VINGT-NEUVIÈME INSTRUCTION
Sur les devoirs des serviteurs envers leurs maîtres.
L'apôtre saint Paul qui a laissé à tous les chrétiens, quelque soit l'étal qu'ils veuillent embrasser, d'admirables instructions pour les s nidifier , n'a pas manqué d'en donner aussi à ceux qui sont destinés à se mettre au service de leurs semblables. Bien plus, comme le fait observer St. Jean Cbrysostôme(H.22.inepist.adEpli.), ilsemlilequ'ilen aitpris un soin tout spécial en leur adressant des avis d'une manière plus particulière et plus claire: «Serviteurs , » dit-il en écrivant auxEphésiens (cap. 9), obéissez à ceux qui
» sont vos maîtres selon la chair, avec crainle et respect, p! dans » toule la simplicité de voire cœur , comme si vous obéiriez à » Jésus Clirist. Vous ne devez pas les servir seulement quand ils » ont les yeux sur vous, comme si vous n'aviez d'autre intention » que de leur plaire parce qu'ils sont vos maîtres ; mais en vous » soumettant àeux,propnsez-vous de vous soumettre à Dieu même, » comme il convient à des serviteurs de Jésus-Christ. Servez-les » avec zèle et avec amour , comme si c'était Dieu en personne » que vous eussiezà servir, et non les créatures, sachant que » chacun recevra du Seigneur la récompense du bien qu'il aura » fait, qu'il soit serviteur ou qu'A suit maître.» 0 saintes paroles îO saintes instructions! Oh! quel bonheur pour une famille de posséder des personnes qui la serviraient d'après ces principes écrits par le grand Apôtre! Oh! quel bonheur pour ces serviteurs , qui se régleraient sur ces belles et saintes maximes ! C'est ainsi qu'ils rendraient leurs services avantageux à leurs maîtres, agréables à Dieu . et qu'ils deviendraient dignes de la gloire éternelle. Suivant la doctrine de l'Apôtre , on doit réduire à trois les obligations et les devoirs qui sont imposés aux serviteurs envers leurs maîtres, pour qu'ilssoient utiles à ceux-ci, agréables à Dieu, et qu'ils puissent mériter la vie bienheureuse. Le premier de ces devoirs est de travailler; le second est d'obéir à tons leurs commandements; le troisième est de prendre un grand soin de leurs biens, de les administrer fidèlement.
1. Venons au premier devoir. Un serviteur et une servante sont obligés en premier lieu de prêter le concours de leurs bras dans tout ce que demande leur màtlre, d'être a.wîdns au travail quel qu'il soit , pour lequel ils se sont engagés. C'est pour travailler qu'ils ont été anémiés, qu'il reçoivent un salaire, qu'on est convenu avec eux d'un gage. Il est vrai que la peine et le travail ont été imposes aux hommes en général, c'est ce que dit la sainte Bcriture: liomo nascitur ad htborem (Job. 5), tous nous y fumes condamnés par suite du péclié, et ceux mêmes qui sont élevés sur les trônes, ceux qui ont acquis de grandes richesses ceux qui sont parvenus au fuie déshonneurs \^n sont point exempts. Mais ces Clignes ei ces travaux son I différents suivant la condition des personnes, comme le remarque judicieusement le docteur angélique saint Thomas (1 v. 1. in cap. 7. ad Cor in! II). Les princes, l«*s juges et les magistrats travaillent; mais leurs travaux sont des travaux d'-sprit , et consistent à gouverner leurs sujets, àéronîer leurs |d..ini< s, leurs réclamations, et à mettre un terme à leurs discussions. Les Ëvéquvs, les pasteurs les prêtres tra-
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vaillent, mais leur travail consiste à instruire pour conduire les âmes àDieti. Les pères de famille travaillent, mais leur travail consiste à bien administrer les aff tires domestiques , à régir sagement leur maison. Il en est ainsi de toutes les conditions. Mais le travail auquel sont assujettis les domestiques est un travail de corps, qui n'est autre que l'emploi de leurs forces et de leurs bras appliqués sur des objets matériels; c'est pour cela que leurs opérations qui exigent beaucoupd'efforts , d'exercices extérieurs et pénibles , s'appellent œuvres seniies . parce que ce sont les serviteurs ou domestiques qui s'y livrent le plus ordinairement. Exécuter donc avec. ponctualité tous les travaux nécessaires et qui sont commandés, telle est l'obligation que doit accomplir quiconque s'est attaché au service d'un maître. Que des domestiques fassent de longues oraisons, qu'ils pratiquent des jeûnes rigoureux, des austérités et des mortifications , tout cela est de nulle valeur s'ils manquent aux devoirs qui leur sont imposés , s'ils ne vaquent pas aux travaux qui leur sont prescrits. Dieu n'exige pas d'eux ces longues prières, ces jeûnes rigoureux, ces austérités et ces mortifications extraordinaires. Mais il exige qu'ils soient assidus à leurs exercices manu els, à leurs occupations ordinaires.
2. Mais ce dont se plaignent les serviteurs et autres de celte condition , c'est que Dieu les ait placés dans un état et une condition si pénibles et si durs , cl où, pour gagner leur vie, ils sont obligés de travailler sans relichc. Il pouvait, disent-ils, nous taire naître dans un état plus aisé. Je leur réponds qu'ils n'ont pas le droit de se plaindre, et qu'au contraire ils devraient se réjouir, el en rendre grâce à la Providence divine. Dies-moi,. je vous en prie, mes frères, en quelle qualité Jésus Christ fils de Dieu, monarque du ciel et de la terre, est-il descendu sur la terre? en qualité de serviteur, répond saint Paul (Phil.2). Il s'est rendit petit jusqu'à vouloir prendre la forme d'un esclave. 11 proteste lui-même dans saint Mathieu (c. 20) qu'il n'est point venu pour être servi, mais pour servir. Si donc votre condition de serviteurs^ plus que celle de maîtres, vous fait ressembler à Jésus Christ filsde Dieu, qui étant le dominateur suprême de toutes choses ^ daigna se revêtir des apparences d'un esclave, pourquoi n'appréciez-vous pas votre étal , et pourquoi ne vous glorifiez-vous pas en quelque manière d'être plutôt serviteurs que maîtres, si. par-là vous êtes plus semblables à Jésus-Christ?
3. .!<■ vais encore vous montrer un autre avantage que vous pos^ sédez , et qui doit vous faire apprécier votre étui el votre condi-
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tion de serviteurs , c'est qu'il écarte <ie vous le danger de pécher « t de vous damner , et qu'il vous fournît des moyens plus faciles pour pouvoir vous sauver. 0 Dieu! de combien de sentiments d'amour propre, d'orgueil et de vanité les grandeurs WrVesî i*es , une naissance distinguée, un rang élevé ne sontils p;is la source? A combien d'extorsions et d'injustices ne jftène pas l'amour des richesses et de l'ai geni? Les intempérances, l<s incontinences, les pensées impures, les désirs honteux, les paroles obscènes sont comme h conséquence nécessaire d'une vie <>• -er.se, efféminée, molle, que l'on passe dans l'abondance de t;> :tes choses . qui n'oblige point au travail. Mais voire condition vous met à l'abri de tous ces péchés, et vous lient éloignés des «l.-.ngers mêmes d'y tomber. Vous ne pouvez être tentés d'ambition et d'orgueil, parce que votre Condition est basse et obscure. L'oisiveté et la mollesse ne vous Conduisent point aux intempérances, parce que votre profession est dure et pénible, et que le travail et la fatigue sont les ennemis mortels des passions et de la concupiscence. L'avarice ne peut prendre naissance en vous, puisque vous êti-s pauvres et qu'à peine vous avez de quoi subsist t. La concupiscence des yeux, la concupiscence de la chair sont pour vous des tentations vaines et qui n'ont point d'alimcni dans votre position. Si votre condition vous préserve et vous éloigne de ces péchés, il ne doit pas vous être aussi difficile qu'aux riches et aux grands du monde, de pratiquer les vertus qui vous sont recommandées par l'Evangile, et qui sont spécialement en opposition avec les vices que je viens de citer. La chasteté, la tempérance, et parmi les autres vertus, celle qui était l'objet de la prédiieetion de .Jésus-Christ, et qui est la sainte humilité , vous deviendront familières et communes.Si donc il se rencontre tant d'avantages dans votre condition de serviteurs , réveillez votre foi, aimez votre état , adorez la Providence divine , remerciez-la de vous y avoir fait naître et de vous y maintenir.
4. Sachez cependant que vous aurez alors seulement fa jouissance de ces grands et merveilleux avantages, quand vous accomplirez fidèlement les devoirs de votre état, dont un des principaux est l'exactitude et l'assiduité à vos travaux et à vos emplois. Et cela non-seulement quand le maître est présent et qu'il a l'œil sur vous, commefont ceux qui ont le cœur double et hypocrite, mais même lorsqu'il est absent et qu'il ne vous voit pas, pensant que c'est Dieu qui vous le commande, que c'est sa volonté, et que c'est un devoir pour vous. Ce Dieu est toujours présent, toujours .il vous surveille, et toujours il est témoin de toutes vos actions.
Travaillez donc pour plaire à Dieu et non aux hommes. Ne marchez pas sur les traces de ces serviteurs négligents et paresseux qui voudraient continuellement vivre dans le repos et l'oisiveté, source de la méchanceté , mère de tous les vices ; et de combien de péchés se rendent coupables ces serviteurs qui mènent une vie désoeuvrée et oiseuse.
5. Outre qu'ils ne font pas ce à quoi ils sont obligés par conscience, et à titre de justice, quels torts ne causent-ils pas à leurs maîtres par leur inexactitude efe te» négligence, torts qu'ils sont obligés de réparer s'ils veulent être sauvés? C'est un point sur lequel peu veulent se donner la peine de réfléchir. Quand un maitre prend un domestique , et que ce dernier consent à entrer an service de ce maitre, ils s'obligent réciproquement par une convention rigoureuse, l'un à obéir ef. à faire le sacrifice de sa volonté, et l'autre à donner un salaire convenu. A. présent si un maitre refusait à >;on serviteur le salaire qu'il a mérité par ses travaux, ouqu'il vint à en retrancher quelque chose, ne commettrait-il pas une énorme injustice, et ne serait-il pas tenu à la restitution ? Dites-en tout autant de ces serviteurs indolents et oisifs, qui craignent les fatigues, et n'accomplissent pas ce qui leur est prescrit dans l'intérêt de leur maître ; ils chargent leur conscience d'une grave injustice, et sont obligés de réparer par-là même les torts qu'ils lui ont causés. \ quels mensonges, à quels subterfuges , à -quels parjures n'ontils pas recours «lès qu'il s'agit d'échapper aux mauvais traitements, aux reproches que leur attirent leur paresse et leur oisiveié presque habituelle ? C'est de là qw naissent les jeux, les ruses , les passe-temps qui pour l'ordinaire les rendent coupables de deux péchés , l'un qui est 'a perte du temps qu'ils devraient employer au service de leur maitre, et l'autre les vols qu'ils font pour avoir un moyen d'entretenir et d'alimenter leurs passions. U'où résultent les incontinences, la crapule, l'ivrognerie, qui produisent à leur tour les amitiés suspectes, les familiarités trop étroites, les conversations nocturnes... Mais qui pourrait compter tous les écarts d'un serviteur paresseux et lâche? Pour ne pas vous précipiter dans tons ces vices, serviteurs et servantes qui êtes ici et qui m'écoulez, vaquez auxtravauxqui vous sont prescrits par vos maîtres, et remplissez avec fidélité vos devoirs. Passous à lasecunde obligation qui est l'obéissance et la soumission.
6. Serviteurs, dit saint Paul, obéissez à ceux qui sont vos maîtres selon la chair :Serp/, obedile dominis carnalibus.L'Qbéissuuce donc aux commandements de vos maîtres , ô serviteurs,est
un de vos principaux devoirs. Celui qui ne l'accomplit pas, n'est point un serviteur chrétien. Obéissez, dit il dans un auire endroit, (Col. 3), en tout, per omnia : autrement si vous n'obéissez que quelquefois, ce n'est plus la justice et la religion qui vous déterminent à obéir, mais le caprice et la passion. Obéissez, poursuit l'Apôtre, avec crainte et re-pecl dans la simplicléde votre cœur, comme si vous obéissiez à Jésus-Christ. Voici donc les conditions qui doivent accompagner votre obéissance. La crainte, non pas celle des hommes , mais cell<? de Dieu , et le désir de lui plaire.Le respect : puisque dans la personne de votre maître, vous devez considérer Jésus-Christ votre Dieu , et que vous devez pensera lui obéir. Simplicité de cœur : et votre obéissance n'en sera pas dépourvue, quand vous réfléchirez que Dieu est présent devant vous: alors vos œuvres seront en harmonie avec le mouvement de votre cœur. Malheur a celui dont k cœur e>t double , dit l'Esprit-Saint (Ecc. 7). Vœduplici corde ! Obéissez donc en toute simplicité de rœur.
7. Mais, hélas! combien il y a pende serviteurs qui entrent dans l'esprit de saint Pau! , qui est l'esprit de Jésus-Christ ! combien peu, quand ils obéissent , le fout sous l'impression delà sainte crainte de Dieu ! Combien peu considèrent dans la personne de leur maître relie île Dieu ! Combien peu obéissent en toute simplicité! Mais combien au contraire se révoltent ouvertement contre eux, leur parlent avec effronterie, leur répondent avec hardiesse, pour ne pas dire avec insolence, veulent toujours <Mre les derniers à avoir la paroi: ! Que de serviteurs indociles et obstinés m m murent et se plaignent, s'ils sont traités avec rigueur , ne se soumettent que quand cela leur convient , elsui- \enl leurs propres inclinations, obéissent extérieurement, mais non d'esprit, c'est-à-dire par affection, avec plaisir, comme le veut l'Apôtre. Combien qui obéissent sous les yeux de leurs maîtres, mais qui abandonnent l'ouvrage, ou le fout négligemment lorsqu'ils sont absents! Obéir ainsi n'est pas obéir comme un serviteur de Dieu et comme un bon chrétien. Vous donc serviteurs et servantes, obéissez avec crainte , avec respect et avec simplicité de cœur, si vous voulez que votre obéissance soit méritoire.
8.Tnut irait bien , semblent répondre les domestiques de hniet de l'autre sexe, et nous obéirions avec bonne volonté, et sans murmure comme sans p'ainie , si nous avions le bonheur d'avoir des maîtres et des maîtresses qui eussent plus de douceur dans leur manière de commander, plus de charité envers nous, et qui fussent plus trailables et plus humains ; mais ceux que nous servons
sont durs et sévères, pour ne pas dire loul-à-fait barbares et cruels. Jamais ils ne savent employer de bons procédés envers nous,jamais dire, une seule bonne parole; ils commandent toujours avec fierté et mépris ; toujours ils nous chargent de reproches et d'injures: comment peut-on leur obéir avec plaisir et bonne volonté ? Comment peut-on ne pas se plaindre ? Vous exagérez , et vos maîtres ne sont pas ce que vous dites ; mais qu'ils soient comme vous voudrez , capricieux, intraitables et sans commisération , je vousrépondrai néanmoins, d'aprèssainl Pierre,le chef des apôtres, que vous devez leur obéir et vous soumetlre: «Serviteurs, » dit-d , soumettez-vous avec crainte à vos maîtres , non seule- » ment à ceux qui sont bons, mais encore à ceux qui sont tyrans » et mauvais : eliam discolis (Ep. I.c.2)iEt même plus vous aurez de répugnance et de peine à leur obéir, plus leurs traitements seront rudes, plus leurs injures et leurs méprisse multiplieront à votre égard, sans que vous vous les soyez attirés, plus vous mériterez devant Dieu. Ainsi vous imiterez, poursuit saint Pierre, noire divin Rédempteur Jésus Christ qui, chargé de melédictions et d'opprobres, les supportait sans répondre, avec patience, et se remettait entre les mains de ceux qui le condamnaient injustement: cum maledicerelur, non maledicebal ; cum paterelur, non coinminabalur ; iradcbat autem judicanli se injuste (ib.).
9. Nous serions presque convaincus . repli suent les serviteurs, qu'il faut obéir à nos maîtres avec toute bonne volonté, sansja-. mais nous échapper en murmures et en plaintes, si nous découvrions en eux quelque marque de reconnaissance et d'appréciation de nos services, mais nous ne pouvons nous empêcher de dire qu'ils sont les plus ingrats de tous le; hommes. Quoi qu'on ait fait et qu'on fasse pour leurs intérêts et leur service , et quoique,oulre les travaux ordinaires et communs, nous nous en imposions d'autres auxquels nous ne sommes pas tenus à la rigueur, jamais, non jamais, ni pas leur conduite envers nous, ni par leurs paroles , ils ne nous ont témoigné leur satisfaction , ni même donné une marque d'approbation. Mais nos griefs contre eux se bornent-ils à reux-ci ? Non, ce salaire que nous avons gagné à la sueur de notre front, ils nous le diminuent sous des prétextes faux, alléguant que nous avons brisé des meubles , ou fait quelques autres dommages dans la maison. A tout cela , je réponds encore que vous vous plaignez à tort, que vous exagérez les choses; mais supposé que le portrait que vous faites de vos maîtres soit ressemblant, qu'ils ne tiennent aucun compte de vos faligues, de vos travaux, de votre zèle, qu'ils retranchent môme
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de votre salaire ; votre Dieu ue sera pas ingratenvers vous, si vous leur obéissez avec patience par amour pour lui , et avec résignation, il vous maintiendra dans son intégrité la récompense qu'il vous a promise, bien plus il l'augmentera. Ecoutez saint Paul qui vous en assure et vous la promet de la part de Dieu : Scientes quod à Domino recipietis retribuliouem hœredilatis. Voilà le céleste héritage qui doit inonder vos âmes decmsolalions, voilà la récompense qui doit être l'objet de vos espérances, et sur laquelle vous devez toujours teuir votre esprit et vos regards attachés , qu'importe que le mailre soit ingrat , qu'il ne vous donne aucune marque de reconnaissance, ni d'affection , et que croyant que tout lui est dû sans aucun retour généreux de sa part, il ne daigne même faire aucun cas de tout ce que vous faites pour lui ? Ne vaut-il pas mieux attendre la récompense de Dieu que des hommes ? Que peuvent-ils vous donner les hommes? Des biens temporels , passagers , des biens qui par conséquent ne peuvent pas contenter le cœur humain , puisque ce cœur étant fait pour Dieu, lui seul peut le satisfaire et le rassasier. Lui seul promet des biens spirituels, infinis et éternels.
10. Mais si la chose est ainsi, objectent de nouveau les serviteurs, devrons-nous donc obéir , et complaire aveuglément à nos maîtres en tout ce qu'ils nous commandent , lors même que cela répugnerait à l'honnêteté , à la conscience et à la loi de Dieu ? Ils nous ordonnent quelquefois de les suivre dans des maisons de crime et de dissolution; d'autres fois, ils exigent que nous soyons les instruments de leurs iniquités, de leurs injustices et de leurs vengeances; souvent aussi ils veulent nous rendre complices et victimes de leurs passions les plus honteuses. Et dans ces cas...... Ah ! gardez-vous bien de leur obéir; alors armésd'une
sainte intrépidité, répondez que vous avez un mailre bien élevé au-dessus d'eux, qui est Dieu, à qui vous devez d'abord vous soumettre, et qui vous défend de commettre toutes ces abominations, qu'en conséquence vous ne pouvez ni ne devez faire ce qu'ils vous demandent. Je suis avant tout serviteur de Dieu, devez-vous leur dire avec force, et je crains ce Dieu du ciel: Sennes Deisum, cl Dominum Deumcœlicgotimeo (Jo. 1): comment puis-je faire ce grand mal, ajoulerez-vous avec le chaste Joseph, et pécher en présence de mon Dieu ? Quonwdo possumhoc malum facere et peccare in Deum ineuin? (Gen. 39). Enfin dites-leur ce que dirent aux Juifs saint Pierre et saint Jean: Jug-z s'il est juste <fc vous éi .. ei ; lulôtqufi Dieu : Si instant est vos potùU audirr quant Lutin Radicale (ki. 4). C'est ainsi que vous devra parler, c'est
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ainsi que vous devez agir, si vos mai 1res voulaient vous commander quelque chose de criminel et d'injuste. Hors ces cas , l'apôlre suint Pu-.I veut non-seulement que les serviteurs obéissent et se s -.umelleul à leurs maîtres , mais encore qu'ils cherchent à leur pi -ire, à vivre dans la paix avec, eux , qu'ils s'efforcent de se coni ..d'à leur manière de voir, sans jamais les contredire et leur répliquer d'une manière audacieuse : Set vos dominis suis subditosesse , dil-il à Tite (c. 2.) m* omnibus pluccnles ,non conlradicenies.
'.ï. Nous avons donc fait connaître les deux devoirs princi* p ...x des serviteurs clnn -liens, quisonl de remplir les obligationsqu'ils se sont imposées, en s'engage. -.ut au service de leurs maîtres, délie assidus aux fonctions, auxquelles on les applique , d'elle obéissants et soumis en inulce qui n'est pas péché. 11 nous reste à présent à parler du troisième devoir qui est la fidélité envers les maihvs. Celle fidélité est un point essentiel, nécessaire et auquel on doit faire une attention particulière, puisqu'il est le principe fondamental qui forme le serviteur chrétien. L'Apôtre, après avoir dit à Tite qu'il exhortait les domestiques à pratiquer une exacte obéissance envers leurs maures et à ne jamais les contredire eu rien, continue à leur indiquer buis devoirs en les engageant à ne jamais les tromper , à ne point leur faire de torts, mais à donner des preuves d'une fidélité spéciale dans toute leur conduit* • Jo» fraudantes, sed in omnibus fidein bouamoslcndenles(\<i.ih\d.> Les maîtres confient à leurs domestiques et à leurs hommes d'ailaires leurs biens, les chargent d'en percevoir les revenus , mettent tout sous leur garde et sous leur surveillance. Quelle doit doue être leur probité et leur fidélité ! Quelle faute grave ne commettraient-ils pas, s'ils trahissaient leur confiance ! Le vol esl interdit à tous; mais il devient plus criminel dans un domestique qui , devenu membre de la famille , n'attire pas sur lui des soupçons et ne provoque pas la défiance, comme le ferait la présence des personnes étrangères; bien loin de là, un maître se repose sur sa fidélité et sur son dévouement : si donc il abuse de relie confiance , s'il dilapide ses biens , s'il en détourne quelque portion pour son profit, qui ne voit combien la faute devient grave ! Voila la raison pour laquelle les lois humaines punissent avec tant de sévérité les domestiques pour les petits vols dont ils se sont rendus coupables.
12. Cela établi , il convient de savoir à quoi cette fidélité oblige les serviteurs et lessenanles.Elleles oblige à avoir un grand soi;» «les biens , dos meubles et de tout ce qui appartient aux mailles T
comme si tout cela leur appartenait. Elle les oblige de plusi une exacte suneillance, afin que nul dommage ne leur soit causé, que rien ne soit détérioré, et que s'il est des choses qui fruc* tifit'nt, qu'ils prennent garde que par leur propre fjule, ou par une omission coupable, elles cessent de fructifier. De là vousdevez conclure que les péchés qu'on peulcommettre, sont pour ainsi dire innombrables, et que malheureusement ils ne se commettent que trop par les administrateurs du bien d'autrni, par les domestiques quels qu'ils soient. Us pèchent donc non seulement quand ils (ont par eux-mêmes à leurs maîtres des vols con-ddérab!e«, qu'ils soient secrets ou non, on quand étant peu considérâbles , à force d'être multipliés ils forment une matière grave; mais ils pèchent encore quand ils permettent que d'antres leur en fassent, on qu'ils ne prenent pas des moyens pour empêcher qu'on ne leur fasse des torts de quelque manière que re soit, pouvant s'y opposer. Ce!a a lieu en beaucoup de cas. Par exemple, si ayant connaissance des dommages qui leur sont faits, ils ne les avertissent pas, et gardent le silence quand ils sont tenus de parler. Or ils sont tenus de parler et de divulguer les larcins et les dommages qu'ils voient commettre non-seulement par des étrangers, mais encore parles autres domestiques et par les enfants mêmes de la maison , parce que parla ils deviennent complices de ces vols, pèchent lors même qu'ils ne les partage* raient point avec eux. Les domestiques, les économes et autres hommes d'affaires pèchent encore quand ils font des dépenses excessives et superflues en achetant des choses qui ne sont pas nécessaires, ou en plus grande quantité que ne le comporte le besoin, pour s'approprier le superflu. Ils pèchent quand après avoir acheté des marchandises ou autres objets à certain prix, ils allèguent qu'ils les ont achetés à un prix plus élevé, afin de gagner le surplus de l'argent qu'on leur a remis, lis se rendent encore coii|)ables lorsqu'ils vendent le blé ou autres denrées de leurs maîtres à un prix inférieur à leur valeur , afin de recevoir des acheteurs une récompense ou une élrenne : quand ils mangent et boivent avec excès, quand ils font mal les affaires dont ils sont chargés, et pareillement encore quand ils donnent du pain, du vin, de l'huile, de la viande dans la maison ou hors de la maison à leurs amis, ou à leurs parents. Ce serait encore pire s'ils donnaient ces denrées pour entretenir des personnes de mauvaise vie. Enfin les domestiques se rendent coupables s'ils s'approprient quelque objet qui appartienne à leurs maîtres sous prétexte de compensation: parce que selon eux, leurs gages ne
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sont pas proportionnés à leurs travaux et à leurs fatigues. 13. Mais, dites-vous, vous faites naître dans noire àme des scrupules que nous n'avons jamais eus. Jusqu'à présent nous n'avons point fait difficulté de prendre quelque chose à nos mallres,parce que nous croyions avoir ce droit, v u que nos gages ne sont pas en rapport avec nos travaux. Nos maîtres nous écrasent sous le poids de mille occupations dont nous ne somme* point convenus avec eux de nous charger. En nous engageant;. leur service, ils nous ont dit que nous ne serions tenus qu'à faîiv telle ou telle autre chose , et ils nous obligent à en faire cent autre qui ne nous regardent pas. «Toute peine, comme on le sait, mé rite son salaire. » Si donc noire maître est assez avare pour nous le refuser, nous nous payons nous-mêmes. Abîmes frères, ne mettez jamais en pratique cette perverse doctrine condamnée par la sainte Eglise. Vous avez sans doute raison d'exiger ce salaire qui vous a élé promis et dont vous êtes convenus. Mais si vous vous imaginez que votre salaire n'est pas proportionné à vos travaux , et que sons ce faux prétexte vous dérobiez d'argent, des effets, ou d'autres choses, vous commettez un vol manifeste (Innoc.XI. pi op. 37 ), parce que vous vous appropriez ce qui ne vous appartient pas et ce qu i ne vous a pas été promis. Nous voyons la solution de ce cas dans l'Evangile où il est parlé de ce père de famille qui fit donner une récompense égale à tous les ouvriers qu'il avait appelés à venir travailler danssa vigne. Ceux qui avaient travaillé tout le jour murmurèrent de ce qu'on n'avait point mis de différence entre eux et les autres qui n'avaient travaillé qu'une heure. Mais que répondit ce père de famille à l'un de ceux qui faisaient cette représentation au nom de ses associés? N'êles-vous pas convenus avec moi du salaire et delà récompense que je devais vous donner? Si donc vous l'avez reçue entière sans que j'en aie (retranché une obole, vous ne pouvez pas m'accuser d'injustice envers vous, prenez en conséquence ce qui est à vous, et relirez vous : Amicc, non faeio tibi injuriam : nonne ex denario convenisli mecum ? Toile quod tuum est et vade (S. Ma!lh20). J'en puis dire autant à tous les serviteurs: Nêlesnous pas convenus de votre salaire avec votre maître ? ne vous l'a-l-il pas payé tout entier ? H ne se rend donc coupable d'aucune injustice envers vous, s'il ne vous donne pas autre chose. C'est vous qui devenez coupables d'injustice envers lui, si nous volez, si vous lui prenez au de-là de votre salaire; si vous croyez ensuite que vos gages sont trop peu considérables comparés à vos peines et à vos travaux, vous éles libres de cher-
Soi XXIX. INSTRUCTION
cher d'autres maîtres qui vous donneront un salaire plus convenable. Mais quand il est fixé et que vous êtes d'accord , vous ne pouvez exiger rien de plus. L'excuse que vous alléguez relativement aux travaux auxquels votre maître vous applique et que selon vous, vous n'êtes pas obligés de faire d'après les conventions passées, est de nulle valeur, puisque s'il vous occupe à une chose, il ne vous occupera pas à d'autres, et qu'en qualité de domestiques vous devez exécuter tout ce que votre maître vous commande, Abstenez-vous donc de suivre une doctrine réprouvée par l'Eglise.
14. Poursuivons et voyons quels sont les autres péchés des domestiques. Ils pèchent quand ils révèlent aux voisins ou à d'autres personnes les choses que les maîtres et les maîtresses voudraient toujours laisser ensevelies dans fe secret; parmi lesquelles seraient par exemple le dérèglement des mœurs, les querelles, les dettes , le mauvais état des affaires, la pauvreté,. la misère dans laquellese trouve leur famille, les différends et les discordes qui régnent entre eux. Si un étranger ébruitait luimême ces secrets, il pécherait contre la charité et de plus contre la justice; or, que devra-t-on dire d'un domestique obligé de procurer à son maître tout le bien qu'il est dans son pouvoir de lui faire et d'écarter pareillement de lui tout ce qui pourrait lui nuire ?Les serviteurs pèchent , et spécialementles servantes, quand, sous prétexte de donner des preuves de dévouement et de zèle, ils font connaître au maître quelque faiblesse ou défaut de la mailresse,comme aussi à celle-ci les défauts et les faiblesses de celuilà. Ils ne s'en tiennent pas encore là , ils vont, rapporter à la jeune maîtresse et à la belle fille le mal qu'a dit d'elles la bellemère, et à celte celle dernière le mal qu'a dit d'elle la belle-fille. Et ce qui aura été déclaré avec simplicité et sans intention d'offenser personne est présenté avec «les couleurs si noires et avec tant d'exagération qu'il en résulte des désunions, des scandales, des rixes, des haines et des discordes qui durent quelquefois jusqu'à la mort. Sachez donc qu'en faisant des rapports de cette nature, vous commettez un péché si grand , qu'il attire sur vous la malédiction de Dieu: Susurro et biliiiguis malediclus (Eccl. 28). lly a six choses que Dieu déteste , mais la septième est celle qu'il a en abomination, et qu'esl-elle ? Celui qui sème la discorde parmi les frères ou parents: Seplimwn dctestatur.anima ejus... eum qui séminal inter fratres discordias (Pro. 6).
lo. SI par. malheur vous étiez dans ces péchés, corrigez-vous, donuMiques de l'un et de l'autre sexe , accomplissez exactement
SUR LE QUATRIÈME COMMANDEMENT DE DIED. 3o;>
ces trois devoirs que je viens de vous expliquer: soyez assidus au travail qui vous est prescrit, ne sacrifiez aucun -des moments que fous devez y consacrer dans l'intérêt de vos maîtres ; faites exactement tout ce qu'ils vous commandent, et qui est en conformité avec la loi dîvine,obéissez-leur comme vous obéiriez à Dieu même; cl sachant que la divinité est partout présente, apportez à l'administration de leurs biens la fidélité la plus incorruptible. Par cette conduite vous pourrez assurer votre salut éternel, et parvenir à la sainteté comme tant d'autres dont il est parlé dans l'histoire ecclésiastique. Mais si vous êtes des serviteurs paresseux, désobéissants, infidèles, vous entendrez de la bouche de Jésus-Christ, au dernier jugement, et sous peu au jugement particulier, ces ivprocbes sanglants : Perfide serviteur, vous dira-t-il, servante infidèle, et vous administrateur inique d'un maître qui vous avait confié ses biens, rendez-moi compte de la manière dont vous vc'is êtes conduits envers lui. Rendez- moi compte de tant de j urs et de tant d'heures que vous avez passés dans la paresse et dans l'oisiveté et sans vous occuper des intérêts de ce maître de qui vous receviez un salaire ; rendez-moi compte de toutes ces révoltes dont vous vous êtes rendus coupables à son égard , en résistant à ses ordres, substituant votre volonté à la sienne.Rendezmoi compte de tant d'infidélités que vous avez commises, de tant de vols que vous avez faits, que vous vous êtes aidés à fane, ou que vous avez laissé faire aux autres sans vous y opposer, de tant d'ouvrages mal dirigés, et qui ne lui ont apporté aucun avantage ; rendez compte de tant de pertes et de dommages dont Vous avez été la cause, de tant de détractions, de tant de médisances, de tant de disputes, de tant de discordes que vous avez provoquées dans sa maison. Allez donc, serviteur méchant, servante inique, allez brûler dans les enfers, et partager le supplice des damnés. Ah! mon Seigneur, détournez, oui, détournez ce malheur des serviteurs qui rassemblé-; dans ce temple m'éeoutent avec tant d'attention, parce qu'il n'en est aucun qui veuille suivie la voie de ces serviteurs criminels qui seront condamnés aux flammes éternelles. S'il en était quelqu'un parmi eux, qui eût suivi jusqu'à présent une voie si funeste, il est disposé à se corriger dès ce moment, et tous s'efforceront de mériter, par la plus parfaite exactitude à remplir leurs devoirs, d'entendre sortir de votre bouche ces consolantes paroles : Kuge, serve bone et (Odefis, intra ingaudium Domini lui (l&atth. lo.). Entiez, bon et fidè'e serviteur, dans la joie de votre Seigneur: c'est le bonheur que je vous souhaite à tous.
SUR LE CINQUIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. Homicide point ne seras, etc.
Dans ce command -ment. Dieu ne nous défend pas seulement de lur le prochain, mais encore de le frapper, de le blesser, ou. de lui nuire en quelque manière que ce soil. Il nous défend de le haïr, de tirer vengeance d'il ne offensa qu'on a reçue de lui , quoique non méiilée. Il nous défend de plus non-seulement de lui ravir la vie du corps, mais encore la vie de lame, en le portant au péché par de mauvais exemples et de mauvais couse ls. Je dir.à à présent quelque- chose sur chacun de ces points. Dans cette instruction, je réfuterai quelques erreurs sur l'homicide. En second lieu, m»us verrons comment 1 homicide est défendu aux particuliers de quelque rang et de quelque condition qu'ils soient, el combien il est un péché grave; en troisième lieu nous examinerons les diversesmanières dont on le commet.
1. Avant «l'entrer dans l'explication «le ce commandement, il sera lies utile el même nécessaire de réfuter trois erreurs dans lesquelles tombèrent quelques héréii pies. La première fut celle des Maiiicbéi'ns qnî, comme le rapporte saint Augustin (!ib. do Civ. Dei, C..2), prétendaient que par ce commandement, il était défendu non seulement de tuer les hommes, mais encore les bétes et Ions b's animaux qui se meuvent sur la terre, et de plus, dit encore le saint., de détruire les arbres et les herbes qui naissent dans les vallées, sur les montagnes et dans les pleines, qui, quoique n'ayant pas le sens, jouissent cependant d'une vie, et peinent par conséquent mourir. Le précepte est universel, disaient ils ; et de même «{ne voler une brebis, un bœuf, ou un autre animal, est une infraction à ce commandement, tu ne déroberas pas, non (Urtam faciès, ainsi tu-r une brebis, un bœuf, un un autre animal, e<t aussi une infraction au commandement , tu ne tueras point. Mais ces impies ne voulurent point connaître fa grande différence qni existe entre l'homme et la brute, les arbres et les herbes des champs. Dieu donna à l'homme une puissance absolue sur Ions les animaux de la terre, el après le déluge universel il lui permit de se nourrir de leur chair, comme de l'herbe des campagnes, et couséquemnient il lui donna
SUR LE CIKQEWfcME COMMAftDESKMT DE DIEU. 357
la liberté de leur oter la vie (Gen. 9). Quand Abraham offrit un repasaux trois anges qui vinrent chez luisons des traits humains, parmi les antres mets qu'il leur servit , il se trouvait un veau, (Gen. 18). Ce fut encore un veau très gras que (il Hier le père de l'enfant prodigue , lois de son retour à la maison paternelle (Luc. 15). Dieu lui même ordonna aux Israélites que, chaque année à la fête de Pâques, ils égorgeassent et lui immolassent an petit agneau, etqu'ils le mangeassent (Ex. 18) ; et dans combien d'endroits de la loi ancienne, ne cominanda-til pas qu'on lui sacrifiât les animaux dont nous venons de parler? 11 n'est donc point défendu à l'romme de tuer les animaux par le précepte en question, mais seulement de tuer les hommes , de la vie desquels il est le seul maître.
2. La seconde erreur fut celle de ces hérétiques appelés Vaudois, qui refusaient même aux princes et aux juges suprêmes de la terre, le pouvoir de faire mourir un homme,quelque maifaiteuret criminel qu'il fut. La justice humaine, disaient ils, doit ressembler à la justice divine, qui ne frappe point le pécheur, et qui le soudie afin qu'il ail le temps de se repentir; c'est ainsi que doit agir la justice de ce monde. On répondu cela que la justice humaine, en faisant périr les malfaiteurs, agit conformément à celle de Dieu; quelquefois elle enlève subitement la vie aux méchants, afin qu'ils ne pervertissent et ne tourmentent pas les jostes,ei quelquefois aussi, suivant lesdesseins de son intinie sagesse, elle prolonge leurs jours, ou pour qu'ils aient le temps de se repentir, ou pour ménager aux justes des moyens d'acquérir des mérites par le> tribulations qu'ils leur font souffrir. Ainsi la justice humaine délivre quelquefois le monde de ces scélérats par le dernier supplice auquel elle les condamne, par la raison toute simple qu'ils sont les ennemis de la société dans laquelle ils se trouvent, et quelquefois aussi elle les tolère et leur laisse la vie, lorsqu'ils ne sont pas grandement nuisibles. Les princes de la terre sont obligés d'entretenir dans les royaumes et les républiques la tranquillité et la paix, et pour atteindre ce but, il est nécessaire qu'ils répriment l'audace des méchants, qu'ils les châtient, et que, quand ils s'obstinent à marcher dans la carrière du crime, et qu'ils épouvantent la société par les forfaits dont ils se rendent coupables, ils les retranchent à jamais de sou Sein en les condamnant à l'échafaud; en tenant une conduite contraire, comment la tranquillité et la paix régneraient-elles dans le monde? C'est pour cela que Dieu commande de ne point laisser vivre les malfaiteurs : MaU-ficos non patieris vivere
(Exod. 22). Les princes ne violent donc pas ce commandement de Die» , en débarrassant le monde des scélérats; an contraire ils entrent dans ses intentions, qui sont d'assurer la vie des autres hommes; ils imitent le médecin qui coupe les membres gales et pourris , stin qu'ils ne corrompent pas à leur tour ceux qui sont sains.
3. La troisième erreur fut celle de ceux qui avouent que c'est un véritable péché de donner la mort aux autres, mais qui ne reconnaissent pas que c'en est un de se la donner à soi-même, s'appuyant, pour soutenir leur opinion, sur et tte raison : que personne ne peut se faire injure à soi-même. Il semble qu'une telle erreur devrait être impossible, l'amour de la vie étant si naturel à l'homme, et il répugnerait de croire qu'il y eût eu des personnes si dénaturées que d'attenter à leurs jours, si l'histoire ne confirmait ce que j'avance. Parmi les autres auteurs, saint Augustin parle de certains hérétiques donaiistes, appelés Circonceilions, qui pensaient faire une action très méritoire, et même obtenir la palme du martyre en se jetant dans des précipices m rribles, dans Ses eaux, dans le feu, ou en se tuant d'une manière encore plus cruelle. Ce n'est p3S là, dit saint Augustin*, la doctrine de .h sus Christ, qui chassa le démon de sa présence, lorsqu'il eut l'sudace de lui suggérer de se précipiter du haut du temple : il * si écrit , lui dit-il , « tu ne tenteras pas le Sei- > gneur ton Lieu (e. 51. in .Jo.)». Se donner la mort est encore une chose contraire à ce commandement, fait observer dans un autre endroit saint Augustin. Dieu dit : « tu ne tueras point, îl exprime la chose en général, il n'indique aucune exception, on ne peut donc pas plus se tuer soi-même que tuer les autres. Se donner la mort, c'est la donner à un homme; si donc il est défendu de tuer qui que ce soit, on ne peut, et on ne doit donc point s'enlever la vie à soi-même ( lib. 1. de Civit. c. 26 ). Il ne •sert de rien d'alléguer l'exemple de quelques vierges qui se sont données la mort, prévenant les bourreaux qui allaient les égorger, ou celui de Samson qui périt volontairement et fit périr avec lui ses ennemis, en ébranlant les colonnes qui soutenaient la maison dans laquelle on l'avait amené; parce que, répond saint Augustin , ni celles-là, ni celui-ci ne peuvent être excusés, autrement qu'en disant qu'ils n'en ont agi ainsi que par un mouvement du Saint-Esprit. Et quant à Samson , il faut avouer que le Saint-Esprit qui opérait en lui des choses si merveilleuses, l'avait excité lui-même à cette action : Laicnier Spirilus sancius hocjusseral , qui per illum mirucula faciebal (Ib. c. 21 ).
Il suffît donc de s'arrêter seulement à la pensée de se donner la mort pour devenir coupable; et quand un homme accomplit ce funeste projet, il meurt dans l'état de péché mortel. Se tuer volontairement est un acte de désespoir, et c'est se donner une double mort, puisqu'on tue l'âme en même temps qu'on lue le corps. C'est par une conduite pareille qu'on mérite le sort funeste du perfide Judas qui trahit Jésus-Christ , et qui aurait pu se sauver, si au lieu d'ajouter le crime du désespoir à son infâme trahison, Use fut repenti sincèrement.
4. C'est donc une chose illicite de se tuer soi-même, conclut saint Thomas (2.2. q. 64. art. 5 ) , premier. me;it parce qu'il est naturel de s'aimer. Or, se tuer, étant une chose contraire a la nature et à la charité avec laquelle chacun doit s'aimer, c'est toujours péché mortel. Secondement, parce que tout homme est un membre de la société ; et celui qui se tue lui-même, lui fait injure. Enfin la vie est un bien et un don que Dieu a accordé à l'homme bien et don qui lui appartiennent, parce que c'est lui seul qui donne la vie et la mort. Celui donc qui se prive de la vie offense Dieu; comme celui qui tue un esclave offense le maitre de cet esclave, ainsi pèche celui qui usurpe le droit de sentence dans une chose qui ne le regarde pas: car à Dieu seul appartient le droit de vie et de mort, selon ce qui est dit dans le cantique de Moïse relativement à Dieu: Ego occidam ; et ego vivere faciam (Dent. 32).
ô. Mais sera-t-il au moins permis de se tuer quand on en a quel jue raison ; comme serait par exemple celte de se délivrer de quelques chagrins qui oppressent lame , et qui sont devenus intolérables, celle de se débarrasser des misères de la vie; d'effacer les péchés d'autrui ou les siens propres, ou pour parvenir plus tôt à un bonheur sans terme qui est l'objet des désirs, bonheur qu'on ne peut posséder qu'après la mort? Non, répond St. Augustin, il n'est permis de se tuer pour aucun de ces motifs , et îonséquemment pour éviter les peines que l'on souffre en ce monde,parce qu'ainsi l'on n'échapperait pasà celles de l'antre vie qui sont éternelles. La mort est le mal leplus grand: celui doi.c épuise la donnerait volontairement pour se décharger du poids des misères qui l'accablent, ferait choix d'un mal plus grand pour en Fuir un moindre. Personne ne peut se suicider pour les péchés d'autrui, parce qu'on se rendrait coupable d'un crime trè> grave, vu que Ton est innocent des péchés des autres. Ou ne peut pas non plus s'arracher la vie pour expier les péchés dont ou s'est rendu coupable, quelque énormes qu'ils aient pu être et qu'ils soient, parce que, bien loin de retrancher un seul jour à
ceux que Dieu a donnés, on devrait au contraire demander qu'il voulût bien les multiplier et les prolonger pour pouvoir faire une pénitence proportionnée à la gravité de ces péchés. Il n'y a quela pénitence qui ait assez d'efficacité pour les anéantir, et elle ne peut point se faire après la mort. Enfin personne ne peut se tuer volontairement, conclut saint Augustin, par le désir d'une meilleure vie, de crainte de tomber dans le péché, parceque celui qui se rend coupable de sa propre mort n'a point droit a une vie meilleure, mais à l'enfer; et on ne peut point faire le mal, pour qu'il en résulte un bien (lib. 1. de Civit. Dei, c. 26).
6. Puisque donc il n'est pas permis de se donner la mort, il lésera au moins de la désirer ? Quant à cela, je réponds qu'on ne peut point désirer la moi t pour cause d'impatience , de désespoir, ou de quelque autre passion; comme par exemple, parce que quelqu'un se voit réduit aune extrême pauvreté, ou pressé par la faim, accablé de maladies, livré à des douleurs qu'il n'a plus la force de supporter, ou frappé de quelque malheur; ou parce qu'un tel a une femme accariilre, fantasque, méchante, ou qu'une telle a un mari emporté et brutal. Je dis donc que celui qui désire la mort pour ces fins et motifs, pèche sans aucun doute, parce qu'il n'est point résigné à la volonté divine, ni à la conduite -amoureuse de la Providence. Dieu dispose tout pour notre plus grand bien: quand donc il nous envoie des malheurs ou autres choses que nous craignons, et qui nous affligent , il ne nous les envoit que pour éprouver notre fidélité. La sainte Ecriture nous fournit dans Job, Tobie et tant d'autres, des exemples de celte conduite de Dieu. Quoiqu'ils lui lussent bien chers, étant ses fidèles serviteurs, néanmoins il les frappa de la manière la plus sensible dans leurs biens et leurs personnes, et parce moyen il les éprouva et les purifia comme l'or est éprouvé et purifié dans la fournaise. Nous donc qui sommes pécheurs, nous devons souffrir avec patience et résignation les maux et les disgrâces de cette vie tant qu'il lui plaira de nous en envoyer, ne désirant jamais la mort comme un moyen d'en être délivrés.
7. Cepciid.intonpeut désirer !a mort pardesmotifs«aintset hou. Bêtes. Nous lisons dans l'histoire qu'un grand nombre d'hommes dégoûtés des choses terrestres et désireux des éternelles, en agissaient ainsi: ils souhaitaient de voir se rompre les liens qui les allachoient à leur corps, d'être délivrés des misères de la vie, et éloignés des dangers d'offenser ce Dieu qu'ils aimaient si ardemment, pourjouii toujours de sa sainte présence: « Je brûle du désir
» que mon âme se sépare de mon corps, disait saint Paul (Phil. » 1), pour être avec Jésus-Christ dans le Ciel: Desiderium d habensdissolvi elcssecuni Cluislo». Malheureux que je suis, qui me délivrera des dangers que je cours de me perdre? La grâce de mon Dieu : Infelix , quis me liberabil de corpore morti» hujus (Rom. 7 ). Pourquoi mon exil se prolonge-t-il sur la terre* Heumihi quia ineolatns meus prolungalus est (Psa'. 119). Venez, mon doux Jésus, disail saint Jean (Ap. 22 ) : Veni, Domine Jesu. Ce sont là des désirs louables qui ne sont point l'effet de l'impatience ou de toute auirepas>ion déréglée, mais du saint amour de Dieu. Ce sont là des désirs des âmes parfaites qui, lasses de porter les chaînes de cette chair mortelle, demandent à Dieu qu'il les en délivre, et qu'il les fasse jouir de la vraie liberté de ses enfants.
8. Ayant donc réfuté les erreurs dont je viens de parler, et ayant vu quand on peut ou non désirer la mort; il nous reste à examiner ce que c'est que l'homicide qui est défendu par ce commandement. L'homicide est un acte injuste par lequel on tue un homme, que ce soit par l'autorité publique ou l'autorité privée; d'où il suit que les princes eux-mêmes se rendraient coupables d'homicide s'ils faisaient mourir un innocent, parce que cet acte serait injuste. Quant aux particuliers, exceptant le cas d'une défense nécessaire, tuer serait toujours un acte injuste, non seulement quand ils arracheraient la vie à un innocent, mais encore à un grand malfaiteur digne de la mort. Mais n'avons-nous pas dit que, suivant le commandement de Dieu, on doit faire périr tous les malfaiteurs? Cela est vrai, mais il faut que ce soit l'autorité publique qui se charge de la sentence et de son exécution. 11 n'est permis d arracher la vie aux malfaiteurs qu'autant qu'ils sont nuisibles au bien public ou à la communauté; il n'appartient donc qu'à ceux qui sont chargés de prendre en main les intérêts de la communauté , de veiller pour le bien public, comme font les princes: il n'appartient donc, dis-je, qu'à eux de procéder par les voies ordinaires de la justice à leur condamnation à la mort; ils portent l'épée, ils sont les ministres de Dieu dans le gouvernement de leurs sujets, et c'est leur devoir de punir les malfaiteurs :iVon enim sine causa gladitun portât , dit l'Apôtre en parlant des rois (Rom. 14), Dei enim minuter est, vindexiniram ei, qui malum agit. Sont donc coupables d'homicide ceuxqui tuent un homme de leur autorité privée, que ce soit avec le fer, le feu, par des blessures mortelles, parle poison , ou par la faim, on de quelque antre manière.
9. L'homicide, de d!us , est un péché très grave et souveraine-»
362 XXX. IXSTRLCTION
ment délesté de Dieu. Il ordonne que l'assassin soit corifîamnè irrémissiblement, à la mort , qu'il paie de sa propre vie celle qu'il a injustement enlevée au prochain , et qu'on l'arrache des autels auprès desquels il se serait réfugié (Exod. 21); il exigeait même qu'on fit périr les bêtes qui auraient tué un homme (ibid.). Les lois civiles et humaines sont en cela d'accord avec ce que Dieu avait établi dans l'ancienne loi , car elles prononcent une sentence capitale conlre les homicides, comme étant les perturbateurs les plus pernicieux du repos public. C'est un péché qui est compté parmi ceux qui demandent vengeance au Ciel. Il yen a quatre surtout qui, suivant l'expression des divines Écritures, réclament une prompte et sévère vengeance. Le premier est l'impureté; le second, l'injustice qui frustre les ouvriers de leur salaire, le troisième est l'oppression des pauvres, mais le plus grand datons est l'homicide volontaire. « La voix de ton frère » que tu as égorgé , dit Dieu au perfide Casa (Gen. 4), s'élève de » li terre vers le Ciel conlre toi, et sollicite vengeance. » Aussi les pénitences imposées par les saints canons aux homicides fureiit-el.es dune sévérité excessive. Dans les premiers siècles de l'Église, un homicide devait faire pénitence jusqu'à la mort, et celte pénitence consistait à se tenir toute la vie à la porte du temple, sans pouvoir participer au sacrement de l'Eucharistie, sinon à l'article de la mort; et quoique l'Eglise se fût relâchée dans la suite de celte rigueur , elle voulut néanmoins que celle pénitence se prolongeai pendant plusieurs années. Et pour dé montrer combien elle avait en horreur ceux qui trempaient leurs mains dans le sang de leurs frères, elle décréta que ceux même qui auraient Lue quelqu'un par accident et par imprudence, lissent pénitence pendant cinq ans et même sept (Can. 22. con. Ancyr.)
10. La gravité et l'énormité du péché croissant à proportion de la grand' ur de l'injure qu't n fait à Dieu , i! faut dire que le pécbé d'homicide est très grave et lies énorme, parce que l'injure qu'on lui fait est très grande. En effet les princes de la terre se croiraient grandement offensés , si quelque téméraire osait renverser, ou outrager d'une manière indigne leurs statues ou leurs images. C'est à leurs yeux un crime de lèse- majesté, et ils le punissent comme s'ils avaient été insultés personnellement. Nous en avons un exemple dans l'empereur Théodose- le-Grand. Les habitants d'Anlioche, dans une sédition, ayant renversé et fouléaux pieds ses statues, ce prince, quoique bon et pieuv, fut transporté d'une telle colère, qu'il envoya une armée pour détruire cette magnifique
villa et faire périr tous ceux Cfei s'étaient rendus coupables de Foiiirage qui lui ava't été fait: ce qu'il aurait exécuté, s'il n'avait été détourné de celle vengeance par les prières d'un grand nombre de solitaires, et par celles de l'évêque Flavien, homme d'un grand mérite et d'une grande sainteté , qui obtint le pardon de leur taule.
11. Par ce seul exemple, nous pouvons comprendre quelle est Pi u:e grave que fait à Dit u , souverain maître de tout l'univers, celui qui commet un homicide. Qu'est l'homme , s;non une stalue animée, une image vivante, et une vive ressemblance de Dieu? Les meurtriers se rendent donc coupables de l'énorme crime de jeter ignominieusement à terre ces statues et ces images vivantes du monarque divin : ils sont donc coupables de lèse-majeslé , non d'une majesté terrestre, mais divine : l'insulte est l'aile à Dieu; il est offensé, outragé dans sonimage. C'est pour cela, dit le catéchisme Rom un. que lesass assinssotat les ennemis lespluscruels du genre humain et delà nature elle-même; parce que, autant qu'ils en ont la puissance, ils anéantissent les œuvres de Dieu, puisqu'ils dé!rui:-e:!l l'homme pour lequel il a créé toutes choses. Aussi,, quand dans la Genèse (9) l'homicide, c'est-à-dire le meurtre d'un nomme, est défendu, la raison de celle défense en est indiquée ; c'esl , y es'-il dit , parce que Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, d'où il résulte qu'on lui fait l'injure 1 : plus grande <ie totales , car il semble que celui qui détrnit son image , porte soft audace jusqu'à l'attaquer lui-même (Cat. rom. i!ea praec). Peut-il donc y avoir de crime comparable à celui-là? Et quel châtiment jugez-vous qu'il mérite ? S'il est question de ra. vâg Tel d'anéantir de fond en comble une cité , de passer au fil de Pépeetous les habitant* qui avaient en l'audace de traîner dans la boue les statues d'un roi de la terre, quel genre de supplice ferat-on souffrira ce> impies qui niellent en pièces et immolent à leur haine et à leur foreur les statues vivantes du Roi du Ciel qui est Dieu? Mais qui croirait qu'il y eût des hommes si féroces, si barbares et si cruels pour arriver jusque ià, que d'égorger leurs semblables, pour une parole imprudemment échappée de la bouche, pour une petite offensé , pour un rien ? L'angélique docteur saint Thomas (de Erud. princ. I. 12. c. 2.) appelle les assassins des êtres plus cruels que les hêtes sauvages elles mêmes. Tout animal, suivant l'Ecclésiastique, aime son semblable, et celui de son espèce. Mais les animaux d'espèces différentes se font une guerre mortelle et acharnée, tandis que les premiers ne s'attaquent point, ou du rauinsne se dévorent pas. Le lion ne combat point contre
364 XXX. JKSTRUCTIOH
le lion , le tigre contre le tigre, le serpent contre le serpent. Un homme qui se jette sur un autre , qui le frappe , le blesse . et qui ose lui enlever la vie , est donc plus féroce qu'un lion , plus barbare qu'un tigre , et plus cruel qu'un serpent. En un mot, c'est la bétela plus redoutable qui existe, puisqu'il neserepaitque de chair humaine , et qu'il n'éteint sa soif que dans le sang humain. 12. Ne vous imaginez cependant pas que Dieu laisse ce crime impuni; non, il veut que le châtiment soit proportionné à cet épouvantable excès: omnes qui ncceperint qladium, gladio pcribunt (Mattli. 26); que celui qui tue, soit tué à son tour. Et c'est ce qui arrive ordinairement à ces duellisteset àces hommes qui n'aiment que le sang et les querelles ; ou ils meurent par les mains de la justice, ou ils meurent par les mains de leurs semblables. Combien d'exemples la sainte Ecriture ne nous fournit-elle pas à l'appui de ce que j'avance Caïn tua son frère, et il fut tué lui même à son lour. Absulon tua son frère Amon , et lui-même fut percé de trois coups de lunées. La même chose arriva à Saiil, à Achab, à Jésabel, et à tant d'antres qui ayant donné la mort à leurs semblables, périrent de morts plus ou moins tragiques. S'il en est qui ne périssent point sous le fer, ils périssent au moins sous l'instrument fatal de leur malice qui les met dans la disgrâce de Dieu , et les soumet au pouvoir du démon. Je ne parle pas ici delà crainte qu'éprouvent continuellement les assassins d'être conduits tôt ou tardàl'échafaud. 11 suffit de lire dans la sainte Ecriture «elle dont était accablé le perfide Caïn : Tout être humain , disaitil , qui me rencontrera me tuera. Mais qui redoule-t-il ? serait-ce *on père et sa mère? Craint-il que les bêles féroces ne se précipitent sur lui et ne le dévorent? Oui, tout effraie les meurtriers: si le ciel se couvre de nuages, si une obscurité se répand sur la terre, l'épouvante s'empare de leur cœur. Si les éclairs sillonnent l'air, il semble toujours que la foudre va les écraser. Le bruit du tonnerre les jette dans la consternation, et toujours ils redoutent d'èîre les premiers sur qui il tombera. One dirai-je eniin de ces terribles remords qui déchirent et tourmentent leur conscience, et qui sont considérés comme étant le châtiment le plus effroyable et la peine la plus cruelle qu'on puisse éprouver en ce monde? Oh! combien, ô mon Dieu , sont malheureux vos ennemis, ces hommes si impies qui ont l'audace d'enfreindre votre sainte loi , de vous offenser et d'offenser leur prochain formé à votre image ! combien , dis-je , ils sont malheureux en cette vie et en l'autre !
: c 13. Il nous reste maintenant à. savoir eu combien de manières
on peut commeltre l'homicide , et quels sont ceux qui s'en rendent coupables. Ils pèchent donc contre ce commandement , non seulement ceux qui ravissent par eux-mêmes et par leurs propres mains la vie à un autre homme, mais encore ions ceux qui commandent l'homicide et ie font exécuter par d'autres. Ainsi la mort d'Urie fut imputée à David, parce qu'il chargea Joab de la lui donner, et qu'il se servit pour cela de l'épée des Ammonites. Ils pèchent en troisième lieu, ceux qui conseillent l'homicide, c'est-à-dire qui sollicitent d'antres à le commettre , exagérant la grandeur de l'injure reçue , les accusant de lâcheté s'ils ne l'accomplissent pas, leur faisant considérer que leur honneur est perdu s'ils ne se vengent pas , ou bien les excitant en leur faisant valoir la nécessité du bien public, comme fit Caïphe quand il conseilla défaire mourir Jésus-Christ. Ils pèchent en quatrième lieu contre ce commandement ceux qui reçoivent dans leur maison, cachent, protègent et souvent les grands criminels et les assassins, ceux qui en facilitent l'évasion et leur donnent de quelque manière que ce soit protection et refuge , et qui par-là les rendent •dus téméraires et plus audacieux. Ils pèchent en cinquième lieu ceux qui coopèrent à l'homicide , en fournissant les armes , en prenantou en arrêtant celui aux jours de qui l'on aitente, afin qu'il ne puisse l'échapper, ou bien encore se prêtant à consommer le forfait. Ainsi saint Augustin juge Saul coupable delà mort de saint Etienne, parce qu'il gardait les vêtements de ceux qui le lapidaient ; et même il le considère comme ayant été pins cruel envers ce saint martyr en aidant les autres, que s'il l'a vait lapidé de ses propres mains : Marjis sœviens omnesadjuvanclo T quam suis manibus lapidando (serra. 14, de Sanct.).
14. Sont en outre transgressent* de ce commandement tous ceux et celles qui conseillent de faire périr un enfant encore dans le sein de sa mère, ou qui concourent de quelque manière que ce soit à celte noire action. Plût à Dieu que cela ne fut jamais arrivé, et n'arrivât pas encore à ces filles qui, ayant conçu par des voies coupables , usent de ces moyens criminels pour sauver leur honneur qu'elles ont déjà malheureusement perdu. D'où il résulte souvent, que cherchant à faire périr le fruit qu'elles portent, elles se causent la mort; et ainsi, dit saint Jérôme écrivant à Euslachius, elles descendent dans les enfers coupables de trois crimes : d'homicide d'elles-mêmes, d'infidélité à la promesse faite à Jésus Christ , et enfin d'infanticide. Et qu'importe que cet enfant qu'on fait ainsi mourir soit né ou à naitre? c'est le même crime. Terlullicn a déclaré formellement qu'empêcher
à un enfant de venir au monde, est lia homicide anticipé : Homicidil fcslinalio est prohibere nasci , ncc refcrl natam quis eri/iiat unimam, on nasccntcmdlsturbct (Ap. c. 9).
io. Nous en disons tout autant de ceux et décolles qui pour goûter impunément leurs ir famés plaisirs, apprennent ou enseignent , alln d'empêcher ia conception, l'emploi de certaines herbes ou remèdes ou d'autres moyens aussi; indignes. O Dieu! aurait on jamais pensé que la malice humaine fût arrivée à cet excès, que de frapper de stérilité la fécondité même ! Elles sont encore coupables de ce même péché , ces mères qui dans le temps de leur grossesse s'exposent imprudemment aux dangers de sacrifier leur fruit. Us ne sont pas moins encore homicides ces maris brutaux et furieux qui ne craignent point d'affliger leur épouse enceinte, de l'apostropher durement, delà frapper, jusqu'à se rendra parricides, et par leurs mauvais traitements <le causer la mort à leurs enfants qui n'ont pas reçu !e baptême, 1 s privant ainsi à jamais delà vue de Dieu. Ces pères et ces mères sont pareillement coupables qui, voulant mettre coucher avec eux dans le même lit leurs entants, les étouffent : malheurs qui, quoique restant quelquefois secrets, n'en arrivent pas moins souvent.
18. Si Dieu défend de tuer son prochain , il défend pareillement de le mal irai ter , de le frapper et de le blesser. Mais noire divin Rédempteur va encore plus loin, afin de nous éloigner autant que possible de la transgression de ce précepte : « Vous qvez appris , dit-il en saint Matthieu (c. o.), ce qui fut dit aux anciens : «Tu ne tueras point, et quiconque tuera, méritera ol'ê- » ire condamné par le jugement. Mais moi je vous dis que nonr> seulement celui qui tuera,mais encore que quiconque se mettra » en colère contre son frère, méritera d'être condamné parlejuge- » ment: que celui qui dira à son frère une parole injurieuse, » méritera d'être condamné par le conseil, et que celui qui lui » dira: vous êtes un fou, méritera d'être condamné au feu de l'en- » fer. » Mais pourquoi, divin Rédempteur, êtes-vous si jaloux de l'observation de ce précepte jusqu'à ne pas vouloir que nous nous mettions en colère contre notre prochain? que nous ne prononcions contre lui aucune parole de mépris? Ah ! tout le but de notre divin Maître par cette conduite est de nous faire comprendivriniportap.ee oie l'observation du précepte d'aimer notre prochain et de nous porter à l'accomplir avec exactitude* Ce précepte est celui qui lui est si cher et qu'il dit être s«mblaH« à cet autre par lequel il nous commande u'uimer Dieu de tout iv 'iv
cœur. C'est un commandement tout nouveau qu'il nous adonné, puisqu'il nous y oblige à confondre Dieu et le prochain dans le même amour. C'est son commandement spécial, et il déclare qu'il reconnaîtra à la manière dont les hommes l'observeront, quels sont ses trais disciples: Veut-il encore quelque chose dé plus? il veut que nous nous aimions comme il nous a aimés : sicul dilèxii-os (Jo. 13). Mais comment lé divin Sauveur nous at-il aimés."* 17. Ah! Si ignear, vous nous avez aimés de toute éternité. Vous nous avez aimés jusqu'à nous donner l'être, età nous combler de biens. Vous nous avez aimés jusqu'à descendre du ciel et vous Incarner dans le sein de Marie, jusqu'à mener la vie la plus laborieuse et la plus pénible, jusqu'à souffrir les tourments les plus Cruels, jusqu'à subir l'agonie la plus douloureuse et la murt, enfin jusqu'à verser la dernière goutte de votre sang pour nous rachèterions de là dure servitude du démon. Non, il ne nous arrivera jamais que nous nous permettions d'attenter à la vie de notre prochain, ni même de désirer sa mort, jamais nous ne le maltraiterons., jamais nous ne le mépriserons, jamais nous ne l'injurierons. Nous l'aimerons au contraire de l'amour le plus affectueux, le plus tendre, nous l'aimerons comme nous-mêmes,et autant qu'il sera possible, comme vous nous avez aimés : afin que tous réunis nous puissions un jour vous bénir, vous louer et vous aimer dans le Ciel pendant l'éternité.