Le scandale, suivant la doctrine de iangélique docteur
saint Thomas (2. 2. q. 43. a. 1.) suivi par les théologiens, est dietumvel pic lu m minus rectum prœbcns alleri oceasionem rui» nœ spiriiualis. CVst une parole on uneaclion qui, par elle-même, porte le prochain au péché , et par-là lui donne le coup de la mort. Par parole ou fait, on entend tou'e action extérieure qui provoquée faire le mal, ainsi que toute omission, laquelle ronssiteàue pas dire, ou à ne pas dire certaines choses que par état on serait obligé de dire ou défaire, d'où il suit qu'un ouvre aux autres la voie au péché. Par ces expressions , une parole , ou un fait minus rectum , on veut dire que la chose est ou criminelle 00 mauvaise en elle-même, comme quand quel ju'un jure , ou blasphème, ou tient des discours infâmes et impudiques; nu que la chose n'étant ni criminelle, ni mauvaise en elle-même, elle semble néanmoins l'être, comme si quelqu'un entretenait chez lui une personne de mauvaise vie, ou s'il f.é |uenlail la société de quelques autres suspcKs et mal famées, quoi tu' d nepèi.uerait point avec elles et qu'il n'y eut pas même de danger qu'il péchât; ou enfin, si quel pi'un ayant obtenu des supérieurs la permission démanger de. viande dans le saint t^mps du carême, en mangaiten présence des personnes qui ignorent qu'il a éié dispensé de li loi de l'abstinence : dans ces cas il n'y a pas d : d mte qu'on ne commette un scandale. Et la raison en est que non seulement nous sommes tenus de ne pas «lire, ou de ne pas faire quelque chose sous les veux de noire prochain, qui soit mauvais, mais encore, selon l'Apôtre, nous devons omettre «le Élire toute chose qui porte avec elle l'apparence du mal: Ab ornai speeie muli absti.iele vos (1. Tliess. 5).
2. Le scandale est quelquefois actif , et quelquefois passif. Le scandale actif est celui que nous venons d'expliquer; il se peut commettre en trois manières différentes' : la première consiste à scandaliser directement, ou formellement, quand par des paroles ou par des actions on cherche ou l'on désire faire tomber le prochain dans le péché et la damnation. Ce scandale a un caractère diabolique, il semble que les hommes ne peuvent s'en rendre coupables;ou bien s'il en estquianriventàcelexcèsdeméclianci lé.ils<.ont heureusement très rares. La seconde consiste à scandaliser directement, mais non formellement , quand par des actions ou par des paroles on induit quel |u'un à pécher, non qu'on se propose le péché en lui-même, mais parce que Ton peut ainsi parvenir à satisfaire des passions, ou qu'on en retire un avantage , ou qu'on y éprouve quelque goût ou quelque plaisir. La troisième manière consiste à commettre le scandai; indirectement. ce qui a iiou quand
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on fait une action on qu'on prononce certaines paroles dont on prévoit que le prochain prendra occasion pour pécher, quoiqu'on n'ait pas l'intention de produire ce résultat, et qu'on ne l'induise pas positivement arien faire de mauvais. Nonobstant cela, on se rend coupable de scandale, parce qu'on peut et que l'on doit empêcher le péché, en omettant cette action, ou ne disant pas ces paroles qui peuvent y porter.
3. Le scandale passif est la ruine spirituelle et le péché de celui à qui l'on donne le scandai;1. Il est de deux sortes , l'un qui est le scandai* des simples et des petits, qui riait àe leur ignorance et de leur faiblesse, et s'appelle le scandale donné : l'autre qui est le scandale pharisaïque, qui a sa source dans la malice de ceux qui pèchent, et qui s'appelle le scandale reçu; ou le nomme pharisaïque, parce que c'était ce péché dont se rendaient coupables les pharisiens qui , aveuglés par leur extrême malice , entendant dire à Jésus Christ qu'il était descendu sur la terre pour sauver les pécheurs, voyant qu'il les traitait avec tant de douceur elles accueillait avec tant de bonté, et témoins des guérisons qu'il opérait les jours de sabbat, prenaient de là occasion de s© scandaliser, tandis qu'au contraire ils devaient être édifiés soit de toutes ses actions, soit de toutes ses paroles. Le scandale passif est quelquefois joint au scandale actifs et il a lieu quand l'un fournit occasion à l'autre de pécher et que ce dernier pèche effectivement: c'est ce péché qui n'est que trop malheureusement commun. Quelquefois aussi, ce qui arrive plus rarement, le scandale actif est séparé du passif; et cela a lieu quand quelqu'un induit un autre à pécher, mais que celui-ci fidèle à ses promesses, constant dans ses résolutions , repousse la tentation et en triomphe. Mais dans un tel cas, dira-t-on, nous ne croyons pas qu'il y ail aucun scandale, puisqu'il n'y a point eu de péché commis. Par exemple, nous avoas engagé un tel ou une telle à tirer vengeance des offenses qu'il a reçues, mais il a refusé de le faire. Nous avons cherché à attenter à l'innocence de celte jeune fille, à la chasteté de celte épouse ; mais elles ont résisté à toutes nos sollicitations. Quel mal avons-nous fait ? Nous ne nous en sommes pas même confessés, parce qu'il n'en est résulté aucun péché, et que nous ne nous croyions coupables d'aucune faute. Cest donc ainsi qiu: vous prétendez vous excuser ; quant à moi, je crois pouvoir affirmer que vous êtes dans une erreur très grande,
et que, quoique ces personnes dont vous me parlez n'aient pas pris occasion de péchera cause de vos mauvais exemples , ou de
vos conseils pernicieux , vous n'en êtes pas moins coupables dm
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péché de sandale, et que pour l'être, il n'est pas nécessaire que le prochain fasse actuellement le mal auquel vous le portez, niais qu'il suffît que vous profériez des paroles , ou que vous fassiez fies aciions, qui par elles-mêmps provoquent au péché , va le temps, le lieu , les personnes simples et innocentes qui entendent ou qui voient.
4. De plus, celui qui donne directement le scandale en induisant le prochain à pécher, commet une faute spéciale contre la loi de la charité qui nous défend de rien faire ou de rien dire qui puisse offenser Dieu, on faire du mal au prochain. En outre, chacun étant obligé d'avoir soin de l'âme de son semblable , celui qui le scandalise viole directement ce précepte, puisqu'il n'est rien de si opposé que l'acte par lequel on garantit le prochain. de son péché, et celui par lequel on l'y précipite; ajoutons même que celui qui cherche à l'y faire tomber, se rend coupable d'une double malice et commet un double péché, qu'il doit nécessairement accuser dans la confession, l'un contre la charité, et l'autre contre celte vertu à laquelle le péché est contraire. D'où il résulte que quiconque induit son prochain à blasphémer, pèche non seulement contre la charité , mais encore, contre la religion. Il pèche aussi contre la justice , celui qui l'excite à voler de quelque manière que ce soit ; et contre la chasteté , en le faisant tomber dans quelque péché de la chair. Ainsi ckIuî qui donne un mauvais conseil , outre le péché contre la charité , en commet un autre qui tire sa malice du péché qui a été conseillé. Dites-en tout autant de celui qui félicite un autre du péché qu'il a commis, ou qui lui fait un crime de ne l'avoir pas voulu commettre; il est obligé d'expliquer en confession l'espèce dépêché dans l'un et l'autre cas. La raison en est que ces louanges ou ces blâmes sont tout autant d'excitations, d'aiguillons à faire commettre le péché, ou à y trouver île la complaisance lorsqu'il a été commis. D'où il suit qu'ils tirent leur malice particulière de ce péché comme de leur objet. Mais, me dira quelqu'un , en serat-il ainsi lors même que les personnes que l'on scandalise, sont déjà préparées et disposées à commettre les péchés auxquels on les sollicite? Je réponds absolument que oui; car quoiqu'elles y seraient habituellement portées , elles n'y étaient cependant pas dans le moment où vous les y avez déterminées.
5. Mais que dirons-nous de ceux qui donnent indirectement des scandales, c'est-à-dire qui sans penser à faire tomber dans le péché et sans avoir l'intention d'y provoquer qui que ce soi!, font ou disent des choses qui par elles-mêmes y portent? Ce que je
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dirai, c'est qu'ils sont coupables d'un péché moi-tel de sa nature. En voici la raison , c'est que toutes les fois que la saint* Ecriture parle du scandale, elle en parle comme d'un péché très grave. Malheur, dit Jésus-Christ, £4 celui par qui arrive le scandale: vœ homini ill'i p,r que m scandai um venil (Matth. 18). Remarquez bien ici que le divin Sauveur n'établit point d'exception ; et saint Paul, on s'exprimant sur l.'s viandes défendues dans l'ancienne loi,a!ors abrogée, et sur celles qui étaient permises, dit (Rom. 14), que si le prochain se scandalise de nous voir manger un mets quelconque dont , selon lui, nous devons nous abstenir, nous ne marclions plus dans la voie de la charité , si nous continuons à en manger: Sipropler escam frôler tua* conlristalur , juin non secundum charilaiem ambulas. Et écrivant aux Corinthiens (ep. ï, c. 8), il condamne comme coupables d'un grand péché ceux qui, quoique pouvant légitimement manger des clnirs consacrées aux idoles, eu faisaient usage en présence de quel pies personnes peu instruites ou faciles à se scandaliser, et qui auraient pu prendre de là occasion d'en manger elles-mêmes , et pécher ainsi par une conscience erronée, el qui par-'à étaient cause de la perle éternelle de ceux pour le salut de qui Jésus-Christ est mort. L'apôtre en conclut que si la nourriture scandalise un frère , c'est-à-dire un chrétien , on doit s'en abstenir pour le préserver de la mort spirituelle. Vous voyez qu'il n'est ici question que du scandale indirect.
6. Vous dites que vous n'avez l'intention de Lire pécher personne; mais qu'importe, si avec toute connaissance de cause vous proférez des paroles, ou si vous f'aiies telles ou telles actions, d'où, comme vous devez le prévoir, ou comme vous le prévoyez déjà, s'ensuivront le péché et la damnation éternelle : Qu'importe qu'elle provienne d'une volonté directe el expresse, ou d'une volonté interprétative et indirecte? Suivant ce que nous avons dit plus haut, en parlant du scandale direct, laloi de la charité nous oblige à pourvoirai! salut de notre prochain, en l'empêchant de commettre le péché, qui fait à Dieu une grave injure, et un grand dommage au prochain, et la même loi nous fait d'un autre coié un devoir de l'en retirer parles moyens qui sont à notre disposition. Or, à combien plus forte raison nous défend-elle de l'induire dans le péché et de l'exposera y tomber? Mais, me dites-vous encore, telle n'est pas noire intention, ni noire but, ni notre pensée. Mais qu'importe, si ce que vous faites ou dites lui en fraie le chemin ? Et pour vous en convaincre, je vous ferai celle question: si quelm'uu fait un vol dans une église , s'il ca-
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ïoiïiniiï , s'il enlève lu vie à son s Mub'ab!»*, ne L'appelez-vous pas avec jusliee un sacrilège, un détracteur, un homicide, quoiqu'en agissant ainsi il ne pense ni à l'Eglise qu'il profane, ni à ta réputation, ni à lu ue qu'il enlève à l infortuné qu'il s'est choisi pour victime. Sans doute, vous lui 'Imitiez ces Litres odieux, parce que ses actes marqués au coin delà méchanceté justifient les dénominations que vous lui donne/, -et parce que chacun <>; obligé de prendre garde au mal qui peut résulter- de se> a Unis . afin «le l'éviter. Concilions donc que pour se rendre coupable, du péché de scandale, il n'est point nécessaire qu'on ail h volonté tic faire le mal , mais il suffit que l'on dise ou que l'on fasse quelque chose que l'on connaisse, ou qu'on puisse el qu'on doive con Maître comme propre à provoquer au péché, parce que dans un tel cas IVfietel inlerpré'ativemeut vooht.
Après avoir traité cet article si important en lui-même, pour ne riiMi on* tire de ce qui peut répandre un grau I joui* sur celte matière, nous allons encore examiner plusieurs autres choses. Et en premier lieu je demanderai si le scandale est toujours péché I moriel, rt quand il l'est. Le scandale, comme nous l'avons dit, i étant dbiséenart.'f eten passif, en direct et en indirect, je ré* ■ pon Irai que le scandale actif est toujours péc'né mortel, quand quel in'iin par ses m uivais exemples induit son semblable à flécher mortellement. Il n'est personne qui élève le moindre doute sur cette vérité. En second li ni, le «caudale est encore pér.hé mortel, quan I par un acte gravement criminel on a l'inlcniion de provoquer les autres non -seulement à commettre un péché mortel, mais encore à se rendre coupables d'un péché véniel. On en dit a:ilaoi de celui qui. par une action qui n'est que vénielle en ill-méinc, auivit lu pensée d'e\eiler ù commettre un péché mortel; comme par exemple celui qui dirait un mensonge ou une parole outrageante pour porter qu Iqu'un à proférer un blisphème, à le détenu in Ta i*olcr,ou à le rendre coupable d'autres crimes. Mais si le scandai) ne donnait 0 cision qu'à une faute vénielle, sans craindre que la cho^e n'allât plus loin, il ne serait que péché véniel.
8. .M us que devra ton dire , si notre prochain prenait occasion de pécher et de se scandaliser non . seulement de nos actions mauvaises , nuis même de cells qui sont bonnes? Serons nous obligés alors de nous en abstenir? pour procéder avec toute clarté dans ccite malièivdffiùde, il faut que vous sachiez que ces actions qui pourraient devenir un vu.ei de scandale, sont de Irois sortes, les unes sont nécossau e3 à notre salut éternel:
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les autres, des actions bonnes qui ne sont que de conseil; oî les troisièmes, indifférentes, c'esl-à-dire qui ne renferment en elles-mêmes aucun mal , ni apparence <le mal. Qunrt aux actions nécessaires au salut éternel , je réponds qu'on ne doit pas les omettre, quelque soit le scandai: qui pourrait en résulter. La raison en est que c'est un péché que de les omettre ; et personne n'endoitcommeltrepour en éviter ira autre quel qu'il soit. L'ordre de la charité demande que je m'aime d'abord moi même , ensuite les autres , et plus moi-même que les autres. Ponrrai-je donc, et voudrai je me damner pour empêcher que les autres ne se damnent? Il faut cependant vous avertir que, parmi les choses nécessaires pour opérer le salut éternel , et qui nous sont prescrites, les unes nous sont imposées par une loi négative, et les autres par une loi positive. A présent je dis qu'on ne doit violer aucun précepte négatif imposé par la loi divine naturelle pour éviter le scandale d'autrui. Ce sont-là les préceptes qui obligent toujours, en tout temps, en tout lieu, et en quelque circonstance que ce soit, sans exception aucune, ni de condition ni de personne. Ainsi tirons de là cette conséquence qu'il ne faut jamais mentir, jamais faire une chose honteuse, jamais persécuter l'innocent, jamais lui arracher la vie, et jamais commettre d'autres semblables crimes, afin d'empêcher le scandale.
9. Mais au moins ne pourra-ton pas commettre un péché véniel pour éloigner l'occasion d'un scandale, et détourner le prochain d'un péché mortel ? Le docteur angélique répond que le péché véniel étant une offense de Dieu , on ne doit en aucune manière s'en souiller de propos délibéré, pour empêcher qu'un péché mortel ne soit commis. Pourquoi ? Parce qu'on ne doit pas outrager Dieu même légèrement, afin que les autres ne l'outragent pas même grièvement: nullus aulem tlebel ûeam ojfcnâere parùm , ne aliiisoffendatmullàm (in Exnd. 38. q. 11). Car l'homme doit aimer infiniment plus son souverain maître que le prochain, et pour cela , nul ne doit souiller son âme par le péché le plus léger, pour empêcher le scandale d'autrui. Venant ensuite aux préceptes affirmai ifs de la loi positive, comme ils n'obligent point en tout temps, nitou;ours, nien toutes c;ivonsianees,je vous réponds que quelquefois on peut en omettre l'observation , pour ne pas donner sujet au scandale, ainsi nous ne sommes pas tenus défaire la correction fraternelle, quoique Jésus-Christ nous en aitfaitun commandement, quand nous prévoyons avec raison que notre fière.au lieu d'en profiter, n'en deviendra que pire. Ainsi, comme
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nous Tarons dil ailleurs, il n'y a point d obligation pour nous réconcilier avec ceuxque nous avons offensés, quand nous sommespersuadés pour de bonnes raisons que cette démarche ne servira qu'à les irriter davantage. Nous en dirons tout autant tTatfFrcs et semblables cas, parce que la loi n'oblige pas dans ces circonstances.
10. Si nous venonsensuite aux autres œuvres bonnes qui ne sont pas nécessaires au salut, mais qui sont seulement de conseil, poursavoir si l'on peu ton si l'on doit les omettre, afin qu'elles ne deviennent pas un sujet de scandale , on doit se rappel r que l'un est le scandale pharisaïque, et l'autre est celui des simples. Quant au premier qui prend sa source dans la malice de celui qui le reçoit, on ne doit en tenir aucun compte. C'est ce qu? nous apprend Jésus-Christ, quand, parlant des pharisiens, il dit à ses disciples (Maith.îo) : Lâiswï-lés se scandaliser, ce sont de > aveugles conduisant des aveugles comme eux : smiïeiiftw ^tsœci sunl , elduces eœcorum. >\0iis ne devons donc pas , dans la crainte de scandaliser cette race perverse d'hommes, laisser de faire le bien, et d'être utiles à notre prochain, à l'exemple de Jésus-Chri>r qui n'en continuait pas moins d'enseigner sa sainte doctrine et de taire des miracles. Autrement, si pour couper racine à tous c^s scandales pharisaïques, on renonçait à la pratique des œuvres d'une grande perfection, on faciliterait aux pécheurs et aux méchants le moyen de tout bouleverser, et d'opposer aux chrétiens désireux de leur salut un obstacle invincible qui les empêcherait de tendre à la vertu et à la sainteté. Mais s'agit-il du scandale des simples et des petits? Alors les œuvres bonnes qui sont seulement de conseil , ne doivent se faire qu'en secret, et quelquefois il faut les renvoyer à un autre temps. EU voici la raison , c'est que quand on peui le faire facilement, on doit empêcher la ruine spirituelle du prochain , dont la cause est dans là faiblesse de son esprit et dans son ignorance. Or, quand une œuvre ne nous est pas nécessaire pour notre salut, qu'elle n'est point commandée , nous pouvons l'ajourner ou l'omettre pour éviter le scandale du prochain ; et dans ce cas, nous faisons une œuvre beaucoup plus méritoire que celle que nous omettons ou que nousajournons. Mais doit-on laisser ces bonnes œuvres pour toujours ? Non , répond saint Thomas (3.5.n.i5.a.7),mais jusqu'à ce que les esprits ignorants et faibles soient revenus de leurs erreurs : Quausque redditâ tUlionb hujusmoài scandalum cesset. Par exemple , vous faites secrètement l'aumône à quelque personne honteuse; niais il en est qui prennent occasion de former des jugements désavantageux su*
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vous. Vous pouvez les tirer de leur erreur en hurfaisantconnaltre dans quel but. vous faites celte aumône ; s'ils ne veulent pas -croire à vos raisons , s'ils persistent dans leurs préjugés . cène serait plus de leur part ignorance, mais malice, et vous devriez faire peu de cas d'un le! scandale, comme chut pliarisaïque, et . continuer à vaquer à vos bonnes œuvres.
11. Peut-être, me demandera-t-on si, pour ne pas donner du ij scandai-', il est permis d'omettre des choses qui par elles-mêmes ' ne siml pas mauvaises, mais indifférentes* A cela je réponds que, ; pour ne pas fi m rnir occasion au scandale des pet ils et «les faibles, l cela est permis; car, si comme nous l'avons vu ,on doit laisser de l faire pour quelque temps les actions qui sont bonnes en e les-mê* ! mes, quand elles ne sont pas nécessaires pour lé salut éternel, '<* afin qui' ces personnes n'y trouvent pas un sujet d'offenser Dieu: : bien plus, s'il peut se presenier des cas où l'on doive omettre quel- j quelbis, on au moins différer les choses qui sont commandées ■ par un précepte posiiif humain, comme d'eu tondre la messe un \ jour de tête, quand on pourrait prévoir avec raison que desonac- ; complissement naîtraient des rixes, des homicides, ou autres maux ] très graves ; avec combien plus d* raison devrons-nous le faire , \ quand il s'a^il de choses qui en soi ne sont pas mauvaises, mais ; indifférentes? Quand donc, sans qu'il résulte pour nous un à grand préjudice et un grand désavantage , nous pouvons opposer ;; unebarrièreau péché que pourrait commettre qu<'I m un , à rai« g sonde son ignorance, de sa fragilité, ou de sa faiblesse, il ify a 1 aucun doute que la charité doit nous engager à le faire. Ainsi ce ' jeune homme de- im éviter h société de celle personne du sexe , et £ celle-ci ne doit point rendre visite au jeune honme,qiand l'un et l'autre s'aperçoivent qu'ils sont un sujet de scandale.
12. Mais que devrait-on dire si le scandale était p'i irisaïque ? Je réponds que si l'on n'est pas toujours ob'igé d'omettre telles ou telles actions , parce qu'on doit mépriser le scandale de celte espèce, il y a cependant oblig lion quel ju fus de s'en abs- • tenir pour éviter même le sandale. La raison est toujours laméme, parce que chacun est tenu par la loi decharité d'empêcher le mal et la ruine spirituelle du prochain , quand on peut lu faire facilement ou lors pièce dommage est léger dosa nature.Or, supposons un cas où de telles actions puissent être omises avec une perle au moins très petite et de peu d'importance; on cU tenu «dors de s'en abstenir: par exemple, ayant besoin d'une certaine somme d'argent , et pouvant vous adress-r sans aucune difficulté à quelqu'un qui scia disposé à vous la prêter sans intérêt.
tous pécheriez grièvement si vous recouriez à un autre que vous savez bien devoir exiger cet intérêt, parce que vous lui donnez occasion de pécher. Un jeune homme n'a aucun motif ni de nécessitant d'utilité, de fréquenter telle personne du sexe dont il connaît l'affection déréglée pour lui : uw. fille n'a aucune raison de soi tir de la maison paternell'e,de se tenir sur la porte ou de se mettre à la fenêtre , quand elle croit que sa présence peut faire naître de mauvais désirs dans le cœur <ic ceux aux regards desquels elle s'éta'e ; l'un et l'autre sont tenus de s'abstenir de ces actes, et ils pèchent s'ils ne le font pas. Vottsisâvcz que cet homme s'abandonne à de violents transports de colère et de haine quand on lui parlede son ennemi, et qu'il déchire sa réputation par les plus noiivs et les plus injustes calomnies; vous vous rendez coupables du péché de scandjle si sans aucune nécessité, vous on parlez; dites-en tout autant desautres cas et exemples semblables.
13. Voi à ce qu'il m'a semblé nécessaire de vous expliquer sur le scandale considéré en général, afin que vous puissiez connaître ce qu'il est, comment, et quand il est donné. A présent, pour compléter cette instruction, permettez que je dise quelque chose par rapport aux dommages consi iérables qu'il cause au prochain. Si vous voyez quelqu'un dont le père et la mère viennent à mourir, et qu'il devienne orphe'in ; si vous en voyez un autre à qui la mort arrache ses enfants, ses amis, ses parents, de telle manière qu'il ne lui reste pins personne à qui il puisse recourir, vous les jugez très malheureux, et vous accusez la mort comme étant la cause de la désolation et des misères dans lesquelles ils sont plongés. Si nn voleur dérobe à quelqu'un son bien et qu'après l'avoir dépouillé de tout, il le laisse dans une pauvreté extrême, il n'est personne qui n'éprouve des sentiments de commisération à un tel état de détresse; si un assassin se précipite sur un homme qui ne lui a point fait de mal, et que par des blessure? nombreuses et morte. les il lui arrache la vie, en voyant tontes ces plaies par où s'échappe une grande quantité de sang, vous êtes, dit saint Augustin, remplis d'horreur devant un tel attentat (in ps. 84), et vous ne pouvez vous empêcher de délester ce monstre qui a osé se souiller d'un tel crime.
14. Et cependant tous ces maux qui vous semblent si grands et si déplorables ne sont rien en comparaison de ceux que cause un scandaleux à son prochain , quand il le provoque à commettre le péché par ses actions, par ses paroles, ou par d'autres moyens aussi iudignes.ll ne le prive pas de son père, de sa mère, de ses enfants, de ses amis, de ses parents; il ce le dépouille pas
«le ses biens; i! ne lui arrache pas la vie du corps; mais il Iuienlève la vie del'àmequi est la grâce de Dieu. Peut-il y avoir un mal plus grand, une perte plus digne d'exciter nos regrets ? Qu'importe que quelqu'un perde tous ses amis, tous ceux qui lui sont attaché* par des liens pins ou moins étroits, si en possédant la grâce, il :i Dieu pour ami et pour père? Qu'importe que tel autre dépouillé de tous ses biens, soit plongé dans la pauvreté la plus extrême, si vivant dans la grâce, il possède le vrai trésor qui est Dieu? Qu'importe qu'on lui arrache la vie du corps, pourvu qu'on ne lui arrache pas la grâce qui e*t la vie de l'âme ? Or, c'est ce que fait le scandaleux quand il trace la voie du crime à ceux qui n'y <ont pas encore entrés , et qu'il ies induit à pécher ; il les dépouille du vrai trésor qui est la grâce , il les sépare de Dieu, il leur enlève la vie spirituelle de lame, et les prive pour toujours de la gloire ; et néanmoins, on n'estime pas comme un grand malheur, et on ne pleure pas celte peste immense de la grâce et de la gloire, parce qu'on ne la voit pas des yeux du corps; et cependant ce soûl là les grands maux qu'on doit redouter, et qui méritent seuls d'être pleures. Oni, les scandaleux sont des brigands et des homicides mille fois plus cruels et plus barbares que ne le sont ceux qui dérobent au prochain leurs biens, qui l'égorgçnt; et c'est le scandale qui cause dans le monde les calamités les plus grandes et les plus déplorables.
15. Malheur donc au monde à cause de ses scandales: Vœ mundo à scandalis. Malheur à cet impie et à ce méchant par qui arrive le scandale : Vœ homini illiper quem scandalttm venit. El pourquoi cela? Parce que le scandale produit dans le monde une corruption générale, c'est lui qui détruit la piélé, qui éteint la toi, décrédite la religion, démoralise la jeunesse, anéantit l'innocence, souille par son poison mortel les viles, les pays, les hameaux, trouble les provinces, les étals et les royaumes; il n'y a point de sexe, point d'âge, point de condition qui soit à l'abri de son inlluence funeste. Bien plus, on peut dire qu'il n'y a pas de désordre dans le monde que le scandale n'y eveite et n'y introduise, et qui ne soit soutenu et autorisé par lui. Si le scandale est un mal si funeste et l'auteur de calamités si grandes, évitons donc, chrétiens, autant que nous le pourrons, de le donner à notre prochain, et d'être la cause de la ruine spirituelle des âmes <le tant d'innocents: Cavcamus, praires, dirai-je avec saint Thomas de Villeneuve (conc. 2. de D. Mich. Àrch.) , scamkdum ptœbcre pusillis , cl dare Mis oceasioiicm rtùnœ. Oh! combien jious avons commis de péchés ! c'est déjà assez que nous en
soyons charges devant Dieu ; prenons donc garde de nous rendre encore coupables de ceux que commettra notre prochain par suite de nos scandales : Suffîciunt nobis peccalanosira; non simus apiul Denm etiam peccalorum alienorum rei. Et si par nos funestes exemples nous avons induit au péché tant d'infortunés, si nous leur avons enseigné la voie qui conduit à l'enfer, dorénavant faisons en sorte de les ramener dans le chemin du ciel, en les excitant à rentrer dans la pratique des vertus par notre conduite édifiante et régulière, afin que tous ensemble nous jouissions du bonheur éternel que je vous souhaite.