‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 7 sur 30 · DIX-HUITIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME INSTRUCTION

Sur les vœux et leur accomplissement.

Pour c -mipléier l'explication de ca seeaaà commandement quidJ:'vUiido prendre niais te nom de Dieu, je vous parlerai

des vœux, qui honorent d'autant plus Dieu , qu'ils sont faits avec plus de maturité et de prudence , et qui le déshonorent d'autant plus qu'ils sont faits avec précipitation et sans réflexion. Nous verrons donc en premier lieu ce que c'est que le vœu et combien il y en a d'espèces; en second lieu, combien il est méritoire, lorsqu'il est fait avec prudence et qu'on l'accomplit ; en troisième lieu, combien il déplaît à Dieu quand il est fait sans jugement et qu'on ne l'accomplit pas.

1. Le vœu estime promesse d'un bien meilleur et possible faite à Dieu librement et avec délibération. On l'appelle promesse, ce qui doit s'entendre d'une promesse vraie , qui est une ferme et forte volonté de s'obliger à faire, ou à ne pas faire ce qu'on a promis. D'où il résulte que la promesse diffère delà résolution, en ce que celle-ci est accompagnée de la simple volonté d'exécuter ou de ne pas exécuter quelque chose, au lieu que celle-là est unie à une volonté décidée de s'obliger. Ainsi , une résolution quelque ferme et inébranlable qu'elle soit, ne peut jamais constituer un vœu. En second lieu, le vœu est une promesse faite avec advertance et pleine connaissance , et non pas une détermination subite qui prévienne la raison ; et cette connaissance et cette advertance doivent être telles qu'elles constituent un péché mortel en cas qu'on n'accomplisse pas le vœu. La raison en est que le vœu étant une loi qu'on s'impose à soi-même et par laquelle on s'oblige à quelque œuvre, est une loi qui de sa nature devient onéreuse; il est donc nécessaire et raisonnable qu'elle oblige seulement quand le vœu est fait avec une délibération parfaite, une entière connaissance et un parfait discernement de la ciiose promise.

3. En troisième lieu , on exige que la promesse soit volontaire. Si le vœu, comme nous l'avons dit, est une loi particulière que l'homme s'impose à lui-même, il s'ensuit qu'elle doit procéder selon que le demande toute loi, de l'empire de la volonté. De plus, le vœu est un acte moral et religieux par lequel on rend honneur à Dieu; il faut donc qu'il soit libre, comme doit l'être tout acte de celte nature. Conséquemment tout vœu fait avec ignorance, erreur, ou méprise sur la substance de la chose vouée, est mal. Par exemple, quelqu'un fait vœu d'aller à Lorelte, croyant fermement que la distance n'est pas grande, tandis qu'elle l'est beaucoup plus qu'il ne le croyait; alors il n'est point obligé à l'accomplissement de son vœu. Un autre en fera un par lequel il s'oblige d'aller visiter les saints lieux, étaut persuadé que le voyage pourra s'effectuer par terre; mais

il apprend ensuite qu'il ne peut se faire que par mer , il n'est point alors obligé d'accomplir sa promesse. La raison en est que s'ils avaient connu, le premier la distance qui le séparait du lieu où il voulait aller en pèlerinage, et le second la nécessité de faire route par mer, ils ne se seraient jamais engagés par vœu à exécuterces voyages.

3. En quatrième lieu, la promesse doit être faite à Dieu, car ce n'est qu'à lui qu'on doit adresser des vœux, parce qu'ils ne sont pas seulement un aciede religion, mais un acte de latrie, qu'il ne faut rendre qu'à lui seul en témoignage de sa souveraine excellence, comme étant l'auteur de tout bien, ou en signe de la reconnaissance à lui due, connue suprême bienfaiteur. Mais que doit-on penser de ces vœux que font si souvent tant d'hommes grossiers , tant de femmes ignorantes? ceux-là, dit-on . 11^ les adressent pas à Dieu, mais à !a Sainte- Vierge, à saint Antoine, à saint Nicolas, ou à tout autre Saint, et leur promettent de jeûner la veille de leurs fêtes, ou de faire eu leur honneur quelque bonne œuvre. Je le demande de nouveau, que faut il penser de ces vœux ? qu'ils ne servent qu'à embarrasser la conscience de ceux qui les font. Je dis donc que si votre vœu ne se rapporte ni implicitement ni explicitement à Dieu, et si vous n'avez ni l'intention tacite, ni l'intention expresse de vous obliger envers Dieu, mais seulement envers la Sainte-Vierge on envers les Saints, ce vœu est abusif. Mais comme l'on petit présumer que vous avez eu l'intention défaire un vrai vœu, et de vous obliger tacitement au moins envers Dieu, il est à présumer que vous promettez telle chose ou telle antre cboseà la Sainte- Viergeou aux Saints, par rapporta Dieu; alors c'est à Dieu lui-même que s'adresse votre promesse, et secondairement à ceux qui dans le ciel jouissent de sa présence. C'est ainsi encore que les églises et les autels dédiés à la Mère de Jésus-Christ et à ses amis dans le ciel, le sont en premier lieu à Dieu , et en second lieu à la Sainte- Vierge et aux Saints, en mémoire des mérites dont ils ont été comblés et pour leur rendre hommage. Un tel vœu peut encore s'expliquer et s'entendre dans ce sens que le vœu et la promesse se fout à Dieu, puis à la Sainte-Vierge, et aux Saints comme étant nos intercesseurs et nos avocats auprès de lui. Il faut donc conclure que le vœu doit d'abord se faire à Dieu, ensuite, si on le veut . on peut le rapportera l'honneur de la Sainte Vierge et des Saints. Si vous ignorez quelles sont les expressions dont il faut se servir et quel est le mode que l'on emploie pour le faire, abstenez-vous-en jusqu'à ce que vous ayez pu demander conseil à ceux qui peuvent vous donner des éclaircissements.

4. En cinquième lieu, on exige que la promesse soit d'un bien meilleur, c'est-à-dire d'une chose qui, considérée en elle-mémi». soit plus agréable à Dieu et plus avantageuse an salut éternel que la chose contraire. Car le vœu étant un acte de religion par lequel on lui rend hommage , on doit faire eu sorte que la matière de ce vœu lui soit agréable ; ce qui ne serait pas , si elle n'était pas d'un bien meilleur que son contraire. En outre,pour que la promesse par laquelle on s'engage envers son semblable soit obligatoire, il est nécessaire qu'il l'accepte , et hTaeceptera seulement quand elle lui plaira. Or il est certain que cette promena qu'on fait d'omettre une chose meilleure et qui e*t plus agréai le à. Dieu pour en faire une autre moins bonne, ne peut nullement lui plaire , et il doit conséquemment rejeler l'offre qu'on lui en fait. De plus , j'ajoute qu'en s'en gageant par un vœuàun acte qui ne peut lui être agréable , on ferait une chose illicite, impieet contraire à son honneur; d'où l'on conclut que, communément parlant, le vœu de contracter mariage n'est pas valide , puisque la virginité et la continence sont deschoses d'un plus grand prix et que Dieu agrée avec plus de plaisir que le mariage. Aîdsî pareillement le vœu de faire une chose bonne , mais dans un but mauvais, n'est pas valide ; comme si, par exemple, quelqu'un s'obligeait devant Dieu à faire l'aumône ou toute autre œuvre de ce genre afin d'obtenir la prétendue faveur de pouvoir tuer un ennemi , ou de voler ou ée déterminer quelque personne à se livrer à quelqueaction honteuse. Dites-e a autantde celui qui choisirait pour . malièrede son vœu des choses indifférentes, ni bonnes ni mauvaises, ou vaines, et qui ne se rapportent ni à l'honneur de Dieu ni au salut de l'âme.

5. En sixième lieu, la promesse que l'on fait à Dieu par Ievœu, doit être la prome>se d'une chose possible , et l'on regarderait commeinsensé celui qui promettrait une chose impossible, et qu'il n'est pas eu son pouvoir d'accomplir , car à l'impossible , suivant la loi. nul n'est tenu. Ainsi le vœu que l'on ferait de m' pas commettre même un péché véniel avec une délibérai ion imparfaite, n'est pas va i<b' . parce que dans cette vie, sans un privilège particulier comme il fut accordé à la Sainte Vierge , cela n'est pas possible. Cependant celui par lequel un homme promettrait de ne jamais pécher de propos délibéré et avec une connaissance parfaite sen.it valide, parce que ce! \ se peut moyennant les secours ordinairesde la gràcedivine.Nous lisonsqucquelques Saints on: f.i I • \ :;:; l:./us vaux et les ont parfaiteumient observes, a- ce l'aide de Dieu.

SLR LE SECOM) CO.UMiNDEMEST DE DIEU. 207

fi. Avant compris ce que c'est que le vœu, quelles sont .sesconditions., il nous reste à examiner quelles sont ses divisions % et combien il y en a d'espèces. Parmi les vœux, ily ena de simples, d'autres qui sont solennels : le vœu simple consiste dans la pure promesse de celui qui le fait, et dans la simple acceptation du Dieu, indépendamment de l'autorité et de l'acceptation de l'Eglise ; le vœu solennel est celui qui se fait avec une publique acceptation et approbation de l'Eglise , et par lequel on s'engagea embrasser un genre de vie qu'on n'abandonnera plus: tels sont les vœux d'obéissance , de pauvreté et de chasteté , qui ont lieu dans les religions approuvées, et le vœu de chasteté dans le* ordres sacrés. Le vœu , de plus , peut se faire pour un temps limité , comme serait celui que l'on ferait d'observer la continence durant une année; et à perpétuité, comme serait celui d'un homme qui s'engagerait àobserver Iacontinence pendant toute la vie. En outre, le vœu se divise en absolu, conditionnel et pénal. L'absolu est celui qui se fait sans aucune condition ; le conditionnel , celui qui se fait sous quelque condition ; par exemple , celui qui fait vœu de visiter quelque église, de faire quelque pèlerinage, en cas qu'il guérisse d'une maladie plus ou moins dangereuse , ém qu'il obtienne telle ou telle autre faveur , a fait un vœu conditionnel: sises désirs sont accomplis, ildoit se hâter de s'en acqu! ter, mais il n'y était pas obligé avant qu'il eut obtenu la guérison ou la faveur qu'il sollicitait. Le vœu pénal a lieu quand on promet de s'imposer quelque pénitence si Ton vient à manquer à une résolution prise de ne plus faire une œuvre illicite ou dangereuse pour le salut ; comme, par exemple , si quelqu'un faisait vœu de jeûner un ou plusieurs jours en cas qu'il s'adonnât encore au jeu , de donner telle aumône aux pauvres en cas qu'il vint àivtomber dans ses jurements, ou à faire une rechute dan* un péché auquel il a promis de renoncer. Toutes les fois qu'on manque aux résolutions qu'on a prises, on est obligé d'accompli le vœu.

7. Enfin le vœu se divise en personnel , réel et mixte. Le personnel est celui par lequel un fidèle promet à Dieu de faire une action par lui-même, sans s'en décharger sur personne, comme est, par exemple, le vœu île garder la chasteté . de jeûner. de visiter quelque sanctuaire. De tels vœux .obligent la personne qui les fait , et elle ne peut satisfaire à cette obligation par l intermédiaire d'aucun autre. Le vœu réel a lien quand ou promet de iaire ou de donner quelque chose en l'honneur de Dieu, comme de distribuer une certaine somme, des vétemeiils , ou du pane

aux pauvres, de faire don à quelque église, par exemple , d'un calice , ou de faire élever un autel; ces aumônes , pourvu qu'elles se fassent avec son propre bien , peuvent être faites soit par la personne elle-même, soit par uneautre.Le vœu mixte a lieu quandon promet de faire quelque action par soi-même et de donner quelque chose , comme quand on s'engage par un vœu à exécuter un. pèlerinage à Lorette et à y faire une offrande.

8. Quant au vœu personnel , nous avons dit , qu'il oblige tellement la personne qui l'a fait, qu'elle ne peut s'en acquitter par le moyen d'aucune aulre.llse présente seulement un doule à éclaircir : je demanderai ici ce qu'on doit dir. de ceux qui se chargent des vœux des autres , et s'engagent à les accomplir ? Par exemple, quelqu'un a fait vœu de visiter un sanctuaire, de jeûner un certain nombre de jours. 11 est surpris par une maladie qui le met dans l'impuissance de s'en acquitter, ce qui le jette dans la tristesse et lui arrache des larmes. Un de ses parents ou un de ses amis, dans la vue de le consoler, s'offre de faire ce pèlerinage ou ce jeûne : est-il tenu de l'accomplir ? Je réponds qu'il y est tenu, non parla force du vœu qu'il n'a pas fait , mais par l'effet de sa promesse. Quant au vœu réel , on demande si la personne qui l'a fait venant à mourir sans s'en être acquittée, l'obligation de l'exécuter passe à ses héritiers. A celte question je réponds , que si celui qui est mort a laissé aux héritiers une fortune suffisante, ceux-ci sont obligés de l'accomplir. La raison en est qu'acceptant la succession du défunt, comme ils acquièrent un droit sur tous ses biens , de même aussi ils doivent supporter toutes les charges et dettes dont ces biens sont grevés, charges au nombre desquelles on doit ranger les vœux réels. Il faut cependant que voussachiez que l'héritier n'est pas tenu, religieusement parlant , à acquitter le vœu dont il est ici question , ne l'ayant pas fait lui-même , mais qu'il y est obligé par justice, ayant accepté l'héritage. Quant à ce qui concerne le vœu mixte, l'obligation passe seulement aux héritiers en tant qu'il est réel. Ainsi, pour revenir à rexemplequej'aicilé touchant celui qui se serait engagé par vœu d'aller à Lorette , et de faire un don à cette église, les héritiers seraient tenus, non à faire ce pèlerinage, mais seulement à donner ce qui aurait été promis.

9. Après avoir expliqué la nature du vœu, les conditions dont il doit être accompagné , après avoir indiqué ses principales divisions , tâchons de connaître qu'elle est l'obligation qu'il impose à celui qui le fait. 11 est certain qu'un vœu émis avec toutes les conditions requises, dont la. matière est grave, doit être accompli

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sous pei: .2 de péché mortel. La sainte Ecriture et les saints Pères parlent de celte obligation avec tant de clarté que tout doute à cet égard doit disparaître. Accomplisez les vœux que vous avez faits au Très-Haut, dit le Prophète royal (Ps. 49) ; « redde Âltissimo » vola tua. Quand vous aurez fait quelquevœu au Seigneur votre » Dieu , vous ne tarderez pas à l'acquitter , parce qu'il en est ja- » louï , et si vous mettez de la négligence à vous en acquitter , » il vous l'imputera à péché.» C'eslainsiqueDieu parle dans le Deutéronome (c. 23)et dans rEcclésiaste(c.o). L'Esprit Saint dit parla bouche de Salomon : Si tu a promis quelque chose à Dieu , ne tarde pas d'acquitter ta promesse , car ii a en horreur celui qui y manque; mais donne-lui ce à quoi tu l'es engagé par ton vœu. C'est pourquoi il vaut mieux n'en jamais faire , que ne pas s'en acquitter, quand on l'a fait. L'Apôtre saint Paul (Timolh.o.) parlant de ces veuves qui avaient violé le vœu de continence , dit qu'elles s étaient mérité la damnation, parce qu'elles avaient manqué de fidélité à leurs engagements : If abattes dumnationem,quiaprimant fuie m irritant fecerunt.Que ce soient là la tradition et le sentiment de l'Eglise , nous le savons d'après les saints Canons qui nous enseignent que quoique tout chrétien soit libre de faire ou de ne pas faire un vœu, néanmoins lorsqu'il en a fait un , i! doit l'accomplir , et que manquer à un engagement aussi sacré , c'est attirer sur sa. tôle, les châlimente éternels (Cap. Licet. ext.de voto).

10. Telle est encore la doctrine des saints Pères. Citons de préférence saint Augustin, le plus célèbre de tous. Ecrivant à Armentarius (ep. 127. AI. 43), lequel avait fait vœu de continence avec sa femme Pauline, il lui adresse ainsi la parole : «Puis- » que tu as fait ce vœu. tu t'es lié toi-même, et il ne t'est plus » permis de le délier. Avant que tu le fisses, tu jouissais de toute » ta liberté; mais tu t'en es dépouillé depuis que tu l'as prononcé » et que Dieu l'a agréé: si tu venais à manquer à la promesse, » tu ne serais plus ce que tu serais resté en n'en ayant point fait. » Car tu aurais été alors moins agréable à Dieu ; mais à présent, » si lu n'accomplis pas les engagements, si tu trahis la parole, » que Dieu l'en préserve, lu seras d'autant plus malheureux, » que lu aurais élé heureux si lu y avais été plus fidèle. Mais » quoi qu'il en soit, tu n'as pas à te repentir d'avoir fait ce vœu; » au contraire . réjouis-toi de ce qu'il ne t'est pas permis de » faire ce que tu n'aurais pu faire qu'à ton désavantage. Persé- » vère donc avec courage dans ta résolution à exécuter ce que » tu as promis; le Dieu qui est si jaloux du vœu que tu lui as

» fait viendra à ton aide. » Les théologiens sont d'accord avec saint Thomas sur cet article : l'homme, dit ce docteur (2.2. q. 88. ait. 5) , doit être avant tout fidèle à Dieu, soit à raison de son souverain domaine sur lui, soit à raison des bienfaits dont il en a été comblé. Et le motif qui doit déterminer le chrétien à s'acquitter de ses vœux, est que leur accomplissement est un acte de fidélité. Voici la raison pour laquelle Salonion veut qu'on exécute les vœux: c'est que, dit-il, c'est se rendre odieux à Dieu que de manquera sa promesse. Le même saint docteur affirme dans un autre endroit que celui qui manque à un vœu accompagné de toutes les conditions requises, pèche mortellement, parce qu'il viole la promesse qu'il avait faite à Dieu. De tous ces témoignages d'un si grand poids on peut déduire une raison convaincante pour prouver que le vœu eu matière grave oblige sous peine de péché mortel, et que conséquemment celui-là se rend coupable d'un semblable péché qui ne l'accomplit pas. Soyons donc persuadés de cette vérité, car nous avons déjà démontré par la sainte Écriture., par les saints Pères et parles théologiens que le vœu est une promesse que l'on fait à Dieu ; on est donc obligé de la maintenir quand la matière en est grave; or elle l'est lorsque par elle-même, ou à raison des circonstances, elle contribue notablement à la gloire de Dieu, à son honneur, ou à l'avantage spirituel de celui qui a fait ce vœu.

11. S'obliger donc par un vœu à faire quelque action, est-ce une chose licite, bonne et méritoire, ou criminelle et inique? Est-ce rendre honneur à Dieu, ou bien n'est-ce pas prendre plutôt son nom sacré en vain, comme nous en accusent les hérétiques de nos jours, et par-là même le déshonorer ? Je réponds" que quand le vœu est fait avec sagesse, avec prudence et maturité, et qu'il tend à procurer la gloire de Dieu et le salut de l'âme, non-seulement il est licite, bon et méritoire, mais j'ajoute qu'il est bien plus méritoire et plus agréable à Dieu de vaquera une œuvre à laquelle on s'est engagé par vœu, que quand ou la fait sans s'y être obligé ; la preuve en est que Dieu nous exhorte à lui offrir des vœux : Vovelc et reddiîe Domino (Psal. T3). Ce qu'il ne conseillerait pas si le vœu n'était pas une chose plus méritoire et qui lui fût plus agréable. Saint Thomas et saint Bonaveulure en apportent plusieurs raisons; je n'en exposerai que quelques-unes. Un acte est d'autant meilleur et plus apprécié de Dieu, qu'il prend sa source dans une plus grande velu. Or, c'est là ce que l'ait une personne en Rengageant par un vœu; on ne peut donc nier qu'il ne soit un acte meilleur et plus agréable

SUR LE SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. 2tf

à Dieu. Mais par l'impulsion de quelle vertu agit celui qui s'est engagé à une chose par un vœu? par celle de religion, qui est la plus excellente et la plus élevée parmi les vertus morales ; car ce à quoi l'on se détermine par e«prit de religion se fait pour lhon~ ueur de Dieu, et par conséquent, est une œuvre d'un plus grand mérite. Celui qui s'impose volontairement un jeûne sans s'y obliger, pratique la vertu de tempérance; mais celui qui jeûne parce qu'il s'y est astreint par un vœu, » de plus le mérite d'avoir fait une œuvre de religion. Il faut en dire autant de celui quia fait un vœu de chasteté , et de même que celui qui pèche contre ee dernier vœu, commet deux péchés mortels, l'un contre la chasteté et le sixième commandement, et un autre plus énorme encore de sacrilège en n'accomplissant pas le vœu qu'il a fait, de même aussi quand quel (u'nii observe la chasteté dont il a contracté l'obligation par uu vœu, il a-quieit un double mérite, l'un qui provient de la vertu de la chasteté et de l'observance du précepte divin , et l'autre plus grand de l'accomplissement du vœu qui est un acte de religion.

12. La seconde raison dont se sert l'angélique docteur pour prouver qu'une chose faite par suite d'un vœu est. d'un plus grand mérite aux yeux de Dieu, consiste en ce que celui qui vaque à une œuvre à laquelle il s'est engagé par vœu, offre à Dieu un don d'une plus grande valeur que celui qu'il lui offrirait sans vœu. Et pourquoi? Parce que celui qui s'astreint à pratiquer telle vertu ou à fore quelque chose de bon en se liant par un vœu, sacrifie à Dieu sa liberté , et s'unit à lui d'une manière plus, étroite. Il lui donne non-seulement cequ'ii possède, mais il lui cède encore le droit de disposer de sa volonté. Ce que prouve saint Anselme par une belle comparaison (46. de Simil.). De même que celui qui donne à un ami un arbre chargé de fruits fait un <i( n pus grand que s'il lui donnait les fruits seuls, en gardant l'arbre pour son propre compte, ainsi an homme fait à Dieu une offrande plus ricin et pins précieuse en s'astreignantâ une œuvre bonne en elle-même, et en cédant les droits qu'il a sur sa liberté, que ne le serait celle d'un autre qui se déciderait à faire une œuvre louable, mais en se conservant le droit de se déterminer d'après son libre arbitre. Saint Bonaventure se sert d'une autre comparaison pour démontrer la même vérité. Comme celui, dit-il, qui accorde non-seulement l'u>age d'une chose, niaisencore en cède la propriété, fait un don plus grand , ainsi cel'ii quis'fddige à une cfer»se v-ar une promisse solennelle taitc a i,i.i:, Lai uiire u.i anûirLice ttiiis géiAérettX de sa foisonne.

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puisqu'il lut donne non-seulement ce qui lui appartient, mais encore sa volonté sans aucune réserve. A ces raisons on peut encore en ajouter une autre, qui est que la bonté de nos bonnes œuvres tirant son origine de notre volonté, plus celle-ci sera généreuse, plus les œuvres qui en découleront seront bonnes.Or, il est certain que plus elie est forte et ferme dans le bien, plus elle est agréable à Dieu, parce qu'elle risque moins à se porter au mal : c'est là l'effet qui résulte du vœu. Celte disposition de sa volonté imprime à l'œuvre un caractère de fermeté et de persévérance, et conséquemment la rend plus parfaite ; et comme celui qui vit obstinément dans son crime, pèche plus grièvement que celui qui pèche par fragilité , parce que sa volonté est plus fixée dans le mal, de même aussi celui qui fait une œuvre bonne avec une volonté ferme et arrêtée dans le bien, comme cela arrive par le vœu, celui-là, dis-je, agit d'une manière plus parfaite et plus méritoire.

13. Mais si vous me parlez de ces vœux faits ovec précipitation, sans réflexion ,. et sans prudence, sans maturité et sans sagesse, comme sont ceux qu'ont coutume de faire tant d'hommes grossiers et de femmes ignorantes, pour des bagatelles, je réponds qu'on doit les considérer comme pernicieux et comme autant de pièges que le démon tend aux âmes pour les tromper et les entraîner dans la damnation éternelle. Tels sont ceux que font tant de personnes sans avoir sondé leurs forces, leurs dispositions, l'étal dans lequel elles se trouvent, et sans avoir auparavant profondément réfléchi et examiné si elles pourront accomplir ce qu'elles promettent. Aussi aujourd'hui, il n'est rien de plus commun que ces vœux faits avec légèreté et précipitation. On verra, par exemple, une jeune personne, s'étant adonnée à quelques exercices de piété, et ayant commencé depuis quelques jours seulement à ressentir les douceurs qui accompagnent ■quelquefois la dévotion, se croire déjà élevée à la plus sublime perfection, confirmée dans sa grâce, se figurant n'avoir plus rien à redouter des assauts du démon , s'imaginanl que le foyer de la concupiscence est éteint en elle, et qu'elle pourra triompher avec facilité des tentations les plus fortes, et dès-lors se hâter inconsidérément de faire un vœu de chasteté perpétuelle, et promettre à Dieu et à Marie de vivre dans la virginité.

14. Mais savez-vous ce que signifient ces termes , chasteté perpétuelle? île quelle importance sont cette promesse et ce vœu? N'avp/.-vous jamais réfléchi sur les conditions qu'exige l'Ivglise, «oit des hommeSjSoit des femmes, avant de leur permettre de faire

en religion ies vœux solennels de chasteté perpétuelle, d'obéissance et de pauvreté? Elle veut qu'ils aient les uns et les autres seize ans accomplis, de sorte que s'il manquait un jour ou une heure pour les compléter, leurs vœux seraient déclarés nuls. Elle demande en outre que pendant une année entière, ils s'éprouvent dans les rigueurs d'une sainte pénitence, qu'on leur fasse connaître tout ce qui pourra se rencontrer de pénible , dans l'état qu'ils ont l'intention d'embrasser, quelle est la grandeur du sacrifice qu'ils vont s'imposer et les conséquences du vœu qu'ils se disposent à prononcer; elle exige qu'on ne leur fasse aucune sorte de violence, et, concernant les personnes du sexe, à l'égard desquelles il peut s'élever de plus grandes difficultés, elle veut qu'avant de se lier par des vœux, elles soient scrupuleusement interrogées par l'évêque ou par son délégué, sur les motifs qui les déterminent à embrasser l'état religieux, et qu'ils apprennent d'elles si la violence, les menaces, ou des sollicitations imporfcues n'ont point influé sur le sacrifice qu'elles vont faire, et si elles entrent dans ce saint état avec une pleine et entière liberté. Voilà ce que veut et demande l'Église qui apprécie l'importance d'un vœu. Et vous, chrétiens, parce que vous éprouvez quelques sentiments de dévotion, sans demander conseil à votre pasteur ou à votre directeur, sans réfléchir et sans peser les suites de votre détermination, vous vous hâtez de prononcer le vœu de chasteté perpétuelle dont quelques jours après vous vous repentez, et dont vous allez gémir aux pieds de votre confesseur, et quoiqu'il n'y ail que le souverain Pontife qui puisse dispenser de ce vœu et de celui d'entier dans une religion approuvée, comme aussi des trois vœux de pèlerinage en terre Sainte, à Rome, et à Saint» Jacques-de-Compostelle, il n'est moyen que vous ne preniez pour en obtenir ou la commutation ou la dispense. Oh! combien, ainsi que nous l'avons vu plus haut dans l'Ecclésiaste (c. 5.), ces vœux inconsidérés et insensés, et ces promesses fausses sont détestées de Dieu : Displicet enimDco infidelis et stulta promissio. Oh! combien il aurait mieux valu que vous n'eussiez jamais fait de vœu , plutôt que de ne pas les accomplir après les avoir faits : Mullùque melius est non vovere , quam posl votum promus» non reddere !

15. Ces personnes, dit un auteur, ressemblent à ceux qui ignorant totalement l'art de la navigation , et voyant la nier calme , le vent favorable , sortent du port avec un bâlim 'iil mal pourvu d'eau et de vivras, et qui se sentant glis<er à pleines voiles sur la surface des flots, sans rencontrer d'écueil, s'aoandotineul à

!a joie, et s'estiment les plus heureux des hommes. Mais qmnd ils reconnaissent que leur provision s'épuise, que la tempête s'élève, que les venls commencent à souiller avec furie et à bou> îe\erser les flots, qu'ils se voient menacés du naufrage, alors ils profèrent «les malédictions contre la nier et les orages qui la soulèvent, alors ils regrettent d'avoir quitté les rivages et le port dont ils se sont éloignés avec tant de plaisir. C'e^t là parfaitement ce qui arrive à ces inconsidérées jeunes filles. Tant que se maintient cette espèce de ferveur qu'elles ressentent, tant que tas passions sont pour ainsi dire endormies, et que le démon ne les tente poini, elles s'imaginent qu'il n'y a pas d'état plus agréa- Ole el plus doux que de vivre toujours dans la chasteté; mais ouand le feu de la concupiscence s'allume, que les passions se «•'•chaînent, que le démon se réveille, et qu'elles se sentent forteiDeni tentées, alors elles soupirent après leur libellé, alors elles; se repentent de leur vœu, alors elles pleurent: et c'est ce qui arrive aussi à tant d'hommes et de femmes qui pour les motifs les ■plus (utiles s'engagent comme soudainement par vœu à faire tel pèlerinage, à visiter telle église dédiée à la Sainte-Vierge on à un autre saint . de faire certaines aumônes, de jeûner le samedi, de pratiquer d'autres bonnes œuvres. Mais que s'ensuit-il? Ou'à peine les ont ils prononcés, ils trouvent mille difficultés à les accomplir , et qu'ils vont en solliciter la dispense.

16. Ou' : .n'en soit pas ainsi de vous, mes chers frères; ayez pour maxime de ne jamais faire des vœux inconsidérément et à Sa hâte, et, si vous le pouvez , n'en faites jamais sans prendre conseil de votre pasteur ou de votre confesseur, qui, s'il est prudent et instruit, ne vous permettra de faire que ceux: dont l'accomplissement vous sera faciie, et qui, outre la gloire qu'ils procureront à Dieu, seront avantageux et utiles pour votre salut. Considérez tous les autres vœux comme pernicieux et suspects, parce qr.e ne vous empressant pas de les exécuter, ou n'eu tenant aucun compte, le démon s'en sert comme d'un piège potH* vous surprendre et causer la ruine de votre âme. il est an vœu que vous avez tous prononcé depuis un plus ou moins grand espace de temps , et auquel vous n'avez jamais bien pensé, vœu dont le souvenir devrait se représenter souvent à votre esprit, dont vous devriez vous attacher à connaître l'importance, et que vous devez chercher à accomplir exactement; ce vœu est la promesse solennelle que vous files au bapiéme de renoncer au démon, aux œuvres *\i\ démon età ses pompes, vœu que je vous expliquerai plus au long quand je vous parlerai de ce Sacrement. Qwaat

SUlt I.E SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. 215

aux autres, ne soyez pas si prompts à les faire; et quand vous les faiies, quece soit avec maturité, avec sagesse et prudetre.

17. Enfin si vous avez fait un vœu, ne manquez pas de l'accomplir, parce que, comme vous l'avez entendu, l'infidélité aux promesses faites à Dieu lui est odieuse : Displicel Dco infidelis et stulla promissio (Ecclesiasti. d). Dieu châtie sévèrement ceux qui violent leurs vœux; nous en avons un grand nombre d'exemples. Cependant je ne veux pas finir avant de vous en raconter un, dont fait mention saint Antonin: Tl dit qu'un jeune homme avait fait vœu d'entrer dans un monastère ; mais peu de temps après s'en repentant, parce qu'il trouvait trop pénible le renoncement aux plaisirs , et l'asservissement aux rigueurs pratiquées dans le cloître, il embrassa un autre état. Mais qu'an iva-t-il? A peine la moitié de l'année se fut-elle écoulée, qu'il tomba gravement malade,et quelqu'un lui ayant conseillé de se confesser pour sauver l'âme, puisqu'on ne pouvait plus sauver le corps, il répondit qu'il n'en était plus temps, parce que Dieu l'avait condamné àl'enfer; car lui ayant apparu avec un visage irrité, il lui avait fait entendre ces paroles : Je t'ai appelé en religion pour m'y servir avec plus de fidélité, et tu as osé me désobéir, tu en as fait !e vœu et lu m'as promis d'y entrer, et tu m'as manqué de parole ; va, malheureux, dans les enfers, pour m'avoir ainsi outragé : Apparuit mihi Dominas ira lus dicens : Vocavi et renuistï ; Uleô vade ad portas inferi. Ayant fini de parler, ce malheureux expira, apprenant aux hommes, par cette mort funeste, à exécuter leurs vœux, pour ne pas s'attirer le même malheur. Ne négligeons donc jamais d'accomplir ceux que nous aurions faits. Non, Seigneur, nous ne nous rendrons jamais coupables d'une si horrible prévarication; mais quand nous aurons l'intention d'en faire, ce sera avec maturité et d'après l'avis de nos directeurs , el nous vous promettons de les accomplir fidèlement moyennant votre grâce, puisque nous savons que le vœu est irrre prooiesse faite à vous-même , qu'il est un acte de religion par lequel nous glorifions votre majesté infinie, et par lequel nous honorons voire saint nom; nous protestons vouloir toujours l'honorer el le glorifier pendant les jours de cette vie mortelle, espérant que nous le ferons éternellement dans le Ciel.

De lasanctification des dimanches eldes fêles.

Les chrétiens en ces saints jours doivent s'abstenir spécialement de commettre des péchés.

Dieu qui, comme créateur de tout ce qui existe, a sur toutes choses un pouvoir absolu, exige de nous que nous sanctifiions les jours de dimanche. Mémento ul dieni Sabbati sanctifiées (E. 20). Il veut que, suspendant tous nos travaux , oubliant entièrement les intérêts temporels , nous ne nous occupions qu'à lui rendre les honneurs qu'il mérite ,et à vaquer à la méditation des choses célestes. Cette loi est aussi fondée sur la raison, et l'obligation de l'accomplir est aussi indispensable qu'il est conforme à la raisin qu'une créature offre ses hommages à son Créateur,et s'applique à pratiquer ses devoirs religieux. La sanctification desdimanches est un exercice du culte que nous devons rendre à Dieu, et un témoignage public de notre religion. Les trois commandements qui s'appellent de la première table et qui regardent principalement Dieii,sont tellement classés, que le premier nous défendant l'idolâtrie, nous fait connaître la vraie religion; le second en condamnant les serments , les parjures, les blasphèmes, nous interdit la profanation de son divin nom; et enfin par le troisième commandement, en nous ordonnant la sanctification des dimanches, il exige que nous lui donnions un témoignage solennel et public de notre religion : aussi l'habitude de sanctifier ces jours a toujours été si profondément enracinée dans le cœur des hommes, que les nations même les plus barbares et les plus sauvages avaient consacré en l'honneur de leurs folles et mensongères divinités de pareils jours, afin de se les rendre propices. C'est ce que nous rapportent toutes les hi-toires anciennes. Notre Dieu si élevé au-dessus des autres Dieux , ayant créé les jours, les heures, les instants , nous devrions les employer tous à rendre hommage à son infinie majesté , à exalter ses grandeurs par un rulteet un honneur particuliers. Mais il n'exige pastanlde nous; il lui suffit que nous employions pour glorifier et pour honorer son saint nom, un seul jour dans la semaine , et quelques autres fixés par la sainte Eglise. Et comme ce Dieu demande que cesoit dans ses temples que nous lui rendions un culte parliculier,quoi-

qu'il eût pu l'exiger en tout lieu, aussi nous ordonne-t-il que nous consacrions ces jours de dimanche à radofer,à nous humilier devant lui , quoiqu'il eût pu réclamer de nous ces hommagesen tout temps et en tout lieu. Mais, chose déplorable! si jamais Dieu est plus déshonoré, s'il y a jamais plus de profanation , si enfin il se fait moins de bien , et si les hommes se livrent à plusd'excès, c'est dans les jours de dimanche. Désirant donc vous démontrer la nécessité de sanctifier ces jours saints, et l'obligation d'observer ce commandement, je vous expliquerai ce que Dieu exige de nous par ce précepte, ce que nous devons faire pour l'accomplir, et ce dont nous devons nous abstenir les dimanches.

1. Cependant avant d'entrer dans l'explication des œuvres auxquelles nous devons vaquer dans ces saints jours, et de celles dont nous devons nous abstenir, quelqu'un peutdcmander pourquoi nous chrétiens, nous n'observons pas le Sabbat , comme l'observent les Hébreux, et comme il est ordonné de l'observer parle troisième commandement? .Je réponds que ce commandement est en partie cérémonial, et en partie moral; comme cérémonial, il prescrivait la sanctification du jour du Sabbat; comme tel, il est aboli par la nouvelle loi de grâce. Mais comme précepte moral, naturel et divin, il subsiste; étant de droit naturel et divin que la créature raisonnable doive en tout temps et à toute heure rendre un culte et ses hommages à son créateur, et c'est le dimanche et les jours de fêtes, que tout chrétien doit satisfaire à cette obligation; ce qu'il ne vous sera pas difficile de croire puisque l'apôtre saint Paul dans ses épilres canoniques, et saint .Jean dans l'Apocalypse nous enseignent clairement, aiusique ia tradition apostolique, que l'Eglise éclairée et dirigée par le Saint-Esprit a remplacé le Sabbat par le dimanche, parce que c'est en ce jour que se sont opérés les principaux mystères de notre religion dans la loi de grâce. Suivant l'opinion d'un grand nombre de saints Pères , Jésus-Christ naquit le dimanche , suivant l'Evangile, il ressuscita glorieux et triomphant le même jour, et ce fut encore le même jour qu'il envoya le Saint-Esprit à ses Apôtres. Et comme, outre le Sabbat, les Hébreux étaient encore obligés d'observer d'autres fêtes, ainsi les chrétiens sont tenus à sanctifier celles qui ont été établies par l'Eglise en l'honneur de Jésus-Christ , de la Sainte-Vierge et des autres Saints.

2. Cela supposé, l'Eglise impose deux obligations à ses enfants

quand el'e commande la sanctification des fsMcs ; l'une, qu'ils les

passent dans la pratique des bonnes œuvres propres à honorer

Dieu , et l'autre , qu'ils s'abstiennent des œuvres sji vil s qui st*

218 XIX. JNSTIUJCTIOX

ra ient un obstacle à ce culte et à cet honneur qu'ils lui doivent. Mais parce que les œuvres serviles qui empêchent de rendre à Dieu le culte auquel il a droit, etqu'on peut considérer comme la fin de ce commandement, peuvent l'empêcher suivant la lettre et suivant l'esprit , il en résulte que comme l'on peut observer ce précepte suivant la fin , suivant la lettre, et suivant l'esprit, ainsi l'on peut le transgresser de toutes ces différentes manières, Mais quand l'observe-t-on suivant la fin , suivant la lettre et suivant l'esprit , et quand le viole-t-on sous ces différents rapports ? INous l'observons selon la fin queDieu s'est proposée, quand nous employons tout le jour du dimanche, ou la majeure partie, ou au moins une partie notable, en œuvres de piété dans le but d'honorer Dieu. Quand nous nous abstenons de faire des œuvres serviles et manuelles , nous l'observons suivant lalettre; et nous l'observons suivant l'esprit quand nous évitons de commettre des pé« chés, surtout graves et mortels. Il s'ensuit donc que, quanta sa fin, ce comma!idement,sur la sanctification des dimanchesou des fêtes, est violé par les chrétiens paresseux et oisifs qui omettent de vaquer à des œuvres saintes par elles-mêmes et propres à honorer Dieu, quant à la lettre ils violent ce commandement , ces hommes avides et intéressés qui pour un petit gain,se livrent à des travaux pénibles et serviles qui éloignent de rendre à Dieu le culte qui lui est dû à si juste litre ; enfin ils le transgressent quant à l'esprit , ces libertins et ces impies qui,au lieu de rendreàDieu leurs hommages dans ces saints jours par la pratique des œuvres de piété, l'outragent au contraire par leurs excès et leurs dissolutions, et ce sont ces trois manières de transgresser ce commandement qu'énonce clairement saint Antonin (2. p. Tit. 9. c. 7.) lorsqu'il dit: Primo . quia non cavetur à defeclibus ci-iminalibus. Secundo, quia non abslinelur ah operibusnaluralibus. Terlio , quia non inhœrelur aclibus mpernaluralibus. Pour procéder donc avec tout l'ordre et la clarté possibles , je me propose de vous faire trois instructions, dans la première desquelles je vous démontrerai que pour sanctifier les dimauches et les fêles, les chrétiens doivent éviter les péchés mortels. Dans la seconde , je vous prouverai qu'il faut s'abstenir de toutes les œuvres manuelles et serviles. Dans latroisième , qu'il faut vaquer aux œuvres spirituelles.

3. J'entre en matière et je dis d'abord que ces chrétiens corrompus et impies lransgressentceprecepte.qui.au lieu d'honorer Dieu par des œuvres de piété , l'outragent par leurs dissolutions, par leurs excèset par toutes sortes de péchés. Mais , dira quelqu'un, les péchés ne sont pas des œuvres serviles quelque gra-

ves qu'ils soient, il n'y a que ces dernières qui soient défendues les jours de dimanche. A celle objection saint Thomas répond en affirmant que les péchés rendent les hommes encore plus coupables que ne le font les œuvres serviles ; car par le péché dont ils se souillent , i!s éprouvent plus de difficultés pour s'adonner aux: choses spiritu e'ies , qu'ils n'en éprouvent du côté des travaux manuels quels qu'ils soient. C'est pour cela que celui qui pêche contrevient plus à ce précepte que celui qui se livre à des occupalions serviles, d'ailleurs licites hors des dimanches et des fêtes (2. 2. q. 122.arl.4), car ils peuvent souvent cire autorisés et excusés par les motifs religieux qu'on s'y propose et par la nécessité où l'on se trouve. Mais le péché est toujours contraire à l'honneur qu'on doit à Dieu et n'est jamais permis en quelque temps que ce soit, à plus forte raison les jours de dimanche et de fête. Les premières, c'est-à-dire les travaux sont défendus ces sainl joins, non qu'ils soient honteuxet mauvais eu eux-mêmes , mais seulement parce qu'ils sont un obstacle à l'accomplissement du devth, qui oblige de rendre à Dieu l'honneur qu'il mérite , honneur qui est la fin de c* précepte. Les chrétiens devront donc à plus forte raison éviter les péchés qui non-seulement éloignent des choses divines , mais qui nous séparent entièrement de Dieu (Cat. Rom. pag. 3. n° 21). Concluons avec saint Augustin (Trin.3.in Jo.)que pour observer les dimanches suivant l'esprit, il faut s'abstenir alors des péchés, qui sont des œuvres serviles plus opposées à la sanctification de ces jours que les travaux manuels. Mais comment prouverons-nous que les péchés sont des œuvres serviles, dit ce saint? Demandez-le au Seigneur , répond-il, et il vous dira que quiconque commet l'iniquité se fait esclave de l'iniquité: Qui facitpeecalitm, serviis eslpeccati. Et quelle servitude! combien elle est honteuse et cruelle (Jo. 8.)

4. Mais si la chose est ainsi, le péché commis un jour de dimanche sera-t-il plus grave , et la sainteté du jour ajoulera-t-elle àce péché une circonstance aggravante ? Que la sainteté du jour de dimanche soit une circonstance aggravante, et qu'elle attache au péché une malice particulière qui en change l'espèce , je ne le dis pas absolument de tous les péchés. Que cela ne puisse être affirmé des péchés intérieurs , on doit le regarder comme une chose certaine et l'on doit penser ainsi de plusieurs péchés extérieurs, quoiqu'ils soient mortels. Comme tous fes péchés mortels ne profanent pas gravement un lieu sacré, il faut croire pareillement que tous ne profanent pas les jours de dimanche. Mais s'il s'agit de ces crimes énormes qui sont d'une manière spéciale ea

opposition avec la sanctification de ces saints jours , tels sont les homicides, l'ivrognerie et les rixes , qui arrivent ordinairement alors , comme aussi les fornications , les adultères et aulrescrimes de cette nature, on ne pourra nier qu'ils renferment ^une malice particulière qu'il est nécessaire d'exprimer au moins «n général dans la confession. En effet , il suffit de lire avec quelque atlenlion ce qu'ont écrit sur cette matière les saints Pères, les anciens théologiens les plus célèbres par leur sainteté et par leur doctrine , de consulter les conciles et les divines Ecritures <lans lesquelles nous voyons que Dieu est transporté de colère contre ceux qui , par leurs criminels excès profanent les jours de fêles, et qu'il menace de les châtier avec beaucoup de sévérité; il suffit , ai-je dit, de lire avec attention tous ces ouvrages pour être persuadé que si les péchés commis dans un jour de dimanche font à Dieu une injure particulière, ils doivent conséqoerament renfermer une malice spéciale.

o. Et supposé que ces péchés n'eussent pas toujours cette malice spéciale, les théologiens, même les plus relâchés et les moins sévères, avouent néanmoins qu'ils sont plus graves que ceux que l'on commet hors de ces saints jours. Car qui ne voit pas que l'injure faite par un homme téméraire à son souverain dans les solennités consacrées à célébrer l'anniversaire de sa naissance ou la fête de son patron serait d'autant plus grande que ce sont des jours consacrés à son honneur, puis tue c'est alors qu'il reçoit les hommages de sa cour et de ses sujets? Appliquez cette comparaison à ces chrétiens corrompus qui ont l'audace d'outrager Dieu et de pécher mortellement les dimanches ou dans d'antres solennités plus grandes. Saint Bonaventure (serm. de l'ass.) considère les Juifs comme étant coupables du crime le plus atroce, pour avoir renvoyé le crucifiement du Sauveur à la fête de Pâques. Dites-en autant de celui qui pêche un jour de dimanche; il outrage Dieu plus gravement en renvoyant à des jours réservés pour honorer Dieu, l'accomplissement du projet criminel qu'il a de l'offenser , par-là même de le crucifier et de le faire mourir dans son àme.

6. Les dimanches et les fêtes ainsi que les autres jours consacrés aux pratiques lie piété, chacun devrait sonder sa conscience, se reconnaissant devant Dieu souillé de mille péchés, lui demander pardon et faire pénitence. Quelle serait donc l'iniquité de ces chrétiens qui, non-seulement ne se repentiraient pas de leurs butes passées, mais seraient disposés à en commettre et en commettraient en effet de nouvelles? Que dînez-vous d'un coupable

SUR LE SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. 22r

convaincu d'un crime, si vous le voyiez , an moment même qu'il comparait devant les tribunaux, avoir l'audace d'ajouter un crime de plus à ceux dont il s'est déjà noirci et outrager de toutes manières sonjuge? Ne croiriez-vous pas que cet excès est encore plus grave que le premier , et quepar conséquent il est digne d'un châtiment plus sévère? Formez le même jugement touchant ces chrétiens qui, au lieu de s'occuper en ces saints jouis à apaiser la justice divine, semblent prendre à tache de l'irriter davantage par de nouvelles fautes. Ils sont coupables aussi ceux qui, les jours de fêtes, bien loin de travailler au salut de leur âme par lapratique desvertus et par la fréquentation des Sacrements , lâchent tellement la bride à leurs pas-dons les plus effrénées , qu'ils semblent avoir été autorisés à s'y abandonner en ce< saints jours. Quelques-uns pensent , dit saint Jean Chrysostôme, qu'il n'y a point de dimanche , si alors ils ne se livrent pointa [Intempérance, soit dans le boire, soit dans le manger, s'ils ne s'adonnent pas avec excès aux jeux , s'ils ne passent pas ces jours dans les sociétés et dans d'autres plaisirs plus insensés (ser. 8. de Res.).

7. Mais, me dira-ton, vous prétendez donc que les dimanches on ne doit ni se récréer, ni se divertir, ni se procurer aucun plaisir ; nous sommes toute la semaine, les uns au comptoir, les autres au magasin, nous dans nos ateliers, ceux-ci dans les champs, au milieu des travaux pénibles de l'agriculture, pourquoi les dimanchesel les fêtes nous serait-il défendu de respirer un peu et de passer agréablement ces jouis ? Mais pour quel motif, vous répondrai -je , avez-vous tous vaqué à vos travaux ordinaires, chacun dans votre état, c'est p >ur acquérir quelques richesses, pour avoir de quoi vous nourrir, pour vous vêtir proprement et avec luxe peut-être. Mais si vous voulez encore vous approprier le dimanche pour procurer à votre corps toute sorte de satisfactions, qud temps et quel jour choisirezvous pour le consacrer au salut de votre âme ? Tout sera pour ce misérable corps, et voire âme sera totalement oubliée ! Mais je ne veux pas être rigide et sévère au point de vous refuser après les fatigues éprouvées pendant la semaine quelque honnête divertissement le dimanche. Lorsque tous aurez assisté le malin aux offices divins , que vous aurez entendu la sainte messe, le prône, ou tout autre instruction, o i peut vous permettre, selon votre état, que votre table soit servie plus abondamment que les autres jours, qu'après que tous aurez di;>é et assUté aux vêpres et aux autres exercices pieu? en usage , accompagne de vntre épôuse ou de quelque autre parent, ou de quelques amis, vous vous

£22 îx. instruction

livriez an plaisir de la promenade, que vous vous égayiez par des conversations décentes, ayant avec vous vosenfants auxquels vous accorderez une honnête liberté: non ver à animireluxntioiiem, disait saint Grégoire de Nazianze (Or. 6), sed pétulant iam coerci'o. Mais ces innocents divertissements ne sont plus en harmonie avec notre siècle et avec les mœurs d'aujourd'hui. Si un mari se promenait avec sa femme, il se ferait prodiguer tes lilres les plus injurieux, tels que celui de grossier , de sauvage et de jaloux, j'en dis autant des femmes qui , hors du logis, dédaignent la compagnie de leur mari , et recherchent parmi cette foule de courtisans qui vont et viennent, ceux que la mode et la coutume leur permettent de choisir, ou, pour mieux dire ceux que leur passion et le démon leur désignent comme convenant davantage à leur caractère. Et de leur coté les époux vont chercher des délassements ailleurs qu'au sein de leur famille.

8. Si vous pénétriez dans les maisons, vous y verriez des réunions de personnes de différent se^e que la seule ressemblant » d;> caractère et les mêmes inclinations y amènent, et qui ne s'entreiiennent clans ces jours de fêtes, comme si c'étaient des jours ordinaires, que de choses profanes et toutes mondaines. Transportez-vous dans d'autres, et vous reconnaîtrez qu'on y passe ces saints jours à jouer , et peu s'en faut qu'on ne s'y permette aussi les malédictions , les jurements, des parjures et les blasphèmes. Sont-ce là des récréations innocentes que puissent s'accorder des chrétiens clans ces jours consacrés à Dieu, après avoir employé tous les autres de la semaine à leurs intérêts temporels? Peut-on croire que le jeu et le libertinage soient ees actions saintes qu'on doive offrir à ce grand maître, pour lui témoigner quel est le zèle qu'on apporte à sanctifier ces jours qu'il s'est réservés afin de recevoir de sa créature les honneurs et les hommages qu'elle lui doit? Enfin entrez dans les cabarets, dans les lieux de débauches, et vous verrez comment Icshabitanis de la campagne, comment les ouvriers et les artisans, forcés, par la nécessité de travailler tous les jours de la semaine, et obligés à la tempérance par l'obligation où ils sont de résider dans le sein de leurs familles, vous verrez, dis-je, comment ils se plongent, les dimanches, clans la crapule, dans tous les excès imaginables, jusqu'à dévorer dans un seul jour le gain qu'ils ont fait dans une semaine entière. Hommes barbares, sur qui ni la nudité de leurs enfants, ni les pleurs de leurs épouses, à qui ils doivent le fruit de I -ur travail, ne font aucune impression. El si. par malheur, ils font entendre quelque jsNe

plainte en se voyant privés da nécessaire, ils n'ont pour toute réponse de la part de ces furieux échaufféspar le vin et privés de raison, que des injures et des coups.

9. Et vous croiriez ces divertissements honnêtes après les travaux delà semaine? Et c'est en agissant ainsi que vous croyez sanctifier les dimanches et les fêtes? N'est-ce pas au contraire les profaner indignement et faire à Dieu, en ces jours, les outrages les plus grands qu'on puisse se figurer? Oh ! si vous saviez bien ceque sont ces lieux de déhanche où tant d'ouvriers et de malheureux artisans passent les jours consacrés au Seigneur , vous ne les considéreriez que comme des lieux abominables et propre.à inspirer de l'horreur, comme des lieux qui sont ordinairement lethéàtre des plus grands excès, et où l'on provoque contre soi les malédictions divines. A qui direz-vous malheur, et au père de qui direz-vous malheur, demande l'Esprit-Saint dans les proverbes (c.23)? A ceux, répond-il, qui emploient leur temps à boire et à manger, et qui font consister tous leurs plaisirs à vider les verres et les bouteilles. Malheur ensuite à ceux qui omettront de sanctifier les saints jours pour assister à des jeux publics, aux théâtres, à quelque spectacle, dit Salvien (de Civ. Dei, 1. 5); n'est-il pas vrai que pour ne pas se priver de ces jouissances profanes, on déserte les temples, on néglige d'assister aux offices divins, aux catéchismes et aux prédications? Est-ce-là, demande saint Cyrille (lib.8, cap. 4. in Jo. 16), la manière de sanctifier les dimanches et les fêtes? Est-ce la manière de les passer saintement, que de les passer dans l'ivrognerie, dans la crapule, dans les jeux et autres dissolutions, dont on s'abstient dans fa semaine? Ah! dit ce saint, vous voyez toute celte malheureuse classe d'ouvriers et d'artisans , supportant tous les genres de fatigue; se livrant aux travaux les plus pénibles pendant la semaine; vous ne les trouvez alors ni dans les cabarets, ni dans les jeux, ni dans les dissolutions; mais que le dimanche arrive, tout aussitôt ils accourent du fond de leurs ateliers, du fond de leurs campjgnes,dans les lieux de débauches, s'adonnent aux jeux,assistent aux spectacles, aux bals, commettent d'autres excès encore plus condamnables, livrent à la dérision le nom de Dieu, et profanent ce saint jour. Oh ! combien il vaudrait mieux pour ces impies que les dimanches fussent supprimés, et combien le scandale serait diminué, puisqu'on ne serait pas témoin de tant de péchés? Combien Dieu serait moins méprisé? Et combla de péchés disparaîtraient de dessus la face de la terre? Oui, avouonsle, c'est dans ces jours que l'iniquité abonde, et que les plus grands vices se multiplient.

10. Mais ne nous écartons pasde notre but, et revenons à la matière que nous traitons. Les fêtes , ajoute saint Chrysoslome déjà cité , et les dimanches sont encore institués pour apaiser la colère de Dieu enflammée parla multitude innombrable des péchés qui se commettent, et pour le prier de verser sur nous avec plus d'abondance ses miséricordes et ses grâces. Ce fut surtout celte fin, poursuit-il, que se proposa la Providence en les établissant. Ali ! impies profanateurs, par les péchés que vous osez commettre et que vous commettez en si grand nombre les jours de fêtes, vous vous oppose/. à ses intentions pat-ruelles , à cette fin que se propose Dieu el où éclate sa tendre charité pour nous. Nous arrêtez l'effusion "lèses miséricordes et de ses grâces qu'il voudrait répandre sur tous les hommes. Ah ! si vous pouviez connaître la bonté , l'amour et la libéralité de ce Dieu î il étend continuellement les bras pour recevoir ses enfants prodigues qui prennent le parti de revenir à lui. Il a toujours les mains pleines de fleurs , comme ie dit l'épouse des Cantiques, c'est-à-dire chargées île grâces, pour venir au secours de ceux qu'il chéiit. Si telle est la conduite qu'il tient en tout temps, ne la tiendra l-il pas à plus forte raison les jours de dimanches et de fêles, jours de bienfaits, parce que ce sont des jours consacrés au culte qui lui est dû., ou à la Sainte-Vierge ou aux Saints, qui, plus qu'en lotit autre temps, le supplient de nous accorder des laveurs , de s'apaiser à notre égard, et de nousfabe rentrer dans son amitié? M is comment voulez-vous que la Sainte-Vierge et les Saints intercèdent efficacement pour vous, si dans ces époques saintes vous vous abandonnez à tant de vices et d'excès? Comment voulez-vous que Dieu s'apaise, si vous l'outragez davantage? Comment voulez-vous vous le rendre favorable , si par votre arrogance vous attirez sur votre personne sou indignation ? Plus vous l'offensez, plus vous le portez à détester et à avoir en horreur vos fêtes, et non les siennes; Oiliet projeci f'rsiiviiates vestras (Amos, 5) , jusqu'à lui faire dire , pour me servir de l'expression des saintes Écritures, qu'il couvrira votre face des ordures et *U>>i immondices de vos solennités: Dispergam super vnUum vestrum stercus solemnilutum vestrarum (Malach. 2). Ce Dieu 1res libéral voudrait répandre sur vous ses grâces; mais vous vous y oppose/. La très s unie Mari1, les Anges et les Sai ts s dliciteut en votre faveur la miséricorde et la justice de Dieu , et vous, par vos péchés, v us lui demandez qu iîvousfrappe » s lî.:anx renfermés dan les trésors de sa col re, qu'il vous eu lie, et qu'il se venge sur vous d vos crimes : el si un péché

commis un jour de fête entraîne après lui des conséquences si funestes, n'aurai-je pas raison de dire qu'il porte avec lui une malice plus grande? Et un péché, qui est cause que le chrétien abuse d'un temps qui lui est accordé pour faire pénitence, quû met obstacle à la bonté et à l'amour de Dieu , qui nous rend indignes de la protection de la Sainte- Vierge et des Saints, ne devra-t il pas être considéré comme un péché énorme? Gardez-! vous donc, chrétiens, de jamais vous souiller parles péchés, mais surtout le dimanche et les jours de fêtes, puisqu'ils sont la source de tant et si grands maux.

11. Saint Bernardin de Sienne (de obs. Fest.c. 8), d'accord avec l'apôtre saint Jean (Epis. 1. c. 2 ) , distingue trois péchés qui plus quêtons les antres souillent le monde, et même le Christianisme: l'orgueil, l'incontinence et l'avarice. Omne quodcsZ in mundo, concupisccnlia carias est, cl concupisccntia oeulorum, et supcrbia \>itœ. Nous devons, dit saint Bernard, toujours nous garantir de tous les péchés et surtout des trois que nous venons d'indiquer, mais particulièrement lès jours de fêtes. Nous devons éloigner de nous la jactance quelle qu'elle soit, la vanité et l'orgueil, afin que nons puissions nous présenter avec un cœur contrit et humilié, devant ce Dieu qui jette des regards bienveillants sur les humbles et qui les détourne des superbes; si jamais nous devons nous abstenir de toute parole ou toute action quii puisse souiller notre pureté, c'est surtout un jour de dimanche ; si enfin un chrétien doit donner des preuves de sa libéralité et de sa générosité envers les pauvres , de son mépris des richesses de ce monde, c'est dans ces jours-là. C'est ainsi que les sanctifièrent les chrétiens des premiers siècles. Je voudrais avoir le temps de vous parler de celte pureté de mœurs , de cette humilité et de cette obéissance dont ils étaient en tout temps , mais surtout les jours consacrés à Dieu, les modèles édifiants; je désirerais pouvoir vous faire connaître la modestie et la pudeur qui brillaient dans leurs actes et leurs paroles, ce dégoût qu'ils éprouvaient des choses futiles et passagères, ces aumônes abondantes qu'ils répandaient dans le sein des pauvres. Ces exemples ne devraientils pas nous exciter à marcher sur leurs traces. Mais, hélas! que nous sommes loin de les imiter! Si jamais ces admirables vertus que l'on voyait éclater dans les premiers chrétiens sont moins pratiquées, c'est dans les jours de fêles; et si jamais les trois vices dont nous venons de parler sont plus communs et se commettent avec plus d'audace , c'est encore dans ces jours que Dieu s'est réservés pour recevoir nos hommages,

12. C'est alors qu'on ne ;oil que pompes, que vanité,qite fa~4e; ilsemble qu'alors tous rivalisent de zèle pour profaner ces jours par leur orgueil. Les jeunes gens étalent avec complaisance aux regards des curieux leur beauté; on les voit ornés comme <!es femmes , se promener sur les places publiques et dans les rues et faire de leurs somptueux vêlements et de leur démarcbe superbe tin spectacle offert aux yeux des passants. Les personnes du sexe, d'un autre coté , emploient une partie de ces saints jours à >e parer devant un miroir et à mettre en «sage tout ce que l'art leur fournit d'ingénieuses ressources pour s'embellir, etattirersur elles, dans les temples où elles se rendent,les regards des assistants. Elles ont eu soin de se friser, d'orner leur cou de colliers , d'entourer leurs bras de bracelets, leur coiffure de rubans , de fleurs <?t de mille autres sortes d'ornements ; elles ne craignent pas de se revêtir d'habils indécents qui, par un artifice diabolique, laissent apercevoir des nudités scandaleuses : telle est la manière vaine et orgueilleuse avec laquelle elles célèbrent les dimanches. Celle qui peut l'emporter sur ses compagnes par la beauté des vêlements et des parures s'estime la plus heureuse ; celle qui est, ou qui se croit la plus aimable et la plus attrayante , celle-là , dit saint Bernard, est la plus vaniteuse et lapins superbe (ibid.).

13. C'est une chose vraiment digne de compassionde voir avec l'œil delà foi ces victimes de la vanité se promener les jouis de dimanches et de fêtes dans les rues, levant fièrement la tête, comme le dit Isaïe (c.3 ), marchant avec affectation, et entrant pleines de vanité dans les églises , couvertes de joyaux et d'ornements de toute espèce, comme si elles étaient tout autant de divinités. Et dans quelle fin ? Plût à Dieu qu'il n'en fût pas ainsi d'un grand nombre d'entre elles! laplupart n'y viennent que pour attirer sur elles les regards d'une jeunesse impudique , et dérober à Dieu et à ses Saints les hommages et les honneurs qui leur sont dus. Oui, aujourd'hui les idoles dans lesquelles se faisait autrefois ado. rer le démon , sont renversé es ; mais en leur place , il a substitué ces idoles vivantes de la vanité, auxquelles les chrétiens ne rougissent pas de sacrifier leur àme par les regards honteuxdont elles sont l'objet , par l'encens qu'ils font fumer devant elles. Mais malheur à ces idoles ! malheur à ceux qui les vénèrent et les adorent! Et pourquoi cela ? parce qu'ils sont maudits de Dieu : Maie. dictum idolum , et qui fecit illud (Sap. 24). Maudits ceux qui prostituent des honneurs à ces créatures méprisables dont ils se font des divinités ! maudites ces idoles de vanité qui s'ornent avec tant de soin pourêtr* vénérées et admirées. El pour quoi le rai-

son ? Farce qu'étant périssables elles ont voulu passer pour des dieux.1. Quia cum essel fragile, deus cognominatus est. Parce que n'étant qu'un tas de pourriture, qu'une fange sur laquelle elles ont répandu un peu de couleur , elles cherchent parleurs vêtements imraodesles et indécentsà s'approprier le suite et l'honneur qui n'est dû qu'à Dieu seul comme maitre de toutes choses.

14. Mais si nous parlons de l'incontinence qui est le second péché qui règne dans le monde, combien n'est-elle pas devenue corn mune dans le christianisme, lesjoursdefèles?Les lois civiles ellesmêmes appellent ces saints jours m temps de chasteté, tcmpns caslinais, temps dans lequel devrait, plus qu'en tout autre, briller dans tout son éclat parmi les fidèles, la pureté qui est la vertu laplus essentielle un chrétien età laquelle on doit le reconnaître. Mais hélas ! je crains bien plus qu'on ait droit d'appeler ces saints jours, temps de libertinage et de corruption, temps et jours où l'on s'abandonne sans retenue à la dissolution et aux plaisirs impurs; je neveux point offenser vos chastes oreilles en vous faisant le récit rie tous ces vices honteux que l'on a l'audace de commettre les jours de dimanches et de fêtes, comme s'ils étaient les jours les plus propic s pour ces œuvres infjmes.hisques à quand Dieu qui en est témoin les supportera-t-il ? c'est ce que j'ignore. Je me contenterai seulement de vous parler de certaines actions que l'on veut faire passer pour innocentes, mais qui n'en sont pas moins toujours accompagnées de l'incontinence, et en sont pour l'ordinaire le foyer le plus actif; il est question ici des amours profanes, des bals, des comédies et des autres représentations théâtrales. Ah! ces comédies et ces représentations étaient tellement en abomination aux premiers chrétiens, qu'ils ne réservaient dans l'église d'autre place à ceux qui avaient coutume d'y assister, que celle que l'on accordait aux énergumènes, et qu'on les considérait comme possédés du démon. Les saints Pères appelaient les théâtres, les temples de Venu* . cette déesse infâme du paganisme; ils les appelaient les consistoires de toutes les impudicités , les écoles publiques de l'incontinence. Et n'est ce pas dans les comédies que l'on représente des adultères supposes pour en faire nailre de véritables, que sont enseignées et applaudies les obscénités de toute espèce, afin qu'elles jettent de profondes racines dans le cœur d'une jeunesse imprudente; les comédies ne sont-elles pas fréquentées les jours de fêtes plus qu'en toutautre temps?

15. Cette familiarité avec les personnes du sexe, si commune parmi ks jeunes gens de la clause ouvrière et d'une basse condi-

tion, n'est-elle pas une source féconde d'impudi'cirés. *"t m* produit-elle pas des mariages ordinairement malheureux , parce qu'on s'approche de ce Sacrement avec l'âme souillée de mille péchés? Eh bien , en quel temps s'y livre-t-on avec moins de réserve, sinon les jours de dimanches et de fêtes? Ces musiques proianes,ces danses lascives entre personnes de différent sexe, que sont-elles, sinon un infâme trafic public où se vend la pudeur, et contre lequel ont tant élevé la voix les saints Pères? N'est-ce pas dans les jours de fêtes qu'on s'y livre comme s'ils étaient plus favorables à ce trafic honteux ? Oh ! si vous observez ainsi les fêtes , ne vaudrait-il pas mieux que vous ne les observassiez jamais?Vous feriez , habitants de la campagne , dit saint Augustin (in Psal. 91 ), un moindre péché en travaillant pendant ces jours-là et en cultivant la terre. Et vous, femmes, si vous vaquiez aux occupations ordinaires propres à votre sexe, comme de filer, de broder, et de coudre , combien ne feriez-vous pas mieux . qoe d'aVer sacrifier votre temps dans ces balslascifs et dans ces amours charnelles? Vous seriez moins coupables, artisans, si vois travailliez pendant tous ces saints jours, renfermés dans vos a^e!iers,qoesivons alliez vous divertir dans les théâtres et donne:* des appL agissements à des comédiens sans pudeur (I. I. De*. Cliord. &*). Si donc aller aux comédies, courtiser les personnes <;u sex«, assister aux bals dans ces jours sacrés, suivant la rtoctriae ife saint Augustin et des autres saints Pères , est un péché h ^ oop plus grave que celui que l'on commettrait en vaqua >t à des œuvres serviles, les chrétiens d'aujourd'hui croiront-i s pouvoir faire tout cela sans aucun scrupule? Si cultiver la terre, travailler dans un atelier , broder, filer, coudre, actions bonnes en elles-mêmes:,, licites et honnêtes, sont cependant défendues dans un jour de fête, et deviennent criminelles, parce qu'elles sont on obstacle à l'accomplissement du précepte qui prescrit de ne s'occuper quô du soin de notre âme , et de rendre nos hommages à Dieu ; danj les jours de fêtes, sera-t-il permis , et n'y aura-t-il point de mal de fréquenter les maisons de débauche, de se plonger dans la crapule, de se livrera l'ivrognerie, d'aller aux théâtres, d'assister aux comédies, d'en passer une bonne partie dans les jeux, dans les amours profanes, dans des bals lascifs, qui sont des actions criminelles en elles-mêmes, conséquemment défendues en tout temps,et qui empêchent bien plus de rendre à Dieu nos hommages, et de penser au salut de l'âme, que toutes lesœuvres serviles de quelque nature qu'elles soient? Qui osera soutenir une semblable proposiiion?Ce ne sera que celui qui aura perdu la raison ou la foi.

16. Enfin il nous resleà parler en troisième lieu de l'avarice, péché qui non seulement rend esclaves ceux qui en sont atteints, mais s'en fait encore des adorateurs. Et quelle large part ne prélève-t-elle pas en sa faveur, celte passion tyrannique , sur les jours de fêtes? La passion du gain est tellement et si profondément enracinée dans le cœur de quelques chrétiens, qu'il n'y a pas de solennité et de fêtes où ils ne cherchent à satisfaire leur insatiable cupidité. Il vous semble que ce que j'énonce est exagéré, dit saint Bernardin (loc. cit.), et cependant je déclare qu'il n'est rien d'aussi vrai qu'un grand nombre d'hommes , aveuglés par le démon et l'avarice,croient qu'un gain n'est jamais plus légitime que quand il est fait un de ces saints jours. Ils craignent de tomber dans la misère la plus profonde, s'ils n'achètent pas alors une chose ou une autre. Quelquefois, poursuit le saint, vous en verrez d'autres déjà parvenus à la décrépitude, et possesseurs de grandes richesses, n'ayant ni enfants, ni neveux dont ils puissent faire leurs héritiers, qui, au lieu de renoncer à leurs intérêts temporels pour se procurer l'avantage d'assister aux offices divins, au saint sacrifice de la messe, aux prédications, seront tout autant occupés de gain que s'ils se voyaient à la veille de manquer de pain pour se nourrir. Ah! misérables et infortunés! Si vous connaissiez les innombrables avantages spirituels que vous recueilleriez, si au lieu devons appliquer avec tant de sollicitude aux affaireslempnrelles et terrestres, vous vous appliquiez à celles qui sont spirituelles et éternelles; si vous réfléchissiez à la grande perte que vous faites, en négligeant de vaquer aux choses qui ont rapport au culte de Dieu et au salut de l'âttie , il est certain que vous changeriez de conduite. Mais les hommes qui sont dominés par l'esprit d'intérêt et par l'avarice sont en tout semblables à Judas.

17. Quand ce disciple perfide de Jésus-Christ aperçut (Jo. 12.) Magdeleine, repentante qui oignait les pieds du Sauveur avec du parfum, Une put voir sans regret ce parfum employé ainsi et il le jugea d'un tel prix et d'une telle valeur, qu'il dit qu'on pouvait en le vendant en retirer plus de trois cents deniers : niais quand il s'agit d'apprécier son divin Maître , il l'estima si peu qu'il le livra pour trente deniers, et même il l'aurait livré à un prix encore plus bas, si on le lui avait proposé . Quid vultis mihi dure, et etjo vobis eum tradam? Ainsi, dit un pieux auteur, agissent ceux qui sont animés de la même passion : ils savent parfaitement bien connaître la valeur des domaines, des maisons, des productions de la terre, des marchandises queicon-

230 XX. INSTr.l'CTION

ques, calculer les bénéfices qu'ils y trouveront ou qu'ils y tronvent, mais ils ignorent complètement l'art d'eslimer au juste la valeur de la grâce , de l'âme , \ii\ paradis, de Dieu. Quand il est question de ces choses, ils en font le sacrilice au prix le plus vil : Qui cl vttllis mihi dure, el ego vobis eum Iraclamï Pour le plus petit gain, celui de quelques pièces de monnaie, ils ne font pas difficulté de manquer aux prédications, aux vêpres, aux instructions, au catéchisme, à la bénédiction du saint sacrement, et souvent ils ne craignent pas de perdre la messe (Sen.P. 1. R. 21). 18. Ah misérables! ouvrez une fois pour toutes les yeux sur l'erreur dans laquelle les dénions et les passions vous ont plongés jusqu'à présent. Soyez persuadés que vous ne pouvez pas être de vrais chrétieus, si vous n'aimez pas Dieu de tout votre cœur, et vous ne l'aimerez jamais véritablement, sien observant les autres commandements , vous n'observez encore le troisième qui vous ordonne de sanctifier les fêles. Soyez persuadés que pour les sanctifier dignement, il faut s'abstenir de toutes les œuvres qui sont un obstacle à leur sanctification. Et comme il est hors de doute qu'il n'est rien qui éloigne autant de la sanctification des saints jours que le péché, vous devez conséquemmeut vous ta absteuir principalement ces jours, afin de pouvoir rendre à Dieu Le culte, qui lui est dû. Cherchez à vous soustraire autant que vous le pourrez à la servitude de ce monstre infernal qui est le péché, et si vous devez l'éviter en tout temps, à plus forte raison, les dimanches et les fêles, parce qu'il offense plus alors la majesté infinie de Dieu. Ah ! oui, Seigneur, nous n'aurons rien plus a cœur désormais que de ne jamais vous offenser dans quelque temps que ce soit, niais spécialement dans les jours qui vous sont contiens; c'en est fait, nous prenons la résolution de ne jamais passer dans les jeux, dans la crapule, dans l'ivrognerie; «lotis les comédies, dans les auteurs profanes, dans les bals lascifs, ces saints jours qui doivent être tout employés avons rendre le culte et l 'honneur que vous méritez à si juste titre. Mous ne nous abandonnerons plus aux sentiments de vanité et d'orgueil, nous renonçons aux faux plaisirs, à l'intérêt sordide. ïNous détestons tous les péchés dans lesquels nous sommes tombés et avec un cœur contrit el humilié nous vous en demandons pardon, afin quêtant purs, nous célébrions ici-bas les fêtes établies en votre honneur, pour pouvoir ensuite célébrer avec les Auges el les Saints cette grande fête qui durera éternellement dan* l« Ciel.

SUR LE TROISIÈME COMMANDEMENT DE Dir.U. 2*1

Sur ico œuvres servilcs et manuelles dont on doit s'abstenir les jours de

l'Otes.

Les œuvres serviles peuvent être considérées et suivant la lettre, comme manuelles , et suivant l'esprit, comme péchés. Dans la dernière instruction, nous en avons parlé, prises dans le second sens , et nous avons vu que les péchés, plus que toute autre chose, sont opposés à la sanctification des fêtes, parce qu'ils le? profanent plus spécialement. Examinons à présent les œuvres serviles, suivant la lettre. Nous verrons en premier lieu quelles sout celles qui sont défendues par le précepte qui ordonne de sanctifier les fêtes, et en quel cas on peut y vaquer , ensuite quel est le péché que commettent ceux qui s'y adonnent; et enfin les affreux châtiments dont Dieu punit ceux qui profanent les fêtes par des occupations semblables.

1. Saint Bernardin de Sienne (de Obs. et cel. Fest. c. 2.) distingue trois espèces d'oeuvres servîtes défendues les jours de fêtes. Les œuvres par lesquelles on offense Dieu, celles par le*quelle-~ on cherche à augmenter sa fortune, et enfin celles par lesquelles on gagne ordinairement sa vie. Nous avons déjà parlé désœuvrés serviles île faute, qui sont les péchés. 11 ne nous reste plusà parler que des deux autres. Les œuvres serviles de fortune consistent à entreprendre ou à soutenir des procès, qu'ils soient criminels ou civils , à prêter des serments, à vendre, à acheter, à faire dos échanges, ou d'autres contrats, à aller aux foires, aux marchés, à débiter des marchandises, à trafiquer et négocier, ou à vaquer à d'autres actions profanes où l'on ne se propose que le gain. Mais, dira-t-on, on ne pourra donc rien vendre, ni rien acheter un jour de dimanche ou de fête, ni ouvrir ses magasins ou ses boutiques,, sans contrevenir en quelque manière à ce commandement? Je réponds que les choses qu'on peut vendre et acheter sont de deuxsortes; les unes qui sont actuellement nécessaires pour le soutien de la vie, comme le pain, le vin et autres aliments et boissons, les remèdes et autres choses semblables; et les attires ne le sont pas autant, comme sont îedYap, testoïles, les vêtements, etc. Si l'on parle des choses qui sont nctueflemenî nécessaires à l'entretien de la vie , on peut donc les vendre comme on peut les acheter; il n'en est pas ainsi des antres objets qui ne sont pas ainsi nécessaires, et puisqu'il est facile de se les procurer dans les jours

232 XX. INSTRICTION.

de la semaine, on ne doit pas les acheter les jours de dimanche ou de fêtes.

2. Dans les jours consacrés au Seigneur, et spécialement les dimanches, nous ne devons donc pas distraire notre esprit de? choses divines parles ventes, achats, par les échanges ou autres contrats. Qu'on tienne les boutiques ou magasins fermés, qu'on laisse de côté le trafic et le négoce , qu'on ajourne aux jours libres tout voyage aux foires etauxmarchés, qu'on suspendealors toute poursuite de procès, qu'on ne s'occupe pas d'intérêts temporels, afin que recueilli en soi-même, on puisse uniquement vaquer au service de Dieu. Mais ces œuvres serviles, objectera quelqu'un, ne sontpas bien pénibles. Je l'avoue; nonobstant cela, elles nous font beaucoup oublier nos obligations envers Dieu, et c'est pour cette raison que dans un grand nombre de contrées elles sont défendues par les lois canoniques et civiles (ext. de terris). Mais serait-il possible qu'il fût défendu aux barbiers de raser un jour de fête ? Oui, sans doute, et pour détruire cet abus, les souverains Pontifes, les évêques et les Conciles ont fait des défenses rigoureuses et sévères, fidèlement observées par les hommes de celte profession, qui ont une sainte crainte de Dieu et qui s'occupent du salut de leur âme; mais les défenses sont violées en général par ces hommes qui, vaniteux par caractère, et jaloux d'attirer sur eux les regards de la foule par leur propreté et leur beauté, attendent à dessein de se faire raser en ces jours; elles le sont encore par cette espèce d'ouvriers ordinairementdominés par la cupidité et L'amour du gain. La profession de barbier étant donc une profession mécanique, il n'est point douteux qu'il ne soit absolument défendu de l'exercer les dimanches. J'ai dit absolument, parce que d'après l'opinion commune des théologiens , je n'ose pas condamner celui qui, pendant un espace de temps non considérable, s'occuperait à raser les hommes de campagne, les artisans et autres gens de celte classe qui se livrent à leurs travaux pendant toute la semaine; mais je condamne seulement ceux qui après avoir à peine entendu une messe basse, passent toute la matinée à raser non-seulement les ouvriers, les gens de la campagne et d'autres à peu près de la même condition, mais encore les désœuvrés et les hommes oisifs. El que dira qu'ils ne sont pas transgresseurs du troisième commandement?

Ensuite les œuvres qui sont plus strictement défendues par ce précepte , sont celles qui sont serviles de leur nature. Et que «ont-elles ? Ce sont celles qui sont mécaniques et par lesquelles

on gagnesa vie, celles qui entraînent après elles de grandes fatigues de corps, celles auxquelles vaquent tous ceux qui sont attachés au service d'autrui , et qui ne gagnent leur vie qu'à la sueur de. leur front. Les œuvres serviles sont encore celles auxquelles s'adonnent les ouvriers, les artisans elles gens de campagne, comme cultiver la terre, exercer un état mécanique, travailler dans les maisons, coudre, filer et autres semblables. Pourquoi Dieu défend-il, les jours de fêles, ces actions serviles? Est-ce parce qu'elles sont mauvaises en elles-mêmes? Non sans doute, puisque Dieu a condamné Adam après son pécVé, et, en sa personne, nous ions au travail, et que quand il imposa à Israël le commandement île se reposer le jour du sabbat, il lui permit les autres jours, de vaquer aux œuvres serviles. « Tu travailleras, » dit Dieu, les autres six jours, sans que je prétende te cou- » trarierdans le choix de tes travaux, tu seras parfaitement libre; » mais le septième jour m'appartient; tu ne feras alors aucune » œuvre serviîe, ni toi, ni ton enfant , ni la fille, ni ion servi- » teur, ni ta servante, ni même les animaux, et moins encore » l'étranger qui demeure avec toi (Exod. 20). » Les œuvres servîtes ne sont donc pas défendues parce qu'elles renferment en elles-mêmes quelque chose de mauvais , mais parce que noire esprit et noire àme étant bornés dans leurs moyens d'opéralion , ne peuvent en même temps penser aux intérêts temporels, au milieu des fatigues du corps, et s'occuper de Dieu et des intérêts si importants de l'âme; d'où il résulte que la cessation de toutes les œuvres pénibles nous est imposée nécessairement en ces sainte jours, pour que nous ayons plus de commodité et de facilité à nous appliquerai! service et au culte dus à notre souverain Maître et Seigneur, qui est Dieu, et pour pouvoir penser plus sérieusement au moyen de faire notre salai éternel.

4. Sera-ce donc toujours un péché de travailler les jours de fêle, elles œuvres serviles ne seront donc jamais permises? C'est ce que s'imaginaient la plupart des Hébreux qui prenaient trop à la lettre ce commandement, et qui avaient l'audace de condamner Jésus-Christ, parce qu'il guérissait les infirmes le jour du sabbat, et auxquels il adressa lui-même des reproches qu'ils s'étaient justement attirés. Il est donc des cas dans lesquels l'Église , notre sainte mère, pleine de tendresse pour ses enfants et attentive à leurs besoins, fondée sur la doctrine et les exemples de Jésus- Christ , des Apôtres et des Pères, leur permet de vaquer à des travaux manuels et même serviles, les jours de fête. Ces cas peuvent se réduire à trois. Le premier est celui d'une nécessité évi-

dente: ainsi Jésus Christ excuse ses disciples qui cueillaient un jour des épis, pour apaiser leur faim (Math. 42). Le second est celui du service de Dieu : ainsi Jésus-Christ loua les prêtres de ce qu'ils n'interrompaient point les fondions de leur ministère qui avaient rapport aux sacrifices et au culte divin (ibid). Le troisième enfin est celui de la charité envers le prochain : et c'est pour cela que le divin Rédempteur guérit le paralytique et beaucoup d'autres malades le jour du sabbat , comme nous le voyons dans saint Matthieu (ibid.) et dans les autres évangélistes.

5. Ceux-là se trouvent dans une évidente nécessité à qui il est impossible de subvenir à leur entretien et à celui de leur famille, s'ils ne travaillent pas les dimanches et les jours de fêtes ; alors ils peuvent, moyennant la permission de leur pasteur, le faire les jours défendus, prenant garde de causer aucun scandale, ne manquant pas cependant d'assister aux offices et de pratiquer les œuvres de religion quisont prescrites. L'on peut apprêter et faire cuire les aliments nécessaires à la vie , préparer les remèdes, mettre un appareil sur les plaies, moissonner lorsqu'il y a des apparences de tempêtes, voiturer les récoltes pour les mettre à l'abri de l'influence du mauvais temps , par exemple des pluies, continuer un ouvrage commencé, quand en ne l'achevant pas on souffrirait, un dommage considérable, comme cela a lieu dans la fabrication du verre, de la chaux, des briques, des tuiles, du fer et autres semblables. Cependant ils ne seraient pas excusables ces ouvriers qui attendraient exprès de commencer de tels travaux un jour de fête , quand ils pou riaient immédiatement les commencer et les terminer dans les jours libres.

En second lieu, quant aux œuvres qui ont rapport au culte que nous devons à Dieu , comme de sonner les cloches pour convoquer le peuple aux offices, à la prédication , et aux autres cérémonies saintes qui ont lieu , jouer des orgues, orner les églises et les autels, plier les ornements sacerdotaux et autres meubles sacrés , sont des œuvres permises dans ces saints jours. Enfin, quant à ïa charité envers le prochain et aux services qu'on peut lui rendre, il est permis d'ensevelir les morts, de servir les malades, de mettre les routes en état pour la commodité des voyageurs, de construire des ponts qui sont tombés de vétusté ou qui Ont été détruits par la crue considérable des rivières; il est permis de travailler pour arrêter et contenir leseaux dans un temps d'inondation, d'éteindreun incendie. Il est également permis d'aller à la pèche de certaines espèces de poissons qui ne passent et ne s'arrêtent que pendant quelque teniDs de l'année dans les rivières et

dans les fleuves où ils voyagent, comme nous le voyons dans le chapitre Liceat de feriis.

6. Quanta ces œuvres serviles.il est bon de savoir que comme il appartient à l'Eglise et à ses ministres d'interpréter la loi divine et la loi ecclésiastique dans les cas douteux, ainsi , quanti la nécessité ou fout autre motif vous détermine à faire quelque œuvre senile un jour de fête, vous devez consulter vos pasteurs, afin qu'ik voient si la nécessité et le motif sont tels , qu'ils puissent vous dispenser d'observer celte loi divine si stricte et si rigoureuse- Mais , dites-vous, il y a une nécessité réelle, cela me parait évident, et sur celte simple croyance intéressée, vous la jugez telle. Mais vous ne devez pas ignorer, quesuivanl toutes les lois, personne ne doit être juge dans sa propre cause. Ne faites pas comme <!;;:■;. iues-ims qui, par négligence, par ennui et peut-être encore par malice, s'appliquent à des ouvrages manuels etserviles, sans consulter leur pasteur,quoiqu'iIsdoutents'ils peuvent le faire ou non. Que ce ne soit pas là votre conduite. N'oubliez pas que lorsque vous alléguez une nécessité quelconque de travailler un jourdefète, il faut qu'elle soit réelle, qu'elle ne soit pas simulée ni suggérée par un vil intérêt , parce que dans ce cas la dispense que vous obtiendriez ne vous serait d'aucune milité, et vous deviendriez transgresseurs du précepte, agissant de mauvaise foi.

7. Mais que faudrait-il penser de celui qui travaillerait sans aucune nécessité, par intérêt seulement, ou par avidité du gain? Serait-il toujours coupable dépêché mortel? Je réponds que le précepte qui défend de faire des œuvres serviles un jour de fête, admet, comme tant d'autres, légèreté de matière. Quand donc l'espace de temps que l'on emploie au travail est notable, il y a faute moi telle pour quiconque travaille ainsi ; e t quand cetespacede temps est peu considérable, il n'y a seulement que faulr vénielle. La raison en est que le travail auquel on se livre pendant un temps considérable dissipe l'âme et la distrait beaucoup des choses divines, ce qui n'a pas lien quand il est de courte du rée. La grande difficulté est d indi nier ce qu'on entend par temps notable, ou par temps peu notable. Me tenant éloigné des opinions trop rigides et surtout de celles qui sont trop relâchées, je dirai qu'une heure ne peut pas être considérée comme un temps notable, et que, par conséquent, celui dont le travail n'excéderait pas celte durée ne commettrait qu'une faute vénielle; mais il est indubitable que celui qui travaillerait pendant deux heure, et an de*-lâ, jetlefaît son àmedans une grande dissipa-

tion , la détournerait des œu vies saintes auxquelles elle est obligée de s'adonner pour sanctifier les fêtes.

8. Or, je vous demande, chrétiens, à quoi bon pour un si petit avantage tel que serait celui que vous recueilleriez, par exemple, d'un travail de deux heures ou de trois heures, à quoi bon, dis je, vous rendre coupables d'une faute mortelle, et vous mériter la damnation éternelle? Pourquoi, an lieu d'obéir à Dieu qui vous prescrit le repos en ces jours, voudriez-vous devenir les esclaves de l'intérêt du monde et du démon qui vous asservissent à des travaux fa'igants? C'est là en vérité une chose bien singulière. Si Dieu vous obligeait au travail , dit un auteur (P. Seg.), elle inonde au repos, il faudrait obéir à Dieu, vous soumettre aux fatigues qu'il vous imposerait Mais votre conduite est touie contraire , car vous faites avec plus de dévouement la volonté d'un maître aussi barbare qu'est le monde, et qui est transporté de joie de voir ses sectateurs lui obéir comme des esclaves, que vous ne faites celle de Dieu si plein d'amour pour sous, et qui n'est jamais plus satisfait que quand il vous voit agir comme, des hommes libres. Le monde, par la suggestion du démon, qui voudrait faire disparaître entièrement les fêtes de Dieu et des Saints, tient avec les chrétiens la même conduite que tint Pharaon avec les Hébreux . Moïse et Aaron lui ordonnèrent de la part du Seigneur de laisser partir son peuple, parce qu'il fallait qu'il ailàl sacrifier dans le désert. Je ne connais point le Seigneur dont vous me parlez; à quoi bon ces sacrifices? ne vous serviriez-vous point de ce prétexte pour distraite le peuple de son travail accoutumé? Allez faire la tache qui tous est imposée : ite ad oneraveslrafJLx. 5). C'est ainsi que parle le monde. A quoi bon tant de fêtes? à quoi bon tant de messes? Pourquoi tant de prédications et d'exercices religieux? Pourquoi le repos? Il faut se nourrir les jours de fêles comme lesautres jours, il fuit donc travailler et gagner quelque chose.

9. Allez donc à vos affaires comme de coutume, ite ad onera veslra. Qu'importe que ce soit un dimanche et un jour de fête? allez à la campagne cueillir des fruits pour les porter le lendemain à la ville et au marché; allez couper du bois dans les forêts pour votre usage; allez au moulin pour faire moudre ; ne faites pas non plus difficulté d'ouvrir vos magasins, vos ateliers, et de vendre vos marchandises. On pourrait facilement vaquera telle ou telle autre occultation le samedi, ou la renvoyer au surlendemain; pourquoi tant vous gêner, le dimanche n'est-il pas propice pour cela?Vous gagnez un jour; il enest ainsi des autre*

choses: Ile allouera vestra. Ce-l ainsi, qu'agit le monde envers ses dévoués, à l'instigation du démon. Et quoique ce monde soit un tyran cruel qui écrase sous le poids de son joug sessectateurs, et qu'il leur impose ses lois au mépris de celles de Jésus-Christ, néanmoins on lui obéit ponctuellement et sans aucun scrupule; on secoue le joug si doux du Sauveur, on foule aux pieds sa loi sainte, et on lui dérobe le culte et l'honneur qui lui sont dus. Racontéje ici des fables et des choses qui ne sont jamais arrivées ? non certainement, mais des vérités les mieux établies et les plus palpables , et dont tous les jours nous sommes les témoins.

10. Mais si vous avez tant besoin de travailler, n'ya-t-ilpas six autres jouis dans la semaine que Dieu a misa votre disposition? Consacrez-les à ce travail, c'est juste. Dieu aurait pu exiger de vous que, renonçant aux occupations serviles, vous employassiez tous les jouis de votre vie à lui rendre le culte et l'honneur qui lui sont dus. Bien loin delà, il a voulu vous en céder six. Vous travaillerez, dit-il, pendant six jours, vous vaquerez comme il vous plaira à toute sorte d'occupations, mais le Sabbat est un jour de repos, un jour consacré an Seigneur votre Dieu. Vous voyez donc qu'il vous abandonne la plus grande partie des jours de votre vie, puisque sur sept jours, il ne s'en réserve qu'un seul. Celte considération devrait vous faire connaître quelle est sa bonté et son indulgence envers vous, vous déterminera prendre la résolution de lui être fidèle , et de ne jamais lui soustraire la plus petite partie du jour qu'il exige que vous consacriez à son culte et aux bonnes œuvres. Ce septième jour est le jour du Seigneur et lui appartient exclusivement : il lui appartient encore entièrement, parce qu'il se l'est choisi, et que pour celle raison il l'a appelé son jour, le jour du Seigneur, dics Dominica. Vous ne pouvez lui contester le droit qu'il a de se le réserver, et il n'est pas en votre pouvoir non plus de disposer de cejourcomme s'il était votre propriété. Cependant malgré tomes es raisonsonne fait poinldifiBcu lié d'agù- arbitrairement et contraire mentàcettevolontédivine.Ons'appioprielesjoursdefêtes, et on les passe comme on le veut. Un grand nombre de chrétiens ne tenant nul compte de la générosité a\ec laquelle Di.m leur a accordé six jours pour vaquer à leurs travaux, ont encore l'audace de lui contester celui qu'il s'est choisi. Mais savez-vous à quoi aboutit cette conduite? A vous rendre coupables d'un énorme larcin. Puisque vous lui ravisiez un bien qui n'est pas à vous , c'est un larcin d'autant plus injusleet criminel qu'on le dépouille de ces ins-

tants qull déclare loi appartenir. Voudriez vous profaner ce •saint jour, sur lequel il a des droits incontestables, par des œuvres servîtes et par des travaux défendus?

11. .Mais il ne vous suffit pas de profaner vous-mêmes les fêtes consacrées au Seigneur, vous avez encore l'audace d'engager ou de forcer à des œuvres servîtes vos enfants , vos domestiques et vos ouvriers. Et combien de fois ces malheureux subalternes gémissent intérieurement sur le vol sacrilège que vous leur faites de ces dimanches et de ces fêtes, qu'ils désireraient passer saintement! jN'est-il pas vrai que beaucoup , parmi vous, n'accordent pas à leurs enfants, ou à leurs serviteurs la faculté (l'assistera la sainte messe en Ces saints jours, qu'ils leur déf-ndent même démettre le pied dans l'église, pour les empêcher d'aller entendre la parole de Dieu, devenir aux offices, et de se mettre à même d'apprendre dans les instructions publiques les choses nécessaires à ra réussite de leur salut? Enfin, n'en est-il pas beaucoup parmi vous, qui ne se mettent point en peine qu'ils fréquente»! les Sacrements, qu'ils vaquent aux œuvres de piété? Bien loin de là, ils les chargent plus que jamais de travail et leur imposent des œuvres manuelles.

12. Ah! pères injustes et maîtres cruels! vous, plus quêtons, vous profanez ces jours saints, puisqu'en agissant ainsi, vous ne travaillez plus de deux mains comme les autres, mais avec autant de mains qu'en ont vos enfants, vos domestiques, et ceux oui travaillent selon votre bon plaisir ou selon vos ordres. Pensezvous peut-être ne pas avoir au-dessus de vous un supérieur qui est Dieu , et qui exige de vous que vous lui rendiez l'obéissante et le culte qui lui sont dus ? Si Dieu vous a donné et vous donne des enfin ts, des serviteurs, ce n'est qu'à la condition que vous leur laisserez la faculté de l'honorer dans les temps qu'il prescrit. Pour sanctifier les fêtes, il ne suffit pas que vous vous absteniez personnellement des œuvres servîtes , mais vous devez encore prendre garde que tous ceux qui sont sous votre dépendance soit à raison de leur naissance , soit parce que vous les avez admis à votre service, s'en abstiennent pareillement. Vous ne ferez aucune œuvre servi le les jours de solennité, ni vous, ni votre enfant, ni votre servante, ni aucun autre. Peut-il exister un' défense plus claire que celle dont nous parlons ? mais y a-t-it un précepte auquel les chrétiens contreviennent plus qu'à celui-là, puisque, sous prétexte de faire quelque gain, on se permet de travailler les dimanches et les fêtes, corrfme f*s jours de la semaine? Il semble vraiment que tous les démons de fetifef se soient

concertés pour détruire toutes les fêtes, cumme se l'étaient proposé ces impies dont parie le Prophète: Qiricsccre faciamus omnes Mes fesios Dei à terra( Ps. 73. ). S'ils excitent d'un côté les chrétiens à les profaner par toutes sortes de travaux, de l'autre l'amour de l'argent leur prête des forces nouvelles pour combattre alors lapiété des fidèles. S'agit-il des œuvres serviles, combien peu s'en font une conscience! A-ton l'intention d'aller à une foire, à un marché, on attend un jonr de fête pour s'y rendre, sans qu'il y ait la moindre nécessité. Veut-on vendre, veut-on acheter, passer des contrats, se propose-l-on de négocier, a-t-on des magasins ou des ateliers à ouvrir, c'est un jour de fêle que l'on choisit. Est-on dans la disposition d'entreprendre ou de poursuivre un procès, consulter des avocats, d'importuner les hommes du barreau , de commencer un voyage , de vaquer à des affaires domestiques, de régler des comptes, de faire autre chose, tout cela est réservé pour les jours de fêles, afin de gagner du temps.

13.Le pireest qu'un grand nombre de chrétiens, non contents de vaquer aux œuvres serviles de fortune, ne font point difficulté de s'adonner à celles de leur condition. Ainsi on verra des artisans , par exemple, des menuisiers, des maréchaux, des jardiniers, se livrer à leurs travaux ordinaires ; ainsi encore, on en verra d'autres transportera l'aide de leurs bêtes de somme des marchandises dans des pays voisins : on en verra encore qui voitureront,qui commenceront ce jour là des ouvrages qu'ils ne devaient commencer que le lendemain , qui achèveront ceux qu'ils avaient commencé la veille, qui travailleront dans leurs ateliers, qui iront passer la journée àla campagne ; et ce qui est encore plus scandaleux, c'est qu'on voit des personnes qui,ne travaillant pas elles-mêmes, forcent ceux qui dépendent d'elles à travailler et vont jusqu'à menacer de les congédier, s'ils refusent de se soumettre à leur volonté. Et combien de malheureux en se livrant à ces travaux défendus , pour satisfaire un vil intérêt , perdent entièrement de vue leur salut éternel , et oublient le soin de leuràme; combien qui excités par une avidité insatiable, s'appliquent à leurs affaires temporelles jusqu'à s'exposer à perdre la sainte messe, et qui ont déjà eu le malheur delà perdre bien souvent! Grand Dieu ! je suis saisi d'élonnement, lorsque je réfléchis sur le zèle et l'exactitude avec laquelle les Hébreux observaient le Sabbat et les autres solennités religieuses , sur l'horreur qu'ils éprouvaient pour les œuvres serviles, et sur les infractions dont se rendent coupables les chrétiens , le dimanche

et les autres jours consacrés au Seigneur.Et cependant quelledifférence n'y at-il pas entre les fêtes des Hébreux, dans L'antique loi, et les noires , dans la loi de grâce? D'après le sentiment des saints Pères appuyés sur la doctrine des Apôtres , elles n'étaient que l'ombre et la figure des nôtres , et néanmoins elles étaient rigoureusement observées par eux.

14. Pour notre instruction , disons donc quelque chose de ce que Dieu avait ordonné aux Hébreux pour la sanctification des fêtes , de la manière dont ils observaient le précepte du Seigneur, et dont aujourd'hui, à la honte des chrétiens, ils l'observent encore. Non seulement il leur était défendu de faire aucun ouvrage scrvile et pénible , mais même les choses qui sont les plus nécessaires à la conservation de la vie. Il ne leur était permis ni de préparer les aliments dont ils avaient besoin , ni de les faire cuire, et quoiqu'un tel commandement fût difficile à accomplir, ils en élaient tellement les observateurs fidèles, qu'ils regardaient les aliments cuits en ce jour comme souillés et immondes. D'où il arrivait que par crainte que quelqu'un ne contrevint à ce précepte par irréflexion ou par une tentation quelconque, ils avaient décrété par une loi , que le jour qui précédait la fête serait celui où ils prépareraient et feraient cuire tontes les viandes nécessaires pour le lendemain. Déplus, nous lisons dans l'Exode (15) qu'il leur était défendu d'allumer du feu le jour du Sabbat : Nonsucccndelis ignem in omnibus habilaculis veslris perdiem Sabbati. 11 leur était aussi interdit de vendre , ou d'acheter, de porter aucun fardeau, et de faire aucun voyage : Nullus egrediatur deloco suo dieseplimo (Ex. 16); et il leur était tout au plus permis de faire une petite promenade qu'ils appelaient le voyage du Sabbat.

15. Et cependant, quelque difficiles à observer que fussent ces choses, ils les observaient avec exactitude et ponctualité. Malheur à celui qui transgressait ce commandement! Quelle peine croyez-vous qu'on lui imposât ? Etait-ce peut-être la récitation de quelque psaume ? était-ce un jeune au pain et à l'eau? était-ce l'obligation de donner aux pauvres la moilié,ou au moins une bonne partie de ses biens? ce sont des peines rigoureuses et sévères ; et aujourd'hui un confesseur qui les imposerait à un chrétien qui aurait profané le dimanche en se livrant au travail, passerait pour un imprudent et un rigoriste outré. Cependant dans l'ancienne loi ce n'aurait été que des peines légères; car, en punilion de la transgression de la loi qui défendait de travailler ces saints jours, le coupable était condamné à la mort, a Gardez mon

» Sabbat, dit Dieu à tout Israël, par la bouche de Moïse, parce » qu'il doit être saint pour vous. (lelui qui osera le violer , sera » puni de mort. Celui qui fera en ce jour un travail quelconque, » perdra la vie (Ex. 31.).» Mais est il possible que Dieu ait iufl'gé une peine si grave pour une faute si légère ? Oai sans doute , et pour\ous le prouver, je vous raconterai le fait suivant que nous trouvons dans les saintes Ecritures. Un homme, dans le temps qui' le peuple d'Israël errait dans le désert, s'en alla un jour de sabbat chercher du buis, en lit on fagot qu'il apporta dans sa tente. Mais, chemin faisant, il rencontra quelques Hébreux qui s'emparèrent de lui, le lièrent et le conduisirent en prison. Alors,, sachez-le, on liait et on emprisonnait les profanateurs des fêtes. Mais aujourd'hui , trouverait-on assez de liens, et des prisons assez \astes pour renfermer ceux qui profanent les dimanches et les fêtes par les œuvres scrvil-s ? Ce malheureux ayant donc été conduit dans un caehot, Moï«e qui était le c'.ief et le juge de celle grande multitude, consulta Dieu sur ce qu'il avait à faire; » Qu'il meure, répondit il, «et impie profanateur de mon Sabbat » Mais, Seigneur, l'infortuné n'a pas fait nn grand travail. N'im- » porte, qu'il meure.Maisil est àcroire qu'il n'est tombé qu'une » fais dans ; celtedésohéissance.... N'importe, qu'il meure, et qu'il » soit lapidé par tuul le pe iple: Morte morialur homo iste;obrual » eum lapidibux omnis lurba exlra«aslra.El la sentence fut exé- 9 culée (Num. 15).

16. Grand Dieu ! si votre justice traitait aujourd'hui avec tant de sévérité les profanateurs de vos fêtes, combien n'aurionsnous pas vu et ne verrions-nous pas de chrétiens mourir sous une grêle de pierres? Vous qui m'écoutez, et qui jusqu'à présent ne vous êtes fait aucun scrupule de travailler et de faire travailler les autres , dans les jours défendus , connaissez-vous à présent la faute très grave que vous avez commise, en profanant d'une telle manière b-s dimanches et les fêtes ? Etcs-vous décidés à la réparer par une vraie et sincère pénitence , et à passer ces fêles dès aujourd'hui saintement , dans l'éloignement de toute œuvre défendue? Vous avez appris avec quelle exactitude les Hébreux observaient leurs fêles qui n'étaient qu'une ombre et une figure des nôtres, .le ne vous dis pas qu'il vous soit défendu, dans ces jours, d'allumer du feu, de préparer les viandes nécessaires, comme cela leur était interdit; mais quant aux oeuvres serviles et profanes qui détournent l'ame de rendre à Dieu le culte qui lui estdrt, je disque vous devez vous en abstenir avec plus d'attention que les Hébreux, parce que les mystères que nous célébrons en ces i 11

joiiFSSont saints et divins. Vous avez appris que celui qui parmi les Juifs profanait le Sabbat par un travail quelconque, était ir« rémissiblement condamné à la mort. Ne vous imaginez cependant pas que Dieu ait usé de cette sévérité seulement dans l'ancienne loi,etquedansla nouvelle il l'ait oubliée; combien defoisn'a-L il, pas puni d'une manière exemplaire les transgresseurs de sa loi,, comme l'assurent les conciles et les histoires ?

17. Sans parler des autres Conciles, dans le sixième tenu à. Paris (an 829), les Pères, aprèsavoir dit que celui qui s'applique à des œuvres serviles, les fêtes et les dimanches, dépouille la christianisme de sa beauté , et devient la cause que le nom de Jésus-Christ est blasphémé par ses eunemis , ajoutent qu'ils ont vu de leurs propres yeux et ont entendu raconter que quelques-uns .de ces profanateurs furent écrasés par la foudre, ou frappés de paralysie, d'autres enlin consumés en un instant par le feu et réduits en cendres. D'un autre côté, des histoires authentiques iious parlent de beaucoup d'autres terribles châtiments par lesquels Dieu a fait connaître combien il est oifensé de la profanation des fêtes (Can. 9). Je voudrais avoir le t^mus de vous piter un grand nombre de ces châtiments de la vérité desquels nous ne pouvons douter, et vous seriez persuadés, d'après ce qu'ont dit les Pères de ces conciles, que Dieu décharge de temps en temps sa fureur sur ces téméraires qui osent convertir en jours de travail les saintsjours de repos. Combien de femmes qui pour avoir vaqué aux travaux ordinaires lesjours de fél-s, comme pour avoir, par exemple, cousu, ont éprouvé desengourdissemenls dans leurs membres ! Combien qui pour avoir renvoyé au dimanche de chauffer le four pour faire cuire du pain, ont eu les mains brûlées? ÎNe savons-nous pas encore qu'un ouvrier ayant voulu le jour de l'Assomption creuser profondément la terre, périt sous te poids d'une énorme pierrequi se détacha et lui brisa la tête? Dite savons-nouspas qu'un laboureur fut frappé de la foudre au milieu de ses champs ainsi que ses deux bœufs accouplés? Vous parlerai-je enfin des habitants d'un village qui furent dévorés avec toutes leurs maisons par un feu visiblement descendu du ciel ? Dieu répand ses bénédictions même temporelles sur ceux qui observent ses commandements, mais surtout celui par lequel il leur est ordonné de sanctifier les fêtes ; au conlraire,il adresse de terribles menaces à ceux qui y conirevieniien', et fait éclater quelquefoisses terribles vengeauees sur eux, comme vous venez de l'entendre.

18. Pour vous en convaincre , vous n'avez qu'à lire en entier le

SUR LE TROISIÈME COMMANDÇSJfr^T DE DIEU. 243

chapitre, vingt-ïi\ièine du LcvUiqne (20): « Observez mes fêtes, <iit > Dieu, cl je vous enverrai les pluies dans le temps où vous eu au- » rez besoin, la terre produira d'abondantes moissons, vos ven- » dauges seront riches , les arbres seront chargés de fruits , vous » mangerez voire pain et vous serez rassasiés , en un mot rien ne » vous manquera. Mais si, au contraire, vous profanez lesjpurs » de mon Sabbat, si vous contrevenez à nies Commandements, » je vous punirai bientôt par l'indigence et par une ardeur qui » vous desséchera les yeux et qui vous consumera. La terre sera ■» stérile et ne produira plus de grains, les arbres ne seront plus » chargés de fruits vous n'aurez pins de moissons ni de v'en- » dung"S à l'aire, je vous frapperai par les sécheresses, par les » inondations., par les grêles, qui vous réduiront à la dernier', » des misères. Etsi,aprèscela, vous n'obéissez point, je vouscbâ- » lierai encore sept fois davantage. » Chrétiens, voulez-vous que Dieu répande ses bénédictions sur vos travaux, et qu'il écart ■ da vous les malédictions*? voici le moyen que je vous propose et qui est assuré, parce que c'est Dieu lui-même qui vous l'a indiqué: Gardez religieusement les fêtes, abstenez-vous de toute œuvre servile. Mais si vous vaquez à des travaux ces jours-là , et si vous y obligez de plus ceux qui dépendent de vous, qu'avez-vous à attendre, sinon des calamités, des malheurs? Ne sommes-nous pasarrivésà des années où toutes ces menaces de Dieu se sont vérifiées? Voyons-nous qu'il nous ait envoyé depuis quelque temps les pluies propres à chaque saison V Tantôt elles ont été si fréquentes et si abondantes, que ni les fruits, ni les moissons n'ont pu parvenir à leur maturité. Tantôt elles ont été si rare&que les campagnes ont été desséchées par des chaleurs dévorâmes, et quéles semences confiées à la terre ont péri. Nous avons éprouvé des froids insupportables dans des époques de l'année où nous devions jouir d'une douce température; des brouillards insupportables se sont étendiks sur nos villes et sur nos champs, le soleil a été fréquemment voilé par d'épais nuages; des, grêles horribles sont venues jeterla désolation parmi nous: la mortalité a frappé les animaux ; des faillites nombreuses ont affligé le commerce; enfin les maladies etd!autres malheurs de toute espèce ont plongé un grand nombre de familles dans la douleur et le désespoir: leis sont les résultats funestes de la profanation des fêtes et des dimanches.

,19. S'il était. quelques chrétiens parmi ceux qui m'entendent qui se moquassent des vérités que je leur prêche, en alléguant que quoiqu'ils aient souvent travaillé les jours défendus, il ne leur est jamais arrivé aucun de tous ces malheurs dont j'ai parlé, et

*2fcJ XXI. INSTRUCTION

qu'au contraire leur bien s'est même ac v u : ah! misérables, vous êtes d.;ns Pétai le plus funeste dans lequel un chrétien puisse se trouviT. Vous é^es connut; ces animaux' qui, après avoir élé bien nom ris, bien engraissés, sont envoyés à la boucherie, et comme ces mauvaises herbes qu'on laisse croître pour les arracher ensuite, les lier et les jeter an f u. Vous n'êtes pas punis en ce momie des transgressions commises contre la loi divine, parce que vous êtes destinés à l'enfer dans l'autre. Dieu est donc grandement irrité contre vous, qui n'avez pas voulu garder en celle vie le repos prescrit dans les jours qu'il s'est réservés, el il jure djns l'excès de son courroux que vous ne serez jamais admis à jouir de son éternel repos dans l'autre : Quibus juraviin iràmcâ,si inlroibunt inrequiem tneam (Ps. 94). En continuant donc à profaner les fêtes, vous provoquerez contre vous ici-bas les châtiments el les attirerez en grand nombie sur votre tête : addam plagas vesiras in sepluplum ; et s'il les suspend sur vous, ces châtiments terribles, ai tendez- vous à en éprouver les rigueurs effroyables dans l'éternité. Ah! non, Seigneur, nous ne serons plus assez impies pour oser profaner les fêles et les autres jours qui vous sont consacrés en nous appliquant à des œuvres servîtes qui n<uis dissipent et vous prirent de l'honneur et des hommages que nous tous devons à si juste litre. Nous confessons que, nos profanations jioun ont mérité avec raison les maux que nous avons souffarts, paice que nous nous les sommes al lire*. Dès à présent nous sanctifierons les fêtes, en nous abstenant de toute occupation corporelle, afin que nous puissions nous présenter au pied de; VOS autels avec un cœur contrit et humilié, vous offrir nos prières et nos vœux, et que vous daigniez nous combler de vos bénéficiions et de vos grâces Lnbas, elnous faire part de votre gloire dans le Ciel.

©es œuvres de piété que l'on doit pratiquer pour sanctifier les dimanche» et les fêtes.

Après vous avoir démontré la manière d'accomplir.suivanl l'esprit et suivant la leUre, le commandement de sanctifier les fêtes, je me propose d'examiner la manière dont nous devons les passer suivant la fin el l'intention que Dieu s'est proposées en nous inifNK^m ce précepte. C'est selon ce dernier sens que nous verrons dans cette instruction ce que c'est que de sanctifier les fêles, conv

SUR LE TROISIÈME COMMANDEMENT DE DIKU. 2i5

ment ou les sancl fie, ei quelles sont les œuvres de religion que nous devons pratiquer dans ce but.

1. La manière extraordinaire avec laquelle Dieu nous fait ce troisième commandement, mérite certainement que nous réfler.hissionslout particulièrement, sur la manière de l'accomplir. Il ne >e contente pas de nous prescrire l'attention île l'esprit et les affections du cœur, mais il exige que nous n'oubliions jamais le précepte qu'il nous a imposé : Mémento utdiem Sabbali sanctifiées (Ex.20);souvit*ns-loi <!e sanctifier les jnursdefét.s.ll veut nous apprendre par-là qu\quaiid même notre esprit serait persuadé de la vérité de ce commandement, et que notre volonté serait déterminée à l'observer, nous devons encore nous rappeler à jamais l'obligation d-' remplir un devoir aussi important. I! n'est que trop» vrai, comme le remarquent avec saint Augustin d'autres Pères, que nous sommes tellement aveuglés sur la conniksance denos devoirs, ensevelis, pouraiusi dire, dans un si grand oubli des eboses spirituelles, qui ont rapport au culte et à l'iionneur de Dieu, que nous ne nous empresserions point de sanctifier les dimanche et les autres fetes, s'il ne nous fais ut rentrer en nous-mêmes par les expressions dont il s'esl servi, cts'il ne nous en rendait la pensée plus présente et la pratique plus familière: Mémento uldîrm Sabbuti sanctifiées.

2. Il faut donc bien comprendre la haute porté*? de cette parole: memenlo, souviens-toi, parce qu'étant une chose très importante, il serait dangereux de ne pas y réfléchir sérieusement, rappelez-vous, nous dit Dieu , e! n'en perdez jamais le souvenir, que je veux que vous sanctifiiez mes lete%. Vous rencontrerez sur votre route mille obstael set mille difficultés qui vous feront peutêtre oublier cette obligation. Vous vivre/ au milieu d'un grand nombre d'hommes qui ne se soucient nu'l.micnl de sanctifier ces jours que je me suis réservés . et qui s'efforceront même de vous engager à mar. lier sur leurs tracs , vous faisant u\\ min" de vos scrupucsà cet égard. A ces mauvais exemples que vois aurez sous les yeux se loin Ira votre paresse, qui éteindra en vous ie peu de zèle que vous ressentiriez encore pour l'observance de ces fêles. D'un autre côté, o*c laugereux amis et compagnons u-eont de tous les moyen* afin que vous renonciez à me ren Ire le culte et l'itonneiir qui me soûl dus; ils vous inviteront ■ d-vs parties de plaisir. Ils s'entendront avec vos passions: tantôt il vous conduiront dans le* lieiK d'débaucli' , tantôt au ib aire . dans l's sociétés dangereuses , ci chr.rciieront encore à vous <li -traire o"e mon. culte par d'autres moyens plus criminels. Mais à toutes cesdiÉ»

fkubéset à tous ces obstacles opposez ces paroles: « Souvenez- * vous dé sânct(fîer mes fêles. C'est là nia volonté expresse, c'est là » nion commandement absolu que vous les sanctifiiez. N'en per- » (ii'Z donc jamais le souvenir. »

3. Avant vu quelle importance Dion attache à la sanctificalion des dimanches et des jours de fêies, il nous reste à savoir ffi qacH elltï consiste. Sanctifier les dimanches et les (êtes, c'est I -s passer dans la pratique des bonnes œuvres, avec l'intention de rendre à Dieu le culie et l'honneur auxquels il a etfcluSHeftWnt «Irait: Hla cnîm dicuniiïr mndificari in lege , dit l'angéiiqne docteur saint Thomas (22. q. 132. art. 4), qnœ dlviuo cuii&i appÙmnlur. C'est-à-dire qu'il tant employer tout le temps et toutes les heures de ces jours à offrir à Dieu des hommages. C'est pour cela qu'il veut que nuis nous abstenions des œuvres serviles et desftutres actions profanes, afin que notre esprit si borné dans ses opérations nes'a;vptîque uniquement qu'à honorer Dieu; le but q!;''! s'est proposé en nous interdisant tout travail , c'est que nous -ions mieux le connaître, et lui rendre plus spécialement le cuite qui lui est dû : Vaealc, dit-il par la bouche du. Psahniste (Ps, 41.), et videte quoniam ego sum Dominus. Mais il ne servirait de rien que nous nous reposassions en ces saint-; jours, si nons ne nous adonnions à la pratique des œuvres saintes. IL fut donc que nous soyons bien convaincus que ce repos qui non* a été prescrit ne doit pas être infructueux pour nous et se transformer en une pure oisiveté. Ce serait, dit saint Augustin (Epis!. 119. ad .lo. c. 12.), imiter les H '-breux qui en s'abstenant de travailler tes fêles, ne pensaient qu'à jouir d'un repos purement corporel, et sans élever plus haut leurs pensées, passaient la journée dans une oisiveté continuelle. Mais nous, chrétiens, dit le même docteur, nous devons chercher non-seulement le repos du corps, mais celui de l'esprit qui provoque en nous l'amour de Dieu. Personne n'ignore que, suivant la parole de l'Esprit-Saint, l'oisiveté n'engendre que malice: Mullam malitiam dm cuit oliosilas (Eccl. 33). Et de même cpie l'eau qui n'a point de mouvement se corrompt, ainsi un chrétien qui vit dans l'oisiveté devient en peu de temps impie et méchant. La (in que Dieu se proposa en nous défendant lesœuvres serviles, fut que, renonçant au soin et à la sollicitude des choses temporelles et terrestres, nous pussions vaquer, dit saint Chrysostôme (con. 1. deLazaro) , avec tonte facilité aux choses spirituelles et éternelles; c'est pour cetteraison que ce jour s'appeiîe le jour du Seigneur, riies doniiniea . aiin que noire àme s'élevant an-dessus de Unis

SUR LE TROISIÈME COMMANDEHEKT nE DIEU. 247

los appâts séducteurs que le siècle offre à ses partisans, elle se • onsare uniquement à Dieu. Ce maitre souverain exige que il us 1 -s jours de dimanche et de fêles nous nous séparions du DiuMk pour enirvudans M saint commerce avec lui parla pratique des bonnes œuvres. La manière de sanctifier les dimanches et les fêles ■ est donc de les passer dans l'adoration et la prière.

fa iUWBJqnu notre BM< est si bon, qoil veut bien faire part de sa gloire é; enrôle, à celui qui le sert et l'honore, nous devons dont nous abstenir des œuvres servilespar la raison qu'eu honorant Dieu, mm obtenons notre salut. Et c'eU pour ai teindre" ce but qu'il iV'îîs a mis au moude; c'est encore dans cette vue1 qu'il nous a donné une âme immortelle, et non pour que non» nous assujettissions à notre corps en accomplissant «es caprices, loi qui âiv.^ peu doit êWs livré à la corruption dans le tombeau, et! dévoré par les ver*; ni pour que nous nous acquérions des rU cheritftg fugitives et périssables, et que nous passions nos jours «lins le? plaisirs el les divertissement*: Le salut e^t notre seul intérêt, le: plus- important et le plus nécessaire de tous. Noms de* vons nous en occupu* constamment, tous les jonrs, mais spécia* leiuenïsles fêtes et les dinianches-.Pour assurer uotresalut, non* devons de temps en temps mettre décote tout autre intérêt qufr lui est étranger; mais c'est surtout les dimanches et les fêtes qu$ nouB-devonsy penser, nousab-tenantde toute œuvre corporelle, et las passant dans le repos du corps et de l'a me. C'est à ce repos que nous imiieavec tant de zèle l'Apôtre (1. Thess. 4), alin que nous travaillons à cette gran -le ehtuique affaire qui, outre qu'elle est la seule nécessaire, peut être appelée en toute vérité la nôtre propre : Roçjamus vox, frtitrcs, ut qixiefi sit'is, et vestrum negotium açjatis. Cultiver la terre, vaquer au négoce, aux travaux ordinaires auxquels on est obligé par «a condition, ainsi qu'à tant d'antres alfa ires auxquelles les mondains accordent tous leurs soirs et leur attention, et pour lesquelles ils sacrifient leur vie. toutes ci-S'chosés ne sont, à les bien considérer, que îles bagatelles, des jeux , qui sont plus avantageux et plus utilesà autrui qu'a nous-mêmes. One nous fassions notre salut , c'est là ce qui nous importe et ce qui nous regarde personnellement, parce criiesi nous l'assurons, tout est assuré pour nous, quoique toutes nos' autres affaires temporelles ne réussiraient pas.

5! Ayant donc appris qu- pour sanctifier les dimanches, il faut' n n serdment se gard-r de vaquer aux œuvres serviles, mais' qu'il faut de plus pratiquer des œuvres sainrës et bonne'; par* lesquelles on honore Dieu, etpar lesiuelles eu l'honorant, noiis

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assurons notre salut éternel, il nous reste à voir quelles doivent être ce* œuvres saintes auxquelles le chré.ien «loi' s'appliquer 'n ces saints jours. La première el Ij principale est d'euten Ire entièrement et dévotement la sainte messe; c'est un»» obligation étroite que lÉglise impose à chacun , et dont on n'est dispensé que par une «rave née \ssiié, on par tonte autre raison légitime. J'ai dit qu'il fallait entendre entièrement la sainte mes-e, et ne pas faire comme quelou-s-unsqui, s'ils ne la perlent pjs complètement, n'en entendent qu'une partie, et quelquefois n'arriva nt que lorsqu'elle est à moi ié dite. J'ai fait observer qu'il faut l'entendre dévotement, et non comme le £»ut quelques chrétiens qui n'y vieuuenl tpie pour distraire les autres par leurs babils continuels et scandaliser les personnes chaules par leurs regards effrontés et lascifs. Ma;s je m'étendrai plus au Ions sur ce sujet en expliquant le premier commandement de l'Église. On pourrait seulement demander pour le moment si ceux qui sont empêchés par quelque raison légitime d'entendre la messe les jours de dimanche ou de fêtes, sont tenus de suppléer àcitte absence for< é' par quelques œuvres depiélé?

6. A celte question, saint Augustin répond affirmativement. Nous devons observer les dimanches, dit le saint Docteur, et les sanctifier comme les Hébreux sanctifiaient le jour du sabbat; et nous les sanctifierons en fréquentant les églises, en assistait aux divins offices, au saint sacrifice de la messe, en élaoi assidus aux instructions; si quelqu'un est légitimement empêché d'y venir, qu il trouve un dédommagement à «cite privation en faisant des prières dans si maison; qu'il .««'efforce par d'autres actes de religion de payera Dieu sa dette et de lui rendre le culte et 'es hommages que nous lai devons (Serin. 2G0. de l'em •.). La raison en est que l'Église, pour ce qui rcgtrd-! la sancl ficalimi de; dm m ebes et d*s fétes, n'a pas anéanti la précep c naturel qui et indéterminé, quant au jour et quand au mode de le sanctifier; mais ell* a ti\é le jour du dimanche et mw des fêles pour que lotit chrétien entende la sainte rnss'. Ainsi quoique celui qui ne peut venu* à l'église pour y assister, »oit libéré de celte obligation par le précepte ecclésiastique et tiesoil i.nu à lie i autre, i et cependant obligé par la foi edu précep'e naturel o*e rendre à Dieu ruounei.ir qui lui est du , par d'autres actes de r«l gio » et des œuvres de piété. Il s'eusuii d.»n*. «pie -vu* qui ne peuvent venir le dimanche à Pég'i>.- pou»' assister au divin sac ilhe ou aux autres saintes cérémonies qui y ont lien, parce que des pluies excessives, ou l'étal mauvais des chemins les en euipêcitent, ou parce

SUR LE TROISIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. 24(f

qu'il faut qu'ils gardent la maison,qu'ils fassent naître leurs troupeaux, ou qu'ils assistent quelque malade ; ou qui ne peuvent eucure y venir parce qu'ils sont goutieux et presque conlinuellemeut malades, et ainsi de lant d'autres qui sont empêchés par quelque autre raison grave et légitime; il s'ensuit, dis-je, que ceuxlà sont tenus comme le reste des chrétiens à sanctifier les fêles, en faisant de Lonnes œuvres, comme sont de réciter des psaumes, des chapelets, des rosaires, vaquer à de saintes lectures , et méditer les divins mystères, ("est à ce devoir (pie manquent ceux qui, n'ayant pu entendre la messe ou l'ayant perdue par leur faute, négligent d'aller pendant le jour rendre une visite à Jé>us Christ, le pouvant tacitement, et ne pratiquent aucune autre bonne œuvre.

7. Mais que devra t-on dire de nous et de la manière dont nous observouslesduna,: li\s et les fêles, me semblent objecter quelques-uns parmi vous? car voici comme nous les observons: Le dimanche et les autres jours de files nous entendons la messe , et nous ne la manquons pas ; et ne pouvant souffrir la messe que «lisent certains prêtres cl qui sont si longues qu'on n'en voit jamais la fin , nous assistons toujours à celles des pré res les plus expédilifs. Après avoir entendu la messe nous n'abordons plus l'église, et nous ne vaquons plus à aucune œuvre de piété ; mais nous passons le res^c de la journée dans les plaisirs elles divertissements et peuMlreencore quelquefois dans le travail pourrait-on avec raison nous accuser de ne pas sanctifier les dimanches en agissant de celte sorte ? s'il en était ainsi , on serait dans la nécessité de condamner une infinité d' personnes qui, après avoir assisté à la messe les jours de diuiancii'S , croient, sans l'aire aucune autre b-mne œuvre, qu'elles ont accompli le précepte, et vivent dans celte persuasion n'éprouvant aucun scrupule. A cite demande, il est facile de répondre, d'après la salle Ecriture, les saints Pères et les conciles, qu'en vous comportant de cette manière , vous satisfaites au commandement de l'Eglise; mais nullement au commandement naturel el divin de sanc'.ifier les fêtes. 8. El pour vous convaincre de cette vérité , vous devez savoir que quand Dieu «lit dans l'Exode au peuple Hébreu: Mémento uC, diem Sabbali sanctifiées , illeur imposa un précepte en partie naturel, elen partie cérémoniel. Il est naturel , sous ce rapport que nous devons honorer Dieu en un temps, quoique non désigné, puis |ue la nature même enseigne que h créature raisonnable doit rendre ses hommages à son Créateur. Il e»l cérémoniel en tant qu'il Exe le jour du Sabbat en mémoire du repos que Dieu garda

îôO XXI. INSTRUCTION

«m ce Jour lors dé la création d.i moade. Comme tel , il a été abrogé clans la lui évangéftqoe ; et le^ chrétiens ne doivent plus; l'observer; mais ils doivent. sanctifier ledim.iuelr. Ce changement qui remonte aux commencements dé l^gfîse, n'eut lieu ouquepar un ordre expiés de Dieu, suivant I'opiniondequ?lques-uns, ou pa» les Apôtres ou par l'Eglise cl!elmêlnevct>ni!ne cela est plus vraisemblable ; c'est-Ià lé sentiment dêsaint "Alignai in (ser. 131 de Temp.).Ouoi qu'il en soit, les dimanches et les fetcssontles jours désignés pour entendre la sainte messe , comme il en conste pa* la doctrine des saints Pères et des conciles, parce qu'elle est parmi les actes de religion, celui qui est le plus grandet le plus agréable à Dieu. Mais on ne ht nulle part qu'elle ait déclaré qu'on puisse sanctifier les fêtes et les dimanches par cette œnvre seule de piété, et elle n'a pas retranché L'obligation de vaquera d'autres œuvres pies. Seulement elle a déterminé que la messe étant une des actions les plus saintes, il était du devoir de tout chrétien non légitimement empêché , de l'entendre , et elle a laissé à chacun 'a liberté de vaquer aux autres œuvres par lesquelles on pourra entièremeat satisfaire au précepte naturel d'adorer Dieu.

9. Si donc vous entendez entièrement et dévotement là saint* messe , vous satisfaites au commandement de l'Eglise , mais vous êtes encore bien loin d'avoir accompli le commandement naturel d'honorer Dieu. Quant à la sanctifie uion des dimanches spécialement, si nous consultons les saints Pères et les conciles , dans les canons et la doctrine desquels nous voyons briller l'esprit dé la vénérable antiquité et de la primitive Eglise, ils nous font un devoir de vaquer depuis le matin jusqu'au soir auvœuvres pi«ss et de passer ces saints jours à louer le Seigneur, à lui rendre des actions de grâce, à élever vers lui nos mains, à I ni adresser de ferventes prières, à chanter des psaumes, à faire de saintes lectures, à entendre les prédications , et à assister au redoutable sacrifice de la messe. C'est là l'esprit de l'Eglise, c'est la doctrine qu'elle a toujours enseignée, et c'est là ce que pratiquaient les premiers chrétiens. Je ne dis pas cependant que manquer à une de cespratiques en particulier soit une transgression de ce précepte. Je me garde bien d'avancer pareillement que quand on dit qu'on doit passer toute la journée en bonnes œuvres, on doive entendre cela physiquement; mais n doit l'entendre moralement, c'est-à-dire, qu'on doitau moinsy consacrer la majeure partie, ou une partie notable, ce jour appartenant non à l'homme, niais à Dieu qui se l'est réservé.

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