‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 13 sur 30 · VINGT-CINQUIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME INSTRUCTION

Devoirs des parents envers leurs enfants.

l°IIs doivent les instruire.

II n'estpoint difficile de prouver que le libertinage, accompagné de tous les vices, règne plus que jamais aujourd'hui parmi les jeunes gens, et il n'est que trop malheureusement avéré que les enfants en grande partie n'ont pas d'autre intérêt ni d'autre ocrai pal ion que celle de se divertir, de passer leur temps dans l'oisiveté, de se livrer aux plaisirs, de vivre on liberté, sans respect pour la loi de Dieu et les commandomen's de leurs parents ou autres supérieurs. Mais si je vous disais que c-tie corruption de mœurs découle ordinairement du manque d'inslrunion que les parents négligent de leur donner , plusieurs parmi vous ne voudraient pas le croire. Je pourrais , pour vous en convaincre, appeler en témoignage les plus célèbres philosophes, tes saints Pères, et l'expérience même des nations les plus civilisées qui ne se distinguent des nations barbares que par la s ule instruction répandue dans toutes les classes de la société. Mais sans entrer dans ces détails, admettons d'abord que les pères et I\s mères apportent toute la diligence possible à inspirera ieurs enfants l'amour de Dieu , sa sainte crainte , un grand respect pour sa loi. l'horreur du péché. Admettons msuiteqne quelques-nus de ces enfants ne profilant point des instructions qui leur sont données, leurs parents en viennenlà une correction prudente et à un châtiment convenable. Puis, supposons encore que ces parents se montrent pieux dans leurs discours , dans leurs actions , de telle manièie qu'ils puissent passer pour des modèles de la perfection chrétienne. Croyez vous, demanderai-je , d'après une éducation semblable que je suppose et qui peut se réaliser, croyez-vous, disje, qu'elle produirait un heureux résultat parmi les enfants? Oui , sans doute, répondriez-vousjmoins quelques exceptions qui sont dues à certaines circonstances , tous deviendraient bons , sages, réglés dans leur conduite. Je réplique à mou tour, que si dans le siècle où nous sommes, les jeunes gens sont si libertins, si méchants, c'est donc à leur mauvaise éducation qu'il faut imputer cet état de choses. Et ils ne sont pas bien élevés parce que les parents omettent de les instruire, de les corrigerai que d'ailleurs ils les scandalisent eux-mêmes par les vices de tout genre auxquels ils s'abandonnent sous leurs yeux.

1. Je m'adresse à vous, pères et mères qui que vous soyez, et je vous dis que ce serait peu pour vos enfants d'avoir reçu de vous une vie fragile et passagère , si vous ne cherchiez pas à leur en procurer une autre à laquelle ils ont droit et qui est la vie éternelle. Ce serait pour eux le plus grand des malheurs et de votre part une insigne cruauté, si ne leur apprenant qu'à poursuivra les biens terrestres, à courir après la fausse sagesse du siècle , vous les laissiez pauvres des biens rélestes et privés entièrement de la. vraiescienee ries SaiiUs.Ouand Dieu vous a donné des enfants , il vous a confié, dit saint Jean Chrysnstôme, un dépôt précieux et un riche trésor (Ho.9. inep.l.ad Tit.); jugez quelles piécauiions vous avez à prendre afin que le démon, ce ravisseur infernal, ne vienne pas vous les enlever. Dtieu par le baptême vous les a remis purs et sans tache ; avec quel zèle ne devez-vous pas vous occuper des moyens à prendre afin de pouvoir les conserver tels que Dieu vous les a donnés ? C'est donc à vous qu'il appartient de bien les élever, tant comme vos enfants gue comme ceux de Dieu.

2. La fille du roi Pharaon (Ex. 1) avant délivré des eaux du Nil Moïse qui venait de naître et qu'on y avait exposé dans une corbeille , le fit remettre entre les m ans de sa mère : Prends, .lui dit-elle , cet enfant , n m ris-le et élève-le en mon nom -.Accipe paerum istum. et mitri mihi. Après que votre enfant a été tiré des eaux baptismales, qu'il est devenu par la grâce ^e temple de l'Esprit-Saint, et qu'on vous le rapporte à la maison, qu'on le dépose entre vos mains, figurez-vous que Dieu vous adresse ces paroles: Accipe puerum istum et nutrimihi.Yom me l'avez offert ce fils , qui est le fruit de votre mariage sur lequel j'ai répandu mes bénédictions, je l'ai agréé comme un témoignage de votre reconnaissance , et l'ayant sanctifié par ma grâce, je me lesuis approprié : à pressai je vous le rends, mais àcelte condition , que vous releviez pour moi , en lui donnant une iiistruction religieuse et des mœurs convenables à rtïi enfant de Dieu; élevez-le donc saintement selon l'esprit du christianisme , et les lois de l'Evangile: accipe.eXc. Comment sera t-il possible que si vous faites ces réflexions , vous puissiez négliger l'éilticalion de vos enfants? Dès le moment qu'ils ont reçu le baptême, vous devez tes regarder avec d'autres yeux que ceux de la chair , et tes considérer sous un point de vue bien différent d: c lui avec le-

. quel vous les considériez lorsque vous les mites au monde. Eu y entrant ils étaient les enfants d'Adam, c'est-à-dire pécheurs, et esclaves du démon ; mais après le baptême , ils sont enfants de Dieu, membres de Jésus-Christ, destinés à vivre avec les Saint?,

ethéritiers du paradis. Vous ne devez plu? arrêter sur eux'vos regards comme sur une chose profane , mais comme sur des créatures nouvellement engendrées à Jésus-Christ, et comme des êtres qui n'appartiennent pins qu'à Dieu.

3. Si donc vos enfants portent sur le front un caractère si auguste, serez-vous négligents à les instruire et à surveiller leur con. duite ? Seriez-vous assez indifférents et assez lâches pour ne pas éleverconvenablement selon son rang le fils d'un prince qui aurait été confié à vos soins? Au contraire, pourriez-vous l'avoir à vos côtés sans être pénétré de respect en pensant à celui qui est son père ? Mais vos propres enfants nesont pas ceux d'un prince de la terre, ils sont les enfants de Dieu ? Quelle vénération ne devez-vous donc pas avoir pour eux , et quel empressement , quel zèle ne devez-vous pas apportera leur instruction? Je ne prétends pas cependant vous insinuer, par la nature des réflexions que je viens défaire, que vous cessiez d'aimer vos enfants: me préserve le Ciel d'être aussi sévère et exigeant. Nous , dit Salvien , qui proclamons la nécessité d'aimer nos ennemis mêmes , pourrions-nous vous enseigner une chose aussi contraire à la natureet à la loi divine, que celle de ne pas aimervos enfants? Non ! bien loin delà, etnousvous déclarons qre non-seulement nous vous permettons de les chérir,mai«deles chérirlendrement, de les chérir par-dessus tout ce qui est terrestre. Tout ce dont je vous conjure , poursuit ce saint Père , c'est de régler cet amour d'après les intentions de Dieu si pleines de charité. Car de quel amour plus grand et plus saint pourriez-vous les aimer , que de cet amour que vous a enseigné celui qui vous les a accordés? Mais qu'est-il cet amour , c'est ce que je ne me charge pas moi-même de vous expliquer. Apprenez-le de Dieu qui, dans ses Ecritures, impose à tous les parents l'obligation d'enseigner à leurs enfants ses divins préceptes, de ne mettre leur espérance qu'en lui , de n'oublier jamais de lui consacrer leurs œuvres, d'y vaquer par amour pour lui , et de ne rechereher en tout que sa divine volonté. C'est ainsique parlait Salvien (1.1. de Eccl. cath. in princip.).

4. Voici donc, pères et mères, quelle est, suivant la règle d'un vrai amour , l'obligation qui vous est imposée. Aussitôt que vos enfants commencent à balbutier, et à faire usage de leur raison, empressez vous de leur donner autant que possible, une connaissance distincte de l'existence de Dieu, et spécialement de ce que la foi nous enseigne, sur les mystères de la sainte Trinité, de l'incarnation ineffable du Verbe divin et sur les autres articles renfermés dans le Symbole des Apôtres ; puis vous leur in-

Sinuerez que cette foi, si nécessaire au salut, serait inutile, si elle n'était pas accompagnée de bonnes œuvres: il faut ensuite passer aux commandements de Dieu et de l'Eglise, et leur inculquer de suite dans l'esprit, que sans la croyance de ces mystères, et l'observance de ces commandements, il est impossible d'obtenir le salut éternel, et qu'ainsi ils doivent éviter surtout d'offenser ce bon Seigneur, qui les a créés, qui les conserve, et qui les a arrachés à la servitude du démon au prix de sa vie et de son sang; qu'en conséquence, il faut l'aimer par-dessus toutes choses. Enfin faites-leur bien comprendre que nous ne sommes sur celte terre que pour tin temps 1res court, que nous n'y sommes que comme des voyageurs, et qu'après celte vie il y a deux éternités , l'une de bonheur et de joie dans le ciel, pour ceux qui observent parfaitement la loi divine, et l'autre de peines et de tourments sans fin, réservés à ceux qui consentent à un seul péché mortel, et qui meurent dans cet état.

5. Vous ne devez pas non plus, vous pères, omettre d'apprendre à vos enfants que la piété envers Dieu, la charité envers le prochain, l'innocence de vie, la pureté de cœur , la mortification des appétits déréglés, avec la pratique des vérins évangéliques, sont le caractère par excellence de tout chrétien de quel, que condition qu'il soit. Et vous, mères, enseignez à vos filles que la modestie dans les manières, la garnie des se.ns, l'honnêteté dans les paroles, la pudeur, l'amour de la retraite, le mépris des vanités mondaines et d'une beauté passagère, sont le véritable ornement d'une bonne chrétienne. 0 parents , quel ne sera pas votre bonheur, votre tranquillité dans le cours dj votre vie, si vous ne discontinuez jamais de pénétrer de ces maximes saintes et de la nécessité de pratiquer ces vertus l'âme tendre de vos enfants! lis seront heureux eux-mêmes si vous les leur inculquez constamment, et tous, excepté quelques-uns qui seront des enfants de perdition, craindront Dieu ici-bas et arriveront à la sainteté. Si vous faites difficulté de croire à mes paroles, lisez les divines Ecritures, et vous verrez que cette sainteté que le monde admira dans les anciens Patriarches et dans les femmes les plus célèbres dont il y est fait mention , n'avait sa source que dans une éducation religieuse: et parmi ces dernières vous remarquerez celte Suzanne qui porta, l'héroïsme de l'amour delà chasteté conjugale jusqu'à aimer mieuxmourir que de la profaner en secret par le crime de l'adultère. Aquoi faut-il attribuer cette dispositions! généreuse? à l'instruction: ses parents étant justes, <lil le texte sacré (Daniel,! 3) , rélevèrent conformément aux pré-

ceptes divin?. Parmi beaucoup d autres jeunes hommes , vous verrez le jeune Tobie (cl. )si cherà Dieu.qu'il mérita d'entreprendre et d'achever m long voyage sous la conduite d'un ange, qui lui fit rendre une somme prêtée et lui choisit une épouse. Mais observez bien, et vous reconnaîtrez que son père lui enseigna dès son enfance à craindre Dieu et à se garantirai péché. Qu'elles sont belles, édifiantes, les leçons qu'il lui donne dans le chapitre où il est parlé de ce saint enf ml (c. 4) ! je vous avoue que je ne puis jamais le lire sans émotion et sans verser des larmes, et vous ne serez qu'édifiés en les entendant.

6. « Mon fils, lui disait ce bon père, écoutez mes paroles, et » gravez-les bien dans votre cœur, afin qu'elle n'en sortent ja- » mais. N'oubliez aucun jour de votre vie le Seigneur votre Dieu. » Gardez-vous bien de consentir à aucun péché et de transgresser » ses commandements. Faites l'aumône de voire bien, nedé- » tournez pas les yeux de dessus le pauvre, afin que Dieu ne » les détourne pas de dessus vou«. Vous donnerez à pro- » portion de ce que vous aurez : si vous avez beaucoup, vous don- » nerez beaucoup, si vous avez peu, vonsdonnerez peu ; et sachez » que l'aumône nous procure de grands biens dans l'autre vie: » veillez beaucoup sur vos sens, afin que vous ne souilliez point » votre innocence par aucune impureté. Que l'orgueil, source de » tout péché, ne pénètre jamais dans votre esprit, ne se montre ja- » mais dans vos paroles. Ne tardez pasde payera l'ouvrier son sa- » laire, et negai dez jamais rien de ce qui loi est dû. Ne faites ja- » mais à personne ce que vous ne voudriez pas qu'on fit à vous- » même. Partagez votre pain avec ceux qui sont dans le besoin, » fournissez des vêtements à ceux qui en sont dépourvus. Dans » vos doctes, consultez toujours les plus sages.Enfin ne manquez » pas de louer et de bénir en tout temps le Seigneur, priez-le » instamment qu'il dirige tous vos pas, et qu'il vous aide à bien » faire toutes vos actions. » C'est ainsi que ce père religieux: instruisait son fils. Oh! si dans toutes les familles les pères et les mères donnaient de semblables leçons à leurs enfants, ils deviendraient des anges de pureté; leur âme serait toujours ornée de la belle innocence.

7. Mais je le demande, les parents accomplissenî-ilsatijourd'hui ce devoir ? s'elïorcent-ils de graver ces maximes de piété dans l'esprit et dans le cœur *de ces jeunes enfants, de leur faire comprendre la nécessité de ces vei tus ? Leur apprennent-ils àse préraulionner contre le péché et à respecter la loi de Dieu? leur enseignent-ils à faire l'aumône aux pauvres, à pratiquer la

SUR LE QL'ATP.IÉM!: COM.MANDEMEMT DE DIEU. 303

charité envers eux, à s'exercer dans la pratique de l'humilité, à vivre dans la charité, à payer promptemenl les detles qu'ils ont pu contracter? Leur recommandent-ils souvent de louer et de bénir le Seigneur, d'implorer sans cesse son divin secours? En un mot, les instruisent-ils sur les mystères de notre sainte religion, sur la loi diune, et sur tout ce que doit croire et faire ut) nÉni'liiiil pour se sauver 1 .Non ! toute la sollicitude des pères et des mères est de se voir entourés d'enfants, mais ils n'apporlenl aucun intérêt à ce qu'ils sachent les choses nécessaires à leur salut éternel. Le zèle d> la plupart est de les pousser aux honneurs, aux charges brillantes, à des fondions lucratives, mais non de les établir dans la connaissance de Dieu, de les remplir de sa crainte, et de les amener à la pratique des vertus chrétiennes. Beaucoup de ces pères et de ces mères n'ont m vue que de leur laisser des biens passagers, une grande fortune, des trésors terrestres; mais peu s'emploient à leur procurer l'héritage céleste, la vraie richesse et le véritable trésor qui est Dieu et sa grâce. Et combien en voyons-nous qui n'oublient rien puni les rendre savants dans las.Hice du siècle, et dans tout ce qui peut rendre un homme mondain, sans prendre la moindre peine pour qu'ils soient instruits dans la science du salut et dans tout ce qui fait un homme vraiment chrétien ? Pourvu que leurs enfants aient acquis de fraudes connaissances dans les ails libéraux et dans toutes les autres sciences qui peuvent les rendre capables de figurer dans Es sociétés, s'ils appartiennent à quelque famille illustre; s'ils sont ouvriers, pourvu qu'ils surpassent par leur industrie dans leur profession ceux qui ont embrassé la même, c'est là tout ce qui importe à certains pèirs. Voilà tout ce qu'ils prétendent et ils se soucient fort peu que ces enfants ignorent leur religion. Pourvu que leurs filles sachent broder , coudre, captiver l'attention, danser, faire étala re de leur vaine beauté, de leur vivacité d'esprit, de leur facilite à parler ; c'est tout ce que regardent comme important et nécessaire certaines mères, c'est tout ce qu'elles prennent plaisir à louer dans elles; il leur est indifférent qu'elles sachent ou non les premiers principes «ie la doctrine chrétienne. Est-ce là avoir soir, des enfants? Est-ce là s'ac initier de l'obligation si étroite qui leur est imposée de leur enseigner les choses nécessaires pour leur salut éternel ?

8. Si rjuis suorum et maxime domeslieorum caram non haie!, [Idem netjavU, cl est infuleli delcrior. Si quel ju'uu, dit saint Paul (1. Timulh. 5 ), n'a pas soin des siens, et surtout de

ceux qui sont attachés à son service , qu'il sache celui-là qu'il a abjuré sa foi , et qu'il est même pire qu'un infidèle. Or, qu'aurait-il dit de ce père si négligent qui n'enseigne pas à ses enfants à craindre Dieu et à observer sa loi? de celte mère indolente qui n'inspire pas la piété et la modestie à sa tille? de ces mères et de ces pères enfin si indifférents, qui s'occupent si peu de faire connaître à ceux auxquels ils ont donné le jour les maximes de la religion ? Aurait-il dit, ce grand Apôtre, que ces pères ont la foi, que ces mères sont chrétiennes? Pourriez- vous vous excuser en alléguant que si vous manquez à ces différents devoirs, vous chargez une nourrice, une gouvernante, le pasteur, le maître, de s'en acquitter en votre nom? non, non, cette excuse n'est pas admissible: ils doivent vous aider, partager avec vous les soins dont vous êtes redevables à ces enfants; mais ils ne peuvent vous en dispenser. Ces enfants sont à vous, et non à la nourrice, ou au maître. Dieu vous les a confiés principalement ;■ c'est donc sur vous que pèse spécialement l'obligation de les former aux bons principes.C'est à vous qu'un compte rigoureux sera demandé au jour du jugement; ainsi voyez s'il vous est permis de vous reposer sur autrui de leur instruction. Quand Elisée envoya son serviteur Giézi , à qui il avait remis son bâton, pour ressusciter le fils de la Sunamile, ni le bâton ni le serviteur ne purent rendre à !a vie le petit enfant, qui resta sans mouvement sur son lit comme auparavant. Mais quand le prophète y alla en personne, il se coucha sur lui , plaça sa bouche sur la sienne, ses mains sur ses mains; alors l'enfant ouvrit les yeux à la lumière : Fecit Dominus quod non fecit baculus , dit saint Augustin. Confiez à la nourrice, au serviteur, à la gouvernante, au maître le soin d'instruire vos enfants morts à la piété, à la dévotion, à la grâce, mettez entre leurs mains la verge et le bâton, c'est-à-dire , donnez-leur l'autorité de les corriger, il arrivera rarement que ces enfants s'amendent. Acquittez-vous vous-mêmes de l'obligation de les iustruire ; le matin, le soir apprenez-leur à prier, instruisezles sur les divins mystères, sur la loi de Dieu, sur la manière de recevoir dignement les Sacrements; conduisez-les vous-mêmes aux églises , et aidés du secours divin , vous ferez ce que n'ont pas fait vos maîtres. '

9. Quelques-uns répondent qu'ils ne sont pas capables d'instruire leurs enfants, parce qu'ils n'entendent rien dans les choses de Dieu , ou du moins 'crès peu. Ah ! cela n'est que trop vrai pour qu grand nombre, et c'est cette ignorance qui damne une infinité

de personnes.Si l'on se conformait aux lois de l'Eglise,qn'on n'admit au sacrement de mariage que ceux qui sont suffisamment instruits de leur religion , et surtout de ce qui regarde je Symbole des Apôtres, les Commandements de Dieu et de l'Église et la manière de recevoir dignement les Sacrements, il n'en résulterait pas tant d'inconvénients. Au moins si ces parents ignorants se faisaient un devoir de conduire et d'envoyer les enfants au catéchisme, afin qu'ils apprissent d'aulrui ce qu'ils ne savent pas eux-mêmes; mais ce n'est pas ainsi qu'ils agissent. Accordant toute liberté à leurs enfants, ces parents au lieu d'assister aux instructions qui se font à l'église , se livrent au jeu, vont se pro* mener sur les places publiques , fréquenter les lieux de débauche, ou se livrer à la crapule, et les mères vivent dans une honteuse oisiveté, ou perdent leur temps à rendre des visites, ou à chercher partout des nouvelle;. C'est là , comme on le voit souvent, la conduite indigne des pères et mères qui appartiennent à la classe du peuple. Et cependant quand leurs enfants apprendrontils leur catéchisme? Jamais, ils resteront toute leur vie ignorants; celte ignorance sera le principe de leur méchanceté, et celle ci la cause de leur damnation éternelle.

10. Si ensuite nous parlons des personnes d'un rang élevé, les mères ne voulant pas se charger du soin de nourrir 'eurs enfants, renoncent par conséquent à celui de les instruire. Dites-en tout autant des pères qui n'ont autre chose à cœur que de procurer à leurs enfants des maîtres qui les remplacent auprès d'eux pour ieuréducation. S'ils en trouvent un , ce ne sera pis toujours celui qui sera jugé le plus vertueux et le plus capable , mais celui, dit saint Jean Chrysostouie, qu'ils rencontrent par hasard sousleurs mains, ou qui est présenté par quel pie ami, ou par quelque parent, ou qui s'offrira à remplir ce genre de foncions, à peu de frais (in c. 18. Matlli. II. 60): est-ce être père, est-ce élre mère? Afin qu'un domaine soit bien cultivé, s'écriele même saint, on n'omeitra aucun soin; on cherchera un bomme d'affaire, un fermier très expert: pour la maison, un intendant fidèle, et enfin pour soigner des animaux, des troupeaux, un gardien entendu; et quand il s'agit deleurs enfants, qui devraient leur être la chose du monde lapins chère, ils ne mettent aucune importance à leur choisir un maître, ou ils ne font choix que de celui qwi est le plus incapable (Ilom. 9. in ep. ad Tim. 1. 3). Il n'est que trop vrai, poursuit encore le même saint, qu'on a plus de soin aujourd'hui des animaux domestiques que des enfant"* : Majorent equorum ctasinorum curamfiabémus quant /(7<m'uui(inc. IS.Matih

16). Pauvres enfants si vous aviez été des arbres ou aes forêts dans les campagnes de vos pères, vous auriez eu un fermier expert; si vous aviez élé des brebis, si vous aviez été des chevaux, vous ailliez été mis sous la garde d'uu surveillant soigneux; si vous aviez été des chiens, on vous aurait appris à chasser aux bêtes fauves; mais vous êtes totalement oubliés, délaissés, parce que vous êtes des enfants : on ne vous apprend pas les moyens de posséder la gloire éternelle à laquelle vous êtes destinés. Est-il possible, pères et mères, que vous vous rendiez coupables d'une telle négligence et d'une telle insouciance?

11. Or, Sachez que négligeant d'instruire vos fils dans les choses qui regardent leur salut, vous vous mettez en opposition avec les intuitions de Dieu et de l'Eglise triomphante et militante; le Père divin se plaint de ce que vous ayant rendus participants de sa fécondité, vous en abusez nour la ruine des âmes; son divin Fils se plaint de ce que vous lui ravissez ces âmes qu'il a rachetées par son sang ; l'Esprit-Saint se plaint de ce que vous mettez obstacle aux inspirations qu'il voudrait faire descendre dans leur cœur; la très sainte Vierge Marie, de ce qu'au lieu de voir le ciel se peupler de vos enfants, elle voit au contraire l'enfer les recevoir dans son sein ; les Anges gardiens se plaignent tous de ce que vous paralysez leur assistance; tous les saints se plaignent de ce que vous les privez de compagnons qui devraient s'associer à eux pour louer le Seigneur; enfin les villes, les cam« pagnes, de ce que par suite de votre négligence et de votre insouciance pour l'éducation de vos enfants, l'iniquité déborde, et de ce que tout va de mal en pis. Voudriez-vous donc ainsi , pères et mères, contrarier les intentions de Dieu, les espérances îles bienheureux et de tous les chrétiens? Youdri-'z-vou? donc ainsi vous rendre les ministres dii démon, "t joindre vos efforts aux siens pour entrainer ces malheureux enfants dans l'enfer ? Ah ! non , si vous avez quelque zèle pour le salut de voire âme et pour celui de ces fils qui doivent vous être si chers, instruisez-les sur la loi du Seigneur et sur les obligations qu'ils ont contractées à leur baptême. Etquand par malice , ou par paresse, ils ne veulent pas écouter les instructions que vous leur donnez, ou s'ils refusent d'en profiter, adressez-leur les reproches qu'ils méritent si justement; que la gravité de vos paroles , que le sérieux de votre ligure leur impriment une crainte salutaire; et s'ils persistent dans leur mauvais vouloir, infligez leur un châtiment que vous mesurerez sur leur âge , sur leurs fautes : c'est là le moyen efficace que voos devez employer pour les bien élever.

Sur le second devoir des parents envers leurs enfants , c'est-à-dire sur la correction.

Les parents n'entreraient pas dans les desseins de Dieu, et tromperaient les espérances de notre sainte mère l'Eglise, si, ne pensant qu'à laisser à leurs enfants des biens temporels, ils négligeaient de leur donneii'éducalion convenable, de les diriger dans l'observance de la loi divine,et de les éloigner de tout ce qui pourrait les faire dévier du sentier qui conduit au salut éternel. Cependant combien ne s'en trouve t- il pas aujourd'hui , qui ne voulant aucunement se donner la peine de les instruire sur les vérités les plus nécessaires , les voient se précipiter dans toute espècede vices , sans cherche»' à les en détourner? Parents barbares ! votre devoir le plus rigoureux est d'apprendre à vos propres enfants à vivre chrétiennement , et à employer les moyens pour parvenir au Ciel. Et un autre devoir aussi rigoureux et qui vous est pareillement imposé est de les corriger quand ils sont vicieux. C'est de celui-ci que nous vous parlerons à présent. Je commencerai d'abord par donner quelques avis préliminaires avant d'en venir au sujet qui nous occupe. Ensuite j'expliquerai le devoir de la correction. Enfin je vous démontrerai de quelle grande faute se rendent coupables les parents qui y manquent, et quels sont les châtiments qu'ils attirent sur leur tête.

1. L'apôtre saint Paul écrivant aux habitants d'Ephèse (c. 6). leur recommandait d'élever leurseufauts dans la loi du Seigneur, et leur enjoignait de les punir quand ils y contreviendraient: Educatc ftlios veslros in disciplina cl corrections Domini. Il ne suffît donc pas de les instruire dans les choses divines, dans la piété et dans la vertu. Mais quand ils s'adonnent aux vices et à de graves manquements, de quelque genre qu'ils soient, il faut employer la correction. On ne doit pas cependant s'imaginer que les enfants soient tous sans défaut. Il en est peu , même parmi les Saints, qui en aient été exempts, je dirai même qu'il y en eut beaucoup qui furent déréglés dans leur jeunesse et qui ensuite se convertirent. C'est ce qui arriva à saint André Corsini, q';i fut libertin dans ses premières années, mais qui étant corrigé par sa mère , entra dans la voie de la vertu et devint un grand saint. La grâce du baptême efface le péché, mais ne détruit pas la tamapiscenoe, et si elle purifie lésâmes, elle ne les rend pa» »opec-

cables. II est up devoir strict imposé aux parenls, c'est celui de veiller sur la vie et les mœurs de leurs enfants et de les corriger quand ils font des manquements. Cependant, avant de vous parler de ce devoir et des infractions qui s'y commettent, il convient que je vous donne quelques avertissements nécessaires pour que vous sachiez ce que vous devez faire et éviter.

2. Premièrement je vous dirai que c'est l'amour de Dieu et de vos enfants qui doit vous engager à les corriger. Lorsque vous leur faites des corrections, vous ne devez avoir en vue que l'honneur «le Dieu et leur salut éternel, vous devez user de tous les moyensafin qu'ils n'offensent pas Dieu et qu'ils ne se damnent pas pour l'éternité. Mais ce saint amour n'est pas pour l'ordinaire l'aiguillon qui pousse lespèresd'aujourd'huià corrige leurs enfants: ce sont ordinairement l'intérêt et la crainte qu'ils ne ruinent leur commerce, qu'ils ne dilapident les biens de la famille, ou qu'ils ne déshonorent la maison. C'est pour ces raisons que l'on se fâche contre eux et qu'on les corrige souvent avec sévérité, mais ce ne sera jamais ou bien rarement et avec indifférence , lors pi'on les entendra jurer et blasphémer le saint nom de Dieu , lorsqu'ils auront porté atteinte à leur innocence ou qu'ils offenseront le Seigneur et transgresseront sa loi de quelque antre manière. Est-ce là le zèle que vous avez pour la gloire de Dieu et le salut éternel de vos enfants? Je ne disconviens pas que vous deviez les corriger et les punir même lorsqu'ils nuisent à vos intérêts temporels; mais vous devez surtout chercher à leur infliger un châtiment quand vous vous apercevez qu'ils commettent les fautes dont nous avons parlé plus haut , afin de les éloigner du chemin delà perdition et de les empêcher d'offenser Dieu ; vous ne devez donc jamais leur épargner la correction et le châtiment lorsqu'ils ne remplissent pas leurs devoirs de religion.

3. Un grand nombre de pères agissent aujourd'hui à l'égard de leurs enfants, comme saint Augustin dans ses Confessions se plaint qu'agissait son père envers lui-même. Il ne pensait qu'à l'établir dans le monde et ne songeait pas beaucoup à lui inspirer la crainte de Dieu et l'amour de la vertu ; ei pourvu qu'il surpassât ses compagnons en scienceei en éloquence, peu lui importait qu'il fut chaste et dévot : Non salagebat qnmn caslus cs~ sein, dummodo essem diserlus. Il avait pour cet enfant la plus grande indulgence , et toutes les paroles qu'il proférait et toutes ses actions, quelque impertinentes et quelque déshonnètes qu'elles fussent, lui semblaient tout autant de gentillesses; il tournait tout en plaisanterie sans jamais le corriger, et non

crat manus eradicans. Telle est précisément aujourd'hui la manière d'agir de certains pères: leurs enfants peuvent commettre des péchés aussi souvent qu'ils le veulent , pourvu qu'ils ne portentaucune atteinte à leurs intérêts, pourvu qu'ils ne dilapident pas les biens de la famille, ces pères n'ouvriront jamais la bouche pour les gronder, ne lèveront jamais la main pour les corriger; et pourvu qu'ils se rendent utiles dans la maison , on ne tiendra pas à ce qu'ils soient dévots, sages et chastes. Ce n'est pas ainsi, dit le même saint, qu'agissait Monique, sa sainte mère; elle pensait et agissait tout différemment. Comme elle mettait toute son application à élever ses enfants dans la piété et dans la crainte de Dieu, elle les reprenait sévèrement quand elle les voyait s'éloigner de la droite voie, et éprouvait autant de douleur à les voir commettre le péché, qu'elle en avait éprouvé en les mettant au monde : Quoties à se deviare cernebat, toties parturiebat. C'est ainsi que vous devez aimer vos enfants.

4. Secondement (et ceci est un point important), vous ne serez point injustes à l'égard de vos enfants, si devant également les aimer tons, vous les punissez les uns et les autres lorsqu'ils le méritent. Gardez-vous bien d'imiter la conduite de certains pères qui ne savent pas corriger quelques-uns de leurs enfants tout vicieux" qu'ils sont, parce que la nature lésa doués de manières prévenantes et agréables, parce qu'ils sont remplis d'esprit, 1an« dis qu'ils se montrent très sévères envers les autres qui ne possèdent pas les mêmes qualités. Non, vous ne pouvez sans pécher favoriser l'un plutôt que l'autre. Lorsque vos enfants ont commis la même faute ils doivent être corrigés et punis aussi sévèrement les uns que les antres.

5. Troisièmement il est nécessaire aussi de vous avertir que quand vous corrigez dans vos enfants quelques défauts ou quelques vices, vous ne devez pas vous-nîêmes y être sujets, parce qu'alors cespunilions et ces corrections pourraientdevenir inutiles à raison. de votre mauvaise conduite. Mais nous traiterons ce sujet quand nous prouverons que pour bien élever leurs enfants les parents doivent commencer par leur donner bon exemple.

6. Quatrièmement enfin lorsque vous corrigez, ne vous laissez pas entraîner par la fureur de la colère, et qu'il n*y ait que l'a» mour et le désir de convertir vos enfants qui vous engagent à les châtier. N'imitez pas ces malheureux pères qui aujourd'hui et en assez grand nombre, ne les punissent que par emportement. Que le zèle seul du salut éternel de vos enfants vous détermine à vous armer de la verge, mais non la passion. Car on n'a aucun

31ft XXVI. INSTRUCTION

fruit à attendre d'une correction quia u»*^ mauvais principe. Un bon père corrige son enfant parce qu'il juge ce remède nécessaire pour le retirer du mal : dans ce cas la correction est sainte, parce quelle n'a pour source que la charité et un saint zèle. Qu'on corrige à propos et avec modération , mais qu'un se garde bien d'irriter ceux qu'on corrige, selon cet avis de saint Paul (Eplï. 6) : Patres, nolilc provocare ad iram fdios vestros. Les pères doivent mettre cet avis en pratique, surtout lorsque leurs enfants sont grands. Avec ceux-ci il vaut beaucoup mieux employer une sévérité assaisonnée de douceur que de se servir des autres moyens qui ne fon t qu'aigrir et irriter. Enracinez bien celte maxime dans votre cœur : Quand la douceur suffit pour corriger vos enfants, n'employez jamais la sévérité; quand les paroles suffisent, n'en venez jamais aux coups ; il faut même quelquefois dissimuler quelques petites fautes qui ne tirent pas à conséquence; surtout il faut faire en sorte que le châtiment soit en rapport avec le manquement: on doit imiter à cet égard notre Dieu qui, lorsqu'il nous châtie, ne nous chàliejamais aussi sévèrement que nous le méritons. Pour cela ayez toujours imprimée dans votre esprit cette autre maxime , de ne jamais corriger ni punir vos enfants lorsque vous été; transportés décolère, parce qu'alors n'étant pas maitres de vous-mêmes, vous ne proportionneriez pas le châtiment à la faute , et soyez persuadés que vos enfants ne changeront jamais de conduite quand vous les châtierez dans ces cas-là. N'employez jamais contre eux les malédictions, ne leur souhaitez point de malheurs, comme par exemple,, que le diable les emporte; interdisez vous surtout les paroles sales et les blasphèmes. En agissant ainsi , c'est-à-dire en maudissant vas enfants et en faisant des imprécations contre eux, vous commettriez des péchés mortels, pour corriger des péchés qui ne sont souvent que véniels.

7. Tels sont les avis que j'ai cru devoir vous donner, et que doivent mettre en pratique les pères, lorsqu'ils corrigent leurs enfants, s'ils veulent que la correction soit utile, et qu'elle soit une correction selon le Seigneur, in correctionc Domini. Cela établi, si vous observez quelques défauts ou quelques désordres dans la conduite de vos enfants ne les laissez pas jeter de profondes racines avec les années, mais semblables au jardinier atîentif qui coupe, pendant qu'elles sont encore jeunes, les brandis qui absorbent inutilement le suc de l'arbre, coupez par une f :X)inpte correction les racines d'un libertinage contraire à la loi Divine et même aux lois civiles. Ne vous laissez pas toucher

SUB LE QUATRIÈME COMMAPiDEMENT DE DIEU. 311

par les larmes de ces enfants, ne soyez point retenus par la crainte de leur causer de la peine et du chagrin, à moins que vous n'aimiez mieux les voir plongés dans de mauvaises habitudes et obstinés dans leurs défauts, que de les conlrister. Dites-moi, de grâce, quand vos enfants sont surpris par une fièvre violente ou par quelque autre maladie dangereuse pour la guérison de laquelle on doive employer la saignée ou quelque autre remède dégoûtant ou désagréable, n'est-il pas vrai que malgré leurs larmes et leurs plaintes, vous les obligez à se soumettre à la volonté du médecin ; et puis venez me dire que vous craignez de les faire pleurer et de les contrisler lorsqu'il s'agit de les guérir d'une maladie beaucoup plus dangereuse qui est la maladie de l'âme, maladie spirituelle occasionnée par leurs passions déréglées. N'imitez pas la conduite trop molle et trop indulgente de David (2. Reg. 13) qui, pour ne pas contrister Ammon qu'il aimait excessivement parce qu'il était son fils aine, négligea de le punir du grave excès commis avec sa sœur, excès pour lequel celui-ci fut perfidementassassiné; mais imitez plutôt la sage et prudente conduite de Sara (Gen. 21), qui ayant vu un jour Ismaël se livrer à certains jeux avec son jeune fils Isaac, jeux qui, selon les interprètes, devaient être un peu immodestes, ne fut tranquille et satisfaite que lorsqu'elle eût éloigné de son fils celle dangereuse occasion.

8. Quand vous voyez donc vos enfants se permettre certaines actions un peu immodestes , certaines petites vengeances t quand vous les entendez proférer des paroles déshonnêtes , des jurements ; quand vous voyez qu'ils ne veulent pas aller entendre la sainte messe , écouter les instructions, réciter leurs prières et vaquer à d'autres exercices de piété, ne laissez pas le mal s'enraciner davantage, mais détruisez dans leurs principes ces mauvaises inclinations qui les portent au vice , déracinez par une prompte correction ces dégoûts qui les éloignent du bien : E ducale illos in correclione Domini. Quand vous découvrez dans vos filles (et il faut faire en sorte de le découvrir, afin que l'on ne voie passe vérifier ce que disait saint Jérôme (Epist. 15), que nous sommes presque toujours les derniers à connaître les désordres qui ont lieu dans notre maison, et que nous ignorons encore les vices de nos enfants , quand tout le voisinage les connaît déjà : Solcmus mala domus nostrœ scire novissimi , et liberorum vilia,vicinis canenlibus ignorare) : quand donc, dis-je, vous découvrez dans vos filles un penchant à certaines libertés qui ne leur conviennent en aucune manière , quand vous les voyez portées à

fréquenter des personnes d'un autre sexe et surtout de jeunesgens, fréquentation que , selon saint Jérôme , l'on devrait éviter plus que la mort , quand vous verrez qu'elles chercheront à être seules à seul, ce qui blessant infiniment la pudeur, faisait pousser les hauts cris à saint Bernard : Intral solus ad solam vœ, vel lupus ad oviculam ; ce que l'on devrait craindre à l'exemple de la Sainte-Vierge; lors-même que ces filles seraient des anges , éloignez-les par vos corrections et par vos avis de ces assemblées où rè* gnela dissipation et qui sont ordinairement si dangereuses.Etsiles correclionsel les avis ne suffisent pas pour les ramènera l'ordre, venez-en aux faits et ne leur épargnez pas la verge, ayant toujours égard à l'âge et à la faute.

9. Vous avez des enfants, dit le Saint-Esprit (Ecc\.7),curva illos à pucrilia, dès leur jeune âge disposez- les au bien et corrigez-les. Vous avez des filles, faites en sorte qu'elles se conservent chastes , ayez toujours les yeux sur elles et usez d'une certaine sévérité dans vos rapports avec elles (ch. 7). Domptez votre fils pendant qu'il est jeune, dit il encore ailleurs: Curva cervicem ejus in juvénilité et lunde lalera ejus , dum in fans est (Cap. 30). Celui qui aime son fils ne lui ménage pas la verge : Qui diligil fi- Hum suum, assiduat illi flagella ; et le père qui ne châtierait pas son enfant vicieux prouverait qu'il ne l'aime pas: Qui partie virgœ, odit fîlium suum (Prov. 13). Si vous châtiez avec la verge votre fil< qui a des défauts et des vices , vous ne le ferez pas mourir,nonil ne mourra point. Vous vous servirez de la verge pour châtier le corps d'un mauvais fils ; mais vous délivrerez son âme de l'enfer vers lequel il courait à grand pas : Si percusscris cum virgâ non morielur (c. 23). Tu virgà percuties cum, et animant ejus de inferno //frera&i's. Ce sont-là tout autant d'oracles de l'Esprit-Saint. Qu'on ne vienne pas apporter pour excuse que les enfants sont si méchants et si pervers , que plus on les châtie , moins ils se corrigt-nt, car l'Ésprit-Saint vous répond que tandis qu'ils sont méchants, vous devez continuer à être sévères, et tant que la malice est enracinée dans leur cœur, vous ne devez pas vous lasser de la détraire par les corrections , et vous finirez par en venir à bout: Slultiiia colligatu est in corde pueri , et virga disciplinœ fugabiteam (c.22).

10. Telles sont les graves obligations que doivent remplir les parents s'ils ont à cœur leur salut éternel et celui de leurs enfants. Mais ce n'est pas ainsi qu'ils agissent, non ce n'est pas ainsi, et comme ils n'ont pas su les instruire, de même aussi ils ne savent ni les corriger ni les châtier. Transportés d'un amour dé-

régir* et insensé qui , à le bien considérer, n'est antre chose qu'une haine mortelle, ils abandonnent les enfants à eux-mêmes , les laissent vivre a» gré de leurs caprices; sans jamais vouloir les chagriner ou les punir. Un père aujourd'hui au lieu déformer parla verge ou par tout autre moyen la bouche à tel enfant qui commence de temps en temps à proférer des paroles impies et obscènes,Fembrassera,lui applaudira et lui sourira en face ! S'il prévoit qu'un autre de ses enfants se fera craindre à une certaine époque de sa vie, parce qu'étant d'un caractère hargneux il trouble tout un quartier par ses disputes continuelles et qu'il ne laisse personne en paix,au lieu de lui apprendre par un sévère châtimentà pratiquer la douceur chrétienne, il ne lui fera aucune réprimande. Et plaise à Dieu que ce ne soit pas vous le premier qui ayez à le ; craindre. Telle fille en âge de se marier ne craint pas de se montrer dans certains lieux desquels elle devrait se tenir éloignée : elle veut se familiariser avec des personnes qu'elle devrait fuir. Que fait la mère ?Au lieu de lui défendre sévèrement de fréquenter ces réunions joyeuses,elle ferme l'œil et feint de ne pas l'apercevoir, si toutefois elle ne va pas jusqu'à s'enorgueillir de la voir courtisée par tant de personnes. Et si, disait déjà saint Jérôme, nous engageons les parents à employer foute espèce de précautions et de diligences relativement à ces personnes , on nous appelle des hommes méfiants et soupçonneux : Nos suspiciosos vocant, comme si nous nous forgions des chimères. Plût à Dieu que ce ne fissent que des chimères et que nous n'eussions pas à gémir sur la réalité ! Oh ! dites-vous, ces enfants sont innocents. C'est précisément parce qu'ils sont innocents que vous devez faire tous vos efforts pour les conserver dans cet état d'innocence. Ils sont sans malice, et c'est précisément pour cela que vous devez employer tous vos soins pour qu'ils ne l'apprennent pas. La terre e>t bonne, l'eau est claire et limpide ; mais si vous mêlez ces deux choses ensemble il n'en résulte que île la boue. Je pense avoir été assez compris. C'est ainsi communément que manquent à leurs devoirs les pères et les mères qui sontti op indulgents. Mais que résnlterat-il de celte excessive indulgence? Il en résultera que vos fils , qui dès leurs tendres an nées se sont permis des malices, voudront s'en permettre de plus grandes en avançant en âge. lis voudront boire jusqu'à la lio ce calice des infâmes plaisirs qu'ils ont commencée savourer. Cet enfant qui maintenant ne profère que des paroles déshonnétes et obscènes, proférera avec le temps le* plus horribles jurements et les plus affreux blasphème-;. Ce fils qui n'est maintenant que querelleur et insolent, deviendra avec le temps I. ^ 14

3i4 xxvi. nvsTRi:cno;y

komicide et sanguinaire. Cette fil ie qui maintenant n'aime que la libellé et la vanité, finira par n'avoir plus ni pudeur ni houle. Et ce qui est pis, c'est qu'en ne les corrigeant pas pendant qu'ils sont petits, vous ne pourrez plus le faire lorsqu'ils seront grands. Ils sauront bien vous dire qu'il n'en esï plus temps: d'un air audacieux et téméraire ils se soulèveront contre vous et vous diront de prendre garde à vous-mêmes. Ils vousaba ndonnerout dans vos plus urgents besoins, continuellement ils seront votre croix, l'opprobre de voire famille et même sa ruine, en vous occasionnant des procès sans fin. Oii ! ce sera alors quevous vous repentirez de ne pas les avoir corrigés à temps : ce s<ra alors que vous connaîtrez \otre erreur et que vousvous reprocherez à vousmêmes de ne les avoir pas châtiés; mais ce sera inutilement, parce que ce sera trop tard.

12. L'E'Tilure sainte nous offre plusieurs exemples de ces événements funestes qui plongent dans la tristesse tant de familles chrétiennes; mais je ne vous eu citerai qu'un seul que je trouve dans le second livre des F\ois(ch. 3) où il est question d'Héli,grandprétreel jiige !.- la nation juive;ceiui-ci avait promu au sacerdoce ses deux liUOphni et Puînées, qui, méconnaissant la loi, s'écartèrent du droit sentier, se permirent des g uns sordides , et s'abandonnèrent à une conduite infâme et scandaleuse. Une manière d'agir si indigue irrita au plushant point leSeigneuiypii jura de ne plus laisser la race d'Hcli en possession du Sacerdoce, de frapper de mort ses fils débauches et de laver avec leur sang celle tache ignominieuse Dieu avant parlé, en vitit à l'.ffet; il fit pleuvoir sur EiéK tous les malheurs dont il l'avait menacé; ses fils périrent sofls l'épéedes Philistins et le misérable père tomba et se brisa la tête en apprenant une nouvelle si affligeante. Vous restez stupéfaits d'un si. terrible et si cruel châtiment et vous m'en demandez la raison. Eh/ c'est parce que ce malheureux père n'avait pas corrigé elchâtié ses enfants. Il n'est pas nécessaire d'aller consulter les interprètes sacrés, puisque c'est Dieu lui-même qui nous le dit : eà quod noverat indigné agerc filios suos , et non corripuit eos. Sa négligence est cause que ses fils s'approprient les victimes qui devaient être immolées, qu'ils commettent de> actions désiionnétes qui scandalisent le peuple: son zèle ne s'enflamme point, il se tait. Aussi, les fils elle père périssent-ils, aussi leur race avec eux est-elle éteinte.

12. Mais nous nous trompons: Héli, dit saint Jean Chrvsostome, corrigea ses fils, suivant ce que nous atteste la sainte Ecriture ; pourquoi donc malgré cela fut-il chàlié si sévèrement ?

C'est vrai , répond le docteur ; mais il les corrigea avec trop de douceur, et non comme il devait le faire, c'est-à-dire avec force et avec zèle. Mes «mfanls , leur disait-il d'une voix f.iible, pourquoi souillez-vous voire vie par des actions si honteuses? n'agissez pas de cette manière, parce que ce n'est pas bien, et qne tout le monde parle mal de vous (î.fteg. 2): Quare fqcitis rcs hujusmo- <U1... Nolile, filii meinnn enim est bona fama, quum ego audio. Comment! pour punir des vois infâmes, des sacrilèges exécrables, des ac'.ions scandaleuses , il se contente de ces seuls reproches! il devait aussitôt leur interdire l'accès de l'autel , comme indignes de remplir les fonctions de prêtres ; il devait les chasser de sa maison : ou au moins ne se considérant plus comme leur père, il devait remplir les fonctions d'un juge, et pour l'exemple de tous, les condamner à une juste et sévère peine. Entendezvous, pères et mères? il faut une correction et un châtiment à vos enfants, lorsqu'ilsne remplissent pas leur devoir.Si leurs fautes sonténormes, ne vous en tenez pas à la menace, venez-en au fait. Mon fils, ne faites pasceci; ma fille, ne flûtes pas cela, direzvous à vos enfants lorsqu'ils feront quel pies petites fautes, qui ne sont tout au plus que des péchés véniels, et pour lesquels cependant vous faites indûment tant de bruit. Mais quand vous entendez vos fils parler d'une manière obscène.jnreret même blasphémer, quand ils portent préjudice au prochain, ou dans ses richesseyui dans sa réputation, ou dans sa personne; mais quand vous voyez vos filles fouler aux piedsda modestie , la pudeur et l'innocence, il ne suffit plus de donner des avis, il faut corriger et châtier sévèrement. Je ne dis pas que lorsque vos fils sont arrivésà un certain âge vous deviez les frapper, car vous provoqueriez leurs vengeances, comme cela est arrivé à des pères emportés et colères qui ont voulu user de corrections corporelles envers leurs enfants bouillants et emportés comme eux. Gardez-vous donc bien de porter la main sur vos fils déjà grands et forts , et surtout lorsque vous êtrs irrités. Donnez le temps à la colère de se calmer, prenez conseil de personnes religieuses et sages, et Dieu vous inspirera le moyen que vous devez employer pour les punir d'une manière proportionnée à leur âge et qui sera également très sensible. Corrigez donc et châtiez, quand vos fils ont commis de grandes fautes et qu ils ont manqué à leur devoir. Autrement, si, aveuglés par votre amour , vous ne remplissez pas cette obligation si rigoureuse , vous n'aurez en perspective que l'infamie et la ruine de votre maison, comme cela est arrivé d'une manière si tragique à Héli.

13. Je me consolerais encore si Dieu eût borné le châtiment de ce père irop indulgent à des peines temporelles; je ne frémirais pas d'horreur envoyant deux fils .massacrés, une race éteinte, un père étendu mort à mes pieds et privé du sacerdoce; mais ce qui m'épouvante, cVst de savoir que le malheureux Héli est damné pour toute l'éternité pour n'avoir pas corrigé et puni aussi sévèrement qu'il le devait, ses iilsplongés dans la débauche. Saint Césaire d'Aihs n'est pas le seul qui di>e expressément que le nom d'Iléli a été cflacé du livre de vie, saint Jean Chrysoslôme , saint Pierre Damien et plusieurs autres le disent pareillement. Mais ce qui m'épouvante le plus , c'est de savoir qu'il est damné pour avoir mal élevé ses enfants, ayant d'ailleurs une conduite irréprochable. S'il en est ainsi , qu'ai-jeàfaire, sinon de me jeter aux pieds de tant de pères et de mères qui se trouvent ici et de leur dire les yeux baignés de larmes : pères et mères , si pour ne pas avoir corrigé les défauts «le vos enfants Dieu vous punit dans ce monde en permettant qu'ils soient lues ou déshonorés, que votre famille soit accablée de misères et de calamités, sachez que la justice divine ne s'en tiendra pas là. Vous serez encore châtiés dans l'autre vie, puisque vous serez damnés avec vos fils et que vous le serez quand même d'ailleurs vous seriez innocents. De grâce donc , par les entrailles de Jésus-Christ , par son très précieux sang, par lequel vos âmes ainsi que celles de vos enfants ont été rachetées, employez Ions vos soins et ayez la plus» grande sollicitude pour bien les élever. Apprenez-leur la loi du Seigneur et faites-leur connaître les devoirs d'un chrétien fidèle. Ne vous laissez pas vaincre par un faux amour et par la paresse que vous, avez à les corriger, lorsque vous les voyezs'éloigner du droit sentier de la vertu. Mais aussitôt et sans relard apprenez-leur en quoi ils manquent, réprimandez-les à propos lorsqu'ils retomberont dans les faules que vous leur aurez fait connaître. Ces réprimandes ne suffisant pas , servez-vous de l'autorité que Dieu vous a donnée sur eux en les corrigeant à proportion de leurs fautes, et lorsque à ses corrections vous joindrez le bon exemple , soyez assurés que vos enfants seront fidèles à remplir les devoirs que leur impose l'Eglise militante, et qu'ils iront ensuite jouir de la gloire et du bonheur que Dieu a promis à ses élus pendant toute l'éternité. Ainsi soit-il.

Page 1