‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 19 sur 30 · TRENTE-DEUXIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

TRENTE-DEUXIÈME INSTRUCTION

Sur les illusions et les erreurs touchant l'amour des ennemis.

Il n'y a pas une chose plus rare dans le monde qu'une vraie réconciliation et une vraie paix entre ceux qui furent ennemis, ainsi qu'un amour sincère et cordial envers ceux qui nous ont offensés. Oux-mêmes qui semblent respecter le plus l'Evangile, et être dans la disposition" de suivre ses maximes : cenx-memes qui se fiatent de f .ire profession d ■ piété, se laissent tromper en celte matière, ou pour mlcuv dire ils se trompent eux-mêmes. Tous sont convaincus de celle vérité, qu'il y a une obligation indispensable (l'aimer nos ennemis, de pardonner les offenses qu'ils nous ont faites, que Dieu nous traitera de la même manière que nous aurons traité les autres, que le moyen nécessaire pour obtenir le pardon des péchés est de pardonner les injures, que sans cela nous serons éternellement exclus du paradis, et que nous n'aurons en partage que l'enfer; tous en sont persuadés, d'où il parait qu'il ne doit point rester de place, dans l'esprit pour l'ignorance ou pour l'erreur; mais c'est dans le cœur que l'une et l'autre dominent. Un grand nombre de chrétiens s'imaginent observer ce précepte; mais parce que, comme dit saint Jean (Ep. 1. c. 2), l'homme qui hait son frère est dans les ténèbres, et que son cœur en est rempli, il le viole à tout instant. C'esi-là le péché d'une infi. nité de personnes qui croient même travailler avec zèle à leur salut: il faut donc les détromper en ieur faisant voir en combien de manières elles sont séduites parle démon, par leur amourpropre et par leur propre cœur, en étouffant les remords de leur conscience et en substituant au précepte d'aimer les ennemis un pur fantôme d'amour. Voyons donc les principales et les plus ordinaires illusions et erreurs qui ont lieu dans celte matière. Trois sortes de personnes y sont sujettes. Premièrement celle? qui se figurent aimer le prochain qui les a offensées et lui pardonner,

sans vouloir en donner des marques extérieures; secondement celles qui en donnent des marques extérieures, il est vrai, mais qui ne sont point sincères; troisièmement enfin celles qui sont prêtes à en donner des marques e&ëriaurss sincères, mais qui exigent qu'on leur fasse les réparations d'honneur nécessaires, et qui dans ce but emploient les voies judiciaires. C'est d'aines cet exposé que nous discernerons les vraies réconciliations d'avec les fausses et les trompeuses.

1. Il faut avouer avec le prophète Jérémie (cap. 17) que le cœur de l'homme est mauvais et impénétrable, puisqu'il est le repaire de tant d'illusions et de tant d'erreurs. Vous vous flattez donc d'aimer sincèrement ceux- qui vous ont offensés, de leur avoir pardonné de bon cœur toutes les injure; que vous en avez reçues. Vous dites que vous ne les haïssez plus, et puis vous refusez de leur en donner des marques sensibles: vous ne voulez paslesvoir, ni converser avec eux, ni leur faire aucun bien? vous êtes des menteurs et des hypocrites, et c'est là votre grande illusion et votre grande erreur. Je vous déclare que vous ne les aimez pas , et .j'ajoute que vous les haïssez encore. Et que! signe plus évident et plus clair peut-on donner qu'on n'aime pas une personne et qu'on la détecte que de ne pas souffrir sa présence, et que d'éviter sa rencontre? Ali ! vos dissensions, vos disputes avec cet homme sont parvenues à la connaissance du public, et tons voient que vous ne fréquentez pas les sociétés où il se trouve, que s'il arrive par un chemin, vous vous hâtez i\\'i) prendre un autre ; que vous ne le saluez pas lors même qu'il vous salue, tandis que vous vous empressez de saluer un étranger. Celle conduite seule faitronnaitre l'aversion que vous avez contre lui; bien plus, c'est un scandale qui vous r^uA coupables devant Dieu, quoique vous n'ayez point de haine dans le cœur, d'après ce que vous affirmez ; tuais moi, je vous dis en toute vérité, que votre cœur en est rempli, que vous n'éprouvez aucun -amour pour lui, que vous ne lui avez point remis, comme Jésus-Christ l'exige, l'injure dont vous vous plaignez, et que vous ne lui avez point accorde son pardon , de cordtbus vestris, du fond de votre cœur. Se refuse-Ion à voir les personnes que l'on aime et à converser avec elles? Au contraire . n'éprouve-t-on pas beaucoup de sali-faction à les rencontrer et à leur parler quand l'occasion s'en présente? Mais vous répliquez que vous évitez la présence et la vue de celte personne. pour vous préserver des accès de colère que ferait naître en vous sa présence. Ainsi , il est donc prouvé par ce seul aveu que vous venez de faire, que la plaie n'est pas encore fermée, que

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le cœur porte en lui la blessure mortelle de la haine, et qu'elle n'est que cachée , voilée , puisque pour la rallumer la vue de cette personne suffit:

2. Et puis vous nous dites que vous ne pouvez voir de bon œil ces personnes qui vous ont offensés , ni avoir aucun rapport avec elles,et que néanmoins vous ne les haïssez pas, que vous les aimez et que vous êtes entièrement, sincèrement réconciliés avec elles? Mais dites-moije vous eu prie: les chrétiensseraient-ilssur la terre pour ne pas se voir, et pour ne pas se parler? Les chrétiens qui sont les membres d'un même corps, les enfants d'un même père qui est Dieu, les disciples d'un même maître qui est Jésus-Christ , les héritiers du même royaume céleste ; les Chrétiens quisont participants d'un même esprit, qui pratiquent la mêmere!igion,qui sont sortis dumêniesein,quiontété régénérés à la grâce par les mêmes eaux baptismales, ne faisant qu'une seule famille dans l'Eglise à laquelle ils ont été incorporés, qui ont été rachetés par le même sang de Jésus-Christ , qui reçoivent les mêmes Sacrements; les chrétiens,, dis-je, ne chercheront point à se voir, ne se rendront point réciproquementle saint, se fuiront les uns les autres ? Mais espérezvous être sauvés éternellement? Vous le croyez. Comment donc pourrez-vous être dans le paradis en la compagnie de ceux dont vous évitez aujourd'hui la présence et la vue? L'effet que doit produire en vous celte espérance est donc de vous faire désirer de vivre éternellement avec eux, de partager avec eux leur bonheur et leurs jouissances , d'être unis à eux dans le sein de Dieu, et d'en chanter avec eux éternellement les louanges. Comment donc pouvez-vous avoir cette espérance, si à présent leur société vous est insupportable , et si leur présence vous est un supplice ? Renoncez donc, ces choses étant ainsi, à toutes les promesses de la foi , et à toutes les espérances de la gloire. Eloignez-vous , comme un objet de malédiction , de la communion des vrais fidèles; ne venez plus aux pieds des autels, n'assistez plus aux redoutables et divins mystères , excluez-vous volontairement et pour jamais des assemblées des Saints, ne franchissez plus le seuil des églises, interdisez-vous-en l'accès, parce que n'étant plus unis sincèrement avec vos frères , vous n'êtes auprès de Dieu que comme des publicains et des infidèles.

3. Telle est l'illusion manifeste de ceux qui refusent de faire du bien à ceux qui les ont offensés , ou qui croient être en sûreté de conscience, parce qu'ils ne leur font pas du mal. Jésus-Christ qui connaissait tous les détours et les subterfuges du cœur humaine, les maximes erronées an'i! se niait à faire valoir pour

apaiser les remords d'une conscience troublée ,a voulu prendre toutes les précautions possibles poui* détromper les chrétiens dans une chose siïmportarite. Pour cela , il ne s'est pas contenté de nous ordonner d'aimer nos ennemis, ce qu'on aurait pu inier- j prêter d'un amour stérile; mais il a ajouté que nous devions faice du hien à ceux qui nous haïssent, prier Dieu qu'il verse ses bénédictions et répande ses grâces sur ceu* qui nous persécutent et , nous calomnient. C'est donc une illusion de croire qu'on peut aimer ses ennemis sans leur faire du bien. Le vrai chrétien doit. nécessairement être dans la disposition de leur en l'aire , quand l'occasion s'en présente.Le docteur an'gélique (2.2. q. 37. Art. 8) et tous les théologiens disent que, pour accomplir le précepte d'aimer les ennemis , il faut avoir l'esprit et le cœur préparés à les aider et à les secourir tontes le; fois que la nécessi! j l(' demande. C'est aussi ce que nous enseigne le sage dais lès Proverbes (cap. 25), ainsi que l'Apôlre (Roui. 12), lorsque l'un ei l'autre disent: Si votre ennemi est pressé par la faim et par la soif, donnezlui à manger et à boire.

4. Et pourquoi devons-nous en agir ainsf? Parce que noussom mes obligés de conformer notre volonté à celle de Dieu. Richard de Saint-Victor dislïngncqualreespècesdeloïs (in ps. 113); la loi de l'esprit , la loi de la chair , celle du démon et celle de Dieu. La loi de l'esprit, fondée sur la raison et qui nous apprend à faire du bien à celui qui nous fait du bien ; la loi de la chair qui ne nous détermine à agir que par des motifs inléiessés,qui n'obéit qu'aux passions, et nous suggère de rendre le mal pour le mal; la loi du démon qui ne se règle que d'après la maliceet les mouvements de sa rage, et qui nous excite à faire du mal même à ceux qui sont bienveillants envers nous. Mais la loi de Dieu, qui est renfermée dans sa divine volonté, ou plutôt n'en est pas distinguée, nous déclare que nous devons faire du bien même à ceux qui ne nous en font point. Aimez-ceux qui vous font du bien , dit la loi de l'esprit; haïssez ceux qui vous haïssent, dit la loi de la chair; haïssez ceux-là mêmes qui vous font du bien, dit la loi du démon. Aimez ceux qui vous haïssent, dit la loi de Dieu; s'ils vous font du mal, s'ils vous calomnient, s'ils vous persécutent, soyez bienveillants envers eux, et priez pour eux. Or, c'est d'après cette dernière loi, et non d'après les autres que nous devons nous régler touchant l'amour envers ceux qui nous oui offensés. Cetamour.suivanl la doctrine des saints Pères, doit avoir Dieu pour principe, pour objet et pour modèle. Afin qu'il soit surnaturel, il doit donc avoir Dieu pour principe , dériver de Dieu , >c i. 17

rapporter à Dieu, l'avoir pour objet, si nous désira nsqu'ilsoit méritoire; et si nous voulons porterie beau titre d'enfants de Dieu , que Jésus Christ promet à tous ceux qui donnent despreuves d'affection à leurs ennemis, et qui sont bienveillants envers eux, il faut nécessairement prendre Dieu pour exemple, et imiter ce divin maitre, qui malgré nos iniquités et l'indignité de noire conduite, use envers nous d'une si grande indulgence.

5. Mais ne suffirait-il pas de ne faire aucun mal à nos ennemis sans être obligés de leur faire du bien ? JNon , chrétiens ; ce serait là une erreur et une illusion grossière. Cette incertitude du cœur,cetétat d'indifférence à ne faire ni bien ni mal à nos ennemis e>t un état imaginaire. Le cœur humain a deux mouvements, celui de se fermer et celui de s'ouvrir ; il faut qu'il éprouve l'un ou l'autre. 11 sera donc ouvert pour leur faire du bien , ou fermé pour leur faire du mal. Et puis n'avons-nous pas dit que notre amour envers nos ennemis doit avoir spécialement celui de Dieu pour modèle ; et si cet amour nous élève à la dignité d'enfants de Dieu, et si des enfants doivent imiter autant que possible leur père , nous devons donc marcher sur les traces de notre divin Père, et conformer notre conduite à la sienne. .Mais quel est l'amour de ce divin Père? Comment se comporle-l-il avec ceux qui l'offensent ? Et comment s'est-il comporté envers nous ? Aussitôt que nous l'avons eu offensé, et que nous sommes devenus ses ennemis,a-t-il fait éclater sur nous son indignation ? nousa-t-il aussitôt précipités dans l'enfer comme nous le méritions à cause de nos péchés graves et multipliés, et de notre audacieuse révolte contre lui, notre souverain Seigneur ? Ou bien s'est-il contenté d'un amour stérile sans nous faire ni bien ni mal ? Et vous suffirail-il que Dieu fut à votre égard dans une indifférence complète à ne vous faire ni bien ni mal? Ah ! celte conduite serait de sa part une des plus terribles vengeances qu'il exercerait contre vous, et vous seriez les plus' malheureux de tous les hommes.

6. Ah! Tel n'est pas l'amour de Dieu envers nous ;ce n'est pas un amour indifférent , stérile et oisif, mais actif, fécond , et tout porté à nous faire du bien. Tel doit être exactement le noire , si nous voulons être ses véritablesenfanls. Aimez , dit Jésus-Christ, vos ennemis , faites du bien à ceux qui vous haïssent ; priez pour ceux qui vous calomnient et vous persécutent, afin que vous soyez les enfants de votre Père céleste qui fait lever le soleil sur les bons comme sur les méchants, et fait descendre la rosée du ciel sur les justes comme sur les pécheurs. Oui, mes frères, dans le temps même que nous l'offensions et que par notre malice nous

nous rendions dignes de sa haine et de ses plus terribles châtiments, il nous comblait de bienfaits et nous chérissait. Quand nous faisions un indigne abus des créatures, nous en servant pour commettre des péchés , il réchauffait la terre par les rayons de l'astre bienfaisant du jour, il humectait nos campagnes par des ondées fertilisantes, il faisait croître les blés, les herbes, les fruits de toute espèce pour notre usage, le feu, l'eau, l'air, d'après ses ordres, se pliaient à notre volonté. Ce n'est pas assez pour lui de nous avoir comblés de biens temporels, il veut encore nous combler de biens spirituels, et nous procurer le moyen d'obtenir le bonheur éternel. Et combien de fois ne vous a-t-il pas prévenus de sa grâce, quoique vous fussiez ses ennemis! combien de fois ne nous a-t-il pas appelés et invités à revenir vers lui, quoique nous lui résistassions et que nous nous éloignassions toujours de plus en plus de lui! combien de fois ne nous a-t-il pas reçusetaccueillis, et ne nous a-t-il pas pardonné quand étant repensants nous sommes revenus à lui? Ah ! qu'en serait-il de nous à l'instant où je parle, ô mon Dieu , si vous ne nous aviez fait grâce et si vous ne nous aviez aimés que quand nous vous avons aimé , et aidés de votre grâce que quand nous avons pratiqué la vertu, que quand nous vous avons fidèlement servi? Mais vous, Dieu infiniment bon, vous nous avez donné des preuves d'affection spéciale, lors même que nous étions des pécheurs et vos ennemis; et quoique tels, vous nous avez comblés de bienfaits et défaveurs. Voilà donc, chrétiens, le modèle parfait, que nous devons imiter; soyons convaincus encore qu'il est nécessaire de donner des preuves extérieures de notre réconciliation, si nous vouions qu'elles soient sincères ; et que c'est une illusion eîfcs^e erreur de croire qu'on aime véritablement un ennemi et qu'on lui a pardonné, en refusant de le voir, d'avoir des rapports avec lui ,et de lui faire du bien.

7. Il faut cependant se garder bien de tomber dans une autre extrémité, qui serait de s'en tenir à des démonstrations de réconciliation purement extérieures. Ainsi ceux qui croient accomplir îe précepte d'aimer leurs ennemis en ne leur donnant que des marques d'amour feintes et simulées, ne se trompent pas moins que ceux qui ne leur en donnent aucun signe sensible. En effet, si dans l'amour du prochain se trouve renfermé tout ce que nous commande la loi par rapport à lui, il faut cependant avouer que Vamour des ennemis en forme la plénitude ; et on ne peut faire connaître mieux qu'on aime son prochain que quand on lui pardonne avec sincérité, et qu'on se réconcilie avec lui quand il vous

a offensé. Mais comme nous l'ayons «lit en commençant, phi3 «ne chose est parfaite, p'us elle est rare: et H est peu d'hommes qui, après avoir reçu quelque grave injure, dsent de cœur et en ■vérité à leur ennemi: Je vous pardonne et je vous aimé. Car si jamais la dissimulation et la duplicité ont régné dans ce monde, c'est dans le pardon et l'amour des ennemis qu'elles se montrent. Rendre affronts pour affronts, se faire honneur devant le public de ses haines , se vanter des vengeanres qu'on a exercées , est le propre de ceux qui ont reçu une mauvaise éducation ; et il n'y a même que les gens les plus téméraires et les plus brutaux qui tiennent celle eonduite ; mais quant à ceuv qui passent aux yeux de leurs «cmbl Jiles pour prudents et circonspects, ils savent couvrir du voi'ele p'us épais leurs haines et leurs ressentiments. S'ils veulent se défaire d'une personne qui leur fait ombrage, ils s'entendent fort bien à racher la main qui lance la pierre. S'ils ont formé le projet d'abattre à leurs pieds ce rival qui les a offensés par quelques paroles aigres et mordantes, s'ils ont l'intention d'en t'rcr vengeance , ils étendent sur ses yeux le toile d'une fausse réconciliation, afin qu'il ne voie pas quel e4 celui qui l'a frappé; ou, comme Sainson dans les bras de Dalilj, ils l'endorment dans le sein d'une paix trompeuse. Ils dissimulent l'inimitié, ils ont l'art de cacher les mauvaises intentions qu'ils couvent contre leurs ennemis , afin de les réaliser avec moins de bruit, et sauver par- là leur réputation. Ainsi , il est vrai , conclut saint Grégoire ïleNazianze , que la dissimulation n'est jamais plus ordinaire, ni plus artificieuse , ni plus adroite que dans les réconciliations avec les ennemis.

8. Mais ce ne sont pas ces réconciliations que Jésus-Christ nous ordonne; il veut que nous remettions tontes les injures qui nous sont faites , mais sincèrement et cordialement : de cordibus nosiris. Ce commandement étant considéré suivant l'esprit et l'in.^ tenlion de notre divin législateur, condamne conséquemment tout ce qui s'appelle politique, duplicité, dissimu'ation , artifice, inimitié et projet de vengeance. Jésus-Christ étant la vérité môme , ne nous l'a pas fait seulement pour que nous en eussions connaissance, sans vouloir nous obligera l'accomplir; étant la sagesse même , il n'a pas voulu approuver les duplicités, ni les hypocrisies, il oppose la perfection de sa loi à l'imperfection <le la loi mosaïque , sur laquelle les Hébreux étaient si féconds en interprétations frauduleuses de toutes espèces ; il s'oppose à la conduite des gentils et des publicains , à qui il suffisait d'aimer «eux qui les aimaient et de faire du bien seulement à ceux qui leur

en faisaient ; qui ne tenaient nom pie que de IVxtérieur, mais qui ne s'inquiétaient point <lc l'intérieur. Or, quelle perfection aurait cette loi sur celle des Juifs el des païens, s'il nous était permise!,» cacher el de dissimuler nos ressentiments et les faire éclater dans le temps favorable?

9. ÏNon, chrétiens, quand Jésus Christ dit : «aimez, ch^r^sez,» celle parole est brève eu elie-méme , dit saitU Augustin, mais elle renferme de grandes instructions et de grands mystères. Depuis qu'il nous a commandé el qu'il nous a obligés d'aimer nos ennemis, les haines, les duplicités, ies ressentiments secrets, les projets de vengeance ajournés, les feintes réconciliations, les fausses protestations d'amitié, tout cola nous est absolument défendu. Savez-vous ce que veut <lire aimer une personne? Cest lui vouloir «Ui bien; mais pourra ton dire qu'on veut du bien à ceux à qui nous avons la pensée ou l'intention de faire du mal ? Aimer une personne, c'est toujours juger favorablement dVlle; mais pourra-l-on dire que nous sommes dans celle disposition lorsqu e nous interprétons toujours dans un sens malin et défavorable les paroles les plus indifférentes et les actions les plus innocentes de celui qui nousa offensés? Aimer une personne, c'est lui omriren toute confiance son cœur; mais est-ce ce que nous faisons avec ceux à qui nous cachons nos ressentiments avvc tant de soin, et dont nous projetons de nous venger? Erreurs et illusion.

10. Non* ne croyons pas cependant , disent quelques-uns , être du nombre de ceux qui sont dans cette illusion : nous ne haïssons plus notre ennemi, nous l'aimons Même sincèrement, nous le déclarons formellement; la pi cuve en et, que nous étant réconciliés avec loi. noosavous fermcm«Mii renoncé à toute intention de lut nuire et de lui fore du mal. De tous ces démêlés que nous avons eus avec lui , h ne nous reste que le souvenir de; torts ou des aff onts qu'il nous a Lits, souvenir qu'il nous est impossible d'effacer de notre esprit. Ne pouvez-vous paseffacor de votre cspril le souvenir des torts et des affronts que vous a fais votre ennemi? Y pensezvous souvent avec connaissance de cause? Avez-vous plaisir d'en parler fréquemment? I s exagérez-^ ous ? les amplifiez-vous? êtestous contents que d'autres s'en entr l'euncui , el même les incitezfous à s'en entretenir? A'ors vous ne l'aim '/. pas, vous ne lui avez point pardonné du fond «le votre cteur , et votre réconciliation est feinte : vous êtes dans l'erreur el l'illusion. El pour vous démontrer que cela osl vrai, répond z à celte question : dites moi, iijamais par cas fortuit vous avez offensé quoique personne de

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marque dont vous convoitiez l'amitié, et avec qui vous vouliez vous réconcilier, quelle est la première chose que vous faites avec elle? C'est de la prier de perdre le souvenir de l'affront que vous lui avez fait, qu'elle l'oublie complètement. Et pourquoi en agissezvous ainsi? parce que vous êtes assurés qu'elle ne vous aura jamais pardonné, et qu'elle ne sera sincèrement réconciliée avec vous, tant qu'elle en gardera la mémoire; et vous croirez être réconcilié avec votre ennemi et lui avoir pardonné de tout voire cœur, sans oublier les torts ou les outrages qu'il vous a faits?

11. N'est-ce pas ce que vous faites à Dieu, quand vous le priez: de vous pardonner vos péchés et de vouloir bien vous admettrez la réconciliation ? oui sans doute, vous le suppliez principalement de perdre de vue vos iniquités, de ne plus s'en souvenir: Ne m c m i ne vis , Domine , iniquitatum nostrarum an/içtmrum, dîtes* voissavi'clePsalmiste(Ps.7).Etaveclemèmeprophètevouslepiicz de se rappeler s-s anciennes miséricordes, afin qu'il vous en fasse part; mais que quant aux péchés de votre jeunesse et à vos ignorances, il lui plaise d'eu perdre à jamais le souvenir : Reminisccre miserai ionum tuarum, Domine, et misericordiurum tuarum,qu(& à sœculosunt (Ps. 24 ); et delicta ju^entutis meœ et irjnorantias meas ne memineris. Telles sont les expressions dont Dieu se sert quand il veut indiquer qu'il est disposé à user de miséricorde envers les pécbeurs repentants , et à leur pardonner leurs péchés. Dans Isaie (c. 42 ) , il déclare qu'il ne se souviendra plus de leurs péchés: dans Ezéchiel ( c. 18) , qu'il ne se rappellera plus les iniquités commises; dans Michée , qu'il jettera dans le fond de la mer tous nos péchés pour qu'il ien perde la mémoire. Si donc Dieu nous aime alors seulement qu'il nous remet nos péchés et qu'il nous pardonne lorsqu'il proteste de ne vouloir plus s'ensouvenir, qu'il déclare les effacer entièrement de son esprit; croirionsnous aimer sincèrement nos ennemis, être réconciliés avec eux et leur avoir pardonné,sans vouloir écarter à jamais de nous le souvenir des affronts et des outrages qu'ils nous ont faits, et en continuant de les repasser dans notre esprit toutes les fois que Pdr.casfons'enprésente? Mon certainement: mais cela ne servira qu'à réveiller,à aiguillonner les haines passées et à rallumercelles qui étaient assoupies, mais non étouffées,

12. Si vous vouiez donc que vos réconciliations ne soient pas feintes et simulées, mais vraies el sincères , oubliez à jamais les offenses reçues, ensevelissez-les dans un éternel oubli, n'en parlez jamaisplus, et ne permettez pas qu'on s'en entretienne en votre présence, ni ailleurs si cela est possible, imitez l'exemple

admirable du chaste Joseph dont nous avons déjà parlé. Maltraité par ses propres frères , détesté à mort, vendu à des marchands étrangers, jeté dans les cachots pour n'avoir pas voulu consentir aux désirs d'une femme impudique, il oublia tout, et n'arlicuîa jamais une parole qui indiquât qu'il se souvînt encore delà cruauté de ses frères et de la calomnie de la femme qui le provoquait à un crime. Combien parmi vous peut-être pour montrer davantage leur innocence, auraient raconté depuis le commencement jusqu'à la fin l'histoire de leurs frères inhumains qui les auraient vendus, et quelle aurait été leur conduite avec une impudique maîtresse qui lesaurait calomniés! Mais Joseph qui avait vraiment pardonné et ne nourrissait point de haine dans son cœur, se met au-dessus de tout, ne parle ni de ses frères, ni de celle femme, comme si jamais ils n'eussent existé: et c'est là la conduite que nous devons tenir nous-mêmes.

13. Mais, ô mon Dieu , vous qui pénétrez dans les replis le plus cachés du cœur des hommes, vous voyez clairement que la plupart des réconciliations qui se font aujourd'hui ne soinqu'apparentes, et simulées; que lors-même qu'on se donne extérieurement des preuves de confiance et d'affection , le cœur est encore déchiré par l'envie et la haine. Et en vérité, dites-moi . s'il vous plaît , vous qui assurez avoir pardonné de tout votre cœur à votre ennemi, de n'avoir contre lui aucune rancune, d'où vient que ses intérêts ne vous sont pas aussi chers que les vôtres? Pourquoi vous aiïligez-vous si tout prospère dans ses domaines , dans son trafic , dans son commerce et dans bien d'autres choses? Pourquoi son bonheur vous offense -t-il ainsi que son élévation et sa gloire ? D'où vient, que vous vous réjouissez lorsque vous apprenez qu'il lui est arrivé quelque malheur? Vous ne le persécutez pas; mais quelle est la source de cette joie que vous ressentez lorsque vous le voyez persécuté par d'autres? N'était ce pas là la méchante conduite de Saùl envers David, qu'il ne voulait pas tuer, mais qui désirait qu'il le fut par la main des Philistins? Non sit mania mea ineum, sedsil super eum manus Plnlistinonnn (fteg. 18). Nous ne lui voulez pas du mal, vous ne le haïssez pas ; mais d'où dérivent celle satisfaction et ce contentement malin qu'éprouve votre cœur, s'il fait quelque perte, si sa maison déchoit de son ancien état , si son commerce, et son trafic souffrent , ou s'il est frappé de quelque accident qui jette sa famille dans la pauvreté et la misère? Enfin comment se faitil que vous ne sachiez jamais dire une parole qui lui soit avantageuse, que vous ne sachiez faire autre chose que censurer sa eon-

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duite, et nue vous vous réjouissiez, si les autres la eeilîgtiosî? Ah! examine/.- vous bien et vous découvrirez qu'en vous comportant ainsi, «otre cœur est rempli de -fiel et (l'amertume contre vos. ennemis. Si vous vouiez dont* que votre amour soit sincère envers ceux qui vous ont offensés, et que vos réconciliations soient vraies, donnez-en les marques convenables, et qu'elles ne soient pas purement extérieures et apparentes, mais cordiales et intérieures, autrement tout ne sera qu'illusion et erreur.

14. Nous sommes disposés, disent les autre--, à ne plu 5 haïr ceux qui nous ont offensés, à leur donner des preuves sincères de notre affection ; mais nous exigeons avant tout qu'ils fassent les soumissions convenables, qu'ils nous donnent les sati-faclions nécessaires, mais nous n'en discontinuerons pas pour cela fofi poursuites judiciaires que nous avons commencées contre euw C'e-t là le troisième point que j'ai à traiter, et sur lequel on peut se faire beaucoup d ill usions, qui s'insinuent subtilement dans les cœurs. Nonobstant cela, pour procéder avec toute rigueur, et ne rien dire qui puisse donner naissance à des scrupules dans ks gens de Lien , j'avoue que quelquefois on sera obligé de. demander satisfaction pour une injure considérable, et qne dans quelque cas en agissant ainsi, on ne fera rien que l'Evangile réprouve. J'avoue que relativement à certaines personnes distinguées par leur autorité comme serait un père par rapport à ses enfants, un maître par rapport à ses serviteurs et autres semLIablés, à qui l'on aurait fait t\u outrage très grave, il n'y a point d'obligation pour eux de faire des avances envers ceux qui les ont offensés, et je déclare même nue ce serait avilir la dignité de leur caractère, et fournir occasion à quelques-uns de devenir plus présomptueux et plusaiulacieux. Excepté ces cas, qui sont bien rares, je vous réponds ojie exiger en toute rigueur ces satisfactions, n'est pas accomplir le précepte qui nous ordonne d'aimer notre ennemi ; que cette réconciliation opérée après tant de mesures, de formalités, d«i r>ll\\ïoos, de garanties, n'est pas une cru* re de charité, mais de prudence tout humaine, qu'elle est une ouvre toute profane , et non un devoir de religion et rie foi. En un mot. j'ajoute que c'est une paix qui vient de ia terre, et non du ciel; qu'il n'y a en tout cela qu'illusion et erreur. La charité divine n'admet pas tant de régis, ni ne s'entoure pas de tant de précautions; elle n'a qu'une seule chose en vue, c'est d'aimer son prochain, et de lui pardonner les injures doni il s'est rendu coupable envers nous. Aus-i Jésus -Christ nous recommande i-il (Mallh. 6) simplement d'aller nous réconcilier av<w

jUR le cinquième commandement de dieu. 39T

notre frère quand nous avons ou quelque dispute avec lui: Vade reconciliurifratrittto. Il ne dil pas : Prenez garde de trop faire «les avances , de crainte que votre frère n'abuse de votre facilité à lui accorder son pardon; il ne vous dit pas : Assurez-vous avant tout s'il fera de son côté des avanr.es, s'il vous donnera les satisfactions convenables , et ne fûtes pas les premières démarches: non, ce n'e^t pas ainsi qu'il parle; mais il nous dit simplement que, lors même que nous serions aux pieds des autels pour faire noire offrande, nous allions d'abord nous réconcilier avec fiai. La seule charité doit régner dans nos réconciliations, et elle vent qu'on ne tienne aucun compte de toutes ces satisfactions et de ces considérations humaines.

15. De plus, quand Jésus Christ vous oblige d'aimer votre ennemi, et de lui pardonner les injures dont il vous a accablés, at-il établi certaines limites et certaines réserves hors desquelles il vous dispense de l'aimer ?A-t-il peut être tlil : Remettez les injures à ceux qni sont disposés à vous donner toutes les satisfactions que vous désirez, et à réparer tous les torts qu'ils vous ont Êtïls? Non, mes frères, il vous a fait un eommamleme it, dans toute la plénitude de son aulorté, i\n commandement qu'il n'a fait dépendre d'aucune condition, et qui est absolu en lui-même: « Aimez, dit-il, vos ennemis, fjites tin bien à ceux qni vous haïs- » sent, et priez pour ceux qui vous persécutent et \ous caiom- » nient». Ainsi donc quoïqtiev«treemiemi,au moment oà je parle, vous ferait <h\ mal et vous porterait une haine mortelle ; quoiqn'à présent il vous persécuterait, vous calomnierait, si vous, sous le prétexte de n'avoir reçu aucune satisfaction, vous ne l'aimiez pas, que de plus vous le haïssiez, vous êtes des Iransgresseiirs de ce précepte sacré, et vous ne pouvez que vous attendre à la damnation éternelle.

16. Serai-je donc toujours tenu à faire des avances envers mon ennemi et à faire les premières démarches pour me réconcilier avec lui? A cela je réponds que, ou vous avez été insultés et offenses sans en avoir fourni aucune raison , ou c'est vousmêmes qui avez commencé à l'insulter et à l'offenser. Si c'est vous qui avez été offenses sans avoir donné occasion à l'offense, vous n'êtes point tenus à f.iire les premières démarches; l Evangile ne vous y oblige point, mais il vous les conseille seulement. Il est cependant vrai que plus il est en votre liberté de les faire, plus il vous sera glorieux devant Dieu de vous y déterminer, plus votre conduite sera édifiante aux yeux des hommes, et plus vous mériterez pour voire salut éternel. Mais si c'est vous qri avez été les

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agresseurs, si c'est vous qui par vos mauvais traitements avez allumé la haine dans le cœur de votre ennemi, je vous déclare que vous êtes obligés d'accomplir lecommandementdu Seigneur, «•.'est-à-dire de ne point tarder à vous réconcilier avec lui, de chercher vous-mêmes les premiers moyens de réconciliation, et quand même vous seriez aux pieds des autels pour offrir à Dieu u)tredon, vous devez les quitter, et aller lui donner le baiser de paix, lui témoigner le déplaisir que vous éprouvez de l'avoir mortifié, et lui redemander son amitié; dans tout autre cas où votre condition et votre état vous empêcheraient de faire telles démarches, et où vous sauriez qu'elles ne serviraient qu'à aigrir davantage un cœur fier et brutal, cherchez à rentrer dans ses bonnes grâces par vos bienfaits; efforcez-vous de l'apaiser et de l'adoucir par vos* manières engageantes ; faites en sorte qu'il sache que vous éprouvez pour lui un amour sincère, et que vous êtes disposés à lui eu donner effectivement des preuves. Il n'y. a ni état ni condition derrière lesquelles on puisse se retrancher pour ne pas en agir ainsi, il n'y a point de prétexte à alléguer pour vous en dispenser. Dieu l'ordonne et il a droit de l'ordonner, et il ne vous reste que la voie de l'obéissance, ou la damnation éternelle en partage.

17. ÏNous ferons tout pour ne pas périr éternellement, ditesvous; mais ne uoussera-t-il pas au moins permis de réclamer par les moyens judiciaires le dédommagement des tortsréêls que nous avons soufferts el dans notre honneur et dans nos biens, ;de la paride celui qui cotisa offensés,et de laissera la justice le soin d'agir dans nos intérêts? C'est là la dernière difficulté qui nous est proposée, et c'est un article délicat à traiter, sur lequel on se fait beaucoup d'illusions et qui est la source de beaucoup d'erreurs. Concernantes' point, je dirai donc que quand voire ennemi est disposé à vous faire réparation des toits qu'il vous a faits, vous pécheriez contre la charité , si vous vouliez néanmoins l'y forcer par des poursuites judiciaires. Si cependant vous ne pouvez obtenir une réparalion de. dommages soufferts que par voie de justice, il faut, dit saint Thomas , que vous sondiez votre cœur, que vous examiniez quellessont vos intentions. Si vous ne vous proposez que. le mal de celui qui vous offen-1 , vous n'agissez alors que par un esprit de vengeance; et dès-lors vous devez vous abstenir de le poursuivre devant les tribunaux. Mais si vous ne le faites que par amour delà justice, c'est-à-dire, afin qu'il vous restitue ce qui vous est dû, qu'étant puni il se corrige, et qu'ainsi il ne se permette plus de causer despréjudicesoudefairedesinjuresàqui que ce soit, cela est

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licite et vous est permis, dit le saint (2. 2. q. lOS.art, 1 ). Prenez garde cependant, chrétiens, que quoiqu'on ne s^it pas eu droit de vous empêcher de poursuivre en justice des homme- dangereux à la société , que quoique vous puissiez exiger par celle voie la restitution de ce qui vous est justement dû; prenez garde, dîs-jç, »lu cacher sous le voile de la justice, la haine et la vengeance, ce qui n'arrive que trop souvent. Faites en sorte qu'en agissant ainsi, vous renonciez à lotit ressentiment, et à tout amour delà vengeance, ce qui est bien difficile et bien coûteux à notre fable nature. Pour ne pas tomber dans celle illusion, Fermez les yeux sur certaines offenses dont vous avez droit de demander satisfaction , pardonnez les avec générosité: ainsi vous imiterez votre Dieu qui vous a remis tant de dettes, \ c'eslà dire , tant de péchés : Sicut et Dominus donavit vobis, ilà et vos (Coins. 3').

18. One cette instruction vous apprenne donc, chrétiens, que pour aimer votre ennemi et lui pardonner les offenses que vous avez reçues de lui, il faut nécessairement lui en donner des preuves extérieures et lui faire du bien toutes les fois que l'occasion s'en présentera ; autrement, il n'y aura qu'illusion et erreur dans voire amour et votre pardon. Il y aura encore illusion et erreur si ces témoignages extérieurs ne sont pas sincères, mais simulés, et si vous refusez de vous réconcilier avec lui , en cas qu'il ne vous donne pas toutes les satisfactions que vous exigez. Apprenez que c'est de l'amour que vous aurez pour votre ennemi, de voire bienveillance envers celui qui vous hait, des prières que vous adressez à Dieu pour ceux qui vous calomnient et qui vous perséculent,que dépend votre salut éternel. Le souverain Père de tous les hommes assure qu'il vous traitera comme vous aurez traité vos ennemis, qu'il vous remettra tous vos péchés, comme vous leur aurez pardonné leursoffenses: faites-le donc sans hésiler.Ob! quelle ne sera pas votre consolation en celte vie et surtout à l'article de la mort, si vous avez oublié tous les torts, tous les affronts, toutes les injustices dont ils se sont rendus coupables envers vous ! Alors, dit saint Grégoire de ÎNazianze (deOrat. Domin.), vous pourrez dire à Dieu: Seigneur, je viens vous rendre compte de toutes les œuvres dema vie.Sije porte mes yeux sur la multitude et lagrièveté de mes péchés, que n'ai-je pas à redouter! et surtout quelles ne seront pas à mon égard les rigueurs de votre justice , envoyant que je n'ai pas fait pénitence! Mais quand, d'un autre côté, je pense que vous êtes fidèle dans vos paroles, et que vous avez promis d'user do miséricorde envers ceux qui en auront usé envers leur enne-

rai, que vous pardonnerez à celui qui a pardonné, quelques redoutables que soient vos jugements, j'espère loui de vous. Pardon* nez-moi donc, puisque j'ai pardonné sincèrement et du fondds mon cœur. Soyez miséricordieux envers moi, afin qu'accompagné de votre grâce, je quitte cette misérable vie pour aller jouir de votre céleste héritage dans l'autre.

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