ils se promettent ; car si l'on doit regarder comme un imprudent et un insensé celui qui ne profite pus sans délai des moyens qui se présentent à lui, lorsqu'il s'agit d'éviter quelques maux temporels, n'a-t-on pas bien plus raison de regarder connue tel celui qui néglige de mettre à profit les moyens qu'il a pour éviter le plus grand de tous les maux qui est l'enfer? Mais je laisse de coté cette réflexion, et je me borne à leur rappeler qu'ils ont affaire à un Dieu qui, à la vérité, est infiniment miséricordieux, mais aussi infiniment juste. Comme étant infiniment miséricordieux, il promet de pardonner à tous ceux qui reviendront à lui avec un cœur contrit et humilié; mais comme étant infiniment juste , il menace de punir d'un abandon terrible ceux qui abusent de sa patience. Si nous lisons, dans la sainte Ecriture, les promesses

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que Dieu fait au pécheur repentant, nous y trouvons aussi

les menaces qu'il fait au pécheur superbe et obstiné. Aveuglez l'esprit de ce peuple, dit-il au prophète lsaïe (c. 6.), laites que ses oreilles n'entendent point, que ses yeux ne voient point, que son intelligence ne comprenne point, de crainte qu'il ne se convertisse et qu'il n'obtienne le salut. Parce que vous avez fermé vos oreilles à ma voix, dit-il dans les Proverbes (c. I.), parce que vous n'avez pas voulu saisir ma main lorsque je vous l'ai tendue pour vous aider à vous tirer de l'abîme, parce que vous avez méprisé mes inspirations, et que vous avez endurci votre cœur lorsque je vous ai avertis par mes châtiments, je me rirai aussi de vous au moment où vous serez dans le plus grand besoin. Alors vous m'invoquerez, et je ne vous écouterai pas ; vous vous lèverez avant l'aurore pour me chercher , et vous ne me trouverez pas. Je ne finirais point, si je voulais rapporter tous les exemples de celte impénitence finale, et de cet abandon de Dieu, dont il est fait mention dans l'Evangile, dans les Actes des Apôtres et dans les Epitres de saint Paul.

13. Or, si Dieu, irrité de l'abus que ces pécheurs font do ses grâces , leur retire ses lumières et son secours , et les abandonne à la fureur de leurs passions, comment parviendront-ils à mépriser ce qu'ils estiment, à détester ce qu'Os aiment, à changer dépensées, de désirs, de volontés et d'affections, et à se convertir enfin à Dieu de manière à obtenir de lui le pardon de leurs péchés? Si la conversion du pécheur est l'œuvre delà grâce toute-puissante de Dieu, comment osentils espérer qu'ils se convertiront, si, justement irrité contre eux, celui-là Jour refuse celte grâce? Je sais qu'ils cherchent à se faire illusion et à se persuader que Dieu ne refusera pas delà leur accorder. Mais pour nous convaincre qu'ils sont dans l'erreur, il suffit de nous rappeler ces paroles terribles de l'Apôtre (Rom. 2): Nous savons que Dieu condamne selon la vérité ceux qui vivent dans l'impiété, et qui commettent des acUons criminelles. Vous donc qui vous en rendez coupables, pensez-vous que vous éviterez le jugement de Dieu ? Est-ce parce qu'il vous supporte, que vous méprisez les richesses de sa patience, de sa longue tolérance et de la bonté avec laquelle il vous invite à la pénitence? Ah! sachez que,par votre obstination et par l'impénitenec de votre cœur , vous vous amassez un trésor de colère. Aussi le Saint-Esprit nous recommande-l-il (Ecel. ô) de ne pas ajouter péché à péché, et de ne pas nous faire illusion à nous-mêmes, en disant que la miséricorde de Dieu est grande, et qu'il nous par-

donnera volontiers la multitude de nos crimes ; car, en Dieu, la miséricorde n'esl pas sans la justice, et la colère divine veille sur les pécheurs. !1 nous exhorte à ne pas renvoyer notre conversion et âne pas la différer de jour en jour, parce qu'autrement l'indignation de Dieu viendra fondre sur nous pour nous perdre dans le temps de sa vengeance. Et, par le prophète Isaïe,ilnous invite (c. 55) à chercher le Seigueur tandis que nous pouvons le trouver, cl à l'invoquer tandis qu'il est près de nous. Saint Paul nous avertit pareillement de ne pas rendre inutile la grâce que Dieu nous offre; et la raison qu'il en donne, c'est que le Seigneur a dit: Je vous ai exaucés au temps favorable, et je vous ai secourus au jour du salut; d'où il conclut que le temps favorable est le temps présent, et que le jour du salut est le jour d'aujourd'hui (2. Cor., 6).

14. Croyons donc , mes Frères , et croyons fermement ce que les saints Apôtres nous enseignent dans cet article, c'est-à-dire que l'Eglise a le pouvoir de remettre les péchés; pouvoir qui n'est point restreint ni à un certain temps, ni à un certain lieu, et qui s'étend à toute espèce de péchés, quels que soient leur nombre cl leur grièvelé. Mais gardons-nous bien de tirer de cette vérité si consolante ces conséquences funestes qu'en tirent tant de pécheurs pour leur propre perte . ei d'abuser d'un don si précieux que Jésus-Christ a fait à son Epouse, la sainte Eglise. pour notre salut. Voudrions-nous être méchants parce que Dieu est bon? Voudrions-nous négliger la guérison de nos iu- Grmités parce que Jésus-Christ nous en a facilité le remède ? Ahl que sa bonté soil au contraire pour nous un motif de pleurer amèrement l'ingratitude dont nous nous sommes rendus coupables envers lui par le passé , et de le servir plus fidèlement à l'avenir. En confessant nos péchés avec ces sentiments d'humilité, avec un repentir sincère et avec une ferme résolution de ne plus les commettre , nous en obtiendrons le pardon de la divine miséricorde, et nous aurons droitàl'héî-ilagc des enfants de Dieu.

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