INSTRUCTION PRÉLIMINAIRE
ligion nous enseigne la manière de prier La prière est aussi nécessaire an chrétien que la grâce. Sans la grâce, nous ne pouvons pas même avoir une bonne pensée, comme nous rapprend l'apotre saint Panl (2. Cor. 3. 5), tandis qu'avec son secours, nous ponvona faire toutes choses. Or, selon la doctrine des saints Pères, pour avoir celte grâce, il faut la demander à Dieu par la prière. « Demandez, dit Jésus-Christ, et vous rc- » cevrez (Joan. 16.24).» ti tant nécessairement prier, et savoir ce que nous devons demander à Dieu par la prière. J'ai dit enfin que la religion nous apprend ce que nous sommes obligés de savoir sur les sacrements et sur le saint usage que nous en devons faire. Les sacrements sont le trésor des grâces divines, la source d'où elles dérivent, et les canaux par lesquels elles nous sont transmises; ou pour parler avec le saint concile de Trente (Scss. 7. in décret, de Sacr), c'est par eux que toute justice nous est communiquée, ou qu'elle est augmentée en nous, si déjà nous la possédons, ou qu'elle nous est rendue, si nous avons eu le malheur delà perdre. Ouelest donc celui qui ne voit pas la nécessité où se trouve tout chrétien de savoir non-seulement le nombre des sacrements,niais encore leur nature , leurs effets, et les dispositions requise.] pour les recevoir dignement?
5. Il suit de tout ce que je viens de dire que cette scieneede la religion, ou, pour me servir de termes plus clairs et plus 'usités, la doctrine chrétienne se divise en quatre parties. La première renferme les articles du Symbole des Apôtres; la seconde les commandements de Dieu et ceux de l'Eglise ; la troisième l'Oraison dominicale , et la quatrième les sept sacrements. J'y joindrai les instructions sur le péché en général et en particulier, et sur la pénitence. Nous trouvons une ligure de celte science, ou de cette doctrine dans le paradis terrestre où se trouvait une source qui arrosait la surface de cette terre fortunée, et qui de là se divisait en quatre branches, pour aller arroser les diverses parties du monde (Gen. 2. (>;. Ce paradis était le S\ mbole de l'Eglise catholique. La source qui s'y trouvait était la Qgurede la doctrine chrétienne, laquelle sert à arroser les âmes, qui sont comme autant d'arbrisseaux planté* dans le paradis de cette Eglise. Cette source se divise en quatre Deuves féconds el agréables, qui sont les quatre parties de pette sainte doctrine,
6. Or, peut-il y avoir une obligation plus étroite, pour un chrétien, que celle de s'appliquer à acquérir celle science si utile, si nécessaire el si sublime? C'est un devoir (pie la
ture même nous enseigne, que la religion nous suggère de remplir, et que Dieu nous impose. Et d'abord la nature ellemême nous enseigne que nous sommes obligés de nous livrer à cette étude. Quelle est notre fin, et pourquoi sommes-nous créés? C'est ce que tout homme, et l'enfant même doit savoir. Nous avons été créés et placés sur la terre pour honorer Dieu , pour le servir et pour l'aimer ; afin qu'en l'honorant, en le servant et en l'aimant, nous puissions obtenir le bonheur éternel. 11 faut donc, graver dans noire esprit cette maxime : Nous sommes au monde pour scrv ir Dieu et pour sauver notre âme. Nous n'y sommes point pour acquérir des richesses, des honneurs, pour nous y procurer des plaisirs ; mais nous y sommes pour. Dieu. 11 faut donc que nous nous appliquions à le connaître, afin que celle connaissance excite en nous son amour, et qu'elle nous découvre les moyens que nous devons employer pour parvenir à cet amour parfait. Pourquoi Dieu nous a-t-il distingués des animaux et des autres créatures, en nous donnant la belle lumière de la raison; pourquoi nous a-t-il doués d'intelligence et de volonté; pourquoi a-t-il imprimé en nous l'image de sa face divine, comme dit le Roi-Prophète (Ps. 4. 7.) ? (/est afin que nous nous appliquions à le connaître, et que, nous unissant élroilement à lui par l'amour, ■ nous lui rendions les hommages que ne 'peuvent pas lui rendre les créatures privées de raison. Contemplez les ouvrages de Dieu. Ils sont comme autant de miroirs dans lesquels il se manifeste lui-même, en nous faisant connaître ses adorables perfections. * Les deux, dit le Psalmiste(Ps. 18. 1), publient la gloire de Dieu, et le firmament nous montre les ouvrages de ses mains. Ce sont là tout autant de voix par lesquelles Dieu se fait entendre à tous les hommes, et il n'y a pas de nation si barbare et si stupide, qui n'entende ce divin langage. Et nous,plus stupides que les infidèles cl les sauvages, nous ne profiterions pas de ces leçons ; et quoique environnés de toute part des ouvrages admirables de Oicu, nous ne tendrions pas à parvenir à la connaissance de notre divin Dienfaileur?
7."« 0 Cieux, écoulez, et vous , Terre, prêtez l'oreille, ^> car le Seigneur a parlé. » Mais pourquoi inviter ainsi la terre et les cieux à être atlenlifs, et quelle est cette parole que le Seigneur a fait entendre ? « J'ai nourri des enfants, je les » ai élevés, et,au lieu de correspondre à mon amour, ils n'ont » ou pour moi que du mépris. L'animal connaît son mailre, » et moi» peuple ne m'a pas connu, il n'a pas daigné enten-
G INSTRUCTION PRIIMMINAIRE
v dre ma voiifls. 1.3). » A combien do chrétiens ne pourraiton pas adresser ces reproches amers, mais bien justes que
Dieu fait ici au peuple d'Israël? Combien, parmi eux. qui, après avoir reçu de lui les laveurs les plus signalées, vont néanmoins jusqu'à le mépriser, ne se menant nullement en peine de chercher à le connaître , de s'instruire de sa loi
sainte et de ses divins mystères? Combien qui, plus stupides que les animaux, qui reconnaissent leurs maitres et ceux dont ils reçoivent la nourriture, ne s'élèvent jamais par la pensée jusqu'à leur maître suprême et à leur divin bienfaiteur, comme .s'ils n'avaient une intelligence et une volonté que pour s'av~ pîiquer aux choses terrestres, et comme s'ils étaient fait* pour chercher leur bien-être et leurs plaisirs dans les créatures ?
8. \h ! qu'il n'en soit pas ainsi de nous, mes Frères. Appliquons-nous à parvenir à la connaissance de notre Dieu et de ses divins mystères ; connaissance à laquelle nous invite la nature, comme je viens devons le démontrer, et dont la religion nous fait un devoir , en même temps qu'elle nous en fournit les motifs, et qu'elle nous en facilite les moyens. Et que nous cnseiiuic-t-cllc de notre Dieu, celte religion sainte? Elle nous dit qu'A est notre Créateur, notre l'ère, notre souverain Maitre, noire Salut, notre Vie. Que de titres capables de nous excitera le connaître, à l'aimer et à le servir ! Elle nous apprend que bieu a parlé aux anciens Patriarches et aux Prophètes pour se manifester au monde; qu'ensuite il a voulu nous parler par le moyen de son Fils unique qu'il a envoyé sur la terre (Ad Hcb. t., 1) ; que ce divin Fils,pour nous racheter, a répandu tout son sang précieux et sacrifié sa propre \ie. Et tant de bonté n'exciterait pas en nous la reconnaissance la plus vive ? Et ces monuments religieux que nous rencontrons à chaque instant sur nos pas, que sont-ils autre chose que des voix qui nous invitent à connaître Dieu et les œuvres merveilleuses le sa grâce? Les temples élèves à la gloire du Tics Haut nous enseignent que c'est à lui seul que nous devons rendre notre culte. Les saints autels, sur lesquels Jésus- Christ s'Offre ; son l'ère éternel, nous disent que ce divin Fils s'est fait victime d'expiation pour nos péchés. Les croix que nous apercevons sur notre passage sont l'étendard de notre salut. Toutes les solennités usitées dans l'Eglise n'ont pour but que.de nous rappeler ce que ee divin Sauveur a fait pour notre amour. La fête de* la Nativité nous apprend que, revêtu Ses dépouilles de notre humanité* il a daigné naître sur la
paille dans une crèche ; la Passion, qu'il a soulîert pour nous les tourments les plus affreux ; la Pàque, qu'il est ressuscité glorieux pour nous donner un gage de notre résurrection future; l'Ascension, qu'il est monté au ciel pour aller nous y préparer une place (Joan. 14. 2). Enfin, les saintes Ecritures qu'il nous a laissées sont, dit saint Augustin (Lib. 1. Conf. 4), ce livre céleste et tout divin dans lequel il nous montre le chemin qui doit nous conduire au bonheur éternel.
9. Nous serions donc bien coupables si nous restions sourds à tant de voix qui se font entendre, et aveugles au milieu de tant de lumières divines, et si, avec tant de moyens qui nous rendent si facile l'étude de la religion, nous n'avions aucune connaissance, ou qu'une connaissance très imparfaite et très faible de Dieu et de ses plus augustes mystères. A cette obligation que la religion nous . impose d'acquérir ces connaissances si saintes et si nécessaires, ajoutons l'ordre exprès que nous en donne Dieu lui-même. Et en effet, dans l'ancienne loi il avait prescrit aux pères (renseigner à leurs enfants tout ce qu'il avait fait de prodigieux en faveur des Hébreux; et s'il leur accordait une si longue vie, c'était principalement dans ce but. Lorsqu'il eut commandé à Moïse d'écrire la loi , dans laquelle il était dit qu'ils devaient l'aimer -de tout leur cœur,' de toute leur âme et de toutes leurs forces f il ordonna que tous eussent continuellement ce livre entre leurs mains , qu'il fût leur occupation , leurs délices et le sujet de leur méditation le jour et la nuit ; \ qu'ils écrivissent ces paroles sur les portes de leurs maisons, afin que chacun pût les lire ; que les pères les expliquassent à leurs enfants,afin que la connaissance de Dieu et de la religion passât ainsi de génération en génération (Dent. 11. 18., 19).
10. 0 mon Fils,dit l' Esprit-Saint dans les Proverbes (6. 20. 21), observez les préceptes de votre Père. Et ce Père adorable n'est autre que Dieu. 11 veut que ces préceptes soient gravés dans notre cœur, attachés à notre cou," et qu'ils nous accompagnent en tout lieu. Les commandements de la loi divine sont une lumière qui nous montre le chemin qui conduit à la vie (Proverb. 6. 23). Oui donc ne restera pas^ convaincu de l'obligation étroite où se trouve tout chrétien l d'acquérir la science de la religion, des divins mystères et de la loi de Dieu? Les Hébreux , quoiqu'ils ne fussent qu'un peuple ' grossier et charnel, devaient indispensablemcnt en être instruits ; et nous qui nous vantons d'être les enfants de la lumière, nous croilions cire dispensés de ce devoir ? et nous voudrions mar-
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cher au milieu des ténèbres de l'ignorance? Quelle honte, quelle confusion !
11. Si toutes ces misons sont Insuffisantes pour nous convaincre de celte obligation, soyons au moins sensibles à nos propres intérêts. Car la science de la religion, qui esi , comme dit la sainte Ecriture, la science de Dieu , est aussi la science de notre salut (Luc 1. 77) Nous nous devons donc à nous-mêmes d'y mettre toute notre application. Il s'agit ici pour nous d'une affaire de la plus haute importance , puisque l'ignorance des choses divines attire à sa suite la damnation éternelle. El qui pourrait en douter, après que l'Ecriture nous l'a si clairement enseigné ? « Seigneur , dit à Dieu le Roi- » Prophète, répandez votre colère sur les nations qui ne vous » connaissent pas, et sur les royaumes qui ignorent votre saint "» nom (Ps. 78., 6). » Ils sont vains , dit le Sage, ''tous ceux qui n'ont pas la science de Dieu, et qui ne se servent pas des créatures pour parvenir à la connaissance du divin Créateur (Sap. 13., l).Ceux qui ne connaissent pas Dieu marchent dans les ténèbres de l'erreur ; et s'ils ont quelque science, ce n'est qu'une science funeste qui servira à les faire condamner , ou qu'une science stérile qui tournera à leur confusion.
12. Ah! Chrétiens, que les barbares de l'Afrique, que les sauvages de l'Amérique, que tant d'autres nations infortunées auxquelles J'Evangile n'a pas été annoncé , que toutes ces nations vivent dans l'ignorance de Dieu et de ses divins mystères, c'est un malheur bien déplorable, et qui doit nous portera prier le Seigneur de vouloir bien les éclairer. Que ces peuples aveugles vivent et meurent dans les ténèbres de l'infidélité, et qu'ils se damnent, c'est un terrible jugement de Dieu, que nous devons adorer. Mais que des chrétiens restent dans l'aveuglement au milieu de la lumière la plus éclatante; qu'ils ne connaissent pas Dieu au sein de l'Eglise ; qu'ils ignorent la religion et ses vérités au centre de cette même religion , ou qu'ils n'en aient qu'une notion superficielle et confuse, n'estce pas un malheur mille fois plus grand? N'est-il pas bien affligeant d'en voir un si grand nombre qui vivant dans cet état, ne se mettent nullement en peine de s'instruire , qui se plaisent même dans leur ignorance, qui s'en servent comme d'un prétexte pour s'autoriser dans leurs dérèglements? Combien, hélas! qui vivent dans cel état et sans remords! S'ils ne changent de conduite, qu'ils n'espèrent pas pouvoir se sauver.