DIX-SEPTIÈME INSTRUCTION
Sur le blasphème.
Je voudrais avoir la force d'expressions d'un saint Jérôme, îe raisonnement puissant d'un saint Ambroise, le génie d'un saint Augustin, l'éloquence d'un saint Jean CJirysosiôme, pour pouvoir vous bien Lire connaître combien est horrible et exécrable le péché de blasphème. Je voudrais avoir une voix assez retentissante et assez sonore pour me faire entendre de toutes les parties de 1 univers, et inspirer une telle horreur de ce monstre, qu'il fût détruit et anéanti dans tous les lieux de la terre, quelque éloignés qu'ils soient. Mais, comme je ne possède aucune de ces qualités m aucun de ces avantages, et que néanmoins je suis obligé de vous en parler , je m'efforcerai, autant qu'il me sera possible , de cous en faire concevoir l'horreur et l'aversion convenables, en vous lémonlrant, premièrement que ce péché devrait paraître incroyable, et de plus impossible à des chrétiens de le commettre, tant il est énorme et abominable. En second lieu, je vous dirai que c'est un péché essentiellement diabolique; enfin qu'il est inexcusable.
1. Afin que vous puissiez mieux connaître ce qu'il est, imaginez-vous qu'un gentil, qu'un païen, ou tout autre personne qui ignore absolument l'existence d'un Dieu, les divins mystères, qui n'a jamais su qu'il existât une religion catholique, se soit déterminé à se faire chrétien par une inspiration divine; vous pensez bien qu'avant de recevoir le saint baptême, il est nécessaire qu'il soit instruit suffisamment des divins mystères de notre religion. A présent supposez que je sois chargé moi-même de les lui apprendre, et que vous soyez vous-mêmes présents âmes instructions. Oh! que vous êtes heureux, Lui dirai je d'abord, vous à qui Dieu, par nn trait de sa miséricorde infinie, a bien voulu accorder une grâce aussi singulière, comme est celle de vous appeler du sein des ténèbres de l'infidélité à la sainte lumière du christianisme ! Ccsl
5LK LtSFXO.ND COMMA.NDEME.Nr DE DIEU. 191
une grâce qu'il vous a accordée, sans que vous lavez méritée, et que, dans ses profonds et secrets jugements, il a refusée à tant de iKvhins. C'est une grâce qui devra , pendant tous les jours de votre vie, vous obliger envers Dieu à la reconnaissance la plus vive. Vous devez donc croire et confesser, comme une vérité fou* damentale, que ce Dieu qui vous a fait une si grande faveur, est unique et seul dans son essence, mais qu'if y a trois personnes en lui, et que ces personnes sont le Père, le Fils, et le Saint- Esprit. Le Fils est engendré de toute éternité par la première personne qui est le Père, et du Père et du Fils procède le Saint- Esprit; ces trois personnes sont réellement distinctes, maiseQes ne forment qu'un seul Dieu; parce qu'elles ont toutes les trois la même essence, la même puissance, la même bonté, et toutes les autres perfections, quelles qu'elles soient, leur sont communes. 2. Ce grand Dieu a créé de rien le ciel et la terre ainsi que tout ce qu'ils contiennent; toutes les autres créatures ont été formées de Dieu, afin qu'elles fussent soumises à l'homme, et qu'il en usât d'une manière convenable. Le but que ce divin Créateur s'était proposé en les tirant du néant avait été de témoignera i'iiomme, la plus noble de ses créatures son amour pour lui. En le créant ensuite lui même, il voulut lui prouver combien ii l'aimait au-dessus de tous les autres êtres, en lui donnant non-seulement 1 existence comme aux pierres, la vie comme aux plantes, et enfin u'es sens comme aux animaux, mais de plus une âme raisonnable douée d'intelligence pour le connaître, et de volonté pour l'aimer: àme qui est l'image de Dieu et de la sainte Trinité. Cet homme créé dans la justice et dans la vérité, et orné de tant de qualités, soit du coté du corps , soit du côté de l'âme, au lieu de se montrer reconnaissant, obéissant et soumis à son Dieu, se révolta ■outre lui et l'outragea: il devint dès lors digne de la damnation éternelle, ainsi que toute sa postérité. Tous sans exception devaient donc é!re condamnés aux peines éternelles, si ce Dieu n'avait été touché de compassion à la vue de not.e malheur futur. Quel moyen ce Père si plein d'amour prit-il pour nous racheter de la servitude du démon et du péché? Il envoya son Fils unique kirsL monde, eteedivm Fils s'incarna dans le sein très chaste de Marie par l'opération du Saint-Esprit, se fit homme, et, pour nous sauver, il donna sa vie et répandit son sang précieux jusqu'à la dernière goutte. Vous voyez, ô mon fils, quelle doit être la grandeur de votre reconnaissance pour ce Dieu qui vousa créé, qui vous a racheté à un prix si grand, qui vous nourrit, qui vous conserve, et qui vous comble de faveurs et de bientaits; pourrie/vous l'oublier et ne pas l'aimer?
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3. Ah! il me semble entendre ce fervent catéchumène s'écrier qu'il n'aura plus de langue que pour louer ce Dieu si compatissant et si généreux, si aimaut et si bienfaisant, qu'il n'aura plus d'esprit que pour penser à lui plaire, plus d'âme, de force et de cœur que pour les employer à l'aimer. Ces sentiments, 6 mon fils, sont dignes de vous, qui désirez embrasser la foi catholique, et être le vrai disciple de Jésus-Christ. Mais il est une autre chose dont il faut que je vous avertisse: c'est qu'ayant connu ce Dieu si miséricordieux, si généreux et si aimant, qui vous a racheté au prix de son sang, vous n'ayez jamais l'audace de blasphémer et d'outrager son nom, sa puissance, sa sagesse, sa sainteté, sa providence, sa justice, ou quelque autre de ses divines perfections ou attributs: que jamais vous n'ayez l'audace de blasphémer et d'outrager ce corps sacré que Jésus-Christ a pris pour opérer votre salut éternel, ce sang précieux qu'il a répandu pour la rédemption de votre âme.
4. Comment, me répondrait ce fervent néophyte, saisi d'une profonde horreur, comment serait-il possible que j'osasse jamais ouvrir la bouche pour blasphémer le nom adorable de ce Dieu qui me nourrit, qui me soutient et me conserve la vie? Comment serait-il possible que j'eusse le courage de blasphémer cette providence et cette sagesse divine qui veille sur mes besoins, me conduit et nie gouverne? Comment serait-il possible que je fusse assez téméraire pour blasphémer cette puissance qui me préserve de la fureur de mes ennemis, ainsi que ses autres atti ibuts et perfections qui sont pour moi la source de tant de grâces? Comment pouiTais-je me servir de ma langue pour outrager mon aimable Rédempteur, son très saint Corps, ce Sang très précieux qu'il a répandu pour moi jusqu'à la dernière goutte? Je ne croirais jamais, quoique vous me le diriez, qu'un homme qui connaît ce Dieu, son immense grandeur et son infinie majesté, puisse se rendre coupable jusqu'à ce point. Ah! poursuivrait il, je veux vous louer, Seigneur, tant que je vivrai, espérant qu'un jour je continuerai à le faire éternellement dans l'autre vieen lasociété des Anges et des Saints. Je veux vous bénir, Seigneur, et vous glorifier, parce que vous êtes infiniment bon, aimable, grand, et que votre nom est saint et terrible. Ainsi répondrait certainement un catéchumène à qui l'on s'efforcerait d'inspirer une grande horreur du blasphème. Et en effet qui pourrait jamais dans le silence delà réflexion, penser qu'un chrétien fut assez audacieux pour oser blasphémer le saint nom de Dieu, de ce Dieu qui l'a créé à son image, et l'a racheté de son sang? Personne
sûrement.. 11 serait donc comme incroyable qu'un chrétien pût se rendre coupable de ce péché si une expérience journalière, bien certainement déplorable et devenue universelle, ne nous apprenait qu'en toute occasion et pour des bagatelles, ce diwn nom esi l'objet du mépris d'un grand nombre d'hommes, par l'abus qu'ilsen font, et qu'on n'apprécie pas plus le Corps adorable de Jésus Christ et le Sang précieux qu'il a versé, qu'on apprécie la boue qu'on foule aux pieds.
5.. Puisque nous avons vu qu'on devrait juger comme incroyable et impossible l'existence de l'horrible péché de blasphème, et que; néanmoins il est devenu commun et ordinaire , examinons si. avec le secours de Dieu, il ne resterait aucun moyen de l'exterminer de ce monde. Pour arriver à ce but, il faut, avant tout, bien connaître ce qu'il est en lui-même. Qu'est-ce donc que le blasphôme? C'est une parole injurieuse contre Dieu, ou contre la Sainte- Vierge, ou contre les Saints. Il est vrai qu'on peut blasphémer par gestes sans aucun mouvement de la langue, comme le ferait celui qui cracherait contre le Ciel, qui grincerait des dents en signe de mépris contre Dieu; mais comme cela ne peut arriver que rarement , je veux me borner seulement à vous parler des blasphèmes qui se commettent par paroles; je ne parlerai pas même de ceux qui sont purement intérieurs et qu'on appelle blasphèmes de cœur. Je vous avertirai aussi qu'on ne doit pas considérer comme blasphème ces paroles honteuses, grossières, obscijnes qu'un grand nombre d'hommes d'une éducation mal soignée prononcent ordinairement, et dont ils s'accusent dans les tribunaux de la pénitence comme étant des blasphèmes; car l'on en voit qui, par une ignorance crasse et coupable, s'accusent en même temps de certaines paroles inconvenantes qui ne seront que des fautes vénielles, et d'autres horriblement blasphématoires, comme si toutes étaient de même nature, tandis qu'elles sont iout autant de péchés différents. Ainsi on ne devra point considérer comme blasphèmes les malédictions qu'on vomit ou contre les hommes, ou contre d'autres créatures non douées de raison . pourvu cependant, ainsi que je l'ai dit ailleurs, qu'on ne les maudisse pas comme étant des instruments dont Dieu se sei î: pour nous châtier. J'ai dit, et vous ne l'avez pas oublié, que le blasphème est une parole injurieuse à Dieu, ou à la Sainte-Vie ge, ou aux Saints ; car, de même que la louange et la gloire qu'on rend à Marie et aux Saints se rapportent nature lemeiu à Dieu ; ainsi le mépris que Von a pour eux retombe égalemeirt sur lui.-
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SIR LE SECOND COMMANDEMENT DE D!Et\ t05
aCirmeune chose contraire à la fui, ou qu'on nie une chose qù>ile nous enseigne, et tocs-même qu'on ne manifesterait pas ces hérésies, mais qu'on y adhérerait seulement dans son cœur, ou n'eu serait pas m mus hérétique formel, et comme tel on encourrait l'excommunication réservée. Le blasphème simple est celui qui ne renferme aucune erreur contraire à la foi, mais seulement une impiété qui consiste à parler outrageusement de Dieu , et il a feu quand <m parle avec mépris de quelque membre de Jésus* Christ, de sa Passion , de «a .Mort, de ses Sacrements, des divins Mystères , de sa Présence , de son Corps et de son Sa:;g, sans parler des autres expressions injurieuses qu'on n'indiqua pas ici.
8. Cela supposé , peut-il y avoir, parmi les péchés dont Innommes se rendent coupables, un péché qui soit plus grave, plH$ énnime, et plus détestable que celui du blasphème? Non, dit saint Chrysostôme (H. 60. in Ps. ), il n'y a pas de chose qui soit plus impie et plus criminelle et que Dieu haïsse plus que le blasphème : JYUiil marjis impium, qucan adversus Deum blasphemia. l\ n'y a rien de comparable en fait de malice au blasphème, ditil lare un autre endroit (in cap. 5. 1. ad Tim.), blasphonia peins. .Mais saint Jérôme (1. 7. in Isaï. c. 18.), déclare plus ■llement encore qu'il n'y a pas de p éché plus horrible, parce aïs Irrr nilrrïï paraissent légers à côté de lui : Nihii horrib'itxplicmià : omne quippe comparalinn blasphemiœ Icçius lais le vol, l'homicide, t'adultère, l'oppression des pauvres ne sont-ils pas des péchés graves, très graves ? Oui, je suis forcé nue.", et ils le sont tellement qu'ils demandent vengeance an Ciel. "'lais comparés au blasphème, leur laideur et leur grièveté s'efface pour ainsi dire, et ils deviennent en quelque manière le» ge««t comme cela arrive aux pierres qui, quoique pesantes par elles-mêmes,, si on les jette dans du plomb fondu, deviennent auvsi légères que de paille. Et la raison pour laquelle le blasphéni » l'emporte tant sur les autres péchés par sa gravité, c'est que, iil : air.t lérôme cité précédemment, celui qui le profère, choisi/; é!evé si haut au-dessus de toutes les créatures, pour en faire fol), et de ses mépris : Ponil in excetsum os suunt. Le blasphème s'en -prend à Dieu même, et terni à lui ravir le respect qui lui es! du. Il esJ vrai que le pécheur déshonore Dieu toutes les fois qui', enfreint sa sainte loi; mais il ne le fait pour ainsi dire qu'indirectement, tandis que celui qui blasphème contre lui, le désho-nore d'une manière positive, et tend à le frapper immédiatement dans sa divine personne. Celui qui blesse un citoyen , offense le
prince, parce qu'il blesse un de ses sujets ; l'offense est encoreplus grande, sf la personne est de sa cour, et beaucoup plus en. core si c'est un de ses favoris. Mais qui pourrait faire comprendre l'énormité de l'offense, si quelqu'un était assez audacieux pour porter îa main sur la majesté royale elle-même ? Ce serait un crime de lèse-majesté qui attirerait sur le coupable la condamnation à la peine capitale , sans que ni les supplications, ni les larmes pussent détourner le bras de la justice humaine. Dites-en tout autant, mais avec plus de raison , du blasphémateur qui s'attaque à la majesté suprême, à la personne même de l)ieu.
9. Mais si à présent nous voulons connaître quel est celui qui se rend coupable de cet énorme crime , oh ! combien l'injure devient grande et combien elle s'aggrave. Oui est-ce donc qui a l'audace d'outrager cette souveraine et infinie majesté de Dieu? C'est un homme qui, devant Dieu, n'est qu'un néant , un peu de fange et de pourriture, un ver de terre. Et c'est ce ver, et c'est cet amas de boue et de pourriture , c'est ce néant qui a l'audace de 'blasphémer et d'outrager le grand Dieu , le souverain de l'nnivers,en présence dequi tremblent toutes les puissances du ciel?Peut- »n concevoir une chose plus impie et plus horrible ? Oui, mes frères , cet homme qui a la témérité et la hardiesse de le blasphé- 3ner,n'a reçu que des bienfaits de lui , a été comblé de toutes sortes de dons soit de la nature, soit de la grâce ; c'est ce chrétien Jevenuson fils adoptif par le saint baptême; c'est ce chrétien nourri tant de fois de sa chair sacrée , et abreuvé tant de fois de son sang précieux; c'est ce chrétien racheté de la servitude du démon et du péché au prix de la vie de ce Dieu fait homme , qui se soumit volontairement pour luiairx tourments les plus cruels et à la mort la plus ignominieuse et la plus infâme ; et cet homme, et ce chrétien a l'affreux courage de blasphémer son Seigneur , son Dieu qui lui a témoigné tant d'amour et tant de bonté ? Quelle injure! quelle ingratitude ! quelle perfidie !
10. Les serviteurs et les favoris des princes qui ont le plus de part à ses laveurs et à ses largesses, non seulement ne l'offensent jamais, mais ils ne souffrent pas même qu'en leur présence quelqu'un leur fasse tort ou leur manque de respect, sans chercher à le punir ou à le faire punir Abisaï (2. Reg. 16), un des premiers capitaines du roi David, entendant Sémeï maudire ce prince, lui de-
.jtnanda la permission de fondre sur cet insolent, pour lui trancher 3a tête , et tirer vengeance de cet outrage. Les païens et les infidèles se gardent bien de maudire leurs faux Dieux; on leur ferait
subir les plus cruels supplices, s'ils usaient en agir ainsi. 11 n'y aura donc que des chrétiens, qui ont le bonheur de connaître le vrai Dieu , qui seront assez audacieux pour l'outrager à tout instant par les plus horribles blasphèmes ? (le ne seront donc que des chrétiens envers qui Dieu aura été prodigue de ses bienfaits , et qui auraient dù,en retour de celte générosité, le louer sans cesse , le bénir et leremercier, qui le déshonoreront par leurs blasphèmes et leurs outrages ! Mais que vous a donc fait ce Maître si bon, pour que vous teniez une conduite semblable à son égard ? Quel mal vous a-t-ilfait pour que vous vous portiez à l'insulterpar vos blasphèmes ? Mais , dirai-je plutôt , quel bien ne vous a-t-il pas fait? Ah ! prêtez l'oreille aux tendres reproches que vous adresse votre divin Rédempteur et qu'il adressait autrefois à tout Israël par la bouche du prophète Michée (c. G.), reproches qui devraient toucher tous les cœurs, fussent-ils de marbre , ou de bronze: pojiule meus, quid fecitilri? aulquid molestus fui tibiï responde milii. Réponds-moi , peuple chrétien, quel mal t'ai-je fait ? Où sont tes sujets légitimes de plainte à mon égard? et quVst-cequî peut provoquer de ta part contre moi ces blaphèmes outrageants que ta bouche profère? Ne t'ai-je pas délivré non de la servitude de l'Egypte, comme Israël, mais decelleencore plus cruelle du démon et du péché , et au prix de ma vie et de l'effusion de mon sang? II n'y avait plus pour vous de salut à espérer ; vous dévier tous être précipités dans l'enfer, si mon amour pour vous ne m'avait porté à descendre du ciel sur la terre pour me faire homme.afin de souffrir, gémir, et mourir. Pourquoi donc vous achartiez-vous à m'outrager par vos blasphèmes , moi qui . au lieu de vous faire du mal, ne vous ai jamais fait que du bien? Pourquoi blasphémez-vous contre mon saint nom , contre ma divine présence, contre mon corps sacré couvert de tant de plaies , contre ce sang enfin que j'ai versé jusqu'à sa dernière goutte pour votre rédemption et votre salut ? Ah ! chrétiens...
11. Ces tendivs reproches que vient de faire Jésus-Christ an chrétien qui le déshonore par les blasphèmes, vous ont émus sans doute, et vous ont convaincus qu'il n'y a que des hommes possédés d'un esprit malin, qui puissent commettre ce péché, ot que, par conséquent, le blasphème étantpar lui-même un péché affreux il est impossible et incroyable qu'on puisse s'en rendre coupable de sang-froid. Je dis de plus que c'est un péché en quelque manière diabolique, et c'est cette seconde vérité énoncée au commencement de l'instruction que je me propose de vous démontrer, pour vous en inspirer encore une plus grande horreur. C'est ce
que je vais faire en peu de mots. Pour vousprouver clairement que les blasphémateurs font ici-bas ce que font les démons eu enfer ainsi que les damnés, je n'ai qu'à ouvrir le livre de l'Apocalypse , et vous apprendrez quelle est l'occupation continuelle de ces infortunés dans le lieu que la sainte Ecriture appelle le lieu des tourments. Dans ces abimes profonds, ils sont plongés dans un éiang de feu. Leurs languesquiproférèrentsisouvent les plus horribles bla<phêmes , en punition decet abominable péché.sont tellement enflammées qu'on les prendrait pour des tisons ardents. Ecoutez les gémissements que la douleur leur arrache et les blasphèmes qu'ils vomissent encore. Leurs tourments sont si cruels et si horribles, qu'ils se mordent la langue de rage; ils dévorent leurs propres entrailles qui renaissent toujours d'elles-mêmes, et transportés d'une fureur inexprimable,livrésà un désespoir sans fin, ils maudissent et maudiront toujours Dieu et sa divine justice, qui les lient et les tiendra à jamais renfermés dans ces gouifre-; de feu: Blasphcmaverunl Deum cœli prœ doloribus et vulncribus suis. {Apoc. 16). L'occupation et l'exercice des démons et des damnés dans l'enfer est donc de blasphémer Dieu: voilà l'emploi qu'ils font de leur langue. Le blasphème est comme vous venez de le voir un péché diabolique.
12.0uarid vous entendez un étranger parler sa langue, vous dites qu'il est de tel ou tel autre pays ; et quoiqu'il parle sa langue naturelle, par exemple «mi France, il ne cesse pas pour cela d'appartenir à la contrée qu'il a quittée pour un plus ou moins grand espace de temps. En effet, l'apôtre saint Pierre fut connu pour être Gai: leen et pour disciple de Jésus-Christ à son langage :Zoquela tua te manifcslum facit. Or, il y a trois régions, le ciel, la terre et l'enfer. Quel est le langage usité dans Ieciel? Saint Jean, dansplusieursendroitsdeson Apocalypse, nous le déclare; c'est de bénir, de louer et de remercier Dieu : Beati qui habitant indomo îaà , Domine, insœcula sœculorum laudabunt le. C'est ce qu'avait aussi indiqué le Psalmiste (Ps. 83). Quel est le langage usité en enfer ? C'est le langage blasphématoire. Mais quel est celui delà terre el des hommes qui l'habitent ? Comme ils sont partagés en deux classes, celle clés bons et celle des méchants , il y aconséquemmeiit deux langages; les bons ne cessent de bénir Dieu ,dele louer, dans le sein de la prospérité, comme au milieu des plus grandes calamités: telle était la conduite de Job , qui, soumis aux épreuves les plus rudes par lesquelles un homme puisse passer, se résignait à la volonté du Seigneur, sicul Duinino plaçait , ilb pie ht m cgi ; ait nomcnDoiuim bcjiedicium,
Ames sainles, qui marchez sur les traces des grands serviteurs de Die», vous qui,quoique encore en pèlerinage. sur celte terre, i-tes. déjà des citoyens du ciel, les domestiques de Dieu prédestinés à la gloire , continuez à le bénir et à le louer ici-bas, pour mériter de le louer et de le bénir éternellement dans l'éternité. Mais sur quoi roule la conversation des méchants et des impies ? Sur les moyens d'acquérir les richesses, de s'élever aux honneurs et aux dignités ; ils ne tiennent que des propos honteux et infâmes ; Os n'ont à la bouche que des jurements, que i\e^ imprécations, et les plus horribles blasphèmes. C'est là le langage des démons, tous êtes donc déjà ici-bas les citoyens de l'enfer , et votre langue est empreinte du sceau de la réprobation éternelle. Les blasphémateurs, conclut saint Bernardin de Sienne (tom. 1. Ser. 53) déjà pour ainsi dire condamnés ici-bas à l'enfer, s'exercentà parler, comme les démons, la langue qu'ils parleront éternellement Oui pourra encore dire que proférer des blasphèmes n'est pas un langage diabolique?
15. Mais je ne m'arrête pas là ; je veux de plus vous démontrer que l'énormité et la malice du blasphème d'un chrétien contre Dieu l'emporte de beaucoup sur la malice des blasphèmes que profèrent les démons et les damnés. En voici la preuve : ces infortunés, plongés dans une mer de feu, livrés aux supplices de tout genre les plus intolérables, ne blasphèment le Dieu du ciel et de la terre que parce que les douleurs qu'ils souffrent les y portent; ils ne blasphèment qu'au milieu des tourments qu'ils endurent, dans le temps que Dieu leur fait subir les effroyables châtiments de sa justice vengeresse. Mais les chrétiens blasphèment celte souveraine et infinie majesté de Dieu , dans le temps même qu'elle verseà pleines mains avec une générosité sans pareille ses bienfaits sur eux. Les démons et les damnés le blasphèment à raison de la multitude des tourments auxquels ils sont condamnés : prœ doloribus et vulneribus suis; et voyant que leiu s peines n'auront jamais de terme, saisis d'un horrible désespoir , transportés d'une rage affreuse , ils se soulèvent contre Dieu et blasphèment son saint nom. Mais les chrétiens blasphèment au milieu de leurs jeux et de leurs divertissements , dans leurs moments de repos, dans le temps que la miséricorde de Dieu tes supporte , les protège et suspend les châtiments dont sa JBSlice voudrait les punir. Ah! Seigneur, puisque ceux qui en agissent ainsi avec vous sont plus impies que les démons mêmes, pourquoi n'anéantissez -vous pas ces monstres d'iniquité? Pourquoi u ouvrez-vous pas la terre sous les pieds de ces impies et de
ces sacrilèges pour les engloutir ? Pourquoi ne lancez-vous point contre eux vos foudres vengeurs? Pourquoi les démons ne les entraînent-ils pas dans le lieu qui leur est destiné : exurye , Domine , etjudica causam tuant (Ps. 73).
44.11 n'est que trop vrai que Dieu a exprcé ses terribles vengeances sur les blasphémateurs, afin de faire connaître que s'il a plus en horreur le blasphème que tous les autres péchés, c'est parce que plus que tous les antres il l'offense , et qu'ainsi il juge convenable de le punir par les tourments les plus affreux et les plus multipliés. Dans l'ancienne loi (Lev. 1. 24) il ordonnait que tout blasphémateur fût condamné à mort et lapidé par le peuple, pour indiquer par-là que la destruction de ces impies est une chose qui intéresse l'univers entier. Je voudrais avoir assez de temps pour vous faire le récit des formidables châtiments par lesquels Dieu a voulu punir les blasphémateurs, même dans cette vie , ou en permeltantqu'ils fussent dévorés par les flammes, déchirés parles chiens ou précipités dans l'enfer et quelquefois emportés en corps et en âme par les démons , sans excepter des jeunes enfants , comme raconte saint Grégoire pape (l. 4. dial. c. 18) d'un enfant de six ans, qui ayant appris de son père à jurer et à blasphémer le saint nom de Dieu , fut arraché par le démon des bras de ce père même et entraîné dans les abîmes éternels. Ne croyez pas que Dieu se borne seulement à punir ce crime par des châtiments particuliers ; ils'en venge encore par des calamités publiques et universelles. Les trois grand fléaux, qui sont la famine , les tremblements de terre et la peste, selon que nous l'apprend la sainte Écriture, sont envoyés pour punir les blasphèmes: propter blasphemias et fumes et terrœ motus et pestilentiœ fiant. Saint Chrysostôme voudrait que quand on entend un blasphémateur, tous accourussent pour fermer celte bouche, source empoisonnée d'où découlent tant de malheurs (Hom. 2 ad pop. Anlioch.) C'est pour cette raison que dans tous les États et les royaumes bien régis , on a établi des lois qui condamnent à des peines sévères les blasphémateurs. Saint Louis, roi de France , faisait appliquer un fer chaud sur leur front.
15. Vous vous plaignez du dérangement des saisons, de la stérilité des campagnes, delà mortalité des animaux, des grêles, des sécheresses, des inondations , des procès qu'on vous suscite, et d'autres malheurs. Examinez, pères de famille, si vous n'avez pas dans votre maison , en la personne de quelqu'un de vos enfants, ainsi que vous, maîtres, dans celle de vos serviteurs, des blasphémateurs qui soient cause de toutes ces calamités par leurs
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jurements et leurs blasphèmes. Corrigez-les, réprimandez-les avec charité , laissez-leur le temps nécessaire pour se corriger» Si malgré vos avis, vos exhortations, vos menaces, ils persistent dans leur détestable habitude d'outrager le saint nom de Dieu, chassez de votre maison ces démons incarnés, ces ennemis de Dieu qui commettent un péché que son énormilé devrait faire juger impossible , qui rend ceux qui en sont coupables semblables aux: esprits des ténèbres, et pires encore, péché enfin que rien ne peut rendre excusable. Et en vérité qu'est-ce qui peut déterminer un chrétien à blasphémer? Serait-ce l'iutérètou l'amour desrichesses? Serait-ce l'utilité qui résulte pour lui de son blasphème, utilité qui devient pour un voleur le motif par lequel il se détermine à s'emparer du bien d'autrui? Serait-ce le plaisir que goûte dans ses impudicités un homme impudique, plaisir qui est un aiguilloa assez puissant pour le déterminer àsatisfaire ses passions? Seraitce la satisfaction toute sensuelle que se propose le gourmand en mangeant et en buvant avec excès? non , il ne trouve ni satisfaction, ni jouissance, ni utilité dans le blasphème; mais il a seulement la volonté d'outrager la majesté infinie de Dieu. D'ailleurs serait-il possible qu'on crût que ce péché, le plus énorme de tous, qui déshonore et offense la Divinité plus que tous les autres,; qui rend l'homme pire que les démons , et qui est sous tout rap* port inexcusable, pût être justifié par quelque prétexte ? Ah t cela n'est que trop vrai , et comme ceux qui font souvent des jurements et des imprécations prétendent en quelque manière les excuser, ainsi agissent ceux dont les lèvres se souillent par les plus horribles blasphèmes. Ils allèguent donc pour se justifier,, que quand il leur arrive de blasphémer, ils n'ont pas l'intention d'insulter Dieu, mais celle d'intimider leurs enfants ou leurs domestiques, afin de leur faire accomplir leurs devoirs. Ils blasphèment, disent-ils encore, parce qu'ils en ont la coutume et qu'ils ne le font pour l'ordinaire que lorsqu'ils sont transportés de colère ou qu'ils sont de mauvaise humeur.
16. Mais les raisons que vous apportez pour vous justifier sontelles valables, peuvent-elles vous rendre innocents? Comme je l'ai dit en parlant des serments et des imprécations , je déclare que les excuses sur lesquelles vous vous fondez pour légitimer vos blasphèmes ne servent qu'à les aggraver encore davantage et à vous rendre encore plus coupables. Pour inspirer la crainte à votre épouse, à vos enfants, à vos serviteurs ou à tout autre personne , pour les rappeler à leurs devoirs, vous n'aurez donc pas de moyen plus efficace que celui de prononcer ontrageuse»