‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 23 sur 30 · TRENTE-CINQUIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

TRENTE-CINQUIÈME INSTRUCTION

Sur les différentes manières dont on donne le scandaient sur les diverses personnes qui s'en rendent coupables.

Le scandale étant, comme nous l'avons démontré , un péché abominable aux yeux de Dieu, puisqu'il tend à établir dans le monde le règne du démon et à renverser celui de Dieu, la conve-

nance cl la raison voudraient que jamais il ne prit racine dans le Christianisme, ou au moins si rarement, qu'il ne pût dégénérer en habitude, et qu'on ne fût jamais dans le cas d'en voir les effets funestes. Et cependant il n'en est aucun qui soit plus fréquent, qui prévale davantage, qui domine et triomphe plus que celui-là. Pour vous en inspirer une horreur plus grande, je me propose de traiter la même matière et de vous indiquer les diverses manières dont on donne le scandale, et comment une. infinité de pei'sonnes s'en rendent coupables.

1. Il n'y a certainement point d'exagération dans ce que nous avons dit ailleurs, quesi l'on pouvait exterminer sur la surface de ! a terre les scandaleux et les scandales, on ne verrait presque plus régner le péché dans le monde , et en vérité les noms adorables et très-saints de Dieu, de Jésus-Christ, celui de la sainte Vierge et ceux des Saints se trouvent aujourd'hui sur les lèvres de presque tous lesgensdu peuple, et même des enfants tout-à-fait en bas âge; ils les associent à toutes leurs paroles, ils s'en servent comme d'une formule de serment vrai ou faux, et cela se fait dans toutes les maisons, sur les roules, sur les places, dans les boutiques ; on jure oar son âme, par la croix, par les Evangiles, et par tout ce que la religion a de plus saint et de plus sacré. Mais on ne s'en lient pas là, on emploie les plus horribles blasphèmes, et ce n'est pas sans faire frissonner d'épouvante les âmes pieuses qu'on parle avec le plus profond mépris de la présenee de Dieu, du corps- et •lu sang de Jésus Christ. Mais les enfants n'ont pas apporté en naissant celle misérable coutume de jurer; mais les démons échappés du sein de l'abîme ne sont pas venus leur enseigner le blasphème, ce langage infernal. Pourquoi dune jure-ton et Masphême-t-on si fréquemment? qui est-ce qui a introduit celte coutume si criminelle? Oui est-ce qui en a donné le^ funestes leçons? Oui est-ce qui la perpétue? Le scandale et le scandaleux: l'on jure et l'on blasphème parce qu'on enteiiil jurer et blasphémer.

2. L'apôlre saint Paul écrivant aux fidèles d'Eplièse (c. 5) , dit qu'il ne voudrait pas qu'on entendit parler parmi eux ni de fornication ni de quelque impureté que ce fut, comme on n'en doit jamais ouïr parler parmi ceux qui fonl profession de mener une vie sainte, comme sont les chrétiens: fomicatio autem et omnis immundilia, aut lurpitudo nec nomineturin vobis , siciit deect snnetos. Et dans son épitre aux Colos^iens (c. 3), il leur prescrit entre autres choses, qu'ils s'abstiennent de prononcer jamais aucune parole honteuse ou infâme: Dcponitc. .turpem sermonem de are vcstro.Ei cependant aujourd'hui, par un renversement des

A'2'2 xxâiv. î.-Nswixno.N

plus déplorables, rien n'est deveuu plus coinuum cl plus familier parmi les chrétiens que ce langage obscène et impudique ; oui, dans les malheureux jours où nous sommes, ou son fait comme un divertissement, comme une récréation, parmi les arlisans, parmi les agriculteurs, parmi les personnes oiseuses, dans les cercles, dans les plus pelits réduits, dans les conversations, dans les veillées: et l'on eu voit qui se piquant d'avoir reçu une éducation plus soignée, se t'ont pour ainsi dire un honneur d'eu agir ainsi. Bien plus, qui le croirait? les personnes du sexe, qui plus que tout autre devraient,avoir à cœur de pratiquer la bienséance et la modestie, ne rougissent pas de tenir les discours les plus obscènes. Mais celte manière de parler si licencieuse et si «convenante, qui est la source de tant de désirs impurs, et qui entretient les âmes dans un continuel état de péché mortel, et qui en précipite un si grand nombre dans l'enfer, trament s'est-elle introeluitedaus le christianisme? pourquoi s'y maintientelle et s'y conserve-l-elle? C'est le scandale qui l'y a introduite. et on n'a jamais pu l'en déraciner; au contraire, elle se soutien L parce qu'elle trouve sa forte et sa vie dans les discours des seau datées qui ne savent ouvrir la bouche que pour vomir des saletés, des obscénités, et amuser les compagnies où ils se trouvent que par des mots couverts, que par des paroles équivoques qui abou tissent ordinairement à des choses honteuses, et ce qui est pis encore, c'est qu'après tout cela on vil sans remords, et qu'on a soin dans les tribunaux de la pénitent* de jeter un voile épais sur toutes ces abominations.

3. Mais pourquoi cette coutume crimtnolfe de jurer cl de blasphémer, de proférer des obscénités, de tenir des discours honteux sïnlroiluit-ele avec tant de facilité dans le christianisme: Tout cela n'est-: 1 pas contraire à la nature, à la loi, à la pudeur? Ce que vous dites est vrai , et quelque grand que soit l'aveuglemen de notre esprit, qui a pour cause le péché originel, et quelle que soit la faiblesse de notre \olonté pour le bien et son inclination au mal, cependant cette horreur naturelle que nous éprouvons avant de commettre le péché, et ces reproches intérieurs que nous ressentons après l'avoir commis, son t des preuves évidentes qiu nous démontrent que la connaissance de la vérité n'est pas ers tièreineut éteinte en nous, non pins que l'aversion pour le pêche; mais parce que l'une, ainsi que l'autre, est bien souvent étouffé paria violente des fiassions, Dieu par un acle de son aimable providence avo lu mettreà notre disposition un autre moyeu puissant, afin qui! fui une barrière qui nous empêchât de tom-

SLR l,E CINQUIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. 423

ber datis le péché, et un remède lorsque nous y aurions été entrames ; ce moyen c'est la lione et les remords delà conscience. suites inséparables d'une mauvaise action. Oh! combien celle barrière est propre à nous protéger contre de tristes chutes ! Oh ! combien ce remède e^t efficace pour nous en relever! Combien n'en esl-il pas qui leur sont redevables de n'être pas plongés dans l'abimedu vice! et à combien la boute n'a-l-elle pas servi de frein pour ne pas s'abandonner à des péchés énormes ! Combien de fois elle a donné des forces pour triompher de; plus violentes tentations du démon! Malheur à nous si Dieu ne nous avait fourni un moyen aussi répressif, un remède aussi efficace: Avez-vous jamais vu un grand fleuve qui s'étant accru démesurément ait franchises bords et renversé les digues qu'on lui avait opposées ? Avez-vous vu comme il inonde les campagnes , comme il déracine les arbres, et comme il porte partout la désolation et ie ravage? Eh bien , il en serait ainsi du péché, si Dieu ne lui avait point opposé de barrière dans celte bonle et cette crainte dont l'homme ne peut se défendre lorsqu'il est à la veille de le commettre, ou qu'il l'a commis: il inonderait le monde entier, et y régnerait en maître.

4. Que dis je, il triompherait , il régnerait en maître partout' et n'est re pas ce qui a lieu aujourd'hui? Pourquoi cela? parce «qu'on a brisé pour ainsi dire ce frein salutaire de la honte et deia pudeur. Mais quel a été le téméraire qui l'a brisé ou qui l'a rompu? c'est le scandaleux et le scandale; oui, c'est lui qui enlevé aux vices et aux péchés les plus abominables et les plus énormes ce frein salutaire de la honte et de la pudeur, c'es! mi qui les dépouille de ce déshonneur et de cette infamie qui en e>t la compagne inséparable; à foi ce de les voir commettre fréquemment, on en perd toute l'horreur et la honte qu'on eu «■prouvait auparavant; et peu à peu on apprend à faire le m;; qu'on voit faire aux autres. Mais le scandale ne s'arrête pas là. . en-seul in mil il arrache au vice et au crime ce qu'il a de déshonorant, et en fait perdre insensiblement l'horreur, mais il s'efforce encore de le rendre licite, innocent, plausible, et d'en faire même un titre de gloire. Douteriez-vous de la vérité de mon assertion ? Celui qui n'aurait jamais vu nn homme ivre, au premier aspect l'aurait regardé comme un monstre de la nature, ou selon Jean Chrysoslôme^comme l'opprobre du genre humain,dont la seule présence serait capable d'inspirer de la frayeur et du ot, depuis ujae le scandale a rendu l'ivrognerie si commune, ce vice n'a plus rien qui effraie; au contraire, on

'ili XXXV. INSTRUCTION

la considéré comme une chose honorable, et beaucoup en sont venus au point de se vanter et de se glorifier de pouvoir se livrer à plus d'excès que d'antres.

5. Celui qui n'aurait jamais vu de jeunes personnes du sexe couverser si familièrement avec des jeunes gens et des hommes mariés, et leur permettre sur elles-mêmes cerlaines libertés trop grandes, aurait été étonné et aurait formé un jugement peu favorable sur leur pudeur. Mais il n'y a plus rien qui excite la surprise dans une telle conduite, depuis que de semblables exemples se sont multipliés, et que le scandale lésa rendus plus communs. Oui est-ce qui n'aurait pas été extrêmement scandalisé, il y a près «l'un demi-siècle , s'il avait vu des femmes, auxquelles, après Dieu, l'Apôtre ne permet déplaire qu'à leur mari, se permettre d'avoir des tête-à-tête, des familiarités avec des hommes qui ont <!e l'inclination pour elles à cause de la ressemblance du caractère, >'t ceux-ci s'arroger le droit et se donner la liberté de traiterseul à seule avec une indécence qu'on ne tolérerait pas même une seule fois entre fi ère et sœur? Oui ne serait pas dans ira étonne* ment difficile à décrire, en voyant ces mêmes personnages se donner la licence de leur rendre des visites, même lorsqu'elles sont encore au lit.qunique cela soit défendu (Eccl.4.) par leSaint- Ksprit, qui défend encore de porter de> regards de curiosité sur leur figure? Xe respicias ad muliercm alieni viri... ncque steteris ad lectulum ejtis. Oui pourrait en croire à ses propres yeux, s il les voyait aider à celte personne à s'habiller et se parer, l'accompagner aux spectacles publics, aux bals, à la promenade, aux veillées, dans les sociétés, aux théâtres , et dans tous les lieux qui leur conviennent?

6. Mais le mari doit-il se formaliser de toutes ces libertés et de ces familiarités envers sa femme? Qu'il s'en garde bien ; il passerait dans un certain public pour un homme grossier, sauvage, •aloux sans raison et qui n'a aucune connaissance de la politesse et des usages du monde. Dieu plus, au lieu d'en éprouver de l'ennui, il doit se réjouir et se tenir pour honoré en vovant que son épouse est courtisée, visitée par d'autres, et que plus ils sont d'un rang élevé, plus il en doit rejaillir de gloire sur lui-même. Mais i Esprit saint ne condamne-t il pas dans beaucoup d'endroits de la sainte Ecriture, comme pernicieux, ces rapports et ces familiarités entre les personnes de différent sexe, qui ne peuvent être que des occasions très dangereuses de péchés du moins intérieurs entre elles et ceux qui leur font la cour? Les sectateurs 4e la loi du monde répondent à cela que ces dangers n'existent

pas. mais qu'on doit les mépriser comme de rai us scrupules. Voilà comment aujourd'hui on prétend réfuter les paroles infaillibles de l'Esprit-Saint: voilà comment on oppose ses propres pensées aux siennes. Mais je demande, ces sentiments erronés et ces coutumes monstrueuses et si incroyables qui auraient fait dans un temps hérisser les cheveux sur la tête, qu'est-ce qui le* a introduites dans la société, qu'est-ce qui les maintient? qu'estce qui lésa dépouillées de cette horreur etde cette frayeur qu'elle ■ inspiraient à une époque autre que celle où nous sommes? C'est le scandale qui a produit tous ces malheureux effets ce sont les scandaleux qui les perpétuent. Et à présent on ne fait aucune difficulté de suivre ces coutumes pernicieuses, parce qu'elles sont presque devenues générales.

7. Saint Paul engage son disciple Timolhée (Ep. 1. c. 6.) d'enseigner à tous ceux qu'il était chargéde conduire dans les voies du salut, qu'ayantsufïisammeut de quoi se nourrir el se vêtir convenablement et conformément à l'état dans lequel ils se trouvent, ils ne doivent pas porter leurs vues ni leurs désirs au-delà de leurs besoins : habentes alimenta, et quibustegamur, hisconlenli simus. Mais qui est ce qui aujourd'hui, parlant surtout des vêtements, est content de ceux qu'il a? N'est-il pas vrai que beaucoup veulent en avoir d'un plus grand prix et dune matière plus précieuse que ne le demande Ipui* condition ? D'où il suit qu'agissant ainsi, ils compromettent les intérêts de leurs familles, les appauvrissent, et que de plus ils les précipitent dans une ruine totale. lien résulte encore que très souvent ils sont forcés d'acheter à crédit, et que de long-temps ils ne peuvent payer ni les marchands, ni les pauvres ouvriers, ni les artisans qu'ils ont mis en œuvre , ni ceux qui ont travaillé à journée chez eux , lesqn ls cent fois et très souvent inutilement sont obligés de réclamer le paiement de leurs créances ; d'où il résulte encore pour eux mêmes , c'est-à-dire pour ces hommes vains et glorieux qui cherchent à briller, qu'ils se mettent dans l'impossibilité de vivre convenablement , d'élever et d'établir leurs enfants suivant leur état.

8. lien est cependant beaucoup qui ne s'arrêtent pas là, mais qui s'habillent encore d'une manière immodeste. N'en est-il pas qui portent des vêtements dont la forme a été inspirée par le démon, et qui sont devenus extrêmement communs aujourd'hui , et cela , sous le vain prétexte de se conformer à la mode qui n'est qu'une mode scandaleuse, vêlements dont jamais on n'avait entendu parler dans les siècles qui nous ont précédés ? Et vous.

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mes chères sœurs, je ne m'adresse pas à celles qui sont sages et modestes , croyez-vous être innocentes aux yeiiK de Dieu , quand pour satisfaire la passion que. vous avez de paraître, de plaire , d'être applaudies et admirées , vous vous liabdlez avec tant de taxe et d'ostentation , que vous vous ornez avec tant de soins et d'application ? Croyez-vous être innocentes quand vois faites montre de nudités trop indécentes, ou bien qu'en les c»« chant, vous ie faites avec tant d'artifice ou avec des voiles >i transparents, qu'ils provoquent plutôt la curiosité et attirent sur vous d'unemanière particulière lesregudsde tous ceux qui vois rencontrent? Vous croyez- vous innocentes , quand par ce moyen vous êtes cause de beaucoup de péchés et de la perte de tant liâmes dont \ous aurez un jour un compte 1res rigoureux à retv dre? Et puis vous dites que vous n'avez pas l'intention d'indui: •■• >es autres à pécher, et que vous ne voudriez pas non plus élre les causes de la damnation de qui que ce fût ? Mais qu'importe que vous n'ayez pas celte intention mauvaise de faire tomber les autres dans le péché et de /es précipiter dans la dauintion, si par votre air enjoué et vos vêtements trop recherchés et trop peu modestes vousarri'.i zau même résultat ? Vous l'avez déjà entendu-, et je voudrais que vous fussiez profondément convaincues de cette vérité, que pour se rendre coupable du péché descandale,il n'est pas nécessaire d'avoir cette intention diabolique de séparer de Dieu une âme par quelque péché et de causer directement sa damnation ; mais il suffit qu'on fasse telles on telles actions qui par elles-mêmes peuvent la porter au mal et consé iiiemment à la damnation éternelle. Il est vrai que, selon ce que vous dites, vous êtes loin de vouloir la perte et la ruine de votre prochain ; mais ?ous la voulez selon ce que vous faites, parce que vous faites ce qui le fera tomber et périr.

9. J'en dirai tout autant des autres femmes (et plût à Dieu que le nombre en fut petit ) , lesquelles imbues de l'esprit du monde, et complètement étrangères à celui de Dieu , s'engagent dans des conversations trop libres et trop enjouées, contractent des amitiés trop naturelles, et ont des confidences trop secrètes. Elles présument élre innocentes, parce qu'elles se gardent bien de jamais s'abandonnera aucun de ces excès dont le nom seul réveille le souvenir d'une vie déréglée et porte avec lui l'infamie, blesse placent, pour ainsi dire, sur les frontières du crime; elles ne se prêtent tout au plus aux propositions quileursont laites que par des actes de politesse et «le civilité, s'en tiennent là, et ainsi elles prétendent n'avoir nulle intention de causer la

SUR LE CLNQUIÈME commardement de dieu. . 427 raine spirituelle de ceux avec qui elles ont fies rapports. Elles n'ont d'autre but que déplaire et de se montrer agréables et aimables. Vous ne voulez donc pas vous abandonner à aucun excès infâme par lui-même; bien plus, vous l'avez en horreur? Qu'il en soit ainsi par rapport à vos actions, ce que saint Jacques cependant ne vous accorderait pas quant aux pensées, parce que, dit-il, Chacun est tenté par sa concupiscence ; uniisquistpxt tenta tnr à concupiscenlia saa (c. 2. ) Mais pouvez-vous en •lire autant de ceux avec qui vous vous permettez tant de familiarités et de libertés? Vous n'ignorez pas que, comme saint Jérôme (Ep. ad Nepot. ) le déclare, ils ne sont pas plus forts qu'un Samson , plus saints qu'un David , plus sages qu'un Saloiiion. Si donc tous ces personnages sont tombés pour s'être exposés à destentations moins grandes que celles auxquelles vous les exposez en votre personne, croyez-vous qu'ils résisteront c u\ dont les visites auprès de vous sont si fréquentes , et avec qui vous entretenez desrapports si étroits ? Non certainement , et par ces commerces et ces liaisons vous ne feules autre chose que fomenter leur passion, allumer dans leur cœur des impudicités secrètes, que réveiller dans leur esprit des pensées honteuses, des désirs lascifs ; et puis vous nous assurerez que n'avez d'autre but que de plaire? Mais outre que cela ne peut jamais être sans péché , comment pouvez-vous vous imaginer que vous êtes innocentes, quand par cette conduite, vous exposez votre prochain à Lire des chutes mortelles?

10. Mais si ceux qui ont «les rapports a*t-c nous pèchent, qu'ils imputent leur faute non à nous , mais à leur faiblesse; devons-nous répondre de leur conduite, et leurs péchés deviendront-ils les nôtres? Ils en porteront seuls la charge , comme le dit l'Apôtre (Gai. G. ) Unmqmsque omis suum portabit. Et moi je vous dis, et je vous répète que vous serez responsables' de leurs iniquités , et qu'elles vous seront imputées. Je voudrais que cette vérité fût bien gravée dans votre esprit et dans votre cœur. parce que c'est la doctrine de l'Apôtre, qu'il a exprimée quand il renseigné, comme nous l'avons dit ailleurs, que. si manger de la chair devenait un scandale pour son frère, lors même que cela ne serait pas défendu, il n'en mangerait jamais. Ce qid signifie que, quoique vos rapports, vos familiarités avec certaines personnes vous sembleraient, et seraient même en réalité indifférentes, permist-s, licites et innocentes, si toutes les fois cependant que vous vous trouvez dans leur société, et que vous devez vous y trouver, vous leur êtes une occasion de chute, vous corn-

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mettez le poche Je scandale , et vous vous rendez coupablesda toutes les fautes qu'ont commises et que commettent ceux à qui vous l'avez donné. Il est vrai que chacun portera le poids de ses propies péchés; mais j'ajoute que le scandaleux portera aussi celui des autres, parce (nhy, c'est lui qui en a été la source. Et si, selon la loi , celui qui pèche doit mourir, celui qui provoque au péché doit à plus forte raison subir la sentence de morl. A présont je reviens sur ce que je vous ai dit lout-à l'heure; qu'est-ce qui est l'occasion de la ruine de tant d'âmes et la cuise de tant <ie péchés qui se commettent ? C'est cet amour du luxe dansles vêlements, es nudités qu'on laisse apercevoir, ces conversations irop libres et trop licencieuses. Qui est-ce qui a donné cours à ce luxe, qui est-ce qui a établi ces modes et ces usages criminels? qui est-ce qui les maintient ? le scandale et le scandaleux. On s'habille ainsi, parce que les autres le font. On converse ainsi, on se fréquente ainsi, parce qu'on voit les autres converser et se fréquenter de cette manière.

11. Mais m celai qui donne le scandale est élevé au-dessus des autres, et nue par le rang ou le poste qu'il occupe il soit distingué de ses semblables, qui peut exprimer quel est le ravage, la ruine qu'il produit parmi lésâmes? et ici je ne parle pas des scandales que donnent aujourd'hui à leurs enfants certains pères qui, par l'indignité de leur vie el la corruption de leurs mœurs, * mettent sous leurs yeux des exemples d'intempérance, de ven« , geance , d'impiété et de plus grands désordres encore,, \ quand ils devraient au contraire les former à l'école de la vertu, g de la pieté et de la religion. Pères barbares, féroces, bourreaux • de leurs propres enfants , qui semblent ne leur avoir donnent vie • du corps que pour leur arracher celle de l'âme ; en les rendant j esclaves des passions les plus brutales, et en les précipitant j dans les dérèglements les plus honteux ! .le neparlepas icidesscan- ' dales que donnent à leurs filles certaines mères, si du moins \ elles Sont dignes d'un tel nom, et qui, au lieu de les instruire dans la dévotion et l'amour de Dieu, dans la science du salut et [ et des saints, leur apprennent sinon toujours par les paroles, $ au moins toujours par leurs mauvais exemples, le libertinage, la • vanité , l'art de se perdre et de se damner.

12. Je ne veux pas même vous parler d>s scandales que don- | nentàleurs serviteurs certains maîtres qui abusant du pouvoir $ et de l'autorité qu'ils ont sur eux, au lieu de veillera leursanc- j lilîcation et à leur salut, ne s'appliquent qu'à leur apprendre lj le mal et à corrompre leurs mœurs, n'ayant point honte de les s

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employer aux ministères les plus iniques, jusqu'à les rendre les exécuteurs de leurs injustices et de leurs vengeances, nu complices de leurs passions les plus viles. Enfin il n'est point non plus ■h\ns mon projet de vous entretenir des scandales que donnent à leurs servantes certaines maîtresses qui, au lieu de faire pour elles de Jeur maison un asile où leur honneur soit en sûreté, ainsi que leur innocence, en font au contraire une maison où elles leurs apprennent à fouler aux pieds la honte et la pudeur, où elles les rendent les dépositaires des secrets les plus infâmes, et les messagères de leurs volontés auprès de ceux avec qui elles entretiennent des liaisons coupables, ou les engagent à faire des actions criminelles. Voilà une matière d'une telle imporiance qu'elle exigerait un immense développement , sans que l'on dût craindre d'en excéder les bornes. Mais comme je l'ai traitée ♦mi expliquant le quatrième commandement, c'est pour cette raison que je n'en parle pas à présent.

13. Mon intention en ce moment est de vous entretenir «les scandales que donnent les personnes que leur naissance, leur science, leur dignité et leur caractère élèvent au-dessus des antres et qui par-là même dohent être des modèles auxquels tous les autres sont tenus de se conformer.Et quels ne sont pas les effets pernicieux qui résultent de leurs mauvais exemples! Voir que le scandale découle de ceux qui devraient édifier par la régularité de leur conduite; voir que ceux qui devraient conduire à la vertu les simples et les innocents, lesen détournent au contraire, quel crime est celui-là! Oui ne comprend pas que ces personnes si élevées au-dessus des autres, que ces hommes si dignes de respect par le poste qu'ils occupent dansle monde, l'entière connaissance qu'ils ont ou qu'ils sont censés avoir de la loi, ou par les fonctions qu'ils exercent à l'ombre du sanctuaire, ou par la direction des âmes , qui ne voit pas , dis-je , que ces hommes se servant de leur crédit et de l'estime dont ils jouissent, comme de l'autorité dont ils sont revêtus, pour mettre le vice en vogue et le faire triompher, produisent par leurs mauvais exemples des impressions profondes dans les âmes de ceux d'une condition inférieure et y font des plaies mortelles? qui ne voit pas que c'est là achever d'enlever au vice toute sa honte et son infamie, et même le rendre respectable, au point de faire croire qu'on s'acquerra de la gloire en en devenant l'esclave? Saint Augustin (1. 2. Civ. Dei,c. 7.) confirme ce raisonnement par \ l'exemple d'un jeune homme de mœurs dissolues, qui comme le ^ rapporte Térence, ayant vu peints dans uu tableau les adultères •

de Jupiter, se servait de cet exemple pour Ie'gitimer ses incontinences. Pourquoi, disait il. ne ferais-je pas moi, pauvre créature , ce qu'a fait le maître des dieux !

14. Et c'est là la raison pourlaquelle saint Cyprien écrivant à Douât (Epist. 1) , s'étonnait comment les païens auraient pu se conser ver chastes et vertueux, en voyant Jupiter et les autres Dieux si déréglés et si vicieux. Ces exemples qu'ils avaient sous les yeux les entraînaient sur leurs traces et les portaient à les imiter, comme si les crimes auxquels ils se livraient eussent été légitimes, parce qu'ils les avaient vu commettre par des personnages qu'ils considéraient comme étant si vénérables et si saints : dcos suos quos venerantur, imîlanlur , fnuit miscri et dclicia reliyiosa. Mi! il n'est que trop croyable que ce soit la ce que disenletceque l'ont les gens du peuple quand ils sont témoins îles dérèglements et des désordres de ceux qu'ils regardent et vénèrent comme autant de Dieux. Si ce grand du monde, disent-ils, si cet homme qui est placé au-dessus de nous , si cet homme si savant , si eu un mot tous ceux qui doivent enseigner aux autres la vertu ne la pratiquent pas, si ceux qui déviaient travailler à détruire le vice, sont les premiers à nous en donner l'exemple, que ne nous sera l-il pas permis à nous"? Si ceux qui par le sacré caractère dont ils sont revêius, et d'après le précepte de Jésus- Christ, sont le sel de la lerre.se plongent dans les dissolutions de toute espèce , étant obligéspar état d'en garantir les autres par leurs conseils , si ceux qui doivent être la lumière du monde pour montrer à tous la voie de la vertu , ne sont que des astres sans rayons ; si ceux qui de. vraient être comme une cité bâtie sur la montagne pour faire voir de plus haut le prix de la sainteté , ne laissent au contraire apercevoir que d -s dérèglements plus grands, que ne nous sera-t-ilpas permis à nous? C'est ainsi qu'ils parlent et qu'ils agissent: Ddbsuos, quos venerantur^Xc, etc. Je ne viens d'indiquer que quelques unes des manières dont on donne le scandée et de faire connaître les espèces de personnes qui,entre autres, s'en rend< nt coupables. 15. Le détail de ces différentes manières dont on donne le scandale est pour ainsi dire infini , et le nombre des personnes qui le donnent est incalculable. Il en est peu qui ne s'en souillent. Ce à quoi cependant je voudrais qu'on fit réflexion est que plus le péché de scandale est fréquent et commun , et plus, connue je l'ai déjà dit, il est grave et énorme, et plus il mérite couséquemmenlque Dieu le punisse de la manière la plus sévère ; quand un sujet viole la loi de son souverain . il est condamné à uik peine, et elle est d'autant plus rigoureuse que le délit est plus considérable.

Mais s'il était assez téméraire pour provoquer à la révolte les habitants de son royaume et les soulever contre lui, son crime serait un crime d'étal qui ne se punit que par les châtiments les plus rigoureux.et par la mort la plus cruelle.Tout pécheur qui enfreint la loi de Dieu, se rend digne de peine et. de châtiment. Mais qui ne voit pas que ce-; audacieux scandaleux qui entraînent dans la révolte contre Dieu leurs semblables, et qui se concertent avec [a démon pour lui faire la guerre , et les arracher à son service, qui ne voit, dis-je,de quels châtiments et de quels supplices rigoureux ils se rendent dignes pour une témérité aussi grande? Oh ! combien il vaudrait mieux pour eux qu'ils fussent reslésdans le néant,piutot que de devenir les victimes malheureuses de la colère de Dieu en cette vie et dans l'autre !

16. Vous avez appris que Jésus-Christ , à qui ils auront ravi les âmes rachetées au prix de son sang et de sa vie, leur en demandera un compte très rigoureux. Imaginez vous donc dans quelle situation épouvantable se trouveront à l'heure de la mort ces scandaleux , quand ils se verront au moment d'entendre la voix de ce souverain juge en flammé de colère , qui adressera à chacun d'eux ces foudroyantes paroles: Rendez-moi compte de ces âmes que vous avez fait tomber dans le péché et que vous avez précipitées par votre malice dans l'enfer. Vous, sacrilège, rendez-moi compte de tant d'àmes à qui vous avez appris l'art funeste de jurer, de parjurer, d'outrager mon nom par vos horribles b'a-phêmes. Vous, impudique , qui ne sûtes proférer que des paroles obseèai'S et sales, et parce moyen leur apprîtes le mal qu'elles avaient ignoré jusqu'alors, vous avez été cause de leur malheur éternel. Uendez-moi compte, vous, ivrogne, de tant d'infortunés que le démon a enti aines dans l'enfer ou qu'il est sur le point dy entraîner, parce que c'est vous qui leur fites contracter par vos mauvais exemples l'abominable et bmlale coutume de l'ivroguerie. Vous, jeune libertin, vous, femme mondaine, rendezmoi compte de tant dames que vous avez retenues dans les liens du péché et qui, même à présent, marchent à grands pas vers les abîmes éternels, par suite des libertés que vous leur avez permises sur vous par vos nudités scandaleuses, par vos manières indécentes, par vos familiarités, par vos cajoleries et par vos appas séducteurs. Vous, père et mère, vous maître et maîtresse, rendez-moi compte de tous ces enfants et «le toutes ces (illes , de tous ces serviteurs et servantes à qui bien loin d'apprendre ou de faire apprendre la religion et la science du salut, ne leur avez appris .que le libertinage el l'art de se damner.

Vous, grand du monde, vous qui étiez si élevé au-dessus do» autres par votre science ; vous, ministre du sanctuaire , l'oint du Seigneur, qu'ilavait placé si liant pour servir de guide et de fanal, vous leur avez été au contraire un sujet de scandale et de chute, et au lieu de contribuer à leur salut , vous avez été l'instrument de leur ruine : rendez-moi compte de ces âmes.

17. 0 Dieu , chrétiens mes frères, qui parmi vous osera perpétuer ses scandales jusqu'à la mort, et s'attirer de la part île Jésus-Christ des reproches aussi terribles et aussi justesse n'ignore pas qu'il est 1res difficile de faire une pénitence convenable des scandales qu'on a donnés, et que quelques théologiens la considèrent comme presque impossible, moralement parlant; et la raison , c'est qu'il ne suffit pas que le scandaleux se repente de ses propres péchés , mais il faut encore qu'il anéantisse l'impression funeste qu'ils oni produite sur les esprits de ceux qui en ont été les témoins , qu'il se repente de tous ces péchés qui ont été commis et qui se commettront par ceux à qui ils ont donné le scandale, et que, autant qu'il est possible, il remédie à tous ces déplorables effets. Combien cela est difficile ! el quand cela se fait il. et par qui cela a-l-il été jamais fait? Mais ce qui nous est dit ficile et qui nous semble même impossible, est facile à Dieu. Puisque donc vous n'êtes pas encore étendus sur votre lit de mon. que vous n'êtes pas en face de votre juge, implorez le secours d Dieu, afin qu'étant remplis de sa force toute divine, el convaincus des vérités que je vous ai préchées, vous renonciez décidément pour toujours à toutee quipeul dans voire conduilc.dans vos conversations, dans vos actions faire tort à l'ame de votre prochain et causer sa ruine. Et quant au scandale que vous avez pu donner jusqu'à présent, écriez-vous avec le Prophète (ps. 116) : Seigneur, purifiez-moi de mes souillures secrètes, et ne m'imputez paslefautes d'autrui. .16 occuliis meis mundame, Domine, el ahalieni* •parce serw tuo. Priez-le de vous pardonner ces péchés que votre ignorance; eu pour mieux dire, voire orgueil et votre amour propre cachent à vos yeux. Mais surtout suppliez-le en même temps d'oublier ceux que vous avez fait commettre à votre prochain par vos mauvais exemples. Prévenez par unepénitence sincère et édifiante le courroux de Dieu ainsi que ses justes reproches. Efforcez-vous de ramener dans le chemin de la vertu par la sainteté de votre vie et par la pratique de toutes les vertus, ceux que vous en avez fait sortir par vos scandales. J'apprendrai, devez-vous dire avec le Roi-prophête , j'apprendrai aux impies vos voies ; docebo iniques vius tuas. Efforcez-vous de regagnera

Dieu autant dames que vous en avez perdues. Voilà ce que vous avez à faire, si vous voulez sauver votre âme , après avoir perdu celle des autres. C'est ce que vous entreprendrez avec courage, sî vous avez à cœur votre salut éternel que je vous souhaite à tous.

TRENTE-SIXIÈME INSTRUCTION t

Luxurieux point ne seras.

Mon ministère m'oblige, quoique à regret, mes chers frères, de vous entretenir d'un péché qu'on ose à peina attaquer, parce que son nom seul fait rougir. Devrai-je donc parler ou nie taire ? Si j'en parle, je crains d'offenser les oreilles de ceux qui m'entcndent,et voulant vous faire connaître ce qu'il a de honteux , je redoute de porter préjudice à la pureté des âmes chastes et de réveiller d'infâmes passions dans le cœur des libertins et des méchants. Mais si je garde le silence, je deviendrai coupable, en n'attaquant point un vice qui, comme un torrent impétueux, s'étend sur la surface du monde et entraîne une inlinilé de personnes. Si je vous en parle, il esta craindre que je ne contrevienne au précepte de l'apôtre saint Paul (Eph. 5.) qui désirait que l'on en ignorât toujours le nom : nec nominelur in vobis; et la parole divine qui s'annonce, selon l'expression duPsaimiste, doit être si pure, si chaste, qu'il faut qu'elle soit semblable à l'argent quia passé sept fois par le creuset (Ps.ll). Mais en voyant le dé-jtet l'horrible ravage que fait ce vice si honteux et si odieux, j'appréhende d'être condamné de Dieu, comme un de ces animaux mueisqui ne savent aboyer,sije le laisse enseveli dans les ténèbres sans vousen entretenir. Quel parti faudra-t-ildonc qnejeprenne?Faudra-l-il que je pousse des sanglots en considérant que ce vice si indigne etsiinfame attire sur les hommes les plus terribles malédictions, qu'il prévaut et domine malheureusement aujourd'hui dans toutes les classes de la société; vice si funeste qu'il occasionne la perte d'une infinité d'âmes? Oui, ici plus qu'en toute autre chose, les larmes sont nécessaires pour déplorer le sort d'une multitudede personnes de tout sexe, de tout âge, et surtout de jeunes gens, qui vivent sous sa servitude ; elles sont nécessaires pour déplorer convenablement les graves désordres dans lesquels il les entretient, le grand nombre de péchés dans lesquels il les précipite , et enfin I. 19

134 XXXVI. IKSTMJCTIOH

le comble de tous les maux qu'il leur attire et qui est la perte de leurs âmes, ainsi que la damnation éternelle. En effet, qui ne sera pas accablé de (a plus amère douleur, et touché de la plus vive compassion, en réfléchissant sur un péché qui enlève à Dieu tant d'âmes, et qui les perd ainsi malheureusement? Mais s'il faut verser des larmes sur leur perte, et si ces larmes ne furent jamais répandues avec plus de raison que sur un péché qui cause des ravages et des désordres aussi grands , sufïira-l-il à un ministre de Jésus Christ de gémir eu secret sur ses tristes effets, et, sans jamais le faire connaître et le combattre, le laissera-t-il triompher et prévaloir ?Que Dieu me garde de jamais manquer ainsi à mou devoir ; je veux donc nommer ce vice, et m'élever contre lui avec toute l'énergie dont je suis capab!e:ce vice est celui de l'impureté, et c'est lui que je prends à tâche de condamner. Prêtres du Seigneur, prêtres si éminemment chastes, chrétiens si purs de l'un et de l'autre sexe, honnêtes époux, ne craignez pas que je vienne porter atteinte à la pureté de vos âmes. Je sais dans quel lieu je parle et à qui je m'adresse: je parle dans ce saint temple, où. tout ce qui frappe les yeux invile à la sainteté ; je parle à des chrétiens nui ont ce vice en abomination et en horreur, je n'aurai donc d'autre but que d'en démontrer I'énormilé, et d'augmenter en vous l'horreur dont vous êtes déjà pénétrés contre lui. - -

1. Avant de m'élever con're ce vice, et d'en démontrer Ténor mité, je d>is d'abord avertir que, quoiqu'il n'y .ait d'expresséOMtft défendu dans re sixième commandement que l'adultère : non ma*, chuberis . il est cependant très certain, suivant la doctrine d s saints Pères et des théologiens , qu'avec l'adultère son: défenduetoutes les autres espèces d'impureté qu'a su invcn'er la malice humaine. Profccto et nomme mœchiee oamnis illicilus concubinahts. qlque illovum membroruni non leç/itiimisiisiis prohibilus débet mtelligi. Tel est le sentiment de saint Augusliu(Uv. 11. in 4. sup. Exod. q.7l), et ce'ui de saint Ambroise (1. liv. de Off. c.S8). C'est ausùlàla doctrine de saint Paul, quandécrivanl aux Corinthiens, il leur recommande de ne point tomber dans l'illusion, parce que non seulement les adultères, mais tes fornieateurs, ainsi que tous ceux qui se vautrent dans les plus honteuses impuretés que la pudeur et la modestie défendent de nommer, seront exclus du royaume des cienx (l.Cor. 6) ; il répète la même chose dans son épitre aux Ephésiens (c. 5), en leur déclarant qu'il est nécessaire pour eux d'être bien convaincus de cette vérité que tous ceux qui se souillent en quelque manière que ce soit , de ce vice infâme , n'auront point de part au royaume de Dieu et

ù*e Jésus-Christ, et qu'ainsi ils ne se bissent point séduire par de vaius raisonnements. H leur rappelle encore la même vérité dans d'autres endroits de ses épi très.

2. Mais pourquoi , direz-vous, est-il seulement fait menlion de l'adultère dans ce commandement, puisque ions les autres péchés d'impureté sont défendus ? Le Catéchisme du concile de Trenle répond que l'adultère est principalement défendu et eu termes exprès, parce que, outre la laideur qu'il partage avec les autre.? péchés déshonnéles, il renferme en lui-même un pémé d'injustice contre le prochain dont il souille le lit nuptial , et un autre contre la société civile. Le Déealogue est spécialement une loi de justice , laquelle après avoir défendu d'enlever an prochain la vie du corps par L'homicide, fait encore défense de lui ravir par L'adultère !e hien de l'honneur , et comme l'honneur après la vie est la chose la plus précieuse pour l'homme, ainsi en le lui enlevant , on lui fait un affront et une injure très graves. Nonobstant eela, nous devons être persuadés, conclut le Catéchisme; qu'en prohibant l'adultère, il défend par-là même toute espèce d'impureté et d'indécence, dont le corps peut se souiller (île G. jrooc.n.

i.D'où il faut conclure que tous le* actes honteux qui conduisent à ce péché , et lui servent de moyen et d'aigudion, sont défendus; car quanil on défend la liu, on défend aussi les moyens. D'où il suit eacore quf si les actes honteux extérieurs nous soi t interdits, Les désirs et les pensées, comme nous le verrons, le sont pareillement.

3. Maintenant en parlant de ce péché, je dirai que ceux qui s'y abandonnent sont comme partagés en deux classes, ou peut être les uns et les autres parlent «n double langage. Souvent prenant les apparences du zèle, se montrant scrupuleux et sévères, ils feignent lin grand amour pour la pudeur, ils s'élèvent avee force contre l'inconvenance prétendue qu'ils trouvent à ce qu'on parle sur celle matière, el condamnent hautement les prédicateurs et les pasteurs qui la traitent du haut des chaires chrétiennes, ^'estce pas, disent-ils, profaner le lieu saint el la parole même de Dieu que de couloir nous entretenir sur un vice si abominable et si infâme ? Et n'e^t-ce pas par-là faire rougir la mod Mie el l'innocence, et courir le risque d'apprendre le mal à ceux qui l'ignorent? C'est un péché sur lequel il vautmieuv se taire que parler, Ainsi raisonnent les impudiques sur ce vie- honteux, ennemi déclaré de la pudeur et de la modestie, etde cette prétendue pudeur et de cette modestie qu'ils affectent. ils se font un bouclier derrière lequel ils s'abritent, alin aue ocisoune ne les inculpent

ils veulent que leurs impuretés mêmes soient comme un boulevard du haut duquel ils puissent repousser ou éloigner d'eux les reproches qu'ils méritent ; mais il ne faut découvrir la qu'un artifice diabolique, ou pour mieux dire, un eifel de la corruption humaine, par laquelle l'homme, charnel, sous prétexte dune feinte pudeor et de périls imaginaires, voudrait lâcher la bride à tontes ses passions, sans en être détourné par des réprimandes convenables. On ne disconvient pas que celui qui doit pa r ses avis faire la correction an coupable ne doive le faire avec toute la modestie possible, ainsi qu'avec des termes chastes et purs, comme je vous l'aï promis moi-même , et j'espère que je serai fidèle à ma paroi*. Mais l'on ne doit pas laisser de reprendre un vice que tant d'hommes ne rougissent pas de commettre. *•*

4. D'autres, on bien ce sont ces mêmes, changeant de I ingage, s'efforcent de diminuer l 'énormilé de ce péché, et disent qn'il eu est de plus énormes, que c'est contre ceux-là que les prédicateurs devraient s'armer de tout leur zèle, et prêcher avec toute la véhémence possible : ils allèguent que l'impureté n'e*t pas un aussi grand mal qu'on cherche à le faire r.roire,que si elle est un péché, il est léger, que l'homme étant revêtu d'une chair fragile, les chutes qu'il y fait sont excusables en quelque manière. Telles sont les erreurs qne nous avensàcnmbattre aujourd'hui, et que nous combattrons en vous démontrant que l'impureté n'est pas, comme ils l'assurent,un péché léger, mais un crime grave et énorme, el qu'il estda devoir de tout chrétien de l'avoir en horreur, pu-ee que plus que tout autre il attire sur l'homme la honte et l'infamie: parce que plus que tout autre il profane h corps etl'àme d'un chrétien, et parce qu'en lin t)ien le punit plus que tout autre en celle vie el en l'autre par les pins terribles châtiments.

5. Premièrement . que l'impureté soit un ires péchés les plus gravent les plus énormes et celui que l'on doive avoir le pins en abomination, parce qu'il norte avec lui plus que tout autre l'infamie.on peut le conclure de l'horreur qu'en éprouvaient les premiers chrétiens . de la haine qu'ils lui avaient vouée et de la rigueur avec laquelle l'Eglise le punissait. Elie frappait les impudiques de l'excommunication qui est une des peines les plus grandes dont elle châtie ses enfants les plus rebelles; elle mettait cepéché au même rang que ceux de l'idolâtrie et de l'homicide, qui on toujours été jugés comme les crimes les plus énormes qu'on pût commettre dans lemonde.Oue pensez-vous quefàt la pénitence imposée à ceuv quise rendaient coupables d'un seul deces péchés? Un jour de jeûne, un chapelet, qui soûl déjà aux veux des cliré»

tiens d'an jou ni biii «les pénitence pénibles ? Ah ! entendez ceci: elle imposait des pénitences qui duraient sept ans pour une simple fornication,el quinze pont" un adultère, comme nnns le lisons <!aii' les canons pénitenliaux du saint fiasi'e. Qu'étaienl-elles ces pénitences, et en quoi consistaient-elles ? A jeûner au moins trois lois la semaine; à vaquer continuellement à l'oraison ;à sepros* lerner et à s'humilier aux pieds des autres lîdcles, implorant avec une effusion abondante de larmes et dans les suigloisli miséricorde et le pardon. L'entrés? de l'Eglise était défendue pend ml un grand espace de temps, et ce qui causait encore plus de douleur et de chagrin , c'était de ne pouvoir , sinon à l'heure de li mort , être admis à la réception du sacrement de F Eucharistie. Voilà le moyen efficace don! on s'est servi pendant plusieurs siècles pour inspirer aux chrétiens d'alors une profonde horreur de ce vice. Or.un péché qui a été puniaveclanl de rigueur par l'Eglise pourra-t-il. jamais être appelé léger? Serait-ce parce qu'elle a adouci cetf»1 ancienne rigueur , ou parce qu'il est devenu commun? Mais il n'est pas an pouvoir de l'homme de rien retrancher à si grièveté suivant son bon plaisir: et quoi pie l'Egliseait changé sa discipline, son esprit est toujours le même, et le péché reite toujours ce qu'il était.

6. Mais pourquoi l'Église a-t-elîe traité avec tant de rigueur le vice de l'impureté? Pour le motif que j'ai énon<é plus haut, parce qu'elle le jugeait si ignominieux et si infâme, quenouseuleiueotil déshonore la religion de celui qui s'en souille, mais: qu'elle le fait déchoir de sa dignité d'homme, et qu'elle le met au r..ng desbétes mêmes. Oui , c'est un pé hé brutal dans toute la foi ce du terme, et suivant l'expression du prophète royal, il f it que l'homme prostitue son honneur, qui! établi! de> rapports entre luiet les animaux les plus stupib'S, et qu'il se rend. Semblable à cuv : Homo cum in honore esset non inlcUexit , eompa valus est ju mentis inaipientibus , et similis fados est iUit (ps. 48); et c'est une vérité dont nnns portons en nous-mêmes les preuves. Tar il n'est personne qui ne voie la différence qui existe entre l's péch ;s (le la ch dr et ceux de l'esprit et du cœur : ceux-ci pour l'ordinaire n'en traînent point avec eux un certain déshonneur, une certaine infamie qui marchent toujours à la suite des péchés de la chair. Par exemple : un homme se laisse transporter par (ambition et l'orgueil: il pèche, c'est indubitable, mais il pèche comme l'ange, parce qu'il commet m» péché d'esprit , ces sortes de péchés étant les seuls dont puisse se souiller la nature angélique. Uu autre se livre au péché de

438 XXXVI. IISSTKUCÏION

l'avai ice; il pèche, niais en homme, parce que le désir et h cupidiié dos biens terrestres peut être la passion d^s hommes seuls. Mais quand un chrétien s'abandonne à l'impureté, il pèche, mais comme les bêtes, parce qu'il fait une action qui est commune aux bêtes. Et qui pourra nier que cette conduite nedéslionorect n'avilisse un homme raisonnable?

7. C'est làla raison pourlaquelle l'homme dans son enfance même rougitcomme de choses indignes et infâmes, défaire ou de voir des actions déshonnêtes et sales , ou d'entendre des paroles qui offensent la pudeur. C'est là le motif pour lequel dans les premiers écarts de la jeunesse, la rai<on se révolte contre les sens, quand ils veulent se laisser tyranniser par ce péché. C'est là finalement le motif pour lequel quand on parle dans le monde de l'impureté on en parle comme d'un vice qui imprime toujours sur la réputation de celui qui s'y livre la tache la plus honteuse, comme d'une faiblesse et d'un défaut qui dans l'opinion des personnes sages et judicieuses décrédile et déshonore; comme d'une action indigne dont l'impudiquea honte lui-même dans son cœur. Etafin de pouvoir conserver son honneur, il voudrait que jamais on en eût connaissance dans le public: alors pour arrivera son but il emploie tous les moyens, use de tous les stratagèmes pour tenir secrète cette impureté.. Pourquoi fait-il cela? Parce que ,dit saint Thomas (2.2. q, 114. art. .9), il y découvre une certaine infamie contraire à l'honneur et à la bonne réputation d'une personne qui se respecte. Oui, dit saint Bernard, l'impureté est un péché si honteux et si infâme , qu'il n'est personne dont le front ne doive rougir, lorsqu'il le voit commt'ttre : Luxuria adeolurpisest, ul de câ quisque rubescat (delnler. Doino, c. 8).

8. C'est donc avec raison que l'apôtre saint Paul parlant des anciens philosophes qui, pourn'avoir pasglorifiéet reconnu Dieu, après avoir été assurés de son existence, s'abandonnèrent aux désirs de leur propre cœur , aux impuretés de toute espèce , à des péchés si honteux et si infâmes qu'ils outragent et offensent la nature même; c'e>tavec raison, dis-je, qu'il appelle leurs excès des passions ignominieuses: Tradidil illos Dcus in passioncs ignominies (Rom. 1 ). Et que peut-on en effet imaginer de plus humiliant et de plus indigne d'un homme raisonnable que de le voir soumis à cette vile p.ssion , et se plongeant dans les dégoûtants plaisirs des sens? Et que pensez-vous de ces personnes qui faisant un commerce honteux de leur corps, basent leur gain ou leurs moyens d'existence sur cehouteux péehé? Vous dites qu'elles sont L'opprobre du genre humain, qu'elles sont des

infâmes. Que dites-vous si celte jeune fille, si celle épouse se sont laissées aller à ce vice, ou du moins si elles s'en soni rendues coupables même une seule fuis? Qu'elles ont perdu l'honneur. Si l'ous.it que quelqu'un vit dans L'habitude de quelque impureté, ou qu'on le soupçonne (ïy vivre, que dit on de lui? Que c'est un homme sans réputation et sans crédit. Tell -s sont les dénominations humiliantes que l'on donne à ces malheureux qui se vautrent dans la fange de l'impureté, cl voilà lejugemealque l'on forme sur ceux qui se sont rendus les esclaves de cetie passion. Bon gré, malgré eux, on les montre partout au doigt et partout ils deviennent la fable de ceux qui les connaissent.

9. A présent, vous dirai- je , un péché qui fait déchoir un homme de sa dignité d'être raisonnable, qui le met au rang des brutes et le rend semblable à elles, un péché dont l'homme rougit naturellement parce, qu'il imprime toujours sur la réputation de celui qui s'y est asservi la tache la plus honteuse, un péché que saint Paul appel le avec raison une passion d'ignominie, parce qui; dédionore tous ceux qui ont le malheur de s'y abandonner, et qui lesdécréditc, et imprime sur leur front le déshonneur, ou aura la témérité de l'appeler un péché léger, une faiblesse qu'il faut seulement plaindre, une galanterie comme permise, et dont ou ne doit tenir aucun compte ? Ah ! considérez- le au contraire comme un péché des plus graves et des plus énormes, puisqu'il entraine après lui de si fâcheuses conséquences, et qu'il fait perdre à l'homme la chose qui devrait lui être si précieuse et si chère, la réputation et l'honneur. Si donc ce péché produit de si funestes résultats, et cause à l'homme considéré seulement comme être raisonnable des maux si grands, qu'en scra-l-ilsi on l'envisage comme chrétien ? Ah! ce péché, avouons- le, profane indignement son corps et son âme, circonstance qui rend l'impureté un vice toujours plus grand et plus énorme.

10. Quant à son corps qu'il profane, voici ce que je dirai: tous les péchés font de l'homme un objet d'abomination aux yeux de Dieu ; mais il faut avouer que le vice de l'impureté le rend encore plus abominable. Tous les péchés nuisent à celui qui a le malheur de les commettre, parce que lui seul en éprouve spécialement les contre-coups funestes; mais en celui qui s'abandonne à l'impureté , le mai devient plus grand, parce qu'il se nnità lui-même d'une manière toute particulière. Et c'est ce qui a fait dire à l'Apolreque chaque péché que commet l'homme , est hors de son corps; mais que celui qui se souille par le péché de la chair pèche contre son propre corps (1. Cor. 6). Oui, c'est un

péché qui l'avilit et le couvre d'ignominie. Mais, répliquerez vous, on ne peut profaner que les choses sacrées, et personne ne dira quenotre corps suit sacré. Et qui doute qu'il ne le soit, vuu^ répondrai je à mon tour, en me servant des paroles de saint Paul? Ne savez- vous pas que vos corps sont le temple de l'Esprit-Saint qui vit et habite en vous quand vous êtes dans l'état de grâce? Vous ne devez donc pas douter qu'ils aient été non-seulement créés pour servir d'habitation à l'àuie , mais encore principalement pour être les temples vivants desa gloire,dans lesquels ilse plaît à résider, et par conséquent il exige qu'ils soient traités comme des choses saiulesetqui lui sont consacrées. Comprenez donc bien la dignité de votre corps, comprenez bien quell.: est sa gloire.

il. De quelle nrofanation ne se rend donc pas coupable l'impudique quand il souille et salit son corps par les vices honteux auxquels il ne craint pas île se livrer! Quelle injure ne fait-il pas à Dieu ! La profanation d'un temple matériel est considérée comme un de* plus grands excè> que l'on puisse commettre , et par lequel on fait à Dieu l'outrage le plus sanglant. D'où vient cela? C'e^t i;ue ce temple lui a été consacré par les plus saintes et les plus augustes cérémonies, et qu'il est devenu la maison dans laquelle i! se plaii à habiter. Mais le corps d'un chrétien est aussi le temple de Dieu , et plus spécialement encore que ne le «ont les temples bâtis avec des pierres. On procè le à la consécration du premier par des cérémonies bien s unies et plus augustes que celles que l'on emploie dans la dédicace de- seconds qui ne sont que matériels. Si donc celui qui profane la sainteté des églises par des actions i.ulignes, commet un crime abominable, que devra-ton dire de celui qui souille et prof.ue la sainteté de son corps p;ir toute espèce d'impuretés? La frayeur s'empare de vous en y pensant, et on ne peut imaginer, dit saint Augustin (ser. 8), une action plus criminelle cl plus impie que c l'e d'un m.dhenreux qui aurait h témérité et l'audace de commettre un péché déshounêje dans l'église, qui est la maison de Jésus-Christ. Mais votre corps, ô chrétiens, est consacré à Dieu, au Saint-Esprit comme étant son lempl-'. Et ce temple si sunt et si respectable, et qui a été consacré à Dieu, vous oseriez sans aucun égard le souiller et le salir par le péché abominable de l'impureté? et vous pourriez encore dire que ce péché n'est que léger, qu'il n'est qu'une faiblesse qu'on doit excuser, et dont on ne doit pas tenir compte.

12. L'énormilé de ce crime va donc jusqu'à prof nier le corns d'un chrétien qui, selon l'Apôtre , e*t le temple de l'Esprit Saint.

Saint Paul (ibid.) ne s'en tient pas là; il élève la gloire etla dignité <le nos corps encore plus haut, en disant qu'ils sont les membres de Jésus-Christ : nescihs quoniam corpora vestra membra sunt Christil Et pour cette raison combien ne doit-on pas les révérer et les honorer! Combien ne doit-on pas les respecter ? Pour mieux «•omprendre ce que je dis, sachez mes frères , que quand le Verbe divin eut pris dans le sein 1res pur de Marie une chair humaine, notrechair devint celle de Jésus-Christ, et la chair de Jésus-Christ, la nôtre. Déplus étant admis dans le sein de l'Eglise catholique par le baptême, nous ne fermons plus avec les autres fidèles qu'un corps dont Jésus Christ est le chef, et ainsi nous devenons ses membres. Celte dignité et celte gloire augmentent quand nous recevons lesaulres Sacrements; maison peut dire que notre corps n'acquiert ce perfectionnement dont il est susceptible en cette vie, que quand nous nous approchons de la table sainte pour recevoir le corps et le sang précieux de Jésus-Christ. Alors se vérifie pleinement en nous ce que dit saint Paul , que nous sommes tous avec Les autres chrétiens le corps du divin Sauveur (ibid. c. 12), et que chacun de nous en particulier est membre de ce même corps: vos estis corpus Clir'isli cl membra de membro. Alors nous pouvons dire a\ec raison ce qu'a dit dans un autre endroit le même apôtre : nous sommes les membres de son corps formés de sa chsiret de ses os : membra sumus corporis ejus. de came ejus, el de ossibus ejus (Epb. 5).

13. 0 chrétiens, peut il y avoir une dignité plus grande que celle d'être membres de Jésus-Christ par nos corps! Combien c'est honorable et glorieux pour nous! Mais aussi quelle est l'obligation* où nous sommes île conserver nos corps purs çlchas'es, comme il convient que le soient des membres île Jésus-ChrislîNon, dès ce moment ,nous ne devons plus nous servir de notre corps que pour procurer la gloire de Dieu ; nous ne devons plus vivre, ni agir, que suivant l'esprit de Jésus-Christ. Pour faire quel pie action indigue, il faudrait emprunter d'autres corps, avoir d'autres membres que ceux que nous avons, parce que ces corps et ces; membres , ne sont plus les nôtres , mais ceux de Jésus-Christ. Nous ne sommes plus à nous, nous dit saint Paul (I.Cor. 6), mais à Jésus-Christ. U !:ons a rachetés d'abord à un prix bien élevé, puisque c'est au prix de sa vie et de son sang; ensuite il nous a consacrés et unis à lui parle moyeu des Sacrements. Il faut donc employer nos corps et nos membres à l'honorer elà le glorifier: tels sont nos obligations et notre devoir , depuis que nous, sommes élevés à la dignité et à l'honneur d être ses membres-

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14. Mais qu'en serait-il de ces chrétiens qnî, après avoir connu lu dignité et la gloire à laquelle ils sont élevés, d'être les membres de Jésus-Christ, oubliant tous ces avantages, voudraient encore se vautrer dans la fange immonde de l'impureté ? Quel horrible excès ! souiller ce corps qui est un membre de Jésus-Christ par les péchés de la chair ? Quelle prof malion plus indigne! Se servir de ce corpsque Jésus-Christ a sanctifié par .«s divins Sacrements, pour faire des actions impure*, dont la seule pensée fait horreur? Tous condamnent comme un impie et un sacrilège le roi Ba'r tasard, pour s'être servi des vases ih\ temple dans un banqtrèl; comme aussi tous doivent regarder encore comme plus coup: Mes etplas sacrilèges les hérétiques de ces derniers temps, qui ont employé à des usages infâmes les calices et autres va*es sacrés. Mais les plus condamnables elles plus sacrilèges sont ces chrétiens qui font servira des usages pins infâmes et plus honteux encore leurs corps consacrés par la communion, et dont Jésus-Christ a fiitses membres. Voilà, mes frères, des réflexions qui devraient vous faire concevoir un grand amour pour la pureté, une aversion et une haine très grande pour l'impureté, et vous convaincre en même temps que bien loin d'être un péché léger, elle est un des péchés les plus graves et les plus énormes , parce qu'elle profane le corps du chrétien qui est l« temple de PEspril-Saint , et un membre de Jésus-Chris!. Mais peut-être au moins l'âme est hors de ses atteintes? Ah? il n'en est pas ainsi, car après Avoir profané le corps, l'impureté la profane à sou tour.

15. L'homme étant comme on le sait, composé de deux substances , qui sont le corps et l aine , la vertu de la chasteté doit résider dans l'une comme dans l'autre; et on ne peut être chaste véiïtablernent,si l'on n'est pur et de corps et d'esprit Or, le péché d'impureté avant la funeste et double puissance de souiller le corps et l'âme du chrétien', profane parla même l'un et l'autre. Nous avouerons cependant que la profanation de l'âme est beaucoup plus pernicieuse que ne l'est celle du corps. L'ame est la portion la plus noble de l'homme. Elie est le vrai temple de Dieu, et le sanctuaire dans lequel l'Esprit-Sainl fait son séjour. Elle est l'image de Dieu, dans laquelle il fait briller d'un vif éclat ses lumières , ses connaissances et ses perfections. Mais que fait le péché d'impureté? il souille et profane de la manière la plus étrange et! i plus indigne celle belle âme, qui est le temple de la divinité, le plus auguste qu'il y ait sur la terre, il salit cette image divine de la tache la plus honteuse. Le résultat funeste de ce vice déshonorant est de chasser de cotte àme l'Esprit-

SUR tE SIXIÉMb CO.ViMAISDE.MENT DE DIEU. 443

Saint, etde ruiner pour ainsi dire ce temple dans lequel il hahiiait. C'est ce que donna à comprendre Dieu quand il envoya le délngeen punition de ce péché. Mon esprit, dil-il , ne demeurera; plus dans l'homme, parce qu'il est charnel : non permancbil spiritus meus in homine , quia caro est. (G<n. G).

16.Mais l'homme n'a-l-ilpas une âme qui est spirituelle et céleste? Pourquoi Dieu dil-il qu'elle est toute charnelle? Pat -ce que, scion lesenlimeul des Pères, quand elle se livre aux plaisirs brutaux des sens, celte âme devient en quelque manière terres réel charnelle. Et c'esl là un autre résultat funesle de ce vice, auquel on peut en 'oindre un troisième qui consiste en ce qu'il enlève à l'âme l'avantage glorieux d'être l'image vivante de Dieu. Mais si l'impureté la prive du privilège si houorahle d'être le temple de Dieu, et de celui d'être son image , de qui en fait-il le sanctuaire et la demeure , et de qui la rend -il l'image ? Ella devient le sanctuaire du démon et sa demeure , et elle n'a plus de traits de ressemblance qu'avec le démon. Saint Jean dans son Apocalypse (c.18.2), nous fait comprendre cette vérité, dans celte Babylone impudique, dont il y fait mention, cl qui est la figure d'une àme In rie en proie à ses plaisirs sensuels., qui est devenue l'habitation des démons et la retraite de tous les esprits immondes: Faciaeslltahitalio dœmoniorum , et cuslodia oinnis spiritus immiwdi. El un péché qui entraine après lui des effets si déplorables, pourra s'appeler léger? un péché qui après avoir profané le corps, profane l'âme du chrétien , et qui de ce corps et de celle àme en fait la maison et l'habitation des démons, qui fait de celle âme cl de ce corps que Dieu s'était consacrés, le rendez vous de tous les esprits immondes, sera un péché dont on devra faire peu de cas, qui ne sera qu'une faiblesse qu'on devra pardonner facilement? Et on ne le considérera pas plutôt comme un péché des pins graves et des plus énormes, et digne des plus terribles châtiments et en ce monde et en l'autre? !

17. C'est la troisième raison par laquelle je me suis proposé de détruire l'erreur des libertins et des impudiques qui voudraient mettre au nombre des péchés légers le péché de la luxure. Il est certain, que comme le< bienfaits de Dieu sont les preuves les plus démonstratives de son amour, de même ses châtiments le sont de sa haine et de son indignation. Or, y a-l il eu un péché au monde qui ait été puni plus sévèrement que celui de la chair? Non certainement. Consultons la sainte Écriture, elle dissipera tous nos doutes à cet égard. Pourquoi lavilledeSichem (Gen.14) tut elle détruite, et ses habitante passai au fil de l'épée ? Pour ua

seul péché d'impureté dont se rendit coupable le roi qui la gouvernait. Pourquoi les sables du désert furent-ils rougis par le sang de vingt-quatre mille Israélites ( N. 25)? A cause de leurs fornications avec les tilles Moabites. Pourquoi la Palestine entière eut-elle à se désoler et à verser des larmes sur la mort de soixantecinq mille de ses soldats, et sur la destruction totale d'une tribu? Pour une insulte et un outrage faits par les Benjamites à une femme (Jiul. j9). Pourquoi Dieu frappa-t-il d'une mort subite les deux perfides Her et Onam ( Gen. 38) ? Pourquoi fit-il étouffer par un démon les sept maris de Sara (Tob. 3.) ? Pour tirer vengeance de ce honteux péché.

18. Mais allons pins avant. Voyez-vous ici cette épouvantable pluie de soufre et de feu qui tomba visiblement du ciel , et qui réduisit en cendre, jusqu'à n'en plus laisseï de vestiges, les infâmes cités de Sodoine et de Gomorrhe avec les autres villes voisines très populeuses , toutes situées sur un territoire si fertile et si beau, qu'il était une image du paradis terrestre (Gen. 19)? Mais pourquoi Dieuexerca-t-il sur elles de si terribles châtiments? Parce que tous leurs habitants se souillaient par les plus abominables et honteuses impuretés? Avançons encore; la divine Ecriture (Gen. 7 ) vous montrera Dieu, qui n'est point susceptible de repentir ni de douleur, se repentant cependant et s'affligeant (ce sont ses expressions) d'avoir créé le? hommes, en décréter la destruction , et dans ce but envoyer y\n d 'luge universel pour les anéantir tous à l'exception île huit personnes. Mais quelle fut la cause d'une si grande colère en Dieu ? Qu'est-ce qui ledétermïnà à exercer une vengeance aussi inouïe ? Le seul péché de la chair et des sens, dans lequel ils vivaient tous sans distinction de sexe, de rang et de condition: Omnis caro corruperat viamsiiam. Mais la terre a été souillée bien souvent par d'autres péch.%, tels sont ceux de la désobéissance aux commandements de Dieu, de l'envie, de l'homicide, delà tyrannie, de l'idolâtrie; et cependant on ne lit pas que Dieu se soit repenti d'avoir créé les boni» mes, qu'il ait envoyé un déluge universel pour les détruire, qu'il ait fait descendre le feu du ciel , des pluies de soufre et de feu encore pour réduire en cendres des villes entières avec tous leurs habitants, ou qu'il ait employé envers eux aucun des châtiments dont nous venons d* parler. Pourquoi donc Dieu qui est lin juge plein d'équité qui connaît la grièveté des péchés, se montre-l-il si sévère contre l'impureté ? Parce qu'elle est à ses yeux le péché le plus abominable et le plus énorme , le moins digne de pitié et celui qui mérite le plus ses terribles châtiments.

19. Au moins si ces châtiments dont Dieu punit ces désordres, lie se prolongeaient pasau-de-Ià des jours de l'homme: mai* ce qui fait comprendre l'énormité de ce crime et doit en augmenter l'horreur, c'est que ces châtiments ne sont qu'un commencement de ceux qui seront éternels. Et comme Dieu sévit avec plus de fureur en ce monde contre les pécheurs qui se sont le plus abandonnés à ce crime honteux, ainsi il sévira avec plus de fureur encore contre eux dans les abîmes de l'enfer. C'e»tlà une vérité que nous a clairement exprimée le prince des apôtres. Dieu, ditil (2. Petr. 2), qui connaît parfaitement les impies et les coupables, leur réserve à tous dans son dernier jugement les supplices les plus affreux, mais spécialement à ces scélérats et pervers qui obéissent aux mouvements déréglés de la concupiscence, et qui s'adonnent aux plaisirs des sens. C'est donc sur ces malheureux que s'acharnera la rage la plus cruelle des démons; ce sont ceux-là qui seront dévorés parle feu le pins actif et le plus pénétrant; ce sont ceux-là enfin qui seront tourmentés de la manière la plus horrible.

20. Et l'impureté est un péché léger et dont on ne doit faire aucun cas? Et elle n'est qu'une faiblesse bien excusable ? Et ce sont-là les ménagements que Dieu a pour elle, la punissant par les plus atroces châtiments en ce monde et par de plus atroces en L'autre? Mais sera-t-il possible que celui qui par malheur serait tombé dans cet abominable péché, veuille encore y persévérer? Sera-t-il possible que celui qui par la grâce de Dieu a vécu dans l'éloignement de ce vice, soit assez insensé pour s'en souiller, pour persévérer, ou tomber dans un péché qui le rend l'objet de la vengeance de Dieu ici-bas, et le rendra l'objet d'une autre bien plus épouvantable dans l'éternité? Sera l-il possible qu'un chrétien consente à sacrifier son salut pour un plaisir infâme et passager? Sera-t-il possible que pour une satisfaction aussi honteuse et aussi déshonorante , il se détermine à renoncer à tousses droits au paradis, à Dieu même, et à faire choix pour toujours d'un enfer où sont réunis tous les maux ? à p rdi c tant pour gagner si peu, et à souffrir tout pour si pni dec:iosc?i\on, chrétiens ; mais écoutez saint Pa ul ( Thess. 4 ) qui vous dit que la volonté dcDieue>i que vous tous sanctifiez tous : hœc est volunlas Dei sancti ficalio veslra. Et comment? En vous préservant de toute impureté, parce qu'elle est un de* péchés les plus graves et les plus énormes, parce qu'elle déshonore l'homme raisonnable , qu'elle profane le corps et l'âme du chrétien , et qu'elle attire sur la télé de ceux qui i^'en rendent coupables les liius affreux châtiments en celte vie et eu l'autre»

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