‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 3 sur 30 · GS · texte numérisé non relu

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On y propose et on y résout , concernant le serment , d'autres doutes relatifs aux deux conditions : justice cl jugement. On y parle de la coutume de jurer , et on indique les remèdes pour la détruire.

Nous nous sommes entretenus très au long sur les doutes qnî peuvent s'élever relativement à la vérité qui est la condition la plus nécessaire au serment, et dont l'absence conduit à des fautes fréquentes ; parlons à présent des péchés qui peuvent secommettre dans le serment par défautdejuslice et de jugement.

4. Nous avons déjà dit que la chose qu'on affirme , qu'on nie, ou qu'on promet doit être licite et honnêle. Cela supposé, examinons quelle est la nature du péché que l'on commet , dans le cas où il n'y aurait pasjusticedans leserment assertoire comme dans le promissoire ? je déclare qu'il y aurait péché mortel à faire connaître quelque faute secrète du prochain, dont la réputation serait par-là même flétrie, surtout si l'on confirmait par un serment cette médisance. La raison en est, que ce serait faire à Dieu une très grande injure en se servant de son autorité pour appuyer une assertion injuste et inique ; ce qui aurait lieu pareillement, quand on se vanteraitd'avoir commis quelque grand péché, et qu'on l'assurerait par un serment. La faute ne serait cependant que vénielle si on ne révélait qu'une faute légère du prochain, ou que soimême on déclarât en avoir fait une de ce genre comme serait un mensonge qu'on aurait proféré, parce qu'alors on ne fait pas à Dieu une grave injure.

2. Ensuiie, quant au serment promissoire, vous ne devez pas ignorer, que celui qui jure de faire une chose criminelle , comme de se venger, de voler et autres semblables, commet un péché mortel, et en commettrait encore un autre, s'il accomplissait son serment. Mais qu'en serait-il de celui qui aurait juré de commettre un péché véniel? pécherait-il mortellement? Je crois au moins qu'il est difficile de s'exempter d'une faute grave, vu les raisons convaincantes que je vais alléguer. Celui qui jure de vouloir commettre un péché véniel, prend Dieu à témoin dans le but d'assurer l'accomplissement de sa promesse. Or, quelle plus grande offense, quel outrage plus sanglant peut-on lui faire, que d'abuser de la maje&é infinie de son nom , et de faire servir son autorité divine d'appui à l'iniquité? Celui qui jure sans avoir l'intention de jurer, avons-nous dit, ne pèche grièvement que parce qu'il abuse du serment pour confirmer l'iniquité ? En outre, celui

qui jure de commettre un péché véniel, semble e\iger que Dieu approuve son péclié, et qu'il le confirme par son témoignage. N'est-ce pas profaner son très saint nom, et lui faire un grand affront, que de transformer en lien d'iniquité le serment qui est destiné à donner plus de force à la vérité? Que la faute soit légère, qu'elle soit grave, personne ne doit s'engager par serment à la commettre, pour ne pas faire à Dieu une injure.

3. Maissinous avons résolu quelques difficultés et quelques doutes relatifs à la justice qui doit accompagner le serment, en voici d'autres bien plus graves et bien plus sérieuses, touchant le jugement qui est la troisième condition du serment. La raison en est que les serments faits sans jugement, c'est-à-dire sans nécessité aucune, étant les plus ordinaires et les plus communs, sont aussi ceux dans lesquels on pèche avec plus de facilité. Le premier doute qui se présente est celui-ci, jurer sans jugement est-ce commettre un péché mortel, ou un péché véniel? Je réponds que quand le serment à pour objet une chose sur la vérité de laquelle on ne forme aucun doute, que celle chose est licite et honnête, qu'il ne s'y trouve pas le mépris du saint de Dieu, qu'il n'en résulte point de scandale , qu'il ne s'y rencontre point de danger de se parjurer, supposé que la chose pour laquelle on jure soit vaine et de peu d'importance, et qu'il n'y ait aucune nécessité de jurer, suivant la doctrine de saint Thomas , de saint Antoine et de tous les théologiens, il n'y aura que péché véniel. En voici la raison , c'est que jurer sans nécessité, sans un motif pressant, n'est pas un acte directement opposé au second commandement qui défend de prendre le nom de Dieu en vain , dit le Docteur angélique, mais il ne luiest opposé qu'indirectement, et par conséquent on ne peut pas dire qu'il y ail péché mortel. En outre, pour qu'il y ail faute mortelle dans le serment, il faut qu'il y ait une grave irrévérence contre le nom sacré de Dieu, qu'on appelle en témoignage; or elle ne se rencontre point dans le serment qui ne se fait pas avec jugement, la faute ue sera donc alors que vénielle.

4. J'ai dit que la faute ne serait que vénielle, pourvu qu'on ne manquât pas de respectai! saint nom de Dieu, qu'on ne l'outrageât pas par le serment que l'on fait ; ce qui arrive souvent lorsque la chose pour laquelle on jure est non-seulement inconvenante, mais vile et méprisable; car c'est une grave insulte faite à la Divinité que de l'appeler en témoignage d'une pareille chose. J'ai dit en second lieu que la faute ne serait que vénielle, pourvu qu'il n'en résultât point de scandale; ce qui a lieu ordinairement quand

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ces serments sortent de la bouche des pères et de^ mères en présence de leurs enfants, de celle des maîtres en présence de leur? domestiques, ou quand ces serments se font par d'autres personnes de quelque condition qu'elles soient devant des simples et des innocents qui apprennent ainsi à jurer et à se parjurer. D'où vient qu'aujourd'hui, sur les places publiques dans les wies, dans les maisons et dans les boutiques, on entend à tout propos et pour des bagatelles, des gens de toute espèce pren dre en vain le nom adorable de Dieu ; et que non seulement des hommes instruits, mais des enfants qui ignorent peut-être encore les mystères principaux de la foi, lesarticles du Symbole des Apôtre ~. les commandements île Dieu, connaissent la science infernale d'outrager le nom le puis saint par les plus horribles serments ? D'où vient cela, sinon de ce que les pères et les mères, les maîtres et autres qu'il n'est pas nécessaire de désigner, le leur apprennent et ne se font aucun scrupule de jurer en toute occasion et pour des bagatelles, en leur présence. Enfin j'ai dit qu'il n'y aurait que faille vénielle si quelqu'un jurait rarement, et qu'il n'y eût pas danger de se parjuier, danger dans lequel tombe celui qui jure souvent, comme nous le verrons.

5. Mais, diront quelques-uns, qu'en sera t-il de nous qui piétons si souvent des serments, qui en avons contracté l'habitude, à un point que nous ne pouvons nous en empêcher, et que nous jurons sans même nous eti apercevoir? Serions-nous par hasard dans un mauvais état? He.as ! chrétiens, vous êtes non-seulement dans un mauvais, mais très mauvais état. Plût à Dieu que je pusse, disait saint Chrysostômeà ses auditeurs, vous représenter celui dans lequel se trouvent vos âmes par vos serments si nombreux! Plût à Dieu que je pusse mettre sous vos yeux les plaies mortelles et profondes dont elles sont couvertes : je suis bien assuré que sans avoir besoin d'autres raisons, cette seule vue suffirait pour vous épouvanter. Jésus-ChrM , dans son saint Evangile (Luc. 10), nous fait une peinture horrible de ce malheureux qui, descendant de Jérusalem à Jéricho, fut dépouillé par des voleurs, mis dans un état complet de nudité, et étendu presque sans vie, son corps ayant été meurtri de coups. Mais vos âmes sont dans un état encore bien plus digne de pitié; car cet infortuné, quoique horriblement maltraité, n'en continua pas moins à vivre, tandis qu'au contraire vos âmes sont presque toujours mortes à la grâce. Vous m'objecterez qu'à raison de l'habilu le que vous avez contractée, vous jurez sans le savoir , sans y penser. Mais selon la sainte doctrine et selon la vérité, cela, bien loin

de diminuer, de détruire le péché, comme onteu l'audace de te dire témérairement quelques auteurs, l'aggrave davantage. Celui qui jure par l'effet d'une habitude qu'il a contractée volontairement et conservée de la même manière, et qui n'a jamais fait aucun effort ni employé aucun moyen efficace pour l'extirper, pèche avec plus de connaissance et par-là même avec plus de malice. Voulez-vous savoir quand vous ne pécherez pas , lorsqu'à raison de votre habitude vicieuse, vous viendrez à proférer des serments sans vous en apercevoir? Ce sera quand, vous repentant du fond de votre cœur de votre habitude vicieuse, et ayant résolu de vous en corriger , vous vous servirez de tous les moyens qu'on peut et qu'on doit employer, et que vous userez des rein-des propres à la déraciner.

6. Une habitude vicieuse ne se perd et ne se détruit pas pour l'ordinaire tout-à-coup. Malgré toutes les résolutions fermes et efficaces de s'en corriger, il arrive souvent qu'on y retombe sans le vouloir, et c'est ce qui peut arriver à tout homme qui ayant contracté l'habitude de jurer, jure encorequelquefois? Ayant renoncé à l'habitude vicieuse, s'en étant repenti , les serment; qu'il fait de nouveau ne lui sont pas imputés à péché , parce qu'ils ne sont pas volontaires. Mais peut-on en dire autant de. vous? Vous étes-vous repenti de tout votre cœur de la malheureuse habilude que vous avez contractée ? Avez-vo us pris la réion généreuse et sincère de vous en corriger? Avez-vous :tyé totiS'les moyens et tous les remèdes propres à l'extirper? Ah! vous serez forcés de répondre que non-seulement il en est quelques-uns qui conçoivent de temps en temps quelque désir faible de renoncer à leur criminelle coutume ; mais comme leur désir n'est point animé par l'esprit de Dieu, il est frappé de stérilité ; ils persévèrent dans leur premier état et continuent à jurer, et lorsque quelqu'un se permet de leur adresser quelque chai itable avertissement, ils se contentent de répondre , pour excuse : que c'est une habitude qu'ils ont contractée, et qu'ils ne jurent que par suite de cette habitude. C'est contre ceux qui prétendent justifier leurs serments par cette excuse, que s'élève saint Chysoslôme avec tout son zèle ordinaire : car, dit-il, ce qui me remplit d'unesainte colère et d'une sainte indignation, c'est d'entendre des chrétiens déclarer qu'ils ne peuvent pas , ou, pour mieux dire, qu'ils ne veulent pas vaincre et détruire une habitude si mauvaise. En effet, poursuit le saint, que pouvons-nous alléguer pour nous disculper de ces serments prêtés avec tant de facilité? Est-il nécessaire, pour nous eu abstenir, de nous livrer à

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des travaux pe'i'bles, d'exercer quelque art qui exige une application soutenue .et fatigante, ou bien faut-il s'exposer à des dangers éminents? Ah! vous n'avez rien de tout cela à faire; mais il suffît seulement que vous apportiez quelque attention et que vous ayez de vigilance sur vous-mêmes, et vous parviendrez eu peu de temps à déraciner de votre cœur cette habitude damnabie (Hom. ad pop. Ant.). Dites-moi , mes chers auditeurs, si Dieu, pour venger son saint nom, frappait de quelque maladie tout chrétien qui jure, si le prince condamnait à une amende, à l'ignominieux supplice du fouet, ou à la honte d'une exposition publique, tout individu qui serait convaincu d'avoir prêté même un seul serment , croyez-vous que les serments seraient aussi communs qu'ils le sont? Je pense qu'après avoir prêté le premier , on n'en prêterait pas un second ; mais parce que Dieu n'exerce pas sur vous ses terribles vengeances aussitôt que vous avez juré, et parce qu'il vous supporte avec patience et longanimité, vous continuerez à le faire tontes les fois que l'occasion s'en présentera , sans crainte et sans effort de voire part pour extirper de votre cœur une habitude aussi pernicieuse! 0 aveuglement ! ô erreur!

7. Après avoir vu le triste état dans lequel se trouvent ces chrétiens qui persévérant dans la détestable habitude de jurer,ne font aucune effort pour s'en défaire, il me reste à vous proposer deux doutes que l'on voit, hélas! se reproduire souvent. Voici le premier: Que doit-on penser de celui qui, habitué à jurer, le fait avec connaissance de cause pour soutenir la vérité, aussi bien que la fausseté ? Le second est celui-ci : Que doit-on penser d'un chrétien qui à raison de cette mêmehabilude,jure sans examiner si ce qu'il nie ou ce qu'il affirme est vrai ou faux? Je répondrai d'abord que celui qui prend indifféremment Dieu à témoin d'une chose fausse comme d'une chose véritable se trouve indubitablement dans un état de péché mortel ; la raison en est que celle coutume le met dans une prochaine occasion de se parjurer très fréquemment, et j'ajouterai , continuellement. 11 pèche donc autant de fois qu'il reconnaît avoir celle perverse habitude, et qu'il ne cherche pas à la détruire. Celui pareillement qui, à raison de celle habitude dans laquelle il est de jurer, le fait sans examiner si la chose est vraie ou fausse, est aussi coupable de péché mortel, car il est toujours dans un danger prochain de prêter de faux serments, et négligeant de connaître s'il jure pour une chose vraie ou fausse, il doit conséquemmeut faire souvent des serments .contraires a la vérité. Toutes les fois donc qu'il jure, il souille sod

St'R LE SECOND COVMANnCMI.Vr DE DIEU. 173

âme d'une faute mortelle. Mais, dii ez-vous , il ne s'aperçoit pas qu'il fait de faux serments. N'importe, car lors même que ces serments ne sont pas directement volontaires , selon le langage des théologiens, ils le sont indirectement et dans la cause , c'està- dire dans l'habitude contractée volontairement, et volontairement aussi entretenue par des actes multipliés, sans jamais avoir usé d'aucun moyen pour s'en défaire. Mais, ajoutez-vous , celui qui vil dans celle habitude de jurer ne jure pas toujours avec l'intention de tromper, mais souvent pour attester une chose véritable.Nonobstant cela, je dirai qu'il pèche toujours, parce que celte coutume l'expose à jurer aveuglément, et quoiqu'il jure quelquefois selon la vérité, cela n'arrive que par hasard, étant comme il l'est, disposé à jurer de quelque manière que ce soit. Hélas! chrétiens, combien y a-t-il d'hommes aujourd'hui qui ne font aucune difficulté de prêter serment, tantôt pour la vérité, tantôt pour la fausselé,et qui par conséquent vivent dans un état continuel dépêché, et dans le danger de la damnation éternelle ! 8. Mais voici un autre doute dont la solution est difficile , doute que proposent quelques-uns d'entre vous. Que pensera-t-oh de nous qui recourons fréquemment au serment par l'effet de I habitude, sans cependant avoir l'intention de jurer à faux, et qui, quoique nous jurions plusieurs fois par jour,respectons toujours la vérité? On ne dira pas sans doute que nous sommesen état de péché mortel , parce que quand le serment est vrai, quoiqu'il se fasse sans nécessité et sa*is jugement, on ne commet qu'une faute vénielle. A cette question je réponds, d'après la sainte Ecriture et le sentiment des saints Pères, que ceux qui croient jurer avec vérité etavec justice, et qui ne jurent pas avec jugement , quand ils en ont contracté l'habitude ne larderont pas de commettre des péchés mortels. Je ne me trompe pas , car l'Esprit-Saiul l'avoue luimême dans l'Ecclésiastique (Cap. 23): Jurationivon assiieêcat os tuum, mulli cnim casus inillà : que votre bouche ne s'accoutume pas au serment, parce que par-là on se rend coupable de beaucoup de fautes. Vir mutlùm jurons replebilitr iniqitilate , et non (lisccdct àdovw illius ploya. L'homme qui est prodigue de ' serments, se souille de beaucoup d'iniquités, et la main vengeresse du Seigneur s'appesantira pour jamais sur sa maison. Il n'y a personne qui emploie souvent le serment sans qu'il ne tombe <Jans le parjure , dit saint Chrysoslome , comme il arrive à celui qui parle beau oupde laisser échapper un grand nombre de paroles inconvenantes (in c. \. Mailn. Ce saint répète celle vérité en biend'aulres endroits.» Celui qui ne jure pa>, dit saint Ànot-

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» bwise (de Exorf. Vir. cil.) ne se parjure point : mais il fait » nécessairement qu> «elni qui est dans la coupable habitude de » prendre Dieu à téiLjin se parjure, parce que tout homme est » menteur. » Renoncez donc à la funeste cou! unie de prêlerdes sermentsà touteoccasion , afin que vous n'ouvriez pas la porte à cet exécrable crime. L'habitude, de jurer, dit encore saint Augustin (ep. 57. Al. 80) , fait qu'on se rend souvent coupable de parjure , ou qu'on s'expose souvent an danger de s'en souiller. Saint Isidore déclare (1. 2. Synod. c. 10) que les faux serments ont leur sourcedans la fréquence des serments. Les saints Canons assurent que les serments multipliés et faits inconsidérément en engendrent un grand nombre de faux (ËK.c.46* le.Jurejur.). Si donc l'habitude de jurer enlraine après elle beaucoup d'iniquités et de péchés et qu'elle donne naissance à des serments iniques plus horribles les uns que les autres, qui osera jamais dire que celui quiy persévère , n'est pas en étal de péché mortel ?

D.Mais ces observations nes'adressent pas à nous,me répliquezvous, parce que nous sommes assurés de ne jamais prêter de faux serments. Quoi ! vous ne prêtez jamais de faux serments? Vous voulez donc par un impudent mensonge , faire croire que l'Esprit Saint et tous les Pères de l'Eglise, qui sont la lumière du monde, nous en imposent lorsqu'ils certifiant le contraire de ce que vous avancez 7 Oui, c'est un véritable mensonge que de soute* nir que vous jiuvz toujours selon la vérité. Comment est-il possibleque celui qui tous les jours neces>e de prendre Dieuàlémoin, puisse être assez circonspect pour ne pas tomberdans le parjure? Pour jurer avec vérité , vous l'avez entendu dire plusieurs fois, et je tous le, répéterai encore, il faut qu'oïl soit assuré de la vérité de lach isp par laquelle on est appelé à témoigner en juslicesur les saints Evangiles. Le plus léger doute doit suffire pour empêcher !a prestation d'un serment. Ce n'est pas assez d'avoir des probabilités , de former desconjecturessur la vérité de la chose qu'on doit attester; ce n'est pas assez de pouvoir dire : je le crois ainsi , la chose me parait ainsi , je l'ai entendu dire; il faut, d'après le Catéchisme romain, avoir des preuves irréfragables de la vérité de la chose en question. Mais quel est celui qui étant accoutumé à jurer , ait des preuves certaines , une connaissance parfaite que la chose pour laquelle il va prêter serment, e>t u-aie ? Celui quiagit par habitude , agit pour ainsi dire sans peine, avec promptitude, et pour l'ordinaire sans réflexion, sans advertance. Comment donc pourra-t-on dire que ceuxqni ont l'habitude de jurer,etqn,~, comiuele dit saint Augislin ; prof-M'cnl autant de serments %»e

de paroles , plura surit plerumquejuramenta, quam verba (serm. 189. al. 38.de Verb.Apixl.), comment donc pourra-ton dire que ceux-là en achetant, ceux-ci en vendant, en folàlrant,en jouant, et qui jureront des centaines de fois aient le temps de réfléchir sur la vérité des choses pour lesquelles ils jurent? JNon, cela ne peut être. II s'ensuit donc que celui qui est dans l'habitude de prêter serment, se trouvant dans une occasion et un danger continuels detomber dais le parjure, se trouve aussi par-là même dans un. état continuel de péché mortel.

10. Mais pour confirmer ce que j'avance , j'ajoute encore une autre raison, c'estque cette coutume de jurer qui expose à un.continuel danger de se parjurer, fait qu'il est comme impossible qu'on ne tombe pas dans cet excès , de temps en temps : c'est bien pis encore , si cette coutume porte celui qui aie malheur d'y êtresujet à jurer avec la même facilité pour le faux comme pour le vrai; d'un autre coté , elle est très funeste et très pernicieuse à cet infortuné . car elle le rend, incapable de recevoir l'absout, lion de ses péchés. Gardez-vous bien de considérer ma domine comme nouvelle et sévère, parce que malgré votre hal^in^e je jurer sans tenir eomptedela vérité ou de la fausseté d'une chose, vous avez trouvé des confesseurs indulgents qui vous ont absous; s'ils en ont agi ainsi envers vous, c'est que vous n'avez peut-être pas as^ez bien exposé votre état, ou que le confesseur a manqué à ses obligations. Voici à cet égard la doctrine de l'Eglise : Quand des pénitents sont engagés dans quelque habitude mortelle^'ils ne donnent pas l'espérance et des signes manifestes de changement, c'est-à-dire s'ils ne font pas toutes leurs diligences et tous leu.'U efforts pour la déraciner, ils ne sont pas dignes d'absolution, quoiqu'ils protestent extérieurement qu'ils veulent changer de conduite. Oser direel soutenir le contraire,c'est encourir l'excom. muuicalion réservée au souverain Pontife (Prop. 60. damn. ah Imioo.XI). N'ajoutez pas foi , ministres du Seigneur, à toutes ces protestations et à ces promesses dont sont prodigues les chrétiens qui sont sujets à ce vice, promesses etprolestations qu'ils oritviolées si souvent; mais éprouvez-les avant de les absoudre. Je nedis pas pour cela que ceux qui sonldans une telle habitude doivent s'éloigner d'un confesseur; au contraire, il faut que tous s'empressent de. montrer les plaies de leur âme au médecin spirituel qu'ils auront choisi; mais tant qu'ils n'auront pas employé les moyens , fait les efforts convenables pour se corriger, et que le con* fesseur ne jugera pas à propos de leur donner l'absolution, qu'il* te l'importunent pas afin qu'il la leur accorde.

VQ XV. INSTRUCTION

11. Mais qtiedeviendrons-nous, diront quelques-uns, nous qui depuis si longtemps avons contracté cette horrible habitude de jurer? Nous devons donc désespérer de notre salut éternel? Non, mes frères, aidés par la grâce divine, vous pouvez triompher de toutes vos mauvaises habitudes, les détruire, quelque profondes que soient les racines qu'elles ont jetées. Plus les difficultés que l'on éprouve à vaincre sont grandes, plus l'on doit appor ter de soin, d'attention, de zèle, pour les rompre, et user des moyens les plus énergiques et les plus propres à ce but. Je vais vous raconter un exemple qui vous démontrera la vérité de ce que j'avance. Un personnage distingué, accoutumé à jurer presque à chaque parole, s'étant repenti sincèrement de sa faute, prit la ferme résolution de se corriger à tout prix. 11 s'adressa à un sage confesseur, le priant de lui imposer une pénitence qui put le garantir de toute rechute dans ce malheureux vice; mais comme celle qu'il lui donna lui semblait trop douce, il s'obligea de lui-même à en faire une beaucoup plus rigide, et qui était de ne point manger de viande les jours où il aurait proféré derechef quelque serment. Le croiriez-vous ? il fui 5i ferme dans sa résolution, qu'il ne mangea pas de viande presque la moitié de l'année; et, avec l'aide de la grâce de Dieu, et parle moyen de cette abstinence, il se corrigea. Un autre s'interdit absolument le via les jours où il retombait dans celte mauvaise habitude de jurer, et par celle privation il la détruisit parfaitement. Un soldat étant accoutumé à jurer le nom sacré de Dieu lorsqu'il était en colère et de mauvaise humeur , son confesseur lui enjoignit de faire sur la terre une croix avec sa langue toutes les fois qu'il prononcerait, selon son habitude, ce saint nom. Celle pénitence sauva lame et le corps, car s'étant prosterné contre terre pour l'accomplir, venant de retomber dans sa même faute, au moment même une halle parlie d'une arquebuse l'effleura sans lui faire aucun mal, et il aurait été percé de part en part s'il atail été debout. Oh! oui, ils avaient, ceux dont je viens de parler, une sincère volonté dese corriger! oui, ils employaient les moyens Ips plus énergiques et les plus propres pour arriver au but qu'ils s'étaient proposé. Vous, mes frères, qui êtes sujets aux mêmes habitudes, suivez leur exemple: imposez-vous, ou bien sollicitez votre confesseur afin qu'il vous impose quelque pénitence qui soit un peu pénible, telle que serait celle de fjire l'aumône toutes les fois que vous retomberiez dans votre faute, déjeuner, ou bie.n devons donner la discipline , de tracer sur la terre une croix avec la langue, de mordre celle même langue , de visiter quelque église, dé

réciter une prière particulière. Autrement, eu continuant à vous excuser en alléguant votre habitude, et vos transports de colère, sans vouloir vous servir d'aucun moyen efficace, vous ne vous corrigerez jamais, vos confessions ne vous serviront de rien, et vous mourrez dans l'étal de péché mortel. 12. Saint Augustin (loc. cit.) avoue qu'avant sa conversion il avait surtout la déplorable coutume, contractée depuis longtemps, de jurer le saint nom de Dieu; mais, qu'il l'avait combattue si courageusement qu'avec l'aide de la grâce il lui en coûtait dès-lors autant de jurer, qu'il lui coûtait peu de le faire avant cette époque. Mais de quels moyens s'élait-il servi? De la sainte crainte de Dieu; c'est par-là qu'il proteste être parvenu à imposer un frein à sa langue. Que ce soit aussi le moyen auquel vous aurez recours ; si les châtiments temporels dont Dieu menace ceux qui jurent en vain , si les malédictions qui s'attachent à leurs maisons, nesont pas capables d'arrêter vos langues, que les châtiments éternels, que ta sainte crainte de perdre votre âme, de la précipiter dans le plus profond des enfers, où elle ira éternellement blasphémer, en compagnie des démons, le saint nom de Dieu que vous avez tant de fois et sans aucun respect pris en vain, soient assez efficaces pour les contenir. Ah! Seigneur, détournez de nous ces épouvantables malheurs! nous voulons tous louer pendant l'éternité votre saint nom avec les Anges et les Saints. C'en est fait, nous avons renoncé pour jamais à le prendre en vain: nous ne le traiterons plus avec mépris. Pour réparer désormais tous les outrages que nous vous avons faits, nos bouches ne retentiront plus que de bénédictions et de louanges en l'honneur de ce nom si saint et si admirable: SU nomen Domini bentdicluni in œlernam.

Sur les imprécations et les serments cxccratoires.

Si les serments assertoires ainsi que les promissoires qui manquent de vérité et qui se font si souvent sans intention de les accomplir, sont devenus de nos jours si ordinaires et si communs, ainsi que ceux qui se font sans jugement et sans justice, les serments exécraloires, ou autrement les imprécations, que l'on en^ tend souvent sortir de la bouche des chrétiens, ne sont pas moinsfréquents. Puisque les imprécations sont directement contraires ail second commandement de la loi divine, ysu digues d'un chrétien»

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et qu'elles ont pour lui de funestes conséquences, je me propose de vous entretenir s; • ce sujet. Je vous montrerai premièrement combien elles sont criminelles aussi elles-mêmes; secondement combien elles sont pernicieuses, soit qu'on les fasse contre soi-même ou contre les autres; troisièmement enfin, je vous démontrerai combien sont frivoles les excuses sur lesquelles se fondent ceux qui cherchent à les légitimer.

1. Il a deux sortes d'imprécations: les unes sont simples, et elles sont telles, quand on se souhaite à soi-même ou à autrui (quelque mal; les autres se font avec accompagnement du serment, alors elles s'appellent serment exécratoire. Le serment exécratoire a donc lieu quand, en prenant Dieu à témoin, on se souhaite à soi même ou à autrui quelque mal en cas que ce que l'on affirme ou que ce que l'on nie ne soit pas vrai, ou que l'on n'accomplisse pas ce que l'on promet; ainsi vous entendrez souvent sortir les propos suivants de la bouche de beaucoup d'hommes qui font profession d'être chrétiens et qui ne le sont que de nom: Que le démon ni1 emporte, si je ne fuis pas celai que j'aille en enfer , si cela n'est pas vrai : que la foudre ni écrase , que je ne voie jamais Dieu , que Dieu ne me pardonne pas, que je fasse une mauvaise mort , si la chose n'est pas comme je d';s; que je ne voie plus le soleil, que je meure subitement , que je perde laraison , qu'on m'arrache les yeux, si je ne fais pas cela, ou telle autre chose. Pour le dire en un mot , ils prennent Dieu à témoin que, si la chose qu'ils assurent n'est pas vraie, ou ne sera pas comme ils l'affirment, ils veulent qu'il les privede la vie , ou que le démon les emporte, et les entraîne avec lui dans les enfers.

2. Croyez-vous que ce soient-la des expressions et des manières de parler dignes d'un chrétien? Connaissez vous toute la force de vos paroles? Appeler Dieu en témoignage et le prier qu'il vous enlève une vie que vous ne pouvez vous arracher sans une faute énorme? une vie que Dieu vous a accordée parmi trait de sa bonté et de sa miséricorde, et dont lui seul est maître? Et pourquoi l'appelez-vous ainsi en témoignage ? Pour une futilité , pour une chose qui sera souvent fausse ou au moins douteuse, ou que vous n'aurez pas l'intention d'accomplir. Et non contents de prendre Dieu à témoin , vous voudriez, autant qu'il est en voire pouvoir, vous livrerai! démon, et le mettre en possession de votre âme, afin qu'il l'entraîne dans les enfers? Die savez-vous pas que ce malin esprit est l'ennemi capital de Dieu, l'ennemi le plus furieux de l'homme et de son salut éternel?

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