VINGT-QUATRIÈME INSTRUCTION
Sur les deux autres devoirs des enfants envers leur père et leur mère, et qui sent le respect et l'amour.
Puisque l'obéissance aux parents est un devoir qui fournit matière à tant et à de si graves infractions, j'ai eu raison d'en faire le sujet unique d'une instruction. Il me reste à présenta vous parler des deux autres devoirs imposés aux enfants envers leurs parents : ce sont le respect et l'amour. Je me propose de vous démontrer quelles sont leurs obligations à cet égard; en quelles choses ils doivent leur témoigner ce respect et cet amour; et combien ils se rendent coupables en violant celte obligation. Je parlerai d'abord du respect qu'ils leur doivent.
1. Que les enfants se comportent avec révérence et respect envers leurs parents, c'est un devoir que leur impose la nature. Les sages mêmes de l'antiquité, éclairés des seules lumières de ià raison, enseignèrent qu'on doit premièrement respecter et honorer Dieu, puis lesparenls. Quand ensuite le Père souverain de tous les hommes voulut graver sur des tables sa loi naturelle, il n'imposa aux enfants d'autres précepte que celui-ci : honora palrem et mairem tuam, honore ton père et ta mère. Mais parmi les devoirs donlilsontàs'aequitterenvers leurs parents, n'avons-nous pas fait entier ceux de l'obéissanceet de l'amour? Pourquoi donc s'en tient-il à ce commandement? Quoiqu'il en soit, Dieu ne fait expressément mention que de l'obligation de les respecter et de les honorer, pour signifier que ce devoir est un des plus nécessaires et des plus importants, et pour mieuv dire, afin de nous faire connaître que les deux autres s'y trouvent renfermés. En effet, celui qui respecte ses parents ne pourra certainement que leur obéir avec promptitude et empressement, et les aimer, comme cela est juste, leur donnant des preuves sensibles de cet amour en subvenant à leurs besoins dans leurs pressantes nécessités. Nos parents sont ceux dont Dieu s'est servi pour nous mettre au monde; ils sont les images vivantes du Créateur; ce sont eux qui nous ont élevés, nourris, et qui nous ont été donnés pour soigner notre corps et notre âme: ils méritent donc que nous leur témoignions les sentiments de notre reconnaissance. C'est pour cela que Dieu veut que nous avons pour eux un grand respect et une grande vénération, parce qu'il considère îa qualité de père et de mère comme une chose élevée, et su-
biime. Bien plus, le Saint-Esprit dans l'Ecclésiastique (c. 3.) juge Gomme étant d'une telle conséquence le respect et l'honneur rendus aux parents, qu'il les fait marcher conjointement avec le respect et l'honneur qui sont dus à Dieu : « celui qui a craint le Seigneur, dit-il , honore ses parents et leur est » soumis comme à des maîtres et à des seigneurs, qui l'ont en- » gendre.» C'est comme s'il disait qu'on ne peut pas craindre Dieu sans honorer ses parents, et que comme i! veut é!re plaint et respecté, il veut aussi qu'on en agisse de même avec les pères et les mères.
2. Et il suffit,en effet, de les envisager sous ce nom etsous.ce titre de pères pour être forcés d'avouer que nous leur devons respect et honneur. Le Seigneur se plaignant par la bouche du prophète Malachie (c. 1) de l'ingratitude du peuple Hébreu , qui voulait vivre dans l'indépendance et dans l'oubli deses bienfaits,disait: un fils honore son pire, et un serviteur son maître. Si donc je suis votre père , où csl l'honneur que vous me rendez? Et si je suis votre maître et votre seigneur, où csl votre crainte pour moi? Or , ces paroles que Dieu adresse à tous les hommes en sa qualité de père et de maître, un père qui a reçu de Dieu le pouvoir et l'autorité sur ses enfants , peut les leur adresser en toute justice : si je suis votre père, où est le respect que vous me portez? et si je suis votre maitre et votre seigneur, où est la crainte que vous avez de m'offenser? Ils ne peuvent donc point, ces enfants, être exempts de l'obligation déporter «n profond respecta leurs parents; et ce respect doit être nonseulement extérieur, mais encore intérieur, c'est-à-dire qu'ayant sou principe elsasourcedanslecœur, il doit se manifester par des effets sensibles, ou autrement par les manières et les discours; res pecl intérieur et sincère dont ils ne pourront se défendre envers cux,s'ds réfléchissent et s'ils sont bien convaincus qu'ils sont élevés au-dessus d'eux par leur qualité de pères. Qu'il n'y en ait pas parmi vous qui se permettent de dire qu'ils seraient enfants respectueux, s'ils ne découvraient en leurs parents des vices et des défauts choquants qui leur enlèvent le respect qu'ils désireraient avoir pour eux. Ce n'est pas pour cela, réplique saint Chrysostôme, qu'ils sont privés de celle supériorité qu'ils ont sur vous cl qui les rend toujours dignes de tout respect et de tout honneur. La loi divine nous apprend qu'il faut dans un pécheur ne point confondre l'image et l'œuvre de Dieu avec les œuvres du démon.
Il faut autant haïr le péché , qu'il faut aimer celui en qui il règne; et il faut séparer le péché du pécheur. Si l'on doit en agir ainsi
avec toute espèce de personnes, à plus forte raison les enfants doivent-ils agir de la môme manière avec leurs parents. Il faut toujours qu'ils se souviennent que, dans quelques fautes dégradantes qu'ils soient tombés, ils continuent à porter en eux l'image de Dieu , qu'ils en tiennent la place, en exercent l'autorité et que par conséquent ils ont le droit d'exiger de leurs enfants honneur et respect.
3. Je suis convaincu maintenant que je dois honorer et respecter mes parents; mais il faut que vous m'appreniez aujourd'hui comment et quand je dois les honorer. Je répondrai qu'il n'est pas besoin que je vous instruise moi-même de celle obligation, parce que le Saint-Esprit s'en est chargé (Eccl. c. 3). Voici ses paroles: In opère et sermone et inomni patientia honora patrem luum. Cette révérence et ce respect doivent se manifester par les œuvres , par la parole et par la patience. In opère : vous ferez d'abord connaître par vos œuvres que vous respectez vos parents, quand vous ne ferez rien d'important sans leur en parler, sans prendre conseil d'euv et sans obtenir leur consentement. Des enfants religieux doivent consulter leur père et leur mère , s'ils sont dans l'intention de faire un long voyage qui les oblige de s'ab* senler pendant quelques jours de la maison paternelle, s'ils veulent embrasser une profession, former quelque liaison, en un mot, quand ils veulent entreprendre quelque affaire que ce soit, et se décider à quelque chose d'important de sa nature. S'ils se rappellent ce que nous avons déjà dit plus haut, c'est-à-dire que le mariage est une chose grave en elle-même, ils ne devront pas s'y engager sans en avoir averti leurs parents, demandé leur avis et obtenu de leur part une adhésion à leur projet. Leur intérêt même doit les exciter à celte démarche; car quelle connaissance et quelle expérience peuvent avoir des enfants pour procéder à un choix duquel dépendent leur repos, leur tranquillité, leur bonheur dans la vie présente et leur salut éternel dans l'autre? La jeunesse se laisse enthousiasmer par tout ce qui frappe ses sens, et rarement par ce qui lui convient le mieux. Mais il n'en est pas ainsi des parents à qui une longue et profonde expérience acquise par les années a donné une connaissance parfaite de ce qui est le plus expédient. Dieu leur communique les lumières nécessaires pour diriger leurs enfants dans le choix convenable d'un étal tel qu'est celui du mariage, comme aussi dans le choix de tous les autres. Montrez donc par vos œuvres à votre père et à votre mère, ô enfants qui m'entendez, cet honneur et ce respect dont ils sont dignes sous tant de rapports. •—■
4. Cela ne suffit pas encore ; il faut de plus leur témoigner ce respect et cet honneur dans vos paroles: In serment honora patron luum. Quand les enfants parlent à leur père , il faut que la révérence, l'humilité, la modestie et la douceur percent dans leurs discours. Si tout inférieur doit parler ainsi avec ses supérieurs, àplus forte raison, les enfants sont-ils tenus d'en agir de même; eux qui outre l'autorité dont ils sont revêtus et leur supériorité bien marquée, leur ont donné de plus l'existence? Un bon fils n'oublie jamais les devoirs qu'il a à remplir envers ceux qui l'ont mis au monde, et ne perd jamais de vue celte puissance qu'ils ont reçue et qu'ils conservent en tout temps sur lui. En conséquence, quand il traite avec eux, il pèse et mesure ses termes, et se garde bien de rien dire qui se ressente le moins du monde d'une irrévérence, quelque petite quelle soit, et qui puisse les irriter ou leur causer le moindre ennui. Oh! quel b'au spectacle présente une famille chrétienne où l'on n'entend que des paroles de charité, qui n'ont rien de choquant, rien de rude, rien de mortifiant, et qui sont L'expression la plus vive d* cette cordialité réciproque, de celte soumission et de cette dépendance dans laquelle les membres de cette famille vivent entre eux! Le père qui gouverne ses enfants avec amour et tendresse, les avertit de ce qiuls doivent faire et éviter; il les corrige quand il est nécessaire, et ces enfants, qui l'écoutent avec attention, lui répondent avec respect. Ces derniers doivent par leurs paroles empreintes d'une douce charité soulager les douleurs de leurs parents, les excitera la patience, les consoler d.ms leurs afflictions, et être pour eux ce qu'était pour ses parents l* jeune Tobie, dont Aune sa mère dirait : il est la consolation de notre vie: Solalium vitœ nostrœ. Ensuite ils doivent s'abstenir avec toute l'attention possible des paroles irrespectueuses, mortifiantes, dures et dédaigneuses. Il ne faut pas que jamais ils se permettent d'éclateren reproches contre eux, et beaucoup moins de les outrager. Enfin ils doivent bien se garder de publier le;, faiblesses, les vices et les défauts auxquels ils auraient été sujets parle passé, ou auxquels ils pourraient encore l'être actuellement. Telle est la manière dont vous témoignerez à vos parents par vos paroles le respect que vous leur devez.
5. L'Esprit Saint ne s'arrête pas là, et il ne lui suffit pas de convaincre les enfants qu'ils doivent honorer leur père et leur mèrepar les œuvres et par les paroles; mais il exige encore qu'ils les honorent par des actes de patience : in omni patient ia honora patron luum. Oui, eufanls, vous devez en toute soumission
et en toute patience supporter leurs faiblesses, leur mauvaise humeur, leurs défauts et leurs emportements. Et que n'ont-ils pas eu à supporter de vous tandis que vous étiez dans l'enfance? Que d'imporlunilés, que de cris, que de pleurs de votre part, et auxquels ils n'ont répondu que par des tendresses et des soins! que de sollicitudes, d'attentions n'ont-ils pas eues pour vous, à quelles peines , à quels travaux ue se sont-ils pas condamnés pour subvenir à vos besoins? El vous, à voire tour, vous ne voudriez rien souffrir de leur part? Elle est inadmissible celle excuse de tant d'enfantsqui prétendent se justifier en disant que leur père et leur mère sont d'un mauvais caractère , si chagrins, si maussades, etsi exigeants qu'ils ne peuvent jamais les contenter, qu'ils se laissent aller à des transports de colère pour des riens , qu'ils sont toujours à les admonester, à les réprimander, et qu'ainsi pour pouvoir vivre avec eux, il faudrait avoir reçu du Ciel une patience angélique. Qu'importe tout cela? Vous ni; devez point vous lasser de les honorer par votre patience. Car, ou ils agissent ainsi avec raison parce que vous leur en fournisse* le motif, ou non. S'ils agissent avec raison , de quoi vous plaignez-vous, s'ils se mettent en colère, s'ils élèvent la voix, s'ils vous corrigent durement? C'est à vous seuls que vous devez vous en prendre. et c'est à vos manquements qu'il faut attribuer ces menaces, ces réprimandes, ces corrections dont vous êtes l'objet.
6. S'ils se livrent contre vous sans raison et sans motif à des emportements, vous ne devez pas , selon les divines Ecritures, leur résister et leur répondre durement, mais les apaiser par des paroles douces et honnêtes, comme le veut l'Esprit Saint (Prov. lô): responsio mollis francjil iram. Que leur mauvaise humeur serve d'exercice à votre vertu , et que votre patience à les supporter vous tienne lieu de pénitence. Lors même que, ne le méritant pas, ils vous maltraiteraient, n'oubliez pas alors ie respect que vous leur devez en qualité d'enfants, et offrez à Dieu ces corrections et ces châtiments que vous ne méritiez pas. Demandez-lui avec des prières ferventes et par des gémissements intérieurs qu'il cbange leur caractère, qu'il amollisse leur coeur, et qu'il leur inspire des sentiments de tendre>s> et d'amour pour vous. Faites ce que faisaient les premiers chrétiens , quand ils avaient eu le malheur de naître de parents idolâtres, ou impies, lis ne se livraient pas à la colère, comme le font aujourd'hui tant d'enfants, et n'excitaient ni n'augmentaient leur courroux ou leur méchanceté par leur opiniâtreté et par leur insolence, mais ils employaient tous les moyens pour les adoucir et pour les calmer;
ils bénissaient cette bouchequi les injuriait, ils baisaient ces mains qui les meurtrissaient de coups , et sans jamais les contredire, sinon dans ce qui concernait leur religion et leur salut éternel , ils supportaient avec une patience admirable tous les mauvais traitements qu'on leur faisait subir. C'est par là que très souvent ils les convertissaient et les gagnaientà Dieu. Telle est, enfants, la manière dont vous devez honorer votre père et votre mère, c'està dire parles œuvres , par les paroles, et par la patience : in opère et sermone. J
7. La sainte Écriture nous fournîfdebeauxexemples de cet honneur que nous devons à nos parents. Elle met sousnos yeux, entre autres, celui du chaste Joseph (Gen. 46). Il était, comme on lésait, intendant suprême de l'Egypte, et cependant il ne rougit point d'avoir pour père et pour frères des homme,s qui n'avaient pour toute fortune que des troupeaux. Voyez, au contraire, avec quelle révérence et quel respect il accueillit son père, quand, pressé par la faim , il se rendit dans ce royaume d'après sa propre invitation. Il alla à sa rencontre avec une suite nombreuse, et un magnifique équipage, le reconnut pour son père, se jeta à son cou, l'embrassa et lui donna toutes les marques de cette vénération et de ce respect que doit rendre un fils à celui qui lui adonné le jour, le!ogea,le nourrit, et ordonna qu'on pourvût abondammentà sa subsistance. Le roi Salomon, le plus riche et le plus grand de tous les monarques qui aient existé et qui existeront, ayant appris que sa mère Belbsabée venait pour le visiter, se leva de dessus son trône, accourut à sa rencontre, s'abaissa devant elle, et ayant fait élever un trône , la fit asseoir àsa droite (2. Reg. 2). Je pourrais ici vous citer beaucoup d'autres exemples consignés dans l'histoire ecclésiastique; cependant je me borne à ceux que je viens d'indiquer.
8. Mais , combien ces beaux modèles sont peu imités , par les enfants d'aujourd'hui ! Oui sont ceux qui marchent sur les traces de ces grands personnages en honorant leur père et leur mère, comme ils les honorèrent? Et combien en est-il qui, étant promus à quelque ebarge ou à quelque poste éclatant, rougissent du peu de fortune de leurs parents, et refusent non seulement de leur donner les témoignages ordinaires de respect , mais ne veulent pas même les reconnaître? Si ensuite nous nous appliquons à examiner les trois manières par lesquelles, d'après l'Esprit Saint, un enfant doit les honorer, savoir, par les œuvres, par les paroles et par la patience , quels sont ceux qui réduisent en pratique ces saints enseignements, et qui ks accomplissent ? Quant aux
œuvres, en irouve-t-on à présent qui consultent leurs parents, prennent plaisir à dépendre d'eux, pour ce qui concerne quelques entreprises , quoiqu'elles soient d'une grande conséquence et d'une grande importance? Au contraire, il suffit que ces malheureux parents laissent apercevoir leurs intentions et leur -volonté, pour que ces enfants fassent loutle contraire de ce qu'ils veulent , et sans avoir égard ni à l'honneur de la famille , ni aux avantages qui seraient le résultat de leur soumission , ni à la tristesse, nia la douleur qu'ils leur occasionnent par leurs désobéissances , ils contractent des mariages suivant leurs caprices et qui ne leur attirent que des malheurs ou des chagrins.
9. Si nous parlons ensuite de l'honneur qu'on doit rendre aux parents par les paroles, quels sont ceux parmi les enfants qui accomplissent vraiment ce devoir, ou pour mieux dire qui n'y manquent pas? A voir leur conduite, il semble qu'ils se sont fait une habitude de n'adresser jamais à leurs parents une bonne parole. Et certains pères et certaines inères ne peuvent-ils pas avouerque jamais personne ne leur a répondu plusaudacieusement et plus insolemment que leurs enfants, qui ne cessent de les irriter par des termes injurieux et par des réponses que des esclaves n'oseraient pas faire à leurs maîtres ? Peut-on dire quelque chose déplus fort? On en voit qui ne rougissent pas de tourner en dérision leurs parents , de révéler leurs défauts les plus humiliants, de s'échapper contre eux en imprécations, en invectives, en malédictions, de les couvrir d'injures, avec des expressions si infâmes et si dégoûtantes, qu'ils sont l'opprobre du christianisme. Ils vont plus loin encore: i's portent l'impudence jusqu'à leur dire qu'ils ont perdu le jugement , qu'ils sont fous. Mais il en est qui ne se sont point arrêté là , et qui ont été assez impies pour oser lever la main contre eux et les frapper.
10. Ah ! enfants ingrats et insensibles, vous attirez sur votre tète l'ignominie et des malheurs, et de plus la malédiction de Dieu en cette vie et en l'autre : Qui affligil patron , dit l'Esprit Saint (Prov. 11. 19.), ignominiosus est et infelix; et maledicius à Deo , qui exaspérai matrem (Eccl. 5). Savez-vous quelle est la faute de celui qui se moque de son père en découvrant ses faiblesses et ses turpitudes , et quels sont les châtiments qui lui sont préparés? Ces châtiments sont ceux dont Dieu punit Cham, qui se railla de son père Noë, châtiments qui ne sont que la figure de ceux que Dieu réserve à ces enfants malheureux qui méprisent leurs parents. Charger d'invectives, d'imprécations, de malédictions son père et sa mère, passait dans l'ancienne loi pour ,
un crime (Exo. 21), et Dieu voulait qu'on le punit irrémissiblemenl par la mort temporelle, ligure de la mort éternelle. Si donc certaines railleries contre le prochain sont considérées par les théologiens comme des f"i les vénielles, etfaitesconireles parents, passent pour des fautes morielles,qu'en sera-t-il des malédictions, qui sont de leur naturelles péchés mortels? Qu'en sera-l-il de traiter son père de fou ou sa mère de folle , puisque se servir de celte expression injurieuse envers quelque personne que ce soit, suivant la parole de Jésus-Christ, est un péché qui rend digne de l'enfer (Math. 5)? Avez-vous enfin compris rénormité du crime que commet l'enfant qui ose se permettre des paroles si outrageantes et si injurieuses envers son père et sa mère, et surtout l'énormilé donlse rendrait coupable le fils qui aurait l'audace de lever le bras contre eux et de les frapper? Frapper ses parents est nn péché réservé d,ms ions les diocèses, c'est-à-dire un péché dont les prêtres ne peuvent absoudre qu'après en avoir obienu le pouvoir spécial des Eve pn-s, qui ne se le sont réservé que pour en faire connaître rénormité et la gravité.
11. Il nous reste enfin à parler de la patience avec laquelle l'Esprit Saint veut que nous honorions nos pare ils : In omni palientia. Mais combien est petit le nombre de ces enfants qui la pratiquent aujourd'hui! A peine un père et une mère commencent-ils à vieillir, qu'ils les regardent comme un poids insupportable dans la famille. Ils voudraient qu'ils fissent place et qu'ils mourussent au plus lot, et comme la mort n'arrive pas assez tôt à leur gré, ils la leur souhaitent quelquefois; si une longue maladie les attache sur un lit, oh! c'est alors que ces enfants font éprouver d'une manière plus sensible d'indignes traitements à ces malheureux parents, qu'ils les affligent par leurs impatiences. Est-ce là votre reconnaissance pour tant de peines et tant de travaux auxquels votre père s'est condamné pour vous? Est-ce là la reconnaissance que vous témoignez à votre mère pour toutes les sullicîtudes et les douleurs qu'elle ressentit pour vous? Estce ainsi que vous êtes la lumière de leurs yeux, le bâton de leur vieillesse, la consolation de leur vie, comme devrait l'être tout bon fils ? Qui que vous soyez, honorez vos parents en tout temps par vos paroles, par votre patience, afin que vous n'attiriez pas sur vous le blâme des hommes el la colère de Dieu.
12. Le troisième devoir des enfants envers leurs parents est l'amour. Si l'obéissance et le respect sont, comme nous l'avons dit, deux obligations qui nous sont imposées par la nature envers ceux qui nous ont donné le jour, souvenez-vous, ô enfants,
que celte même nalurë nous enseigne aussi que nous devons les aimer, et c'est ce que l'Esprit-Saint nous recommande fortemeut: Mémento quodnisiper illos natus non fuisses (Eccl. c. 7). C'est de vos parents que vous tenez la vie dont vous jouissez , et sans eux vous ne seriez pas en ce monde, voilà le motif qui doit vous exciter et vous déterminer à les aimer. Car comme la vie est un des plus grands bienfaits que l'homme puisse recevoir, et qu'il est obligé d'aimer Dieu de tout son cœur, parce que c'est lui qui en est la source première, après lui, il est donc obligé d'aimer ses parents, puisque c'est d'euv que Dieu a voulu se servir pour la lui donner. Mais suffit il que cetamoursoilintérieur, demandera-t-on; suffiia-t-il qu'il consiste en quelque témoignage d'affection, ou eu quelque sentiment tendre du cœur? Non, mais outre qu'il doit être intérieur, il faut de plus qu'il soit actif, qu'on en donne des preuves par des œuvres, comme saint Jean nous l'enseigne (Epis. 1.3). Les enfants doivent donc prouver leur attachement pour leurs parents soit en les soignant, les nourrissant et les entretenant, soit en priant Dieu pour eux pendant leur vie et après leur mort , soit en leur faisant recevoir les Sacrements dans leur dernière maladie ; soigner le corps et l'âme de leurs parents, voilà une obligation pour les enfants. Et comme ce qui regarde l'âme est une chose d'une plus grande importance, nous en parlerons d'abord.
13. Ou'ilyaiteu des enfants qui aient procuré le salut étemel à leurs parents ou en les faisant entrer dans la voie de la justice, ou en les faisant sortir de celle de l'iniquité et du péché, nous en avons un grand nombre d'exemples dans l'histoire ecclésiastique. Si les enfants, le cas échéant, pouvaient sans leur manquer de respect les ramener à Dieu, ce serait là un acte de charité' vraiment admirable. Mais cette charité et cet amour que les enfanls doivent pratiquer envers eux consiste spécialement à les aider à faire une sainte mort. Ils doivent prendre tous les moyens possibles afin qu'ils reçoivent à temps les Sacrements de l'Eglise, et ne pas attendre à la dernière extrémité, comme font quelquesuns mus par des considérations tout humaines. S'ils n'avaient pas déjà fait choix d'un confesseur, ils doivent leur en procurer un sage et savant, qui les assiste; car si dans les maladies dangereuses du corps on appelle les médecins les plus habiles, à plus forte raison doit on chercher le confesseur le plus instruit dans un moment où il s'agit du salut ou de la perle de l'àme. Prenez garde de ne pas être du nombre de cenxqui par crainte de diminuer leur héritage, empêchent leurs parents de faire les
restitutions auxquelles ils sont, peut-être obligés. II vous sera toujours plus avantageux, ainsi qua eux-mêmes, qu'ils vous laissent peu de biens acquis légitimement , que s'ils vous eu laissaient qui fussent le fruit de quelque injustice. Ils ne serviraient qu'à votre damnation éternelle, car n'ayant pu souffrir que votre père les restituai, comment pourriez vous vous résoudre à les remettre entre les mains de leurs véritables maîtres? Gardez-vous enfin de mettre obstacle à ce qu'ils fassent leur tes- (ament , à ce qu'ils lèguent quelque chose aux pauvres, et beaucoup plus d'en négliger l'exécution, ces dernières dispositions étant souvent de leur part des œuvres de justice et des restitutions que l'on voile sous le nom de legs et d'aumônes. Enfin vous devez donner des preuves de cet amour pour eux eu priant vousmêmes et eu faisant prier pour eux après leur mort. Ce serait eu vérité une horrible ingratitude que celle de cesenfantsqui ayant reçu de leurs parents tout ce qu'ils ont, ne voudraient faire aucun sacrifice pour le soulagement de leur âme.
14. Telles sont donc les obligations des enfants envers l'âme de leurs parents; mais voici celles qui leur sont imposées relativement à leur corps. Un fils qui les aime comme il doit les aimer, tâche de leur plaire , il s'étudie à chercher et à trouver tout ce qui pourra leur être agréable; il s'efforce d'entrer dans leur manière de voir, il prend part à leurs affliections, il n'est rien qu'il ne fasse pour les consoler et les aider, il les supporte avec patience. Un bon fils aime à être en leur compagnie, il se réjouit lorsqu'il les voit satisfaits de sa conduite, bien loin de se relâcher dans son affection pour eux lorsqu'il les voit malades, ou quand ils sont arrivés à une extrême vieillesse, il la sent au contraire s'accroître en lui, et il n'est moyen dont il n'use pour les consoler, les soigner, subvenir à leurs besoins, et plus que jamais, dans ces circonstances, il s'efforce de prouver à ses infortunés parents sa tendresse et sa reconnaissance, se rappelle que c'est à eux qu'il est redevable de la vie. En un mot il n'oublie pas les avis que donne l'Esprit Suint dans l'Ecclésiastique (c. 3) à tout enfant : Mon fds, secourez votre père dans sa vieillesse , et ne le conlrislcz jamais dans le cours de sa vie. Quand même son esprit se serait affaibli, et qu'il n'aurait pas tout son bon sens, supportez-le et ne le méprisez pas à cause de l'avantage (pic vous avez sur lui , étant sain de corps cl d'esprit; et la charité que vous aurez eue pour votre père ne sera point mise au rang des oublis. Voilà ce que doit faire et ce que fait un enfant qui aime Si-'ii père.
lo. Mais ces actes de charité et d'amour se pratiquent-ils par tous les enfants envers leurs parents ? Ah! dans combien d'entre eux ces sentiments d'une affectueuse tendresse et d'une piété filiale sont devenus rares! J'ajouterai même qu'on n'en trouve presque plus de vestiges; bien loin qu'ils aient des attentions et des prévenances envers leur père et leur mère, il faut au contraire que ceux-ci soient les premiers à les prévenir en tout, en condescendant à leurs volontés pour pouvoir vivre en paix avec eux; ils sont dégoûtés de leur compagnie, et les regardent comme des personnages d'un autre siècle qui ne savent pas vivre suivant les usages du jour et conformément aux mœurs actuelles. Conséquemment ils ne convoitent et ne recherchent que la société des jeunes gens, afin de passer leur temps dans les plains et dans la joie. Ainsi ils méprisent Ips avis que PEsprii-Saint leur donne de secourir et de supporter leurs parents lorsqu'ils sont arrivés à la vieillesse. Aujourdhui cette vieillesse n'a plus de droit à l'estime et aux honneurs qu'elle mérite ; au contraire elle est devenue l'objet des railleries et des moqueries, et un père âgé, infirme et faible est considéré comme un poids onéreux.
16. Enfin l'amour des enfants envers leurs parents doit les porter à les assister dans leurs besoins. Quand un père et une mère sont tombés dans la pauvreté et dans la misère, ou qu'ils ne sont plus en état de gagner leur vie, qui doutera que leurs enfants ne soient obligés de les secourir? Être insensible aux misères d'autrui , c'est une cruauté, c'est une barbarie; mais l'être envers ses parents, c'est une ingratiude, une injustice. Un enfant religieux se fera donc un devoir rigoureux de venir à leur aide dans leurs besoins; il n'attendra pas qu'ils élèvent la voix pour implorer son secours, mais il partagera avec eux le pain qu'il a en abondance, et mettra en commun ce que la Providence lui a donné si prodigalement, et après cela il ne croira point avoir fait une œuvre de subrogation, mais un acte de restitution et de justice: ses parents ont eu soin de lui dans son enfance, c'est donc une obligation pour lui d'en avoir soin à son tour dans leur vieillesse. Je remplirais tous ces devoirs, m'objectera un fils de famille, si je n'avais pas une femme et des enfants à entretenir/il faut que je commence premièrement à pourvoir à leurs besoins. Non, répond saint Thomas (2. 2. q. 26. art. 9. ad. 3), dans une nécessité égale, ceux dont on doit s'occuper d'abord sont les parents : Parenlibus maxime provide ndum est. Voilà les premiers créanciers que vous avez à satisfaire, et voilà la première dette que vous avez à acquitter. Mais qu'en serail-il de
ces enfanls qui laisseraient languir de faim leur père et leur mère, et qui étant dans l'abondance de toutes choses, les abandonneraient dans la misère? Oh! enfants cruels et ingrats, vous ne pensez donc pas que la nature, le sang, la foi, l'Église et enfin Dieu lui-même s'arment contre vous?
19. Cependant comme j'aime à croire qu'il n'y a point d'enfants assez barbares pour traiter ainsi leursparents, je ne me permettrai plus de leur adresser des reproches. Jésus-Christ qui fut «n exemple parfait d'obéissance , leur apprendra lui-même quel est l'amour, quelles soutles attentions de toute espèce qu'ils doivent avoir pour leur père et leur mère; voyez-le agonisant et mourant sur la croix : abaissez vos yeux' et considérez Marie sa sainte mère qui soupire et gémit aux pieds de cette même croix. Au milieu des douleurs cruelles qu'il souffre , sur ce gibet infâme auquel il est attaché, va-t-il l'oublier ? Non, jusqu'à la fin il lut donnera des preuves de son amour. Il la recommandée saint Jean son disciple bien-aimé, il veut qu'il la regarde comme sa mère ,. qu'il en ait le plusgrand soin , et qu'il se considère comme étant son fils. L'affection et le soin pour les parents, voilà donc le précepte spécial qu'il a fait aux enfants. Faites, dit saint Augustin (tr. 119. in Jo.),ce que ce divin Sauveur vous prescrit: or ce bon maître vous apprend par son exemple quel doit être votre empressement à consoler , à soulager, à aider ceux qui vous ont donné le jour. Delà croix sur laquelle il est cloué , il se fait une chaire du haut de laquelle il vous prêche celte vérité. Ah ! enfants, quand vous n'auriez pas d'autre exemple à suivre que celui que vous offre Jésus-Christ en sa personne, ne doit-il pas suffire pour vous exciter à avoir pour vos parents la tendresse et la bienveillance la plus grande? Oui, Seigneur, tousces enfants qui sont ici , sont disposés à marcher sur vos traces ; vous avez respecté ,. chéri vos parents , vous leur avez obéi ; comme vous, ils obéiront à ceux dont vous vous êtes servi pour les mettre au monde, ils les chériront. Oui , ils se soumettront à leurs commandements; ils les honoreront par leurs œuvres , par leurs paroles , et par leur patience , et ayant pour eux les sentiments d'une tendresse vraiment filiale, ils leur en donneront des preuves particulières, afin qu'ils puissent jouir de vos bénédictions et de vos faveurs ici-bas, et ensuite de votre gloire daus If Ciel. Ainsi soit-il.