‹ Instructions paroissiales sur le sacrement de mariageChapitre 12 sur 21 · GG · texte numérisé non relu

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res ne peuvent contracter mariage avec leurs sœurs, ni les cousins germains avec leurs cousines germaines, ni les cousins issus-germains avec leurs cousines issues-germaines, ni les enfants nés de ces derniers entre eux. L'Eglise ne dispense jamais de rempêchement au premier degré, mais seulement des trois autres. Remarquez encore que ce que nous appelons le quatrième degré, le code civil l'appelle le huitième, parce qu'il compte les degrés de cbaquecôté.

Quelquefois il y a double parenté, par conséquent double empêchement ; ce qu'il faut faire connaître dans la demande de dispense qu'on adresse à l'autorité. Deux frères, par exemple, ont épousé deux sœurs ; leurs enfants sont cousins germains deux fois ou des deux côtés.

La parenté spirituelle se contracte par l'administration du baptême, parce qu'il résute de là comme deux familles liées par une parenté spirituelle. L'une de ces familles se compose du ministre du baptême, du parrain et de la marraine, et l'autre se compose de l'enfant qui a reçu le baptême, de son père et de sa mère. Les personnes de la première famille ne peuvent épouser les personnes de la seconde. Ainsi une sage-femme qui a baptisé un enfant ne peuî épouser ni cet enfant ni son père ; le parrain ne peut épouser ni sa filleule ni la mère de sa filleule, et la marraine son filleul ni le père de son filleul.

La parenté spirituelle existe véritablement, puisque le ministre du baptême communique une véritable vie, la vie sacramentelle et divine, et que le parrain et la marraine concourent comme témoins

et comme cautions à cctie génération splriliiollc.

La parenté légale se eontraete par l'adoption. L'enfant adopté, devenant membre de la famille, ne peut épouser ni le père ni la mère qui l'ont adopté, ni aucun de leurs enfants ; et il en est de même de ses propres enfants. S'il se marieet qu'il meure, son conjoint ne peut épouser ni l'adoptant ni le conjoint de l'adoptant. C'est là aussi un empêchement civil, tant il est vrai que l'adoption produit une espèce de parenté.

Le dixième empêchement est celui d'affinité ; or, l'affinité est une sorte de parenté qu'une personne contracte avec les parents de la personne qu'elle a épousée. C'est ce qu'on nomme l'affinité légitime ; mais elle est illégitime si elle provient de relations criminelles. L'affinité en ligne directe est un empêchement dirimant à tous les degrés, comme dans la pareolé naturelle, et en ligne collatérale, elle s'étend jusqu'au quatrième degré, si elle est légitime, et jusqu'au second seulement, si elle est illégitime.

Le onzième empêchement est celui d'honnêteté publique, fondé sur une espèce d'affinité qui provient de deux causes : ou bien d'un mariage dont les époux n'ont pas vécu ensemble, et, dans ce cas, l'empêchement s'étend jusqu'au quatrième degré, comme dans la parenté naturelle et l'affinité ; ou bien il provient des fiançailles valides, religieuses ou purement civiles, peu importe, et quand même elles auraient été résiliées par un consentement mutuel; mais l'empêchement n'existe qu'au premier degré. Ainsi un fiancé ne peut épouser ni la

sœur , ni la mère , ni la fille de sa fiancée , et la fiancée ne peut se marier avec le frère, le père ou le fils de son fiancé.

Cet empêchement a été établi parce qu'il ne paraît pas honnête que le mariage ait lieu dans les conditions que nous venons d'énoncer, puisqu'on a contracté une espèce de parenté de part et d'autre.

Permettez-moi, mes frères, de vous présenter quelques motifs qui vous feront apprécier, je l'espère, la sagesse de l'Eglise d'avoir établi ces divers empêchements de parenté. La plupart des chrétiens ne la comprennent pas et blasphèment ce qu'ils ignorent. Les uns se montrent tout étonnés de ce qu'il n'est pas permis de se marier entre proches parents, et de ce qu'après avoir obtenu dispense de l'empêchement qui faisait obstacle, on puisse se marier. Nous étions parents, disent-ils ; nous avons payé une dispense, et nous ne sommes plus parents.

Mais, mes frères, laissons pour un moment l'Eglise de côté, et voyons un beau-frère qui veut épouser sa belle-sœur. Le code civil le défend ; cependant le mariage civil sera valide aux yeux de la loi, si les fiancés obtiennent du gouvernement la dispense de l'empêchement civil. Vous pouvez donc dire aussi : Nous étions beau-frère et belle-sœur; nous avons payé trois ou quatre cents francs, et nous ne sommes plus beau-frère et belle-sœur. Vous ne faites pas ce raisonnement, parce qu'on se moquerait de vous, et l'on aurait raison; il n'y a rien de plus ridicule et de plus stupide. Pourquoi le faites-vous quand il s'agit de l'EgHse? Est-ce

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pour montrer que rEglisc esl ridicule d'avoir élahli ces empêchements, ou d'exiger une certaine somme d'argent pour en accorder dispense ; comme s'il y avait eu calcul de sa part, et qu'elle eût saisi cette occasion de prélever un certain impôt sur les fidèles pour s'enrichir? Dans une autre instruction, nous ferons justice de cette dernière accusation, en vous expliquant pourquoi il faut payer pour obtenir dispense de certains empêchements. Aujourd'hui je me contenterai de vous faire voir combien est légitime la loi qui empêche les chrétiens de se marier entre proches parents.

1 ° Cette loi est fondée sur l'intérêt des bonnes mœurs. En effet, saint Thomas observe judicieusement que si le mariage était permis entre proches parents, entre les membres d'une même famille, ils auraient beaucoup moins de réserve les uns à l'égard des autres. L'espoir ou la simple possibilité de pouvoir contracter mariage les rendrait moins circonspects, moins prudents, et l'on verrait se former bientôt des liaisons dangereuses qui éclateraient ensuite par de honteux scandales. Au contraire, le mariage étant devenu impossible, l'Eglise n'accordant dispense de ces empêchements que dans des circonstances rares et lorsqu'il y a des motifs très-graves de les octroyer , si la pensée du mal se présente, il faut la repousser à l'instant, puisque, dans la supposition d'un scandale, il n'y aurait pas moyen de le réparer. Les parents doivent donc exercer la plus exacte vigilance sur leurs enfants, de peur que la famille elle-même ne soit

déshonorée. Cette loi repose donc sur un sentiment de haute moraUté.

%'' Elle a aussi pour base l'intérêt de la charité, ou l'esprit de sociabilité. Dès l'origine du monde, dit saint Thomas, il a bien fallu que l'on contractât mariage entre proches parents : c'était une nécessité, comme le dit ce saint docteur après saint Augustin ; mais au moment où l'EgUse a été établie définitivement par les apôtres, cette nécessité ne se faisait plus sentir, puisque le genre humain s'était répandu par toute la terre. Le vice qui attaquait et qui ruinait la société, c'était l'égoïsme; car il armait les mains du frère contre le frère, et il insurgeait une province contre une autre province. Il fallait donc prendre tous les moyens pour répandre partout l'esprit chrétien, qui est un esprit de charité et de fraternité. Or, si l'Eghse eût permis de contracter mariage entre proches parents, entre les membres d'une même famille, n'aurait-on pas vu chaque famille former comme un peuple à part, faire caste et vivre dans un complet isolement? L'esprit d'intérêt, de rivalité et de jalousie n'eût-il pas divisé toutes les localités les unes des autres, ne les eût-il pas armées les unes contre les autres, et n'eût-il pas entretenu une guerre incessante de famille à famille? Mais, mes frères, c'est là l'esprit de Satan, l'esprit de trouble et de division; ce n'est pas l'esprit chrétien, puisque l'Evangile ne respire que la paix, l'union, la concorde, et la grande mission de l'Eglise est de les faire régner dans le monde. Or, mes frères, en défendant le mariage entre pro-

elles parents, il est manifeste qu'elle a eu pour Lui (l'obli^^Tr les familles à contraeler des alliances avec des familles étrangères, d'établir et de multiplier entre elles par ce moyen des rapports d'amitié et de bienveillance. Dans son amour pour tous les hommes, elle voudrait n'en former qu'une seule et grande famille où tous se considéreraient et se traiteraient comme des frères. N'avez-vous pas lu souvent dans l'histoire que deux peuples se faisaient une guerre sanglante depuis longtemps, et qu'elle s'est terminée par un mariage contracté entre des membres des familles royales ou princières de chaque coté? Combien de fois de semblables alliances ont empêché ou prévenu des divisions et des guerres ! Donc la loi en question repose encore sur le principe de sociabilité ou de charité, et il suffit seul pour la rendre légitime.

3° Cependant, mes frères, il est une raison encore plus grave pour justifier cette loi: c'est la raison psychologique, ou, si vous aimez mieux, c'est l'intérêt moral , intellectuel et physique des enfants. IN' oubliez jamais, mes frères, que les mariages contractés entre proches parents sont toujours très-funestes aux enfants pour la vie intellectuelle et morale et pour la vie physique. C'est le résultat de l'expérience, de cette grande maîtresse des individus et des peuples. D'où cela vientil, et quelle en est la raison? Je l'ignore, mes frères ; tout ce que je puis vous dire, c'est que c'est un fait, et qu'il n'y a rien d'entêté comme un fait, surtout lorsqu'il paraît être l'effet d'une loi gêné-

raie qui régit tous les êtres de la création. Demandez aux jardiniers pourquoi ils renouvellent leurs semences, leurs plantes et même leurs arbres. Ils vous répondront qu'ils n'en savent rien , mais que l'expérience leur a montré la nécessité de ce changement. Demandez aux cultivateurs pourquoi ils vont chercher dans une autre contrée les semences qu'ils répandent sur les champs qu'ils cultivent, et pourquoi ils mêlent les races pour obtenir de plus beaux produits. Tous vous répondront qu'ils ne peuvent vous en donner la raison, mais que les mêmes semences dégénèrent bientôt, si on les sème toujours dans le même terrain, et que les animaux subissent la même influence, s'ils négligent de prendre ces précautions. Or, mes frères, l'homme, qui est l'abrégé aussi bien que le chef-d'œuvre de la création, est soumis à cette grande loi , l'histoire du genre humain en est la preuve , et cela doit être; car nous n'abaissons pas l'homme, nous ne l'humilions pas, lorsque nous disons qu'il vit de la vie animale, puisqu'il a un corps composé de matière, comme tous les animaux, et, sous ce rapport, il doit être soumis aux mêmes lois. Si vous cherchez quelle est la cause de la différence entre les peuples ou les nations comme entre les familles , pourquoi les uns ont été robustes, forts, intelligents, pleins de courage et de dévouement, tandis que d'autres ont été faibles, sans intelhgence et sans énergie, vous n'en trouverez jamais que deux: c'est que les premiers se sont mêlés à des races différentes et ont pratiqué les vertus de

sobrirti' , d'amour du Iravail et de dt'sinlcressenicnl; laiulis que les autres sont restés seuls, sans se mùler aux autres peuples, et se sont livrés à tous les plaisirs et à toutes les jouissances matérielles.

Sans vouloir entrer dans des détails qui seraient infinis, voulez-vous savoir ce que sont devenus les descendants des grandes familles catholiques d'Angleterre et d'Ecosse, qui n'ont jamais voulu s'allier à des familles protestantes, et qui, pour un motif aussi louable, ont toujours obtenu facilement du Saint-Siège les dispenses nécessaires pour contracter mariage entre proches parents ? Mgr l'évèque d'Edimbourg nous a dit à nous-même que ce ne sont plus que des êtres dégénérés, dépourvus de sens moral et d'intelligence , aussi pauvres de rame que :du corps ; pour me servir de ses propres paroles, ce sont des crétins, des imbécilles et des idiots, et le savant et respectable évoque en tirait cette conséquence que le crétinisme et l'idiotisme sont assez souvent les tristes effets des mariages contractés entre proches parents. Par de telles alliances, les vices du corps, les vices de l'intelligence et de la volonté semblent se multiplier avec une rapidité effrayante ; on dirait une progression géométrique. Mais l'expérience démontre aussi que souvent il suffit qu'une famille s'allie à une famille étrangère pour voir s'arrêter tout à coup des maladies jusque là héréditaires, pour voir tous les descendants se régénérer et comme se retremper à une nouvelle source de vie.

Voyez donc, mes frères, combien les passions

sont grossières et injustes. Chaque jour des sociétés d'agriculture et le gouvernement lui-même accordent des prix, des primes d'encouragement à tous ceux qui améliorent les différentes races d'animaux domestiques, et tous les hommes qui s'intéressent au progrès de la société y applaudissent. Pourquoi donc ne pas rendre d'éternelles actions de grâces à l'Eglise, qui fait tous ses efforts pour ne pas laisser la race humaine dégénérer et s'abâtardir? Pourquoi donc lui faire un crime des lois qu'elle a portées pour obtenir un but aussi avantageux et aussi louable ?

Méditez sérieusement, mes frères, ces considérations si graves et si importantes, et vous comprendrez bientôt combien sont frivoles les motifs de convenance , de fortune où de caprice que vous faites valoir, quand il s'agit devons allier à des parents, en présence de tous ces intérêts bien autrement sérieux de vos enfants.

Mais, me direz-vous , s'il y a tant d'inconvénients à ce que des mariages soient contractés entre proches parents, pourquoi donc l'Eglise accorde-t-elle dispense de ces empêchements? Pour la même raison que dans l'ancienne loi la répudiation était permise : propter duritiam cordis vestrl, à cause de la dureté de votre coeur et dans la crainte d'un plus grand mal. Elle vous fait voir les conséquences fâcheuses de vos importunités ; elle vous montre dans vos descendants une génération dégradée. N'importe; vous voulez passer outre. Alors elle vous dispense; mais elle vous prévient cepen-

liant ijue votre posléritt^. expiera bien cruollemcnl votre entêtement et votre résistance à ses paternels avertissements. Attendez la seconde ou la troisième gt'nération, et vous n'embrasserez dans vos petilsfils ou vos arrièrc-pelits-fils que des êtres dégradés, soulTreteux , cliargés d'infirmités de toutes sortes, et aussi pauvres d'intelligence que de corps. Voulez-vous vous épargner des regrets bien amers? Pénétrez- vous de l'esprit qui anime l'Eglise et montrez-vous dociles à ses prescriptions. Sacbez que Dieu l'a rendue dépositaire des lois de la vie ; elle en connaît toutes les conditions ; elle ne commande rien qui ne vous soit très-utile, et elle ne défend rien qui ne vous soit nuisible. Je vous répéterai donc les paroles du Seigneur à son peuple : Gardez mes lois et mes prescriptions ; si vous les mettez en pratique, vous trouverez en elles la véritable vie. Ayez toujours pour l'Eglise les sentiments de soumission et de piété filiale que doit avoir un fils bien né envers une mère tendre et dévouée. L'enfant qui honore son père et sa mère vivra longtemps sur la terre ; Dieu le récompensera par des avantages temporels, mais surtout par d'abondantes bénédictions toutes célestes. Amen.

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