‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 11 sur 30 · VINGT-TROISIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIÈME INSTRUCTION

Sur les devoirs des enfants envers leur père et leur mère, et premièrement sur l'obéissance.

Après avoir exposé en général l'obligation imposée aux enfants d'honorer leur père et leur mère, je veux parler des devoirs particuliers qu'ils ont à remplir envers eux. De même qu'ils en reçoivent trois bienfaits , l'existence, l'éducation, et l'instruction; de même aussi, selon la doctrine des saints Pères et des théologiens, ils ont à s'acquitter de trois devoirs envers eux: ce sont l'amour, le respect et l'obéissance ; telles sont les trois choses que Dieu exige des enfants , quand il leur ordonne d'honorer leur père et leur mère. Et parce que l'obéissance est le premier de tous les devoirs, et que les manquements dont on s'y rend coupable sont plus grands et plus nombreux, nous en parlerons d'abord. Nous verrons donc combien est grande l'obligation où sont les enfants d'obéir à leurs parents, et avec quelle rigueur Dieu exige qu'ils obéissent; nous examinerons quelles sont les choses dans lesquelles ils sont tenus d'obéir, et celles où ils ne le doivent pas ; eafin, après a\oir cite quelques exemples à l'appui de

telle obligation, nous ferons comprendre combien sont grands les péchés des enfants désobéissants, et quels sont les châtiments qu'ils attirent sur leur tête.

1 . Après Dieu il n'est certainement personne à qui nous soyons plus redevables de la vie qu'à ceux qui nous l'ont donnée. Nous -devons d'abord être pleins de reconnaissance pour Dieu, parce qu'il est l'auteur de l'univers, et qu'avec l'être nous avons tout reçu <lesa main généreuse; mais cet être ou celte existence dont nous jouissons, nous la tenons en second lieu de nos parents. Dieu, dit saint Thomas, est le principe général de toutes choses : et comme nous sommes tenus d'obéir à Dieu en tout ce qu'il lui plaît de nous commander, parce qu'il est notre premier principe, nous devoiiscn faire toutautant envers nos parents, parce qu'ils le sont ensecond; l'image de laDivinité brille en eux ainsi que son autorité. Nous devons, proportion gardée, leur obéir commeà Dieu même. Car pratiquer l'obéissance à l'égard d'un père et d'une mère, c'est la pratiquer à l'égard de Dieu qui nous la commande, et c'est la refusera Dieu que de la leur refuser. La désobéissance dans un enfant est un péché énorme, péché qui le rend non-seulement odieux au maître souverain de toutes choses, mais encore aux hommes: péché que condamnent de concert et les lois humaines et les lois de la religion, la raison et la nature elle-même ainsi que la loi divine, et les hommes avec Dieu. Un enfant désobéissant et rebelle esl un ennemi de Dieu, parce qu'il est en pleine révolte contre lui; c'est un monstre, haï de tous, et par tous méprisé et condamné.

2. Reconnaissez donc, ô enfants qui que vous soyez, quelle est l'obligation étroite que Dieu vous impose d'honorer votre père et votre mère. Il n'y avait point de nécessité qu'il vous le commandât spécialement , puisque cette loi est gravée dans le cœur des hommes par la nature elle-même ; nonobstant cela, il vous a enjoint par un précepte particulier d'honorer vos parents, afin que vous n'oubliassiez jamais , et que vous fussiez bien convaincus que l'honneur qui leur est dû ne consiste pas seulement dans des apparences, mais qu'il faut qu'il soit effectif, et qu'il produise des fruits, dont le premier est une parfaite obéissance à leurs commandements. C'est pour cela que Dieu ne s'est pas contenté d'imposer un tel précepte dans l'ancienne loi, mais que par r organe de ses Apôtres, il l'a fait annoncer et l'a imposé derechef dans la nouvelle loi, afin que par celte double promulgation les hommes comprissent bien quelle, importance il mel à ce que ce commandement soi!; observé scrupuleusement : Hœc autem, dit

saint Augustin (Tract. 8. in Joan.), ejusdem mandati repetilio^ prœcepti commendutio est. Aussi avant établi l'Apôtre saint Paul maître et docteur des nations, il voulut qu'il recommandât souvent aux enfants l'obéissance à leurs par 'lits. Enfants, dit-il eQ écrivant aux Colosses (Cap. 3), obéissez en tout à vos parents, parce que c'est le bon plaisir de Dieu. Enfants , répète-t-il encore (Epli. 6) , soumettez-vous à vos parents dans le Seigneur, parce que c'est juste. \7 otre père et votre mère vous ont donné la vie, ils ont donc droit île vous commander, et c'est à vous de leur obéir. Dieu en vous les donnant pour pères el mères, les a établis vos supérieurs et vos maîtres; vous devez donc leur être soumis en tout, exécuter leurs volontés au moindre signe, et vivre dans une entière dépendance d'eux.

3. Nous sommes persuadés, répondent quelques enfants, de l'obligation où nous sommes d'obéir à notre père et à notre mère, «•t nous l'avons remplie sans aucune difficulté, tandis que nous étions, dans l'enfance et la jeunesse; mais à présent que nous sommes parvenus à un certain âge, que nous sommes mariés, pères aussi nous-mêmes, nous ne croyons pas être obligés aussi rigoureusement de leur obéir, de nous soumettre à tous leurs commandements comme si nous étions déjeunes enfants et des esclaves. Ah! que ces sentiments ne deviennent pas la règle de votre conduite; s'il en étaitain.si, vous seriez dans une grave erreur. L'obéissance que vous avez à rendre à vos parents n'est pas restreinte au temps d • l'enfance et de l'adolesence ; mais elle doit s'étendre à tous les âges de la vie, à lois les états et à toutes les conditions dans les pie. les vous pouvez vou> trouver; vous ne devez pas imiter ces enfants ingrats qui, ayant encore leur père et leur mère, quand ils ont atteint un certain âge croient être en droit de n'en plus faire de cas* leur refusent toute soumission et obéissance, bien plus se figurant être plus prudents et plus sages qu'eux, ils se mettent dans l'esprit qu'ils sont libres et délivrés de leur domination et cherchent à secouer un joug que Dieu et Sa nature leur imposent. Non, enfants, tant que vos parents vivront , ils conserveront sur vous toute l'autorité dont ils ont été revêtus, et vous serez toujours obligés de leur obéir.

4. J'ajouterai encore que plus vous avez acquis d'expérience et de raison, plus vous êtes coupables, si vous manquez à mie obligation aussi élro.ie, et qu'ayant déjà assez vécu de temps pour avoir pu profiter de la récompense que Dieu promet à .ceux qui obéissent à leur père et à leur mère, vous êtes obligés

en conséquence de vous acquitter de ce devoir avec plus d'eXactitnde et de rigueur. Je ne vous dis pas que vous soyez tes esclaves ou les serviteurs de vos parents; non, vous êtes leurs enfants, etvous n'êtes point obligé* de leur rendre l'obéissance mercenaire des serviteurs , l'obéissance forcée des esclaves, mais celle d'enfants bien nés. Cependant quoique vous ne soyez point dans aucune de ces conditions que je uens de citer, vous n'en êtes pas moins tenus à une obéissance aussi rigoureuse que celle à laquelle ces domestiques ou ces esclaves sont astreints. Et même saint Bernardin de Sienne va jusqu'à dire que la voire doit être encore plus exacte, plus prompte, pins empressée que la leur, pane quevousètes leurs enfui Is, et que l'autorité qu'ont les pères sur leurs enfants est supérieureà celle qu'ont les maîtres surleurs domestiques et leurs esclaves. Ces derniers sont des êtres étrangers aux maîtres ; mais les enfants ne font pour ainsi dire qu'un avec ceux qui leur ont donné le jour : de plus la force a introduit la servitude, et la? nécessité comme le besoin force à la soumission ceux qui sont dans cet état;mais la nature et Dieu sont les sources d'où dérive ta nécessité de la soumission et de l'obéissance des enfanis envers leur père; celui-ci a par-là même pîusd'autoritésur eux que n'en ont les maîtres sur leurs domestiques et sur leurs esclaves. Si donc ces nommes attachés au service de leurs semblables sont obligés de n'avoir d'autre volonté que la leur, useraient condamnés aux tribunaux de Dieu et des hommes , s'ils venaient à se révolter contre eux , combien à plus forte raison les fi's de famille seront-ils tenus d'obéir à leurs parents, etmériteraienl ils d'être condamnés et chattes , s'ils transgressaient leurs commandements?

5. Supposé donc que pour accomplir te précepte d'honorer leur père et leur mère,Ies enfants soient obligés de leur rendre obéissance , il reste à examiner quelles sont fes choses que les pères peuvent commander , en quoi, et quand les enfants sont obligés à l'obéis-ani e. Il n'y a eu que trop de pères (et plaise à Dieu qu'il n'y en ah" pas encore aujourd'hui) assezpen craignant Dieu, et même assez impies pour aven* eu l'audace de commander indirectement ou directement à leurs enfants des choses contraires à la loi divine, comme de voler du bois, de l'herbe, du foin, du fruit dans les domaines cfantrtii, de leur dire qu'il ne fallait point avoir tant de scrupule dans les achats et les ventes , que s'ils voulaient faire l'aumône il ne leur resterait! ien pour eux -mêmes, qu'ils pouvaient se servir de faux poids et de fausses mesures, que ceux qui ne cherchaient pas à s'approprier le bien d'autrui se por-

taient un immense préjudice, qu'il ne fallait pas laisser unaffiont impuni , pour ne point passer pour un pusillanime et un lâche. On a vu des mères , et plaise au Ciel qu'il ne s'en trouve pas encore de nos jours, qui ont eu assez peu de pudeur elle-mêmes pour commander à leurs filles de se vêtir d'une manière immodeste, dese présenter en public dans un état de nudité scandaleuse, pour attirer les regards sur elles, d'aller aux théâtres, dans les sociétés quelles qu'elles fussent, d'assister aux bals Reprendre part à toutes les réjouissances profanes , de se mettre aux fenêtres , de se tenir aux portes de leur logis, afin d'être exposées aux regards des passants, dese permettre des cajoleriesavec toute espèce de jeunes-gens, de se monlreraimablesenverseux, pour qu'elles pussent trouver un parti, et qui les engageaient enfin à ne pas vivre retirées comme des sauvages, mais à se prodiguer, afin encore de trouver un moyen de s'établir. Les jeunes gens et les jeunes filles qui appartiendraient à de tels pèyes et à de telles mères seraient-ils tenus les uns et les autres à se soumettre à des ordres de cette nature? AU! non sans doute ! Si donc il se trouvait jamais de tels parents qui osassent vous commander semblables choses , répondez-leur avec modestie et en même temps avec respect, mais avec franchise et d'un ton décidé, que Dieu vous défend de voler, de faire tort au prochain en aucune manière , de vous venger; mais qu'il vous ordonne d'aimer ceux qui vous ont offensés; qu'il vous défend de vous exposer aux occasions prochaines du péché, d'être pour les autres un sujet de scandale et de ruine , de rien faire de contraire à sa sainte loi, que conséquemment vous ne pouvez ni ne devez leur obéir dans ces circonstances. Dites-leur ce que dirent saint Pierre et saint Jean aux princes des prêtres. Jésus-Christ leur avait ordonné de prêcher l'Evangile à tout l'univers , et les prêtres leur avaient fait un commandement tout contraire: jugez, leur répondirent-ils, s'il est juste et convenable de vous écouter plutôt que Dieu : Si justum est vos poliùs , quam Deum audit e ,judicate (Act. 4).

6. Mais que devrait on penser, si un père défendaità un de ses enfants d'embrasser l'état ecclésiastique ou d'entrer dans le cloître vers lequel il se sentirait porté par une inspiration particulière, ou à une fille d'embrasser l'état religieux, quoique Dieu l'y appellerait? Je réponds que si les parents étaient dans une nécessité extrême et même grave , et que par conséquent ils eussent besoin de l'appuiet de l'assistance de leurs enfants, etque même ils fussent en danger d'y tomber s'ils n'en étaient secourus ou par leur travail ou par leur induslrie , dans ce cas , suivant la doctri*

ne de saint Thomas et de tous les théologiens, cesenfants.de quelque sexe qu'ils soient, ne pourraient point quitter la maison paternelle, délaisser leurs infortunés parents, pour embrasser l'état religieux. Ils sont alors obligés de leur obéir et de rester dans le siècle où ils pourront subvenir à leurs besoins pressants. Laraison en est que l'entrée en religion n'est que de conseil , tandis qu'assister des parents qui sont dans la nécessité est de précepte naturel et divin , et que persister dans la résolution d'embrasser l'état religieux, ce serait se rendre coupable de cruauté et de barbarie. Mais qu'en serait-il si ce jeune homme et cette jeune fille avaient fait vœu d'embrasser cette profession? pourraient ils alors quitter leurs parenls pauvres et malheureux, pour accomplir ce vœu?. le réponds absolument que non, et j'ajoute qu'un tel vœu est nul et qu'il n'est point obligatoire. Pour que le vœu lie celui qui l'a fait , il faut qu'il soit d'un bien meilleur, et qu'il ne soit pas un obstacle à l'accomplissement d'un précepte divin. J'ai dit que dans u n tel cas les enfants ne doivent pas entrer en religion (j'excepte ici l'état ecclésiastique), parce que vivant dans le siècle, ils peuvent encore plus facilement peut-être nourrir leurs parents et leur fournir les autres choses nécessaires à la vie.

7. Mais si les pères et les mères , sans avoir nullement besoin de l'aide de leurs enfants, voulaient s'opposera leurs saintes intentions pour des fins vaines, intéressées et purement humâmes, dans ces cas les enfants ne sont point astreints à l'obéissance.Et vous, jeunes gens, qui vous sentez appelés à servir le Seigneur dans quelque établissement religieux où la règle est bien suivie et où la piétéest en vigueur, examinez bien avec toute la maturité possible, si telle est votre vocation, et lorsque vous aurez acquis la certitude morale qu'elle vient de Dieu .suivez l'impulsion de l'Esprit-Saint , qui vous guide vers le port du salut; hâtez-vous de sortir de cette Babvlone criminelle sans plus vous occuper de vos parenls, ni deleurs oppositions ou empêchements. Et quoique , dit saint Jérôme (epist. ad Nepotian.), votre mère chercherait à mettre obstacle à votre fuite , à arrêter vos pas par ses pleurs et ses gémissements, en vous montrant le sein qui vous allaita; quand même votre père, pour s'y opposer,s'élendraitsnr le seuil delà porte, triomphez de tous ces obstacles , et courez embrasser dans le cloître la croix de Jésus-Christ.

8. Cependant dans le siècle où nous vivons nous voyons rarement que les parents commandent des choses contraires à la loi de Dieu ; et nous ne croyons pas qu'il y en ait d'assez impies

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pour ordonner à leurs enfants de faire des choses criminelles, ou pour leur défendre d'embrasser létal ecclésiastique, ou l'état religieux quand ils y sont appelés de Dieu. Tous les torts viennent du côté des enfants qui ne veulent pas obéir à leurs parents dans les choses auxquelles ils sont obligés sous peine de péché. Je ne dis pas quelorsqu'ils se rendent coupables d'une petite désobéissànce.ilsaient commisune Faute grave comme aussi Lorsqu'ils contreviennent à une admonition, qu'ils ne suivent pas un conseil, qu'ils ne tiennent pas compte d'une exhortation , pourvu que ce ne soit pas par mépris , et que la chose ne soit pas commandée ou défendue par une autre loi. Mais je dis qu'ils sont tenus d'obéirà leufls parents, quand ils leur commandent des choses qui regardent l'honneur de Dieu, les bonnes mœurs, le salut de leur âme, la fuite des péchés, et même encore la bonne administration de la famille. Ils pécheront donc gravement quand dans quelque chose notable ils contreviendront aux commandements ou aux défenses de ces parents.

9. A présent comme il importe beaucoup que les enfants soient parfaitement instruits dans une matière telle qu'est celle de l'obéissance aux parents, et qu'ils sachent quand ils pèchent et quand ils sont en défait, il est nécessaire que nous en venions à la pratique , et que nous disions quelque chose sur chacun des points indiqués. Ils pèchent gravement dans ce qui a rapporta l'honneur de Dieu, ces enfants auxquels les parents commandent de réciter soir et matin les prières accoutumées, de faire les actes de foi, d'espérance et de charité, de faire quelque lecture spirituelle, des méditations sur les vérités éternelles, l'examen de conscience, ou de vaquer à quelque autre exercice de dévotion (pratiques qui sont si utiles et même nécessaires pour conserver la piété, et pour nous maintenir dans la grâce), ils pèchent gravement, dis-je, s'ils refusent de le faire, ou s'ils l'oublient par négligence, llspèchent pareillement si, contrevenant aux ordres paternels, an lieu de respecter le saint nom de Dieu , ceux de la Sainte-Vierge el des Saints, ils le prennent en vain , le prononcentaveo mépris, on si, bien loin de sanctifier les fêtes en vaquant à des œuvres de piété , ils passent ce saint temps sur les places publiques, dans leurs maisons, dans les spectacles publics, dans les jenxet dans les promenades. Ils se rend ent encore coupables de péché , ces enfants , qui étant envoyés par leurs parents à la messe , au catéchisme , ou aux prédications, n'y vont point ou ne veulent ;>a>; a!!er,et refusent de participer aux sacrements, selon Icscuiiseils qu'ils leur en donnent, supposé qu'ils y apportent

l<\s dispositions convenables. Pour ce qui reg.inlelesbonnes mœurs, ils se rendent très coupables si, malgré leur défense, ils continue:)!; à proférer des paroles inconvenante; et scandaleuses qui sont si peu séantes dans la bouche d'un chrétien. Il en est ainsi pareillement s'ils veulent fréquenter des personnes de mauvaise vie,et qui de plus ne joui sent d'aucune considération dans les lieux qu'elles habitent et où elles sont notées d'infamie par la dépravation de leurs mœurs.

10. Ils pèchent en second lieu, ces enfants qui désobéissent à leurs parenls dans les choses qui ont rapport à la fuite des péchés et au salut de Pâme, comme par exempte, s'ils leur défendent de prendre part à certaines réjouissances profanes, de vaquer aux œuvers sprules le dimanche, d'assister aux comédies, de jouer aux jeux de hasard, de fréquenter les lieux de débauche, et surtout s'ils leur enjoignent de s'éloigner des maisons et des sociétés où la dissolution et le libertinage sont en honneur; il est hors de doute que s'ils ne se soumettent pas dans ces cas, i!sse rendent grandement co ripa blés. Nous en dirons autant de ces jeunes personnes du sexe à qui leurs mères interdisent les bals, les sociétés dangereuses, auxquelles elles, défentlent de se montrer en tel et tel lieu, de converser avec déjeunes libertins, et de s'échapper pour ainsi dire du sein de leur famille où elles sont à l'abri du vice, de se vêtir d'une manière inim'id'Ste, d'accepté* tout don quel qu'il soit et qui serait une provoration au crime ; elles pèchent certainemen t ces filles, si elle-; ne se conforment pas à leur volonté. Il est encore hors de doute qu'elles se rendent coupables de péché, lorsque ne pouvant par crainte ou par une espèce de pudeur, avoir des rapports pendant le jour avec des jeunes sens, elles les attirent secrètement de nuit auprès d'elles, et lorsque , malgré leurs parents, elles reçoivent des messages, des lettres et des présents de la part de «eux avec qui elles ont lié un commerce scandaleux. Oui, elles pèchent mortellement dans ces cas, puisque toutes ces choses étant ou criminelles en elles-mêmes, ou frayant la soie au péché, sont un obstacle à leur salut éierncl. Enfin ils sont coupables ces enfants qui ne tiennent aucun compte des ordres paternels concernant la bonne administration de la famille. Venons à la pratique. Ce père commande à ses enfants de rentrer dans la maison a une heure désignée, leur défend «le sortir la nuit, de perler des armes, de vendre, de donner, ou 4e disposer de certaines choses sans son autorisation, de rien aliène!', de rien sacrifier de ce qui lui appartient, et ils font

tout le contraire. Il les envoie aux écoles , afin qu'ils s'y instruisent, ou bien il leur fait apprendre quelque art, ou quelque métier, et bien loin de s'adonnera l'étude, de s'y appliquer, de s'efforcer de profiter des leçons qui leur sont données par leurs maîtres, dans la profession mécanique qu'ils ont embrassée, ils perdent leur temps dans l'oisiveté , ils s'abandonnent aux vices. II est hors de doute que ces comm andements ou ces défenses obligeant étroitement , ces enfants pèchent gravement en les transgressant.

11. Mais les enfants sont-ils tenus, quant à l'état matrimonial, de dépendre de la volonté de leurs parents, et de se conformer entièrement à leurs injonctions ? Seront-ils obligés de les consulter avant de se décider à quelque chose? ou bien pourrontils contrairement à leur volonté prendre pour épouse celle qui leur convient, ou ces filles pourront-elles prendre l'époux qu'elles ont en vue? Je réponds que c'est-là un point qui présente beaucoup de difficultés , et dont la solution dépend de différentes circonstances, .le dis donc qu'absolument parlant, les enfants sont libres de choisir un état, que ce soit l'état ecclésiastique, l'état religieux, ou celui du mariage. A cette égard, les pères ne peuvent point gêner leur volonté, comme on ne le voit que trop souvent de la part de quelques-uns, qui ayant une grande quantité d'enfants, sans auparavant consulter Dieu, et sans connaître quelle est leur vocation, destinent celui ci au mariage, celui-là au célibat, cet autre à l'état ecclésiastique , et leurs filles à L'état religieux, ou toutes ou quelques-unes. Mais vos enfants, à vos yeux, misérables pères, ne sont-ils que des statues, pour vous permettre de les placer l'un dans un endroit, et l'autre dans un autre? Est:ce à vous ou à Dieu de disposer de leur vocation? Mais si Dieu réclamait pour lui cet enfant à qui vous imposez le mariage ou le célibat? mais s'il repoussait de son sanctuaire celui que vous y introduisez de vive force? mais si cette fille n'éprouvait aucun goût pour le cloître, ne serait ce pas en vérité abuser de votre autorité que de prétendre ainsi fixer et désigner l'état que chacun de vos enfants doit embrasser ? Concluons donc que les enfants sont libres dechoisir celui auquel ils sentent que Dieu les appelle, et si cet état est le mariage, les pères ne peuvent pas les en empêcher, ni les contraindre à s'unir aune personne qui ne leur plaît pas et pour laquelle ils n'éprouvent aucune inclination. ' 12. Il est bien vrai que le mariage étant un état d'où dépend principalement le bon ordre, la paix et la conservation des familles, les enfants ne peuvent prendre aucun engagement sans

demander auparavant l'approbation et le consentement des parents. Ils sont libres, je l'avoue, de pouvoir contracter mariage; mais ils ne sont pas dégagés de l'obligation d'honorer leur père et leur mère. Il y a une grande différence entre la liberté de faire choix d'un état, et celle de rendre les devoirs respectueux à des parents à qui ilssont dus et dont on ne peut pas les frustrer. Je dis donc en second lieu, qu'absolument parlant, selon la doctrine des théologiens , ces enfants qui , sans avoir pris conseil delenr père et de leur mère, s'engagent dans les liens du mariage, pèchent, parce qu'une conduite semblable démontre avec évidence non-seulement qu'ils ne tiennent nul compte de leur autorité, mais même qu'ils la méprisent , dans une chose d'une aussi grande importance. Si l'épouse que choisit un jeune homme on l'époux auquel s'unit une fille, déplaît aux parents, comme cela ne manque pas d'arriver dans ces choix capricieux, qui peut raconter les dégoûts, les amertumes, les chagrins dont ils les abreuvent? Que de discordes, que de troubles en sont la suite? Ce serait encore pire s'ils introduisaient dans la famille des personnes dont la naissance et la fortune ne seraient pas en rapport avec la leur. Quand donc nous disions que les enfants ont toute liberté dans le choix d'un état, cela doit s'entendre dans ce sens, que les pères ne peuvent pas en conscience leur défendre un honnête mariage, m'y mettre obstacle; mais ils ne perdent pas pour cela le droit d'exiger d'eux cette soumission et cette dépendance qui consistent en ce que, avant de s'unir par les liens du mariage, ils prennent avis d'eux dans cette circonstance. Si vous voulez ne pas vous souiller d'un péché grave et que Dieu bénisse votre mariage, ayez doue soin, 6 enfants, de consulter toujours vos parents avant de vous engager.

13. Je viens devons indiquer quelles sont les choses dans lesquelles les enfants doivent se montrer soumis et obéissants. Et cependant, qui le croirait? on voit aujourd'hui un grand nombre d'enfants mépriser les ordres de leurs parents qui ne leur prescrivent rien que de raisonnable, ordres qui n'ont pour but que l'honneur de Dieu et les bonnes mœurs, et qui nesont donnés que dans la vue de les éloigner du péché et de leur procurer le salut éternel; ordres enfin qui sonlnécessaires pour l'administration des atTairesaomestiqucs,siconformesàla nature même et à la religion. Combien qui, lorsqu'on leur dit de réciter chaque jour leurs prières , d'employer les jours de fêtes à des œuvres de piété, et de vaquer à de saintes pratiques, de ne point se marier sans avoir fait part de leur dessein à qui de droit, de ne point s'exposer à des oc-

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casions dangereuses, secouent la tête en forme de mépris, ou répondent avec un Ion d'arrogance , qu'ils veulent agir à leur manière et épouser qui bon leur semble? Ils en viennent jusqu'à mépriser leurs commandements ou leurs défenses , et osent leur ré pondre en fane qu'ils aient à s'occuper d'eux-mêmes, qu'ils n'ont point à se mêler de leurs affaires, qu'ils peuvent crier tant qu'ils le voudront ou se taire, qu'ils feront toujours pire. Enfin , combien d'enfanis ont été tellement désobéissants qu'ils ont fini par lasser la patience de leurs parents, qui ont pris le parti de ne plus rien leur commander, pour ne plus s'exposer à des refus et à des résistances humiliantes.

14. Ah! pauvres pères, ah! mères infortunées de ces fils insoumis et indociles, de ces filles revécues ! c'est ainsi qu'ils vous témoignent leur reconnaissance pour tant de bien que vous leur avez fait ! 0 enfants insensibles et ingrats ! quoi ! Est-ce ainsi que vous appréciez les ennuis qu'éprouva votre mère en vous portant dans son sein, tant de douleurs qu'elle ressentir en vous mettant au jour, tant de sollicitudes et de peines auxquelles elle se condamna pour vous soigner dans vos maladies? Est-ce ainsi que vous payez tant de travaux pénibles auxquels votre père s'est condamné pour vous, tant de sueurs qui ont inondé si souvent son front, afin de vous nourrir et de vous mettre en état de pouvoir vivre honnêtement dans la profession que vous avez ou que vous désirez embrasser? Et tous ces bienfaits vous 1er. payez par vos résistances, par vos désobéissances, par les amertumes elles chagrins dont vous abreuvez leur cœur? Sachez cependant que toutes ces rébellions, ces indocilités vont beaucoup plus loin que vous ne pensez. L'autorité que vos parents ont sur vous dérive de Dieu: et c'est lui-même que vous attaquez , et à nui vous résistez ; il se trouve offensé d'une conduite pareille, et l'injure que vous Entes à vos parents, c'est à lui-même que vous la faites.

15, Rentrez donc une fois en vous-mêmes, jeunes gens rebelles; apprenez, à l'exemple de ces enfants dociles et obéissants, qui, comme nous le lisons dans les saints livres, écoutaient avec tant d'humilité les ordres paternels et les accomplissaient avec tant de promptitude , à recevoir et à exécuter ceux de vos parents, comme s'ils sortaient de la bouche même de Jésus-Christ. Rappelez à votre mémoire. Isaac, fils du patriarche Abraham (Gen. 22): Dieu pour éprouver la foi de l'un et de l'autre, ainsi que leur espérance et leur charité, commande à ce dernier de lui sacrifier sur une montagne cet enfant si cher à son cœur. Admirons d'un côté

l'obéissance d'Abraham, et de l'autre celle d'Isaac. Ce père, après l'avoir conduit dans l'endroit que le Seigneur lui avait indiquerait part à ce fils de l'ordre qu'il vient de recevoir de la bouche de Dieu, ïsaac, déjà loin de l'enfance, et qui était parvenu à l'âge de la virilité, va peut-être se révolter et faire quelque résistance pour ne pasêire immolé? JXon, il se laisse lier et étendre sur l'autel , et si Dieu, satisfait de la bonne volonté d'Abraham , n'eût arrêté son bras, on auraitvu untils,sans opposer laforce à la force, étreégorgé par son père. Mais vos parents, jeunes gens, vous commandent-ils des choses aussi pénibles, aussi contraires aux sentiments naturels ? ISon , ils ne vous commandent autre chose que d'être respectueux dans l'église, que d'assister à la sainte messe, airx instructions, aux prédications, que de passer les fêtes dans la pratique des œuvres de piété, et vous refuseriez de faire des choses aussi faciles?

Ï6. Va, dit Dieu, au prophète Jérémie vc. 35) et rassemble dans mon temple tous les Récabitcs : après avoir rempli de vin «ne grande quantité découpes, tu leur diras qu'ils le boivent. Non, répondirent les Récrites, nous n'en boirons jamaKEt pourquoi? Parce que Jonadalxfils de notre père Récab,entre autres commandements , nous a fait celui de n'en jamais boire , c'est un commandement sacré et que nous ne nous permettrons jamais de violer dans aucune circonstance, ni à aucune époque de notre vie. Et Dieu, ô enfants, vous ordonne de vous soumettre à vos parents, et ceux-ci ne vous ordonnent pas de vous abstenir devin; mais ils vous commandent de vous éloigner des sociétés dangereuses, d'être la nuit dans le sein de votre famille; ils vous défendent le jeu , les comédies, les maisons de débauche; ils vous défendent à vous , filles, de rechercher la compagnie des jeunes gens, d'avoir des commerces dangereux avec des libertins qui attireront sur votre tête la honte et l'opprobre ; el vous croiriez avoir raison en n'accomplissant pas ces commandements, en ne respectant pas ces défenses?

17. Mais sans aller chercher d'autres exemples, venons à celui qu> nous offre notre divin Rédempteur , qui devrait avoir lui seul plus d'efficacité pour nous déterminer à la parfaite obéissance que tous ceux que nous pourrions citer. One dit l'Evangile de ce dh in Sauveur , et de sa vie pendant les trente ans qui précédèrent l'époque où il commença à remplir le ministère pour lequel il avait été envoyé sur la terre? Rien autre , sinon qu'il disputait avec les docteurs dans le temple , qu'il était obéissant à ia Sainte-Vierge et à saint Joseph son nourricier: el crat subdilus

Mis (Luc. c. 2). Maïs quel est celui qui est ainsi soumis et obéissant? Jésus-Christ , fils de Dieu, Dieu et homme lout ensemble. A qui se soumet- il et obéit-il? A Marie qui, quoiqu'elle fût sa mère , n'était que sa créature ;à saint Joseph, qui était un pauvre charpentier. Oh ! quel bonheur règne dans cette famille ! Allez, mon fils, disait Marie à Jésus , et Jésus obéissait. Venez , mon fils , et travaillons , disait saint Joseph à Jésus , et Jésus obéissait. Oh ! quelle affection, quelle tendresse éprouvaient ces deux vénérables personnages pour ce divin enfant! quelles larmes douces s'échappaient de leurs yeux quand ils voyaient un Dieu obéir et se soumettre avec tant d'empressement et d'exactitude/ El vous, enfants, qui n'êtes que des vers de terre, de misérables créatures, cendre et poussière, voudriez-vous comme des orgueilleux vivre dans l'indépendance, pourriez- vous n'être pas soumis à vos parents, refuser de leur obéir ? et oseriez vous transgresser un précepte qui tire toute sa force de Dieu même et que Jésus-Christ est venu confirmer par ses enseignements et par ses exemples?

18. Ce qu'il y a de déplorable , c'est qu'un grand nombre d'enfants ne font aucun cas de ces péchés si énormes, s'en confessent à peine, et lorsqu'ils le font, ils manquent presque toujours à l'intégrité de la confession. Car ils n'avouent tout au plus que la désobéissance dont ils se sont rendus coupables envers leur père et leur mère; mais ils ne spécifient pas la matière de cette désobéissance, qui étant grave de sa nature, comme elle l'est dans celles que nous avons déjà indiquées , rend par conséquent le péché grave aussi; et s'ils n'ont pas une sincère douleur de l'avoir commis et le ferme propos de s'en corriger (conditions nécessaires pour faire une bonne confession, et dont manquent souvent celles de ces enfants, vu que, immédiatement après , ils retombent dans les mêmes fautes), il en résulte que par une semblable conduite, ils sont indignes de l'absolution , et que s'ils la reçoivent elle est nulle et sacrilège. Il arrive aussi quelquefois que les enfants, sortant la nuit et allant dans des lieux où ils ont des commerces dangereux avec des personnes du sexe, et fréquentant des libertins , commettent des péchés ou de pensée ou d'action , dont peut-être ils s'accuseront, mais non de la désobéissance dont ils se sont rendus coupables; et par là-même ils auront manqué à l'intégrité de la confession. Pour qu'elle soit donc entière , il est nécessaire de confesser le péché commis, et la désobéissance qui en a été la cause.

19. Mais qui pourra donner une véritable idée de l'énormité et de la gnévelé de ces désobéissances ? C'est d'après les châtiments

que Dieu inflige aux enfants rebelles que nous pourrons en jugeiv Dans l'ancienne loi la peine de mort n'était décrétée que pour les* péchés très graves. Or, écoulez ce que Dieu dit dans le Deutéronomc (c. 21) : Si un homme a un fils opiniâtre, désobéissant et rebelle qui ne veuille pas se soumettre aux commandements, de son père et de sa mère, et qui ayant été repris etcorrigé, persiste dans sa désobéissance, ses parents le saisiront et le conduiront devant les anciens du peuple, dans les lieux où se prononcent ordinairement les sentences , et ils leur diront : Voici noire fils,, c'est un obstiné et un rebelle, il ne tient aucun compte de nos avertissements , et il s'abandonne à la débauche , à l'impureté et à toutes les dissolutions. Alors tout le peuple s'élèvera contre lui,, et le lapidera ; en sorte que par sa mort vous fassiez disparaître du milieu de vous ce scandaleux, et que tout Israël en apprenant ce châtiment soit pénétré de frayeur. Àvez-vous entendu, enfants, s'écrie saint Jean Chrysostôme (ser. in var. loc. Gen.), avez-vous entendu quelle est l'énormité du péché de la désobéissance aux. parents? c'est un péché qui offense, pour ainsi dire, tout le genre humain , et pour cela, Dieu exige, non qu'un seul homme se charge de punir cet infortuné, mais que tout le peuple s'arme pour l'exterminer. Oh ! combien de fils seraient aujourd'hui lapidés par le peuple , si celte loi sévère avait été maintenue dans toute sa vigueur! Mais s'il en est ici quelques-uns d'obstinés et de rebelles, ne croyez pas,leur dirai-je, qu'en persévérant dans votre péché vous puissiez échapper aux châtiments qui vous sont réservés. Si vous n'êtes pas lapidés et punis par la main des hommes, comme cela se faisait dans l'ancienne loi, Dieu vous châtiera, non seulement en ce monde, niais encore d'une manière plus horrible dansl'aulre.La sainte Ecriture et l'histoire ecclésiastique nous le prouvent par de terribles exemples. Mais non , Seigneur, suspendez votre bras vengeur, ne frappez pas ces enfants qui, entourant ici vos autels, prêtent uneoreille si attentive à voire parole, et aujourd'hui protestent dans loule la sincérité de leur âme qu'ils veulent désormais se montrer dociles et obéissants envers leurs parents. Tous sont disposés à respecter votre autorité divine dans la personne de leur père et de leur mère, lis détestent loutes leurs désobéissances et tous leurs manquements passés. Ils honoreront à l'avenir leurs parents par une soumission parfaite , se conformant aux inspirationsde la nature, à voire commandement et à vos sainis exemples, afin qu'ils soient tous du nombre de ces enfants que vous avez promis de bénir et de récompenser ici- bas par une longue vie, et par la bienheureuse éternité dans le Ciel.

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