‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 24 sur 30 · TRENTE-SEPTIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

TRENTE-SEPTIÈME INSTRUCTION

Sur les diverses causes de l'impureté , et en premier lieu, sur les regards lascifs.

La chasteté est une vertu d'une grande étendue. Non-seulement elle réside dans l'àmc comme étant sa principale demeure, mais encore dans le corps; et comme ce dernier a cinq sens, la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat et le toucher: ainsi la chasteié, dit saint Bernard (in Sent. ) doit paraître et briller dans eux tons ; ei personne ne peut être chaste, s'il ne les réprime tous et s'il ne so rend maître de tons. D'où il suit qu'on pèche avec tous les sens contre la chasteté. Ils sont les fenêtres par lesquelles entre h mort, comme dit.lérémie (c. 9 ) : aseendil mors per feneshas , ei cette mort, c'est le vice de l'impureté, qui lue l'âne. Il faut cependant avouer que quoique tous les sens soient les fenêircs et les portes par lesquelles l'impureté entre dans l'âme, qui en reçoit un coup mortel , l'œil, selon l'opinion de tous les pères, est celui par lequel elle pénètre plus souvent , et fait L5s plus grand? ravages dans les cœurs. Il faut donc employer toutes les précautions pour interdire à l'œil tous les regards luxuiieuxet lascifs, parce qu'il est un instrument actif et un puisant aiguillon à l'impureté. Afin de vous déterminer à user de tous les moyens possibles pour vous garantir des effets de ces regards curieux et lascifs, je vous prouverai combien ils sont dangereux dans leui principe et combien ils sont mortels dans leurs progrès.

1. Saint Grégoire de iNazianze (Or. 18) fait observer que parmi tous les sens du corps, l'œil est le plus vif, le plus prêt et le plus prompt àl'œuvre. Œest pour cela que l'Esprit-Saint ( Ecc. 31 ) nous rappelle que l'œil dissolu est une chose mauvaise : Mémento quoniam malus csl ocultts nequam. Et qu'y a-l-ilde pire que l'œil, qui portant ses regards méchants çà et là, tue l'âme? Nequiùs oculo quid creatum «*1 Salvien eut donc raison d'appeler les yeux naturales quosdam animi cuniculos (1.3. de Proverb. ) , les mines naturelles de l'âme. Car comme les mines qui se forment sous terre, en s'étendant peu-à-peu el s'avançant silencieusement, portent avec elles le feu et l'embrasement qui font sauleren l'air les murs les plus solides, les tours et les forteresses les mieux construites: ainsi font les yeux,qui se fixantsur des objets dangereux, provoquent des pensées impures, des désirs lascifs, lesquels s'en îlammant touî-à-coiip, entraiueut dans

la mine la plus complète la pureté qui semblait la mieux établie et lapins forte. Mon œil, ditJérémie (1er. 3), a été le voleur qui a l'ail sa proie de mon a nie, parce qu'il a voulu fixer ses regards sur des objets trop attrayants.

2. Et qu'est-ce qui précipita dans ce péché, à la réserve de !a seule famille de INoë, lout le genre humain sans en excepter cerne qui s'appelaient les enfants de Dieu, et détermina l'auteur de toute chose à noyer l'uni\ers dans les eaux du déluge universel? L'œil lascif qui se permit de contempler avec trop de curiosité des objets dangereux : Videntcs fdiï Dei filia- hominum, tngressi suni ad Mas (Gen. 6). Qu'est-ce qui porta le prince des Sichimites à enlever et à faire violence à Dina, petite fille de Jacob, ce qui fut la cause de sa mort et de celle de tous ses sujets? Son œil impudique qui voulut la regarder avec trop de curiosité (G>n.34). Qu'est-ce qui porta a attenter à la pudeur de la chaste Suzanne deux vieillards vénérables par leur âge et par leur dignité de juges (kl peuple? Leurs yeux lascifs qui voulurent la fixer avec trop d'attention (Dan. 13). Ah! combien ordinairement l'œil est l'instrument de cette infâme passion! et combien de personnes de l'un et de l'autre sexe se seraient conservées chastes, si elles avaient été privées de la vue!

3. C'est pour cela que les Saints étaient si réservés dans leurs regards; saint Louis, fils du roi de tapies, qui entra dans l'ordre des religieux Franciscains, et devint dans lasuite évêque de Ton louse, ne regarda jamais aucune femme, pas même la reine sa mère. Saint Pierre d'Alcanlara gardait tellement ses yeux, qu'après avoir été long temps dans un couvent, il ne savait pas de quelle manière était fait son lit, ni quelle était la forme de sa cellule, et qu'il ne connaissait point les religieux d'après les traits de leur figure, mais d'après leur voix. Saint Thomas d'Aquin quoiqu'il fut aussi pur que les anges, et qu'il ne ressentit plus les aiguillons de la chair, était cependant si modeste dans ses regards, que jamais il ne les laissait tomber sur des objets lascifs. Il avait coutume de dire qu e quand nous faisons de notre côté ce à quoi nous sommes obligés, Dieu nous assiste et nous protège par sa grâce ; mais qu'il permet que nous fassions des chutes mortelles et déplorables quand nous nous exposons au danger. Saint Philippe de Néri n'éprouvait jamais des révoltes de la chair; mais il ne dut celte faveur qu'au soin qu'il avait de ne jamais fixer ses regards sur aucune personne du sexe; el il répondait, étant parvenu à une extrême vieillesse, à ceux qui lui faisaient observer qu'il n'était pas nécessaire qu'à cet âge avancé,

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il prit tant de précaution el qu'il usât de tant de réserve, il répondait, dis-je, que la mort ne lui avait pas encore fermé le* yeux, etqu'ils pouvaient encore être la porte qui donnerait entrée dans son àme à l'impureté.

4. Et cette réserve et ces précautions si extraordinaires que ces Saints prenaient pour se garantir de toute atteinte de l'impureté, ils les avaient apprises du saint homme .lob, qui connais* sant que les yeux trop libres sont un foyer où viennent s'embraser les passions impures, et qu'ils précipitent dans bien de dangers les imprudents qui n'ont pas soin de les contenir, disait : (c. 31) J'ai fait un pacte avec mes yeux, afin de ne jamais penser à aucune fille : pepigi fœdus cumoculis mets, ut ne cogitareni quidem de virginc. Mais ici le saint semble ne pas aller à son but; il devait dire qu'il avait fait un pacte avec ses yeux afin de ne jamais leur laisser la liberté de regarder les personnes du sexe, et non pas de penser à elles. La pensée regarde l'intellect, et non l'organe de la vue. Ah ! s'écrie St. Jérôme, laissez-le dire, il parle en homme éclairé et sage; il faut que celui qui veut se conserver pur et chaste fasse un pacte avec ses yeux, parce que, quoiqu'ils ne soient pas doués eu don de la pensée, ils introduisent cependant dans l'esprit l'impureté des pensées, qui se transforment d'abord en affections impudiques : Ut cogitationes cordis i'dsir servare posset, fœdus cum oculis pepigil , ne prias incaulè aspicerct, quod poslmodàm invitas amarel (1.1, in Job. 3). Une. malheureuse expérience ne nous fait que trop connaître ce qu'aftirment les philosophes, que quand on fixe un objet, il forme dans l'esprit une impression, ou un simulacre , ou, comme vous le voudrez, une imago. Par exemple, vous laissez égarer vos yeux sur quelques objets indécents qui flattent et qui plaisent; l'image de cet objet reste imprimée dans l'imagination et dans l'esprit, «tue s'en échappe pas si vite; bien plus, quand vous serezseuls dans vos appartements, en promenade, en repos, alors celle image se montrera à vous sous des formes plus attrayantes que jamais, réveillera et provoquera avec violence votre passion, et vous livrant de terribles assauts, forcera pour ainsi dire l'entrée de voire cœur, et vous portera à consentir aux plus infâmes plaisirs. Et combien de fois n'a-t on pas à gémir sur de semblables malheurs!

5. Elle n'est que trop vraie la maxime de saint Bernard, que \>> véritable cachet de la chasteté est la modestie des yeux; et celui dont l'S regards sont trop dissolus ou trop libres, pent avec rsieon faire soupçonner sa. chasteté, ou plutôt faire croire qu'il "a

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perdue. D'après quoi peut on jug -nie l'incontinence d'une femme? De l'impudence de ses regards, de sa iua«i î^ro trop libre de regarder, dt l'Esprit Saint (Kecl. 26) : Forniealio mulieiïs in exeellenlia oculorum el in palpebrù ejus eognoscelur. Car le regard de l'œil esl ordinairement le miroir du cœur. Mais vous dites qu'il n'est pas d'objet quel qu'il soit, que vous ne considériez, et que cependant votre cœur n'en esl point impressionné ni ébranlé. Vous êtes des menteurs, répond saint Augustin (Ep. 211. al. 109, ad Sanclum). Non, vous ne pouvez dire avec vérité que vousavez le cœur chaste et pur, quand vous vous permettez d^s regards lascifs et impudiques : Nec dicalis vos habere aniatos padicos, si habcatis oculos impudicos. L'œil est le messager du cœur, celui qui n'est pas chaste dans les yeux , ne peut pas l'être dans son cœur, et la sain te Écriture nous en donne un exemple bien frappant dans la femme de Pu'.ipliar. Tant qu'elle fut modeste et retenue, qu'elle maîtrisa ses regards, et qu'elle ne les laissa point reposer avec plaisir sur le beau Joseph , qui erat pukher facie, et decorus aspeetu, on ne lit point qu'elle souilla jamais la chasteté conjugale; mais quand, après un séjour de quelques années de Joseph dans le palais de son mari, elle eut jeté des regards trop libres et trop curieux sur ce jeune homme, alors elle lui fit des propositions que la modestie nous défend de raconter (Gen. 39). Ah ! oui, celu> qui a un œil impudique ne peut se conserver dans la chasteté*

6. Ce fut la raison pour laquelle nott,. divin législateur Jésus- Christ s'attacha à faire comprendre le danger que l'on court à laisser reposer ses yeux sur certains objets. Vous avez entendu, dit-il en saint Matthieu (c.5), ce qui fut défendu aux anciens, vous ne commettrez pas d'à lultère. Mais moi je vous dis que quiconque regardera avec un mauvais désir une femme, et j'en dis tout ;iuiant d'une t mime qui regardera avec passion n\] homme, celui là on celle-là, dis je, a déjà commis un adultère dans son cœur. Que faut-il donc Lire de cet œil qui esl cause d'un si grand mal? Ecoutons le Sauveur qui nous le dira : «Si volreœil » droit vous est uneocca ion prochaine île péché, arrachez-le » et jetez- le loin de vous: il vaudra mieux pour vous être privé » d'un de vos membres, que de brûler éternellement dans l'en- » fer. » Voilà d me comment le Seigneur va à la racine d.t mal. Et comme un infirme ne craint pas de livrerai» fer des chirurgiens quelque membre que ce soit de son corps, quoique ce membre lui soit cher et nécessaire, poursimir une opération ou une amputation , si par-la il espère sauver sa vie ; ainsi pour assurer le

salut éternel de l'âme et la délivrer île la mort que le péché lu ï donne et cui est le pire de tous les maux , on ne vins dit pas qur vous deviez matériellement vous arracher l'œil, mais te mortifier, le fermer, afin qu'il ne puisse voir les objets qui provoquent au péché; on vous exhorte à réprimer ces regards licencieux et mauvais qui portent, par les images honteuses qu'ils gravent dans l'esprit, à soui 1er le cœur, et à faire des actions infantes. Oh! toujours maîtriser ses veux, ne leur donner aucune libert'\ I s fermer en face des objets attrayants, toujours les raoriiiier . tout cela parait onéreux, tout cela parait pénible! Cependant il finit le faire à tout prix, puisqu'il s'agit du salut éternel. D'où il faut corn Jure qu'on ne petit plus douter, depuis que le divin Rédempteur nous a fait loucher an doigt cette vérité, qu'un regard lasof ne soit un grand péché. I! est donc des cas dans lesquels un seul regard renferme toute la malice du péché de l'incontinence, et ii nous "déclare que cela arrive quand ce regard est accompagné d'un mauvais désir. Jésus-Christ condamne donc deux choses parées paroles, comme l'explique saint Chrysoslôme : il condamne, disje, les désirs honteux, et la vue des objets qui peuvent les réveiller (H. 17, in Matlli.).

7. Mais afin qu'on puisse, sans faire naître des scrupules en soimême, comprendre la doctrine de Jésus-Christ expliquée par saint Jean Chrysostôme, il faut distinguer différentes sortes de regards, il en est qui sont de pure politesse, de bienséance, de nécessité, et qui sont toujours accompagnés de modestie, lly en a qui sont imprévus et qu'il faut détourner ailleurs, dès l'instant que l'on voit qu'ils peuvent devenir dangereux. Ce ne sont pas ces regards-là qui sont condamnés comme coupables par Jésus- Christ. Mais il en est qui sont volontaires, que l'on fait à dessein, avec curiosité et affectation , que l'on fait pour contenter l'œil et la passion; et ceux-là, sans aucun doute, sont criminels, parce qu'ils exposent ceux qui les font à concevoir des pensées et des affections impures. Vous aurez beau dire qu'en fixant vos yeux sur des objets dangereux, vous prendrez des précautions afin de ne succomber à aucune tentation ; vous aurez beau alléguer que déjà bien souvent vous l'avez fait sans que vous ayez senti s'élever en vous des pensées ou naître des affections impures: cette excuse est inadmissible, répond saint Chrysostôme. Car en considérant des objets dangereux, vous vous exposez volontairement ait péril de pécher, et cela suffit pour que vous soyez coupables. Qu'importe que le péché n'ait pas été réellement commis, puisqu'ilesl possible que vous le commettiez, et que malheureusement

tous ne le commettez que trop. 11 faut dans ces cas se comporter comme nous nous comportons quand nous voyons un enfant saisir un couteau; quoiqu'il ne se soit pas encore blessé, néanmoins nous le corrigeons et nous lui défendons avec menaces de le toucher à l'avenir : de même devons -nous faire avec nos yeux; et ainsi, conclut saint Jean Chrysostôme, Jésus -Christ nous détend les regards curieux pour nous précautionner contre touteespèce de chutes; parce que si le péché n'en a pas été la suite, cela peut nous arriver comme à tant d'antres.

8. Mais, disent quelques-uns, s'il en est qui n'ont pas eu assez de force pour vaincre leurs tentations , nous en avons eu assez pour ne pas y succomber, nous avons fixé nns regards sur des objets bien attrayants, et sans éprouver aucune impression mauvaise, nous étions tels après qu'auparavant. Il est possible, réplique saint Chrysostôme déjà cité , que cela soit arrivé une fois , et même encore denx et trois fois, et que vous ayez résisté aux mauvaises impressions qui sont les conséquences ordinaires de ces regards curieux et libres ; mais continuant à les porter sur des objets dangereux, vous ne serez pas assez forts pour résister à ces impressions coupables, et il vous arrivera ce qui arrive ordinairement lorsqu'on s'eiïorce de mettre le feu au bois encore vert. Vous aurez remarqué que lorsqu'on veut allumer le feu dans une fournaise, ou dans une attire endroit avec du bois qui n'est pas sec, on ne parvient que difficilement à l'enflammer : il faut du temps et de la patience. La paille et le soufre, tout e>t employé pour l'aviver, mais vains efforts. On l'attise , on souffle, on supplée à l'impuissance où l'on est par des instruments à vent , tout au plus si l'on obtient mi peu de fumée, et la flamme ne s'élève point; vous renoncez à votre entreprise, convaincu que ce bois* ne pourra jamais s'enflammer. Mais quand vous y pensez le moins, voilà que lout-à-coop ce bois dont vous n'aviez pu faire sortir une étincelle , prend feu et laisse échapper de grandes flammes. C'est ce qui vous armera si vous êtes assez imprudents pour continuer à porter vos regards sur des objets dangereux. Vous vous êtes mis à considérer avec curiosité des personnes de différent sexe , dont la figure pouvait être pour vous un moyen dî chute. C'étaient là des embûches tendues à votre innocence; et le démon qui ne lusse échapper aucun; occasion de vous porter préju» dice, à chaque coup d'œi! que vous jetez imprudemment sur elles, apporte, pouraiusi d:re,le soufre et la paille pour allumer en vous des flammes honteuses. Cependant cette àme bonne que vous avez reçue en partage de Dieu , ce fond de piété e< de vertu cultivé par

une éducation chrétienne, a résisté à la tentation , et votre cœur n'a pas brûlé. Mais récidivez , et vous verrez le démon employer de nouvelles matières inflammables, c'est à dire de nouveaux pièges, de nouvelles embûches. Cependant cette honte naturelle «m'éprouve la première fois l'âme à commettre le péché , vous a rendu inébranlables et l'incendie de l'impureté ne s'est pas allumé en vous. Mais prenez garde que la matière étant préparée et disposée , le feu impur ne s'empare de vous, et qu'il ne vous consume en entier.

9. Néanmoins vous persistez à dire que vous avez satisfait plusieurs fois votre curiosité sans que voire cœur ail été impressionné , et que vous n'avez point succombé à la tentation , vous l'assurez en toute vérité. Je\eux bien vous accorder que vous n'êtes tombés dans aucune faute, selon votre manière déjuger, mais je vous dirai que vous n'en êtes pas moins dans l'erreur. Vous n'êtes pas tombés, parce que vous ne mettez au nombre des péchés d'impureté que ceux qui sont énormes et scandaleux. Vous n'êtes pas tombés, parce que dans votre idée, vous vous estimez innocents parla raison que vous ne vous êtes pas livrés extérieurement à des péchés de la chair. Mais ne tenez-vous aucun compte de cette volonté persévérante de venir à bout de vos mauvais desseins si vous n'aviez été retenus par des considérations tout humaines , et si le temps, le lieu , le complice vous avaient permis de satisfaire votre honteuse pa-sion? Ne tenez-vous aucun compte de ces infâmes pensées, de ces coupables plaisirs, et de ces désirs honteux ? Ce son l-là des péchés moi tels qui vous rendent les esclaves du démon et dignes de l'enfer. Qu'importe que ce malheur provienne du crime consommé, ou d'un seul désir honteux?. Jésus-Christ ne condamna pas les regards lascifs comme pernieieux et criminels parce qu'ils induisaient à des actes, mais qu'ils causaient des désirs et des miagin liions déréglés iProplereà, dit saint Jean Chrysoslôme , von dixil , qui concupivit ad adultérant! um, sed qui vidcrit ad eoncupisccndum, (ib.), puisque toute la malice des actions les plus impudiques consiste dans le seul désir. Qu'importe à un oiseau qu'il soit pris tout entier dans des lilets , ou qu'il ne le soit <]iie parles pieds par un fil extrêmement mince? De quel iue manière que ce soit, il est pris ei lié. Ainsi vous l'êtes vous-mêmes , dès que vous avez conseuli à une mauvaise pensée et à un mauvais désir.

10. Puisqu'il est de votre intérêt de conserver intacte la pureté de votre corps el de votre âme, puis pie vous devez avoir à cœur ïotie.salut éternel, puisqu'il vous importe de ne pas vous rendre

victimes et esclaves de cet abominable vice de l'impureté, maîtrisez vos yeux, qui sont les foyers où s'allume cette infâme passion; ne vous permettez point ces regards trop curieux et lascifs qui exposent par eux-mêmes a tant de dangers, qui entraînent après eux la mort, parce que s'ils ne vous portent pas toujours à des actes impurs , ils provoquent infailliblement la concupiscence. Tout homme est porté par ses inclinations naturelles à se plonger dans le vice déshonorant ; le démon ne cesse jamais d'attirer, de raviver celte disposition malheureuse. Défendez-vous contre ces deux ennemis si redoutables, vous aurez besoin detoutvolrccourage pour leur résister; ne favorisez donc pas leurs attaques, n'augmentez pas leur force par ces regards curieux, autrement vous succomberiez. Ah! cet objet agréable que vous prenez plaisir à considérer, a une puissance d'attraction qu'il est difficile d'imaginer. Il s'insinue dans l'âme si adroitement et si efficacement, il réveille et produit une délectation telle, qu'il séduit la raison , et se rend maître du cœur sans qu'il puisse s'arrêter sur le penchant du vice vers lequel il est entraîné presque irrésistiblement. Et qui pourra, sans se laisser captiver, contempler avec plaisir ces objets si séduisants, qui pour plaire ont tant de fois employé tous les artifices les plus ingénieux? Opposeront-ils ceux là,à la tentation , une résolution ferme et énergique de ne point succomber, ou bien s'en garantiront-ils en se rappelant le commandement qui leur défend toutacte contraire à la pureté ? Ah ! qui ne sait que quand l'objet offre beaucoup d'attraits par lui-même,* il n'y a ni ferme propos, ni précepte qui soient suffisants pour préserver de la chute; le cœur a bientôt consenti, quand l'objet séducteur se trouve en face de lui par l'intermédiaire des yeux ! H. Voulez-vous que je vous donne un exemple qui confirmera ce que j'avance. Le serpent infernal , dans le paradis terrestre , s'approche d'Eve , cette première mère des hommes, pour la faire tomber dans le péché. Il lui demande pourquoi elle ne mangeait pas du fruit de l'arbre qui était plante au milieu de ce jardin délicieux. Elle répond en alléguant la défense qui lui est faite, et la menace de mort sortie de la bouche de Dieu même , en cas qu'elle cl son mari y louchassent. Elle triomphe avec courage de cette première épreuve. Mais puisque, outre la défense de manger de ce fruit, elle savait qu'il en existait une autre, celle de ne pas le loucher, et de ne pas même le considérerai était donc nécessaire de respecter l'une et l'autre de ces défenses et elle se serait alors conservée innocente; mais ce fut là la source et le principe de sa ruine. Excitée par le démon ou par sa curiosité, à

«dmirercet arbre, elle commence a en contempler le finit , s'émerveille à cette vue, ets* figure la douceur et la bonté qu'il renferme en lui-même. Elle succombe à la tentation ,elie le prend et le mange. Vidil, tulit, cmnediL Àvez-vous réfléchi sur cette déplorable chute ? Eve triomphe de son débir , tant que ses yeux n'aperçoivent point l'o 1 >j et défendu ; mais elle succombe à la passion d'en manger quand elle a porté ses regarls sur lui : Oii ! combien il est de chrétiens qui tant qu'ils écartent leurs yeux des objets dangereux, résistent courageusement au démon, et pleins des sentiments les plus généreux, protestent que rien ne pourra les détourner de l'accompli>sement de leurs devoirs. Biais comme toutes les beiles résolutions s'évanouissent en face des objets séducteurs ! Ce jeune homme et cette jeune fille ont bien pris garde pendant quelque temps de ne point souiller leur pureté par la moindre liberté. Le démon tachait sans doute de foire naître da&l leur imagination les fantômes les plus honteux, d'exciter en eux les impressions les plus infâmes : ses efforts jusqu'alors avaient échoué ; mais dès qu'ils ont commencé à se permettre indifféremment des regards sur toute sorte d'objets, dès-lors ils se sont plongés dans les crimes les plus dégoûtants. Eh! la puissance de l'œil impudique est si grande, et il e-t une cause d'incontinence si éuergi jii.', qu'il n'y a pas de vertu si solide, d'innocence si enracinée qui n'en soit ébranlée et sou idée. Aussi sain t Bernard avoue ingénument qu'être souvent avec des personnes de différent sexe, converser familièrement ave?, elles, les fixer avec une attention curieuse, et ne pas tomber dans quelque péché désbonoêle,serait uu plus grand miracle que de ressusciter un mort. Auriez-vous assez de puissance pour en ressusciter un? Poiiriez-vous etreassez saints et assez méritants devant Dieu pour avoir ce privilège? Je crois que non. Comment donc auriez-vous la présomption de résister à la puissance et aux attraits d'un regard impudi aie. puisque c'est un miracle plusgrand que celui delà résur^tiou d'un mort (Ser. 55. in Cant.) ?

12. Ce n'est pas ainsi que pensaient les Saints quoiqu'ils eussent plus de raison, sinon de présumer d'eux-mêmes au moins, d'espérer. Ils n'igoraient pas quelle est la force prodigieuse qu'a l'œil par ses regards envieux de souiller le cœur par le péché de l'impureté; dès-lors pour ne pas s'exposer aux tentations. quel parti prenaienl-il? Ils allaient s'ensevelir dans des solitudes affreuses, dans des déserts sauvages, dans des grottes profondes, afm <îe vivre loin du monde qu'iU redoutaient, et de se préserver descs attraits séducteurs. Us eraignaie-rt uh»* la rencontre d'une

personne qui aurait pu exciter eneux les révoltes de lachair, que la présence dos bêtes féroces et des scorpions. Ils foulaient à leurs pieds le respect humain , et ne faisaient aucun cas des railleries des mondains qui les prenaient pour des gens sans cœur et sans courage, parce qu'ils évitaient le combat et qu'ils confessaient sans détour leur faiblesse et leurs craintes : « J'avoue, dit » saint Jérôme (ep. ad Jov. ), ma faiblesse, je frissonne de » frayeur en face d'une personne du sexe. Faleor im'>ecillitalem n mcam; timeo vultum. » Si donc les plus grands saints redoutaient iu\ visage, et si pour éviter sa présence, ils allaient se renfermer dans les déserts, dans les grottes, dans les cloîtres , un mondain qui va lui-même, de propos délibéré, chercher à voir les objets les plus dangereux sur les roules , qui va aux veillées , aux théâtres, aux bals, dans cet unique but, se croira en sûreté? Des saints consumés, usés par leurs jeunes et leurs abstinences, pâles et décharnés, qui aurait mortifié leurs sens, dompté leurs passions : des hommes, comme dit saint Paul (Eph. 12 ) , dont le monde n'était pas digne , n'osaient pas sortir de leurs retraites, dans la crainte de se trouver en présence de> personnes qui auraient pu les provoquer au mal ; et vous, sous des habits plus ou moins somptueux, surchargés d'embonpoint comme vous l'êtes, avec un corps traité délicatement, le cœur rempli des passions les plus vives, vous vous croirez innocents au milieu de; regards les plus libres que vous jetez ça. et là indifféremment et sur les objets les plus attrayants et les plus séducteurs ? Vous me direz peut-être que les Saints ont été souvent induits en erreur, en craignant là où ils n'y avait point de raison de craindre. Mais dites et pensez ce que vous voudrez, je vous répondrai qu'ils agissaient en hommes sages et éclairés , en étant si circonspects el si prudents quant aux regards : et c'est vous qui êtes victimes de vos illusions en vous y abandonnant sans retenue.

13. Mais sur quoi se fondaient les Saints pour tenir une conduis semblable? Sur l'expérience des chutes <f autrui; c'est celte expérience qui les confirmait dans la conviction de la funeste influence des yeux sur les moyens d'exciter les passions impures, et leur apprenait à être extrêmement réservés dans leurs regards. « J'ai vu, dit saint Augustin ( serm. 54 de temp.), par suite d'un » regard trop libre et trop curieux, les cèdres du Liban les plus » forts, ébranlés et déracinés, les maîtres et les guides des peuples » se vautrant dans la fange de l'impureté, eu\' que je croyais » aussi fermes dans la vertu que les Jérôme et les Ambroise. » Un Eutropius, pour avoir faituu regard inconsidéré el curieux»

est lombé : saint Théodore Sludile (ser. 5. ) racontait en pleurant à ses religieux cette chute déplorable. <« Ah! il est tombé le « vaillant champion, cet homme qui était tout célcte, il est » tombé! J'aurais cru plutôt voir un ange être précipilé du ciel, » que ce grand homme se précipiter dans une faute semblable : » Anrjeluin faciliùs opinor casurum , quameum: quis putasselt » et lamcncccidit.» C'est ainsi qu'il faisait le ree.il de certaines chutes déplorables; et c'étaient là les raisons qui rendaientses yeux très prudents et très réservés dans leurs regards. Puisque leurs, craintes étaient si bien fondées, la présomption de tant de mondains ne sera-ltdle pas téméraire? Si un regard curieux a assez de force pour déraciner les cèdres les plus forts du Liban, n'en aura-t-il pas assez pour rompre le* roseaux fragiles du dé>ert? Si ceux qui sont sages et remplis de lumières foui des chutes, ies faibles et les insensés résisteront t-ils ? Qui pourra jamais le dire ?

M. lien est qui redoutant peu le malheur qui les attend, s'a- \isenl de soutenir leur pré>omptior. en alléguant que si ces grands hommes tombèrent, ce fut parce qu'ils ne prirent pas assi'Z de précautions : mais qu'eux, quand ils accordent à leurs yeux quelque liberté , ils ont toujours soin de respecter leur honneur, leur position dans la société, quelle qu'elle soit. Et c'est là, selon eux, ce qui leur sert de sauve-garde et de défense pour ne pas faire des chutes. Dites moi , s'il vous plut, si une ville avait des fortifications de verre , des murs d'éloupe, croyezvous qu'elle serait bien en sûreté , croyez-vous qu'elle pourrait résiste!" aux moyens destructeurs qu'emploiraient les assiégeants et qu'elle pût être préservée de l'incendie ? Tout cet honneur, ce respect de vous-mêmes, n'est qu'une fortification de verre, et vous-mêmes, dit saint Augustin , vous êtes aussi fragiles que le, verre : Vitreus es , et inter easus ambulas. Toute votre prétendus force, n'est qu'une poignée d'éloupe qui peut s'enflammer par le. moyen d'une petite étincelle, j'ajouterai même qu'elle a déjà pris feu : Forlitndo vestra uifavilla stupœ ( ïs.l ). Et vous croirez pouvoir vous défendre contre les funestes suites d'un regaru sur un objet séducteur: Vous aurez beau alléguer que vous êtes des hommes rassis, de sages religieux, des personnages circonspects, je vous dirai que ce ne sont là que des tilres métaphysiques et imaginaires, qui disparaissent quand vous attachez des regards trop curieux sur des objets dangereux. Savez-vousquel rôle vous faites alors? celui d'un homme faible, d'une femme fragile, et très fragile. David, ce saint, ce prophète selon le cœur de Dieu

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qui présuma trop de lui-même vous détrompera certainement de voire erreur. Oh! que déraisons il avait pour ne pas tomber dans une faille mortelle! Cependant à peine eut- il fixé avec attention une femme remarquable par sa beauté , comme cela vous arrive peut-être, qu'il se rend coupable d'un adultère qu'il cher. che à cacher par un exécrable homicide. Allez donc à présent vous fier sur vos prétendus moyens de défense, sur votre honneur, sur le respect que vous vous portez , et puis vous imaginer que vous ne vous rendrez pas coupables comme lui. Chrétiens, mes frères, si jamais je vous ai parlé avec le désir d<? vous être utile, avec une conviction profonde, c'est aujourd'hui que je me flatte de l'avoir fait. Retranchez donc ces regards trop curieux; mortifiez ces yeux trop libres et trop licencieux. Si vous tenez à conserver cette belle vertu de la chasteté du corps, de l'esprit et du cœur , renoncez à la vue de ces objets , qui n'étant que trop séducteurs par eux-mêmes , peuvent facilement tous la Caire perdre, abstenez-vous de ces regards lascifs qui sont si pernicieux dans leur principe, et qui finissent par être si mortels dans la suiie du temps. Rappelez-vous cette grande maxime du pape saint Grégoire, qu'il n'est pas permis de voir ce qu'on ne doit pas désirer. Si vous la réduisez en pratique vous n'aurez pasà redouter le malheur de tomber dans le vice abominable de l'incontinence, et ornés d.- la chasteté et de la grâce en cette vie, vous aurez Le bonheur d'être admis un jour à la participation de la gloire éternelle en l'autre. C'est ce que je vous souhaite.

TRENTE-HUIÏÎÈME INSTRUCTION.

autres causes de l'impureté, qui sont les mauvais livres et les peintures

obscènes.

Pour exterminer, s'il était possible , l'abominable péché de

l'impureté, il serait nécessaire (l'en détruire la racine et d'anéantir les causes qui lui donnent naissance et le font subsister dans le monde. Parmi ces causes, après celles que nous venons d'indiquer dans la précédente instruction, il en est deux dont j'entreprends aujourd'hui de démontrer la puissance funeste sur l'esprit de l'homme qu'elles portent au crime de [impureté d'une manière presque irrésistible. Ce sont les mauvais livres elles peintures obscènes.

1. De même qu'il n'y a rien de plus avantageux et de plus utile aux âmes chrétiennes, ni rien qui puisse plus les aider à avancer l. 2ft

458 xxxvm. INSTRUCTION

dans la pie'té que les livres de dévolion , il n'y a rien anssi qui soit plus pernicieux aux bonnes mœurs, et surtout plus propre à faire germer l'impureté dans les cœurs que la lecture de ces livres qui parlent des amours profanes, et même quelquefois racontent des actions honteuses. Les maux qui en sont la suite sont si grands et d'une telle nature, qu'on ne do;t jamais croire les avoir assez fait connaître. Nous ne sommes déjà que trop attirés au mal par notre concupiscence et par la chair, dit saint Jacques((\2), et même nous y sommes comme entraînés et poussés. Or, que produit la lecture des mauvais livres et des romans obscènes? Elle fortifie la concupiscence déjà asseï puissante par elle-même, et qui étant déjà comme enflammée et é hauffic, s'enflamme davanlage encore. Selon l'expression de saint Jérôme, lire des livres mauvais, c'est introduire un serpent dans son sein. Or , qui oserait dormir en portant sur son corps ou ayant près de lui un reptile aussi dangereux (ad Vigil.) ?

2. Et cependant combien en e4-il qui dorment ayant dans le sein des serpents aussi venimeux? Un grand nombre ne savent lir« que d-s ouvrages qui respirent l'amour, certaines comédies lasci* ves, des poésies obscènes, et autres compositions qui ne sont propres qu'à inspirer des pensées honteuses, ou à suggérer des actions intimes. Ils sont insatiables de ces lectures, la nuit ne leur fait pas même tomber le livre des mains. Et cependant il n'est rien qui soit plus capable pour corrompre les bonnes mœurs, pour souiller et même renverser de fond en comble la chasteté, que la lecture de ces ouvrages si licencieux. On peut les appeler avec raison les corrupteurs de la jeunesse, la perte (\2* âmes, un poison mortel; ils sont d'autant plus à craindre et d'autant plus pernicieux, que, sans témoins, et sans rougir, ils proposent et. enseignent les choses les plus dégoûtantes elles plus impudiques. Saint Paul eut raison de dire que les discours lascifs portent atteinte aux bonnes mœurs: Corrumpwv. mores bonos coUoqum ntala (1. Cor. 15). Et cela devrait suffire pour nous inspirer une grande horreur de la lecture des livres obscènes, qui sont d'ailleurs des paroles écrites. Néanmoins cela ne suffit pas pour nous en faire concevoir une aversion assez grande; car la lecture de ces livres produit des effets beaucoup pies funestes que tous les discours les plus sales, et porte le désordre le plus épouvantable dans le cœur de ceux qui ont l'imprudence de s'y livrer. Quels que soient les artifices du langage qu'emploie celui qui veut nous séduire, nous sentons que notre cœur en est offensé; l'honnêteté dont nous devons nous faire une gloire, l'honneur

SLR LE SIXIÈME C031MAMDE.MEXT DE DIEl'. {o9

dont nous devons être jaloux, ne nous permettait pas d'écouter ce langage sans que nous le désapprouvions et que nous rougis*

sions de ces paroles , et ordinairement on efface avec assez de facilité l'impression qu'elles auraient produite en nous. Mais un livre mauvais et obscène se lit parce qu'on le veut bien, et déplus, sans que la rougeur de la boitte mente au front, parce que l'on est seul avec lui seul, d'où ii résulte que l'esprit est tellement absorbé dans la jouissance que lui fait éprouver celte lecture, qu'il ne pense nullement au mal qu'il fait, et ainsi il suce à longs traits le venin qui y est renfermé.

3. Et qui aura la témérité d'avancer qu'il n'est pas seulement indigne, mais très indigne pour un chrétien, de lire avec tant d'avidité et de relire dis livres si mauvaise! si pernicieux? Indigne pour un chrétien qui devrait rapporter à Dieu toutes ses connaissances et se servir des talents qu'il a reçus de lui, afin de travailler, selon son élatoti sa profession, au salut éternel de son prochain? Et qui ne dira pas que la lecture de ces livres ne soit infiniment funesle à son âme, puisqu'elle ne fait naître dans son cœur et dans son esprit que des sentiments entièrement opposés à la vertu de pureté? Aussi pour éloigner de leur gouvernement vt élément actif de corruption, cl les préserver des grandes calamités qui en sont la terrible conséquence, les païens défendirent sévèrement la lecture des mauvais livres à leurs enfants. Ainsi, d'après le rapport qu'en fait Valère Maxime (I. 6, c. 3), agirent les Spartiates relativement aux livres d'un poète célèbre : ils ne voulurent pas que les jeunes gens les lussent, de crainte que ces livres ne fussent plus nuisiblesaux bonnes mœurs, qu'utiles à leur esprit : Noluerunt his libris liberorum suorum animos imbui , ut plus moribus nocerent, quam prodessent ingeniis. Et si les gentils parvinrent à connaître par les seules lumières de la raison le toit incalculable que les mauvais livres font au cœur «le la jeunesse, et s'ils en défendirent la lecture sous des peines si graves, les chrétiens d'aujourd'hui allégueront leur ignorance sur ce point, et ne s'abstiendront point de les lire!

4. Cependant la chose est ainsi, une immense multitude de chrétiens moins réglés et moins prudents que ne l'étaient les païens , se font de la lecture de ces livres une occupation continuelle, et parce que c'est un moyen des plus efficaces qu'ait trouvé le démon pour corrompre les bonnes mœurs et ruiner lésâmes, moyen qui ne lui réussit que trop, il n'est rien qu'il ne fasse, point d'artifice dont il n'use pour les multiplier et les rendre communs dans tous les temns et dans tous les lieux et k

460 XXXVIII. JKSTRiiCTIOS

la portée de tous parla langue dans laquelle ils sont écrits. Et ce qui est pis, comme si ceux que nous a légués malheureusement l'antiquité ne suffisaient pas au gré de ses désirs, il aiguillonne des génies qui lui ont consacré leurs talents à en composer de nouveaux et à les jeter comme une pâture empoisonnée dans» la société, pour atteindre son but infernal. Hélas! notre concupiscence comme nous l'avons dit, n'est-elle pas déjà assez inclinée et portée au mal, sans que ces auteurs infâmes, corrompus. ♦;t corrupteurs tout à la fois viennent encore accroître sa puissance.par ces lectures obscènes ? Ne courons-nous pas déjà avec assez de rapiilité vers la mort, sans qu'il soit besoin de l'accélérer par un poison subtil et pénétrant? La corruption de notre nature et notre méchanceté naturelle ne nous rendent-elles pas déjà assez savants dans la science du mal, sans qu'il soit nécessaire, d'en aller apprendre de nouvelles leç îds dans les murages sataiiiques, c'est-à-dire dans ces livres qui font à la vertu une guerre si cruelle? Ah! soyez bien persuades, chrétiens mes frères, que vous ne pourrez jamais vous conserver chastes, tant que vous vous adonnerez à des lectures qui portent par elles-mêmes à l'impureté et qui en sont comme les foyers naturels.

5. Telle a été la raison pour laquelle les saints Conciles inspirés par le Saint-Esprit ont sévèrement défendu la leeture de celte «spècede livres. Voici comment parlent les Pères du Concile de Trente dans la sixième règle : « Les livres qui traitent de choses j> honteuses et obscènes, qui les racontent et les enseignent, doi- » vent èire absolument défendus, parce que non-seulement on » doit veiller sur la foi, maisencore sur les mœurs, qui peuvent » être facilement corrompues parla lecture de cette espace d© *» livres.» Le Catéchisme Romain, composéparordi-etlecemême Concile, parmi les autres causes du vice de l'impureté qu'il commande d'éviter, indique spécialement les mauvais livres. 11 déclare que ces livres qui traitent d'amour profane cl d obscénités,, ont une grande forée pour réveiller dans le cœur des jeunes gens; le feu delà concupiscence et des plaisirs criminels (in 6. prœc.) Os livres infâmes qui racontent des choses honteuses et indécentes, doivent être entièrement proscrits, dit le second Concile de> ÎSicée (Art. 6). Saint Charles Borromée, ce grand prélat que ?)ieu a suscité dans ces derniers temps pour ranimer le zèle de. la gloire de Dieu et du salut des âmes, connaissant legrand mal que les mauvais II \ res sont capables de produire, et sachant qu'ils* sont des foyers d'incontinence, veut non seulement qu'on les enlève d'entre ki mains des fidèles, niais que les pasteurs prennent

connaissance de ceux qui en retiennent chez eux pour les dénoncer lors delà visite desévêques (Conc. pr.4.p.3). Voilà comment, on doit considérer les mauvais livres, et combien on doit Les abhorrer.

6. J'en entend*; cependant quelques-uns qui prétendent s'excusei- en disant qu'ils lisent, il est vrai, des livres pleins de récits qui blessent l'honnêteté, d'histoires qui fî»nt rougir la pudeur, mais qu'ils ne le font pas dans 1 intention de repaître leur esprit et li'iir imagination de ces fantômes honteux, d'y puiser des leçons d'immoralité, mais pour étendre leiir intelligence-, polir leur langage, lui donner de l'élégance , le rendre coirect; que même de tels livres sont permis par le saint Concile dans la sixième règîf, cl qu'en parcourant les [ivres, ils font coimnelcs abeilles qui cueillent iemiel sur les fleurs, mais non comme les araignée-; «pli vont puiser dans leur calice le vruin dont elles s'arment. Erreur, s'écrie Tertullicn dans la chaleur de son zèle, erreur! quelles fleurs pourrez-vons ramasser sur ces fumiers félidés: Quorum summa gratin de spurcitià pluriiim concinnata est? (1. de spect. c. 7). Quelle lumière pourra retirer l'esprit de ces chai bons qui répandent une épaisse fumée dans le cœur? Quelle édification espérez-vous trouver dans ces livres qui détruisent en vous l'innocence et la gnee et rangent la perte de votre àme? et supposé qu'ils puissent servira polir votre langage, qu'alors la foi l'emporte sur la curiosité, et le salut sur la gloire mondaine: Cédai curiosilas fidei, cédai gloria sahtli. Qu'importe? d'acquérir la pureté du largage, si l'on détruit celle du cœur' ne vaut-il pas mieux savoir bien vivre que savoir bien parier:' Qu'on renonce donc à la I Cure de ces livres qui instruisent aux dépens du salut éternel, qui coi rompent ceux qu'ils rendent ph»; savants, et rendent la volonté et le cœur coupables tout en donnant un développement à l'intelligence et apprenant l'art dr s'énoncer avec élégance. Lise/ la divine Ecriture et les saints Evangiles qui contiennent celte parole de Dieu , laquelle connue le dit Jésus Christ (Jo. 12.), vous jugera au d 'rnier jour : Séria»' quem locutus sum , illc vos judicubil in novissimo die. Ce sera d'elle que vous apprendrez les maximes et les règ'es d'après lesquelles vous devez vivre pour obtenir votre salut éternel; si vous désirez vous perfectionner dans votre langue, lisez les livres si bien écrits des saints Père* grecs et latins, les li'.ivs pieux . les discours «les célèbres prédicateurs : c'est dans ces ouvrage-. que vous puiserez le goût du beau langage, la propriété des termes, la pureté d'expression , et non dans ces ouvrages iufa-

mes, écoles d'iniquités, où le démon n'offre qu'une pâture empoisonnée, comme le dit saint Jérôme, pour se rendre maître des âmes de ces malheureux qui les lisent avec tant de plaisir et d'assiduité.

7. Si l'Eglise permet la lecture de certains livres , quoiqu'ils. renferment des choses nui pourraient provoquer à l'impureté par la nature des sujets qu'ils traitent , ou par certaines descriptions qui paraissent un peu libres, quoiqu'elle en permette, dis je , la lecture pour se formera l'élégance du langage, elle défend cependant de mettre ces livres entre les mains des enfants et des jeunes gens. Car , si comme l'observe saint Jérôme (in proem. Ezech.), dans les premiers siècles de l'Eglise, on ne permettait pas de lire les premiers livres de la Genèse , ni les Cantiques des cantiques, ni le commencement ni la fin des prophéties d'EzécmM, quoique- tous ces livres eussent été dictés par 1 Esprit Saint, à moins que l'on ne fût parvenu à luge de trente ans, par la eule raison qu'ils parlent du mariage et de certains faits, et avec des expressions qui auraient pu réveiller des pensées et des sentiments impurs clans le cœur et dans l'esprit encore tendre et im pressionnabie d'une jeunesse imprudente ; avec combien plus de raison encore doit-on défendre ces livres qui , écrits sous l'inspiration du démon ne traitent d'autre chose que d'intrigues lascives, d'amours impures et profanes, el qui ne remplissent l'imagination que de tableaux honteux, l'esprit que de pensées dégoûtantes, et excitent la volonté à se livrer à des désirs charnels? J'avoue que ces livres dont les p;iges ne respirent qu'obscénité , quoique la lecture en soit défendue , peuvent être lus dans le but de se former un langage correct et élégant, mais avec des précautions convenables. Mais savez-vouspar qui? Par les hommes chargés de l'enseignement de la jeunesse , qui à raison de leur âge et de leur sagesse, et fondés solidement dans la piété ainsi que dans la venu, sonlà même délirer un peu d'or de celte boue, de cueillir des fleurs au milieu de ces épine ., mais non par ces Jjeunes gens ou autres personnes qui ne cherchent ordinairement «qu'à en exprimer le poison d'un sale plaisir. ] 8. Mais, nous aussi, répondent quelques-uns, nous avons obtenu l'autorisation de lire de semblables livres, quoiqu'ils soient défendus; vous ne pourrez donc pas nous imputer à péché la lecture de ces ouvrages. Je vous réponds qu'ici vous pouvez être dans l'erreur, ou que vous y êies en plusieurs circonstances, et j'aurais beaucoup de choses à vous faire remarquer sur ces permissions extorquées pour ainsi dire par des geus qui ne devraient

pas les obtenir, et sur la fin que se proposent les supérieurs en les accordant, qui est qu'elles puissent être utiles et avantageuses à ceux qui les obtiennent, fin qu'on n'atteint pas le plus souvent. Mais mutant Je côté toutes ces considérations, il est bon que vous sachiez que la lecture de certains livres peut être défendue et par le droit ecclésiastique et par le droit naturel et divin. Quand donc vous aurez la permission de lire des livres défendus, vous n'avez que celle de lire ceux qui le sont de droit ecclésiastique et qui sont indiqués dans le catalogue des livres défendus , et ce sont les seuls que vous puissiez lire , sans encourir les peines dont l'Eglise frappe quelquefois ceux qui croient avoir le droit de lire île tels livres sans aucune autorisation. Mais vous n'avez pas pour cela la faculté de lire ceux qui sont prohibés par le droit naturel et divin. Quels sont-ils? Ce sont ceux qui par euxmêmes sont contraires à la foi, livres dont je ne nie propose pas de vous parler à présent , et de plus ceux qui le sont aux bonnes mœurs, et n'ont été composés et mis au joui', que dans le but criminel de réveiller les passions honteuses dans le cœur de ceux entre les mains de qui ils peuvent tomber. Quand donc la lecture de ces ouvrages obscènes excite en vous des tentations fortes qui vous portent à souiller la pureté de votre àme et de votre corps , et qui vous exposent à la prochaine occasion de tomber dans cet abominable vice, par des actions, ou des pensées, ou, ce qui est pis encore, à vous y faire persévérer, quand vous aurez eu le malheur de vous y précipiter, je déclare que celte permission que vous vous flattez d'avoir reçue ne vous sert de rien , et qu'en continuant à faire ces lectures si dangereuses, vous deviendrez une infortunée victime de Feu fi t.

9. Grâces en soient rendues à Dieu , répondent d'antres , nous n'avons pas à redouter ce malheur , parce que nous ne lisons pas des livres défendus, ni ceux qui renferment des obscénités et des infamies révoltantes. Nous ne prenons plaisir qu'à lire certains livres qu'on appelle romans, qui ne racontent que des événements étranges et des aventures fabuleuses, et qui, s'ils parlent d'amour, ne le font que d'une manière bien voilée. Ah ! tels sont iesarlifices du démon par lesquels il cherche à perdre toutes sortes de personnes! Comme il est infiniment rusé, il n'ignore pas que certains jeunes gens bien élevés, que certaines filles qui se fout un devoir de pratiquer la modestie, et à qui la pudeur est naturelle, éprouveraient une répugnance invincible à lire ces livres obscènes, qui traitent à fond et à découvert des choses les plus honteuses, entretiennent leurs lccleursdes amours les plus sensuelles et les plus in-

•H»4 Wv\i;:. iit*ntucTiON

faines. Que fait il pour remédier à cet inconvénient? II me- C!U"fl leursmains ces livres fabuleux et romanesques, écrits ave»; ww telle réserve qu'iN «l'inspirent point d'abord une certaine horreur, iqais qui dans la suite insinuant insensiblement leur poison , portent dans les coeurs le désordre et y font naifre les affections les plus impures. Vous me dites que les amours y sont présentées d'une manière chaste et voilée; mais je répliquerai que, quoiqu'il en soit, elles sont profanes, et réveillent une passion qui n'a pas besoin d'être aiguillonnée. Cela suffit pour que la lecture en soit pernicieuse.

10. C'est à quoi tendaient les efforts du démon contre sainte Thérèse, lorsqu'il lui inspirait tint de goût pour la lecture de ces livres, qu'elle appelle livres de Chevalerie. La sainte avoue (nap. 2, del'avita) que c'étaient ces livres qui avaient refroidi en die s* première ferveur et les ardents désirs qu'elle ressentait de se donner entièrement à Dieu; que c'étaient eux qui lui avaient communiqué cette ambition de paraître et d'être l'objet de l'estime des hommes, cet amour désordonné pour les vanités du siècle , et elle ajoute que si Dieu qui l'avait destinée à être un instrument merveilleux pour établir dans le monde le règne de la vertu , ne l'en avait détournée, elle aurait infailliblement perdu l'innocence, cl aurait été précipitée dans l'enfer, en cas qu'elle ne fût pas revenue de ses égarements, pour y occuper cette place qui lui avait été montrée dans une révélation. Mais combien il est à craindre qu'un grand nombre de personnes de l'un et de l'autre sexe qui passent les jours et les nuits à [ire de tels livres , mais qui n'ont pas comme sainte Thérèse le courage de s'en défaire, n'arrivent à un terme affreux. Il n'est que trop vrai que depuis qu'ils se sont mis à les lire, ils ont commencé à devenir plus tièdesdans, le service de Dieu , à s'éloigner des exercices de piété, à ne plus fréquenter les Sacrements comme auparavant, à prendre les maximes, l'air et l'esprit du monde, à adopter toutes ses manières de vivre, à se montrer sensibles aux conversations. aux amitiés mondaines, et ils uni fini par perdre la chasteté cl l'innocence. Voilà comment les romans peu à peu minent une âme sans qu'on s'en aperçoive, et produisent te même effet que les livres les plus infâmes et les plus obscènes.

11. Que fjnt-il donc que nous en fassions de tous nos romaus.9 Ce qu'il faut en faire? les jeter tous au feu. Ainsi en leur faisant partager un sort commun , vous ne courrez pas le risque d'allumer en vous le f u de la concupiscence et de souiller votre, pureté. C'est comme fit saint Paul, comme nous le lisons dans les Actes

des Apôtres: tin grand nombre de nouveaux convertis lui apportèrent une quantité de livres qui contenaient, non pas des obscénités et des choses propres à faire rougir la pudeur, niais des récits vains, propres seulement à satisfaire la curiosité, et il les fit con< sumer tous par le feu. Mais, me direz-vous, nos livres sont d'un grand prix et d'une grande valeur; n'importe, jetez les au feu. On évalua à cinquante mille francs le prix et la valeur de ceux «qui fuient apportés et déposés aux pieds île l'Apôtre , et nonobstant cela, ils furent brûlés (Àct. Ap. c. 19). Au moins ne pourrait-on pas les vendre à d'autres, qui en paraissent si jaloux et si désireux? Non, puisqu'ils vous sont funestes, ils le seront pareillement à ceux qui les achèteraient. Dites-moi, s'il vous plaît, si vous aviez acheté à un prix très élevé tlii poison pour vous donner la mort, et que vous repentant de ce funeste dessein, vous renonçassiez à l'exécuter, pour vous dédommager, ponrriezvous le revendre à d'autres qui vous le demanderaient ? Non certainement : appliquez cette comparaison à ces livres dont toutes les pages sont sou. liées d'ordure, de turpitudes de toute espèce, et dont la lecture porterait la mort dans lésâmes et causerait leur damnation , et concluez qu'il vous est défendu de les vendre.

12. Voilà ce que j'ai cru pouvoir dire sur les mauvais livres r venons aux peintures obscènes. Si la lecture de ces livres e4 un foyer d'incontinence, les peintures , les statues déshonnétes et lascives ne le sont pas moins. El nous ajouterons mêmequ'cllessont en quelque manière plus pernicieuses, plus nuisibles à la chasteté, et qu'elles allument le feu de la concupiscence avec plus da force que ne le font les livres les plus dégoûtants d'impureté, les discours les plus licencieux et les pièces de théâtre les plus linmorales. Les paroles sales, qu'elles soient lues , ou entendues, après un petit espace de temps, s'eûacentde l'esprit. Mais il n'en est pas ainsi des peintures et des statues scandaleuses. Elles résistent aux années et aux siècles ; toujours elles sont exposées

: aux regards delà multitude, les yeux peuvent se fixer sur elles en tout temps et à toute heure, et l'impression qu'elles produisent: dans l'esprit et dans le cœur opère dans lame le même effet une

- le poison produit dans les corps. Les objets honteux qu'on a sous les yeux l'ont plus d'impression sur l'esprit que les choses obscènes qu'on lit. Un livre rempli de turpitudes ne peut pas être lu en même temps par plusieurs à la fois; mais des statues ou des tableaux dans des attitudes contraires à la pudeur sont et peuvent être vus par une infinité de personnes dans le même instant. Ajoutez à cela qu'un grand nombre d ignorante ne savent pas lire, et

les livres ne peuvent nuire à cetlecla-.se d'êtres ; mais les peintures déshonnêtes sont pernicieuses à tous, parce que tous, excepté les aveugles, peuvent les regarder , et qu'elles deviennent pour tous des causes efficaces d'impureté.

13. Et cependant , ô Dieu ! combien ces causes d'impureté sont communes parmi les clirélieus ! Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir certaines galeries et certains jardins. Que deslalues dans un élat complet de nudité n'y voit-on pas, et qui s'y montrent dans les poses les plus scandaleuses el les plus indécentes î 1! suffit de visiter les chambres et les salles de certains palais ; et combien de tableaux n'y remarque t-on pas , dont les personnages sont dans (!e> postures les plus honteuses! Ah' qui pourra me «lire de quelle pépinière de pensées infâmes ils sont la source, à combien de sentiments impurs ils donnent naissance! Ces statues et ces tableaux sont ut:e école où la jeunesse vient apprendre les actions les plus indignas pour les mettre ensuite à exécution. Dirons-nous encore quelque ebose de plus fort ? Oui sans doute ; on a soin aujourd'hui dese procurer des éventails, où l'on a soin de faire peindre des obscénités et des images scandaleuses, comme si l'on ne savait pas jouir d'un air frais s ms allumer dans le coeur des flammes impudiques ; déplus, sur le couvercle des tabatières le démon a inventé l'usge de faire graver ou le portrait d'une amante, ou quel pie autre chose d'aussi inconvenant, comme -don ne savait ni prendre,ni oilorer cette poussière qu'on appelle tabac, sans qu'elle soit pour ainsi dire infectée d'iwpureté. Aii! c'est avec raison que les saints ronciies défendent les peintures obscènes, en les appelant exécrables et nuisibles (c.\ic.syn. Tïid.).Les évéquesoni beau s'élever ave/, toute l'ardeur de leur zèle contre elles , contre ceux qui les font, contre ceux qui les retiennent . jusqu'à les juger indignes de l'absolution sacramentelle , on continue à voir des peintres sans pudeur, qui ne courant qu'après l'intérêt, ne rougissent point de faire des tableaux pareils, et un nombre infini d'acheteurs qui, bien que chrétiens, n'ont aucun scrupule de les garder chez eux.

14. Oh! mes chers aiuîUcurs,quel granft abus! Oh ! quel grand péché commet celui qui emploie ses talents pour la peintureà faire ces labiaux si obscènes, et celui qui n'a point de honte de les laisser exposés à la vue du public ! Ah! que je désirerais avoir lamâ'e el noble éloquence d'un Chryso'ogu-1, pour m'élewr contre ces peintres téméraires qui convertissent en poison mortel pour les vivants, eu foyer d'impureté pour la ruine de l'innocence, la peinture, cet art le plus noble, appelé avec raison la vie des

morts, le mémorial de la vertu et la pathétique exhortation auv actions héroïques, en traçant sur la toile etsur des tapis mêmes les choses les plus honteuses,en ud mot tout ce que la malice diabolique a pu inventer de plus sale (Serra, loo) ! Leurs pinceaux, dit un pieux auteur, sont semblables à !a plume de Démoslhèm\ dont un bout était chargé d'encre , et l'autre de poison ; l'en ne pourra jamais expliquer assez les ravages que font dans les âmes les peintures immodestes. Ce sont des arcs, mais toujours bandés pour décocher des dards meurtriers au cœur de ceux qui les regardent. Ce sont des astres malfaisants qui répandent de malignes influences. Ce sont des pièges embellis que le démon a jetés devant lésâmes pour les surprendre. Tous les théologiens en général , sans même excepter les plus relâchés , considèrent les peintres comme coupables de péché mortel, parce qu'ils fournissent aux chrétiens une occasion prochaine de péché; or, ligniez- vous quels seront les châtiments qui leur seront infligés dans l'autre vie pour la perte de tant d'âmes de la damnation desquelles ils seront accusés! Imaginez-vous de quels cruels remords de conscience ils seront déchirésà l'heure de la mort ! Oh! alors ils diront avec l'impie Antiocbus (1. Machab. 6) : J'imc reminiscor nmhruûu qiiœ feci ! Alors toute ce! te foule de peintures obscènes dont ils" auront été les auteurs, et en même temps cette troupe immense d'âmes imprudentes qn'ifsauronl précipitées dans le Ubortiuageet entraînées dans ies enfers apparaîtront à leurs yeux, se représenteront à leurs souvenirs. Mais quelle frayeur, quelle épouvante n'éprouveront-ilspasen se voyant sur le point d'e.i rendre à Dieu. te compte le plus rigouretixl

15. Ah ! vous, mes chers frères, mes chères sœurs qui m'écoulez ici , et qui avez tant à cœur de conserver la chasteté, détournez, autant que cela voussera possible, vos regards des peintures obscènes, pour ne pas \ous exposer à la perdre. Craignez le triste sort du pap 1 on qui, non content de jouir de L lumière d'un flambeau, voltige tant autour délie qu'il finit par se préciter dans la flammée! y perd ordinairement la vie. Oh! combien d--: personnes de t'un et de l'autre sexe d'une pureté et d'une chasteté bien reconnues, qui étaient résolues de sacrifier leur vie pistât fie snuil er par aucune impureté leur innocence , après avoir jeté imprudemment des regards sur ces tableaux indécents, ont perdu insensiblement la pudeur et la crainte, et se sont plongées snns honte dans le sale, bourbier de ce vice ! Que si ceux qui regardent des statues immodestes et des peintures révoltantes par i ur indéecuce ont déjà contracté celte souillure immonde, s'ils

468 xxxvrn. instruction

se sont livrés à ce péché m dégradant , alors on peut dire que ces

malheureux conçoivent lout autant de mauvais désirs dans le

cœur qu'ils font" des regards. Ils sont semblables à ces pailles

tout à fait sèches et à ces étoupes qui s'embrasent à la moindre

étincelle.

16. Que dirons nous à présent de ces chefs qc famille qui au grand scandale et pour la perte non seulement d'eux-mémes,mais detous leirs domestiques et de. tous leurs serviteurs, de leurs enfants, exposent dans leurs jardins, galeries, chambres, antichambres et salies, comme ornements, ces statues et ces peintures dont nous avons parlé plus haut, dans des postures les plus in convenantes et les attitudes les plus honteuses ? Que devrionsnous en dire ? Après avoir gémi sur leur malheureux état , nous devrions nous écrier sous le p<id< de la plus vive et de la plus profonde douleur : Ah! misérables! sachez qu'en étalant aux regards de tous les curieux ces objets si infâmes, vous êtes Ie>parihaus les plus dévoués du démon , parce que vous déposez entre ses mains les armes les plus meurtrières pour attaquer l'innocence et lui livrer lésâmes de Jésus-Christ. Anciennement les démons séjournaient dans les simulacres des idoles, mais à présent ils habitent dans ces statues dont la nudité révolte la pudeur, dans ces tableaux obscènes c'est là qu'ils ont fixé leur séjour, ce sont là leurs palais. Oui , dit saint Chrysostôme (in Ps. 113) c'est dans ces statues et dans ces tableaux impurs que le démon a établi sa résidence : Dœmon mtdœ quoque figuras assidel. Ainsi l'on peut dire de chacune de ces statues , de chacun de ces tableaux, ce que disait de Babylone saint Jean: Fada est habilatio dœmoniorum, et custodia omiiis spiriliis immundi (Apoc. 18).

17. Que faut-il donc faire , dites-vous, de ces statues, et de ces peintures? Ce qu'il en faut faire ? Ou ces statues et ces peintures obscènes peuvent être corrigées et réformées dans ce qu'elles présentent d'indécent et de honteux dans certaines parlies, ou cela ne se peut sans les gâter entièrement. Si on peut les corriger elles retoucher, vous y êtes obligés sous peine de péché mortel. S'il n'est pas possible de faire celle opération sans leur enlever leur première forme, faites-en un généreux sacrifice à Dî<'U ; mettez en pièces ces statues immodestes , déchirez en mille lambeaux et livrez aux flammes ces toiles et ces peinturesqui blessent la pudeur. Mais ne pouraiton pas les vendre ou les donner ? Non, il en est de ces objets comme des livres dont il a été question. Ce sont dos poisons mortels, t\c> instruments du démoli pour opérer la ruine de vos àmes et celle de vos enfants

SLR LE SIXIÈME COMMANDEMENT DE DIKU. 46i>

<el de vos domestiques ; elles seraient aussi préjudiciables à ceux à qui vous les vendriez ou les donneriez. Mais ces statues et ces tableaux sont des œuvres des grands maîtres. Et moi je vous dirai , que les œuvres par excellence sont les âmes de vos enfants et de \os domestiques, parce qu'elles sont sorties immédiatement des mains de In'eu. Mais encore une fois tous ces objets sur lesquels vous voulez que nous portions une sentence de destruction sont d'un grand prix et d'une grande râleur. Une œuvre d'une plus grande valeur et d'un plus grand prix encore, ce sont les âmes de vos enfants et de vos domestiques , parce qu'elles ont coulé le sang de Jésus-Christ. Ecoulez le conseil que je vous ai donné: brisez ces statues , et vouez aux flammes ces peintures dégoûtantes d'impureté et qui sont la cause de la perle do tant d'àmps.

81. Voilà donc ce que j'avais à vous dire sur les deux grands foyers d'inconlinence , c"e>t-à-dire sur les mauvais livres et les peintures lascives; niais parce que vous m'objecterez que la lecture est un besoin pour vous, que vous ne sauriez vous en passer, que vous éprouvez un goût invincible pour les tableaux et autres objets semblables, je vous propose un livre qui est le plus beau de tous, et une image la plus sainte de toutes à contempler. Ce livre excellent, celle image si sainte, c'est Jésus-Christ allaché à la croix, c'est là le livre qui ne s'échappait jamais des mains de saint Paul(l. Cor. 2), qu'il lisait continuellement, et à l'occasion auquel il prolestait qu'il ne voulait savoir que lui : Non enhnjudicavi me seire aliquid intervos, nisi Jcsuni Chrislum et hune crucifixum. C'est là le livre où saint Bonaventure puisait toutes ses connaissances; c'élaii celui de saint Philippe Benizî, et il voulut le lire encore sursonlitdemort.Ce.Iésuscruciné était l'image, le tableau sur lequel les Saints avaient toujours leurs regards fixés. Hélait le miroir dans lequel venait se contempler cette grand ■■■ âme si chère à Dieu, la princesse Jeanne, reine de Portugal, et aux pieds duquel elle lui consacrait les prémices de ses regard*" aucun autre objet ne méritait sa préférence. Ce divin Sauveur n'est il pas aussi le plus beau des enfants des hommes ? C'est son amour pour vous qui la rendu si défiguré et si méconnaissable sous la multitude des plaies dont il était couvert sur la croix. C'est en attachant souvent nos yeux suv celui qui est le roi dss vierges, l'amant passionné de la chasteté et de la pureté, que nous nous sentirons portés à la conserver pure et sans tache. Si donc nous désirons nous préserver du vice de l'impureté et garder i'ang'lique vertu delà continence, lisons coalinueUemenl cedi-

vin livre, coutemplons nous dans l'image de cet agneau quia ouvert tontes ses veines et qui est moi t par amour pour nous sur la croix, afin qu'après l'avoir lu et l'avoir contemplé ici-bas, nous jouissions du bonheur (lésâmes justes et chastes, qui sera delesuhre et de le contempler glorieux dans le Ciel pendant toute retenait'.

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