‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 18 sur 30 · wxxi. i.N?Tr,uf.T:o.N · texte numérisé non relu

wxxi. i.N?Tr,uf.T:o.N

acquiert par sa conduite une gloire bien mérité*1. Ce sera donc auprès d'un monde insensé et ignorant. Or c'est ce monde sans crainte de Dieu , sans crédit, sans religion et sans foi , oa qui n?a delà religion qu'une connaissance superficielle , c'est ce monde qnfefl révolte contre les maximes lesplusrespedableset les plus saintes de Jésus Christ conlreses ordres les puis formels et les plus positifs qui voudra faire adopter ses décisions comme des oracles, etqui osera dire qu'il faut se venger de la plus pelite injure pour ne pas perdre son honneur, et que c'e>t en cela que consistela vraie gloire ? Et c'est de lui que vous deviendrez les disciples.

10. Mais, ô grand Patriarche de Constanlinople, saint Jean Chrysostôme, vous qui avez tant exalîé par vos louanges le roi David , dites nous quelle fut la plus héroïque et la plus belle de toutes ses actions . celle qui lui procura le plus de gloire ? Est-ce sa victoire sur Goliath ? Est-ce celles qu'il remporta sur les nombreux* ennemis nui machinaient sa perte et celle de son peuple? Non . répond le saint. Son action la plus illustre, sa gloire la pi(t$ grandi! nt de ne passe venger contre Sai.il, quand il le pouvait : sa plus fameuse \i>toirefut de se vaincre lui-même, d'étouffer ses ressentiments, comprimer son indignation (II. 2. d» Saiil et David). Voilà où est le vrai honneur, et ce n'est pas en s? vengeant qu'on l'acquiert. C'était cette bienveillance des premiers chrétiens envers leurs ennemis et leurs bourreaux qui excitait l'admiration des païens eux-mêmes, et qui les disposait à embrasser notre religion. En butte aux persécutions les plus acharnées, ils souffraient avec patience les supplices les pins affreuv qu'inventait là barbarie des tyrans,en bé. lissant la main qui les frappait ; surpris et étonnés , ces mêmes tyrans les considéraient sons le poids de la sentence qui les condamnait ù la mort . priant pour leurs juges, embrassant leurs propres bourreaux, et regardant commedeurs frères, letora plus cruels ennemis. C'est en cela que consiste le vrai honneur ; mais la vengeance n'attire que l'infamie. El en effet,' comment sera-t-el!e une action glorieuse et honorable, puisqu'elle déshonore Bleu et qu'elle l'offense ? D-3 voire honneur ou de celui de Dieu , quel est le plus précieux et le plus estimable ? Je ne croirais jamais que vous préférassiez le votre à celui de Dieu. Et oseriez-vons établir une concurrent entre celui que vous devez au grand Dieu, et celui que vous -ambitionnez pour vous? Encore unef i;,trouverez-vousde la gloire à vous venger, de la honte à aimer et à faire du bien à qui vous a fut du mal?

11. Permettes que je vous dise en quoi consiste !e déshonneur

et l'infamie d'un chrétien., C'est à mener une vie- déréglée, et mauvaise, toute contraire aux enseignements de Jésus-Christ et aux promesses faites au baptè;ne;elle coosisle àsatisfaires s passions et . vivre honteusement dans les actes licencieux quiscandaliscntles simples et les innocents, et fournissent auv ennemis de Dieu un prétexte de blasphémer. Elle consiste à usurper adroitement et par des voies injustes le bien de son prochain , à opprimer les pauvres, à écraser les faibles, et à chercher à s'enrichir sur leur ruine à force d'extorsion , de monopoles, etd'usuresou secrètes ou publiques. Enfin le déshonneur consiste à se livrer à la débauche, ou jeu, au luxe dans les vêtements aux dépens des mai chauds, des artisans, des domestiques et des ouvriers dont on retient le salaire , à qui néanmoins on necessede fairede magnifiques promesses, qu'on ne réalise point, et qu'on accable quelquefois , pour les intimider, de menaces el de coups. Voilà ou est le déshonneur et l'infamie, et non dans le pardon des offenses par amour pour Dieu.

12. Mais à quoi bon me donner tant de peine pour chercher la source de celte crainte qu'éprouvent les mondains d'encourir la note d'infamie, s'ils ne travaillent à se venger et à réparer leur honneur qu'ils croient compromis ? Ah ! il est de toute vérité que les haines ordinairement ne procèdent que d'un manque de foi. Ah Dieu ! si nous voulions réfléchir plus souvent, nous verrions que l'honneur, les biens et tout ce qui est tant estimé dans le monde,n'est qu'une fumée et une ombre qui passe; que louticibasest néant ; et que notre salut éternel est la grande , Pimpor tante et nécessaire affair**. Si nous en étions bien pénétrés et bien convaincus, nous jetlgri.OftS un regard de pitié sur tous ces bon; messisibcepiiblcs, si vindicn'jfs, si querelleurs, et nous les rangerions au nombre des enfants pour qui des bagatelles sont des choses sérieuses. Foui quoi se dispuleut-sls entre eux, etseme!- Icnt-ils en colère? Pour des objets qui servent d'amusement à leur âge , pour des petites choses, pour des riens, en un mot, qm; leur ignorance leur fait envisager comme précieux eu eux-mêmes? Du resie ils ne s'inquiètent de quoi que ce soit, ils passent leur enfance dans la plus grande tranquillité, lors même que par quelque accident malheureux, ils perdraient tous les biens dont ils doivent hériter, el que leur famille viendrait à tomber dans la misère la plus extrême. C'est là , ô mou Dieu , la conduite de h plupart, des honnîtes: ils n'apprécient, ils ne sentent que commede petits «nfa'is sans raison et sans intelligence. Ils ne comprennent point la perte de la grâce, de ce céleste héritage, de ce pa-

trimoine éternel que vous leur avez acheté à un prix si grand , et dont jouiront seulement les doux et les pacifiques. Ainsi dans le sein d'une profonde indifférence pour le royaume de Dieu, ils renoncent à la part qui leur en re\ient, et aux vrais et solides biens auxquels ils ont acquis un droit; ils s'arment de haine et de fureur, comme des enfants, les uns contre les autres, quand il est question de ces biens faux et frivoles dont ils font tant de cas, et d'un vain fantôme d'honneur auquel ils melleut tant d'importance.

13. Votre propre intérêt donc, outre le commandement de Jésus-Christ , doit vous exciter a déposer toute haine et tout désir de vengeance , à aimer sincèrement celui qui vous offense, à faire du bien à celui qui vous fait du mal, et à prier Dieu pour celui qui vous persécute et qui vous calomnie. Mais qu'est-il cet intérêt ? Ecoutez, vous l'apprendrez delà bouche même de Jésus-Chrisr. Aimez vos ennemis, faites du bien àceluiqni vous hait, priez pour ceux qui vous calomnient et qui vous persécutent , afin que vous soyez les enfants de votre Père céleste: ut sitis filii Patris çeslri. Voilà la récompense magnifique réservée à celui qui aime son ennemi et qui lui pardonne les injures qu'il en a reçues, c'est la qualité d'en font de Dieu à laquelle est attaché, l'héritage céleste; car, dît Saint Paul (Rom. 8) : si filii et hœredes: si nous sommes ses enfants, nous serons aussi ses héritiers. Et de quel héritage? Àh î de cet héritage qui est la vue intuitive de Di<m dans le Ciel, où nous l'aimerons et où nous jouirons de sa présence, sans que cet amour s'affaiblisse , sans que ces jouissances aient un terme. Mais les péchés peuvent nous enlever cette qualité d'enfants de Dieu, et nous faire perdre celte possession de la céleste gloire. Ah! qu'ils soient aussi nombreux que vous le voudrez, aussi graves que vous pourrez vous l'imaginer ; remettez de bon cœur toutes les offenses qu'on vous a laites, et tous vous seront pardonnés . dimittiic et dimillemini (Luc. 6), si vous remettez , dit Jésus-Christ dans un autre endroit, les injures qu'on vous a faites, votre Père céleste vous remettra aussi vos péchés. Mais si vous ne voulez pas les remettre, votre souverain Maître vous traitera de la même manière (Math. 6). Dieu a voulu faire avec vous comme une espèce de contrat, par lequel il stipule qu'il vous traitera comme vous aurez traité lesautres.il vous a établis comme les juges et les arbitres de votre pardon.

14. Voulez-vous donc, ô chrétien, que Dieu ne vous pardonne jamais? Voulez-vous toujours rester dans l'état de péché, et en mourant être précipité en enfer? 11 ne faut pour cela, que haïr ce*

lui qui vous a offensé, ne vouloir lui pardonner, et entretenir eu vous le désir de vous venger; si vous le faites, il n'y a point pour vous de paradis, ni de rémission de vospéchés, ni grâce, ni salin, et vous ne pouvez vous attendre à autre chose qu'à brûler pendant toute l'éternité avec les damnés. Si ces considérations vous jettent dans l'alarme et la frayeur , et que pour éviter ces malheurs vous désiriez que Dieu vous pardonne vos péchés , qu'il vous fasse part de sa grâce, et qu'en qualité de son fils chéri , il vous rende participant dans l'autre vie de son céleste héritage, il faut nécessairement que vous dépouillant de toute haine, de tout désir de vengeance, vous aimiez celui dont vous aviez à vous plaindre et que vous lui pardonniez toutes les injures dont il s'est rendu coupable envers vous. Telle est la condition indispensable que Dieu exige de vous; sans son exécution, il n'y a ni rémission, ni pardon en ce monde, ni paradis, ni saint éternel dans l'autre. Quand vous auriez la pureté des anges, la foi des patriarches, le zèle des apôtres; quand vos austérités et vos pénitences seraient plus rudes et plus grandes que celles des anciens anachorètes, et que par la sublimité de vos contemplations vous seriez parvenus jusqu'au troisième Ciel, tout cela ne servirait à rien, tout vous serait inutile, si vous ne renonciez à la haine contre celui qui vous a offensé, si vous ne l'aimiez, si vous ne lui pardouuiez tous les, affronts que vous en avez reçus.

15. Mais, diront quelques«uns, pour obtenir cette rémission et ce pardon , nous nous servirons des moyens efficaces de la prière et des Sacrements. Vous qui nourrissez dans votre cœur des sentiments de haine contre votre prochain, et qui refusez de pardonner les injures qu'on vous a faites, vous recourrez à la prière et aux Sacrements ? Mais vous ne savez donc pas que Dieu a promis de ne jamais écouter les prières de ceux qui ont les mains teintes de sang, c'est-à-dire qui ne respirent que haine et vengeance : Cum multiplie averîtis orationem, non esaudiam, dil-i! par la bouche d'Isaïe (c. 1 ); manus enim veslrœ plenœ sanguine sunt. Et puis quelle serait la prière que vous adresseriez à Dieu? Serait-ce par hasard celle qui est la plus excellente de toutes, parce qu'elle nous a été enseignée par notre divin Rédempteur : Dimittc nobis débita noslra , sicul et nos dimillinws debiioribus noslrisl Pardonnez-nous, Seigneur, nos péchés, comme nous pardonnons à notre prochain les injures qu'il nous a faites. Mais bien loin de prier Dieu qu'il vous pardonne, vous le priez au contraire qu'il vous condamne. Car vous dites : Pardonnez-moi, Seigneur, si je pardonne; mais je vous supplie de ne

pas me pardonner, si je ne pardonne pas moi-même. En conservant donc dans votre cœur la haine contra votre prochain , cC refusant de lui pardonner, vous demandez qu'il n'oublie pas plus vos iniquités que vous n'oubliez les offenses d'antrui. Cette prière est une flèche et une èpée dont vous vous percez vous-même, comme des furieux qui dans leur emportement aveugle et insensé se donnent la mort, suivant ce que dit saint Chrysostôme-( H 9. in Math. ). Combien une telle conduite, dit ailleurs ce grand saint, doit réjouir le démon, combien vous devez être l'objet dé ses sarcasmes, lorsque vous faites une semblable prière (liv. 8S, Corin* th. 13).

16. Quant aux Sacrements, desquels voudriez-vous approcher? de ceux de la Pénitence et de ITîncharislié ? .Mais tous vous sont inutiles, si vous nourrissez dm> votre âme une haine contre votre prochain. La pénitence et la confession vous sont inutiles, parce que, comme vous l'avez entendu. Dieu ne remet point les péchés, ni ne pardonne point à celui qui ne pardonne pas. La communion vous est inutile, parce que ce sacrement étant un sacre1 ment d'amour et d'union , il ne peut être reçu que dans l'état dé charité et de grâce. Mais que dis-je, ces sacrements vous sont inutiles? J'ajouterai qu'ils sont infiniment funestes. En vous confessant et en communiant avec la haine et la vengeance dans le cœur, vous commettez d'horribles sacrilèges. La confession, au lieu de vous délivrer de vos péchés, vous y enfonce davantage; au lieu de vous obtenir le pardon de ceux que vous avez commis, elle vous en fait commettre un pins grave. La communion ellemême, au lieu de vous unir à Dieu , vous en sépare, et vous invitant vous-mêmes à ce divin banquetsans être revêtus dé la robenuptiale de la grâce, il ne vous reste plus , comme à ce téméraire de l'Evangi'e (Mallb. 22 ), que d'être jeté pieds et mains liés dans le feu éternel One vous dirai-je donc ? que si vous voulez que les prières et les Sacrements vous obtiennent la rémission et le pardon de vos péchés, il faut que vous déposiez toute haine et toute rancune, que vous pardonniez sincèrement à ceux qui vous ont outragés; que si vous voulez persévérer dans la haine et dans les désirs de vengeance, ne vous approchez plus des Sacrements. pas même à Pâques, ni à l'article de la mort. Mais, dites-vous, vous enseignez une erreur» il convient que vous vous rétractiez. LEglîse nenouscommande-t-ellepasde les recevoir au moins à Pâques? Cela est vrai ; mais je ne vous ai point enseigné une erreur que je doive rétracter: au contrai: e, je vous répète encore que si vous ne vo.;L-z chasser de votre cœur la haine et les désirs de vengeance,

vous devez vous interdire la réception des Sacrements aux époques donl je vous ai parié. Si vous n'obéissez pas à l'Eglise, qui vous ordonne de recevoir les Sacrements à Pâques , vous péchez , je n'en disconviens pas; mais si vous les recevez avec la haine dans le cœur, vous vous rendez encore plus coupables , parce que vous commettez deux sacrilèges, comme nous l'avons dit, qui sont îles péchés d'une grande éuormité. Si vous mourez sans vous confesserai sans communier, vous vous damnerez infailliblement, maisvos supplices seront beaucoup moins cruels, parce que vous aurez deux sacrilèges de moins sur la conscience.

17. Ainsi donc , comme les prières, les Sarments sont inefficaces pour l'homme qui porte la haine dan> le cœur; comme il n'y a ni pardon, ni grâce , ni gloire à attendre pour lui, l'enfer doit devenir immanquablement son partage. Et parce que celle véi ité est une des pins importantes, Jésus-Christ a voulu la développer dans plusieurs endroits de son Evangile.Mais autant que je puis le croire, il n'en est aucun où il l'explique avec plus de clarté que dans la parabole de ce roi qui exige de ses serviteurs les sommes qu'ils lui lievaienl (Malin. 18 ).llen trouve d'abord un qui lui devait dix mille talents: c'était une somme énorme. Ce malheureux n'ayant pi> le moyen de la payer, se jette aux pieds de son. mailre, et le supplie d'attendre encore quelque temps, lui déclarant qu'il fera son possible pour le satisfaire. Que fait ce bon et généreux maître? Touché de commisération, il lui remet en entier sa délie. Ce serviteur qui venait d'être l'objet de la généreuse munificence de son maître sort de chez lui, et ayant rencontra sur la route un de ses compagnons qui lui devait cent deniers , il s'élance à son cou, et l'étouffant , lui disait : paie moi ce que tu me dois. Son débiteur se jetant à ses nieds, le suppliait a son tour de lui donner quelque délai; mais il fut Insensible a ses prières, et le fil mettre en prison , pour le forcer à acquitter celle somme. Le mailre de ce bai baie serviteur ayant eu connaissance (Verne si grande cruauté, Ie'it comparaître devant kiietfaidit: «Ser- » viteiw ingrat et méchant . ne l"ai-je pas fait la remise de la dette. » énorme dont j'étais créancier, parée que lu m'en avais prié? » Yéiait il pas juste aussi que tu eusses les mêmes égards pour » cet infortuné que tu as jeté dans les cachots , et que tu lui pas- » sasses quittance delà petite somme dont il était débiteur?» Plein décolère, il lui déclara qu'il lui relirait la faveur qu'il venait de recevoir, le constitua de nouveau sea créancier, et le livra aux minisires de la justice pour le précipiter dans les cachotset l'y tenir renfermé jusqu'à ce qu'il e$t sit;sfait à sa d 'te

« C'est ainsi qu'agira envers vous mun Père céleste, dîtlésus- » Christ, si vous ne remette/ pas sincèrement, à vos frères les » injures et les offenses qu'ils vous auront faites : » Sic et Patev meus cœleslis faciet vobis, sinon remiserilis unusquisque jratri suo de cordibus vestris.

18. Chrétiens, mes frères, s'il en est quelques-uns parmi vous qui ayant reçu quelque injure de leur prochain, ne veuillent pas lui pardonner, et qu'ils veuillent au contraire exécuter leurs projets '!e vengeance, qu'ils s'appliquent cette parabole que le<l;vin Sauveur a faite pour leur instruction. Je vous demande wi premier lien: n'avez-vous jamais péché? Vous ne le nierez pas. parce que nous avons tous péché en Adam, et si nous disons que nous ne sommes pas pécheurs, nous sommes des menteurs et des hypocrites. Vous êtes donc souillés par le péché, et de combien et de quels horribles péchés votre conscience ne vous accusé-telle pas? Or sachez que vous avez contracté envers Dieu une dette plus énorme que ne l'était celle de dix mille tidents , et que ton> les trésors du monde sont insuffisants pour l'acquitter. Vous ave/ fait à Dieu une injure que tous les anges et toutes les créatures de la terre quelque agréables à Dieu qu'elles pussent être et que que parfaites qu'elles soient , ne pouvaient réparer, parce qu'elles! faite au Souverain de l'univers , et par-là même pour ainsi dire infinie. Cependant ce Dieu plein de miséricorde vous a remis celte dette énorme , vous a pardonné cette injure si considérable... JN'est-il donc pas juste que vous pardonniez aussi à vos frères toutes celles qu'ils vous ont faites?.. Oh! qu'elles sont graves et atroces ! Exagérez-les aulant que vous le voudrez, elles ne sont rien en comparaison de celles que vous avez faites à Dieu par vos péchés ; et cependant il vous lésa toutes pardonnées, aussitôt que contrits et humiliés vous l'en avez supplié. Et vous refuseriez de pardonner à vos frères ; vous nourririez dans votre cœur une haine contre eux , et vous voudriez de plus vous venger/ Allez . et soyez convaincus qu'en conséquence il n'y a plus pour vous ni rémission, ni pardon. Dieu vous retirera les grâces qu'il vous a faites jusqu'à présent, il vous livrera aux démons qui vous entraîneront avec eux dans les abimes éternels, où vous partagerez à jamais la peine de votre obstination et de votre dureté. En un mot, il vous traitera de la même manière, que ce. roi traita son serviteur barbare et cruel : Sic et Pater meus.

19. Mais laissant de coté tous les raisonnements, et afin de von* fournir des motifs particuliers pour aimer sincèrement quiconque vous a offensés , et pardonner toutes leurs injures, je vous

engage à monter avec moi sur !e Calvaire pour voir el entendre ce que vous apprend voire Rédempteur, non par des commandements, mais par son exemple. Il est étendu sur la croix, e! il s'en fait une chaire pour nous prêcher l'amour et le pardon. Considérons-le donc, déchiré par les fouets, la tête pejcée de longues et cruelles épines, ses pieds et ses mains déchirépar des clous , sa bouche abreuvée de fiel , et toute sa personne rassasiée d'opprobres et de douleurs. Ici on lire au sort ses vêtements , là on l'engage ironiquement à descendre de la croix; d'un autre côté on l'insulte et on blasphème contre lui , parce qu'on le croit dans l'impuissance de se sauver. Et ce bon Jésus, oubliant tous ces outrages , aime jusqu'à la fiu ses persécuteurs et ses ennemis. Ce n'est pas assez ; il sacrifie sa vie et répand tout son sang; il va encore plus loin, non seulement il leur pardonne, mais il les excuse auprès de son Père, et le supplie d'oublier leur infâme déicide : Pater, dimille Mis, non erinn sciant quid faeiunl. 0 sentiments bien propres à amollir les cœurs les plus durs! 0 paroles pleines de douceur et d'amour, dit saint Anselme : Verbum magnœ dulcedinis , et magni amoris ! Il cherche à intéresser son Père en leur faveur: et celui qui devrait avoir droit à une tendresse sans borne , fait monter au milieu de ses plus horribles tourments , dans le temps où il reçoit les plus sanglants outrages, les prières les plus touchâmes en faveur de ceux qui cherchent à lui ravir la vie et qui la lui ravissent effectivement 11 est dévoré de soif, abandonné de son Père, témoin des douleurs de sa mère qui est au pied de sa croix, et néanmoins rien ne l'occupe, rien ne lui est plus à cœur que le salut de ses bourreaux et de ses ennemis; il s'empresse de demandera son Père éternel leur pardon, et voici les paroles qu'il lui adresse du haut de sa croix: Mon Père, pardonnez-leur, Pater, dimitteillis. Ah ! Chrétiens, mes frères ! ah ! vous qui avez été rendus à la vie de la grâce par sou ardente charité! ah! enfants , rachetés par le sang de cet agneau sans tache, que dites-vous, quelle résolution prenez-vous'.' En voyant un si grand exemple, en entendant des paroles si pleines d'amour,qui nesentira pas soncœurse ramollir,qui pourrait laisser sur son àme le poids de la haine ? Un Dieu pardonne de tout son cœur à ses ennemis, et un homme ne voudra pas pardonner? Un Dieu tout amour prie pour ses ennemis, et un homme tout infecté de haine voudra se venger ? Ah ! loin de vous une telle conduite, chrétiens. Venons donc déposer tontes nos haines, sacrifier toutes nos rancunes aux pieds de ce Jésus crucifié par amour pour nous , aux pieds de ce Jésus qui a répan-

lu tout son sang pour nous délivrer delà mort éternelle, nons qui étant pécheurs étions tous ses ennemis ; aux pieds de ce Jésus qui à chaque instant nous réconcilie avec son divin Père aussitôt que nous recourons à lui dans les sentiments d'une profonde contrition ; oui , aux pieds de ce Jésus , maîtrisons ces transports qui nous portent aux haines et aux vengeances, afin, quVn qualité de ses vrais imitateurs et fidèles disciples, nous prissions jouir ici-bas de sa grâce, et enfin de sa gloire dans le Ciel.

Page 1