‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 7 sur 45 · Il esl vrai que tous ne son! pas obligés de posséder · texte numérisé non relu

Il esl vrai que tous ne son! pas obligés de posséder

ac« au même degré de perfection. Il yadespersou-

nés qui doivent en cela surpasser les autres , comme les ecclésiastiques, qui se sont consacrés à Dieu, et qui l'ont choisi pour la part de leur héritage; les prêtres, dont les lèvres doivent être les gardiennes de la science divine (Mal. 2. 7); les prédicateurs, dont le devoir est d'expliquer la loi de Dieu; les pasteurs, qui sont chargés d'enseigner aux autres les vérités du salut. Il est certain cependant que chacun est tenu de savoir au moins les choses qui sont indispensablemeut nécessaires pour être sauvé. Saint Thomas, et avec lui tous les théologiens enseignent que tout chrétien est obligé de croire explicitement et de savoir les premiers et principaux mystères de noire croyance, et les articles du Symbole, de la même manière que nous sommes tenus d'en avoir la foi(D. Thom.2. 2. qiucst. 2. art. 5. in corporc). Saint Charles Borromée dit que celui qui a l'usage de la raison est tenu, sous peine de péché mortel, de savoir les articles du Symbole des Apôtres, nu moins quant à la substance , ainsi que les commandements de Dieu cl ceux de l'Eglise ( D. Carol. Act. p. A. Instruct. Conf. ). En effet, comment peut-on croire ces articles de notre foi, si on les ignore? Comment peut-on observer les commandements de Dieu et ceux de l'Eglise , si on ne les connaît pas? Et comment peut-on se sauver sans connaître et sans employer les moyens qui sont nécessaires pour arriver au ciel? Ceux qui vivent dans celte déplorable ignorance ne doivent donc s'attendre qu'à la. damnation éternelle. Telle est l'obligation qu'il y a pour tout chrétien de savoir les articles de la loi et les préceptes de la loi divine.

\ 4. Si nous voulons mieux connaître . encore combien il nous importe de nous appliquer à l'étude de la religion Jetons un regard sur les maux qui proviennent de l'ignorance en cette matière. N'est-ce pas celte ignorance funeste qui est la source de tous les excès et de tous les désordres qui régnent au sein même du christianisme? Quel oubli de Dieu dans la plupart des hommes? Faut-il s'étonner s'ils passent leur vie sans le connaître , sans l'aimer, sans lui rendre le culte et les hommages qui lui sont dus? Quelle indifférence déplorable pour ce qui concerne le salut éternel ! Et pourrait-il en être autrement , puisque les hommes n'en connaissent ni le prix ni l'importance? C'est aussi de celle ignorance que nait le mépris de la religion. Les impies, dit l'apôtre saint Jude (10), blasphèment ce qu'ils ignorent. De là encore la profanation .les choses saintes dont ils ne connaissent ni l'excellence, ni la aainleié; delà le dégoût pour la prière, pour la parolc.de

JO INSTRCCTIOH PRÉLIMINAIRE

Dieu, pour tous les exercices spirituels et surtout pour la réception des sacrements; delà tant de fausses consciences, tant de sacrilèges , tant d'impiétés , tant de scandales , tant de désordres dont or ne connaît pas, ou plutôt dont on ne veut pas connaître les affreuses conséquences; de là enfin la damnation éternelle et l'enfer.

15. Voilà, mes Frères, dans quel précipice conduit l'ignorance de la religion, ignorance devenue aujourd'hui si commune dans le inonde. Que faut-il faire pour prévenir tant de maux? 11 faut vous appliquer à l'élude des vérités de cette religion sainte, vous instruire sur ce que nous devons croire par rapport à Dieu, sur ce que nous devons espérer de sa bonté, et sur ce que nous devons faire pour opérer notre salut. Ne vous contentez pas d'avoir appris ces vérités divines dans votre enfance d'une manière toute superficielle ; venez maintenant écouter les instructions où elles vous sont plus clairement développées. C'est ici une élude qui doit être de toute voire vie, et toute la vie ne peut pas être trop longue pour vous perfectionner dans cetle science. Toutes les antres connaissances sont pour l'ordinaire vaines et inutiles, tandis que celle des vérités de la religion vous conduira à la gloire. Venez donc entendre la parole de Dieu ; assistez spécialement aux catéchismes et aux instructions familières. Assistez-y, vous surtout Pères et Mères, afin qu'après vous être suffisamment instruits de ces vérités divines , vous puissiez les enseigner à vos enfants. C'est là le plus précieux trésor que vous puissiez leur laisser. Assistez-y, vous tous qui que vous soyez , parce que c'est un devoir qui regarde tous les hommes, cl le devoir le plus important. Pour y venir, prenez, s'il le faul , sur le temps de vos occupations , des divertissements inutiles et des plaisirs. Si vous agissez autrement, attendez-vous à être réprouvés de Dieu cl à être condamnés à un enfer éternel. Oui, Chrétiens, "mettez-vous avec ardeur à l'étude de la religion; et si jusqu'à ce jour vous vous êtes éloignés des instructions, ne manquez plus d'y assister désormais. Demande', au Seigneur qu'il vous parle par la bouche de ses ministres, lui promenant que nous écoulerez sa divine parole avec toute l'attention dont vous serez capables; priez-le qu'il vous donne le goûl et l'amour des vérités éternelles; le goût, afin qu'elles deviennent l'objel de vos plus douces occupations, et vos plus chères délices: l'amour, afin que vous vous sentiez portés à le connaître et à l'aimer selon que vous 11- devez en celle vie, pour avoir ensuite le bonheur de ; ; îUeraeul de son aimable présence en l'autre.

Que l'ignorance des choses divines n'excuse pas de péché.

Quoiqu'il n'y ait aucun devoir qui puisse être plus essentiel pour un chrétien , que celui d'acquérir une connaissance parfaite , ou au moins suffisante de la religion , c'est-à-dire, de ce qu'il faut croire , espérer et faire pour obtenir le salut éternel ; quoiqu'il n'y ait point au monde d'affaire plus importante que celle-ci, on peut dire néanmoins, sans crainte de se tromper , que pour un grand nombre de chrétiens il n'y a pas de devoir plus négligé et plus mal accompli. 11 n'est que trop vrai qu'une affreuse ignorance des choses divines règne au sein du christianisme ; et ce qui est plus déplorable encore, c'est que plusieurs ne se croyant point coupables, se flattent de pouvoir se sauver malgré cette ignorance. Pour détruire ce préjugé funeste, je me propose d'établir et de traiter aujourd'hui celle question importante: savoir si l'ignorance des choses divines excuse de péché.

1. Pour procéder avec toute la clarté possible dans celle matière, il est bon de vous dire que, par ignorance, on entend le défaut de connaissance dans un fidèle qui est capable de connaître. Les théologiens la divisent en ignorance de droit et ignorance de fait. L'ignorance de droit a lieu quand on ignore l'existence de la loi qui défend ou qui prescrit telle chose ; comme par exemple, si quelqu'un ne savait qu'il y aune loi qui ordonne d'entendre la messe les jours de fête , ou qu'il en est une autre qui prescrit de jeûner les vigiles. L'ignorance de fait a lieu lorsqu'on connaît, à la vérité, la loi qui ordonne ou qui défend telle chose , mais que l'on ignore si elle oblige dans telle circonstance particulière ; par exemple, ce chrétien sait qu'il y a une loi qui ordonne d'entendre la messe les jours de fête, une autre qui prescrit de jeûner les Vigiles; mais il ne sait pas que c'est aujourd'hui un jour de fêle ou une vigile.'

2. Laissant de côté plusieurs autres divisions qui ne vont pas a notre bul , l'ignorance se divise en second lieu en antécédente et invincible, et en conséquente et vincible. La première s'appelle antécédente , parce qu'elle précède tout acte de la volonté , et qu'elle n'est voulue ni directement , ni indirectement ou interprélativement; comme si quelqu'un tuait un Uoittuie en croyant fermement tuer une bête. Elle es! aussi

appelée invincible, parce qu'il est impossible de la vaincre,' de la surmonter, soit parce que la connaissance de telle chose n'est jamais venue dans l'esprit, soit parce que si la pensée esl venue, après avoir fait tontes les diligences moralement possibles pour découvrir la vérité, on n'a pas pu la trouver, ni dissiper l'erreur.

3. L'ignorance conséquente et vincible est celle qui dépend de la volonté et qui en est un effet. Telle est, pour ne pas nous écarter de notre sujet, l'ignorance de celui qui ne connait point les choses de Dieu, les mystères de la foi, les préceptes de la loi divine, parce qu'il n'a jamais voulu les apprendre, ou parée qu'il a négligé d'assister aux catéchismes et aux instructions où l'on a coutume d'expliquer ces vérités divines. On l'appelle conséquente, parce qu'elle est en quelque sorte volontaire; et elle est nommée vincible et criminelle , parce que si l'on voulait en prendre les moyens, on pourrait la vaincre, la surmonter, et que par conséquent elle n'est jamais sans péché. Elle peut être volontaire de deux manières : directement et indirectement ; directement lorsqu'on vent ignorer les choses que l'on pourrait et que Ton devrait savoir, afin de pouvoir pécher plus librement, et alors elle s'appelle ignorance affectée, laquelle bien loin de diminuer la malice et la grièvelé du péché, ne fait que le rendre plus grand. L'ignorance est volontaire indirectement lorsque, à la vérité, on n'a pas la volonté expresse d'ignorer les choses que l'on pontet que l*on doit savoir, mais qu'on néglige de s'en instruire; et alors on l'appelle ignorance crasse , laquelle est plus ou moins criminelle, selon la plus ou moins grande négligence que l'on met à s'instruire et à dissiper les ténèbres de celle ignorance.

4. Cela supposé, nous comme catholiques, nous devons évîr ter deuv erreurs directement opposées : celle des Pélagiens, et celle des Jansénistes. Ainsi que nous le voyons dans les écrits de saint Augustin et dans ceux de saint Jérôme, les Pélagieos, suivait leurs faux principes, disaient ouvei lement que toute action , quelque mauvaise qu'elle fût en elle-même, faite par celui qui esi clan-, une ignorance même vincible, soit de droit, BOil de (ait, ne devait pas lui être imputée à péché. Mais iî esl facile de démontrer par les livres de l'ancien et du nouveau Testament, qu'ils sont bien éloignés de la xéiiié. Les sacrifices que l'on offrait dans l'ancienne lui pour expier les péchés d'ignorance, en sont une preuve convaincante. Nous en trouvons une autre bien claire dans celte humble prière que la!- &ait le Roi-I'rophète '• Seicjneur , oubliez les péchés île ma jet:-

vente , cl ne conservez pas le souvenir de mes ignorances (Psal. 2L 7). Ceci se trouve encore plus clairement démontré dans le nouveau Testament. Quel est celui qui ne regardera pas comme très grave le crime que commirent les Juifs en taisant mourir Jésus-Christ? Et cependant du haut de sa croix il supplie lui-même son Père de leur pardonner, en lui disant : Ils ne savent pas ce quils font (Luc.23. ô V). Saint Paul ne fait pas difficulté de dire que si les Juifs eussent connu le roi de la gloire, ils ne l'auraient jamais crucifié (I. Cor. 2. 2). L'apôtre saiut Pierre reconnaît aussi qu'ils l'ont fait par ignorance (\ct. 3. 17.) Saint Paul nous dit encore qu'après qu'il eut blasphémé Jésus-Christ et persécuté l'Eglise, il obtint miséricorde, parce qu'il l'avait fait par ignorance. Et celui qui ignore, ajoule-l-il, sera ignoré : Qui ignorât, ignorabitur (I . Tim.l . 13). Enfin tous les saints Pères appellent l'ignorance la mère de . erreurs, la nourrice des vices; et ils ajoutent que ce péché est le plus commun de tous, parce que les hommes ne le connaissent pas, et ne veulent pas le connaître.

5. La seconde erreur directement opposée à celle des Pélagiens est celle des Jansénistes, lesquels soutenaient que l'ignorance même invincible delà loi naturelle, n'excuse pas du péché. La doctrine de l'Eglise contraire à celte erreur . est que toute ignorance, soit de la loi naturelle ou de la loi écrite, soit de droit ou de l'ait, lorsqu'elle est véritablement invincible, excuse du péché. Pour commettre le péché actuel, il ne suffit pas de celle volonté qui a été suffisante pour que nous ayons tous péché en Adam; mais il faut une liberté directe ou indirecte, qui soit une liberté d'indifférence. Or l'ignorance antécédente et invincible ôle celte liberté ; donc elle n'esl pas coupable, puisque sans liberté il ne peut y avoir de péché actuel personnel. Seulement je dois vous avenir ici d'une chose qu'il est nécessaire que vous sachiez. C'est que si l'un peut quelquefois admettre une ignorance invincible en ce qui a rapporta la loi naturelle dans les conséquences éloignées, obscures cl difficiles, il n'en est pas de même pour ce qui concerne les principes universels , les commandements de Dieu et leurs conséquences prochaines, claires et faciles à déduire. D'où il suit que les confesseurs ne doivent pas croire facilement, ni excuser totalement dépêché certains pénitents, et surtout les jeunes gens, lesquels après s'être souillés par les actions les plus honteuses el les plus contraires à la pureté 'péchés qui sont opposés à la loi naturelle et à la loi divine) . disent qu'ils, ue savaient pas que ces fictions fussent criminelles. Et

que ces pénitents eux-mêmes ne se fassent pas illusion, en se croyant innocents et exempts de péché. Ah! il n'est que trop certain que ces actions étant si indignes de l'homme, la nature elle-même s'en trouvant offensée, se sera récriée, que la conscience de son côté aura fait entendre sa voix, et qu'au moins des doutes bien fondés se seront élevés. Mais l'entendement obscurci par la malice, la volonté corrompue par la concupiscence , auront étouffé ou méprisé ces cris, cette voix et ces doutes. Qu'ils aient eu au moins quelque idée confuse et quelque connaissance du mal qu'ils faisaient et de la malice de ces actions, c'est ce que démontre l'expérience; puisque lorsqu'ils se sont souillés de ces iniquités, ils ont si bien eu soin de se soustraire à la vue des hommes, en recherchant les lieux les plus ohscurs ou les plus retirés.

6. Après ces notions préliminaires relatives à l'ignorance et à la considération de ces deux erreurs opposées que nous devons également éviter , il nous reste à examiner la question que nous nous sommes proposée , savoir, si l'ignorance des divins mystères et de la loi de Dieu , c'est-à-dire , de ce qu'un chrétien est tenu de croire et de faire pour être sauvé, l'excuse de (léché. Etj'étahlis que chacun peut s'assurer par lui-même que celle ignorance ne peut pas exister. L'ignorance invincible, comme nous l'avons dit, est la seule qui excuse de péché ; or comment peut-elle avoir lieu dans un chrétien qui vit au sein de l'Eglise? Ou il sait lire, ou non; s'il sait lire, il a des livres pour s'instruire; s'il ne sait pas lire, il a les catéchismes et les instructions où on lui enseigne , et où il peut facilement apprendre tout ce qu'il doit savoir.

7. Si donc il y a ignorance parmi les chrétiens en ce qui concerne la foi, la loi de Jésus-Christ et les sacrements, elle esttoujours vincible; et par conséquent, qu'elle soit une ignorance crasse, ou une ignorance affectée, elle ne peut pas excuser de péché. Et d'abord, qui pourra excuser de péché le chrétien qui vit dans une ignorance affectée des choses divines? qui pourrait même croire qu'un chrétien fut capable d'arriver à cet excès de malice, de vouloir ignorer les divins mystères et les préceptes de la loi de liieu, afin de ne pas se regarder comme obligé d'y conformer sa conduite, et de pouvoir ainsi vivre sans remords au gré de ses désirs et de ses caprices? Ceci devrait plutôt paraître une chose monstrueuse et incroyable. Il esl vrai cependant qu'il y a des chrétiens, lesquels se trouvant engagés dans quelques désordres, évitent autant que

i.'Ic d'entendre les catéchismes et les instructions, et cra;-

gnont plus, pour ainsi dire, la voix d'un ministre de Dieu , qui explique les maximes de la doctrine chrétienne, que le serpent ne redoute la voix de celui qui cherche à l'enchanter pour le

perdre, comme des aspics sourds et malins, se bouchent les oreilles, afin de ne pas se trouver pris (Ps. ô7. 5). Oui, dit le Roi-Prophète , c'est pour ne pas être forcés à faire le bien , qu'ils ne veulent pas connaître la vérité (Ps. 35. 4). Eloignezvous de nous, disent-ils à Dieu avec ces impies dont parle .lob; nous ne voulons ni de vos enseignements , ni de votre science (Job. 21. 11). Et qu'est-ce qui éloigne des catéchismes et des instructions tant de personnes sans retenue et sans pudeur, sinon la crainte de se voir forcées de rompre ces amitiés si pernicieuses à la chasteté , et de renoncer à ces familiarités qu'elles aiment si passionnément? Qu'est-ce qui en éloigne tant déjeunes gens licencieux, sinon l'appréhension d'être obligés d'abandonner celle manière de vivre et de converser si libre et si dissolue, dans laquelle ils veulent persévérer, malgré tous les remords et les cris de leur conscience? Qu'est-ce qui en éloigne tant d'hommes intéressés et avares J sinon la pensée (lue le prédicateur combattra peut-être l'amour désordonné de l'argent et des biens de la terre dont ils ne veulent pas se détacher? Peut-on voir une malice plus profonde , que de vouloir ignorer ce que l'on est tenu de savoir?

8. Celte ignorance si impie et si criminelle n'est pas cependant la plus ordinaire et la plus commune. La plus généralement répandue est celle que nous avons nommée ignorance crasse, et qui consiste en ce qu'on ne veut pas se donner la peine de s'instruire des choses Jivines , et cela par négligence, par dégoût, ou bien parce qu'on est tout préoccupé des intéréls temporels et des choses de la terre. Mais il est hors de doute que cette ignorance même est coupable et condamnable dans un chrétien. Selon la doctrine des saints Pères et des théologiens, chacun est tenu de savoir les choses qui regardent son état et sa condition. Or quelle est la condition d'un chrétien , quel est son étal? C'est de professer la foi de Jésus- Christ, et d'observer sa loi sainte. 11 faut donc qu'il connaisse les vérités de celte foi et les préceptes de cette loi... Un chrétien doit savoir les choses qui sont nécessaires pour% obtenir son salut éternel; et parmi ces choses, les plus indispensablement nécessaires sont la croyance des divins mystères, l'observance des commandements de Dieu et de l'Eglise , la manière de recevoir dignement les sacrements, de faire de temps en temps des actes de foi , d'espérance et de charité. Mais ;om-

ment pourra-t-il faire ces actes, observer ces préceptes, s'il ne les a pas appris ? Comment pourra-t-il s'approcher des sacrements avec les dispositions nécessaires, s'ilignorecc que c'est (pie ces sacrements, et quelles sont ces dispositions qu'il faut > apporter? Le chrétien est donc tenu de savoir toutes ces choses, sous peine de péché très grave.

9. De là ilest facile de conclure dans quelétat déplorable se trouvent ces chrétiens qui ont du temps pour toute autre chose que pour assister aux catéchismes et aux instructions. Qui pourrait s'imaginer qu'un si grand nombre négligent de mettre à profit les moyens établis de Dieu pour pouvoir gagner le ciel ? 0 abus déplorable ! ô opprobre du christianisme ! on annonce la parole de Dieu, on développe les vérités du salut, et il n'y en a que très peu qui les écoutent, et une infinité de personnes qui auraient le plus grand besoin de s'instruire , ne viennent pas entendre les instructions. Mais où se trouventelles ces personnes pendant qu'on annonce ainsi la parole de Dieu ? Elles sont appliquées à leurs travaux, à leur trafic , à leur négoce, au soin de la famille ; elles sont accablées de mille embarras , de mille affaires qui ne leur laissent pas le temps d'assister aux instructions.

10. Mais c'est encore ici une excuse qui ne les justifie pas. Ces instructions se font ordinairement les dimanches et les fêtes, jours qui sont consacrés à Dieu, et dans lesquels le chrétien doit laisser de côté le travail, les occupations, les affaires temporelles , pour ne s'occuper que de Dieu et du salut de son âme. C'est là L'affaire la plus importante de toutes. Nous sommes chrétiens avant que d'être hommes de travail , de trafic et de négoce ; notre première étude par conséquenldoit être celle (pii a pour objet les choses divines, et notre première et principale occupation doit être de travailler au salut éternel de notre âme. -

11. Que faut-il dire maintenant de ce? chrétiens qui ignorent les mystères de la foi et les préceptes de la loi de Dieu . tandis qu'ils sont parfaitement instruits des choses du siècle , et qu'ils excellent dans les sciences naturelles ; de ces chrétiens qui savent tout, qui veulent tout connaître , excepté les maximes éternelles ; qui s'appliquent à toute autre chose qu'à assurer leur salut? Croyez vous qu'ils puissent être exempts de péché? Qu'importe, leur dirai-je , que vous connaissiez tous les tours et toutes les ruses , et que nous vous distinguiez* dans les sciences naturelles, si vous ignorez là science deDieu, ia science du salut? reusez-\ous que devant le tribunal de

sur les "Vertus" théologales. 17

Dieu où vous paraîtrez aussitôt après la mort , ce sera pour vous une bien bonne excuse que de dire : Seigneur , je connaissais tous les points débattus de l'histoire, tous les systèmes et mules les controverses de la philosophie , les théorèmes les plus difficiles des mathématiques, la. vertu de toutes les plantes, tous les détours delà politique, l'art de gouverner, la manière de réussir dans le négoce? Mais , dira le souverain Juge, quelles étaient vos connaissances par rapport aux mystères de la foi, etaux préceptes de ma loi sainte? Oh! pour ce qui est de ces choses, je n'en ai eu qu'une connaissance très superficielle, et je n'ai pas eu le temps de les apprendre. Mais aviezvous été placé sur la terre pour être un historien , un philosophe, un mathématicien, un naturaliste, un politique , un négociant, et non pas plutôt pour être un bon chrétien ? Vous avez eu du temps pour approfondir tant d'autres sciences, et vous n'en avez point eu pour vous instruire de mes mystères cl de ma loi sainte? Retirez-vous de moi , apostat, ouvrier d'iniquité, et allez avec les infidèles brûler éternellement dans les flammes de l'enfer. A combien de chrétiens, hélas! Jésus- Christ n'adrcssera-t-ilpascc reproche au jour de son redoutable jugement ?

12. C'est celui que fit saint Paulin à un personnage distingué , homme d'un génie supérieur cl doué des talents les plus rares. Le saint le pressait de s'instruire des maximes fondamentales de notre religion et des grands mystères de notre foi; et lui s'excusailsur la multitude descs alTaires,cl sur l'obligation où il était de remplir tous les devoirs attachés aux charges et aux postes qu'il occupait, disant que toutes ces occupations ne lui laissaient pas le temps de s'appliquer à autre chose. Ah ! plût à Dieu,lui répondit saint Paulin, que cette excuse lût aussi fondée que vous cherchez à me le persuader par tous vos discours. Mais tout ce que vous me dites me fait juger que vous êtes encore plus coupable, parce que je connais par-là que pour lire les livres saints et pour vous instruire des vérités de la religion,^ c'est la volonté qui vous manque et non pas le temps (S. Paulin. Epist. 1G. ad Sovin). Vous avez eu du temps pour étudier les orateurs et les poètes, pour faire un recueil et un choix de tout ce qu'ils ont dit de fleuri et d'agréable,et pour vous rendre si éloquent et si savant; il est certain que vous n'avez pas pu faire tout cela ni en dormant, ni en vous occupant à d'autres choses. Et quand je vous exhorte à étudier Jésus-Christ, qui est la sagesse de Dieu, et à vous instruire de ses maximes éternelles, vous n'avez pas du temps, vous Oies

f9 H. ÎNSTRITTIOV

trop occupé ? f't Uliê occupais, immunîs cl libères ; ut Christian t id e»t Dei tapientiam discas, tributaritu et occupatus?

13. AU ! combien qui s'excusent, mais sans aucun fondement, et qui disent qu'il leur est impossible de lire des livres de piété, d'assister aux catéchismes et aux instructions, à raison de mille occupations, du soin de leur famille, du trafic, du négoce, qui prennent tout leur temps, et qui ne leur en laissent point pour pouvoir s'instruire des vérités éternelles. .le leur dirai à ces chrétiens: C'est la bonne volonté qui vous manque, et non pas le temps. Quoi? Vous en trouvez pour lire des romans, des histoires profanes et tant d'autres choses vaines et inutiles, et vous n'en trouverez point pour lire la sainte Ecriture elles livres de piété ? Vous eu trouvez pour écouter tant de paroles oiseuses, tant de discours frivoles , et vous n'en trouverez point pour écouter les vérités fondamentales de notre sainte religion et l'explication de la loi divine ? Bien plus , quand il s'agit de vous livrer au jeu, de perdre votre temps dans les visites, dans les cercles, aux théâtres, au bal, sur les places publiques, alors vous êtes libres, etvos occupations ne vous empêchent point de goûter ces plaisirs divers ; et quand il est question de vous instruire des choses qu'un chrétien doit nécessairement savoir, vous êtes retenus , lies p.tr mille affaires qui vous en détournent ? Ut islis occuperis , (le. I "n charlatan qui vend des mensonges dans les rues, un comédien, une comédienne , un jeu de cartes auront assez de puissance pour vous attirer, pour vous faire perdre avec plaisir quatre, cinq heures, quelquefois des jours et même des nuits entières , et pour vous procurer ces satisfactions vous aurez toujours du temps ; et les maximes de la vie éternelle, prêchées par un ministre de Jésus-Christ , ne vous présenteront pas assez d'intérêt pour vous engager à les entendre au moins quelques moments les jours de fêtes? Pour cela vous n'aurez jamais du temps? lit en restant dans l'ignorance sur ce point, vous vous croirez exempts de péché ?

lî. De nos jours, où chacun se vante d'être instruit et rempli de talents , on croira que pour ce qui regarde les choses divines on peut admettre dans un chrétien une ignorance qui l'excuse de fautes graves? .Mais un avocat rougirait de honte, s'il ignorait les lois, les statuts, les ordonnances, les tours et les détours du barreau. Un grand du monde serait couvert de confusion, s'il ne connaissait pas la manière de paraître avec grâce dans les cercles, et de se rendre intéressant daas une conversation. Un négociant n'oserait pas

SIR I.F.S VERTUS TIIÉOLOGAU-S. 19

se montrer parmi ceux de son état, s'il n'entendait rien au calcul, aux changes, aux ventes, aux achats ni à aucune autre espèce de contrat. Bien plus, L'homme le plus rustique, le dernier des artisans auraient honte d'eux-mêmes, s'ils n'avaient pas la connaissance des choses qui regardent leur profession. Et combien de fois n'aurez-vous pas entendu vousmêmes de semblables personnes, lorsqu'il s'agissait d'une controverse, ou d'un proies qu'elles avaient à soutenir, exposer les raisons qui étaient en leur faveur avec tant de clarté et de précision, qu'à peine l'avocat le plus habile aurait-il pu défendre cette cause avec autant d'art et de science? Et un chrétien n'aurait pas honte, de rester dans l'ignorance des choses qu'il est indispeusablemenl tenu de savoir concernant la foi et la loi de Dieu? Et celte aveugle et funeste ignorance pourra l'excuser de tout péché?

15. Ah! si parune faveur spéciale du ciel on arrive ensuite à un certain âge, où le bruit et le tumulte dos passions étant apaisés, on laisse agir la grâce; si par un trait delà divine miséricorde on parvient heureusement à se désabuser du monde et à comprendre quelle est l'importance du salut, alors on juge bien différemment de l'ignorance dans laquelle on a vécu par rapport aux choses divines. Alors on dit à Dieu avec le Roi-Prophète : Delicta juventutis mets, et ignorantias meos ne memineris , Domine (Ps. 24. 7 ). Alors on ne dit plus: Il faut que je soigne mes intérêts, que je veille sur ma famille, que je m'applique au travail, au trafic et au négoce. Alors on connaît que l'affaire du salut doit être préférée à toutes les autres, que les devoirs de son état et ceux de la vie chrétienne ne sont point incompatibles, et que même l'on ne s'acquitte jamais mieux des obligations attachées à sa profession , que lorsqu'on est parfaitement instruit des vérités de la religion, et qu'on en remplit fidèlement les devoirs. Voyez un homme, une femme du inonde, qui viennent tout-à-coup à être touchés de la grâce. Pour celte iemme ,il n'y a plus ni fêtes, ni bals, ni théâtre ; elle ne perd plus son temps à s'ajuster , à se parer de vains ornements, à recevoir ou à rendre des visites inutiles. Tour cet homme, il n'y a plus ni jeux, ni spectacles profanes, ni parties de plaisir. 11 s'est arraché un œil, il s'est coupé une main, un pied; c'est-à-dire , il se tient éloigné de tout ce qui pourrait être pour lui une occasion de péché et de rechute. Les exercices spirituels, la piété, la religion sont devenus l'occupation de ces personnes et l'objet de leur élude, sans qu'elles manquent néanmoins eu aucune manière à ce

qu'elles doivent îi leur famille et à leurs affaires temporelles. Elles repassent dans L'amertume de leur cœur les années où elles ont vécu dans une ignorance coupable de la loi du Seigneur, afin <|ue venant s'accuser avec humilité de leurs manquements, elles puissent en obtenir le pardon dans le sacrement de pénitence. Tel est le fruit que produit une élude soutenue de la religion.

16. Oui, Seigneur, nous sommes persuadés de cette vérité. Nous reconnaissons que jusqu'à ce jour nous n'avons que trop négligé l'étude de cette religion qui est la science du saint. L'ignorance criminelle, dans laquelle nous avons vécu, a été cause que mille fois nous avons transgressé votre loi sainte. Mais il n'en sera pas ainsi désormais. Vous voulez que nous' nous instruisions de vos divins mystères, nous nous en instruirons. Vous nous ordonnez d'apprendre les préceptes de votre loi, nous travaillerons à en acquérir la connaissance. Daignez nous éclairer et nous fortifier par votre grâce, afin qu'en croyant les vérités que vous nous avez révélées, et en observant avec fidélité vos commandements en celle vie, nous puissions mériter d'entrer en participation de votre gloire éternelle dans le ciel.

On répond à diverses objections en établissant de plus en plus la nécessité de s'instruire des vérités de la religion , et l'un continue à démontrer (juc l'ignorance des choses divines n'excuse pas du pèche.

11 est indubitable que ce serait une erreur grossière pour un chrétien, que de se flatter d'être exempt de péché, tout en vivant dans l'ignorance de la religion, c'est-a-dire, des vérités principales cl fondamentales de la foi, des préceptes de la loi divine , de la nécessité de la piière, de ce qui a rapport aux sacrements et à la manière de les recevoir, et des autres cluses qu'A e^t nécessaire de savoir pour obtenir le salut éternel. Mais parce que la connaissance do et s choses est indispensable et delà plus haute importance, le démon met tout t n oeuvre pour empêcher les hommes de l'acquérir , leur faisant trouver une infinité de prétextes et desubterfuf l'ombre desquels ils se croient en sûreté an milieu des ténèbres de l'ignorance. Je pense donc qu'il est de mon devoir de détruire ces vains prétextes, et de répondre à toutes les objections que l'on peut fclre contre celle obligation de s'instruire,

SM TES rERTUS TniîOLOCALES. 2!

ofm de démontrer de plus en plus que l'ignorance des choses divines n'exempte pas du péché.

1. La perte la plus grande et la plus déplorable que puisse éprouver un chrétien, est sans contredit celle de son âme. C'est une perte qui renferme toutes les autres. Or, il est certain que nous exposons notre salut , quand nous négligeons de nous instruire d'une manière suffisante des choses divines. Car pour réussir dans l'affaire de notre salut, il faut que notre entendement soit éclairé, afin qu'il puisse discerner le bien du mal, et connaître ce qui est permis et défendu. Pour obtenir ce but, il faut donc être instruit des divins mystères , et connaître la loi de Dieu et les obligations d'un vrai chrétien. Cela ne suffit pas: non-seulement il faut que notre esprit soit éclairé pour distinguer ce qui est bien d'avec ce qui est mal, il faut encore que notre volonté soit enflammée d'un saint amour pour le bien cl d'une sainte haine pour le mal. Afin de gagner le ciel ce n'est point encore assez de connaître le bien et de l'aimer , de connaître îe mal et de le détester; il taul de plus eu venir à la pratique, en fuyant effectivement le mal, et en s'exerçani dans la pratique du bien. Or, nous obtiendrons tous ces heureux résultats en écoutant l'explication delà loi de Dieu et des divins mystères qui ne sont autre chose que la parole de Dieu même, ou tes vérités éternelles sorties de sa bouche , et la lumière qui nous montre ce que nous devons fuir et ce que nous devons embrasser. Votre parole , ô mon Dieu , disaille. Psalmistc, est la lumière qui dirige mes pas , et qui me montre le chemin que je dois suivre (Ps. 118. 105). Et dans un autre verset du même psaume il ajoute: L'explication de vos divines paroles éclaire et donne l'intelligence aux petits et aux simples.

2. Que si ces vérités divines servent d'une manière admirable à éclairer notre esprit, c;îes ne contribuent pas moins à produire dans notre volonté l'amour du bien et la haine du mal. La parole de Dieu est vivante et efficace, dit saint Paul (Heb. 4. \î) ; elle est plus perçante qu'une épée à deux tranchants; eile entre el pénètre jusques dans les replis de l'âme et de l'esprit. C'est ce qu'éprouvèrent les deux disciples qui allaient à Emmaûs, lorsque Jésus-Christ, sous la figure d'un voyageur, s'étar.t joint à eux, les instruisait des mystères de sa passion el de sa mort. N'esl-il pas vrai . se disaient-ils l'un à l'autre , que nous avions le cœur embrasé, lorsqu'il nous parlait en chemin, et qu'il nous expliquait les Ecritures (Luc. "24. 32)? £uHu ces mêmes vérités divines ne servent pas seulement ;'».

22 III. WSTRUCTIOÎI

éclairer noire esprit et à enflammer notre volonté, elles nous font encore agir, nous portant effectivement à la fuite du mal et à la pratique du bien. La divine parole, qui est annoncée par

les ministres de Dieu, est celle semence qui, selon les bonnes dispositions qu'elle rencontre dans le cœur de l'homme, produit toujours son fruit. Et comme au retour du printemps, la terre qui, pendant l'hiver, était demeurée stérile, se parc d'herbes et de piaules et se couvre de fleurs et de fruits ; ainsi l'âme qui, pendant qu'elle vivait dans le péché, était morte à la grâce, stérile et incapable de produire des œuvres saintes et méritoires, est, par la vertu singulière de la parole divine qui est toute-puissante, tirée de l'état de mort et de la servitude du péché ; elle renaît à la vie de la grâce, et devient capable de produire des fruits. Mes paroles, dit Jésus-Christ, sont esprit et vie (Joan. 6. 64). Et de combien d'heureux changements n'a pas été cause dans les âmes la prédication de celte divine parole? que de cœurs durs et insensibles n'a-t-elle pas amollis et brisés ? n'est-ce pas à elle que nous sommes redevables de la conversion de l'univers?

3. Si donc l'explication des divins mystères et de la loi de Dieu éclairant les âmes, les remplissant d'amour pour le bien et les excitant à le mettre en pratique, leur procure le salut éternel, lorsqu'elles récoutentaveede saintes dispositions; il s'ensuit nécessairement que si vous refusez de l'entendre , et que vous vous obstiniez à persévérer dans celte : déplorable ignorance où vous vous trouvez, vous travaillez à voire ruine éternelle. Vous êtes effrayés d'une proposition qui paraîtra hasardée à quclques-uns,el cependant rien n'est plus vrai. En vous conduisant de la sorte, vous fermez les yeux à la lumière que Dieu vous envoie ; vous lui empêchez de vous faire le bien qu'il voudrait vous laire ; vous le forcez à tirer vengeance d'un aveuglement qui est l'effet de votre péché, parmi autre aveuglement qui en est la peine; vous vous fermez toutes les voies de ses grâces en rejetant la première de touies, qui est la connaissance de vos devoirs. Et en effet, par-là même que vous préférez, je ne dirai pas seulement vos divertissements et vos plaisirs, ce qui est évidemment criminel ; mais vos occupations domestiques, vos affaires temporelles et terrestres à l'élude de la loi divine et à la connaissance de vos devoirs, vous vous mettez hors du chemin du salut ; VOUS fermez toutes les voies qui peuvent vousconduire au ciel, et vous empêchez tous les effets delà bonne volonté que Dieu a pour vous, tellement que si vous ne sortez pas de votre ignorance, vous ne serez jamais sau-

vés. Voulez-vous que je vous le démontre plus clairement ?

A. 11 est de foi que l'homme ne peut pas se sauver sans la grâce. Il est de foi que celte grâce ne nous est pas accordée selon notre caprice, mais qu'elle nous est donnée, comme dit saint Cyprien, selon les décrets immuables de la divine miséricorde, et selon l'ordre que Dieu a établi dans sa sagesse. 11 est encore de foi que, selon la conduite ordinaire de Dieu , celte grâce de la conversion et du salut dépend d'une première grâce à laquelle toutes les autres sont subordonnées. Or, c'est la connaissance de l)ieu: de sa loi sainte et de vos devoirs, qui est celte première grâce et celle par laquelle Dieu commence l'œuvre de votre salut. C'est elle qui dissipe les ténèbres dans lesquelles vos péchés vous tiennent enveloppés ; c'est elle qui vous fait connaître la giièvelé de ces mêmes péchés, et qui vous montre la manière d'en sortir. Et comme la première chose que Dieu lit après la création du ciel et de la terre, fut de produire la lumière qui fit paraître dans tout son éclat la beauté de ses autres œuvres; ainsi la première chose qu'il fait dans l'homme qu'il veut renouveler , est de mettre en lui une grande lumière surnaturelle qui le précède, qui l'éclairé, et qui lui sert comme de guide pour lui montrer les voies étroites par lesquelles il doit marcher pour arriver à la céleste patrie.

5. Mais que faites-vous, lorsque négligeant d'assisteT aux catéchismes et aux instructions, vous vous obstinez à rester ensevelis dans vos ténèbres et dans l'ignorance des choses divines? Vous rendez votre conversion et votre salut éternel, je ne dirai pas seulement difficiles, mais absolument impossibles. Vous prétendez que Dieu vous convertisse et vous justifie sans vous, ou pour mieux dire, contre votre volonté même. Vous mettez des obstacles continuels à ses grâces, vous voulez qu'il fasse ce qu'il n'a jamais fait, et renversant l'ordre, contre toute raison et contre tout fondement d'espérance, vous espérez faire votre salut; Je sais et j'avoue que celte première grâce que Dieu vous aura tant de fois accordée, et que vous avez tant de fois rejelée, doit èlre suivie de plusieurs autres, et que quand vous auriez une connaissance parfaite des divins mystères, de la loi de Dieu et de tous vos devoirs, vous ne seriez point pour cela justifiés. Mais je le dis, et je le répète , sans cette connaissance, votre salut éternel est impossible , et si vous ne travaillez pas à vous instruire des choses divines, vous vous opposez aux desseins de Dieu qui voudrait vous sauver. Telle est la nécessité où se trouve tout chrétien d'écouter la yatole de Dieu; et voilà corn bien se trompent ceux qui se ti-

Si 1:1. iffSTRUCTroif

purent que leur ignorance les excuse de péché, et que san.V sortir de celte ignorance ils pourront faire leur s;ilut.

6. Néanmoins le démon qui, comme dous l'avons <lif, lient fortement à maintenir celle ignorance dans le monde, met (ont en œuvre pour détourner les chrétiens des instructions, leur suggérant divers fauv prétextée, qu'ils regardent comme des motifs assez forts pour pouvoir s'en éloigner sans péché. A quoi bon, disent-ils, tant de prédications et tant de catéchismes? Ne sommes-nous pas chrétiens? .N'avons-nous pas reçu le baptême, et avec lui la foi et les autres vertus théologales? C'est précisément parce que vous êtes chrétiens que les catéchismes et les instructions vous sont nécessaires. .J'ajoute que quand .Jésus-Christ descendrait du ciel pour vous appeler et vous convertir, vous auriez encore besoin d'un de ses ministres pour apprendre ce que vous devriez croire et ce que vous devriez faire pour être sauvés. Nous trouvons un exemple frappant de cela dans l'apôtre saint Paul. Jésus-Christ luimême l'environne tout-à-coup d'une lumière éblouissante, le terrasse, et après l'avoir vaincu et gagné à lui, il lui ordonne de se lever et de se rendre dans la \ illc où on lui dira ce qu'il doit faire (Ad. 9. 7). Mais saint Paul n'a-t-il pas pour maître Jésus-Christ lui-même ? N'est-ce pas Jésus-Christ qui l'éclairé et qui lui parle ? Quel besoin a-t-il des instructions des hommes ? Tout cela esT vrai, répond saint Augustin; mais telle est la conduite delà divine providence en ce qui concerne la conversion et le salut des àmes, que quoique Dieu en soit le premier maître, il veut néanmoins que l'homme soit instruit par l'homme.

/.Ainsi, conclut ce saint Tère, nous tentons Dieu, lorsque nous refusons de venir à l'église pour apprendre la loi et l'EvangtIe,et pour écouter un homme qui les explique (D. Aug. I. (.de Doctr. Christ. in prol.). Vous êtes chrétiens, vous avez été baptisés, et dans le baptême vous '<vcz reçu le don de ia loi; je ne le nie point ; mais quoi qu'il en soit, VOUS êtes tenus à vous instruire de tout ce qu'un chrétien doit savoir et faire pour être sauvé ; et si vous négligez de remplir nu devoir aussi important, vous tentez Dieu, et vous provoquez son indignation. Prétendez-vous que pour vous sauver, il doive changer l'ordre ei les règles ordinaires de sa providence? Ou bien croyez-vous qu'il vous révélera ses desseins les plus ci et que sans voire coopération il mettra en vous la co: sance de ses divins mystères? Ah! mes Frères, poursuit saint Augustin, gardons-ooui tic : tlCCOPibor à ces tentations d'or-

SUR LES VEBTl'S THÉOLOGALES*. 25

giieïï et de présomption qui nous viennent de l'esprit de ténèbres ; que ce qui arriva à L'apôtre saint Paul nous serve d'exemple, et n'oublions pas que quoiqu'il eut élé appelé de Dieu même, il dut cependant apprendre d'un homme, c'està-dire du disciple Ananie, ce qu'il devait croire, espérer et faire pour se sauver (S. Aug. ineodem Ioco ut sup.) Et vous refuseriez après cela d'assister aux instructions et de venir entendre les ministres de Dieu qui vous expliquent sa loi , qui vous enseignent à bien vivre, qui vous montrent les obstacles qui peuvent s'opposer à votre bonheur, qui vous indiquent les moyens que vous devez employer et la voie que vous devez suivre pour arriver à votre fin dernière?

8. Mais ne savons-nous pas réciter le Symbole des Apôtres, qui renferme les principaux articles de notre loi? La loi de Dieu peut-elle être plus claire, et ne connaissons-nous pas b »js ses commandements, ainsi que les sacrements qui sont au nombre de sept? Ne récitons-nous pas tous les jours l'oraison dominicale? Cela nous suffit. Non, Chrétiens, non, cela ne suffit pas. Ce n'est pas assez de savoir réciter, comme fout quelques-uns, et peut-être même le plus grand nombre, le Symbole des Apôtres en latin, d'une manière ridicule, et sans comprendre ce qu'ils disent. Comme nous l'avons déjà remarqué, fondés sur la doctrine des saints Pères et des théologiens, ce n'est pas assez de le savoir réciter, mais il faut avoir une connaissance distincte et suffisante des vérités qui sont proposées à notre croyance dans chaque article. Et celui qui ne sait pas lire, comment peut-il avoir celte connaissance, sans assister aux catéchismes et aux instructions? Il n'est point vrai que la loi de Dieu soit tellement claire , qu'elle puisse facilement être comprise de chacun. Souvent il se pré sente des difficultés qui ont besoin d'éclaircissement, des doutes pour la résolution desquels, selon le précepte divin (Deuler. 17.8), il est nécessaire de recourir aux ministres sacrés. 11 ne suffit pas de savoir qu'il y a dans l'Eglise sept sacrements , il faut encore que nous connaissions l'obligation où nous sommes de les recevoir, les effets admirables qu'ils produisent, et les dispositions requises pour les recevoir dignement. Ce n'est point assez de savoir réciter l'oraison dominicale, ou faire quelque autre prière; il faut que BOUS soyons encore convaincus de la nécessité indispensable où nous sommes de prier pour obtenir de Dieu la force dont nous avons besoin pour ne pas succomber aux tentations et pour éviter le mal, et la grâce de pouvoir faire des oeuvres dignes de la

vie éternelle. Or comment pourra-t-il connaître foules ces choses, le chrétien qui fait les instructions? Et en vivant dans cette ignorance, combien dépêches dont il se croit exempt et qui lui seront nécessairement imputés!

9. Et en effet, combien nui, par un effet de cette ignorance coupable. ne connaissent point l'obligation qui leur est imposée de faire des actes de foi, d'espérance et de charité, et qui ne rendent jamais, ou presque .jamais à Dieu l'honneur et le culte qu'ils devraient lui rendre en faisant des actes de ces vertus théologales ! Combien qui vivent dans un aveuglement tel, qu'ils s'imaginent que les complaisances, les délectations, les désirs les plus criminels, les attentats mêmes ne sont pas des péchés , et qui, parce qu'ils n'ont pas effectivement ci

au prochain le dommage qu'ils avaient l'intention de lui faire , ou parce qu'ils n'ont pas exécuté les crimes honteux dont ils avaient eu le dessein de se souiller , se croient par-là même innocents, et ne se confessent jamais des mauvaises pensées ni des mauvais désirs! Qui sont ceux d'entre les chrétiens qui soient convaincus de l'obligation où ils sont de faire l'aumône de leur superflu? El l'on doit certainement regarder comme superflu tout ce que l'on dépense dans le jeu, pour le Luxe et la vanité. Combien qui se figurent qu'ils peuvent user de leurs biens selon leur caprice , tenir sous clef des sommes qu'ils devraient mettre en circulation , l'exposer au jeu, s'en servir pour entretenir le luxe dans la table, la vanité dans les babils, pour se livrer à l'ivrognerie, pour commettre toutes sortes d'injustices, pour assouvir les passions les plus brutales ! Tous les chrétiens sont baptisés; mais quel est celui qui est vivement persuadé qu'en recevant le baptême, il a fait un vœu, et, comme dit saint Augustin, le plus grand de tous les vœux ; fœu de renoncer au démon, aux oeuvres du démon, aux pompes du démon, c'est-à-dire à tout ce qui est capable de charmer les yeux et de séduire les oreilles, comme sont les fêtes mondaines , les bals, les spectacles, les modes, les chanta lascifs et efféminés?

10. Si nous voulons maintenant jeter un coup d'œil sur la conduite ordinaire des gens du monde, dans combien d'attirés erreurs et d'autres péchés ne tombent-ils pas par un effet de celle pernicieuse ignorance, et dont ils vivraient éloignés s'ils assistaient à la prédication de la parole divine? Par exemple, a'Hs entendaient les instructions où l'on explique le premier et le plus grand de Ions les préceptes de la loi, qui est Celtii d'aimer Dieu par-dessus toute chose, où l'on fajtcora-

SI'R LES VERTUS TtlÉOLOfiArM. 27

prendre ou peuple chrétien que c'est vers lui seul que nou* devons diriger toutes nos pensées et toutes nos affections, qu'il est lui seul notre On dernière , que si nous sommes en ce monde , ce n'est que pour l'honorer, le servir et l'aimer en celte vie, pour régner ensuite éternellement avec lui dans l'autre ; croyez-vous qu'avec ta connaissance d'une vérité aussi sublime, on en verrait un si grand nombre uniquement occupés à nourrir et à caresser une chair qui sera bientôt la pâture des vers, cl cherchant à passer leur vie dans les plaisirs, dans les divertissements, dans la bonne chère, se faisant un dieu de leur ventre, ravissant à leur Créateur l'amour qu'ils lui doivent, pour le consacrer uniquement à une vik el misérable créature? Croyez-vous enfin que l'on verrait tant de femmes oisives perdre les heures du jour à s'ajuster pour l'aire d'ellesmêmes et de leur vainc beauté des idoles indignes , et cherchant à plaire à ceux dont elles devraient éviter les regards? Concluons donc qu'il ne suffit pas de connaître le nombre des sacremenls, desavoir réciter le Symbole et les commandements de Dieu, mais qu'il faut se procurer une connaissance plus exacte de toutes ces choses, cl que le défaut de celte connaissance engendre une infinité de crimes.

11. 11 est vrai, répondent quelques-uns, que tous ces inconvénients se rencontrent dans les personnes ignorantes et grossières, qui n'ont qu'une connaissance très imparfaite et très superficielle de la loi divine , des mystères de la religion et des sacrements ; il est évident que ces personnes ont besoin d'être instruites par la voix des ministres de Dieu; mais nous, nous sommes éclairés, et nous en savons assez sur tonpoints, et par conséquent Userait inutile et superflu pour nous d'assister aux instructions. Illusion, Chrétiens , illusion. 11 n'est pas d'état plus dangereux que celui de ces hommes qui se flattent d'en savoir beaucoup en matière de religion, el qui pour l'ordinaire n'ont qu'une partie des connaissances qu'ils devraient avoir. Ce mélange de lumière et de ténèbres , cette propre estime , cette fausse confiance en ses talents, qui fait qu'on rougit de se faire instruire sous prétexte que l'on en sait assez, cet état dans lequel on n'a ni la docilité du disciple, ni l'habileté du maître , expose l'homme à tomber dans mille précipices , el à commettre des fautes sans nombre. Et pourquoi cela? Parce que le peu qu'il sait lui sert de prétexte pour se dispenser d'en apprendre davantage, et ce petit rayon de lumière qui luit au milieu de ses ténèbres lui fait croire qu'il est suffisamment éclaire. Fier de ses pi étendues connais

28 m. iNvrr.rcnDN

sanccs, et se distinguant, par une orgueilleuse préférence, de ceux qui sont lout-à-fait ignorants, il devient aveugle et insensé, comme dit saint Paul, tout en se regardant comme le plus sage des hommes: Dicmtes eititn se es$e çapientes, stidti facli sunt (Hom. i. '2-2 .

f 2. 0 vous donc, qui, ivres de vos talents et pleins de vousmêmes, croyez n'avoir plus besoin d'être instruits par les autres, sachez qu'en matière de religion et de morale on n'en sait jamais tant, qu'on ne puisse pas en savoir davantage; qu'en tirant vanité de votre savoir, vous vous aveuglez vousmêmes et que vous travaillez ainsi à votre perte éternelle. Non, vous n'en savez point assez; ou bien sachant ccqu'ilesl inutile que vous connaissiez, vous ignorez ce qu'il est nécessaire que vous sachiez; raison bien propre à vous confondre, El lussiezvous suffisamment inslruitsuc tout ce que vous êtes tenus de savoir si vous vous en glorifiez, vous méritez par un secret et redoutable jugement de Dieu de tomber dans un aveuglement dont vous ne pourrez jamais sortir; et voilà une autre raison qui devrait vous t'ai re craindre tes funestes conséquences de votre orgueil. Si nous voulons nous convaincre de notre ignorance en une infinité de choses, il suffit, dit saint Grégoire, d'y réfléchir un instant. Par un effet du péché, la vérité se cache à nos yeux. Nous trouvons mille difficultés lorsqu'il s*agit de discerner les vraies vertus de celles qui ne sont qu'apparentes, et de connaître les obligations générales et particulières de notre état. Les illusions de l'amour propre nous trompent sans cesse. Les artifices et les ruses du démon sont sans nombre, et lorsqu'il n'a pu réussir à nous faire tomber d'un côté, il cherche aussitôt à nous jeter dans un autre abime. De noires vapeurs s'élèvent continuellement du fond de notre concupiscence pour obscurcir et troubler notre raison. En un mot, il y a mille autres choses qui sont plus que suffisantes pour nous persuader qu'en ce qui regarde la religion et notre salut, nous n'avons jamais assez de science.

13. Ne nous faisons donc plus illusion , et croyons que nous n'avons plus en nous cet esprit droit qu'Adam recul, dans sa création, cet esprit éclairé par la vérité première, et pénétré de la connaissai.ee de tous ses devoirs, cet esprit dégagé de toutes les passiens désordonnées qui empêchent de connaître ce qui est \ rai. Nous n'avons plus en nous ce cœur qui n'aimait (pie Dieu, qui trouvait tout son bonheur à converser avec Dieu , oui i. cherchait que l'amitié de Dieu ; ce cœur qui , lil>rc de toute affection charnelle, n'était uui qu'à son premier

SUR LES VERTUS TlléOLOGALES.' 53

principe et à sa fin dernière. Le péché a porté de tout côté la ruine et la désolation ; l'esprit a été aveuglé, la raison troublée, le cœur perverti, et il n'est personne qui ne puisse dire avec le Roi-Prophète : Mon cœur est tombé dans le trouble , ma force m'a abandonné , et mes yeux ne voient plus la lumière (Ps. 37. 11). Et combien de fois, aveuglés par le démon et par nos passions, ne prenons-nous pas le vice pour la vertu, et ne nous flattons-nous pas d'être récompensés pour certaines œuvres qui nous semblent bonnes , et qui ne méritent néanmoins que les supplices éternels? Combien de fois ne croyons-nous pas voir un effet d'un juste zèle dans ce qui n'est en réalité qu'un transport de colère? Combien de fois ne nous arrive-t-il pas d'appeler douceur ce qui n'est qu'une vile complaisance que l'on éprouve en apercevant les égarements des autres, libéralité ce qui n'est qu'une prodigalité criminelle ; tandis que d'autres fois par un sentiment tout opposé nous regardons comme une épargne nécessaire ce qui n'csl effectivement qu'une sordide avarice ? Tant il est vrai que les voies du salut ne sont pas toujours si faciles à suivre , mais qu'elles sont souvent difficiles et pleines d'obscurité, parce qu'à chaque instant le démon, l'amour propre, la concupiscence cherchent à nous tromper et à nous séduire.

14. Et dites-moi, en vérité, vous qui vous flattez d'être suffisamment instruits pour n'avoir pas besoin d'assister aux catéchismes et aux instructions, savez-vousce que doit faire un vrai chrétien dans l'étal où la divine Providence l'a placé? Connaissez-vous les premiers principes de la religion chrétienne et les principaux fondements de la morale de Jésus- Christ? Savez-vousce que c'est qu'aimer ses ennemis, cl qu'elle est rétendue de ce précepte; ce que c'est que renoncer à soimême , se haïr , porter sa croix , avoir un œil simple ? Savezvous ce que c'est que se couper une main , un pied , se tirer un œil, et les jeter loin de soi, quand ils sont une occasion de scandale? Etcs-vous bien instruits de ces vérités et de tant d'autres, ainsi que des devoirs que vous devez indispensablement remplir pour pouvoir être sauvés? Ah ! que d'illusions et que d'erreurs en cette malière ! Et combien qui se croyant les plus sages des hommes, sont aveuglés par leur orgueil, et méritent que Dieu les abandonne dans cet aveuglement ! Oui, Dieu lui-même l'a dit par la bouche du prophète Isaïe , et qu'ils prennent garde que cet oracle terrible ne s'accomplisse dans leur personne: Je détruirai la saç/esse des sages , et je rrjUçrai la prudence de ceux qui se (luttent delà posséderai

30 II r. iHSTRtfCTtOlf

Cor. I. l/)\ Et Jésus-Christ ajoute qu'il est venu au monde pour exécuter ce jugement. Je suis venu dans ce monde, dit-il, pour y exercer un jugement bien étrange, et pour faire que ceux qui nr voient point, voient', cl que ceux qui voient, deviennent aveugles ( Joan. 9. 39 ). Et quel jugement? Jugement de miséricorde et de clémence pour ces âmes humbles et dociles, qui reconnaissant leur peu de capacité, et se défiant d'ellesmêmes, ne rougissent point de se faire instruire dans choses divines : jugement de colère et de vengeance contre ces âmes présomptueuses et superbes, qui, pleines d'ellesmêmes, croient n'avoir aucunement besoin d'écouler les instructions; jugement de miséricorde et de démence pour mes Frères, qui, persuadés. de la nécessité de connaître ce qui a rapport à votre salut éternel ne manquerez jamais de venir entendre la parole divine : jugement de colère et de vengeance contre vous, présomptueux , qui, pleins de votre suffisance cl de votre savoir, vous éloignez toujours delà chaire de vérité.

îo. Mais il est donc si important et si nécessaire d'entendre les instructions, qu'y manquer ce soit se rendre l'objet de la colère et de la vengeance divine? Oui, Chrétiens, c'est une chose très certaine, soyez-en une bonne fois convaincus, c'est une chose si importante et si nécessaire, que de l'accomplissement de ce devoir dépend votre prédestination et votre salut éternel. C'est une chose si importante et si nécessaire, que ceux qui refusent de venir écouler les ministres sacrés qui expliquent la doctrine de Jésus-Christ, ses divins mystères, sa sainte loi, travaillent à leur éternelle réprobation. Vous pourriez être offensés de celte proposition , si elle n'était que le produit de mon imagination : mais il ne nous est pas permis de douter de sa vérité, puisque c'est un oracle sorti de la bouche de Jésus-Christ lui-même. Ceux-là, ditil, sont les frais enfants de Dieu, qui écoutent ses paroles, cl ce qui fait que vous ne les écoulez pas , c'est que vous n'êtes pas les enfants de Dieu: Qui ex Dca est , verba Dà audit , proplerea vos nain auiliiix, quia ex Dm non exfù (Joan. 8.47 . Or, si l'héritage céleste ne seilonnequ'aux seuls enfants de Dieu, il ne .sera donc point pour vous. puisqu'en refusant d'écouler la parole divine, vous renoncez à ce beau litre. Tremblez, ù Chrétiens, qui négligez de venir entendre tes vérités éternelles annoncées parles ministres de l'Evangile, et sachez qu'il n'3 a pour vous ni paradis, ni vie éternelle, puisque vous marchez à grands pas du côté de la réprobation éternelle et do l'enfer.

16. Vous êtes quelquefois scandalisés lorsque vous entendez les prédicateurs traiter le sujet terrible du petit nombre des élus,même parmi les chrétiens, et vous regardez celte vérité comme un paradoxe, comme une chose incroyable. De celte seule marque de réprobation que nous donne .lésus-Christ,et qui est de ne vouloir pas écouter la divine parole, concluez si c'eslun paradoxe ou une chose incroyable qu'il en est très peu qui se sauvent. Combien de lois n'arrive-t-il pas aux ministres de Jésus-Christ de ne parler qu'à un bien petit nombre d'auditeurs? Combien qui pendant les instructions se trouvent dans les jeux, dans les bals, aux spectacles ou sur les places publiques ! Combien de femmes mondaines passent ce temps à s'ajuster devant un miroir , à se promener, à étaler leur value beauté, servant ainsi de lilet au démon pour prendre les âmes, Ct pour travailler à leur ruine '.Combien qui, pour n'avoir pas assisté aux instructions où Ton expliquait au peuple chrétien les dispositions qu'il faut apporter au sacrement de pénitence, se figurent que pour y obtenir le pardon de ses péchés, il suflilde les déclarer, ct qui ne se mettent nullement en peine de la contrition et du bon propos ! Combien qui par la même cause ne connaissent pas les fins véritables pour lesquelles Dieu a institué le mariage , et qui ne s'en proposent que de criminelles en embrassant cet état, kl tous ces chrétiens pourraient ainsi se sauver? Àh ! mes Frères, ne les imitez pas. Tremblez en pensant que si jusqu'à ce jour vous vous êtes éloignés des instructions, vous avez porté sur votre front une marque de la réprobation éternelle. Assistez-y désormais ; et puisque vous en connaissez la nécessité indispensable, qu'aucun prétexte ne soit capable de vous en détourner. Je vous ai dit qu'il ne suflil pas de savoir réciter le Symbole, le Décalogue, et de connaître le nombre des Sacrements, mais qu'il faut en avoir une connaissance suffisante ; et qu'en ce qui regarde le salut éternel on n'en sailjamais assez. ]\e manquez donc pas de venir nous instruire.

17. Non, Seigneur, nous n'y manquerons pas. Si autrefois nous avons été négligents en cela, nous ne le serons plus à l'avenir. Parlez, 6 mon Dieu, par la bouche de vos ministres ; nous sommes tout disposés à vous écouler : Loquere , Domine , quia audit ser vus tuu$(l. Keg. 3. 10). Vos brebis entendront votre voix, el vous leur donnerez la vie étemelle. Oui , nous prêterons l'oreille à votre voix divine, afin de pouvoir jouir de votre grâce en cette vie, el de la gloire éternelle en l'autre.

QUATRIEME INSTRUCTION

Sur la nécessité de la foi et de ses aclcs.

Après avoir considéré l'obligation imposée à tout chrétien de s'instruire de la religion et de la doctrine de Jésus-Christ pour être sauvé, et de mettre eu œuvre tous les moyens qui lui sont donnés pour réussir dans cette affaire importante , je viens maintenant vous indiquer ces moyens. Et comme la foi,sclon que Ta établi le saint concile de Trente (Sess. 18. cap. 8), est le principe du salut, le fondement et la source de tonte justice, je commencerai par traiter de ce qui y a rapport, et ensuite je vous parlerai de l'espérance et de la charité; trois vertus par lesquelles, comme dit saint Augustin (Enchir. c. 3), Dieu veut être principalement honoré. Nous examinerons donc en ce moment ce que c'est que la foi; quelle en est la nécessité , quelles sont les choses que nous devons croire, et quand nous devons faire des actes de foi.

1. Devant vous parler aujourd'hui de la foi, qui est, comme vous l'avez entendu , le principe et le fondement du salut, de celte foi sans laquelle , nul ne peut se dire chrétien : si je vous faisais d'abord celle demande : Avez-vous la foi, et éles-vous chrétiens ? Vous me répondriez de suite cl sans hésiter que par la grâce de Dieu vous avez la foi, et que vous éles chrétiens. Mais si, allant plus loin, je vous faisais d'autres questions, etje vous demandais ce que c'est que la foi, île qui vous l'avez reçue , quels effets elle opère en vous , ce qu'elle vous propose à croire; s'il est nécessaire à un chrétien de faire des actes de foi, quand il est tenu de les faire, comment la foi se perd, et de quelle* manière on la recouvre , oh ! combien resteraient muets, et ne sauraient me répondre ! combien avoueraient leur ignorance sur tous ces points ! F>1 cependant il est nécessaire que vous sachiez ce que c'est que la foi, de qui vous l'avez reçue ; quelle en est la nécessité ; quelles choses elle *Jous propose à croire . dans quelles circonstances vous èle> obligés d'en faire (Us actes, de quelle manière elle se perd. et comment on peut l'acquérir ; choses qu'ignoreront nécessaire ment ceux qui négligent d'assister aux instructions.

2. Qu'est-ce donc «pic la foi ? C'est une vertu théologale . an don de Dieu , par le moyen duquel nous croyons fermement toutes tes vérités qu'il nous a révélées, el que l'Eglise nous propose à croire . uuus appuyant sur l'autorité et sur la véracité

de ce même Dieu qui a daigné nous les faire connaître. La toi est une vertu théologale , c'est-à-dire qui a Dieu pour objet. C'est une vertu, un don queDicua mis dans l'âme du chrétien au moment où il a reçu le baptême. La foi est donc un don de Dieu. Ici il faut nous arrêter, et bien nous pénétrer de cette pensée que ce don infiniment précieux ne nous a point été accordé en vue du mérite de nos ancêtres, que nous n'avons pas pu nous le procurer par notre industrie, mais qu'il est impur effet de la miséricorde et de la libéralité de notre Dieu. C'e<t un don surnaturel que Jésus-Christ nous a mérité au prix de ses souffrances et par l'effusion de tout son sang adorable. C'est la grâce qui vous a sauvés par la foi, dit saint Paul aux Bphésiens (2. 8); mais sachez que cela ne vient pas de vous; car c'est un don de Dieu : Gralia eslis salvati per fidem, et hoc non ex vobis, Dei cniin donum esl.

3. La foi est un don de Dieu, don que non-seulement non* n'avons pas mérité, mais que nous ne pouvons même pas mériter ; don qui nous a été accordé à nous catholiques par une faveur toute spéciale , et qui a été refusé à tant d'autres que Dieu, parmi effet de ses justes et redoutables jugements , alaissésdans les ténèbres de l'infidélité. Oh! quelle est inestimable cette faveur ! et pourrons-nous jamais en témoigner assez à Dieu notre reconnaissance ? Beaucoup se figurent que le nombre des catholiques qui ont reçu avec le baptême le don delà foi, et qui vivent dans le sein de la véritable Eglise , est bien supérieur à celui des infidèles. Mais , hélas! combien ils se (rompent ! Selon les observations les plus exactes, ceux qui ont la véritablelumière de la foi et qui vivent au sein de l'Eglise catholique sont à peine la dixième partie des hommes qui existeut sur la terre ; tout le reste est plongé dans les ténèbres de l'infidélité, dans le schisme et l'hérésie. Or qu'avons-nous fait pour mériter que Dieu nous ail placés parmile petit nombre des vrais fidèles et au sein de l'Eglise catholique? Pourquoi ne sommes-nous pas nés parmi les barbares de l'Afrique, les sauvages de l'Amérique, les idolâtres , les mahométans et les hérétiques? Combien de ces infidèles auxquels Dieu a refusé cette grâce qu'il nous a accordée à nous, et qui y auraient correspondu avec bien plus de fidélité !

4. Cette foi, comme nous l'avons dit, est un don, une vertu , une lumière divine par laquelle nous croyons toutes les vérités que Dieu nous a révélées, mais par laquelle nous les croyons fermement, c'est-à-dire sans aucun doute et sans bésiler,parce que Dieu, la vérité même par essence,qui ne peut ni se tromi ar

3î IV. INSTRUCTION

ni nous tromper, a daigné nous les manifester ; ce qui doit noua donner une certitude plus grande que si nous voyions cesclioses de nos yeux, et que nous pussion: les toucher de nos mains. Les yeux, lesmainset les autres sens peuvent nous tromper , et nous trompent souvent, en effet ; au lieu que Dieu qui est infloimentvéridique, ne peut pas nous induire en erreur. Nous devons en cela imiter la foi de saint Louis, roi de France. De son temps, pour confondre les hérétiques Albigeois qui niaient la vérité de la présence réelle de Jésus-Christ au très saint Sacrement, à l'instant où le Prêtre à la sainte messe élevait l'hostie consacrée, le divin Sauveur se montra sous la forme d'un très bel enfant. Le saint roi fut invité à venir jouir d'un spectacle si nouveau et si merveilleux. 11 s'y refusa en disant que ceux qui ne croyaient pas, pouvaient y aller, mais que pour lui il croyait cette vérité plus fermement qu'il ne pourrait le faire en la voyant de ses propres yeux. C'est ainsi que doit se conduire tout vrai chrétien.

5. Mais cette croyance si ferme des vérités divines est-elle nécessaire pour le salut? Je réponds quelle est tellement nécessaire, que, sans elle, personne ne peut se sauver. Sans la loi, dit saint Paul, écrivant aux Hébreux, il est impossible de plaire à Dieu (fiel). 11. 6). Sans la foi, dit le saint concile de Trente (Sess. 6. cap. 7), nul ne peut être justifié. Et le même concile après avoir dit que la foi est le principe, le fondement et la source de toute justitical ion, ajoute que,sans elle, il n'est pas possible de plaire à Dieu et d'appartenir à la société de ses enfants (Sess. 6., cap. 8). Celui qui ne croit pas, dit Jésus-Christ (Marc. 1G. 16), sera condamné. C'est à ce moyen que Dieu a voulu attacher notre fin dernière, qui est le salut éternel.

6. Mais quelles sont les vérités que doit croire un chrétien pour être sauvé, et quelle est la nécessité de cette foi? Les théologiens distinguent deux sortes de nécessités : l'une, qui est appelée nécessité de moyen, et l'autre, nécessité de précep te. Une chose est nécessaire de nécessité de moyen, lorsque sans elle on ne peut en aucune manière être sauvé, lois même qu'on ne l'omettrait point par .-a propre faute. La nécessité de précepte est celle (pii regarde une chose qui est commandée. Si l'omission de celte chose est coupable, elle est un obstacle au salut ; mais elle ne le serait point, dans le

où elle serait sans péché. Cela supposé, je réponds que

tout homme qui a l'usage de la raison doit de nécessité de

ii avoir une connaissance et une loi explicite des prinei-

paux mystères de notre religion dans la loi de grâce, c'est-àdire de l'unité de Dieu, de la trinité des personnes divines, de l'incarnation et de la mort de notre divin Sauveur Jésus- CUrist. De plus,U doit croire de nécessité de moyen que Dieu récompense la vertu, et qu'il punit le vice. Mais autrefois, me direz-vous, on appelait principaux mystères de notre foi seulement ceux de l'unité de Dieu, de la trinité des personnes divines, de l'incarnation et de la mort de notre divin Sauveur; pourquoi donc y ajoutez-vous maintenant cet autre, qui consiste à croire que Dieu récompense le bien et punit le mal ? Appelez ce dogme mystère, ou, si vous le voulez, vérité fondamentale de noire religion, il est hors de doute que nous sommes obligés de le croire de nécessité de moyen, (/est la doctrine de saint Paul, qui dit que non-seulement il est nécessaire de croire qu'il y a un Dieu, mais qu'il faut croire, en outre, qu'il est rémunérateur de la vertu, et plein de bonté envers ceux qui le cherchent : Credere enim oporlct accedentem ad Deum, quia est, et iuquirenlibus se remuneralor sit (Heb. 11. G). Et dire que la seule foi en Dieu est nécessaire de nécessité de moyen, cl que la croyance explicite qu'il récompense la vertu ne l'est pas également, est une doctrine condamnée par l'Eglise (Innocent. XI).

7. Tout chrétien donc, quelque dépourvu qu'il soit de talent, jeune ou vieux, homme ou femme, est lenu,sous peine de péché grave, de savoir et de croire ces grandes vérités : qu'en Dieu il y a unité de substance et trinité de personnes ; que la seconde personne de cette Trinité sainte , c'est-à-dire le Fils,s'esl incarné et s'est fait homme; qu'il a souffert et qu'il est mort pour notre salut éternel ; et que ce même Dieu réserve la gloire aux bons, cl l'enfer aux méchants. Et il ne faut pas dire pour s'excuser : autrefois, j'étais instruit de ces vérités et de ces mystères; mais je les ai oubliés et maintenant je ne les sais plus. Celle excuse ne peut pas être admise,parce qu'il est nécessaire de les savoir actuellement. Mais que faudrait-il dire el penser de ces chrétiens qui les ignoreraient, comme on en trouve, en effet, un grand nombre qui vivent dans celte funeste ignorance? 11 faut dire qu'ils sont en état de damnalion,s'ils ne s'efforcent pas de s'en instruire au plus tôt ; qu'ils ne peuvent pas recevoir le sacrement de pénitence. et qu'ils sont indignes de l'absolution ; et soutenir le contraire serait encore défendre une doctrine condamnée par l'Eglise (ab Innocentio XI). Mais vous nous dites des choses dont nous n'avons jamais entendu parler. Savez-vous pourquoi ? C'est

£6 rv. ihstructiou

que vous n'assistez pas aux catéchismes et aux instructions où l'on enseigne ces vérités. Ce qui doit vous faire comprendre de plus en plus la nécessité d'y assister, et ce qui prouve en même temps combien j'ai eu raison de vous dire que l'ignorance des divins mystères et de la loi de Dieu cause la perte d'un grand nombre de chrétiens.

8. Pour ce qui est maintenant de la nécessité de précepte, outre les vérités et les principaux mystères dont je viens de parler , tout chrétien est tenu de savoir tous les articles qui sont contenus dans le Symbole des Apôtres, etde comprendre, au moins quant à la substance, les vérités qui y sont renfermées. 11 doit, en outre, savoir de nécessité de précepte lescommandements de Dieu et de l'Eglise , connaître les sacrements qu'il a reçus et ceux qu'il est dans le cas de recevoir. Et il no suffit pas de savoir ces choses d'une manière toute matérielle, mais il faut, comme je vous l'ai dit, en avoir une connaissance suffisante. La raison en est que, devant croire ces articles, il faut nécessairement qu'il les connaisse; qu'étant tenu d'observer les commandements de Dieu et de l'Eglise . il doit savoir ce qu'ils prescrivent et ce qu'ils défendent ; qu'étant obligé de recevoir les sacrements, il est nécessaire qu'il soit instruit des dispositions requises pour les recevoir digncmenl.Et il ne faut pas prétexter son ignorance qui, comme vous l'avez entendu , n'excuse pas de péché. 11 ne faut pas dire que vous n'avez pas le temps, parce qu'en ayant assez pour vos intérêts temporel- , vous devez en avoir à plus forte raison pour vos intérêts éterncls,qui sont bien plus importants que tous les autres.

9. Mais y a-l-il un précepte particulier qui nous oblige à faire des actes de foi ? ou bien; pourrait-on sans pécher passer toute sa vie sans en produire un seul ? Et si ce précepte existe, suffit-il de faire une seule fois dans sa vie un acte de loi, et d'avoir cru une seule fois les mystères de la très sainte .Trinité et de l'Incarnation du Verbe, éternel ? Non. mes Frères, ce sont là tout autant de propositions et de doctrines condamnéespar les souverains Pontifes (Innocent XI et Alex. Vil). Il va donc un précepte divin qui oblige à faire des actes de loi, elon ne peut, sans pécher, passer toute s;\ \ io sans en produire quelques-uns. Il y a un précepte de faire des actes de foi, et ce n'est point assez (Ycu avoir lait un pendant sa vie, ni d'avoir ci u une fois seulement les mystères de la* très sainte Trinité cl de l'Incarnation du Verbe. Pour vous faire mieux comprendre cela , je dois vous faire remarquer que, relativement àla foi il y a uq précepte affirmatifetuu précepte uéga-

tîf ; un précepte afiinnalif (jui nous oblige à croire en certains temps d'une manière explicite quelques-unes des vérités divines révélées, et implicitement toutes les autres vérités que l'Eglise catholique propose à notre croyance. Ce précepte oblige toujours, mais non en tout temps et pour toujours , comme disent les théologiens. Un précepte négatif, qui oblige toujours et à chaque instant à ne jamais nier aucune des vérités révélées de Dieu, et que l'Eglise nous propose à croire, et à ne jamais en douter d'une manière délibérée, parce que nier ou révoquer en doute avec délibération une de ces vérités que Dieu a daigné nous révéler, c'est lui faire une injure très grave, et croire en quelque sorte qu'il peut se tromper ou nous tromper, et que sa parole n'est pas infaillible en toutes eboses.

10. Le précepte affirmalif de la foi oblige donc, soit par luimême, soit par accident ou selon les circonstances, à en produire des actes. 11 oblige par lui-même en divers cas. î'rcmièrement,lorsque l'homme est parvenu à l'âge de raison, et que les vérités et les mystères de la foi lui ont été suffisamment exposés, il ne peut pas, sans faire injure à l'autorité divine,leur refuser son assentiment. En outre, les adultes sont tenus, aussitôt qu'ils en sont capables, de rendre à Dieu l'hommage qui lui est dû, en lui rapportant leur esprit, leur cœur, leur personne et tous leurs biens, comme à leur fin dernière ; ce qui ne peut se faire sans la foi actuelle. On en doit dire autant des infidèles adultes , lorsque la foi catholique leur estproposée d'une manière suffisante. En second lieu, le chrétien est tenu de faire des actes de foi quand il se trouve en danger de mort. La raison en est qu'alors principalement il est obligé de tendre à Dieu, et de l'honorer parles actes des vertus, et surtout par des actes de foi, puisque la foi, comme le remarque saint Augustin, est une vertu qui contribue d'une manière spéciale à la gloire de Dieu. Et d'ailleurs, comme le juste vit de la foi, il doit aussi mourir dans l'exercice de cette foi. Troisièmement ce précepte oblige dans les tentations contre la foi, qui ne peuvent être surmontées que par des actes contraires; car puisqu'il défend toute espèce de doute relatif aux vérités révélées, il impose par-là même l'obligation de prendre les moyens nécessaires pour y résister. Quatrièmement, il oblige dans les cas où l'on est tenu de faire une profession extérieure de sa foi, parce que si celle profession n'était pas accompagnée de l'acte intérieur, elle serait non pas une véritable profession de foi, mais une profession fausse et appareille. Il obligerait eu Cinquième lieu dans le cas où l'on sérail mai-

heureusement tombé dans Hhéréste, dans l'athéisme, ou dans un doute volontaire contre quelque vérité révélée. Dans ce cas, l'acte de foi explicite et formel est nécessaire pour qu'un adulte

qui a perdu la foi puisse être justifié , et pour qu'il réparc par ce moyen l'injure qu'il a faite à Dieu.

11. Enfin il est hors de doute que le chrétien est tenu de faire souvent pendant sa vie des actes de foi, à raison de l'importance de ce précepte, d'autant plus que ces actes étant, comme nous l'avons vu, le moyen par lequel nous devons principalement honorer Dieu, il est aisé de comprendre que nous devons les réitérer fréquemment, afin de lui rendre plus souvent l'honneur et le culte qui lui sont dus, et que d'ailleurs la foi qui est la vie du juste, selon la parole de l'Apôtre , Justits ex fuie vivit (Gai. 3. 11), se nourrit et se conserve par le moyen de ces actes. Or, pourrait-il vivre celui qui refuserait de prendre de temps en temps la nourriture nécessaire à la vie? ou bien pourrait-on appeler vivant celui qui resterait plusieurs jours sans donner aucun signe de vie? Mais. me direz-vous, le précepte de produire ces actes oblige-t-K bien souvent ? Je réponds à celte demande qu'il n'est p facile de déterminer l'espace de temps qu'on pourrait les omettre sans se rendre coupable dépêché. Différer un an, ci même quelques mois, de remplir ce précepte, serait montrer une bien grande négligcnce,et exposer son salut. Le vénérable Jean Scot enseigne qu'il oblige tous les jours de fêtes. Ce sentiment est très pieux, et Userait même à désirer qu'on ne laissât pas passer un seul jour sans faire des actes de foi. Cv<, une chose très sainte d'accoutumer les enfants à en réciter le malin et le soir lorsqu'ils font leur prière. 11 est vrai néanmoins que, même sans qu'on y réfléchisse, on fait souvent des actes de foi, comme lorsqu'on récite le Symbole des Apôtres, lorsqu'on entend la sainte messe,' ou qu'on visite le trt's <ai »t sacrement; ce qui s'entend des personnes vertueuses et craignant Dieu; car, pour ce qui est des. libertins et de ceux qui vivent toujours dans la dissipation, on ne peut nier qu'ils ne manquent d'une manière très grave à ce devoir. 11 n'est que trop vrai qu'un grand nombre passent leur vie presque entière sans penser à Dieu, non-seulement ne faisant point des actes de foi, mais ne pensant pas même qu'ils sont chrétiens. Oue si quelquefois ils récitent le Symbole, ils le font d'une manière si machinale qu'à peine savent-ils ce qu'ils disent. Pour ne pas tomber dans ce manquement déplorable," pour nourrir et conserver notre foi, pour honorer Dieu cl lui témoigner notre

SUR LES VERTUS t IÏÉ0F.0GALE3. 39

reconnaissance de ce qu'il a bien voulu nous faire jouir de son admirable lumière, habituons-nous à faire souvent des actes de foi.

12. Après avoir vu quand et comment le précepte défaire des actes de foi oblige par lui-même, il nous reste à examiner dans quelles circonstances il oblige, comme disent les théologiens, par accident. Il se présente une infinité de cas où les chrétiens sont obligés par accident, à faire des actes de foi. Ils > sont tenus en premicrlieu lorsque ces actes sont nécessaires pour observer \m autre précepte ; car celui qui est obligé de parvenir à une fin, doit prendre les moyens nécessaires pour y arriver. Ainsi les chrétiens étant tenus d'entendre la sainte messe les dimanches et les fêles, il y a par-là même obligation pour eux de faire pendant le saint sacrifice un acte de foi, sans lequel ils ne pourraient pas y assister avec fruit. Kn second lieu ce précepte oblige par accident, lorsqu'il s'élève dans l'âme quelque tentation violente ou contre la foi ellemême, ou contre quelque autre vertu, et qu'un acte de foi est nécessaire pour repousser celte tentation ; troisièmement un chrétien doit produire un acte de foi, lorsqu'il est dans la nécessité de faire des actes d'espérance, de charité, de religion, lorsqu'il veut faire un acte de contrition, et recevoir les sacrements de l'Eglise pour être justifié; cl cela parce que, sans la foi, l'homme adulte ne peut pas s'exercer dans ces vertus, ni recevoir la justification. Tels sont les cas ordinaires où un chrétien est tenu défaire des actes de foi.

13. Mais la foi étant, comme je vous l'ai dit, un don de Dieu, se perd-elle par toute espèce de péchés mortels? Je réponds »vec le saint concile de Trente, que la foi ne se perd par aucun péché, sinon par celui d'infidélité (Sess. 6., cap. lo.de .liisiif.). Tout péché mortel, de quelque espèce qu'il soit, fait perdre la charité et la grâce, mais non point la foi. Et quand csi-cc donc qu'on la perd ? Lorsqu'on nie, ou qu'on refuse de croire une vérité quelconque révélée de Dieu, et proposée à noire croyance par la sainte Eglise, ou que l'on s'arrête volontairement à un doute contre celte vérité : d'où l'on conclut que pour perdre la foi, il n'est pas nécessaire (pic l'on nie toutes les vérités révélées ; mais il suffit d'en révoquer en doute une seule, la loi étant indivisible.

H. Telles sont les choses qu'il importe le plus que tous sachiez relativement à cette venu delà foi. Mais celle foi ne. doit pas être une foi purement spéculative et stérile, il faut quelle soit vive, agissante, accompagnée d'un pieux senti-

ment du cœur, et animée de la charité, comme dit saint Paul: Corde enim credilur ad juslitiam (Rom. 10. 10) : fuies quœ per earitalem operaiur (Gai. ô. 6). C'est celle foi qui justifie et qui opère le salut. La foi sans les œuvres, dit l'apôtre saint Jacques (2. 26), estime foi morle, comme un corps est mort, lorsqu'il est sans âme. A quoi scrvira-l-il à quelqu'un , dit le même Apôtre, de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres ? Cette foi pourra-t-elle le sauver ? Non, sans doule (Jacob. 2. H). Vous croyez, ajoutc-i-il, qu'il n'y a qu'un Dieu: vous failes bien ; mais si voire foi ne va pas plus loin, elle est semblable à celle des démons, et quelquefois même elle vaut moins que la leur. Les démons croient aussi qu'il y a un Dieu ; mais en même temps ils tremblent et sont saisis de frayeur, lorsqu'ils entendent prononcer son nom redoutable (Jacob. 2. 19); tandis qu'un grand nombre de chrétiens le prononcent avec mépris, et le vilipendent par leurs jurements, leurs parjures et les blasphèmes les plus horribles. La foi vous enseigne que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est réellement présent dans le très saint sacrement de l'autel ; mais où sonl les honneurs, le respect et les hommages que vous lui rendez ? La foi vous dit que le péché est le plus grand de tous les maux, qu'il fait perdre à celui qui le commet, la grâce et l'amitié de Dieu, el qu'il rend le pécheur digue d'un enfer éternel ; et cependant avec quelle facilité ne le commet-on pas ? Et combien vivent tranquillement dans cet état du péché, non-seulement des jours, mais des semaines, des mois et des années ! La foi vous apprend que l'affaire du salut éleruel est de toutes la plus nécessaire ; qu'il ne sert de rien de gagner l'univers, si l'on vientà perdre son àmc (Matth. 16. 36); et cependant, malgré la connaissance de cette grande vérité, combien qui n'aspirent qu'à se voir élevés au-dessus des autres, qu'à posséder des richesses, des Irésors, à se procurer tous les plaisirs delà vie, tandis que l'affaire de leur salut est celle qu'ils ont le moins à cœur de voir réussir !

15. Ah ! Chréliens,examinezun peu quelle est votre foi : Vostnetipuos tcnlatc si cslis in fuie , ipsi vos probale ( 2. Cor. 13. :» ). Voyez si elle est accompagnée des bonnes œuvres , si elle est féconde en œuvres saintes et méi iloires , ou bien si elle est stérile ; si elle esl une foi vive , ou une foi morte. 11 ne suffit pas de croire les vérités spéculatives, il faut encore croire les vérités pratiques. Car cette loi qui vous enseigne qu'il n'y a qu'un seul Dieu, quoiqu'il y ail en lui limité de personnes, que le i'ils s'est fait homme , qa'il a souffert cl qu'il est mort <^~

pour notre salut éternel; cette même foi nous dit aussi que celui qui ne devient pas humble et petit comme un enfant, n'entrera pas dans le royaume des cieux (Malth. 18. 3 ); que celui qui aime le monde , et qui vit seion ses fausses maximes, n'a pas l'amour de Dieu en lui (t. .Ioan.2. 15); que celui qui n'observe pas toute la loi , ne pourra point entrer dans la gloire (Math. 19. 17 ); que celui qui ne fait pas pénitence des fautes qu'il a commises, périra éternellement (Luc. 13. 3). Mais où sont ceux qui mettent en pratique ces dernières vérités et ces enseignements divins? Combien de chrétiens en qui on voit régner l'orgueil et la vanité ! Combien qui aiment le monde et ses biens faux et apparents! Combien qui semblent n'être sur la terre que pour transgresser à chaque instant la loi divine ! Combien qui refusent de s'assujétir à la plus légère pénitence après avoir souillé leur âme par une multitude de crimes? Et avec tout cela nous serons assez présomptueux pour croire que nous avons la vraie foi et que nous sommes parfaits chrétiens?

16. Ah ! Seigneur, il n'est que trop vrai que nous nous sommes rendus coupables de bien des manquements en matière de foi ! 11 n'est que trop vrai que nous avons été négligents à nous instruire des vérités de notre foi, et de vos divins mystères, à produire des actes de cette foi, et surtout à mettre en pratique ce qu'elle nous enseigne ! Mais, Seigneur, daignez l'augmenter en nous celte foi (Luc. 12. 5). Nous prolestons qu'avec votre divin secours nous voulons croire toulcs les vérités que vous avez daigné nous révéler, mais que nous voulons les croire d'une foi ferme, vive et agissante; et nous les croyons parce que c'est vous, ô vérité éternelle, incapable de nous tromper, qui les avez proposées à notre croyance. C'est dans celle foi que nous sommes nés; c'est dans cette foi que nous vous supplions de nous faire mourir. Fortifiez-nous de votre force divine , afin qu'en les croyant fermement , et en accomplissant tout ce que vous nous ordonnez de faire, nous puissions plus lard jouir du fruit de notre foi cl de nos bonnes œuvres dans le ciel.

Sur la venu d'espérance.

Je vous ai parlé dans la dernière instruction de la foi , qui est le principe cl la base du christianisme , et sans laquelle nul

42 V. INSTRICTION

ne peut s'appeler vraiment chrétien. Aujourd'hui je vais vous entretenir de la seconde des vertus théologales , qui est l'es-" Défiance, et je vous montrerai ce que c'est que la vertu d'es pérance; quelles sont les choses que nous devons attendre de Dieu; combien celte vertu est nécessaire; l'obligation où nous sommes d'en l'aire des actes; quels sont les motifs et les fondements de notre espérance , et enfin quels sont les 'extrêmes ù éviter relativement à celle vertu.

1. Le péché originel a causé deux grands maux dans l'homme. Il lui a été la lumière et Ta rendu aveugle: il lui a enlevé ses forces et Ta rendu faible. Qu'a fait Dieu miséricordieux pour remédier à ces maux? 11 nous a donné la foi pour dissiper les ténèbres de notre esprit, et il amis en nous la vertu d'espérance pour suppléer à la faiblesse de notre volonté. Qu'est-ce que celle espérance? C'est une vertu théologale par laquelle nous attendons avec une ferme confiance, par les mérites de .Jésus-Christ , la béatitude éternelle, moyennant la grâce divine et nos bonnes œuvres, nous appuyant sur la bonté de Dieu qui est infiniment miséricordieux, toul-puissaut et fidèle en ses promesses.

•2. L'espérance est donc une vertu théologale , c'est-à-dire, qui regarde immédiatement Dieu. Elle est un don de Dieu, qui nous a élé accordé dans le baptême, et que n'ont pas reçu ceux qui n'ont pas élé baptisés. Enfin, par le moyen de cette vertu, nous espérons obtenir de Dieu la gloire éternelle du paradis, et nous l'espérons avec une ferme confiance. 0 belle et sainle vertu d'espérance, que lu nous fais aspirera i\r^ choses grandes et sublimes ! Tous, par conséquent, les simples, les ignorants et les pauvres, aussi bien que les grands, les riches el les savants, doivent espérer le paradis, et non seulement ceux qui ont conservé leur innocence, mais ceu\-mèmes qui Tout perdue, et qui sont actuellement pécheurs. Oui l'aurait jamais cru, si la sainte Ecriture, si la foi ne nous l'eût enseigné, que les plus misérables pécheurs, que ceux qui sont le plus dépourvus de talents , que les pauvres artisans doivent espérer de parvenir à la pleine el pacifique possession de cet immense royaume, de ce bien infini , de celle félicité, dfl celle gloire qui surpasse toute pensée, tout désir, et qui n'aura jamais de lin? 11 en est ainsi cependant. Tous tant (pie nous sommes ici, nous devons espérer d'aller, après le court espace de celte vie, posséder éternellement notre Dieu dans le ciel. Déni soit donc , devons-nous dire avec le prophète Jéremie, béni soit l'homme qui se confie dans le Seigneur, et

dont l'espérance a pour objet le Seigneur lui-même. 11 sera semblable à un arbre planté près des eaux d'un fleuve, lequel étendant ses racines sous ces mêmes eaux, ne craindra point les ardeurs du soleil. Ses feuilles seront toujours vertes ; il n'aura rien à craindre au temps de la sécberesse, et il ne manquera jamais de donner son fruit (Jcrem. 17.7).

3. Mais que dis-je, nous devons tous espérer la gloire? Il est pour nous de toute nécessité que nous l'espérions, et l'espérance est aussi nécessaire à un chrétien que la foi. L'Apôtre ne dit pas seulement qu'il faut croire qu'il y a un Dieu; il faut encore, ajoute-t-il , croire qu'il est le rémunérateur de la vertu (Heb. 11. G ); ce qui ne peut se faire sans espérer ses divines récompenses. Si la sainte Ecriture nous dit que sans la foi il est impossible de plaire à Dieu (ibid. ), elle dit aussi: Malheur à celui qui ne se confie pas à Dieu ; malheur à ceux qui ont perdu la fermeté de leur espérance, parce que Dieu cessera de les protéger (Eccl. c.2. 15. 16). 11 faut donc bien comprendre que l'espérance est d'une nécessité indispensable aussi bien que la foi, et que comme sans la foi il est impossible d'être sauvé , de même nul ne peut parvenir au ciel sans l'espérance.

4. Mais en cette matière les chrétiens se trompent bien souvent. 11 en est peu qui n'aient en horreur tout ce qui est capable de blesser en quelque sorte la foi ou les vertus morales; mais tous n'ont pas cette même aversion pour ce qui peut être contraire à la vertu d'espérance. Ils seraient agités par les remords, s'ils avaient formé le moindre doute contre la foi , s'ils s'étaient arrêtés volontairement à quelque pensée contraire à la chasteté ; mais par un abus étrange ils ne craignent point d'affaiblir, ni même de détruire en eux l'espérance. Ils s'abandonnent à mille inquiétudes et à une défiance continuelle de la bonté de Dieu, et ne réfléchissent pas que la foi sans l'espérance devient inutile , et que Dieu ne nous commande pas seulement d'avoir et de nourrir en nous cette espérance, mais encore de la fortifier et de la faire croître dans notre cœur. Aussi la sainte Eglise a-t-elle soin de lui demander pour ses enfants non-seulement l'accroissement de la foi et delà charité, mais encore une augmentation d'espérance (Vid. Oral. Dom. 3. posl l'eut). El ne croyez pas que ce soit un conseil; c'est un véritable précepte: car ce même Dieu qui nous ordonne de croire en lui et de l'aimer de tout noire cœur, nous commande pareillement de mettre en lui toute nôtre confiance: Odbe fiduciam in Domino ex lolo coule tuo (jProv. 3. 6).

5. Le soin principal de notre divin Sauveur n'était-il pas de bannir du cœur de ses disciples toute défiance , et de les établir dans une ferme espérance? Que votre co;ur ne soit point troublé, leur dit-il. Vous croyez en Dieu; croyez donc aussi en moi ( loan. 14. 1). Et pour éloigner de nous toute crainte et toute défiance, ne suffit-il pas , en effet, de croire que nous avons Dieu pour notre Père et son divin Fils pour médiateur auprès de M? Vous aurez bien à souffrir dans le monde, ajoutc-t-il; mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde (Joan. 16. 33). Celle doctrine sortie de la bouche de Jésus-Christ, les Apôtres ne cessaient de l'inculquer aux premiers fidèles, leur disant: Ne vous troublez point ; jetez' dans le sein de Dieu toutes vos inquiétudes , parce qu'il a lui-même soin de vous (1. Petr. ô. 7 ). Dieu est fidèle en ses promesses; il ne permettra point que vous soyez tentés au-dessus de vos forces, il vous fera même tirer avantage delà tentation (l.Cor.10. 13). Fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puissante (Ephcs. 6. 10). Sachez qu'il peut faire en nous infiniment plus que tout ce que nous demandons, et loulce que nous pensons (Eph. 3.20). Mettez en sa bonté toute vos espérances, parce que c'est lui qui a commencé le grand ouvrage de votre salut, et c'est lui qui le conduira à sa fin.

6. Telle est l'obligation qui nous est imposée démettre en Dieu toute notre confiance, et d'attendre de sa libéralité cette gloire infinie qu'il prépare dans les cieux à ses élus; et tel est le commandement qu'il nous fait d'espérer en lui. D'où il est aisé de conclure combien est fausse et impie la doctrine de ces hérétiques condamnés par le saint concile de Trente (Sess. 6. can. 6), lesquels enseignaient que les justes, en vertu desbonnes œuvres laites en état de grâce, ne doivent point attendre celte récompense éternelle que Dieu, dans sa miséricorde et parles mérites de Jésus-Christ, a promise à ceux qui persévèrenljusqu'à la fin dans l' observance de ces divins préceptes; etque l'homme juste pèche toutes les fois qu'il fait le bien en vue et dans l'espérance de celle récompense éternelle (Scss.6. can. 2l.de Justifient.). Tenons-nous toujours éloignés de ces doctrines scandaleuses. Ayons aussi en horreur celle des faux mystique, de ces derniers temps, qui allaient jusqu'à trouver mauvais que l'homme servit son Dieu dans l'intention d'obtenir de lui le bonheur éternel, et qu'il l'aimàl en vue de ses récompenses. Toutes ces doctrines ont été condamnées parles souverains pontifes (Bull. Innoc. XI. et Alex. \ II.). Fuyons pareillement la morale de ces faux spirituels qui, sous prétexte d'é-

SOT LES VERTUS THROLOC, Vf.KS. 4o

lever les âmes à une perfection plus sublime, voulaient quelles fussent éloignées de tout désir de la gloire du paradis , et qu'elles missent sous les pieds toute espérance de la vie éternelle. Ils prétendaient en savoir plus que Dieu ; car ne nous ordonne-t-il pas en plusieurs endroits des livres saints d'espérer en lui, de ne pas perdre de vue la vie éternelle ? Si désirer la béatitude était une chose mauvaise et criminelle ; si c'était un mal de travailler pour l'acquérir, Dieu nous l'auraitil proposée pour récompense? Pour ce qui est de la perfection, l'espérance est bien loin de lui être nuisible. L'apôtre saint Paul était certainement parfait lorsque, transporté par la violence de l'amour divin, il désirait voir les liens de son corps se briser pour pouvoir aller se réunir à Jésus-Christ dans le ciel; sainte Thérèse, suint François et tout d'autres Saints étaient assurément parfaits , lorsque principalement à la lin de leur vie, comme autant de cerfs altérés quisoupîrent après les eaux des fontaines, ils sesentaient brûlés du désir le plus ardent d'aller jouir de la présence de leur Dieu (Psal.41. l).La charité parfaite loin de réprimer les mouvements de l'espérance, les rend au contraire plus vifs et plus impétueux, puisque c'est une propriété de l'amour d'unir celui qui aime à l'objet aimé , sinon toujours actuellement , au moins par le désir.

7. Disons donc , ensuivant la doctrine du saint concile de Trente, que c'est à tous les justes, quelque parfaits qu'ils puissent être, que s'adressent ces belles paroles de l'Apôtre : .1//pUquez-vous toujours, mes Fréres,à l'œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera point sans fruit devant lui. Car Dieu n'est pas injuste pour oublier vos bonnes œuvres, et la charité dont vous avez donné des marques par les services que vous avez rendus aux Saints en son nom (1. Cor. 15. et lleb. 6. tO). Reperdez pas votre espérance à laquelle est firomise une récompense étemelle. Ainsi donc, conclut le saint concile, à celui qui persévère jusqu'à la fin dans la pratique des bonnes reuvres,et qui met sa confiance en Dieu, on doit lui proposer la vie éternelle et comme une grâce (pie Dieu dans sa miséricorde a promise à ses enfants parles mérites de Jésus-Christ, et comme une récompense que ce même Dieu accordera à leurs mérites et à leurs bonnes œuvres. C'est là celte couronne de justice qu'attendait l'Apôtre après le cours et les combats de cette vie, et qu'il espérait recevoir de Jésus-Christ le juste juge qui l'avait promise non-seulement à lui, mais à tous ceux qui se réjouissent en pensant à son avènement (Sess. 6. cap. 16).

8. C'est donc à tous , je le répète, que l'espérance en Dieu est nécessaire. Espérez nu Seigneur, dit le Psalmiste (Ps.4.6). Attendez avec une espérance parfaite, dit saint Pierre, la gràec qui vous sera donnée t. Pelr. 1. 13). Ile commandez aux riches, disait saint Paul à Timolhée , qu'ils mettent leur espérance non dans les richesses trompeuses , mais dans le Dieu vivant (1. Tim.fi. 17). El saint Augustin assure que comme plusieurs choses nous sont imposées par rapporta la loi, de même un grand nombre nous sont ordonnées par rapport à l'espérance. La raison en est que l'espérance est un moyen nécessaire pour obtenir le salut, puisque selon l'expression de saint Paul, c'est par elle que nous sommes sauvés (Rom. 8. 24), et que chacun est tenu de se servir des moyens qui sont nécessaires pour arriver à sa fin. En outre , il y a obligation pour le pécheur de travailler à recouvrer la grâce de Dieu; or selon la doctrine du saint concile de Trente (Scss. 6. cap. 6), il ne peut pas y réussir sans l'espérance, et par conséquent il est obligé d'en faire des actes.

9. Supposé donc qu'il existe une nécessité de précepte de faire des actes d'espérance, quand est-ce que ce précepte nous obligera?. le réponds que comme c'est une doctrine condamnée par l'Eglise de dire qu'il n'y a pas de précepte divin qui oblige à faire des actes d'espérance ; c'en est une pareillement de soutenir qu'il n'y a aucun temps dans la vie où l'homme soit tenu de produire ces actes en vertu de ce précepte (Alex. VII). Mais les préceptes affirmatifs,comme nous Pavons dit, quoiqu'ils obligent toujours, n'obligent cependant pa tout temps, et pour toujours. 11 est vrai qu'un chrétien éclairé des lumières delà foi, auquel les biens éternels do paradis sont proposés pour récompense , devrait soupirer sans cesse après celte immense félicité , et comme fait un étranger exilé loin de sa patrie, diriger ses désirs et ses vœux vers cette Jérusalem céleste qui est sa véritable patrie : Spera in Domino lito semper (Oscœ 12. 6). Cependant il n'est pas tenu de répéter continuellement ces actes d'espérance. Quand est-ce donc qu'il est obligé de les produire? Il y est tenu,en vertu du précepte, d'abord lorsqu'il a l'usage parfait de la raison, c'est-àdire lorsque, après en avoir entendu parlerai a la connaissance suffisante de celle béatitude éternelle à laquelle nous sommes tous destinés; alors il doit y tendre comme à sa (In dernière, et se conduire de manière à pouvoir y parvenir. Secondement lorsqu'il y aurait danger pour lui de succomber à une :cniation de désespoir, s'il n'avait pas soin d'affermir son

par uo acte d'espérance; parce que le même précepte qui nous oblige à espérer en Dieu ,nous oblige pareillement à De jamais nous délier de sa bonté en nous livrant ou désespoir. En troisième lieu lorsqu'il se trouve en danger de mort, parce que c'est en ce moment que les préceptes qui regardent Dieu d'une manière immédiate, obligent plus étroitement. En dernier lieu, afin de s'animer par-là à la fuite do mai et à la pratique des bonnes œuvres. Ce précepte oblige par accident, toutes les fois que l'homme se trouve dans l'obligation de produire des actes de quelques vertus qu'il ne peut pratiquer sans élrc animé par l'espérance, comme lorsqu'il est tenu de prier ou de se livrer à la pénitence, et enfin lorsqu'il est assailli par quelques tentations si violeotes, qu'il serait incapable de les surmonter, s'il ne fortifiait son esprit e! ne ranimait son courage par un acte d'espérance. Dans ces diverses circonstances, le chrétien doit se jeter dans les bras de son Dieu, se confier eu lui, et espérer qu'avec le secours de sa grâce, ii aura le bonheur un jour de le posséder dans le ciel.

10. Mais sur quelles bases est fondée cette espérance,quidoit être en nous si ferme, de parvenir à la possession d'un bien si grand et si ineffable ? Ah ! ils sont si pressants et si nombreux les motifs que nous avons d'attendre ce bonheur de la bonté de notre Dieu, que je ne finirais jamais si je voulais tous lesénumérer. Dieu, comme vous le savez, est noire Père, et un Père plein de bonté pour nous ; il nous a donné l'être , il nous aime d'un amour infini , il a pour nous un cœur plein de tendresse, il est plus porté à nous faire du bien, que ne l'ont jamais été, etquc ne le seront jamais des parents pour leurs enfants, et il veut que nous l'appelions du doux nom de Père. Or quel est l'ouvrier qui, après avoir produit uo ouvrage admirable et parfait, l'abandonne aussitôt sans jamais plus y penser? Quel est le père si inhumain, qui ne procure pas à ses enfants ce qui est nécessaire pour leur conserver la vie ? Et nous pourrions sans impiété nous arrêter à la pensée que ce Père divin , après nous avoir créés pour une fin aussi noble que celle de l'aimer en celle vie pour aller ensuite le posséder dans le ciel,nenous fournira pas tous les moyens nécessaires afin d'y arriver? Quel est l'enfant qui ne se repose pas avec confiance sur la lendresse d'un père ou d'une mère ! Et nous ne nous reposerions passurla tendresse de notre Père céleste? Une mère peut-elle oublier son enfant cl n'avoir pas compassion de lui ? Ah! quand cela pourrait arrive)' , pour moi , nous dit Dieu luimême, je ne vous oublierai jamais, parce que je vous portfl sans cesse dans mes mains Gsaïse 56. 15).

48 V. IN-TrU'CTinN

11. Le second molifsur lequel est fondre noire espéranto est la toute-puissance de Dieu. Notre Dieu est tout-puissant, il peut faire tout ce qu'A veut, et rien ne peut lui résister. Quelque grandes que soient nos infirmités et nos misères, il peut les guérir, et il les guérit en effet. Quelque multipliés que soient nos ennemis, quelque forts et puissants que soient les démons, il a le pouvoir et la volonté de nous délivrer de tous leurs nssnuls et de toutes leurs embûches. Quelle n'était pas l'infortune des Hébreux dans l'Egypte , lorsqu'ils étaient opprimés sous la dure servitude du roi Pharaon? Et cependant il les en délivra, et les conduisit dans la terre promise. Ce ne fut là qu'une figure de ce qu'il fait chaque jour en notre faveur. Qu'est-ce qu'une armée entière de démons devant Dieu? C'est, dit saint Bernard, moins qu'une mouche. Le troisième motif est la fidélité de Dieu dans ses promesses. Dieu est fidèle, dit saint Paul : Fiddis Deus (1. Cor. 1. 9), et c'est sur cette fidélité de notre ; ieu que nous devons fonder l'espérance de notre salut, comme il le disait à ceu\ de Corinthe. C'était cette considération qui fortifiait le coeur de saint Bernard. Demeurons donc, dit l'Apôtre (Heb. 10. 23), fermes et inébranlables dans la profession que nous avons faite d'espérer ce qui nous a été promis ; puisque celui qui nous l'a promis est fidèle en ses promesses.

12. Mais ce qui doit contribuer à établir plus fermement notre espérance, c'est la bonté et la miséricorde de Dieu. AH c'est ici son véritable fondement. C'est de cette bonté que nous devons attendre le salut. C'est en votre miséricorde , ô mon Dieu, disait saint Augustin, que je mets toute ma eonfiïwe: c'est elle qui est le garant de la vérité de vos promesses : Una spes mea, misericordia tua. Y a-t-il une chose dont Dieu se glorifie plus dans les saintes Ecritures, que de la miséricorde? Dieu est riche en miséricorde : Dives est in miserieordiu (Ephes. 2. 4). Il est appelé le Père des miséricordes : Pater miserieordiantm (t. Cor. 1. 3). La terre est toute remplie de la miséricorde de Dieu , dit le Prophète royal (Ps. 32. 5). Il veut (pic ses miséricordes brillei.l par-dessus tous ses ouvrages (Ps. 14. \. 0). 11 est vrai qu'étant pécheurs, nous sommes indignes de sa bonté et de sa tendresse; et il sait infiniment mieux que nous jusqu'où va noire indignité que nous ne connaissonsque bien imparfaitement; cl néanmoins malgré toute celle indignité qu'il découvre en nous, il nous commande luimême d'avoir des sentiments dignes de sa bonté . el de le chercher dans la simplicité de notre cœur (Soi). 1. 1).

Mil LIS YEIl'ITS IlIKULOUALtS. 4J

13. Qu'avons-nous dooc à attendre de ce Père si plein d'amour, de ce Dieu si puissant, si fidèle, si plein de bonté et de miséricorde? Nous devons attendre de lui ce que je vous ai dit dès le principe, la gloire du paradis, la béatitude éternelle, le bonheur de voir à découvert et sans voile la face de ce Dieu de toute beauté, d'aimer sans mesure ce Dieu souverainement aimable, et de le posséder sans fin cl durant toute l'éternité. C'est là le premier et principal objet de notre espérance. Mais comme nous ne pouvons pas posséder cet objet si noble , ni parvenir à cette fin sans les moyens, qui sont la grâce avec tous les autres dons , et spécialement les bonnes œuvres et les mérites que nous acquérons avec le secours de celte grâce, il s'ensuit que ces moyens sont l'objet secondaire de notre espérance. C'est pourquoi je vous ai dit que nous attendons de Dieu la gloire par le moyen de sa grâce et de nos mérites. Sans la grâce nous ne pouvons rien faire pour arriver à la gloire ; mais cette grâce devient inutile si, au lieu d'y correspondre, nous la rejetons. Espérez au Seigneur, dit le Roi-Prophète ; mais cela ne suffit pas ; aussi ajoute-l-il : El faites le bieiK, c'e^i-à-dire, exercez-vous dans la pratique des bonnes œuvres, et alors vous aurez droit aux richesses divines el aux délices du paradis (Psal. 36. 3).

\'t. Mais pour obtenir cette félicité ne suffit-il pas d'avoir la foi qui nous fait connaître Dieu, et la charité qui nous le fait aimer? Non, Chrétiens, pour cela l'espérance est encore nécessaire; et Dieu nous l'a donnée, afin que nous pussions courir avec plus de courage et d'ardeur dans le sentier qui conduit à la gloire. Elle est comme un aiguillon qui excite le chrétien à souffrir les peines de cette vie et à faire de grandes choses pour l'amour de Dieu. Que ne font pas les hommes quand l'espérance les anime? L'espérance d'une bonne récolte rend douces et agréables à l'agriculteur toutes les fatigues qu'il endure en cultivant la terre. L'espérance du gain anime le négociant a surmonter tous les obstacles, à s'exposer à tous les dangers qu'il peut rencontrer et sur terre et sur mer. L'espérance de la victoire et du butin porte le soldat à affronter tous les périls de la guerre, que ne doit donc pas faire l'espérance d'un bien infiniment plus grand , qui est celui de la gloire céleste? Ah ! c'est cette espérance qui a porté et qui porte chaque jour tant de jeunes personnes délicates , tant de jeunes gens de toutes les conditions à abandonner le monde pour choisir l'austérité de la croix et la solitude du cloilre, qui les fait marcher a grands pas dans le chemin de la perfection, elleur fait sup-

porter avec joie la pauvreté, les souffrances et tous les maux de cette vie. Quelqu'aa ayant demandé à saint François d'où lui venait cette paix, cette sérénité qu'on admirait en lof au milieu des douleurs les plus atroces et des plus graves infirmités : Ah ! répondit-il , le bien que j'attends est si grand . >i ineffable, que toutes les peines qu'il me coûte ne me sont rien. C'est cette espérance qui remplissait le saint homme .lob de consolation dans ses disgrâces. Je verrai un jour mon Seigneur, disait-il ; je porte toujours cette espérance dans mon sein, et c'est elle qui me console (Job. 19. 26). C'est elle ans consolait Tobie dans ses malheurs, Nous sommes, disait-il, les enfants des Saints, et nous attendons celte vie que Dieu donnera à tous ceux qui ne perdent pas la confiance qu'ils doivent avoir en lui(Tob. 2. 18). Animés de cette espérance, avec quelle intrépidité les saints martyrs n'enduraient-ils pas les supplices les plus affreux inventés par la fureur des tyrans! On rapporte de saint Adrien martyr qu'étant un des premiers officiers de l'empereur Maximien, il s'étonnait devoir les chrétiens supporter avec joie et avec allégresse les tourments les plus cruels. 11 les supplia un jour de lui dire, au nom du Dieu qu'ils adoraient, ce qu'ils attendaient de lui pour tous les supplices qu'ils souffraient pour son amour. Les martyrs lui répondirent tous d'une voix : La gloire que nous attendons de notre Dieu est si grande, que non-seulement nous ne pouvons pas l'exprimer par des paroles, mais que notre esprit même ne peut pas la concevoir. Ce qu'ayant entendu, il embrassa la 1 i de Jésus-Christ, et par un glorieux martyre il finit de vivre au monde, pour aller vivre éternellement en Dieu, en qui il avait mis sa confiance. Si donc, dit saint Augustin , vous voulez soutenir avec ardeur le travail et les peines, ne perdez pas de vue la récompense : Si vis suttinere laborem , attende mercedem (S. Aug. Conc. 2. in Ps. 36).

15. Je dois vous faire observer cependant que notre'espérance doit être accompagnée d'une sainte crainte. Nous devons éviter ici deux péchés opposés, qui sont la présomption et le désespoir. Nous ne devons jamais désespérer ni du pardon de nos fautes, ni d'obtenir la gloire, parce que la miséricorde «le Dieu est infinie; mais gardons-nous de la présomption, parce que sa justice est terrible envers les pécheurs obstinés. Nous honorons sa miséricorde par une entière confiance, et sa justice, nous l'honorons par une sainte crainte. Scmel battus est Detis, dit le Roi-Prophète : duo hœcaudivi: quia potestatDei est%ettil>ii Domine. misericordia{Vs.Ql. 12). Mais Dieu a bien

souvent fait entendre sa voix ; il nous a révélé un grand nombre de vérités. Pourquoi donc le Prophète dit-il qu'il n'a parlé qu'une seule fois, et qu'il ne lui a entendu dire que ces deux seules choses : qu'il a le pouvoir et la miséricorde? Il est vrai, répond saint Augustin, que Dieu a parlé plusieurs fois, et qu'il a révélé un grand nombre de vérités; mais elles se réduisent toutes à ceci : Que Dieu est plein de miséricorde pour pardonner, et qu'il a en main la puissance et la justice pour punir. Il ne faut donc pas présumer de la miséricorde au point de mépriser la justice; mais il ne faut pas craindre la justice jusqu'à désespérer de la tnisèricorde.Misericordiam etjudicium cantabo tibi, Domine , disait le Psalmiste (Ps. 100). Univcrsœ vice Domini, misericordia et verilas (Ps. 24. 10).

1G. Oui, Seigneur, nous louerons, nous exalterons votre miséricorde et votre justice. Nous ne présumerons point trop de voire miséricorde, mais nous ne désespérerons pas de l'obtenir. Parce que nous sommes pécheurs, nous craindrons votre justice; mais parce que nous sommes vos enfants, et que vous êtes notre l'ère, nous espérerons en votre miséricorde. Mai ; votre miséricorde l'emporte sur la justice: Superexaltatjudieium (Jacob. -2. 13). Ah! faites que nous la chantions éternellement. Oui, nous attendons de votre bonté le pardon de nos fautes, votre grâce, la persévérance dans cette grâce qui nous fera parvenir à la possession du grand objet, de l'objet premier et principal de notre espérance, qui est la gloire éternelle que vous nous résersez dans le ciel.

Sur la charité et l'amour de Dieu.

\ ous ayani parlé dans les instructions précédentes aes deux premières vertus théologales qui sont la foi et l'espérance , il me reste à traiter de la troisième qui est la charité. Ces: de toutes les vertus la plus noble, la plus excellente, lapins sublime. Et comme les vertus théologales, parla raison qu'elles regardent Dieu immédiatement , l'emportent sur toutes les vertus morales , qui ont pour objet l'honnêteté ; ainsi parmi les vertus théologales la charité lient le premier rang. Il est vrai que la foi et l'espérance ont Dieu pour objet ; mais la foi nous le fait envisager comme étant la vérité par essence ; l'espérance le considère comme l'objet de sa béatitude qu'elle esr

62 vi. insfaucTiOH

père posséder un jour, et la charité se rapporte à Dieu d'une manière si immédiate, qu'elle se fixe en lui , et qu'elle nous le fuit aimer pour lui-même. Aussi la foi et l'espérance cesseront d'exister quand nous serons dans le ciel, mais la charité subsistera éternellement. D'où il suit, selon la doctrine de l'Apôtre , que la charité est la plus grande de toutes les vertus (I. Cor. 13. 13). Nous verrons donc ce que c'est que cette vertu de la charité , quel est le précepte qui nous oblige à la pratiquer, et quelle est la manière dont nous devons accomplir ce commandement.

1. Parmi les vertus théologales la charité tient donc le premier rang, parce qu'elle est la fin de toutes les autres , et le terme où elles doivent aboutir. Elle est la reine des vertus et le principe de tout mérite. En elle est renfermée toute la loi, dont tous les préceptes se réduisent au seul précepte de la charité : Finis autem prœcepti est cliarilas (1. Timoth. 1. 5). Et saint Grégoire ajoute que tous les commandements se rapportent à l'amour et que tous ensemble ils ne constituent qu'un seul précepte, parce que tout ce qui est ordonné, vient aboutir à la charité. Et comme les diverses branches d'un arbre naissent de la même racine, ainsi toutes les vertus ont leur source dans la seule charité (S. Gregor. Ilomil. 27. in Evang.). La charité est cette belle robe nuptiale des enfants de Dieu, sans laquelle nul ne sera reçu dans l'éternel festin du paradis. Cette robe des enfants de Dieu, personne ne peut la prendre et s'en revêtir sans avoir quitté auparavant l'habit des esclaves, c'està-dire celte crainte servile qui est leur partage. C'est ce précieux habit de la charité qui couvre la multitude des péchés, et dont l'Apôtre écrivant aux Corinthiens fait les plus grands éloges (I. Cor. 13). C'est de celte charité que je viens vous entretenir aujourd'hui. Mais comment oscrai-je aborder un sujet que les esprits célestes les plus éclairés et les plus enflammés de l'amour divin pourraient à peine traiter comme il mérite de l'être? Ah ! que n'ai-je en ce moment les ardeurs et les expressions d'un Séraphin pour pouvoir vous parler dignement de celle divine vertu !

2. Mais parce que tout cela me manque, et que mon ministère exige néanmoins que je vous en parle, je dirai en premier lieu que la charité est une vertu théologale qui nous vient de Dieu, par laquelle nous l'aimons pour lui-même, et notre prochain pour son amour. D'où il résulte que la charité a Dieu pour objet premier et immédiat, et pour objet secondaire notre prodiaiu. Laissaut de côté en ce moment la churilé envers

SUR LCS VERTUS THEOLOGALES. 53

le prochain , dont je vous parlerai dans la suite, occuponsnous à considérer la charité en tant qu'elle regarde Dieu immédiatement. Elle est donc une vertu théologale , mais la plus sublime de toutes, parce qu'elle se rapporte directement à Dieu qui est l'objet le plus excellent et le plus parfait. J'ai dit qu'elle nous vient de Dieu, d'où il faut conclure qu'elle est une vertu surnaturelle que Dieu seul peut produire dans nos âmes, selon la parole de l'Apôtre : La charité de Dieu est répandue dans nos cœurs par le moyef du Saint-Esprit qui nous a été donné (Rom. 5. 5). La charité aime Dieu pour lui-même, et non parce qu'il est bon envers nous et qu'il peut nous rendre éternellement heureux, ce qui constitue l'amour de concupiscence qui naît de l'espérance. Par le moyen de cette charité qui aime Dieu parce qu'il est bon en lui-même, l'àme se repose dans sou Seigneur; elle se réjouit en pensant qu'il est infiniment grand, infiniment bon, infiniment saint, infiniment glorieux, infiniment parfait. Elle se réjouit de ses perfections, et surtout de sa gloire : elle aime à y réfléchir. Ce n'est pas assez ; elle désire qu'il soit loué, glorifié et aimé de tous, cjmme il l'est d'elle-même.

3. Mais y a-t-il un précepte qui uouj oblige à aimer notre Dieu de cet amour si parfait de bienveillance ï Ah! Chrétiens, quelle honte pour nous d'aller jusqu'à demander s'il y a un commandement qui nous prescrive d'aimer ce Dieu souverainement aimable ! La nature elle-même ne nous enseigne-t-elle pas que nous devons aimer notre divin Créateur? Les sa in les Ecritures n'élèvent-elles pas la voix pour nous dire que notre Rémunérateur et notre Rédempteur mérite (pie nous l'aimions de tout notre cœur et de toutes nos forces? Ce saint amour n'est-il pas le principe et la fin de la religion chrétienne? N'estce pas l'amour envers le genre humain qui a fait descendre un Dieu du ciel en terre, et n'est-ce pas pour faire brûler dos cœurs de cette sainte flamme qu'il s'est revêtu de notre chair, qu'il s'est livré aux souffrances et à la mort, et qu'il est ressuscité? Celui donc qui refuse de reconnaître celle obligation où nous sommes d'aimer Dieu, détruit d'un seul coup toute la religion chrétienne. 11 n'est donc pas un chrétien qui puisse nier que nous ne soyons tenus de remplir ce grand devoir, puisque rien n'est si souvent et si follement inculqué dans les livres saints, que ce commandement, le premier et le plus grand de tous les commandements.

4. Néanmoins il faut avouer que nous sommes arrivés à ces temps malheureux prédits par Jésus-Christ, où la malien

Si VI. INSTRUCTION

s'étant accrue d'une manière démesurée, la sainte ehnriié s'est refroidie considérablement, pour ne pas dire qu'eB totalement éteinte (Matlh. 2î. 12). Oui, il n'est que trop vrai

que nous vivons dans un temps où, lorsqu'on parle à certains chrétiens de Pamoar de Dieu, ils se figurent que ces paroles ne s'adressent pas à eux, mais aux solitaires du désert, ou aux religieux qui vivent dans le cloître , ou tout au plus à ces personnes qui font spécialement profession de piété dans le inonde; peur ce qui est des autres qui vivent dans le si ils pensent que c'est là une chose de subrogation et de scil , mais non de précepte, et que pour eux l'amour de Dieu est non pas un devoir, mais une chose de pure convenance. Oh! combien ils se trompent! Quoi? l'amour de Dieu une de subrogation et de convenance, et non de devoir et de nécessité? une chose de conseil, et non de précepte ? Non-seulement il existe un commandement d'aimer Dieu, mais ce commandement est le premier et le plus grand de tous le; commandements. Ecoutez, Israël, disait Moïse aux Hébreux, le Seigneur notre Dieu est le seul et unique Seigneur. Vous aimerez donc le Seigneur voire Dieu de tout votre cœur , de toute votre âme et de toutes vos forces. Ces paroles que je fais entendre seront toujours gravées dans votre ereur (Peut. 6*. \). Quel est le plus grand commandement de la loi? disait un docteur pharisien à Jésus-Christ. Le voici, lui répondit le divin Sauveur : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout voire cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit, l là le premier et le plus grand de tous les commandements (Matlh. 22. 36). Nous ne pouvons donc plus en douter : \,amour de Dieu nous est étroitement ordonné, et il fait la matière d'un précepte rigoureux. Et comment pourrions-nous le révoquer en doute? Dieu étant un objet infiniment aimable par lui-même, et comme disent les théologiens, la fin dernière de toutes choses, il ne pouvait pas , selon les lois de sa sagesse infinie, ne pas faire un précepte à sa créature raisonnable et capable d'aimer, de l'aimer lui-même pour lui-même et pardessus toutes choses. De plus, nous sommes obligés détendre à notre fin; or Dieu étant notre lin , et la charité étant le lien qui nousuuil à lui de la manière la plus parfaite, il est évident qu'elle c>l non pas de conseil, mais de précepte, et que nous sommes tenus, sous peine de faute grave, d'accomplir le commandement que Dieu nous en a fait,

5. Mais quel doit être cet amour pour remplir un précepte ;'\ rigoureux? Il doit être entier, effectif et constant. Nous de-

SUR I.C> VEBTUS TIIÉOLOGÀLES. 55

vons aimer Dieu de tout notre cœur , accompli;' avec exactitude tous ses commandements, et lui rester fidèles jusqu'à la mort. La première qualité que doit avoir notre amour envers Dieu , est donc qu'il soit entier. C'est ce que signifient ces paroles que j'ai citées plus haut. Vous aimerez te Seigneur voira Dieu de tout votre cœur , de toute votre aine, cl de tout votre esprit. C'est-à-dire qu'il faut rapporter à Dieu toutes les pensées de notre esprit , toutes les affections de notre cœur, toutes les opérations môme de nos sens et toutes nos facultés. Mais s'il en est ainsi, il faudra donc abandonner le soin de sa famille, son trafic, son négoce, ses éludes, ses travaux et toutes choses, en un mot, et rester toujours à l'église, aux pieds des autels dans une contemplation continuelle? Ah! que vous seriez heureux si vous aviez le courage et que vous fussiez encore à temps de prendre cette détermination de vous occuper exclusivement de votre Dieu ! Cependant vous n'y êtes point obligés; et pour comprendre cela, vous devez remarquer avec saint Dona'cnlure ( In 3. Dist. 37. art. 2. q. 6. , que l'on peut aimer Dicdde tout son cœur et par-dessus toutes choses de deux manières: premièrement, d'une manière parfaite et qui exclut toute affection étrangère, en sorte qu'il n'y ait aucun mouvement de notre cœur qui ne tende à Dieu, et que nous ne respirions à chaque instantque son saint amour. L'autre manière, qui n'est pas aussi parfaite, consislcence que nous pouvons aussi aimer les créatures, mais de telle sorte que Dieu ait toujours la première place dans notre cœur. La première manière d'aimer Dieu est celle qui est propre aux Anges et aux. bienheureux dans le ciel, et c'est à l'aimer dela sorte qu'aspirent ici-bas les âmes les plus ferventes cl les plus embrasées de l'amour divin. (}\\q ne sommes-nous . hélas ! dans cette heureuse nécessité de l'aimer ainsi! que ne pouvons-nous sentir notre cœur brûler de celte sainte flamme, comme les Anges et les Saints dans le ciel, et trouver comme eux notre félicité , notre centre et notre repos dans le seul amour de noire Dieu ! ou du moins que ne ressentons-nous en nous-mêmes ces transports d'amour qu'éprouvaient les Saints sur la terre !

6. Mais il faudrait être dans le ciel en la société des Anges ctdes bienheureux pour aimer Dieu d'un amour aussi sublime cl aussi parfait. 11 faudrait avoir i'esyrit aussi enflammé que l'avaient les Saints. C'est pourquoi Dieu n'a pas voulu nous faire un précepte de cet amour si parfait, parce qu'il serait ixccssivcmcnl difficile pour nous de l'accomplir, vu noire froi-

(leur cl notre faiblesse. 11 exige cependant de noire part l'autre amour d'intégrité , qui consiste à l'aimer par-dessus toutes les créatures, sans aucun partage criminel. Dieu veut que nous l'aimions de telle sorte, que nous le préférions toujours à la créature quelle qu'elle soit , que nous ayons plus d'estime pour lui que pour toute autre chose, que nous préférions tout perdre plutôt que de perdre ce bien infini , et déplaire à qui que ce puisse être , plutôt que de l'offenser. Il ne vous défend donc pas de vous occuper du soin de votre famille , de votre trafic , de votre négoce , de vos études et de vos travaux ; mais il ne veut pas que vous vous y adonniez de telle sorte que vous alliez, comme font un grand nombre, jusqu'à l'oublier presque entièrement lui-même. Il ne vous empêche pas d'aimer votre père, votre mère, votre mari, votre femme, vos enfants, vos proches, vos amis; mais il vous défend de les aimer plus que iui , et de faire à leur occasion et pour leur plaire quoi que ce soit qui puisse lui déplaire et l'outrager : Celui, dit .lésus-Christ , qui aime son père ou sa mère plus que mot, cl il en dit de même de tout autre chose , celui-là n'est pas d'ujne de moi (Matin. 10. 37).

7. El y aurait-il un chrétien assez tiède, pour appeler ce doux précepte d'aimer Dieu de cet amour d'intégrité ou déraisonnable , ou trop difficile à remplir? Ah! il faudrait dire que ce chrétien n'a jamais connu Dieu. Non , dit saint Jean , celui qui n'aime pas Dieu, ne l'a jamais connu: Qui non diligit Dcnm , non novil eum ( 1. Joan. 4. 8 ). Et comment serait-il possible d'avoir la moindre connaissance de ce bien infini, cl de ne le pas aimer de tout son cœur? Comment serait-il possible qu'un chrétien , qui est persuadé que Dieu est son principe et sa fin dernière, comme il l'est de loule chose; qu'il sera un jour l'objet de sa béatitude éternelle; qu'il esl lui seul infiniment beau , infiniment bon , et infiniment aimable, comment, dis-jc, serait-il possible que ce chrétien ne le préférât pasà toutes les choses du monde? Comment un chrétien peutil partager son cœur entre Dieu et les misérables créatures delà terre qui devant lui ne sont qu'un pur néant? Dieu les renferme toutes, ou plutôt il est lui-même toute chose. Oui, Dieu est tout , et lui seul peut véritablement attirer notre cœur elle satisfaire: lui seul peut nous rendre parfaitement heureux, et lui seul nous comble de grâces et de bienfaits, Comment donc pourrait-on juger déraisonnable ou difficile à accomplir ce commandement d'aimer Dieu, puisqu'on ne pourrait, sans se rendre coupable d'une injustice manifeste, connaître Dieu .et

ne pas l'aimer tic tout son cœur et par-dessus toutes choses?

8. Et cependant, celte injustice manifeste est devenue de nos jours extrêmement commune ; n'y ayant rien de plus rare que cet amour entier qui préfère Dieu à toutes choses, et qui n'admet aucun partage. Aiment-ils Dieu de tout leur cœur et de l'amour d'intégrité tous ces chrétiens en qui régnent l'amour propre, la vanité et l'orgueil; qui courent avec tant d'ardeur après une gloire caduque et passagère qui finit avec la vie , après un faux plaisir dont la douceur est un poison qui donne la mort? Aiment-ils Dieu de l'amour d'intégrité et par-dessus toutes choses ceux qui lui préfèrent les plus viles créatures et les plus vaines satisfactions? Aiment-ils Dieu sans partage ceux dont le cœur est attaché à mille objets mondains et périssables? Dirait-on que la plupart des chrétiens sont persuadés que le précepte d'aimer Dieu par-dessus toutes choses est le premier et le plus grand de tous les commandements , quand ils l'accomplissent si mal, et qu'ils ne comprennent pas même ce qu'on leur dit lorsqu'on leur parle de Dieu? Dirait-on qu'ils sont persuadés que pour être sauvé il faut aimer Dieu d'un amour entier et sans partage, quand leur esprit est occupé de tout autre chose que de Dieu; quand leur cœur trouve son plaisir et son bien-être en toute autre chose qu'en Dieu; quand ils estiment et qu'ils honorent les créatures, au lieu d'estimer et d'honorer Dieu ; quand ils préfèrent déplaire à Dieu et l'outrager, plutôt que de déplaire à une misérable créature? 0 Dieu, beauté et bonté infinie, comme vous êtes traité parles enfants des hommes ! Vous êtes mis en parallèle avec un sordide intérêt, un honneur friyole, un faux plaisir! El que sensuit-il?ll s'ensuit que vous êtes moins aimé, moins estimé que ces vains objets, et que les hommes préfèrent vous perdre et vous offenser, plutôt que de se priver de la moindre satisfaction. Et c'est là l'amour qui règne aujourd'hui parmi les chrétiens? Ah ! malheur à quiconque n'aime pas Dieu autrement; il est digne delà mort éternelle: Qui non diligit, manet in morte (I. Joan. 3. 14). Malheur à celui qui n'aime pas Dieu d'un amour enlicr cl par-dessus toutes choses. Malheur pareillement à celui qui ne l'aime pas d'un amour effectif, qui le porte à remplir tous les préceptes de la loi; second caractère de l'amour divin.

9. Comme l'amour de Dieu ne peut pas èlrc oisif, mais qu'il doit nécessairement agir, il faut qu'il porte l'homme DOD-seulement aie préférer à toutes les choses du monde, mais encore ù observer tousses commandements. Si vous m'aimez, dit no-

trc divin Sauveur à ses disciples, gardez mes commandement? (Joan. 14. 15). Si quelqu'un m'aime, ajoutc-t-il, il accomplira tout ce que je lui ai prescrit par mes paroles (Joan. 14, Savez vous, dit-il encore, quel est celui qui m'aime? C'est celui qui a reçu mes commandements, et qui est fidèle à les observer (Joan. 14. 21). C'est là la marque à laquelle nous connaîtrons si noire amour pour Dieu est véritable et sincère. Celui-là aime Dieu, qui observe les préceptes de la loi. Voilà un chrétien qui se donne la discipline jusqu'au sang, en voilà un autre qui porte le ciliée, qui jeûne fréquemment , qui fait de longues prières; mais comment la loi est-elle observée? Celui-ci entreprend volontiers de pieux pèlerinages, cet autre se plait à servir les malades, ou à faire raumône;mais comment met-on en pratique toutes les autres maximes de PEvanj C'est à quoi il faut avoir égard, et ce qu'il faut bien observer pour connaître si véritablement on aime Dieu. Il nous prescrit dans sa loi de l'adorer lui seul, de respecter son saint nom , de sanctifier les jours qui lui sont consacres: il faut donc faire en sorte qu'aucune créature à sa place ne vienne prendre possession de notre cœur; il faut avoir soin de ne jamais profaner son nom saint et redoutable, et de ne rien faire qui soit contraire au culte que nous devons lui rendre les saints jours de dimanches et de fêtes. 11 nous ordonne d'aimer notre prochain comme nous-mêmes; il faut donc bien nous garder de le molester jamais ni par des paroles, ni par des actions , quelles que soient les injures qu'il ait pu nous faire, ouïes injui que nous ayons à souffrir de sa part. Il veut que nous conservions notre esprit, notre cœur et notre corps exempts' de tout ce qui serait capable de blesser la pureté; il faut donc éviter soigneusement dans nos pensées,dansnos affections, toute notre conduite tout ce qui pourrait porter la moine* teinte à cette aimable vertu. Il faut raisonner de même sur tous les autres commandemens. Etc'est ainsi que nous donnerons des preuves de notre amour pour Dieu , et d'un amour sincère et véritable.

10. Si donc la parfaite observance de l'Evangile est indispensablement nécessaire pour qu'un chrétien puisse dire qu'il aime Dieu , pensez-vous qu'il soit bien grand le nombre de ceux qui l'aiment véritablement? En est-il beaucoup qui remplissent fidèlement tous les préceptes de la loi et de l'Evangile? N'entend-on plus de blasphèmes ni de jurements? Les jours de fêles ne sont-ils plus profanés? Voit-on régner dans les cœurs la charité envers le prochain ? La chasteté est-elle la vertu ché-

SfR LES VERTUS TBÉOLOQALES. 50

rïc du diiistlanismc? Ne'chcrche-t-on plus à contenter ses sens, à satisfaire ses passions ? Ah ! peut-être n'a-t-on jamais vu une corruption comme celle qui existe de nos jours! Si l'observance de la loi est la marque certaine du véritable amour de Dieu, il faut dire que le nombre de ceux qui aiment véritablement Dieu est bien petit, puisqu'il en est si peu qui ne cherchent pas à se dispenser des devoirs prescrits par la loi et par l'Evangile; puisqu'il semble même que la plupart des hommes ne soient au monde que pour transgresser les préceptes de celte loi sainte et de cet Evangile.

11. Mais ce qui condamne un plus grand nombre dechrétiens, c'est que pour aimer Dieu véritablement, il faut accomplir toute la lui, sans exclure un seul commandement. Pour que l'on puisse dire qu'un homme est sans amour pour Dieu , il n'est pas nécessaire qu'il transgresse toute la loi, il suffit qu'il manque d'observer un seul précepte. Pour la transgression d'un seul, Dieu le prive de sa grâce aussi bien que s'il les violait tous. Il l'exclut du paradis, il le condamne à l'enfer pour un seul péché mortel, comme il le ferait, s'il en avait commis un grand nombre: Quieumque lotam legem serçaverit, offendft autem'm unn ,faclu$ est omnium rens (Jacobi 2. 10). Donnezlui tout votre cœur cl tout votre amour, autrement il refusera l'un et l'autre, ne pouvant souffrir dans votre cœur et dans votre amour aucun partage. Mais aujourd'hui on voudrait ne présentera Dieu qu'une partie de son cœur et de son amour. On voudrait faire un accord sacrilège d'amour divin et d'amour profane , d'observances et (!vi Iran---. de Jésus- Christ avecBélial : accord que l'apôtre saint Paul juge impos* sible.

12. On voudrait faire aujourd'hui ce que cette femme insensée, dont il est parlé dans la sainte Ecriture, voulait que 1er; i Salomon fit de l'enfant qu'elle avait dérobé à sa compagne. Qu'il ne soit ni à vous, ni à moi, dit-eîle , mais qu'on le divise entre nous: Nec mihi, nectibisit, sed c/ù>ùiafttr (3. Reg. 3.26 . C'est là précisément ce que le démon suggère aux chrétiens. Que votre cœur, leur dit-il, ne soi! ni tout à moi, ni tout à bien. Je ne vous dis pas d'être tout chair, mais ne soyez pas tout esprit. Visitez quelques églises; mais rendez aussi \\ '. celle personne qui vous plaît; fréquentez aussi ces maisi

sont pour vous une occasion de péché. Assistez quelquefois à la prédication de la parole divine ; apis prêtez aussi l'oreille aux discours impurs et scandaleux. Que voire cœur . en uu mol, ne soit ni tout à moi, ni tout à Dieu; mais divisez-lè

vidai ur ; qu'il aime un peu le bien et un peu le mal. C'est ainsi que le démon cherche à vous tromper pour s'emparer de votre cœur. Mais Dieu n'agit pas de la même manière. Si, comme je voua l'ai dit, par une observance parfaite de sa loi, vous ne lui donnez pas tout votre cœur cl tout votre amour, il refuse l'uu et l'autre, parce que ce n'est pas ainsi que doivent se conduire , et ce n'est pas ainsi, en effet, que se conduisent les àmes qui l'aiment véritablement. Voyez une personne touchée delà grâce divine, remplie d'amour pour son Dieu , et détachée de ce monde trompeur. Cherche-t-elle à allier l'église avec les théâtres cl lesjcux, la prédication de la parole divine avec les conversations libres et familières, la loi de Dieu avec le libertinage, le vice avec la vertu ? Ah ! elle méprise tout ce que le monde aveugle estime, et celui-ci n'a plus pour elle aucun charme, ni aucun attrait. Ainsi en doit-il être de nous.

13. Enfin l'amour divin doit être constant et nous faire surmonter toutes les tentations et tous les assauts que nous livrent la chair, le monde et le démon, et par lesquels ils cherchent à détacher notre cœur de Dieu. Il ne faut pas que cet amour divin consiste dans les seules paroles , dans les aspirations, dans les désirs, dan:? les velléités ; mais il faut que dans les occasions il en vienne à la pratique, et qu'il se montre supérieur à tous les obstacles et à toutes les épreuves. Que les dangers se multiplient , que les tentations les plus importunes viennent assaillir cette âme qui est enflammée de l'amour divin, que le monde cherche à la séduire partout ce qu'il a de plus attrayant, que les passions se soulèvent avec fureur , il faut qu'elle surmonte toutes ces difficultés, et qu'elle regarde comme un vrai néant tout ce qui n'est pas Dieu. Et comme l'or se connaît lorsqu'il a été éprouvé par le feu, ainsi le véritable amour de Dieu se connaît dans les épreuves, dans les revers et dans les tentations. Mais sommes-nous assez heureux pour voir régner en nous cet amour ? Sommes-nous disposés à souffrir toutes les disgrâces, à perdre nos biens et noire honneur plutôt que de déplaire à Dieu, et de lui refuser l'amour qu'il adroit d'exiger de nous? Ah! combien montrent dans les épreuves qu'ils sont entièrement dénués de cet amour ! combien renoncent à la bonne foi et à la justice, lorsqu'il se présente une occasion favorable pour s'enrichir et accroître impunément leurs possessions ! combien de jeunes gens se laissent séduire par une vainc beauté, et transgressent la loi de Dieu pour satisfaire une passion bruhtle ! combien de femmes mettent sous les pieds la pudeur et l'honnêteté eu consentait

SUR LES VEMTS THÉOLOGALES. Cl

à des sollicitations criminelles , au préjudice de la fidélité qu'elles doivent à Dieu ! tant il est vrai qu'il y en a très peu qui conservent constamment l'amour de Dieu parmi les épreuves et les lenlalions.

14. Ce qui rend cet amour constant si rare, c'est qu'il ne suflit pas, pour se natter de l'avoir , de résister à quelques tentations et pendant un certain temps; mais qu'il faut résister à toutes et jusqu'à la mort. A l'exemple de l'Apôtre,nous devons être résolus d'aimer tellement notre Dieu, que rien ne soit capable de nous séparer de lui. Oui nous séparera de l'amour de Jésus-Christ ? devons-nous dire avec lui. Sera-ce l'affliction, ou les angoisses, ou la faim , ou la nudité, ou les périls, ou la persécution, ouïe glaive? Non; mais parmi tous ces maux, nous demeurerons victoriens par la vertu de celui qui nous a aimés. Car ni la mort, ni la vie, ni les Anges, ni les Principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les futures, ni la violence, ni tout ce qu'il y a de plus haut ou de plus profond, ni aucune autre créature, ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu (Rom. 8.35). Mais c'est 15, me direz-vous d'abord, un amour qui ne peut convenir qu'aux Apôtres , aux Saints, aux parfaits. Non, mes Frères, c'est un amour que doit avoir le simple Adèle; et tout chrétien doit être disposé à faire tout ce que dit ici l'apôtre saint Paul. Et quiconque n'a pas cet amour et est disposé à agir autrement , ne mérite pas d'être appelé disciple de Jésus-Christ. Oui, soyez-en persuadés, si , craignant d'éprouver une persécution terrible de la part d'un ennemi ou d'un homme puissant, vous cherchez à vous en délivrer par une vengeance ouverte, ou secrète, vous n'aimez pas Dieu. Si, pour sortir de la misère profonde dans laquelle. vous êtes tombés, vous agissez contre votre conscience en consentant à quelque injustice, vous n'aimez pas Dieu. Si pour gagner, ou pour conserver la protection, la laveur d'un grand du monde, vous avez la faiblesse de condescendre à ses désirs criminels, et de transgresse'.- la loi divine , vous n'aimez pas Dieu. Mais nous sommes pressés parla faim, par la nudité; ne nous est-il pas permis,pour nous délivrer de l'une et de l'autre, de consentir à quelquecrime et de sacrifier la pudeur et l'honnêteté? Non, vous ne le pouvez pas. Mais si nous refusons d'y consentir, notre vie est en danger , une épée est Urée contre nous , et elle menace de nous donner la mort. N'importe : renoncez à la vie , consentez à mourir, plutôt que d'être infidèles à votre Dieu. Voilà ce que j'entends lorsque je vous dis que notre amour envers lui doit être constant.

15. Et (cl a été, en effet , l'amour dont tous les Saints ont brûlé pour lui. Tour ne pas parler de tant d'autres je me contenterai de citer l'exemple de sainte Suzanne, tille de L'fllostre martyr saint Gabinus , et dont l'Eglise célèbre la fête fdie II. Aug). Celte sainte, qui avait consacré à Dieu sa virginité dès sa plus tendre enfance, était douée , même à l'extérieur, de qualités si rares, que Dioclélien pensa à la donner pour é|

à Maximien Galère qu'il avait fait César. 11 en fil faire la proposition à son père Gabinus. Celui-ci adressa la parole à Suzanne , et lui dit: Eh ! bien, ma fille, avez-vous compris le bonheur d'être, comme vous l'êtes en effet, l'épouse de Jésus- Christ ? Je le comprends si bien, répondit-elle, qu'à mon idée, toutes les couronnes de l'univers ne sont rien, en comparaison de ce bonheur. Vous avez raison, dit Gabinus. Mais si l'empereur voulait vous donner pour épouse à Maximien Galère, la dignité d'impératrice ne remporterait-elle point sur l'amour que vous devez à Jésus-Christ?.. Mais s'il fallait choisir entre la couronne impériale et la mort ?.. Ah , mon père , s'éci i zanne toute transportée de joie, qucje serais heureuse de pouvoir donner ma vie pour l'amour de cet Epoux divin qui a donné tout son sang pour me racheter ! Je ne me laisse ni éblouir par la pourpre, ni effrayer parles tourments. Vous serez bientôt mise à l'épreuve, répondit le père attendri. Et en effet, après avoir souffert les supplices les plus cruels avec une intrépidité dont furent étonnés les païens eux-mêmes, elle? s'envola dans le ciel, emportant la double palme de la virginité cl du martyre.

16. Tel était l'amour divin, entier, effectif et constant, qui régnait dans les Saints, et tel Cbt ccluiqui doit régner dans nos cœurs. C'est ce feu céleste que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre; c'est de ce feu que nous devons brùler.sansi Dieu lui-même nous en a fait un commandement: DMgcsDuminum Deum tnum .Voici donc qu'aujourd'hui, comme fit Moïse au peuple Hébreu, je vous propose la vie ou la mort , d'un côté la bénédiction éternelle, d'un autre la malédiction éternelle. Je prends à témoin le ciel et la terre de la proposition que je vous fais: Testes invoco twdie cœlum et terrain , quod proposiierim vobis t ilam et mnrlcm, benediclionem cl muledictionem (Deut. 30. 19). Vous aurez la bénédiction et la vie éternelle si nous aimez Dieu de tout voire cœur; mais la malédiction ella mort éternelle seront votre partage si vous lui refuses votre amour. Lequel choisissez vous ?

Page 1