‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 14 sur 30 · VINGT-SEPTIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIÈME INSTRUCTION

Sur le troisième devoir impose aux parents envers leurs enfant?, c'est-àdire sur le bon exemple.

Si les pèivs et les mères sont obl^és d'instruire leurs enfants touchant les choses qu'il est nécessaire de savoir pour parvenir au bonheur éternel,s'ils sont obligés de fëscorriger quand ils ont des défauts ou qu'ils ne remplissent pas leur devoir, ils ne sont pas moins obligé de leur donner bon exemple, soit par leurs actions , soit par leurs paroles. Tel est le troisième devoir qui formera le sujet delà présente instruction. Nous venons donc en premier lieu, combien l'exemple des pare ni s produit d'effet sur les enfants tant pour le bien que pour le mal: en second lien, avec quelle circonspection ils doivent se conduire pour ne pas leur apprendre le mal, en troisième lieu , combien sont condamnables ces malheureux parents qui, directement ou indirectement apprenant le mal à leurs enfants , occasionnent leur ruine spirituelle.

1. Que l'exemple ait une, force incroyable pour nous entraîner au bien ou au mal, personne ne peut en douter. Comme aussi il est très certain que l'exemple a plus de force et d'autant plus d'efficacité qu'il est donné par nos parents ou par des personnes dignes de la plus grande estime et de la plus grande vénération. Maintenant il est hors de doute qu'il n'y a pas de personnes plus dignes d'estime et de vénération que notre père et notre mère, nous devons donc être portés à imiter leurs actions, et l'exemple bon ou mauvais, que les parenls donneront, deviendra la règle de conduite de leurs enfants. Et de même que les peintres s'efforcent d'établir une parfaite ressemblance entre l'original et la copie qu'ils peignent , de même b'S enfants observent attentivement la manière d'agir de leurs parents et conforment exactement leur conduite à la leur. Aussi, pour l'ordinaire les enfants ressemblent à leur père : si les pères vivent saintement et pratiquent la vertu, les enfanis vivront saintement et pratiqueront pareillement la vertu ; si les pères sont plongés dans la débauche et souillés de toutes espèces de vices, les enfants marcheront sur leurs traces.

2. Saint Chrysoslome, suret article, va encore plus loin,et dit que la bouche, la langue et les lèvres des parents sont comme autant de livres dans lesquels les enfants étudient et s'instruisent: Libri sunt labia parentum. Voilà, pères et mères, ce que vous êtes auprès de vos enfants; voilà ce que sont pour eux vos langues

et vos lèvres, des livres vivants, des livres ouverts dans lesquels ils étudient et s'instruisent; oii ne peut pas assez faire apprécier les fruits et l'immense profit que relire un chrétien de la lecture des bons livres. Et combien en est-il qui n'attribuent qu'aux saintes lectures leur conversion et leur félicité éternelle? Mais d'un autre côté il est impossible de connaître les suites terribles" et les ravages affreux que cause la lecture des livres obscènes, impies et mauvais. Oui pourrait compter les malheureuses victimes qui y sont allées puiser le crime, le libertinage, l'hérésie et enfla l'aihéisnie"? Sondez votre conscience, pères et mères, vous qui êtes les livres <le vos enfants , examinez comment vous vous comportez avec eux, quelles maximes quelles doctrines ils peuvent apprendre de vous. Us en apprendront la piété, la dévotion et la sainteté, s'ils voient briller en vous ces différentes vertus; m ris au contraire ils deviendront libertins, méchants et même athées, quand il n'y aurait en vous que l'apparence du libertinage, delà méchanceté et de l'athéisme.

3. Si donc votre exemple entraine après lui de si graves conséquences.s'il a tant de force sur l'esprit elsur l'imagination de vos enfants, examinez bien comment vous devez vous comporter en leur présence , pesez bien les paroles que vous prononcez devant eux, considérez bien ce que sont vos actions en elles-mêmes; qu'ils n'entendent de vous que des discours empreints des louanges de la vertu, et de blâme contre les vices : vosactions doivent tellement être réglées, qu'elles soient «ne excitation à la piété et à la dévotion : prenez garde qu'il ne s'échappe de voire bouche une parole qui soit honteuse, qui blesse la modestie, qui apprenne Te mal ou qui glorifie l'iniquité. Que vous ne vous permettiez jamais, en la présence de vos enfants aucune action indigne qui puisse leur f. tire perdrel'innocence; tout mouvement, tout geste doit être marqué au coin de la prudence et de la sagesse, et embelli par l'honnêteté et la modestie. Votre manière d'agir, de vivre, de parler, doit être une glace très pure qui représente à vos enfants l'image d'un vrai chrétien. 0 siècles de la primitive Eglise, où l'on comptait autant de Saints qu'il y avait de chrétiens, vous reparaîtriez à nos yeux tels que vous étiez, si les parents se conduisaient ainsi envers leurs enfants!

4. Saint Jérôme, père et docteur de l'Eglise, ayant été supplié par une dame de qualité de vouloir lui apprendre comment il fallait élever sa fille , lui donna de> avis si prud «Ils et si sage-, que je ne sais si l'on peut en donner de plus inslincbfs dans une telle matière: « Vous avez bien raison, lui répondil-ii, de prendre un

» grand soin de votre enfant, puisque «le le zèle pour elle dont

» vous donnez une preuve si frappante et de son éducation re-

» ligieuse dépend votre salut éternel et le sien. Eloignez d'eMe

» tous ceux qui peuvent lui inspirer le vice; que les personnes

» de sou sexe qui seront attachées à son service n'aient aucun.

» commerce avec celles du dehors, afin qu'elles ne soient pas

j> dans le cas de lui apprendre ce qu'elles-mêmes par malheur

* auraient déjà appris , mais qu'elles soient toutes de mœurs » éprouvées; qu'on ne profèreen sa présenceaucune parole libre, » parce que lespivmièresinipressionss'efïacentdifficilemenldaas » une jeune âme. La laine qui a été teinte ne reprend jamais sa » couleur naturelle, et un vase conserve long-temps l'odeur de

* la première liqueur qu'il a renfermée. Que ses habits soient » simples, qu'elle ne se f.<rde point, de crainttt que voulant plaire » aux hommes, elle ne déplaise à Dieu. Qu'elle ne sorte pas de » la maison pour aller à l'église sans vous. Ne permettez pas » qu'elle admette dans sa société des jeunes gens, et qu'elle ait » jamais de conversation avec eux; interdisez-lui les bals, les » spectacles et toutes les représentations profanes. Il faut peu » de chose pour ternir la beauté d'une fleur, et un vent très- » chaud peut flétrir un lis magnifique (ep. ad Laetam). »

5. Telles sont, pères et mères, les instructions que donna ce grand évêque pour élever saintement les jeunes personnes, instructions qu'on peut aussi appliquer aux enfants de l'autre sexe. Eloignez donc les vôtres de tout ce qui est capable de les provoquer au niai, des sociétés mauvaises, des entretiens d^s hommes ou des femmes qui n'ont pas des mœurs pures, des bals, des comédies, et de tout ce qui peut préjudicierà leur innocence; mais ce que ce Père ajoute devrait être gravé dans l'esprit et le cœur de tous les pères et de toutes les mères. Te habeat mugistram , te rudis imitetur infanlia. Servez-leur de maîtresse, et faites en sorte que la jeune fille encore sans instruction vous prenne pour modèle. Oh! combieu les parents instruisent mieux leurs enfants par leurs exemples que par leurs paroles : Mementote vos parentes magis exemplis docere posse quàm vei^bis. Oui c'est une vérité; on voit cependant des pères qui ne font que réprimander continuellement leurs enfants, et leur reprocher qu'ils ne sont point sages ni pieux, parce qu'ils ne font pas leurs prières, parce qu'ils ne n ont pas au catécliisme, aux prédications, pane qu'ils ne fréquentent pas les Sacrements, et ils ne cessent de les menacer de châtiments.

6. A quoi tout cela sert il? à rien. Ne faites pas tant de bruit

par vos paroles, et parlez plus efficacement par vos exemples. Voulez-vous que vos enfanls , sans que vous soyez obligés de le leur rappeler, fassenl leurs prières le matin et le soir? Mettez-vous à genoux les premiers et récitez-les avec eux. Vouleztous qu'ils assissent au catéchisme, aux prédications "? Assistez-y VOUS-mémes, vous qui eu avez autant besoin qu'eux, ou un plus grand besoin encore, et ils ne feront point diflicubé de vous y accompagner. Voulez-vous qu'ils soient dévols? Faites en sorte qu'ils vous voient souvent à l'église et non dans les sociétés, dans les veillées, aux théâtres, qu'ils vous voient soin eut le chapelet à la main et non les cartes ou autres instruments de jeu. Voulezvous qu'ils fréquentent les Sacrements? Approchez-vous-en souvent. J'avoue cependant qu'il peut se trouver d'S enfants méchants de leur nature, malgré les soins et les bons exemples de leurs parents; mais je dis qu'ordinairement le bien comme le mal dérive des parents comme d'une source. JNous lisons dans la divine Écriture (2. Reg. 2) que les principaux de la ville de Jéricho dirent au prophète Elisée : Ecce habilatio civitalis hujus oplima est... sed aquœ pessimœ sunt. Le séjour de celte ville est délicieux, mais ses eaux sont très mauvaises. Donnez-moi. dit Elisée un vase plein de sel. Ce qu'ils tirent. Alors il alla jusqu'à la source d'où ces eaux jaillissaient et y ayant jeté le sel qu'il avait apporté: Voilà, dit il, quel-seaux de Jéricho sont devenues saines et saltibres; la chose fut véritable. Mais pourquoi, me direz-vous, ne pas jeter le sel dans les eaux qui coulaient dans l'intérieur de la \ille? pourquoi aller à la source? Save/.-vous pourquoi? Parce que toute l'amertume et la mauvaise qualité des eaux de cette ville ne provenait que de celtesource : Celle-ci étant assainie, on avait remédié à tout, et les eaux qui en découlaient r.'éta;ent dépouillées de leur mauvaise qualité. Oh! qu'il serait à désirer que les pères et les mères qui sont !a source et le principe de leurs enfants fussent adonnés à h piété , pleins de crainte de Dieu, qu'ils fiivsr.it purs, innocents et saint*: alors soyez assurés que les enfants, qui comme de petits ruisseaux proviennent d'eux, seraient ce qu'ils sont euv mêmes.

7. Saint Jérôme indique en dernier lieu la manière dont celle dame Romaine doit gouverner sa (ille en lui disant : « Employez » tous l.'s moyens possibl -s afin qu'elle n • découvre ni en vous » ni en son père , rien de vicieux qui puisse la poi ter au péché : » Nihil in le, et in paire suo videal , qitod si feceril pcccet.tyï. quel avis important ! oh! combien il serait à désirer qu'il fût profondément gravé dans le cœur de ceux qui ont des enfants ! Rappelez-

SDR LE QUATRIÈME COMMANDEMENT DE DIEP. 52r

tous donc tous, pères et mères, qui que vous soyez, de ne jamais teniraucun discours ni de faire aucune action surtout qui puisse provoquer au péché vos enfants, parce que s'ils vous voient faire quelque cho<e de mauvais, ils le feront aussi. L'imitation est comme un besoin pour euv. Et parce que la nature, à raison du péché, est gâtée et corrompue, nous sommes plus portés à imiter le mal que le bien, et ainsi les idées du bien s'effacent vile, tandis que celles du mal se gravent profondément et sont presque ineffaçables. Oh! combien je voudrais faire comprendre clairement et faire détester d'une manière convenable l'imprudence de ces parents qui ne craignent point de parler en. présence de leurs enfants de certaines choses qui ont rapport au mariage , et de faire certaines actions dont ils devraient complètement s'abstenir , lors-même que ces enfants ne seraient, pour ainsi dire, que des statues. Je voudrais pouvoir démontrer convenablement l'inconsidération de ces époux qui non-seulement mettent coucher ensemble des enfants de différent sexev mais les font coucher dans leur propre lit, sans réfléchir nullement aux funestes conséquences et aux grands maux qui peuvent s'en suivre. S'il m'était permis de parler sans gêne dans une matière où il faut êire si réservé et si sobre en paroles, et vous dire tout ce qui résulte et ceqni est résulté tant de foisdi! celte conduite des parents, vous entendriez des choses qui vous feraient frémir, vous épouvanteraient, et vous resteriez convaincus que ce crime , à l'article de la mort ainsi qu'au jugement de Dieu, vonssera reproché comme un crime plus grand que vous ne pouvez-vous l'imaginer. Oh! disent quelques- uns de ces parents, nous sommes pauvres; nous n'avons pas assez délits. Mais si vous renonciez au jeu, aux cabarets et à d'autres vices, vous auriez de quoi vous en procurer. Qu'il en soit comme on voudra , il n'est moyen que vous ne deviez employer pour garantir vos enfants du péché d'impureté qu'ils apprendront à commettre infailliblement en les faisant coucher avec vous, ou ensemble, s'ils sont de sexe différent ; et enfin vous devez vous rappeler d'après l'avis de saint Jérôme, qu'il faut vous abstenir de toute action mauvaise devant eux, afin qu'ils ne vous imitent pas.

8. Mais si dans une matière si délicate, je ne puis m'expliquer aussi clairement que je le désirerais, je laisserai parler la sainte Ecriture elle-même, et le fait qu'elle rapporte suppléera à ma réserve ( Judic. 2'*). Dieu ayant destiné Samson à délivrer son peuple de la servitude des Philistins, voulut qu'il se fit nazaréen. Celait une obligation parmi les gens de celte classe

de s'interdire le vin et toutes les boissons enivrantes. II envoya un ange à la mère pour lui annoncer quels étaient ses desseins sur son fils; en même temps, il lui ordonna de no point boire elle-même de vin: Caveergo ne bibas vinum.Oiïy a-t-il decommun entre cette abstinence de la mère et celle du (ils? Celui-ci est nazaréen et non celle-là. Oh ! disent les saints interprètes, il va plus de rapport qu'on ne le croit, et celte abstinence delà mère est d'une immense signification. Elle doit élever an fils qui, d'après l'ordre de Dieu, ne peut et ne doit point boirede vin, et elie de son côté pourrait-elle en boire? non, car cornv.\ mt voudriez-vous que le fils ayant un mauvais exemple sous bsyeu\', put s'abstenir de celte tiquent.' Il ne le pourrait pas; i! faudra doncqu'elle s'en abstienne elle même: Cave ne bibas vi- Htttn. Voulez-vous que vos enfanls soient purs, chastes, innocents? que la pureté, la chasteté, l'innocence brillent en vous, et que vous détestiez jusqu'à l'apparence des vices contraires: Cave ne bibas vinam. Voulez vous qu'il soient réservés dans leurs paroles, et qu'ils n'en disent jamais d'obscènes? Qu'ils n'en entendent jamais sortir de semblables de voire bouche. Voulez vous qu'ils ne soient pasjommrs, ivrognes, médisants, blasphémateurs , vindicatifs ou querelleurs? Qu'ils ne vous voient jamais jouer dans les maisons de débauche, surtout qu'ils ne vous entendent jamais maudire, jurer, blasphémer , et qu'ils ne vous voient point en fureur contre votre prochain : cave ne et 'tu bibas vinum. Ainsi en vous abstenant de tous les vices et de tous les péchés , et vous adonnant à la pratique des vertus, vous avez droit d'espérer que moyennant les bons exemples que vous leur donnerez, ils détesteront et fuiront tout ce qui peut déplaire à Dieu , et que comme vous, ils pratiqueront les vertus dont vous aurez été les modèles édifiants.

9. Mais comment accomplit-on aujourd'hui une obligation anssi stricte, telle qu'est celle de donner le bon exemple aux enfantst Ah! si l'on est négligent lorsqu'il s'agit de les instruire dans les choses divines , de les corriger quand ils font des fautes, on l'est bien plus encore lorsqu'il s'agit de leur donner le bon exemple qu'on leur doit! Et en effet, qu'est il celui que leur donnent les gens sans éducation et grossiers, soit par leurs paroles, soit par leurs actions?Ces enfants qu'enlendent-ils sortir de leur bouche! des jurements à tous les mots qu'ils prononcent, des parjures, des blasphèmes horribles,des paroles si scandaleuses et siobscènes, qu'elles feraient rougir l'homme le plus éhonté; les médisances les plus mordantes contre tous sans distinction; des injures et

des incultes de toute espèce , des malédictions et des imprécations ou contre leurs femmes ou contre leurs enfants. Voila les beaux exemples que donnent certains pères aujourd'hui à leurs fils par leurs paroles. Mais ceux qu'ils leur donnent parieurs actions seront peut-être moins scandaleux? Ces enfants verrontils peut-être leurs pères exacts observateurs des fêles? Les verront-ils alors fréquenter les églises, assister aux prédissions, aux offices , et recevoir les Sacrements? Ah ! prédication* , offices divins, fréquentation des Sacrements sont des choses dont ils ne se soucient nullement, et il est même douteux s'ils remplissent le devoir pascal , et ce dont on est au mhmms assuré, c'est qu'Us se conduisent d'une telle manière, qu'Us sont incapables et indignes d'y être admis.

Une messe entendue à la bâte par coutume, et puis tout le reste des saints jours est employé aux divertissements, aux jeux, aux débauches dans les cabarets pour y dépenser des sommes qui auraient servi à l'instruction de la famille. Ainsi ce que voient dans leurs parents les enfants, ce sont les crapules , l'ivrognerie , le libertinage, la transgression de presque tous Jes commandements de la loi divine. C'est là l'exemple qu'ils leur donnent par leurs actions.

10. Si nous venions à l'examen de la conduite des personnes qui appartiennent à la haute classe de la société, tous leurs discours ne roulent que sur le trafic, les ventes, les achats , sur la manière de grossir les capitaux, d'étendre leurs possessions, d'accumuler des sommes, sans ensuite rechercher si les moyens qu'ils emploient sont licites ou non. Leurs entreliens ne roulent encore que sur les charges, les dignités, les grandeurs, les postes à occuper, et sur la rouleà prendre pour y parvenir. Voyez-vous dit , saint .lean Chrvsostome dans la personne d'un père son contemporain (contra Vitup. vit. Monast. lib. 1. eap. 5 ), voyez-vous cet homme qui fait si belle figure aujourdhui? C'est un homme d'esprit, qui s'est élevé aux charges les plus considérables, bien qu'il fût d'une basse extraction ? Voyez cet autre; par son activité, par son industrie, il a acquis beaucoup de fortune, il a ensuite trouvé un parti avantageux, il a bien établi sa maison, à présent il est craint et il vil dans la splendeur. Jetez encore les yeux sur cet autre: par son habileté et par son génie, il s'est insinué dans l'esprit des grands, et il occupe un poste très lucratif. Ah! il faut se donner de peine pour arriver jusque là, et mettre décote certains scrupules, certaines délicatesses de conscience , et s'eUoreer de faire ligure

dans la société. Telles sont les premières leçons et les premières maximes qu'inculquent les pères dans l'esprit de leurs enfants.

11. C'est ainsi encore que se comportent les mères avec leurs filles qu'elles veulent placer dans le monde. Elles leur proposent l'exemple de celles-ci ou de celles là , qui , quoiqu'elles fussent d'un rang inférieur, et qu'elles n'eussent reçu qu'une dot de peu de valeur, sont cependant parvenues à être demandées en mariage par des personnages distingués, et qui ne doivent cet avantage qu'à leurs manières honnêtes et gracieuses, qu'à leur conversation joviale et agréable. De là elies concluent qu'il ne faut pas qu'elles soient si réservées et si sauvages avec les hommes, ni qu'elles cherchentà les fuir quand ils viennent leur rendre visite; mais qu'elles doivent se montrer affables et honnêtes, autrement personne ne penserait à elles, et elles ne pourraient jamais trouver de mari ; qu'elles ne se livrent point à tant de bigoteries, et ne se laissent point tourmenter par lant de scrupules, mais qu'il faut qu'elles aient une toilette soignée, qu'elles conversent en toute liberté, etse montrent dans le public. Voilà quelles sont les maximes que ces mères insinuent dans l'esprit de leurs filles. Mais parce que les œuvres font plus d'impression que les paroles, elles appuyent par leur conduite peu chrétienne ces perfides enseignements, ne donnant aucune preuve extérieure de piété, ni de religion, s'éluignant des Sacrements, n'ayant que l'esprit du monde, fréquentant les veillées, n'ayant du goût que pour les sociétés, s'adonnant à tous les plaisirs , courant sans cesse aux théâtres, étant esclaves des habitudes, du siècle, et aimant voir et être vues. Si la conduite des mères est si répréhensible, celle des pèi es l'est encore davantage, parce que, outre qu'ils se font un honneur d'être sans dévotion et sans religion, étrangers complètement aux choses divines, et tout au monde, ils ne craignent pas d'étaler aux yeux du public leur immoralité, entretenant au dehors des liaisons suspectes, se montrant cruels envers les pauvres qu'ils chassent du seuil de leurs maisons , comme des importuns, en les chargeant d'injures, tandis que pour maintenir leur luxe ils sont prodigues, et d'un autre côté injustes envers leurs ci éanciers, les laissant languir par leurs délais aiïeclés, ou ne les payant que de mauvaise grâce et avec, accompagnement de menaces.

12. Or, les enfants entendant des maximes aussi peu chrétien* nés sortir de ta bouche de leurs parents, observante» eux une vie si déréglée , ne sont-ils pas par là-même entraînés à les imiter. ? Sousl inilueuce de si mauvais exemples, peuvent-ils appren»

dre antre chose que le libertinage et le vice ? Vous l'avez déjà entendu , que nous sommes plus portés par noire propre penchant et par notre nature au mal qu'au bien ; mais si notre inclination dépravée est encore excitée par les exemples contagieux que donne un père à ses enfants , vous serez forcés de conclure qu'à moins d'un miracle de la grâce, ils suivront infailliblement les traces de leurs parents. Comme Salvien s'en plaint , c'est là la raison pour laquelle nous voyons tous les jeunes gens aujourd'hui hériter plus des vices de leur père et de leur inère que de leurs patrimoines, et plus de leurs mœurs dépravées que de leurs biens. Conlinuant ainsià suivie les funestes exemples qu'ils ont sous les yeux dans la personne de leurs parents, ils leur succèdent dans loos leurs désordres avant de succéder à leur fortune. Ils ne peuvent jouir de celle-ci qu'après leur mort ; mais déjà ils ont en propriété leurs vices tandis qu'ils vivent. Avant donc d'avoir en leur puissance les domaines qu'ils doivent un jour posséder , ils se sont pour ainsi dire identifiés avec ces parents corrupteurs, ils les portent dans leur esprit et dans leur cœur; avant d'avoir en jouissance ce qu'on appelle à tort des biens, ils possèdent ces vices et ces péchés qui sont de vrais maux(ab. Eccl. calb. 1.1).

13. Que peut-il y avoir d'étonnant à voir tant déjeunes gens persévérer dans le libertinage et l'impiété, malgré de nombreuses et de saintes prédications , tant de salutaires instructions qui sont si propres à porter à la piété et à la vertu ? Qu'on s'en prenne à ces mauvais exemples donnés parles pères et les mères, ce. sont eux qui ont produit ce funeste résultat. Ces peuples que la roi des Assyriens (4. Reg. 17) envoya habiter les pays abandonnés pas les tribus emmenées en captivité, voulurent adorer les idoles , quoique les prêtres du Seigneur s'y opposassent de toutes, leurs forces.Ques'ensuivil-l-il? que leurs enfants et leur descendants vécurent toujours dans l'idolâtrie : Filii eorum et nepotes t sicut fecerunt patres , ila faciunl usqne ad prœscntem diem.Oii'y a-t-il de surprenant que ces enfants commencent de si bonne heure à parler d'impureté, à prendre en vain le nom sacré et redoutablede Dieu , ceux de la Vierge et des Saints? C'est ce qu'ils ont entendu sous le toit paternel , et c'est ainsi que parlent leur père et leur mère qui ne savent ouvrir la bouche que pour vomir des obscénités, des jurements , des blasphèmes. Pourquoi ces. enfants qui ne savent pas encore prier , savent-ils invoquer le démon, et faire d horribles imprécations contre ceux qui les contrarient? Parce que c'est ainsi qu'agit la mère, qui n'a tou-

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jours que le nom cIïi diable sur les lèvres , et qui à tout instant ne sait que maudire son prochain. Qu'y a-t-il d'extraordinaire qu'étant encore si jeunes , ils se livrent aux passions les plus sales et les plus honteuses ? Ils survent la route que leur père leur a tracée. Enfin qu'y-a-t-il de singulier que ces filles soient si peu modestes danslenr langage, si libres d.ms leurs conversations, si ▼aines et si désireuses de se montrer en public ? Elles ne font que meitre en pratique les leçons que leur mère leur a données et leur donne peut-être encore.

14. Ah ! ce ne sont pas des étrangers qui sont les premiers à jeter dans la voie de l'iniquité ces enfants; non, ce sont ordinairement leurs parents. Oui , ce père qui était dans l'obligation de les élever d'après les maximes de l'Evangile, est le premier à les scandaliser , ou en approuvant leurs vols comme une marque d'adresse et d'habileté , ou en les comblant d éloges après leurs disputas et leurs vengeances, dans lesquelles il semble apprécier leur courage et leur bravoure, ou en excusant leurs imoudicités comme n'étant que des fougues de leur jeune>se. Oui. cel'emère qui devait inspirer à ses filles l'amour de la chasteté, et f ire de leurs corps , comme le veut saint Paul, des temples del'Esprit- Saint, anéantit au contraire en elles tout bon germe de vertu , les engage dans le monde , leur apprend la vanité, le libertinage, la galanterie, et peut-être , comme fait ce pécheur qui trompe le pokson en le prenant à son hameçon qu'il a recouvert d'une substance, elle leur persuade qu'en leur permettant de plureà ceux qui leur font la cour, quoiqu'elles sachent que cela est défendu , elle leur persuade , dis je, qu'elles en retireront un grand profit par un établissement avantageux. Ah ! pères, c'est-là votre conduite, et c'est encore la vôtre, mères cruelles, qui faites un trafic infâme de la pudeur de vos filles? Ne vaudrait il pas mieux que je vous attachasse une pierre «ie moulin au cou, comme le dit l'Evangile , et que je vous précipitasse au fond de la mer? Certainement si, d'après la parole du Sauveur, on en doit agir ainsi avec quiconque scandalise un innocent quel qu'il soit, combien à plus forte raison ne doit-on pas en agir ainsi avec vous qui scandalisez ces enfants qui sont le fruit de vos entrailles? Mais écoutez encore ceci. Vous êtes saisis d'horreur quand la sainte Ecriture vous apprend qu'il y a eu des pères et des mères si barbares, qu'ils en sont venus jusqu'au point de sacrifier les corps de leurs enfants et de leurs filles aux démons en les égorgeant : Fiumolavevtmt filios suos , et fdias suus dmmoniïs (psal. 10..1. Mais vous êtes mille (ois plus barbares vous qui leur sacri-

fiez, quand vous leur enseignezle mal, non-seulement leurs corps, mais encore leur àme d'autant plus précieuse qu'elle coûte à Jésus-Christ son sang versé sur le Calvaire. Si je mettais ici sous vos yeux le spectacle d'un père on d'une mère plongeantun couteau dans le sein de ses petits enfants , ô Dieu, vous ne pourriez m'en tendre sans fiïs-onner ; et vous traiteriez d'infimes parricides ces parents cruels et inhumains. Maisen causant la ruine spirituelle des âmes de vos enfants, vous êtes des parricides encore plus inhumains et plus barbares. Ceux-là enfin ne tueraient que leur corps, et l'àme , puisqu'ils ont été purifiés parles eaux du baptême, irait dans le Ciel : mais vous tuez l'àme de vos enfants et vous la précipitez dans les enfers pour la faire brûler éternellement avec les démons.

15. Je ne puis cependant me résoudre à croire qu'il y ait des parents assez cruels envers leurs enfants pour les sacrifier ainsi. Mais s'il y en avait quelques-uns parmi vous , qu'ils sachent que si Dieu demande un compte très rigoureux des mauvais exemples donnés au prochain , et s'il les châtie avec sévérité , quel compte encore plus rigoureux ne vous demandera t-il pas de ceux si pernicieux que vous aurez donnés à vos enfants, etquels ne seront pas les châtiments qui vous seront réservés? Je passe sous silence ceux qui ne sont que temporels , pour ne vous parler à présent que des châtiments éterne s. Cet effroyable abîme de confusion et de peines, cette épouvantable prison infernale, ce heu de tourments destiné par la divine, justice aux transgressons île la sainte loi, voilà ce qui vous attend, pères indignes, ainsi que vos infortunés enfants que vous aurez corrompus. Oh! combien , plongés avec vous dans ces brasiers éternels, ils aggrateront vos tourments et vos supplices ! Vous les maudirez, et ils vous maudiront avec plus de raison encore. Vous leur reprocherez d'avoir été la cause de votre damnation éternelle, et eux avec plus, de justice encore vous reprocheront que vous êtes les auteurs de leur perte et des peines qu'ils endurent. Ah! écoutez, chrétiens mes chers frères, les plaintes amères d'une infinilé d'enfants damnés,p!ainies que saint Cyprien metdansleur bouche. Nous sommes perdus pour toujours; mais notre perte ne vient pas tant de nous que de nos parents. Oui , leur cruauté et leur perfidie ont causé notre malheur éternel: pu-rfidil nos patenta pcrfulia. Au lieu d'avoir eu des pères et des mères qui s'efforçassent de nous rendre heureux , nous n'avons eu pour pères et pour inères que des assassins, des bourreaux et des parricides : parentes sensimus punie l'das. Justice divine, ce n'est pas de

la sentence et delacondamnationque vous avez prononcée contre nous que nous nous plaignons, nous la méritons l'une et l'autre, et vous avez agi avec équité. Monstres infernaux, nous ne nous plaignons pas de la rage et de la fureur avec laquelle vous nous' tourmentez , vous n'êtes que les ministres de Dieu ; mais nos plaintes s'élèvent contre noire père et notre mère ; ce sont eux qui nous ont perdus : pcrdidilnospaternaperftdia. Cesont eux qui ont été nos bourreaux : parentes, etc. etc. (!ib. de Lapsis).

16. Pères cruels , s'écrieront les enfants au milieu des abîmes, pères inhumains, qui au lieu de nous avoir appris à aimer et à craindre Dieu et à observer sa loi, nous apprîtes à l'offenser et à enfreindre ses commandements , c'est vous qui nous avez précipités dans ces flammes , où nous brûlerons éternellement. IN'estiî pas vrai qu'au lieu de nous parler de Dieu , vous ne nous entreteniez que des choses du monde ? N'est-il pas vrai qu'au lieu de nous indiquer la voie qui conduisait au Ciel , vous ne remplissiez noire esprit que des moyensd'acquérir des richesses, des dignités, et vous ne nous parliez que d'agrandissement de fortune; tout ce que nous avons pu apprendre de vous , a été de nous rendre coupables en toute manière , de tromper le prochain , de nous livrer au jeu , dé fréquenter les lieux de débauche , de vomir des imprécations, de proférer des jurements et des blasphèmes/ D'ailleurs avez-vous jamais eu du zèle pour nous élever chrétiennement ? Vous êtes-vous jamais informés de la ue que nous menions, des sociétés que nous fréquentions ? Vous êtes-vous jan^is euquis si nous étions assidus à faire nos prières le matin et le soir1? INous avez-vous jamais conduits aux prédications, aux catéchismes? Nous avezrvous jamais engagés à visiter les églises, à pratiquer d'autres exercices de piété? Avez-vous cherché à nous corriger de nos défauts? Si nous brisions un instrument de peu de valeur, ce n'étaient que reproches amers, transports de colère ; et si nous prononcions d'horribles jurements , ou si nous commettions quelque autre iniquité vous n'ouvriez pas la bouche. Ah! vous avez été un parricide , bien loin d'avoir été notre père : parentes sensimus parricidas.hhl mère barbare, s'écrie celte fille qu'anime la colère au milieu des flammes qui la consument, mèiu plus féroce que les tigresses elles-mêmes, vous êtes cause que je brûle et que je brûlerai dans le fond de ces abîmes tant que Dieu sera Dieu, et il le sera toujours , vous qui au lieu de m'apprendre à vivre loin du monde, à me vêtir modestement , à prier, à fréquenter les Sacrements , m'apprîtes au contraire, la vanité , le luxe et l'immodestie « et me conduisîtes dans les bals, dans les veillées.

aux théâtres; je m'étais conservée chaste et innocente, j'ignorais ce que c'était que le vice jusqu'au moment où vous m'avez permis ces compagnies funestes , ces rapports seule à seul avec ce jeune homme qui m'a malheureusement perdue et sacrifiée. Ah! mère cruelle , si vous aviez veillé sur mes jeunes années, et si vous m'aviez reprise de mes premiers défauts, je ne serais pas dans ces flammes, mais voire négligence a commencé mon infortune et vous l'avez consommée par les exemples pernicieux que j'ai eus sous mes yeux en vol re personne. Ah ! n'aurait-il pas mieux valu que vous ne m'eussiez jamais donné le jour , que de m'avoir fait mourir d'une manière an<si affreuse! Vous n'auriez jamais dû me donner ce corps, puisqu'il devait être à jamais la proie de ces flammes horribles .' parentes , etc.

17. Les entendez vous, chrétiens, ces malheureux enfants, qui au milieu de ces feux dévorants . adressent à leurs parente des reproches sanglants, et les accusent d'avoir été la cause de leur damnation éternelle ! Les avez-vous entendus les maudissant mille fois dans le jour ! Ces cris, ces plaintes ne vous remplissentelles point de commisération? Mais ne les avez-vous point entendus, surtout vous, pères et mères, qui êtes coupables de négligence envers vos enfants ? Ne craignez-vous point de provoquer ces plaintes et ces malédictions qu'ils vomiront un jour contre vous dans les cachots éternels ? Ne vous sentez-vous point émusà la pensée d'une damnation éternelle qui vous est réservée ainsi qu'a eux? Ah! redoutez pour votre propre compte un si. grand malheur; que ces réflexions sur les suites fatales d'une mauvaise éducation vous rendent plus diligents , plus vigilant* enverseux,et que vous préveniez, tandis qu'il en est encore temps,, celle épouvantable calamité par votre empressement, votre zèle à les élever désormais chrétiennement , ctà réparer vos manquements passé*. Instruisez ces enfants dans les choses nécessairesau salut , châtiez-les quand ils sont vicieux ; mais surtout excitez-les à la pratique de la vertu par vos paroles et vos exemples. Dieu aidera vos efforts , et vous rendra participants les uns et les autres de sa félicité dans le Ciel. Oh ! quelle sera votre consolation de pouvoir pendant toute l'éternité louer et bénir Dieu dans leur compagnie ! Quelle consolation encore de pouvoir lui dire comme Jésus-Christ (Jo. 18): Paler quos tkdisti uùlii, non perdidi ex tis fuemquam. Vous m'avez, ômon Dieu, donné ces enfants, ces filles, je n'en ai perdu aucun, von perdidi ex eis quemquant. Je leur ai enseigné à vous aimer et à tous craindre, et ils ont profilé de mes instructions. Quand ilsout manqué ace devoir

sacré, je les ai châtiés , el ils se sont corrigés. Je leur ai donné bou exemple et ils l'ont suivi. Père divin , les voilà tous à vos pieds , ils n'auront plus qu'à vous bénir et à vous louer éterne'Iement : Pater, quos dedisli mihi , etc. Que ce soit là, pères et mères qui m'écoutez, la consolation que vous éprouviez un jour dans le royaume éternel. C'est ce que je vous souhaite.

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