Ah ! Seigneur, nous choisissons votre bén
vie éternelle , étant fermement résolus de vous aimer de tout notre eœur. il est vrai , et nous l'avouons à notre honte et à notre confusion, que nous avons manqué à ce devoirsacré.Nous vous avons connu trop tard, bonté et beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, et trop tard aussi nous avons été instruits de l'obligation indispensable où nous sommes de vous aimer. Mais maintenant que vous daignez nous éclairer, nous prenons la résolution ferme et constante de vous aimer en celte vie, avec le secours de votre grâce que nous implorons, a!in de pouvoir vous aimer d'un amour plus ardent pendant l'éternité
ilolifs qui doivent nous porter à aimer Dieu,'
, Je vous aï parlé dans l'instruction précédente de la charh et de l'amour de Dieu, vous faisant connaître l'obligation imposée à tout chrétien de l'aimer de tout son cœur, d'un amour entier, effectif et constant. Mais, me direz-vous, comment, froids et ignorants comme nous sommes, pourrons-nous ainsi aimer Dieu de tout notre cœur , pardessus toutes choses, d'un amour qui embrasse toute la loi, qui se montre supérieur à toutes les difficultés cl à tous les obstacles ? Comment notre cœur pourrat-il brûler de celte sainte flamme , à moins que quelqu'un n'allume en nous ce feu céleste? \h ! n'attendez pas que j'opère moi-même ce prodige qui ne peut être que l'œuvre du Très-Haut. Adressons-nous au Saint-Esprit qui est l'amour par essence, et prions-le de mettre dans nos cœurs une étincelle deeei amour divin. Demandez lui en même temps qu'il éclaire votre entendement, afin que vous puissiez comprendre ce que je vais vous dire sur les motifs qui doivent nous porter à aimer Dieu. et que je réduis à trois principaux: le premier est l'ordre qu'il nous a donné lui-même de l'aimer ; le second est qu'il est souverainement aimable en lui-même, et le trois consiste en ce qu'il nous a aimés et qu'il nous aime- d'unamour infini, et qu'il nous comble à chaque Instant de ses bienfaits et de ses faveursles plus signalées.
1. Le premier motif que nous avons d'aimer Dieu, est le commandement qu'il nous en faillui-méme. 11 est notre maître, noire unique et souverain Seigneur. Dieu, dit le Psalmiste, est le seul grand, le seul Seigneur, elle Roi qui est élevé, au-dessus de tous les rois et de tous les dieux: Quoniam D.us maanui
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Dominus , et rex magnut super omnex Deos (Ps. 91. 3). Oui, il est notre Seigneur, et nous sommes son peuple, ses brebis, ses créatures et l'ouvrage de ses mains (Ps. 94. 7). 11 a donc le droit de nous commander tout ce qu'il lui plait. Or, parmi tousses commandements, ila voulu placer en premier lieu ce- Jni par lequel il nous ordonne de l'aimer de tout notre esprit et de tout notre cœur: DUir/es Domimim De uni tuum ex loto conte tuo, et in loin mente tua. Yavons-nous pas lieu de nous étonner ici, en réfléchissant à ce commandement que Dieu nous impose de l'aimer? Ne sommes-nous pas faits uniquement pour lui? Si nous subsistons, n'est-ce pas uniquement par ses bienfaits? Si nous avons des biens, des richesses et tout ce qui nous est nécessaire pour notre conservation, nesontce pas là tout autant de dons de Dieu ? Si nous espérons de pouvoir un jour posséder la gloire éternelle qui nous attend dans le ciel, notre espérance a-t-elle d'autres bases que la miséricorde de Dieu? Et avec tout cela nous serons encore assez aveugles, et notre cœur sera encore assez dur et assez obstiné pour avoir besoin que Dieu nous fasse un commandement de l'aimer? Diliqes Dominum Dcum tuum.
2. Mais est-il nécessaire, Chrétiens, que l'on vous commande d'aimer vos amis, ceux qui vous font du bien, ceux qui vous défendent et qui vous protègent ? Non certainement : vous leur consacrez même toutes vos affections, vous leur offrez vos services, vous leur témoignez la plus vive reconnaissance. Bien plus, pour leur plaire et pour gagner leur bienveillance, vous aimez ce qu'ils aiment, vous haïssez ce qu'ils haïssent, leurs intérêts deviennent les vôtres, et par amour pour eux , il n'est rien à quoi vous ne vous soumettiez. Mais disons plus encore: est-il nécessaire de vous faire un commandement d'aimer d'une manière assez peu honnête certaines personnes qui sont bien loin de mériter votre amour? Non sans doute; et l'on en voit un grand nombre qui les aiment même jusqu'à la folie. Combien sacrifient pour elles leur réputation, leur honneur, leur liberté et jusqu'à leur âme cl leur éternité bienheureuse, tant est devenue aveugle cl (orte la passion qui les domine ! 11 n'y aura donc que vous, ù mon Dieu, pour qui nous n'aurons aucun sentiment d'amour et de reconnaissance, vous quiètes si beau, si grand, si aimable, si bienfaisant envers nous! Et DOUS serons assez insensibles à vos faveurs et à vos amabilités infinies, pour qu'il soit nécessaire de nous faire un commandement exprès afin de nous obliger à vous aimer. DM- <fcs Dominum Deum tuum. Et avec tout cela vous pourrez à
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peine obtenir que nous vous aimions comme vous le méritez ! Ah ! qu'il n'en soit pas ainsi, mes Frères ; soumcitons-nou; avec joie à un commandement si juste et si raisonnable. Aimons Dieu comme il mérite d'être aimé, et comme il veut qu« nous l'aimions. 11 nous l'ordonne, lui qui est notre souverain maître, cela seul doit nous suffire.
3. En réfléchissant à ce souverain domaine de Dieu sur tous les hommes et sur toutes les créatures, je découvre une autre chose bien plus propre encore à exciter notre admiration ; c'est devoir qu'il daigne s'abaisser jusqu'à nous faire ce commandement de l'aimer. Et en effet, ne serait-ce pas déjà une bonté infinie de la part de ce maitre absolu de toutes choses, que de vouloir bien permettre à ses créatures raisonnables de l'aimer? Et combien de ces misérables créatures, qui ne sont que cendre et poussière, et qui se voyant, ou se croyant douées de quelques qualités particulières, s'imaginent dans leur orgueil s'abaisser beaucoup en permettant à quelqu'un de les aimer, et en agréant leur amour? Mais que dis-je, une bonté infinie delà part de Dieu de nous permettre de l'aimer? Ce serait déjà une bonté infinie que de vouloir bien nous permettre de h servir, et nous devrions nous estimer infiniment heureux que de pouvoir offrir à ce souverain Seigneur nos humbles respects et nos hommages respectueux. Oui donc ne scia pas étonné et surpris en voyant que non-seulement ce grand Dieu permet au\ hommes de l'honorer et de le servir , que non-seulement il daigne agréer leur amour , que non-seulement il leur montre le désir qu'il a d'en être aimé, mais qu'il lèvent, qu'il le commande d'une manière expresse et absolue, qu'il s'irrite contre ceux qui ne l'aiment pas, et les menace des plus affreux supplices? Ah ! Seigneur, devons-nous dire avec saint Augustin dans les transports de notre admiration, que sommesnous à vos yeux, nous pauvres et misérables créatures, pour que,dans l'excès de votre bonté, vous alliez jusqu'à nous faire un commandement rigoureux de vous aimer, et pour vous irriter contre nous, et nous menacer des châtiments les plus terribles, si nous vous refusons notre amour? Mais ne serait-ce pas pour nous le plus grand des malheurs, si vous nous défendiez de vous aimer (1. I. C.onf. cap. o) ? Pourquoi donc nous en faites-vous un précepte ?0 Chrétiens, peut-il y avoir pou;* nous un bonheur plus désirable que celui d'obéir à notre Dieu qui nous ordonne de l'aimer ? Vous vous estimez heureux de pouvoir servir les grands du monde, et de voir qu'une créature daigne agréer votre amour; et vous refuserez d'aime;*
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Notre Dieu qui, outre qu'il mérite infiniment d'être aimé, outre qu'il veut bien recevoir votre amour, vous ordonne expie v sèment de lui donner votre cœur, et vous menace, si vous le lui refusez, d'un supplice éternel ?
4. Ajoutez un autre motif tiré de ce même commandement divin, qui (hit nous porter toujours de plus en plus à l'aimer, et qui est que Dieu , étant notre souverain Maitre, pouvait nous faire un grand nombre de commandcmenls,ctnouscn imposer de très durs et de très difficiles. Mais non, il n'a vouli nous faire que ce seul commandement qui est de l'aimer, commandement le plus doux et le plus aimable. Ah ! qu'il avait bien raison l'apôtre saint Jean de dire que les commandements de Dieu ne sont point difficiles à observer: mandata ejûsgravia non suni (1. Joan. 5. 3). Et que pcut-il y avoir de moins pénible que d'aimer Dieu ? Qu'y a-t-il même de plus doux et de plus agréable? \h ! Seigneur, disait le floi-Propiièle,que vos préceptes sont pleins de douceur ! ils sont plus doux que le miel le plus exquis (Ps. 118. 103). Aimez donc ce Dieu infiniment aimable, ù Chrétiens, et vous verrez combien il est plein de douceur et de charmes : Gustnte et videle, quoniam suavis est Dominas (Ps. 33. 9). Ce saint amour est la véritable félicité de l'âme ; il est sa véritable vie, laquelle commençant sur celle terre, durera ensuite éternellement dans le ciel. Si ce commandement est si plein de douceur, n'ayons donc plus désormais d'amour que pour notre Dieu ; que notre esprit ne pense plus qu'à lui plaire, et que notre cœur n'ait plus d'affection que pour lui !
o. Mais qu'est-il besoin de commandement pour nous engager à aimer Dieu? n'est-il pas infiniment aimable en luimême? Deux qualités rendent une personne aimable, et portent les hommes à l'aimer : c'esl la beauté et la bonté ; d'où il suit que cette personne est d'autant plus aimable, que ces qualités brillent davantage en elle, et que plus elles se montrent, plus aussi elle mérite d'être aimée. Or, y a-t-il une beauté et une bonté qui soient comparables à la beauté cl à la bonté de Dieu /Considérons l'éclat et la beauté des créatures, la lumière éblouissante du soleil, la douce clarté des étoiles, le spectacle que nous présente la terre embellie de tant d'espèces de plantes et dé fleurs, l'étonnante variété des arbres, des fruits, des oiseaux, (les poissons et de tant d'animaux, les pierres précieuses, l'or, l'argent cl tous les métaux; oh ! combien de fois n'avons-nous pas élé ravis d'admiration à la vue de. tant de me;voillcs ?(,)ue toutes ces choses nousscmblenlbciles
SUH LES VF.r.TlS THEOLOGALES. U
et admirables! combien qui en contemplant la beauté d'un corps humain, les charmes d'un visage, en ont été épris jusqu'à devenir semblables à des insensés! Mais si telle est la beauté des créatures, quelle sera donc celle du divin Créateur? S'il a daigné communiquer tant de grâces et de charmes à ces objets qui ne sont que les ouvrages de ses mains, de quels charmes ne sera-t-il pas environné lui-même? Oui, dit l' Esprit-Saint, la beauté et l'éclat que nous ad dans les créatures
nous donnent une idée de la beauté et de la magnificence incomparables du Dieu qui les a faites (Sap. 13. 6) ; leur créateur est sans comparaison et infiniment plus beau ; et toutes ensemble elles ne sont qu'un faible rayon de ce divin soleil.
C. Portons donc de temps en temps nos regards sur la ! eauléde cet univers et sur les merveilles qu'il nous présente, non point pour nous y arrêter et pour nous en faire autant d'idoles, comme font les mondains aveugles cl insensés; mais pour en faire l'usage qu'en faisaient les Saints, et pour pouvoir dire avec saint Augustin : Tous ces objets sont beaux et admirables ; mais combien notre Dieu doit être plus rempli de charmes, infiniment plus grand, plus ravissant ! Et alors, avec ce saint Père, nous trouverons dans les choses de ce monde un motif pour nous élever sans cesse vers Dieu, et pour lui consacrer uniquement notre amour (S- Aug. Enarr. in ps. 84. n. G). C'est ce que faisait le grand saint François qui, comme le dit de lui saint Bonaventure, en admirant ces mêmes créatures qui sont pour un grand nombre un sujet de distraction^ pour d'autres un sujet de scandale,y trouvait un moyen pour s'élever plus facilement jusqu'à l'amour de son Dieu. La beauté du soleil, ik~> étoiles, des (leurs le portait à la contemplation, de son divin Créateur. Le bel ordre qu'il voyait régner dans le firmament, le chant des oiseaux, le mouve des poissons, tout, enunjnot, était pour lui un motif qui l'excitait à louer et à bénir son souverain Seigneur, et tout ce qui portait l'empreinte du doigt de son bien-aimé lui servait comme d'échelle pour monter jusqu'à l'amour divin.
7. Mais que notre conduite esldiiïérenle de celle des Saints ! IN'ous ne savons porter nos regards que vers la terre , nous ne fixons nos pensées que sur les créatures, sans jamais nous élever jusqu'à Dieu. Nous sommes épris des charmes trompeurs , (ks beautés périssables que nous découvrons dans ces créatures, cl nous sommes froids, insensibles et sans amour pour notre Dieu qui est la beauté par essence, et la source de toute beauté réelle el véritable. Et que sont toutes les beautés
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des êtres crées devant la beauté infinie de Dieu , sinon onc fumée, une ombre, un vrai néant? Nous nous excusons , dit un pieux auteur (Yluratori. Excrc. Spirit.),cn disant que nous voyons les beautés des créatures, et que nous n'apercevons pas celles de Dieu. Mais s'il nous est impossible de les voir en elles-mêmes, il nous est facile, comme je vous l'ai dit, do les concevoir ; et si elles sont in\ isiblcs aux yeux de notre corps, nous pouvons du moins les contempler des yeux de l'esprit et avec les lumières de la foi. Elle nous dit celte foi que notre béatitude dans le ciel consistera à voir la face adorable de Dieu, que des millions d'Anges et de Saints, en contemplant sans cesse la beauté ravissante de cette face divine , goûtent cl goûteront un bonbeur immense, unejoie ineffable et continuelle qui durera non pendant un jour, ou pendant une année, mais pendant l'éternité toute entière, et cela sans jamais se rassasier, et sans s'occuper d'autre ebose que de la fixer et de la contempler à loisir. 0 beauté toujours ancienne et toujours nouvelle de notre Dieu , pourquoi avons-nous vécu sans vous rechcrcbcr et sans vous aimer de tout notre cœur! Pourquoi, ô Chrétiens, tenez-vous toujours vos yeux et votre co^ur tournés vers la terre? Pourquoi ne vous élevez-vous jamais jusqu'à la contemplation de votre Dieu qui est si beau et si aimable? Pourquoi aimez-vous la vanité , et recherchez-vous avec tant d'ardeur et d'empressement les beautés fausses et mensongères des créatures? Filii hominum usquequo gravi corde, ut quùl diligitis vanitalem, et quœrilis mendacium (Ps. 4. 4)?
8. Si nous voulons considérer maintenant la seconde chose qui rend une personne aimable , et qui est la bonté; oh ! combien nous trouverons aimable notre Dieu, lequel est nonseulement la beauté même, mais encore la bonté par essence. Si donc, plus un objet est plein de bonté, plus il-se rend aimable; et si plus il est aimable, plus il mérite d'être aimé, nous devons conclure qu'il faudrait pouvoir aimer Dieu d'un amour infini, puisque étant infiniment bon, il est par là-même infiniment aimable. Et quelle bonté est comparable à la sienne? Oh! que le Dieu d'Israël est bon ! s'écrie le Roi-Prophète ( Ps. 71. 1): Louez le Seigneur, parce qu'il est bon (Ps. 107.1 ): Que le peuple d'Israël publie partout combien le Seigneur est bon (Ps. KI7. 2) : Vous êtes . Seigneur, plein de bonté (Ps. 118. 68). Puisqu'il est si plein de bonté, et par conséquent si aimable , il exige donc nécessairement l'amour de chacun de nous, et il ne peut i ien y avoir de plus jiiNle que de l'aimer.