KEN TE-NEUV1ÈME INSTRUCTION
Sur le onzième article du Symbole : Camit resurreelionem. Résurrection future des corps.
L'apôtre saint Paul a parlé de deux sortes de résurrections, de
u-llc de noire âme, et de celle de notre corps, lorsqu'il a dit . ! .
Cor., 15) que, de même qu'un homme a été l'auteur delà mort de tous les autres hommes,ainsi un homme est l'auteur delà résurrection de tous; et que si tous les hommes sont sujets à la mort par suite du péché d'Adam, tous les hommes ressusciteront aussi par les mérites et par la puissance de Jésus- Christ. Je vous ai développé ce qui a rapport à la résurrection de notre âme dans l'instruction précédente , en vous parlant de la' rémission des péchés; il nous reste à considérer maintenant ce qui regarde la résurrection future de notre corps. C'est l'importante vérité que les Apôtres nous préposent à croire dans le onzièmcarticlc du Symbole ; vérité qui est un des grands objets de notre foi, el en même temps un des principaux fondements de notre espérance. Pour traiter cette matière avec ordre,j'établirai premièrement la certitude de cette résurrection universelle ;en second lieu, je vous exposerai les circonstances qui doivent l'accompagner, et enfin je vous suggérerai quels sont les fruits que nous devons en tirer pour le salut de notre âme.
1. Avant de vous montrer la certitude de la résurrection future, il ne sera pas hors de propos que je détruise ici un doute qui pourrait s'élever dans l'esprit de quelques-uns , et que je vous indique la raison pour laquelle les Apôtres nous ont appris à dire : Je crois la résurrection de la chair , et non pas plutôt : Je crois la résurrection de l'homme. Comme on dit très bien que l'homme meurt, parce que la mort détruit Fanion qui existe entre l'âme et le corps, et que par-là même l'homme, qui est composé d'une àme et d'un corps, cesse d'exister comme homme, il semble que l'on devrait dire de même que, dans la résurreclion,c'esl l'homme qui ressuscitera, puisque l'âme se réunissant au corpsj'union entre ces deux substances, qui constitue proprement l'homme, sera rétablie. Pourquoi donc les Apôtres n'ont-ils pas dit: la résurrection del'homme,plutôtque la résurrection de la chair? Ne croyez pas,mes Frères,qu'ils aient employé celte expression sans des raisons très graves, et sans un mûr examen. Nous savons que déjà de leurs lemps,il y eut des hérétiques, dont deux sont nommés par l'apôtre saintPaul(2.Tim.2) : Hymenéeet Philètc,qui, par leurs subtilités et leurs fausses interprétations, cherchaient à détruire la vérité de la résurrection. Ils disaient que les passages de la sainte Ecriture doivent s'entendre non d'une résurrection corporelle, mais de la résurrection spirituelle qui, a lieu lorsque l'âme ressuscite de la mort du péché à la vie de la grâce. Et comme c'est dans le baptême que les hommes reçoivent la
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vie spirituelle, ils concluaient qu'on ne doit plus attendre la résurrection , mais qu'elle a déjà eu lieu; et par ces vains sophismes, ils parvenaient à séduire un grand nombre de chrétiens qui se laissaient ainsi pervertir. Ce fut donc pour ôlcr tout prétexte à ces fausses interprétations, et pour prémunir les fidèles contre celte erreur, que les Apôtres enseignèrent d'une manière expresse que nous devions croire la résurrection de la chair, et qu'outre la résurrection spirituelle quia lieu lorsque nous recevons le baptême , nous devons encore attendre la résurrection de notre corps, qui arrivera à la (in des siècles.
2. Un autre motif non moins pressant qui les a portés à se servir de ces paroles : Je crois la résurrection de la chair , préférablement à celles-ci: Je crois la résurrection de l'homme, c'est que les incrédules auraient profité de ces dernières expressions pour se persuader que l'âme meurt avec le corps. Si l'homme doit ressusciter, auraient-ils pu dire, l'âme ressuscitera donc aussi bien que le corps, puisque ce sont les deux parties qui constituent l'homme; et si l'une doit ressusciter au>>i bien que l'autre, il faut donc nécessairement que l'une et l'autre meurent. C'est donc pour empêcher que les impies ne tirassent ces conséquences fausses et pernicieuses', (pie les Apôtres ont levé toute équivoque, cl qu'ils nous ont dit d'une manière expresse que nous devons troire la résurrection de la chair. Par-là même ils nous ont enseigné que notre âme n'est point sujette à la mort, et ils nous ont enlevé toute espèce de doute sur sou immortalité , laquelle d'ailleurs est prouvée de la manière la plus claire et la plus formelle dans les divines Ecritures. Le corps retourne dans la terre dont il est formé, disent-elles (Eccl. 2); mais l'esprit retourne à Dieu qui l'a créé, Ailleurs elles nous apprennent (Sap. 2. et 3) que Dieu a créé l'homme immortel quant à son esprit, et qu'il l'a fait à son image et à sa ressemblance ; que les âmes des justes sontTlans la main de Dieu, et que la mort n'a sur elles aucun empire: que si les justes semblent morts et anéantis aux yeux des méchants, ils vivent néanmoins dans la paix, et que leur espérance est pleine d'immortalité. Les Apôtres, en se servant de ces expressions : .le crois la résurrection de la chair, ont donc voulu par-là oous faire entendre que des deux parties qui constituent l'homme, une seule, c'est-à-dire le corps, est dissoute el retombe en poussière, et que l'autre, qui est notre unie, demeure incorruptible el hors des atteintes de la mort. 3. Par un effet de la puissance divine, notre âme doit dom
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dernier jour, se réunir à noire corps, et ce corps ayant repris sa forme primitive et étant orné de tous ses membres, recevra de nouveau la vie cl le mouvement. C'est celte grande vérité que nous faisons profession de croire dans cet article du Symbole; vérité qu'il nous est impossible de révoquer en doute, puisque Dieu, qui est la vérité même, nous l'a révélée en cent endroits de la sainte Ecriture. Je sais , dit .lob (c. 19), que mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai au dernier jour; je prendrai de nouveau mon corps, et je verrai Dieu avec cette même chair; oui, c'est moi-même qui aurai ce bonbeur de voir mon Dieu , et de le contempler de mes propres yeux. Cette espérance est vive et solidement établie dans mon cœur. Vos morts ressusciteront , dit Dieu par la bouebe du prophète lsaïe ('26. et 66), vous le verrez, votre cœur en tressaillera de joie, et vos os germeront comme l'herbe. Les Hébreux n'ignoraient pas celle vérité ; et c'est pour cela que cet intrépide Maebabée disait avec tant de hardiesse au tyran (2. Machab. 7): Tu nous enlèves la vie présente, cruel; mais le Roi du ciel, parce que nous mourons pour la défense de sa loi sainte, nous ressuscitera et nous donnera une vie éternelle. J'ai reçu ces membres du ciel , dit le troisième de ses frères, en présentant au bourreau sa langue et ses mains pour être coupées; maintenant, par amour pour la religion de mes pères, je les sacrifie, el je sais que mon Dieu, qui me les a donnés, doit un jour me les rendre. Le quatrième de ses frères, animé de la même espérance, dit aussi, étant près d'expirer,qu'il attendait sa récompense de Dieu qui devait le ressusciter un jour. C'est cette même espéi ance de la résurrection que leur mère, cette femme admirable et invincible, leur proposait pour les animer à souffrir courageusement la mort, lorsque leur rappelant les divines promesses , elle leur disait : Le Créateur du monde,' qui a formé l'homme, vous rendra l'esprit et la vie. Telle était aussi la foi de l'intrépide Judas (ib. c. 12) qui fit offrir à Jérusalem un sacrifice solennel pour expier les péchés des soldats qui étaient morts dans le combat. Et le texte sacré loue sa croyance et ses sentiments religieux sur la résurrection, en disant que s'il n'eût pas cru que nous devons ressusciter un jour , il n'aurait pas fait prier pour les morts. La croyance sur cette vérité étail alors si universelle et si bien établie, que lorsque le divin Rédempteur, pour consoler les sœurs de Lazare qui était mort, leur dit qu'il ressusciterait; ah ! je n'ignore pas, reprit Marthe, qu'il ressuscitera dans la résurrection qui se fera au dernier jour (Joan. 11).
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4. Néanmoins, comme il s'était élevé dés-lois une secte appelée des Sadducéens, lesquels niaient la résurrection future contrairement à la croyance commune des Hébreux et au sens des divines Ecritures (.Matth. 22., Act. 23), Jésus-Christ voulut confirmer celte vérité par l'autorité de sa parole. Il prémunit ses disciples contre une erreur si pernicieuse , et les avertit de se tenir en garde contre la doctrine de ces hérétiques. Ayant été interrogé une fois par ces incrédules, il les réfuta (il). 22) et les confondit; leur montrant qu'ils étaient dans l'erreur, et qu'ils ne connaissaient ni le sens des Ecritures, ni retendue delà puissance de Dieu. Après la résurrection ,lcur dit-il, les hommes n'auront point de femmes , ni les femmes de maris; mais ils seront comme les Anges de Dieu dans le ciel. iVavez-vous pas lu ce que Dieu a dit louchant la résurrection ? Voici ses paroles : Je suis, dit-il, le Dieu d'Abraham, le Dieud'Isaaectle Dieu de Jacob; or, il n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. En vérité, en vérité, je vous le dis, ajoute-t-il en parlant une autre fois aux Juifs(loan.ô), le temps va venir, et il est déjà venu, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu... Ne vous étonnez pas de ceci; car le temps viendra où tous ceux qui sont dans le tombeau entendront la voix du Fils de Dieu; et ceux qui auront fait de bonnes œuvres ressusciteront pour vivre; mais ceux qui en auront fait de mauvaises , ressusciteront pour être condamnés. Telle est la volonté de mon Père (Joan. 18) qui m'a envoyé, que tous ceux qui voient le Fils et qui croient en lui, aient la \ie éternelle, et je les ressusciterai au dernier jour. Faut-il nous étonner, après cela, si l'apôtre saint Paul qui. outre qu'il avait étudié les saintes Ecritures, avait encore appris la doctrine évangélique par une révélation spéciale de Jésus-Christ (Gai. 1), parle si souvent et avec tant de zèle de la résurrection future, soit dans ses prédications, soit dans ses Epi très? Parlc-t-il aux infidèles? 11 leur annonce la résurrection des morts (Act. 17), et ce grand jour où Dieu jugera l'univers selon l'équité. Parle-l-il aux luifs? 11 fait mention de la résurrection universelle , et il enflamme le zèle des Pharisiens contre ceux qui refusaient d'admettre cette vérité. Est-il cité devant les tribunaux pour y rendre compte de sa doctrine? 11 confesse publiquement (Act. 21) qu'il obéit à Dieu, et qu'il croit tout ce qui est écrit dans la loi et les Prophètes, espérant fermement la résurrection future des justes et des pécheurs. Il parle de la résurrection dans sa première épitre aux Corinthiens (c. 15), où il réunit les preuves les plus solides cl les plus proi. 29
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près à établir cette vérité. Il en parle en écrivant auxThessaloniciens (Ep. 1 .,c. 4),et s'en sert pour les exhorter à ne point trop s'affliger de la mort de leurs proches et de leurs amis. C'est, en un mot, par l'espérance de celle résurrection, qu'il encourage tous les hommes à supporter les souffrances, les travaux et les persécutions, à mépriser les biens de la terre , et à réprimer leurs passions (2. Cor. 4., Phil. 3., Col. 3).
5. Après tant de témoignages, que pourront répliquer ccj esprits superbes qui refusent de croire ce qu'ils ne comprennent pas? Seront-ils assez téméraires pour donner le démenti et aux Apôtres qui ont prêché la résurrection, et aux Prophètes qui l'ont prédite, et à Jésus-Christ lui-même qui l'a enseignée? Prétendront-ils mettre des bornes à la puissance de Dieu, et lui fixer des limites au-delà desquelles elle ne puisse pas s'étendre? Qui dit Dieu, dit un Être infiniment puissant , dont le pouvoir n'a point de bornes, et qui peut faire tout ce qui est possible. Les incrédules s'obslineront-ils à dire qu'il est impossible que les morts ressuscitent? Mais qu'y a-t-il en cela qui répugne cl qui soit impossible, puisque Dieu nous a donné des preuves assez manifestes de son pouvoir, et que nous avons un grand nombre d'exemples de morts ressuscites par la puissance divine ? Hélie ne rappela-t-il pas à la vie le fils de la veuve de Sarepta (3. Reg. 17) , et Elisée celui de la femme Sunamite (4. Reg. 4)?Cet homme, dont les restes inanimés furent jetés dans le sépulcre de ce prophète, ne revint-il pas miraculeusement à la vie par le seul contact de ses ossements (ibid. 13)? Et Jésus-Christ, par son seul commandement, n'a-t-il pas ressuscité la fille de Jaïre, chef de la Synagogue? N'a-t-il pas ressuscité le fils de la veuve de jNaïm? N'at-il pas ressuscité Lazare? Au moment de sa mort, combien qui sortirent de leur tombeau , et qui apparurent dans Jérusalem? Nous voyons aussi qu'à la prière de saint Pierre, Tabilhe fut rendue à la vie (Ad. 9), et qu'à celle de saint Paul, ce jeune Eutyque, lequel était mort en tombant d'un lieu élevé, fut pareillement ressuscité (ibid. 20). Les incrédules auront-ils le courage de nier ces faits? Mais si l'on n'ajoute pas foi aux livres saints où ils sont rapportés, livres qui, parleur antiquité, par l'approbation et le consentement unanime de toutes les nations, et plus encore par l'autorité de l'Esprit divin qui les a dictés, sont les plus authentiques, les plus véridiques, cl les plus respectables de tous les livres; si, dis-je, on n'ajoute pas foi à ces livres, auquel pourra-t-on ajouter foi? Et s'il est donc vrai que plusieurs morts aient élé ressuscites par la
puissance divine , quelle difficulté y a-t-il à croire que Dieu les ressuscitera tous à la fin du monde?
6. Il est vrai que nous ne pouvons pas comprendre comment et de quelle manière pourra se faire la réunion de toutes les parties de tant de corps, dont les uns auront été consumés par le feu , d'autres dévorés par les bêles féroces, d'autres doutlcs membres auront été séparés, transportés et dispersés en divers lieux. Mais combien d'autres choses que nous avons tous les jours devant les yeux , et que nous ne pouvons parvenir à comprendre ! Oui peut expliquer comment il <e luit qu'un petit grain enseveli dans la terre et réduit à l'état de putréfaction, acquière assez de vigueur pour reproduire une plante de laquelle naissent plusieurs autres grains ? On n'a semé ni la paille , ni l'épi , ni l'enveloppe du grain , mais le grain seul; et néanmoins il ressuscite avec sa paille, avec ses feuilles, avec son enveloppe. Insensés que vous êtes, cUt l'Apôtre(l. Cor. 15), ce que vous semez ne prend point vie, s'il ne meurt auparavant. Ce que vous semez n'est pas le corps qui doit naître, mais le grain seulement; et Dieu donne à ce grain un corps tel qu'il lui plaît, et à chaque semence le corps qui lui est propre... lien est de même de la résurrection dos morts. Je pourrais ajouter ici mille autres merveilles qui ont lieu chaque jour dans la nature, que nous voyons de nos propres yeux, et que nous touchons de nos mains. Ne serait-il pas insensé celui qui nierait l'existence de ce qu'il voit et de ce qu'A touche, par cela seul qu'il ne peut parvenir à le comprendre ? Quelle folie donc de la part de l'homme de faire difficulté de croire la résurrection de la chair parce qu'il ne peut comprendre comment elle arrivera , tandis qu'il croit si facilement tant d'effets prodigieux de la nature, quoiqu'une sache point de quelle manière ils sont produits ! Ces effets , qui, quoique merveilleux, ne surprennent point, parce qu'ils sont communset journaliers, devraient suffire pour confondre l'orgueil de l'homme, pour lui faire connaître sa propre ignorance, et pour le forcer à avouer que bien des choses qui loi semblent impossibles ne le sont cependant point pour Dieu.
7. Mais nousqui reconnaissons la divine autorité des Ecritures, et qui savons que Dieu nous a révélé cette vérité de la résurrection qui doit avoir lieu au dernier jour, nous ne devons point chercher d'autres preuves pour la croire. Les Patriarches ont connu celte vérité, les Prophètes l'ont annoncée , .lésu>- Christ la confirmée, les Apôtres l'ont publiée , que voulonsnous de plus ? Les deux et la terre passeront ; mais la parole
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du Seigneur est immuable. S'il parait incroyable à la raison humaine que des corps maintenant froids , inanimés , consumés, et dont toutes les parties sont dispersées , doivent m\ jour recevoir une nouvelle vie, une nouvelle vigueur, être, comme le sont ceux que nous voyons aujourd'hui , vivants et animés par un esprit , il semblait aussi incroyable, autrefois, que Jésus-Chris! dût ressusciter corporcllemcnt, et monter au ciel avec sa chair glorieuse ; il semblait incroyable que l'univers pût se déterminer à croire un prodige aussi surprenant, il ne paraissait pas moins incroyable que quelques hommes sans distinction, dépourvus de forces et de talents , pussent parvenir à faire croire celte vérité à tant de princes puissants, à tant d'hommes savants et philosophes, à tant de peuplesincrédules. Et cependant nous croyons ces choses, et nous les voyons accomplies. Or, ce Dieu qui avait fait annoncer ces prodiges, qui semblaient incroyables avant qu'ils arrivassent, ce même Dieu a daigné nous révéler que nos corps ressusciteront un jour. Pourquoi donc, dit saint Augustin (Lib. "22. de Civit. Dei , cap. 5), si nous croyons ces choses qui sont déjà arrivées, ferons-nous difficulté de croire la résurrection qui doit s'opérer un jour? D'autant plus que,selon l'Apôtre (l.Cor. 15), la résurrection des morts est comme une conséquence de celle de Jésus-Christ. Voici son raisonnement: S'il est certain que Jésus-Christ est ressuscité , comment s'en trouve-l-il parmi vous qui osent dire que les morts ne ressuscitent point? Si les morts ne ressuscitent point , Jésus-Christ n'est donc pas ressuscitent si Jésus-Christ n'est pas ressuscité , notre prédication est vaine, et votre foi est vainc aussi. D'où il conclut que Jésus-Christ, en ressuscitant, est devenu les prémices de ceux qui sont dans le sommeil de la mort; car comme c'est par un homme que la mort est venue, c'est aussi par un homme , c'est-à-dire par Jésus-Christ, que tous les hommes ressusciteîXMii.
8. Après avoir établi la certitude de la résurrection future . il convient de dire quelque chose des circonstances qui doivent l'accompagner. Saint Paul (1. Cor. 15) nous dit qu'eue se fera en un moment, en un clin-d'œil, au premier son de cette trompette qui doit appeler tous les hommes au jugement. Dieu, bien durèrent de l'homme, lequel, à raison de sa faiblesse, a souvent besoin d'un long espace de temps pour conduire un ouvrage à sa perfection, Dieu qui appelle les choses qui ne sont pas comme celles qui existent , au jour de la résurrection universelle, rendra en un instant à nos corps l'être et la sic
qu'ils avaient auparavant. Quel spectacle de voir tous les sépulcres s'ouvrir en im instant ! de voir sortir de la terre et de la mer tous les morts qui vêtaient ensevelis! Quel spectacle de voir les ossements secs et décharnés se réunir cl reprendre leur première place, les mains se joindre aux bras , tous les cadavres se revêtir de chair, les yeux briller de nouveau sous les paupières, et le sang couler de nouveau dans le ; veines ! Quel spectacle , en un mol, de voir reparaître sur ! i terre, à la voix de l'Archange, ions les hommes qui ont cxis'i », qui existent et qui existeront, les monarques et les sujets , les riches et les pauvres, les savants cl les ignorants , les pois et les faibles , sans qu'aucun puisse résister à l'efficacité du commandement divin qui les rappellera tous à la\ie!
9. Et ne croyez pas, mes Frères, que les corps des hommes,dans cette résurrection universelle, doivent être différents de ceux qu'ils auront eus dans le temps de leur vie. Celui que nous reprendrons alors sera le même que nous avons maintenant. Ce corps, dit saint Paul (I . Cor. 5), qui est aujourd'hui sujet à la corruption, deviendra incorruptible. En elTct, puisque bous devons ressusciter pour rendre compte du bien et du mal que nous aurons faits, et pour en recevoir de notre juge la récompense ou le châtiment , il est nécessaire que chacun reprenne le même corps qu'il aura employé au service de Dieu, ou à celui du démon , afin que les corps qui auront partagé les travaux de la pénitence avec les âmes auxquelles ils auront été unis , participent aussi à leur gloire, et que ceux qui auront été des instruments de péché partagent le châtiment destiné aux aines pécheresses. Nous ressusciterons donc avec celle même chair dont nous sommes revêtus , et nous reprendrons alors le même corps dont nous nous servons pour faire le bien ou le mal. Que nous nous estimerons heureux en ce moment d'avoir fait servir nos membres, nos yeux, notre langue , nos mains et nos pieds a la justice et à notre sanctification (Rom. 6) ! Mais quel malheur, au contraire , si nous les avons fait servir à l'injustice et à l'iniquité !
10. Quoiqu'il soit certain que chacun reprendra le mémo corps qu'il aura eu pendant sa vie, il Défaut pas en conclure qu'il le reprendra avec ces monstruosités et ces défauts accidentels qui le rendent quelquefois imparfait et difforme, et que celui, par exemple, qui aura été aveugle pendant qu'il était vivant sur la terre , doive ressusciter aveugle , que celui qui était boiteux doive l'être alors, et que celui qui n'avait qu'un pied, (prune main, doive ressusciter seulement avecunnied
ou avec une main. Les corps ressuscites ne seront point défectueux et imparfaits , et au jour de la résurrection, ce Dieu qui avait créé toutes choses parfaites, rétablira les corps de tous les hommes dans leur intégrité et dans leur perfection naturelle. Il n'y aura en eux, dit saint Augustin (Lib.22.de Gvit. Dei , cap. 19), rien qui soit disproportionné et monstrueux; ce qu'ils avaient de surabondant leur sera ôté comme étant superflu, cl ce qu'ils avaient perdu par une suite de la maladie ou de la vieillesse, leur sera rendu par un effet delà toute-puissance de Dieu. Que si les corps des Saints doivent conserver alors les cicatrices des plaies qu'ils auront reçues pour l'amour de Jésus-Christ, elles ne serviront qu'à les rendre plus beaux et plus glorieux ; car , ajoute le même saint Docteur, on ne pourra pas appeler défaut ou imperfection ce qui sera la marqued'une verluconsommée. Lescorpsdes pécheurs ressusciteront entiers et avec tous leurs membres , comme ceux des justes ; les corps des justes pour leur plus grande félicité, et ceux des pécheurs pour leur plus grand malheur.
1 1 . Les corps des réprouvés seront donc semblables à ceux des élus quant à l'intégrité de leurs membreset quanta leur durée, puisque les uns elles autres ne seront plus sujets à la mort, et qu'ils existeront éternellement. Alors, dit saint Paul (1. Cor. 15), la mort sera détruite, ce qui est maintenant sujet à la corruption deviendra incorruptible ; et ce qui est mortel sera revélu d'immortalité. Mais il y aura entre eux une grande différence, en ce que les corps des réprouvés n'auront point en partage les qualités glorieuses qui embelliront ceux des élus. Ces qualités seront au nombre de quatre principales: l'impassibilité, la clarté, l'agilité et la subtilité. Les corps des élus seront d'abord impassibles , c'est-à-dire qu'ils ne seront plus sujets ni à la douleur, ni à la maladie , ni à aucune autre incommodité. Dieu, dit saint .Jean (Apoc. 21), essuiera toute larme de leur yeux, et il n'y aura plus pour eux ni mort , ni deuil, ni douleur, ni gémissement. En second lieu ils seront doués de clarté, et ils brilleront, selon la promesse de .Jésus- Christ lui-même (Mallh. 13), comme autant de soleils dans le royaume de leur Père céleste. C'est de celle glorieuse qualité que Dieu voulut donner une image aux Hébreux dans le désert (Ex. 31), lorsque dans l'entretien que Moïse eut ave: lui, il rendit le visage de ce prophète si brillant, que nul ne pouvait fixer sur lui ses regards. Mais Jésus-Christ nous en a donné une image bien dIu* belle dans sa transfiguration, où il
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se montra à ses Apôtres éclatant de lumière comme le soleil [Matth. 4 7). Or saint Paul nous assure qifii réformera notre corps, et le rendra semblable en clarté à son propre corps (Ph. 3). Néanmoins celte clarté des corps glorieux sera plus ou moins grande, selon les divers degrés de béatitude des ùmes. Autre est la clarté du soleil, dit l'Apôtre (1. Cor. 15), autre celle de la lune, autre celle des étoiles ; et entre les étoiles, l'une est plus éclatante que l'autre. 11 en sera de même de la résurrection des morts.
12. La troisième qualité des corps glorieux sera l'agilité, par laquelle étant délivrés du poids qui les relient, ils pourront se mouvoir avec [a plus grande facilité et la plus grande promptitude, selon les désirs des âmes auxquelles ils seront unis. Celle qualité est exprimée de la manière la plus formelle par ces paroles du prophète Isaïc (c. 40): ceux qui espèrent au Seigneur recevront une force nouvelle, ils prendront les ailes de l'aigle , ils marclicront sans se lasser , ils voleront sans se fatiguer. C'est aussi ce qu'a voulu nous faire entendre saint Paul (1. Cor. 16), que le corps de l'homme qui est maintenant faible et accablé d'infirmités , ressuscitera plein de vigueur cl d'agilité. Leur quatrième qualité sera la sublililé par laquelle le corps sera parfaitement soumis à l'esprit; ce qui a fait dire à l'Apôtre (ibid.) que le corps qui esl mis en terre comme un corps tout animal, ressuscitera en ce jour comme un corps tout spirituel; ce qui ne signifie point , comme quel* ques-uns ont voulu se l'imaginer , que le corps doive se changer en esprit et en prendre la nature; mais seulement, connue l'explique saint Augustin (in Enchir. cap. 91), que l'union entre l'âme et le corps sera si parfaite, que les élus n'éprouveront pas la moindre résistance , le moindre combat, la plus légère contradiction ni au dehors ni au dedans d'eux-mêmes. C'est pour celte raison, ajoute le saint Docteur (Lib. 13. de Civil. Dei, c. 20), que comme un esprit qui est esclave de la chair s'appelle un esprit charnel, ainsi un corps qui est parfaitement soumis à l'esprit s'appelle un corps tout spirituel. Telles seront les quatre principales qualités des corps des justes à la résurrection universelle ; qualités dont seront privés les corps des pécheurs, lesquels existeront éternellement. à la vérité, mais pour souffrir des tourments horribles, pour demeurer toujours renfermés dans une prison ténébreuse , pour se faire à eux-mêmes une guerre implacable durant toute l'éternité.