Oue diriez-vous si un homme à qui son souverain aurait
donné une ville ou une forteresse importante à défendre, ou dont il l'aurait nommé le commandant ou le gardien, si cet homme , dis-je, oubliant la faveur dont il jouit et l'honneur qu'il lui aurait fait, et abusant de la confiance que ce souverain aurait placée en lui, livrait celte ville ou cette forteresse à ses ennemis acharnés ? Quel ne serait pas le crime de ce sujet infidèle ? Pourriez-vous vous imaginer un supplice proportionné à une si grande perfidie et à une trahison aussi odieuse? A présent , sachez que quand vous faites ces horribles imprécations et ces serments exécratoires dont on a parlé, vous vous rendez coupables, non. seulement d'une semblable perfidie et d'une semblable trahison, mais d'une trahison et d'une perfidie mille fois plus grandes. Dieu vous a confié votre âme comme le trésor et le dépôt le plus précieux qu'il pût jamais mettre smis votre garde. Vous en êtes les vrais gardiens et les vrais dépositaires , et par ces horribles imprécations, par lesquelles vous sollicitez que le démon vous emporte, vous la livrez à l'ennemi juré de Dieu. Or, n'appelezvous pas cela une énorme trahison , une faute très grande? Ahî on ne voit que trop d'après vos imprécations eï d'après les souhaits que vous faites si souvent, que l'esprit malin vous enlève j on voit qu'il est le maître de votre âme, et que, par conséquent , un jour l'enfer sera votre demeure éternelle.
4. Si vous voulez donc assurer votre salut éternel, abstenezvous tout-à -fait de ces serments exécratoires, et de ces horribles imprécations par lesquelles vous vous souhaitez la mort, ou vous vous donnez au démon. Ne dites plus pour vous excuser que vous en avez contracté l'habitude; mais désormais vous devez apporter tous vos soins, faire tous vos efforts, employer tout votre zèle pour la déraciner. Une habitude criminelle n'a jamais pu autoriser le péché ni en diminuer la gravité. Car si elle la diminuait, il s'en suivrait que plus un homme serait impie et pervers, et plus il se trouverait engagé dans des habitudes mauvaises et invétérées, moins il offenserait Dieu. Qui aurait jamais l'audace de soutenir une semblable proposition? Abstenez-vous donc, je le répète, des serments exécratoires, et ne faites plus ces imprécations par lesquelles vous souhaitez que la mort vous frappe, ou que le Démon vous emporte, ou qu'il vous arrive quelque autre mal , parce que souvent Dieu les a même réalisées dès cette viesurles malheureux qui étaient assez aveugles pour les proférer.
5. Il faut cependant avouer que les imprécations les plus ordinaires ne sont pas celles qui sont accompagnas de serments ,
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mais celles qui se font simplement, surtout contre les autres, et et par lesquelles on leur souhaite la moi ton quelqueautre mal. Mais elles n'en sont pas moins indignes d'un chrétien et funestes à ceux contre qui on les fait. En vérité c'est une chose horribleà entendre et honteuse pour un enfant de Jésus-Christ, quedans tous les transports de fureur ou de colère auxquels il s'abandonne, que dans toutes les occasions où, soit les événements, soit ses semblables contrarient ses vues , il ne sache presque jamais ouvrir la bouche sans vomir des imprécations. On le voit maudira tantôt le soleil et la pluie, tantôt les vents, les chaleurs, les froids, la grêle. L'ouvrier maudit son enclume, son marteau, ses instruments , le tailleur son ciseau , le laboureur sa charrue ou les autres objets qui servent aux travaux de la campagne ; celui* ci maudit son bœuf, parce qu'il ne marche pas aussi vite qu'il le voudrait; celui-là sou cheval , parce qu'il trébuche; l'autre sa plume , parce qu'elle ne dépose pas l'encre ; celte femme maudit le jour et l'heure où elle entra dans cette maison. Mais sera-ce un péché et un péché grave que de maudire les créatures privées déraison ? Je réponds quemaudire lesanimaux privés de raison, n'est que péché véniel quand celte malédiction n'est que le fruit d'une colère légère et soudaine; mais cette malédiction sera un péché grave, si les transports de colère sont excessifs ; et pins grave encore, si on maudit ces objets comme étantde» créatures de Dieu, et comme des instruments de sa justice par les* quels il nous punit, puisque, comme créature de Dieu, le démon ne peut pas même être maudit. La raison de cela est que, maudire quelque créature, en tant que créature de Dieu, c'est offenser la Divinité, comme on offense un maître quand on outrage ou maltraite son domestique.
6. Les péchés sont beaucoup plus graves, quand les malédictions se font contre des créatures raisonnables, hommes ou femmes, contre les plus proches parents , et contre des enfants encore dans l'état d'innocence. Les cheveux se hérissent sur la télé, lorsqu'on entend certaines malédictions exécrables, et certaines imprécations horribles s'échapper de la bouche de quelques chrétiens. Telles sont les suivantes : Que le chancre le ronge ; que la pesle le prenne ; que le -tonnerre (écrase; que le diable t'emporte en corps et en âme ; qu'autant de diables entrent dans toi, que lu as de cheveux sur la tète ; puisse-lu le briser la tête au premier pas; que tu sois maudit de Dieu, qu'il le foudroie, et combien d'autres malédictions dont je, ne parle pas ! Mais qui vous a donné celte puissance sur la vie el sur l'âme même de votre
prochain ? Pourquoi lui souhaitez-vous des malheurs si grands , comme sont la mort temporelle, et même la perte de ràme,la damnation et l'enfer? et comment avez-vous l'audace de prier Dieu qu'il exauce de tels vœux? Oh! si vous saviez quel outrage vous failes à Dieu quand , transportés de fureur, vous maudissez voire prochain , et que vous souhaitez que le démon l'emporte, qu'il soit éternellement damné, que Dieu l'écrase de son tonnerre, qu'il lui arrache la vie , vous ne seriez pas portés à employer des manières de parler si épouvantables, fussiez-vous parvenus au comble de l'impiété. Vous agissez dans ces circonstances en juges; mais pourriez-vous me dire quelle fonction vous assignez à Dieu? Je rougis de le dire , et je ne le dirais pas , si saint Augustin ne l'avait dit avant moi. Ce saint docteur remarque quele juge n'exécute jamais à mort, il en profère la sentence seulement , et l'exécution à mort est confiée au bourreau. Or , que faites-vous quand vous priez Dieu qu'il foudroie, qu'il réduise en cendres qu'il fasse périr et qu'il condamnes l'enfer ceux contre qui vous êtes en colère? Autant qu'il est en votre pouvoir, vous vous arrogez l'office déjuge, en le ravissant à Dieu à qui il appartient exclusivement, et vous voulez qu'il remplisse les fonctions de bourreau dans votre intérêt , pour punir ceux que vous ne pouvez punir vous-mêmes: Te facis judicem , conclut le saint Père, et Deum quœris esse lortorem (serai. 4. de S. Stephano). Peut-on dire une chose plus impie ? C'est cependant ce que vous failes par vos imprécations, et Dieu par la bouche du prophète Isaïe (c. 43) se plaint de ce que vous le faites servir de ministre à vos passions déréglées : Servire me fecistis in peccutis veslris.
Mais pour vous mieux montrer combien les imprécations sont indignes d'un chrétien, et combien elles couvrent d'infami^ceux qui sont dans l'habitude d'en faire, je vous dirai ce que pense de ces malheureux saint Bernard (de Modo hene vivendi) : « Ces es- » prits hargneux et colères qui s'irritent en toute occasion, et qui » n'ont dans la bouche que des malédictions, qui se font un » plaisir de vomir contre leur prochain des imprécations et des » injures, ne les appelez plus des hommes, dit ce saint Père, » mais plutôt des démons. ■» Ils n'agissent pins d'après les principes de la religion, ni d'après la raison, ils ne parlent plus que d'après les suggestions de l'esprit diabolique dont ils sont remplis. Oui, faire des imprécations , et dire des injures au prochain, est la marque d'un esprit vil et infâme, qui ne cherche qu'à faire du mal au prochain , d'un esprit brouillon et injuste, qui travaille à jeter la désunion parmi ses frères ; ce sont là des
caractères de fesprit malin. Et pour être convaincu que cepécl«.; porte avec lui un caractère de bassesse et d'infamie , il faut considérer les imprécations ou par rapporta leur principe, ou en elles-mêmes: si nous les considérons par rapporta leur principe, d'où tirent-ellesleur origine ? ou d'une envie cachée, ou <le quelques furieux transports de colère. Or, haïr un frère tpft vous êtes obligés d'aimer comme vous-mêmes, lui porterenvie an sujet d'un avantage qui lui est survenu, et dont vous devriez vous réjouir ; chercher la ruine d'une personne dont les intérêts doivent vous être aussi chers que les vôtres propres; lui adresser des injures par* esprit de vengeance, le charger de malédictions, n'est-ce pas déchoir de la dignité d'homme, et abjurer tous les beaux sentiments de l'humanité ? N'est-ce pas ressembler à cesanimaux qui s'élancent vers la porte d'un logis lorsque quelqu'un l'ouvre, et mordent indifféremment tous ceux qui se présentent.
8. Cette bassesse et cette infamie ne se manifestent pas moins, si les imprécations sont considérées en elles-mêmes. Elles enflamment le sang, bouleversent le cœur de ces malheureux qui s'y abandonnent, et excitent en eux des convulsions qui fort horreur. Les traits de la rage se gravent sur leur figure, ils pâlissent, iis tremblent, ils crient, ils brisent et renversent tout, tellement qu'en les voyant , on croirait que ce sont des possédés furieux. Mais la marque la plus sensible de la bassesse et de l'infamie dont se couvrent ceux qui s'emportent contre leurs frères, en les chargeant de malédictions et d'injures, est qu'ils ne peuvent se venger que par ces moyens. Ils voudraient, si cela était en leur pouvoir, leur faire tort dans leurs biens, les priver de la liberté, leur ravir la vie; mais parce qu'ils redoutent les châtiments des lois humaines, ils assouvissent leur fureur par ces malédictions, •seuls moyens de nuirequ'ilsontàieur disposition, sans qu'Usaient à redouter la sévérité de ces lois vengeresses. Comme ilssouhaitent à leur prochain tout le mal possible, ainsi ils voudraient que les puissances du siècle fussent les ministres de leurs vengeances et de leurs passions, ou qu'à leur refus, celles de l'enfer s'emparassent de celui qu'ils ont en horreur; et enfin, comme nous l'avons dit, ils prient Dieu de l'écraser de son tonnerre, et de lui arracher la vie: voilà l'état dans lequel leur fureur les précipite. Ainsi ne pouvant, ou n'osant lui nuire d'une autre manière , ils se servent, pour le frapper, des désirs funestes qu'ils manifestent contre lui, des imprécations qu'ils font contre sa personne. A présent, je vous le demande, quelle idée avez-vous d'un homme qui n'a
SUS LE SECOSD COM.-SÎA.NDE.ME^T DE DIEU. 133
3utre chose dan:: la bouche que ces imprécations et ces injures? Que pensez-vous d'une femme qui , à toutes les heures, crie et s'emporte? De quel mépris et de quel horreur ne sont-ils pas I objet! Quelles que soient donc les qualités que la nature généreuse leur ait prodiguées, ce seul vice ne vous engagerait-il pas ï er. fuir la compagnie, pour échappera leurs imprécations, et ne pa* attirer sur vous leur colère.9
9. Ce n'est pas là cependant la seule raison pour laquelle vous devez renoncer à leur société. Il en est une autre que j'ai déjî mise en avant; c'est que ce sont des esprits brouillons et inquiets. qui ne savent vivre en paix avec personne et qui jettent partout U désunion et la discorde. Il n'est rien qu'un, chrétien doive avoir plus à cœur que de conserver l'union et la paix entre tous; c'esl cette union que le Sauveur nous recommande en tant d'endroits de l'Evangile : c'est cette paix qu'il appelle la vraie marque à laquelle il reconnaît qu'où est ses disciples; c'est cette paix que dans la ferveur de ses prières il demande pour eux à son Père éternel (Joan. 17.);union et concorde que les Apôtres, conformément aux enseignements de leur divin maître, veulent que nous cou» servions autant que possible et à tout prix avec nos semblables. Solliciti. dit saint Paul (Eph. 4.) , servale unilalem Spiritàs m vinrulo pacis. Mais qui sont ceux qui rompent plus facilement cette belle union et celte sainte paix? Ce sont ceux qui en toute occasion et pour des bagatelles, s'emportent contre leur prochain et le chargent de malédictions et d'injures, ce sont ceux qui, au grand scandale de tout le momie , sèment et entretiennent la zizanieet la discorde dans les villes et les maisons. Que! le chose en effet plus scandaleuse et plus criminelle que de voir des chrétiens qui se donnent le titre de frères, et qui le sont réellement en Jésus-Christ, se déchirer comme s'ils étaient des eunemis déclarés, par des paroles injurieuses et piquante;, par o ■ discours envenimés > et par les imprécations les plus horrible?, et les plus atroces? Quelle honte dans une religion aussi sainte, ci-muie est la nôtre , de voir des enfants du même Père qui <>-£ Jésus-Christ, et de la même mère qui est l'Église, s'élever l'un contre l'autre, vomir des imprécations et des injures, et ne respirer que vengeances? Ah! disons-le clairement, ils ne sont pas chrétiens, ils sont des démons incarnés qui obéissent à toutes les inspirations de Satan leur chef, qui se sert d'eux pour fon: la discorde dans le monde. C'est pour cla que dans le plus f»it de leurs imprécations, ils ont &i souvent le nom du démon leur bourbe, qu'il semble qu'ils ne savent pas dire autre chose.
S'il en est ainsi, serat-il possible qu'on veuille persévérer dans un vice qui, oulre l'injure qu'il fait à Dieu, est tellement indigne d'un chrétien , qu'il le rend semblable à Lucifer?
10. Mais l'imprécation sera-t-elle de sa nature péché mortel? Saint Thomas répond à ce doute (22. q. 76. ait. 4.) en disant qu'elle l'est, excepté dans trois cas que voici : le premier, quand elle ne se fait qu'en matière légère ; le second, quand elle ne se fait que par forme de jeu ou de plaisanterie; le troisième, quand elle a lieu dans un léger accès de colère, ou lors même que cet accès serait grand, pourvu qu'elle ait été failepar surprise, et qu'on n'ait pas eu le temps de réfléchir, alors elle n'est que péché véniel : ces trois cas exceptés, le samt docteur conclut que toutes les imprécations sont des péchés mortels, parce qu'elles sont opposées à la charité due au prochain. Et ordinairement loules ou presque toutes ces imprécations qu'on entend sorlir aujourd'hui de la Louche des chrétiens les uns contre les autres, telles que celles-ci : Qu'ils puissent tomber morts au premier pas : quele diable les emporte en corps et en âme ; que Dieu les écrase de son tonnerre , et autres semblables que nous avons déjà indiquées, sont indubitablement des péchés mortels. Eh bien ! chrétiens , oserez-vous nous dire à présent que ces imprécations ne sont que des fautes légères et non des fautes très graves? Oserez vous dire qu'elles ne se font que par forme de jeu et par plaisanterie, au lieu d'avouer que c'est dans les transports de la rage et de la fureur, avec une pleine volonté et un véritable désir de les voir se réaliser sur ses ennemis? Oserez-vous dire qu'elles ne s'échappent des lèvres que dans un mouvement léger de colère, au lieu de confesser qu'elles sont proférées dans l'emportement, avec toute la connaissance et l'adverlance possibles? Hélas! nous sommes donc forcés de déclarer que ces imprécations sont des péchés graves et mortels.
11. Enfin le saint docteur ajoute que le péché est d'autant plus grave que la personne contre qui l'on fait l'imprécation est plus digne d'amour et de respect; et comme nul ne mérite plus l'amour et les égards que les enfants de la part de leurs parents, et les parents de la part de leurs enfants, il conclut que les imprécations des parents contre leurs enfants, et des enfants contre leurs parents sont toujours des péchés mortels.Je ne prétends pas parler ici de celles que vomissent ceux-là contre les auteurs de leurs jours , parce qu'on ne devrait pas croire qu'il y en ait d'assez dénaturés pour tomber dans cet excès, et parce que d'ailleurs j'en dirai quelque chose en son lieu, en expliquant le quatrième
commandement; je ne veux parler ici que de celles que profèrent les parents contre leurs enfants. El si mon devoir m'oblige d'inspirer à tous une horreur convenable de ces imprécations et de ces malédictions, afin qu'aucun de vous, ne s'en rende jamais coupable , à plus forte raison, suis-je obligé d'en inspirer aux pères et aux mères une horreur bien plus grande, parce que si la faute qu'ils commettent est bien plus grave en eux que dans les autres, ce sont eux qui y tombent aussi plus souvent. Jouissant vis-à-vis de leurs enfants d'une autorité que leur donnent la nature et les lois humaines, ils s'imaginent qu'ils ont le droit de décharger sur eux leurs imprécations et leurs malédictions. Lorsque par leur inconduite, ou par leur révolte ils les ont poussés à quelque transport de colère, vous les entendrez souvent exprimer ces souhaits horribles: Qu'ils ne les puissent plus voir ; qu'ils se brisent la lêle ; qu'ils meurent subitement ; que le diable les enlèçe, qu'ils soient maudits... Et ce sont là les expressions qu'osent employer des pères et des mères? Ils désirent qu'ils soient frappés des plus grands malheurs, que la vie temporelle leur soit arrachée ? que le démon s'en empare? En un mot, ils font contre eux les malédictions et les imprécations les plus horribles; et ils osent en agir ainsi contre des enfants qui sont le fruit de leurs entrailles, une partie d'eux-mêmes, et pour qui ils devraient avoir une tendresse et une affection si grandes!
12. Oh! si vous saviez, pères et mères, le grand mal que vous faites à votre âme, et au corps et à l'âme de ces enfants par ces imprécations et ces malédictions que vous lancez contre eux, vous ne vous abandonneriez plus à de semblables transports. Ordinairement vous faites une blessure à votre âme par une faute mortelle, parce qu'étant obligés d'aimer vos enfants, et conséquemment de leur procurer tout le bien possible, vous appelez sur eux les maux les plus terribles, maux que vous connaissez bien , sur les conséquences desquels vous avez dû souvent être avertis par vos confesseurs, et que cependant vous avez toujours continué à provoquer contre eux par vos imprécations. Et ces maux que vous attirez sur le corps et sur l'âme de vos enfants, je voudrais avoir le temps de vous les raconter, vous seriez alors convaincus que si les imprécations que l'on fait contre soimême sont indignes d'un chrétien, et infiniment pernicieuses, celles que l'on fait contre les autres le sont pareillement. Userait à désirer que j'eusse assez de loisir pour vous faire le récit des malheurs par lesquels Dieu a jugé à propos, dans ses redouta-
bles jugements, de réaliser ces imprécations et ces malédictions que tant de mères et de pères imprudents et colères ont proférées contre leurs enfants, et vous seriez intimement persuadés que si toutes les imprécations sont accompagnées d'un ttffet pernicieux, celles que prononcent les parents ont encore des résultats plus affreux. Mais sans entrer dans le détail de tous ces malheurs, j'en raconterai <;uelq!ies-uns seulement pour votre instruction.
1 3. « Va , que les loups te mangent , » disait souvent une mère à une de ses filles très jeune encore. La chose arriva ; car un jour elle fut dévorée par des loups. « Que tu sois maudit hors de ma » maison , et que je ne puisse te voir que mort, » dit un père en colère à un de ses fils qui l'avait outragé. Quelques heures après cet enfant fut tué et rapporté mort à la maison, au grand chagrin de son père. Mais sans nous étendre davantage sur de semblables faits, racontons-en un que nous empruntons à saint Augustin (lin. 22. de Civil. Dei, cap. 8.) , et qui est le plus étonnant de tous: lui-même en avait été le témoin oculaire. Une veuve avait dix enfants, sept garçons et trois filles, qui un certain jour, selon leur habitude ne voulurent pas fairece qu'elle commandait. Transportée de fureur, cette mère fil contre eux cette imprécation: « Que » jamais vous ne restiez en repos, puisque vous ne m'en laissez » goûter aucun , àmoi qui vous ai donné la vie. » Paroles qui eurent de suite leur effet, car, comme s'ils eussent été frappés de la foudre, ils commencèrent à trembler horriblement de tous leurs membres et à être dans une agitation tel!e,qtie même dans le temps du plus profond sommeil, dit le saint, ils continuaient à trembler. Etant donc devenus incapables de travailler , ces malheureux remplis d'épouvante se mirent à errer dans différents pars. Huit moururent dans divers voyages, et deux seulement arrivèrent àHyppone, dont saint Augustin était alors évéque ; ils recouvrèrent la santé par les mérites du premier martyr saint Etienne.
14. Mais il serait trop long de raconter tous les exemples funestes arrivés à l'occasion de ces imprécations , etparce que vous ne voyez pas toujours l'effet les suivre immédiatement, vous ne devez pas croire pour cela que les mêmes malheurs ne vous menacent. Il n'est que trop vrai que tôt ou lard , pour punir l'insolence des enfants désobéissants et revêches,ainsique la méchanceté des pères et des mères, Dieu permet que ces horribles imprécations se réalisent. Apprenez donc, pères et mères, à mettre un freina votre langue et à ne plus les proférer. Mais, me dites-vous, les enfants d'aujourd'hui sont méchants = audacieux; nous ne pou-
vons nous empéclier de leur souhaiter du mal... Ainsi donc on trouve des excuses pour justifier les imprécations , comme on en trouve pour justifier les serments. Oh ! combien ces excuses sont frivoles ! Vos enfants sont méchants ! C'est pour cette raison que vous devez bien vous garder de provoquer contre eux aucun mal, afin qu'ils ne deviennent pires, s'ils sont déjà méchants. Vous devez donc prier Dieu qu'il les rende bons ; c'est à vous de leur apprendre la manière de le devenir : et puis , je vous le demande, serait-ce un moyen de les détourner du vice, <pie de les livrer au démon et de les maudire? C'est de la verge qu'il faut se servir pour les corriger, comme le veut l'Esprit Saint (Prov.21), mais ce n'est pasavec une langue chargée de malédictions que vous en viendrez à bout : malilia collifjnla est in corde pueri , et virga disciplinœ fiifjabit cam. Autrement ils ne changeront jamais, et Vi> imprécations neserviront qu'à les rendre vos imitateurs. Ce que j'avauce est vrai. Combien de jeunes ei.fmts ne sauront pas encore réciter les prières ordinaires du ehréiien, et qui dans leur» petites colères. savent déjà maudire ceux qui les réprimandent, invoquer le démon pour qu'il les enlève, souhaitent que tel ou tel malheur leur arrive , et sont au fait de bien d'autres malédictions ; mais de qui les ont-ils apprises, sinon de vous qui les avez si souvent dans voire bouche ? Abstenez-vous en donc , afin qu'ils n'en contractent pas la funeste habitude et que vous n'attiriez pas sur leur tête les maux que vous leur souhaitez.
la. Mous ne croyons pas que nos imprécations contre notre prochain et contre nos enfants puissent b-nr attirer aucun malheur, parce que nous n'avons pas celte intention. Mous les proférons seulement de bouche et non de cœur , nous nous en repentons aussitôt qu'elles nous sont échappées , et nous .serions dans la désolation s'd en résultait quelque mal. D'ailleurs ce n'est que dans un transport décolère qu'il nous arrive d'en proférer. Voilà quelles sont les excuses par lesquelles tant de chrétiens jwéteodent encore se justifier. Mais au lieu de dimintiT votre péché, elles l'augmentent. \ dus assurez donc que vous ne désirez parepliement que ces grands maux que vous souhaitez à votre prochain lui arrivent, et que vous seriez fâchés si vo're malédiction était suivi.' de quelque effet. Pourquoi donc faites-vous ces imprécations? Pourquoi donc les répétez-vous si souvent, et avec des signe> manifestes de haine , de rage et de fureur? pourquoi poussez vous tant de clameurs? pourquoi faites-vous tant de vacarme, et cela jusqu'à mettre en émoi et à scandaliser tout un \oiss::a?:e? El puis, dites-vous, la fougue étant passée, vous
vous en repentez !... Eh ! quoi , vous liiez une personne ; je vous le demande, votre repentir la f Ta-t il revivre ? Vous lancez une pierre, et aussitôt vous vous eu repentez; mais ce n'est pas pour cela que la pierre reviendra en arrière. Vous déchargez une arme à feu ; quoique vous soyez fâchés de l'avoir fait , quelque soit votre désir que personne ne soit atteint, il n'est plus en votre pouvoir que celte arme ne produise son effet, et que le plomh meurtrier qu'elle vomit n'arrive au but vers lequel ilaété dirigé. Disons en lotit autant des imprécations que vous proférez contre votre prochain. Vous nous faites observer qm\ lorsque vous lui souhaitez du mal , ce n'est que quand vous êtes en colère. Ouel n'est pas l'aveuglement de ces chrétiens, qui apportent pour excuse de leur péché un autre péché! Mais ne savez-vous pas, mes frères, ce que c'est que la colère ? ne savez-vous pas qu'elle est un des sept péchés capitaux? Ne savez-vous pas que quand elle est excessive, et que surtout elle porte à proférer des blasphèmes, deô jurements , des malédictions et des imprécations ,ou à faire d'autres offenses au prochain, non seulement elle est un péché, mais encore un péché mortel? Et un péché mortel vous servirat-ild'cxciise pour justifier vos imprécations? Et sera-t-il permis à un chrétien de s'abandonner à la colère et à la fureur? iN'est-il pas dans l'indispensable obligation, sous peine de l'éternelle damnation , de la réprimer ainsi que toutes les autres passions, quand elles le conduisent à de graves excès?
-16. Cependant l'excuse la plus ordinaire que la plupart des hommes allèguent pour justifier leurs imprécations et les transports de colère auxquels ilsse Ii vient, est qu'ils ont été chagrinés , injuriés et offensés. Comment, disent-ils, pouvons-nous nous empêcher de lancer des malédictions, de proférer des injures contre ceux qui se plaisent à nous faire toute espèce d'affronts, qui ne cherchent qu'à nous insulter, et qu'à mal parler de nous? Si nous n'étions jamais provoqués, vous n'entendriez jamais sortir de notre bouche aucune imprécation. Qu'ils cessent donc de nous molester, et, de notre coté, nous ne les molesterons pas. Mais êles-vous chrétiens? N'avez-vous jamais appris la doctrine qu'est venu vous enseigner notre divin Maître? Il est venu vous apprendre qu'il fallait étouffer dans votre cœur tout ressentiment, tout désir de vengeance; aimer vos ennemis, faire du bien à ceux (pli vous haïssent, à ceux qui vous font du mal et qui vous persécutent, bénir ceux qui vous maudissent. Or, si à la moindre parole, à la moindre injure, vous vous emportez en tes transports décolère et de vengeance, si, au lieu de faire du
bien à ceux qui vous font du mal, vous cherchez à leur en faire,ou du moins vous leur souhaitez encore un plus grand mal que celui qu'ils vous ont fait; si, au lieu de les bénir, vous les maudissez ; si, au lieu de prier Dieu qu'il leur soit favorable, vous demandez qu'il les perde et les détruise , comment pourriez-vous vous glorifier d'être sainls et innocents, quand, n'observant pas les commandements de Jésus-Christ , et agissant d'une manière tout-àr fait opposée, vous n'êtes pas dignes de porter le nom de chrétiens?
17. Oh! qu'il me serait facile d'anéantir votre excuse ! Mais il me parait que je vous en ai dit assez pour vous convaincre de son peu de valeur. Je m'adresse à présent à vous qui êtes accoutumés avons donner au démon par vos serments exécratoires, à vous souhaiter du mal, à vous surtout qui êtes dans la mauvaise habitude d'en souhaiter au corps et à 1 ame de votre prochain , sans même épargner vos enfants, en employant les imprécalions et les malédictions les plus horribles; je viens vous prier d'ouvrir une fois les yeux sur l'état malheureux dans lequel vous vous trouvez. Sachez donc que vous ne pouvez prétendre au paradis, et que vous n'avez droit qu'à l'enfer. Nous lisons dans la divine Ecriture que Dieu ne voulait pas qu'on lui offriten sacrifice lesoiseaux de proie; ainsil'on doit croire pareillement qu'il n'admettra point au partage des joies éternelles ceux qui n'ont une langue que pour déchirer leur prochain par leurs imprécations. Si donc vous ne vous êtes pas proposé de faire, et si vous n'avez pas déjà fait les efforts et les diligences nécessaires pour imposer un frein à votre langue, ne vous approchez pas des tribunaux de la pénitence, car je vous dirai ce que j'ai dit à ceux qui ont la coutume dejurer, que vous n'êtes pas dignes d'absolution. Ne vous trompez pas, parce que jusqu'à présent on a fermé les yeux surcelte faute, commeétanttrès légère, elque, quoiquevous n'ayez jamais donné aucune espérance d'amendement, vous avez trouvé des confesseurs faciles à vous en absoudre; je vous dis encore, ou que vous ne leur avez pas fait comprendre toute la malice de votre péché, ou qu'ils ne vous ont pas compris. Mais si vous leur avezdéclaréavec clarté votre péché, qu'ils ne se soient pas mépris sursanature,etque,nonobslantcela, ilsvousaient absous, l'absolution qu'ils vous ont donnée n'a produit aucun effet, et elle ne servira qu'à vous conduire en enfer ainsi que votre confesseur. Si vous voulez donc être assurés de votre salut, faites violence à vos passions; employez tous les moyens possibles pour arrêter votre langue. Né rendez à personne le mal pour le mal, conclu-
cai-je avec l'Apôtre (Rom. 12.), mais efforcez-vous de vivre en paix avec Ions. Quelles que soient les injures qu'on vous adresse, ne cherchez point à vous venger, niais supportez-les avec patience; comprimez votre colère, afin que jouissant de la qualité d'enfants de Dieu en cette vie, comme en jouissent les hommes pacifiques (Math. 5), vous soyez les héritiers de la gloire éternelle dans l'autre.