‹ Instructions paroissiales sur le sacrement de mariageChapitre 14 sur 21 · X" INSTRUCTION · texte numérisé non relu

X" INSTRUCTION

Des eitipêcliemeiits de disparité de culte, de elaiidestinité, du crime, et des six eni|>êc]fteiueiits proliibaiits.

Nolitejugum ducere cum infidelibus.

Quœ enim participatio justitiœcuminiquitate ? aut quœ societas luci ad tene- ^ bras? quœ autem conventio Christi ad Belial? aut quœ pars fideli cum infideli?

Ne vous attachez point à un même joug avec les infidèles; car quelle union peut-il y avoir entre la justice et l'iniquité? quel commerce entre la lumière et les ténèbres ? quel accord entre Jésus-Cbrist et Bélial? quelle société entre le fidèle et l'infidèle?

(II Cor., VI, 14 et 15.)

En entendant l'explication des empêchements de mariage, bien des chrétiens se diront : A quoi bon tant de lois qui ne font que compKquer les difficultés et les embarras? Mais les hommes sérieux et réfléchis penseront autrement. Ils savent que quand il s'agit de rempHr des fonctions importantes et délicates pour la moralité publique, le législateur est obligé de prendre mille précautions, de peur que quelqu'un d'incapable ou d'indigne ne soit admis à les exercer; il pose certaines conditions d'admissibilité qu'il faut remplir, et il déclare exclus tous ceux qui n'offrent pas les garanties nécessaires de capacité et de moralité. Voyez les lois qui concernent l'enseignement primaire et l'enseignement se-

condairc. Or, mes frères, les fonctions d'époux et d'épouse, de père et de mère de famille sont de la plus haute importance, soit pour eux-mêmes, soit pour leurs enfants, soit pour la société publique. Il n'est donc pas étonnant que l'Eglise emploie tous les moyens qu'elle juge les plus sages et les plus eificaces, afin que tous ceux qui entrent dans l'état de mariage soient capables d'en remplir les graves et difficiles obligations. C'est ce qui vous explique la multiplicité des empêchements du mariage. Nous en avons expliqué une partie, et aujourd'hui nous terminerons cette importante matière.

Le douzième empêchement est celui de la disparité de culte, et il existe entre ceux qui sont baptisés et ceux qui ne le sont pas, entre un chrétien et une juive ou une infidèle, et réciproquement. Celui qui résulte de la disparité de culte entre un catholique et un hérétique n'est qu'un empêchement prohibant. Ce sera à l'occasion de ce dernier que nous en exposerons les motifs.

Le treizième empêchement est celui de clandestinité. On appelle mariage clandestin celui qui a été célébré autrement qu'en présence de deux ou trois témoins et du propre curé de l'une des parties contractantes, ou d'un autre prêtre que le propre curé ou l'évêque du lieu aura délégué à cet effet. La raison de cet empêchement est l'impossibilité pour l'Eglise de s'assurer autrement que par la publicité du mariage que les époux ne sont liés par aucun (empêchement, et qu'ils rempUssent toutes les autres prescriptions concernant le mariage. Cet empê-

cliement est comme la base des autres lois et la con" dition nécessaire pour l'accomplissement de ces lois.

Enfin, mes frères, le quatorzième et dernier empêchement est celui du crime. Je me suis d'abord demandé si je devais vous en parler ; mais, après mûre réflexion, je me suis convaincu que je n'apprendrais rien à personne, en vous le faisant connaître. Il n'y a presque pas d'année où des crimes de ce genre ne soient jugés aux assises ; vous assistez aux débats judiciaires, ou vous les lisez dans les feuilles publiques qui les reproduisent. Mais, mes frères, l'empêchement du crime est ce qui fait le fonds des feuilletons et des romans qui passent entre les mains de tous, des ignorants comme des savants, des enfants et des vieillards, des filles, des. femmes et des hommes. En effet, vous voyez là une femme incomprise qui, lasse de vivre avec son époux, se rend coupable d'infidélité et forme l'engagement avec son complice de contracter mariage après la mort de son conjoint; ou c'est un mari libertin qui se rend coupable du même crime et avec les mêmes circonstances. Voilà un empêchement dirimant. Ou bien c'est l'un des époux qui, dans le dessein bien arrêté de contracter mariage avec une autre personne, s'entend avec celle-ci pour donner la mort à l'autre époux. Voilà un empêchement dirimant. Ou bien enfin l'un des deux se rendra coupable de ces deux mêmes crimes pour atteindre le même but. C'est un empêchement dirimant. Et c'est là ce qui fait le thème de presque tous les romans et des feuilletons ;

c'en est la conclusion pratique. Mais l'Eglise est la •gardienne vigilante de la moralité et de la vertu, et elle crie aux coupables : Malheureux que vous êtes, vous vous imaginez pouvoir, à force de crimes, contracter un mariage condamné par toutes les lois; détrompez-vous. Non, non, vous n'atteindrez jamais le but que vous vous êtes proposé. C'est en vain que vous avez foulé aux pieds tous les engagements les plus sacrés, ceux là mêmes que vous avez formés à la face du ciel et de la terre ; c'est en vain que vous avez poussé la scélératesse jusqu'à tremper vos mains dans le sang d'un malheureux époux; jamais vous ne pourrez contracter le mariage que vous avez en vue. Quand vos forfaits seraient ensevelis dans les plus profondes ténèbres, quand vous auriez rempli toutes les formalités, quand vous auriez reçu la bénédiction nuptiale, votre mariage sera radicalement nul, vous vivrez dans un état de damnation, vous ne pourrez jamais recevoir les sacrements. Oh ! de grâce, s'il vous reste quelque sentiment de foi ou d'humanité, arrêtez-vous; cessez de former d'aussi exécrables projets, puisque vous ne pourrez jamais les mettre à exécution.

Outre ces empêchements dirimants qui rendent le mariage nul ou invalide, on compte aussi six empêchements prohibants ou prohibitifs, qui ne rendent pas le mariage nul, mais illicite; ceux qui se marient avec quelques uns de ces empêchements, sans en avoir obtenu dispense, sont mariés devant Dieu, mais ils se sont rendus coupables d'un péché mortel.

Le premier est le défaut de publication des bans.

Le saint concile de Trente a ordonné de faire cette publication, et comme il s'agit d'une affaire grave, cette loi oblige sous peine de péché mortel.

Le second empêchement est le défaut de consentement de la part des parents. L'Eglise a toujours blâmé les mariages des enfants de famille contractés sans le consentement de leurs père et mère, à moins que la trop grande cupidité des père et mère ne mette leurs enfants dans la nécessité de se marier sans leur agrément. Mais s'il y a de graves inconvénients à ce que les enfants se marient sans l'assentiment de leurs père et mère, une opposition déraisonnable ou capricieuse de la part des parents n'est pas moins préjudiciable à la morale et à la tranquillité des familles. C'est aux pasteurs des âmes qu'il appartient de juger si l'opposition des parents est légitime ou non , et c'est à eux à faire entendre raison à ceux qui ont tort. La loi civile a prescrit, dans ce cas, certaines formalités, dans la pensée que le temps nécessaire pour les remplir ramènerait à la droite raison ceux qui s'en seraient écartés.

Rappelez-vous toujours le mariage qui doit vous servir de modèle. Quand le Fils de Dieu a voulu épouser la nature humaine, il a demandé et obtenu le consentement de son Père et de sa Mère. Vous savez qu'il députa à Marie l'ange Gabriel pour lui demander son assentiment, et que ce ne fut qu'après l'avoir obtenu qu'il célébra son divin mariage avec notre nature.

Le troisième empêchement est celui du temps

pciulaiil IcMiucl les mariages sont hUerdils, c'est-àilire depuis le premier dimanche de rAvcnt jus- (jifau jour deTl-lpiplianie, et depuis le mercredi des (AMidrcs jusqu'à l'octave de Pâques. Vous comprenez, mes frères, la raison de cette défense. L'Eglise veut vous faire entendre que le temps de l'Avent et du Carême est un temps de mortification et de pénitence, et non de festins et do réjouissances, comme cela se pratique à la célébration des noces. De plus, les lois ecclésiastiques ordonnent aux curés d'employer tous leurs efforts pour empêcher les fiancés de se marier le dimanche ou une fête de commandement, un jour déjeune ou d'abstinence, à moins qu'ils n'aient de graves motifs de choisir ces jours plutôt que d'autres et qu'ils ne soient disposés à ne rien faire de contraire à l'esprit de l'Eghse.

Le quatrième empêchement est celui des fiançailles. C'est un principe d'équité que celui qui a promis d'épouser une personne ne doit pas, tant que son engagement subsiste, en épouser une autre. Les fiançailles forment donc un empêchement prohibant de droit naturel, et l'Eglise ne saurait en dispenser, parce qu'elle ne pourrait le faire sans blesser les droits d'autrui. Cet empêchement ne cesse donc que parle consentement mutuel des parties, qui peuvent réciproquement retirer leur parole, ou par la résiliation des fiançailles pour des causes légitimes.

Le cinquième empêchement est celui de vœu simple de chasteté. Le vœu simple, a dit saint Thomas, constitue une sorte de fiançailles, et le vœu solennel est la donation totale et définitive, ou le ma-

riage spirituel de l'âme avec Dieu. Donc le vœu simple de chasteté, comme aussi le vœu d'entrer en religion, de recevoir les Ordres sacrés, ou de ne point se marier, forme un empêchement prohibant ; car s'il n'est pas permis de se marier avec une personne quand on a fait à une autre la promesse de l'épouser, ilestbien moins permis encore de se marier en violant une promesse faite à Dieu.

Le sixième empêchement est celui de disparité de culte. Son importance mérite que nous vous en développions les motifs avec assez d'étendue.

Dans tous les temps les mariages des catholiques avec les hérétiques ont été sévèrement interdits par l'Eglise, et cette défense est fondée sur la crainte trop légitime que la partie cathoUque ou les enfants nés de son mariage ne se laissent entraîner à l'apostasie par l'exemple et les discours de la partie non catholique. Le Souverain Pontife seul peut dispenser de cet empêchement, et les évêques ne sauraient le faire qu'avec une permission particuUère du Saint-Siège. Or, le Pape n'accorde cette dispense qu'à deux conditions : 1 ^ que la partie catholique aura toute liberté de remplir ses devoirs religieux, et que tous les enfants, garçons ou filles sans exception, seront élevés dans la rehgion catholique; 2^ que le mariage sera célébré à la porte de l'éghsc ou à la sacristie , que le curé ne sera point revêtu des ornements sacerdotaux, qu'il ne donnera pas la bénédiction nuptiale, ne prononcera aucune parole, et se contenteia de recevoir le consentement mutuel des époux. Quelquefois, par condescendance, les

«'vèqiics modifient celte dernière condition, afin d'éviter des mariages purement civils; mais il ne leur est pas permis de rien changer à la première.

.Ne vous étonnez pas, mes frères, de cette grande sévérité de l'Eglise quand il s'agit de mariages mixtes. Elle sait, ta n'en pouvoir douter, qu'il ne suffît pas qii&les époux, pour être heureux dans le mariage, soient unis de corps seulement, mais il faut encore qu'ils soient unis d'esprit, d'âme, de cœur et de volonté; il faut donc qu'ils aientles mêmes pensées, les mêmes croyances, les mêmes espérances, les mêmes alleclions. Les croyances religieuses étant opposées, les âmes qui vivent de croyances, même les âmes des plus incrédules, seront en opposition et dans un état de guerre permanente.

Transportez-vous un moment dans une famille dont le mari est protestant, par exemple, et la femme catholique. Si le mari a des convictions religieuses et s'il pratique son culte, de quel œil verra-t-il son épouse rendre aux images et aux reliques des saints un culte qu'il regarde comme une idolâtrie? Lui permettra-t-il d'observer les lois du jeûne et de l'abstinence, qu'il traite de pharisaïsme? SoufTrirat-il qu'elle assiste à Ja sainte Messe, qu'il abhorre comme une abomination, ou qu'elle reçoive le sacrement de l'Eucharistie, qu'il outrage par ses blasphèmes? Lui laissera-t-il toute liberté d'élever ses enfants dans la croyance et la pratique du culte catholique? Ne détruira-t-il pas, par ses paroles et par ses exemples, tout ce que celte malheureuse mère fera pour rendre ses enfants pieux envers Dieu

et dociles envers l'Eglise, l'Eglise qu'il appelle cité de Satan ou la grande prostituée? Voilà donc que cette pauvre mère est obligée de lutter tous les jours pour conserver sa foi et celle de ses enfants. Mais en aura-t-elle la capacité et la force ? son courage ne sera-t-il pas bientôt abattu, et, pour avoir la paix, ne finira- t-elle pas par garder le silence et par se résigner, comme elle le dit, à son malheureux sort, c'est-à-dire ne mettra-t-elle pas de côté les pratiques essentielles du culte catholique ? Ses enfants marcheront sur les traces du père et de la mère, c'est-à-dire qu'ils n'auront ni instruction ni éducation religieuse.

Prendra-t-elle le parti de répondre aux attaques de chaque jour? Ce seront des discussions sans fin, et les enfants, témoins de tant de contradictions, finiront par conclure qu'il n'y a aucune religion véritable, ou qu'elles sont toutes également bonnes, ce qui revient au même. Mais c'est l'indifférence en matière religieuse, c'est l'athéisme pratique; et, comme cette conclusion s'accorde parfaitement avec la voix des passions les plus mauvaises, on ne manquera pas d'en faire sa règle de conduite.

Si le mari n'a point de convictions religieuses, il ne fera jamais le bonheur de sa femme et de ses enfants ; car, pour être bon père et bon époux, il faut de l'abnégation, du dévouement, du sacrifice; il faut prendre au sérieux les serments faits au pied des autels ; il faut donc des principes religieux, sans quoi l'homme n'est plus qu'un égoïste, un esprit superbe et orgueilleux qui ordonne tout par rapport

à lui-moinc. Celui qui ne remplit plus, qui ne reoonnait plus les enga^cnicnls qu'il a contractés envers Dieu, reniplira-t-il el reconnaîtra-t-il ses obligations envers sa femme? Quand on ne voit plus dans le mariage qu'une institution purement humaine, qui empêche de le rompre, de revenir sur sa parole ? Tout contrat civil n'est-il pas révocable de sa nature?

Si c'est la mère qui est protestante, et zélée protestante, croyez-vous, de bonne foi, que les enfants seront catholiques? Mais c'est impossible. La bouche parle de l'abondance du cœur; bon gré, mal gré, elle inspirera à ses enfants l'amour religieux qui l'anime, ou l'amour du protestantisme. Que dira et que fera le père, s'il est bon catholique? Il ne lui restera plus qu'à verser des larmes sur son malheur et sur celui de ses enfants. Si la mère est indifférente en religion, sera-t-elle bonne mère et bonne épouse , c'est-à-dire sera-t-elle dévouée, et saura-t-elle vivre de sacrifice et d'abnégation? Non, mille fois non; la nature humaine n'est pas portée d'elle-même à l'immolation de ses penchants les plus intimes et les plus forts au profit d'autrui.

C'est pour toutes ces raisons que l'EgUse impose aux pasteurs des âmes le devoir rigoureux de représenter aux fidèles qui voudraient s'aUier avec des hérétiques les graves inconvénients d'une pareille alliance, et de mettre tout en œuvre pour les faire renoncer à un pareil projet. Vous me dites, je le sais, que l'hérétique a promis avec serment que la partie cathohque aura toute Uberté d'exercer son

culte, et que tous les enfants seront élevés catholiquement; mais je sais aussi quel est le résultat ordinaire de toutes ces promesses. Le mariage une fois conclu, adieu les promesses. On trouve mille prétextes pour empêcher la malheureuse épouse d'assister à la sainte Messe, d'observer les lois de l'Eglise et de fréquenter les sacrements. Pour les enfants, il est entendu qu'on suivra la coutume reçue, que les garçons seront élevés dans la religion du père et les filles dans la religion de la mère. Yoilà donc une famille, malgré les promesses les plus solennelles et les plus sacrées, divisée en deux camps : d'un côté, une croyance, un symbole, un culte, une morale, et de l'autre, un symbole opposé, un culte différent, une morale contraire sur bien des préceptes. Et vous croyez que cette famille sera heureuse, tranquille, vivant dans le sein de la paix, de l'ordre et de la tranquillité? Mais elle ressemble à ces contrées où des vents furieux et contraires amoncellent les nuages et préparent les tempêtes.

Supposons qu'il n'y ait que deux ou trois garçons et pas de filles, la mère sera donc seule pour pratiquer son culte, et on la forcera, elle catholique, à élever ses fils dans le culte de Luther ou de Calvin, qu'elle déteste et qu'elle abhorre de toute son âme, et avec raison. Concevez-vous, mes frères, une torture semblable à cette torture pour le cœur d'une mère chrétienne? Qu'on force une mère à tuer ses enfants, à leur ôter la vie du corps, ce serait déjà un effroyable supplice pour sa tendresse maternelle ; cependant on a vu des mères présenter elles-mêmes

leurs onfarils iiii\ tyrans cl aux pcrscculcurs de la foi. Mais forcer une mère à travailler à la perte éternelle de ses enfants, à les mettre dans un chemin qui doit les égarer et les conduire en enfer, il n'y a (juc Satan qui puisse inventer un tel supplice pour le cœur d'une mère.

Ce n'est pas tout, car il arrive souvent que le jour même du mariage, au sortir de l'église catholique, les époux vont se présenter devant le ministre protestant pour y céléhrer de nouveau leur mariage selon le rite protestant. Or, mes frères, les théologiens les plus indulgents affirment que cet acte de la part du conjoint catholique est un péché mortel. Mais, je vous le demande, est-il possible que deux époux dont l'un professe l'hérésie, c'està-dire un culte réprouvé de Dieu, et dont l'autre commet, le jour même de son mariage, une faute qui le rend digne de la damnation éternelle, soient heureux? Est-il possible que la malédiction, la division des esprits et des cœurs, la haine, la guerre ou l'indifférence religieuse ne viennent pas s'asseoir à ce foyer domestique et en faire un enfer anticipé ?

Ces considérations ne s'appliquent pas seulement, mes frères, à deux époux dont l'un est catholique et l'autre hérétique , mais aussi à deux époux chrétiens ou qui ont été baptisés, mais dont l'un pratique sa loi ou son culte, et dont l'autre vit comme les païens ; car vous n'ignorez pas qu'il n'est pas nécessaire d'aller en Chine pour trouver des infidèles, il y en a au milieu de nous : nous avons tant de chrétiens qui vivent comme les Indous ou comme

les habitants du Sénégal et des Montagnes-Rocheuses ! Ne faut-il pas, pour que les époux soient heureux, qu'ils soient unis d'esprit et de cœur, d'âme et de volonté? Mais, s'ils ont une foi différente, n'auront-ils pas nécessairement des pensées et des sentiments différents? La charité, on ne saurait trop le répéter, est la fille de la foi ; si la foi est contradictoire, les affections le seront aussi ; et s'il n'y a pas de foi, il n'y aura pas d'affection. L'homme indifférent en matière de religion croit encore à l'existence de la matière, son culte est l'adoration de la matière, l'amour de la volupté et de la bonne chère ; sa morale, la satisfaction de tous ses penchants, même les plus déréglés. Or, saint Paul et l'expérience nous disent également que ces hommes sont sans affection, sans douceur, cruels, vains, orgueilleux, superbes, rapportant tout à eux-mêmes. Le grand apôtre était tellement convaincu qu'un mariage de ce genre ne saurait être heureux, qu'il prononce la dissolution d'une alliance lorsque l'un des époux s'est fait chrétien, et que l'autre, persévérant dans l'infidélité , ne consent pas à demeurer pacifiquement avec lui. Le mariage est rompu et l'époux chrétien peut se marier à une autre personne. « Si cependant, ajoute l'apôtre, l'époux infidèle consent à demeurer pacifiquement avec l'époux fidèle, celui-ci ne doit point s'en séparer, le mariage subsiste, et l'époux fidèle doit demeurer avec l'époux infidèle. » Et pourquoi donc? Ecoutez la réponse de saint Paul, elle est digne de lui : « Parce que le mari infidèle est sanc-

lifié par kl femme fidèle, et la femme infidèle esl sanctifiée par le mari fidèle ; autrement vos cnfanis seraient impurs, et ils sont saints. » C'est connue s'il disait : Si l'époux infidèle consent à demeurer avec l'époux fidèle, celui-ci peut utilement travailler à sa conversion et le sanctifier; puis il aura soin de donner aux enfants une éducation chrétienne, et de les mettre ainsi dans la voie du salut.

C'est donc pour mettre en pratique cette doctrine du grand apôtre que l'Eglise n'accorde la dispense de l'empêchement de disparité de culte qu'à la condition que la partie cathohque aura toute liberté d'exercer son culte, et que tous les enfants sans exception seront élevés catholiquement. Elle espère ainsi sauver l'hérétique et sauver les enfants ; elle espère que l'époux catholique se conciliera l'affection et la confiance de son conjoint par sa patience, par sa douceur, son abnégation et son dévouement, par la pratique de toutes les vertus chrétiennes ; elle espère qu'à force de prières, de charité et de sacrifices, elle' deviendra l'apôtre et le sauveur de son époux et de ses enfants.

Quand donc il s'agit de faire votre choix au moment du mariage, examinez bien si celui ou celle qu'on vous destine a la foi chrétienne et remplit ses devoirs religieux. Ecoutez saint Paul qui vous dit : « Ne vous attachez point à un même joug avec les infidèles. )>Vous possédez en vous-mêmes la justice, et l'infidèle, chrétien ou non, est dans l'iniquité. Quelle union peut-il y avoir entre la justice et l'iniquité? Vous êtes les enfants de la lu-

mière, des flambeaux vivants que Dieu a placés dans le monde comme dans un lieu obscur, pour en dissiper les ténèbres, et les infidèles sont plongés dans une nuit profonde. Quel commerce entre la lumière et les ténèbres ? Vous avez la grâce sanctifiante, vous portez Jésus-Christ dans votre cœur, vous êtes d'autres Jésus-Christ, christianus alter Chris tus; les infidèles sont les fils de Satan, c'est le démon incarné. Or, quel accord peut-il exister entre Jésus-Christ et Bélial? Enfin, quelle, société entre le fidèle et l'infidèle?

Parmi ceux qui m' écoutent, il en est qui comprennent parfaitement ce que dit l'apôtre, parce que leur époux ou leur épouse est infidèle, et que Dieu seul sait tout ce qu'ils ont souffert et tout ce qu'ils souffrent encore aujourd'hui. Courage et confiance, leur dirai-je; non, ne vous désespérez pas. Lisez et relisez sans cesse la vie de sainte Monique, et voyez à quel prix elle a sauvé son époux et son fils. Que d'affronts endurés ! que d'injures supportées avec une invinciWe patience 1 que de prières, que de larmes répandues au pied du crucifix! Armez-vous de courage, de patience et de dévouement; offrezvous sans cesse à Dieu comme victimes ; laissez-vous attacher à la croix, laissez-vous crucifier. C'est du haut de la croix seulement que, comme Jésus- Christ, vous attirerez tout à vous, vous sauverez votre époux ou votre épouse, et vous sauverez vos enfants. Amen.

TRAITS HISTORIQUES. — LES ENFANTS NE DOIVENT POINT SIÎ MARIER SANS LE C0NSENTE3IENT DE LEURS PARENTS. — SAINTE CLOTILDE.

Un jeune homme et une jeune fille, après plusieurs années de fréquentation, se marièrent enfin malgré leurs parents. Avant leur mariage, ils avaient tant d'attachement l'un pour l'autre qu'ils étaient inséparables; mais ils éprouvèrent bientôt que les amitiés de jeunesse ne sont pas de durée, et que Dieu ne bénit pas de telles unions. A peine furent-il mariés, que le mari ne pouvait plus souffrir sa femme ; il la traitait comme une esclave. Sa femme prit le meilleur parti, celui de la patience et du silence. Ils eurent une fille nommée Symphorienne. Le mari ayant donné un coup de pied à sa femme, elle en mourut au bout de huit jours. Avant sa mort, elle appela sa fille, alors âgée de treize ans, et lui dit : « Tu vois, ma fille, l'état où je suis ; tu as vu les cruautés que j'ai endurées de la part de ton père ; je les ai souffertes en esprit de pénitence et comme une juste punition de mes désobéissances et des chagrins que j'ai donnés à mon père et à ma mère en me mariant contre leur gré et par caprice. Prends exemple sur moi et sois plus sage que je ne l'ai été. Je te laisse sous la conduite de ta chère tante, qui aura soin de ton éducation. Ne fais rien sans ses conseils; aie toujours la crainte de Dieu devant les yeux; sois humble et chaste, ma fille. Bientôt tu n'auras plus de mère, mais je prie la sainte Vierge de te protéger. N'oublie jamais que tu dois respecter ton père, quel qu'il soit, et prie Dieu pour sa conversion. Je lui pardonne pour l'amour de Jésus-Christ. » Cette malheureuse femme mourut dans une parfaite résignation à la volonté de Dieu. Symphorienne profita si bien des avis de sa mère mourante, qu'elle vécut en fille sage et se maria chrétiennement avec un parti avantageux; mais son père, rongé de chagrin de ce qu'il avait fait endurer à sa femme, mourut peu de temps après dans une espèce de désespoir.

Clovis^ fondateur de la monarchie française,, épousa, étant encore païeri; Clotilde, fille Ycrtueuse et catholique. Ayant eu un hls, elle souhaitait le consacrer par le baptême. Elle disait donc souvent à son époux : « Les dieux que vous adorez ne sont rien; ils ne peuvent être utiles à personne, ni à eux-mêmes, ni à d'autres, puisqu'ils sont faits de bois, de pierre ou de métal. Ceux dont on leur a donné les noms n'étaient que des hommes, et des hommes criminels. 11 faut plutôt adorer le Créateur de l'univers, qui a fait luire le soleil, orné le ciel d'étoiles, rempli la terre d'animaux, et formé de sa main l'homme, auquel il a soumis toutes les créatures. » Mais ces paroles de la reine ne persuadaient aucunement le roi, qui répondait toujours : « C'est par l'ordre de nos dieux que tout se fait ; quant au vôtre, il est clair qu'il ne peut rien, et ce qui est encore bien plus fort, il n'est pas même de la race des dieux.» Cependant la reine préparait le baptême de son hls ; elle fit orner l'église des plus riches tapisseries pour attirer au moins le roi par cet extérieur. L'enfant fut baptisé et nommé Ingomer; mais il mourut portant encore l'habit blanc, c'est-à-dire dans la semaine de son baptême. Le roi en fit des reproches amers à la reine et lui dit: « S'il avait été consacré au nom de mes dieux, il ne serait pas mort; mais ayant été baptisé au nom du vôtre, il ne pouvait vivre. » La reine répondit : ((Je rends grâces à Dieu qui ne m'a pas jugée indigne de porter un enfant qu'il a appelé à son royaume. » Elle eut ensuite un autre fils qu'elle fit également baptiser et qu'elle nomma Clodomer. Il tomba aussi malade, et le roi dit : (( Il ne peut en arriver autrement ; il mourra comme son frère, ayant été baptisé au nom de votre Christ. » Il guérit toutefois par la volonté de Dieu et les prières de sa mère.

Clotilde se fit, dans le palais de son mari, un petit oratoire oii elle passait beaucoup de temps en prières. Elle pratiquait aussi un grand nombre de mortifications secrètes, mais b prudence présidait à tous ses exercices. Elle ne manquait à aucune des bienséances de son état. Elle veillait sur les femmes de sa suite^ et se comportait en tout avec tant de di

gnilé, de sagesse, de religion, qu'elle charmait et édifiait toute la cour. Sa charité pour les })auvres lui faisait ré|iaudre des aumônes ahoiulanles. On ne pouvait rien ajouter aux égards qu'elle avait pour le roi son mari. Elle opposait la douceur cJn'élienne aux saillies de son caractère violent, et se conformait à ses idées dans les choses indilTérentes pour gagner plus facilement son alTection ; elle louait tout ce qu'il aimait, et cliercliait l'occasion d'applaudir à ses goûts.

Mais ce qui la préoccupait plus spécialement, c'était la conversion de son royal époux; et, pour l'obtenir, elle ne négligeait aucun des moyens que la religion et la prudence pouvaient lui suggérer. Un jour qu'elle le vit bien disposé et qu'elle reçut de lui plusieurs marques de tendresse et de libéralité, elle fit tomber la conversation sur la sainteté de TEvangile, et lui rappela de la manière la plus pressante la parole qu'il avait donnée d'abjurer le paganisme. Cette conversation ne produisit aucun effet. Glovis resta toujours païen, de crainte de déplaire à ses sujets en changeant de religion ; mais à la fin son opiniâtreté fut vaincue, et il se déclara pour le Dieu qu'il promettait d'adorer depuis si longtemps.

Glovis, en guerre avec les Allemands, leur livra bataille à Tolbiac, près Cologne ; mais le désordre se mit dans son armée, et il était lui-même sur le point de tomber entre les mains de ses ennemis. Il a recours à ses dieux, qui ne l'écoulent point. Il ne lui est plus possible d'arrêter les fuyards. Dans cette extrémité, il invoque le Dieu de Clotilde et promet de l'adorer s'il remporte la victoire. La face du combat cliange aussitôt; les fuyards se rallient, et les Allemands, qui avaient l'avantage, sont défaits à leur tour. Clovis manda à la reine ce qui était arrivé et l'assura qu'il ne différerait plus sa conversion. La princesse, transportée de joie, en rendit et en fit rendre de solennelles actions de grâces. Saint Rémi, archevêque de Reims, instruisit et baptisa Clovis.

Clotilde ne cessa de porter son époux à des actions glorieuses qui avaient la gloire de Dieu pour objet. Ce fut à sa prière qu'il construisit à Paris, en 511, la grande église de Saint- Pierre et Saint-Paul, aujourd'hui Sainte-Geneviève. H en-

voyait prier sur le tombeau de saint Martin, en qui il avait beaucoup de confiance ; il fit présent au pape Hormisdas d'une magnifique couronne d'or, comme une marque qu'il faisait don à Dieu de son royaume. L'éducation barbare qu'il avait reçue, jointe à son caractère martial, empêcha quelquefois l'effet des avis que lui donnait Clotilde. Elle avait la douleur de le voir, dominé par l'ambition, suivre les mouvements impétueux de la cruauté. Il fit mourir tous les membres de sa famille, et il n'épargna que ses enfants.

Plus tard, Clotilde, voyant ses fils et petits-fils se faire la guerre et se massacrer les uns les autres, se retira du monde, et passa le reste de sa vie à Tours, auprès du tombeau de saint Martin, dans la prière, le jeûne, les veilles, et les autres mortifications de la pénitence. Elle paraissait complètement oublier qu'elle avait été reine et que ses enfants étaient assis sur le trône. L'éternité remplissait son âme et absorbait toutes ses pensées. Dans sa dernière maladie, elle fit venir ses fils Clotaire et Cbildebert, et les exhorta de la manière la plus touchante à servir Dieu et à garder ses commandements, à protéger les pauvres, à traiter leurs peuples avec une bonté paternelle, à vivre ensemble dans une parfaite intelligence, à maintenir par tous les moyens possibles la paix et la tranquillité publique. Elle ordonna ensuite que le peu qu'elle laisserait fût distribué aux pauvres. Elle mourut saintement le jour qu'elle avait prédit elle-même.

Voilàle modèle d'une femme qui a un païen pour époux, et aujourd'hui le nombre en est assez considérable. Si elle veut convertir son époux, il faut qu'à l'exemple de sainte Clotilde elle méprise le monde et s'exerce à la pratique de toutes les vertus chrétiennes, et plus spécialement de la patience, de la douceur, de la prudence, de la charité. Il n'y a pas de caractère si dur qui ne finisse par s'adoucir sous l'action d'une vertu persévérante.

Xr INSTRUCTION.

De 1a clispeiise des eminêclieiiieiits et de la iiiililieattioii des buiiSt

Quodcumque ligaveris super terram erit ligatum et in ccrlis, et quodcumque solveris super terram erit solulum et in cœlis.

Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel; tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.

Par CCS paroles, notre divin Sauveur a confié à saint Pierre, qu'il a établi chef de son Eglise, tout }30uvoir de lier et de délier, tout pouvoir de porter les lois qu'il juge nécessaires ou utiles au salut des âmes, comme aussi d'en dispenser pour des raisons légitimes. C'est en vertu de ce pouvoir que l'Eglise a porté des empêchements de mariage, afin de pourvoir au salut des âmes, au maintien delà paix et de la tranquillité dans les familles, à la conservation des bonnes mœurs au foyer domestique, à la sûreté et à la garantie des intérêts religieux et matériels des enfants. C'est en vertu de ce même pouvoir que le Souverain Pontife, en sa quahté de chef de l'Eglise universelle, peut accorder dispense de tous les empêchements établis de droit ecclésiastique ;

car il ne saurait dispenser des empêclicments qui sont de droit naturel ou de droit divin, tels que les empêchements de l'erreur et de la violence et du lien provenant d'un premier mariage, quelle que soit l'étendue de son pouvoir, parce qu'il ne peut rien sur la loi naturelle et sur la loi divine, qui sont immuables. Il en est le conservateur et le propagateur, mais non le dispensateur.

Ce pouvoir, en ce qui concerne les empêchements dirimants de mariage, n'appartient qu'au Souverain Pontife; les évêques ne peuvent en dispenser. Cette doctrine est fondée sur ce principe qui découle de la nature même des choses, savoir qu'un inférieur ne peut dispenser d'une loi portée par une autorité supérieure. « Celui-là seul, dit saint Thomas, peut dispenser de la loi, qui a toute autorité de la porter, ou celui à qui il en a donné le pouvoir. » « Il n'est pas permis aux évêques, dit Benoît XIV, de dispenser des empêchements de mariage, parce que ces empêchements ont été établis par les conciles généraux ou par les Souverains Pontifes, dont un inférieur ne peut enfreindre les décrets. »

Cependant le d*roit ecclésiastique accorde aux évêques le pouvoir de dispenser quelquefois, mais dans des circonstances rares, tout à fait exceptionnelles; et encore ne le font-ils pas sans être munis d'un pouvoir particulier du Souverain Pontife.

Malgré la plénitude de puissance dont il est dépositaire, le chef de l'Eglise ne peut cependant pas dispenser des empêchements sans une cause grave et légitime. En effet, ces empêchements, nous l'a-

vous prouve, sont fondés sur des motifs de la plus liiiute gravité, puisqu'ils ont pour but de maintenir l'ordre et la paix dans les familles, d'assurer aux époux une pleine et entière liberté, de conserver la sainteté et la pureté des mœurs, de garantir les intérêts les plus chers des enfants. Il faut donc des raisons graves pour légitimer les dispenses; autrement elles tourneraient au détriment et à la ruine des familles et de la société, et le Souverain Pontife perdrait les âmes au lieu de les sauver, il serait bourreau au lieu d'être père. C'est donc à lui qu'il appartient d'apprécier les motifs qu'on apporte à l'appui d'une demande de dispenses, de l'accorder ou de la refuser selon qu'il voit l'avantage ou le détriment des âmes. Or, ces causes pour lesquelles l'Eglise accorde des dispenses sont déterminées par le droit ecclésiastique ; elles ont pour objet un grand bien spirituel et temporel de l'un des époux ou de tous les deux , ou bien un avantage considérable ou pour les enfants, ou pour les familles, ou pour l'Eglise elle-même. Mais à cette époque d'affaiblissement de la foi dans les cœurs, il est une cause malheureusement trop commune, la seule crainte de voir des chrétiens s'en tenir au mariage purement civil et vivre dans un concubinage scandaleux. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, il y a vingt ou vingt-cinq ans, l'Eglise ne dispensait presque jamais de l'empêchement d'affinité au premier degré, entre beaufrère et belle-sœur; aujourd'hui rien n'est plus commun. Cependant le gouvernement lui-même reconnaît qu'il y a de l'immoralité dans ces sortes

d'unions, et il n'accorde ordinairement la dispense qu'un an après la mort de l'épouse. Nous avons entendu les magistrats répondre à ceux qui paraissaient vouloir devancer cette époque : « Attendez au moins que la couche funèbre où votre sœur a rendu le dernier soupir soit froide pour la remplacer. » Ces mariages sont la honte de la religion et même de l'humanité; l'Eglise les a permis parce qu'on lui a forcé la main, ce qui n'empêche pas ceux-là même qui ont été l'objet de son extrême indulgence de criera l'intolérance.

Quand vous solhcitez une dispense, vous devez avoir grand soin de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Si vous trompiez l'évêque ou le Souverain Pontife, votre dispense serait nulle et de nul effet ; vous auriez beau remphr toutes les formalités, vous présenter à l'église et recevoir la bénédiction nuptiale, votre mariage serait nul, et vous vivriez dans un état criminel devant Dieu.

Si quelques uns de vous se trouvaient dans ce cas, et avaient contracté mariage avec un empêchement dirimantsans en avoir obtenu dispense ou après avoir obtenu une dispense nulle, parce qu'ils n'auraient pas dit la vérité, que devraient-ils faire? S'adresser à leur confesseur, ou à leur pasteur, lui exposer exactement la vérité et suivre ses avis. Car il est bon que vous sachiez que l'Eglise a des moyens de réhabiliter des mariages nuls sans compromettre la réputation des époux ; on peut donc s'adresser à elle en toute confiance. Elle est toujours mère ; les pécheurs sont toujours ses enfants.

C'est afin d'éviter un aussi grand inallieur que i^elui d'un mariage eontracté invalidement ou fui!, que le saint concile de Trente a prescrit trois publications qui doivent se faire publiquement à l'église, pendant la messe paroissiale, trois dimanches ou trois jours de fêtes consécutifs, par le propre curé des parties contractantes, afin de découvrir les empêchements, s'il y en a. C'est une obligation grave; tout curé qui célébrerait un mariage sans avoir fait ces pubhcations ou sans en avoir obtenu dispense, pécherait mortellement. Cette loi a paru tellement raisonnable et tellement sage que les gouvernements, en sécularisant le mariage, ont prescrit de semblables publications.

Mais en ordonnant les publications de mariage, l'EgUse impose aux fidèles l'obligation de révéler les empêchements dirimants ou prohibants qu'ils connaissent. La formule môme dont nous devons nous servir, en disant qu'ils sont tenus, sotts peine d'excommunication, de révéler les empêchements qu'ils connaissent, fait assez voir que cette obligation est grave, et qu'elle s'étend à tous les fidèles, à quelque paroisse qu'ils appartiennent, qui sauraient un empêchement au mariage qu'on a publié. Bien plus, tout fidèle est encore obligé de révéler les empêchements secrets , quand même il serait seul à les savoir et qu'il ne pourrait les prouver. Le témoignage d'une seule personne peut être assez grave pour s'opposer à la célébration d'un mariage. Cependant on excuse de péché celui qui ignore que tel fait est un empêchement, ou qui a lieu de

croire que les parties ont obtenu dispense ; ou bien qui ne connaît l'empêchement que sur des bruits vagues ; ou bien qui serait tenu au secret par son état, comme un médecin , qui ne pourrait le révéler sans se diffamer soi-même ; ou qui s'exposerait, en le révélant, à la vengeance des parties intéressées.

C'est au curé qui a publié les bans qu'il faut s'adresser pour faire la déclaration de l'empêchement. Cependant il est convenable et conforme aux règles de la charité chrétienne de s'adresser aux parties elles-mêmes, si toutefois on peut le faire sans inconvénient. Si l'on ne peut en prévenir les fiancés, ou si, avertis, ils persistent à vouloir s'épouser, on doit en faire part au curé, qui, après avoir examiné mûrement les choses, aura recours à l'évêque, si la déclaration qu'on lui a faite mérite d'être prise en considération. Il ne serait pas juste que le premier venu fût admis à faire manquer ou à retarder un mariage sans aucune raison ou par un motif frivole.

Les publications de mariage ont encore un autre but : celui d'intéresser tous les paroissiens aux affaires les plus graves et aux événements les plus importants de la paroisse. Une paroisse est une famille, elle doit avoir l'esprit de famille, c'est-à-dire l'affection et le dévouement entre tous les membres. Or, lorsque, dans une famille, un des enfants se marie, on fait part de cette nouvelle à tous les autres, et tous se réjouissent de voir un frère et une sœur s'unir pour constituer une nouvelle famille, pour en faire la joie et le bonheur; tous prient avec ferveur pour que Dieu lui-même fasse le mariage, et

que les fiancés se disposent à recevoir le sacrement de Mariai^e et en conservent la grâce. Quand donc nous publions des mariages, vous devez vous en réjouir dans Tespéranec que cette nouvelle famille donnera des citoyens vertueux à l'Etat, des chrétiens fervents à l'Eglise et des saints au ciel ; vous devez en même temps prier pour les futurs époux, afin que Dieu répande des grâces abondantes sur eux, et qu'au lieu de scandaliser la paroisse, ils l'édifient au contraire par l'exemple des plus pures vertus, et augmentent ainsi le nombre encore bien restreint des familles solidement chrétiennes. Le Fils de Dieu a fait lui-même publier son mariage, non pas trois semaines avant la célébration, ni trois fois seulement, mais pendant des siècles, pendant les quatre mille ans qui ont précédé son incarnation, afin de réjouir le cœur des justes et de relever leurs espérances. C'est pourquoi nous voyons tous les hommes de foi de l'antiquité demander ardemment à Dieu, non pas que le mariage de son Fils fût heureux , il ne pouvait que l'être , mais qu'il en fit au plus tôt la célébration. Il devait apporter tant de bonheur au monde !

Sur le sujet que nous traitons, il nous reste encore deux questions à examiner: 1 « Pourquoi fait-on payer les dispenses ? 2° Pourquoi faut-il recourir à Rome pour les obtenir?

Pourquoi faut-il payer les dispenses? Je sais, mes frères, que certaines gens répètent souvent dans le monde que tout se vend, que tout s'achète dans l'Eglise catholique, et qu'avec de l'argent on obtient de Rome toutes les dispenses qu'on sollicite.

C'est une erreur et une calomnie, et il n'y a qu'une ignorance crasse ou une insigne mauvaise foi qui puissent tenir un pareil langage et lancer à la face de l'Eglise, de l'épouse sans tache du Fils de Dieu, une aussi sanglante injure. Non, non, mes frères, avec de l'argent on n'obtient pas de Rome tout ce qu'on veut. Demandez-le à Henri VIII, roi d'Angleterre ; demandez-le à Sa Majesté le roi de Prusse ; demandez-le à l'empereur Nicolas; demandez-le à tous les rois, à tous les empereurs hérétiques et schismatiques ou politiques, et tous vous répondront que le vieillard qui trône au Vatican est aussi insensible aux promesses qu'aux menaces.

Mais examinons la question. Et d'abord il est bien entendu que les pauvres ne paient rien, absolument rien; je puis le certifier, puisque j'ai été assez longtemps dans l'administration diocésaine.

1° Vous n'avez aucun sujet de vous plaindre, si en pareille circonstance vous ne vous plaignez pas de ce que vous fontpayer le gouvernement et toutes les administrations. Or, il arrive quelquefois que vous payez trois ou quatre cents francs pour une dispense du gouvernement, et vous vous estimez heureux quand vous en êtes quittes à si bon marché, comme vous dites vous-mêmes ; et parce que pour la même dispense vous paierez à Rome trente ou quarante francs, les choses saintes ne sont plus à vos yeux qu'un trafic, et l'Eglise elle-même un marché public !

2^ Ce que vous payez, ce sont les frais de bureau. Or, n'en est-il pas de même dans toutes lesadminis-

triitions?Et partout ailleurs ne sont-ils pas beaucoup plus élevés? Ne sont-ils pas nécessaires pour faire un traitement aux employés des bureaux? Bien que les employés dans les bureaux ecclésiastiques se rapproclient des anges par leur conduite, ils ne sont pas encore de purs esprits; ils sont toujours composés d'un corps et d'une âme; ils ont donc besoin d'un traitement. Quoi I vous trouvez que ces frais de bureau sont très-justes dans l'administration civile; pourquoi ne le seraient-ils pas dans l'Eglise, puisqu'ils reposent toujours sur le môme principe et le même motif? C'est que vous avez deux poids et deux mesures.

3° Ces frais de bureau ou ces honoraires sont licites dans leur but, puisqu'une partie sert à l'entretien des employés, et que le surplus est consacré à des œuvres de piété et de charité. Les lois ecclésiastiques obligent tous ceux qui travaillent dans l'Eglise à prélever sur leurs honoraires ce qui est nécessaire pour leur honnête subsistance, et à employer le reste en aumônes et en œuvres pieuses. C'est de là que provient une partie des ressources de la congrégation de la Propagande pour soutenir les missions dans les pays infidèles ou sauvages.

4° Si l'on vous forçait à payer des honoraires, vous auriez peut-être droit de vous plaindre ; mais vous êtes parfaitement libres de payer ou de ne pas payer. En effet, pour quelle dispense payez-vous quelque chose? pour la dispense des publications. Et que n'attendez-vous cinq ou six jours de plus, ou que ne vous y prenez-vous cinq ou six jours

plus tôt? Vous savez depuis six semaines ou deux mois que votre mariage aura lieu à telle époque; pourquoi ne pas prendre vos mesures pour n'avoir pas besoin de dispenses? Je ferai le même raisonnement pour la dispense du temps prohibé; il ne tient qu'à vous de devancer ou de retarder de quelques semaines l'époque de la célébration de votre mariage, et vous ne paierez aucune dispense. Souvent il vous faut plus de six semaines et plus de deux mois pour vous déterminer à faire l'acquisition d'une maison dont vous pourrez vous défaire si elle ne vous plaît pas, et vous ne pouvez mettre autant de temps pour vous préparer à l'acte le plus important de votre vie? Vous paierez encore pour la dispense de l'empêchement de parenté, d'affinité, de disparité de culte ; mais qui vous oblige d'épouser une parente, une alliée ou une hérétique? N'y a-t-il pas des milliers de personnes parmi lesquelles vous pouvez choisir? Cela vous convient, dites-vous, d'épouser une parente, une alliée ou une hérétique. Et l'Eglise, qui connaît mieux vos intérêts spirituels que vous-mêmes, vous déclare que cela ne convient ni à Dieu, ni à l'Eglise, ni à vous-mêmes, ni à vos enfants. Donc vous êtes parfaitement libres de payer ou de ne pas payer; de quoi vous plaignez-vous? Voici deux chemins dont l'un est une belle route et l'autre un sentier dangereux. Vous pouvez suivre la route, et vous voulez marcher dans le sentier; si on vous fait payer un droit de passage, où est Tinjustice qu'on vous a faite?

5° L'Eghse n'a-t-elle pas le droit de vous faire

payer une fantaisie ou un caprice? ou plutôt n'at-cUc pas le droit de vous imposer une aumône pour une faveur qu'elle vous accorde? Elle vous dit : Puisque vous voulez être dispensés d'une loi dont l'observation eût été la source des bénédictions célestes pour votre famille, n'est-il pas juste qu'il y ait une compensation, que vous concouriez à une bonne œuvre par une aumône proportionnée à votre fortune, afin d'expier votre défaut de soumission aux lois de l'Eglise et d'attirer sur vous les béné^ dictions d'en haut?

C° Cependant, quand les époux ont de la fortune, on exige d'eux, dit-on, une somme plus forte; et certes, mes frères, c'est avec justice : dans cette circonstance vos plaintes contre l'Eglise sont la plus sanglante flétrissure pour vous-mêmes et pour votre époque. Autrefois l'Eglise n'avait qu'à parler pour se faire obéir de nos pieux ancêtres ; elle leur disait de voler au secours de la Terre-Sainte, et l'Occident se levait comme un seul homme pour aller mourir sur les plages lointaines de l'Orient. Mais aujourd'hui l'Eglise vous fait des défenses, et vous ne l'écoutez pas ; elle vous menace de peines spirituelles, et vous vous en moquez. Vous n'êtes sensibles qu'aux choses de la terre; l'or et l'argent, voilà les dieux que vous adorez. Alors l'Eglise vous impose une certaine somme d'argent à payer à titre d'indemnité pour sanction à sa loi. Or, mes frères, pensez-vous qu'elle ait tort? Il s'est rencontré des hommes tellement plongés dans la matière, qu'ils ont rompu leurs projets de mariage parce que Rome

leur demandait cinq ou six cents francs pour le coût d'une dispense. Estimant une épouse au prix de revient, ils ont pensé en trouver une autre à meilleur marché. Yos plaintes contre l'Eglise sont donc une injure, non point pour elle, mais pour vous-mêmes.

7° Pourquoi recourir à Rome pour obtenir ces dispenses? Si le curé ou l'évêque les accordait, les frais seraient moins élevés. Mais je pourrais vous demander à mon tour : Pourquoi le gouvernement s'est-il réservé, lui aussi, d'accorder dispense des empêchements civils? Pourquoi n'a-t-il pas investi les maires ou les préfets du droit de les accorder? C'est que, dans tout gouvernement, les affaires majeures doivent être traitées par les plus hauts fonctionnaires, et que les empêchements de mariage sont des causes majeures pour l'Etat comme pour l'EgUse. Le jour où les fonctionnaires subalternes dispenseront de lois aussi graves, on aura posé le principe de l'insurrection, et il n'y aura plus de lois.

N'est-il pas nécessaire de rappeler sans cesse aux fidèles, aux prêtres et aux évêques qu'ils ont un chef visible, l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre et vicaire de Jésus-Christ sur la terre? Ne faut-il pas qu'ils reconnaissent son autorité et par leurs paroles et par leur conduite, et qu'ils sentent le besoin d'y recourir pour des affaires graves ou aux époques les plus importantes de leur vie? C'est là ce qui maintient l'unité dans l'Eglise de Dieu. Si les évêques avaient plein pouvoir de dispenser des

lois, même dans les allaires majeures, ruiiitc de l'Eglise serait anéanlie; chaque diocèse, formant une Eglise particulière, ne tiendrait plus au centre de l'unité, et nous aurions autant d'Eglises que de diocèses. Si le temps me le permettait, je justifierais ces propositions par des faits incontestables. Qui de vous ne se rappelle l'histoire lamentable du schisme grec? Les patriarches de Constantinople se sont arrogé peu à peu des droits qu'ils n'avaient pas, et un jour ils se sont posés les rivaux ou les égaux de l'éveque de Rome. Alors plus d'autorité suprême, plus de surveillance pour l'observation de la discipUne, plus de fermeté pour corriger les abus ; bientôt des millions de chrétiens se sont plongés dans le sensualisme païen, et ont été trouvés dignes d'être mis sous le joug des Turcs. Si les patriarches de Constantinople avaient toujours recouru à Rome comme tous les évéques de l'Occident, jamais il n'y aurait eu de schisme, jamais le Croissant n'eût été arboré sur l'église de Sainte-Sophie ; des millions d'âmes ne se seraient pas perdues, et l'Orient ne serait pas retombé dans l'infidélité et la barbarie.

En outre, mes frères, la nécessité de recourir à Rome est la sauvegarde de l'autorité môme des évoques. Représentez-vous d'abord un curé dans une paroisse de la campagne, ayant sous sa direction un riche et puissant seigneur qui lui demande une dispense sans motifs légitimes. S'il l'accorde, il viole la loi; s'il la refuse, cet homme riche va susciter contre lui et contre son ministère la plus violente

persécution. Le curé ne pourra jamais se justifier; on dira que c'est un homme dur, intraitable ; qu'il ne connaît pas les moyens de conciliation ; qu'il aurait dû user de condescendance. Quelle position fâcheuse 1 Mais dès qu'il est obligé de recourir à son évoque, tout change de face; l'évêque est tout à fait Ubre et indépendant de refuser la dispense; sa position sociale et élevée le place bien au dessus de ce riche seigneur ; il n'a rien à redouter de sa colère. Le curé transmet à son évêque la demande de son paroissien, comme il transmet à celui-ci la réponse de son évêque; si elle ne lui est pas favorable, cet homme peut-il raisonnablement se fâcher contre son curé et le persécuter? Mais la justification de ce dernier est facile : Je n'ai fait, répondrat-il, qu'exercer les fonctions de commissionnaire ou de facteur rural ; pourquoi ne pas vous fâcher contre la poste aux lettres? Enfin F'évêque, s'il en est besoin, prendra sa défense et le justifiera devant l'opinion publique.

Il est de même de l'évêque dans la dépendance où il se trouve du chef de l'Eghse. Rappelez-vous ce qui est arrivé à l'archevêque de Cologne, il y a seulement quelques années. Le roi de Prusse lui demande de dispenser les curés de certaines prescriptions de l'Eglise concernant les mariages mixtes. Si l'archevêque eût eu plein pouvoir d'accorder cette dispense, comment la refuser? comment, en la refusant, ne pas être traité d'esprit brouillon et intolérant? L'archevêque est obligé de consulter le Pape ; mais le Pape par sa position est indépendant

du roi (le Prusse, par conséquent plus libre de refuser la dispense, et il la refuse en ellcl. Le roi de Prusse s'irrite et s'emporte; il jette en prison l'archcvèque de Cologne. Aussitôt le Pape prend la défense de l'arehevéque persécuté, et le justifie aux yeux du monde catholique qui s'émeut, qui ne voit plus dans le roi de Prusse qu'un tyran et un persécuteur de l'Eglise ; on le couvre de honte et d'ignominie. Le droit est sauvé, l'archevêque triomphe dans les fers, l'Eglise de Dieu, qui applaudit à son courage et à sa grandeur d'âme, triomphe avec lui ; et, dans cette lutte acharnée, un pauvre archevêque seul, avec l'appui du Saint-Siège, remporte la plus belle et la plus éclatante de toutes les victoires. Ainsi, mes frères, la nécessité de recourir au Souverain Pontife pour obtenir la dispense de certaines lois est le rempart même de ces lois, la sauvegarde de l'autorité des évêques, le plus ferme et le plus inébranlable appui de leur indépendance.

Savez-vous, mes frères, pourquoi l'administration, dans l'Eglise catholique, est tellement forte qu'elle défie toutes les puissances humaines, ainsi que je viens de vous le démontrer? C'est parce que Dieu exige des prêtres une parfaite obéissance envers les évêques, et des évêques eux-^mêmes une soumission non moins parfaite à l'égard du Souverain Pontife, du chef de FEglise. Les évêques sont des colonnes qui supportent une partie de l'édifice qu'on appelle l'Eglise ; mais ces colonnes n'ont de force qu'autant qu'elles sont appuyées elles-mêmes sur la pierre angulaire. Pourquoi l'autorité du capi-

taine est-elle si respectable et si respectée dans un régiment? C'est parce que lui-même doit obéir à ses chefs, au colonel et au général, avec la même docilité que le simple soldat. Quand donc vous vous imaginez que vous serez d'autant plus forts que vous serez plus indépendants, ou que vous ne serez forts que lorsque vous ne dépendrez de personne, vous êtes trompés par la plus funeste de toutes les erreurs. Le jour où vous ne voudrez plus vous soumettre aux lois que Dieu a établies pour la conservation de la vie du corps, vous mourrez sur le champ; il en est de même de la vie intellectuelle, morale et religieuse. Vous ne la possédez pas en vous-mêmes, cette vie; vous n'êtes qu'un misérable néant. Une indépendance absolue n'est donc que la mort de l'âme, la mort de la famille et de la société. Vous vous plaignez, mes frères, de ce que l'autorité paternelle n'est plus respectée; mais je viens de vous en donner la raison : c'est qu'elle n'est plus respectable. Une autorité n'est respectable sur la terre qu'autant qu'elle est comme une émanation de l'autorité de Dieu ; mais du moment où les pères de famille ne reconnaissent plus euxmêmes l'autorité de l'Eglise et l'autorité des pasteurs que Dieu a établis pour les conduire eux-mêmes, ils sont en état de révolte contre Dieu, ils jettent dans la boue leur couronne et leur sceptre, leur autorité n'est plus respectable.

Voulez-vous donc, mes frères, avoir une autorité forte et indépendante? Soumettez-vous àl'EgHse, obéissez à votre pasteur : vous serez forts de la

torco de l'Eglise, et la force de l'Eglise, c'est la force de Dieu moine. C'est là que vous trouverez un point d'appui pour vous soutenir, pour maintenir votre autorité, et pour donner à votre famille la tranquillité et le bonheur. Amen.

CAUSE DES DISPENSES. — LE PATRIARCHE TARAISE. — L'ARCnEYÊQLE DE DROSTE YISCHERING.

Les principales causes do dispense sont : 1° Angusta loci, la petitesse du lieu ^ lorsque la paroisse de la fille est trop peu considérable pour qu'elle trouve à s'y marier convenablement ; et il y a petitesse du lieu lorsque la localité n'a pas plus de trois cents feux. 2° bicompetentia dotis, le défaut ou la modicité de la dot. 3" Bonum pacis, le bien de la paix, pour réunir deux familles divisées. 4° ^tas puellœ, l'àgc de la demoiselle^ qui dépasse vingt-quatre ans. 5° Vidua plis gravata, une veuve chargée de famille. 6° Pericuhim seductionis, le danger de séduction pour l'erreur, ou de s'allier à des hérétiques dans les pays où ils sont nombreux. 7° Comervatio honorum in eadem illustri familia, l'importance de conserver les biens dans une famille illustre. 8° Excellentia meritorum, les services rendus à l'Eglise. 9° Copula cum consanguinea vel affine consummata, lorsque les parties ont eu des relations criminelles ensemble. 10" Nimia partium familiaritas ; quand il y a une grande familiarité, si le mariage n'avait lieu, la réputation de la fille serait compromise. 11" Matrimonium jam confractiim, quand les parties ont contracté mariage sans avoir demandé la dispense. Enfin, 12" Metus contractus civilis, la crainte de voir les parties s'en tenir au contrat purement civil.

Il est à remarquer que quelques unes de ces causes, prises isolément, ne suffisent pas pour obtenir la dispense, tandis qu'elles sont suffisantes lorsqu'elles se trouvent réunies. Il en

est qui déterminent par elles-mêmes à accorder la dispense de tel ou tel empêchement, et qui ne déterminent pas à accorder la dispense de tel autre. Nous devons aussi faire observer que plusieurs de ces causes, qui ne paraîtront pas importantes aux gens du monde, le sont beaucoup aux yeux de l'Eglise; ainsi, la conservation des biens dans une famille illustre, l'incompétence" de la dot, etc.

Les parties doivent dire toujours la vérité quand elles sollicitent une dispense d'empêchement de mariage, comme aussi faire connaître leur état de fortune ; autrement la dispense pourrait être nulle, ce qui entraînerait la nullité du mariage.

Vers Tan 782, l'empereur Constantin conçut une criminelle passion pour Théodote, dame d'honneur de Timpératrice Marie qu'il n'avait jamais aimée. Aussitôt il oublia que les liens du mariage sont indissolubles, et il résolut de les rompre pour épouser Théodote. Il eût bien voulu que Taraise, patriarche de Gonstantinople, approuvât son divorce ; mais il comprit qu'il ne serait pas facile de le gagner. Il lui envoya cependant un de ses principaux officiers qui tâcha, mais inutilement, de prouver que Marie avait employé le poison pour se défaire de l'empereur. Taraise, au lieu de faire un long discours, ne répondit que ce peu de mots en soupirant : « Je ne sais comment l'empereur pourra supporter l'infamie dont ce divorce scandaleux va le couvrir à la face de l'univers; je ne sais non plus comment il pourra punir les adultères et les autres débauches, après avoir donné un tel exemple. Allez lui dire de ma part que je souffrirai plutôt la mort et tous les supplices imaginables que de consentir à son dessein. » Le peu de succès de l'officier n'ôta point encore à l'empereur toute espérance de pouvoir gagner le patriarche ; il l'envoya chercher et lui montra un vase qu'il prétendait rempli du poison que l'impératrice, disait-il, avait préparé pour lui ôter la vie. Taraise ne donna point dans le piège, et répondit généreusement à l'empereur qu'il connaissait le motif de ses plaintes. « Elles viennent, s'écria-t-il, de votre passion pour Théodote ; mais, quand elles seraient fondées, je ne consen-

tirais pas pour cela à la célébration d'un mariage qui sera toujours illégilime et contraire hh loi de Dieu tant quel'impératrice Marie vivra. » Les plus terribles menaces furent sans eiïel, et le saint évoque demeura inébranlable dans sa résolution.

Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume Ilï, ayant épousé en secondes noces une femme catholique, la contraignit de se faire protestante ; et il se servait du même moyen, c'est-à-dire des mariages mixtes pour pervertir la foi d'un grand nombre de catholiques. Les évêques consultèrent Rome, et Pie VIII leur répondit entre autres choses : « Chaque fois qu'une personne catholique, une femme surtout, voudra se marier avec un homme non catholique, il faudra que Tévêque ou le curé l'instruise avec soin des dispositions canoniques sur ces mariages, et l'avertisse sérieusement du forfait dont elle va se rendre coupable auprès de Dieu, si elle a la hardiesse de les violer. Il conviendra surtout de l'engager à se rappeler que le dogme le plus ferme de notre religion, c'est que, hors de la foi catholique j personne ne peut être sauvé , et que, par conséquent, elle doit reconnaître que sa conduite sera cruelle et atroce envers les fds qu'elle attend de Dieu, si elle s'engage dans un mariage où elle sait que leur éducation dépendra entièrement de la volonté d'un père non catholique. Ces avis salutaires devront même, selon que la prudence le conseillera, être répétés, particulièrement à l'approche du jour du mariage et à l'époque où se font les proclamations d'usage et où l'on recherche s'il n'y a pas d'autres empêchements canoniques qui s'opposent à la célébration. Que si, dans certains cas, les avis des pasteurs ne sont pas écoutés, il faudra à la vérité, pour prévenir tout trouble et préserver la religion de plus grands maux, s'abstenir de censurer nommément ces personnes ; mais, d'un autre côté, le pasteur devra aussi s'^abstenir d'honorer de quelque cérémonie religieuse que ce soit le mariage qui va suivre ; il devra s'abstenir de tout acte par lequel il pourrait y paraître donner son consentement. » Seulemerl le Pape tolère la présence du curé pour entendre et recevoir le consentement des deux parties ;

mais il doit rester passif, s'abstenir d'y mêler aucune prière, aucun rite quelconque. Enfin il ne permet ces mariages que par dispense et à deux conditions : 1° que la partie catholique ne court aucun risque de perversion de la part de l'autre ; 2° que tous les enfants seront élevés dans la religion catholique.

Le gouvernement prussien garda cette instruction et en donn a une dans un sens contraire. Quelques évêques eurent la faiblesse d'y prêter les mains. Celui de Défurt en témoigna son repentir avant de mourir et instruisit le Pape de ce qui se passait. Le gouvernement voulut alors invoquer le témoignage de l'archevêque de Cologne; mais ce n'était plus Spiegel, celui qui avait sacrifié les intérêts de l'Eglise à la faveur du roi ; c'était son successeur, Clément-Auguste de Droste-Yischering. On employa d'abord, mais sans succès, la ruse et le mensonge pour le tromper ; puis on eut recours à la violence et à la brutalité. Le 20 novembre 1837, l'archevêque de Cologne est brutalement enlevé comme un criminel par la force armée et emprisonné dans une forteresse ; sa captivité dure tout le règne de Guillaume, qui meurt de maladie pédiculaire le 11 juin 18-40. L'archevêque de Gnesen et de Posen, Martin de Dunin, ayant suivi le courageux exemple de l'évêque de Cologne, eut le même sort, fut emprisonné, traduit devant les tribunaux et condamné, comme les évêques dans les premiers temps de l'Eglise, sous la persécution des Vandales dont les Prussiens se disent les descendants. Le nouveau roi, Guillaume IV, ne demandait pas mieux que de consommer le système de son père, c'est-à-dire de profiter de tous les moyens, des prêtres, des évêques, du Pape même, pour amener les catholiques de Prusse au protestantisme, dont il serait lui-même le pape, l'évangile et le dieu. Certains prêtres abondaient dans ce sens , mais le Pape les condamna, et l'archevêque de Cologne exigea qu'on se soumît au jugement du Pape.

Cette persécution devint le salut de la foi et de l'Eglise catholique en Allemagne. Les évêques de Munster et de Paderborn rétractèrent publiquement l'adhésion qu'ils avaient

donnée i» la coniluite du gouvernement et proclamèrent hautement leur obéissance aux règles du Saint-Siège sur les mariages mixtes. Les chanoines du chapitre de Trêves se prononcèrent dans le même sens. Un des plus vaillants défenseurs du catholicisme en Allemagne, Tabbé Binterim, curé à Dusseldorf, auteur d'un grand nombre d'ouvrages, souffrit avec joie la prison pour la même cause. Gœrres, le premier génie de l'Allemagne, publia successivement trois écrits qui furent comme l'étendard d'une croisade intellectuelle, autour duquel se rangèrent tous les hommes de bien. A mesure que les faits étaient connus, l'Europe chrétienne se mettait à vénérer, glorifier, chérir, comme des confesseurs de la foi, les deux archevêques persécutés et captifs. Le gouvernement , prussien publia des manifestes pour se disculper lui-même et rejeter la faute sur les victimes ; mais une voix plus haute et plus croyable se fit entendre, la voix de Grégoire XVI, dans des allocutions solennelles au conseil général de la chrétienté, le sacré collège. Ces allocutions, publiées dans toutes les langues, étaient accompagnées de documents authentiques, desquels tout le monde pouvait conclure que la politique prussienne n'était qu'un tissu de ruses, de mensonges et de violences. Enfin des voix courageuses se firent entendre et demandèrent hautement justice ; un mouvement populaire était à craindre , et les évêques emprisonnés furent rendus à la liberté. [RohThdLchev, Hist. univers, de VÉglïse catholique.

C'est ainsi que Dieu sait tirer le bien du mal et changer les persécutionsde l'Eglise en autant de victoires qu'elle remporte sur ses ennemis.

Xir INSTRUCTION.

Iles fiançailles. — Dispositions à la rëeeption du sacrement de Iflariage.

Quis ex vobis volens turrim œdifîcare, non prius sedens computat sumptus qui necessarii sint, si habent ad perficiendum ?

Quel est celui d'entre vous qui, voulant bâiir une tour, ne s'asseoit d'abord et ne calcule quelle en sera la dépense, atiu de voir s'il aura pour la terminer?

(Luc, XIV, 28.)

Pour engager ses auditeurs à examiner sérieusement s'ils se sentent la force de renoncer à tout pour le suivre, notre divin Sauveur leur fait cette comparaison et leur dit : « Quel est celui d'entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne s'asseoit d'abord et ne calcule quelle en sera la dépense, afin de voir s'il aura pour la terminer? » Il ajoute : ^ De peur qu'après avoir posé le fondement il ne puisse achever l'édifice, et que tous ceux qui le verront ne commencent à se moquer de lui en disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n'a pu terminer l'édifice. )) Il me semble, mes frères, que nous devons faire la même recommandation à celui qui se propose d'embrasser l'état du mariage.

Et d'abord il doit examiner quelle est sa vocation;,

c'est-tà-dire dans quel cHat Dieu l'appelle pour le servir et arriver ainsi à la vie éternelle. Car Dieu seul connaît notre capacité et notre aptitude, cl c'est à lui seul qu'il appartient de distribuer les services et les emplois. Or, mes frères, trois routes se présentent devant nous, et il faut savoir quelle est celle que nous devons suivre : l'état du mariage, la vie religieuse, ou l'état célibataire dans le monde. N'oubliez pas que votre bonheur dépend de votre fidélité à répondre à votre vocation. Si Dieu vous veut dans l'état du mariage, c'est là que vous serez heureux et que vous pourrez plus facilement faire votre salut. Si, au contraire, il vous appelle à la vie religieuse, il faut lui obéir; autrement vous seriez malheureux dans le monde, quand même vous vivriez au sein des richesses ou que vous arri* veriez au faîte des honneurs. Si Dieu veut que, tout en restant dans le monde, vous n'ayez pas de famille, mais que vous soyez le père ou la mère des enfants abandonnés, c'est là que vous opérerez le bien, que vous serez heureux, parce que vous ferez la volonté de Dieu.

Mais vous avez consulté Dieu, et vous avez tous les motifs de croire qu'il vous appelle à le servir dans l'état du mariage ; il faut examiner encore et chercher quelle est la personne qu'il vous destine. Car c'est du choix que vous allez faire que dépend votre bonheur ou malheur temporel, et je pourrais dire votre bonheur ou malheur éternel. La femme que vous prendrez exercera sur vous un immense pouvoir ou pour le mal ou pour le bien. Ecoutez

donc la voix de Dieu même : « L'homme, dit l'Esprit saint, n'est méchant que par la femme (1). — Le vin et les femmes ont fait apostasier les hommes les plus sages (2). — Il est moins dangereux de se trouver avec un lion ou avec un dragon dans la même grotte que d'habiter avec une méchante femme dans la même maison. Habiter avec une telle femme, c'est tenir un scorpion dans sa main (3). — Le péché a commencé par la femme, et c'est par la femme que nous mourons tous (4). » Enfin, quand Dieu permet à Satan de tenter Job, Satan lui enlève tous ses biens et ses enfants, mais il lui laisse sa femme, sachant bien, dit saint Chrysostôme, qu'elle serait avec lui pour le porter à maudire Dieu. Mais, pour être juste, il ne faut pas oubher que la femme vertueuse est aussi puissante pour le bien que la femme sans religion et sans mœurs l'est pour le mal. « C'est la bonté de la femme, dit toujours l'Esprit saint, qui fait l'homme bon, le rend heureux et double les jours de sa vie (5) — Oh ! le bel héritage que celui d'avoir une femme de bien ! c'est la plus riche récompense que l'homme puisse recevoir ici-bas pour ses actions vertueuses (6). — La femme sainte et chaste, c'est la grâce ajoutée à la grâce. Il n'y a pas de trésor comparable à la

(1) Eccl., xLn.

(2) Ibid., XXV.

(3) Ibid.

(4) Ibid.

(o) Ibid., XXVI.

(6) Ibid.

ohasteté de son ame(l). — La beaiilc do la femme (le bien réjouit et embellit sa maison, comme le soleil levant rt^jouit et embellit l'univers. C'est une lampe posée sur un saint chandelier et rayonnant de sainteté autour d'elle. — De même que les fondements d'un édifice assis sur un terrain solide sont éternels, de même les commandements de Dieu, dans le cœur d'une sainte femme, sont inébranlables. — L'épouse diligente est la couronne de son époux, comme l'épouse qui fait de honteuses actions est la pourriture dans ses os (2). — La femme sage bàlit de rien sa maison , mais la femme insensée détruit de ses mains celle qui existe (3). »

Tous ces témoignages vous prouvent, mes frères, que le choix d'une épouse n'est pas une affaire indifférente, mais une chose de la plus haute importance, à laquelle on doit donner toute son attention. C'est dans ce but que nos ancêtres avaient soin de faire bénir leurs fiançailles quarante jours avant la célébration du mariage, pour rappeler le souvenir des quarante siècles qui se sont écoulés depuis les fiançailles du Fils de Dieu jusqu'à son mariage avec la nature humaine. Le but des fiançailles était de ne rien précipiter, mais de redoubler de soins et de réflexions pour agir avec sagesse, et d'implorer les lumières d'en haut pour bien connaître la volonté de Dieu.

On appelle fiançailles une convention par laquelle

(1) Eccl., XXVI.

(2) Prov.j XII.

(3) Ibid., XVIII.

un homme et une femme se promettent réciproquement de s'épouser un jour. Mais, pour juger si la promesse est un contrat, il faut qu'il paraisse clairement, par les termes et par la manière dont on s'exprime, eu égard surtout aux circonstances, que celui qui promet a l'intention de s'obliger, de sorte que la personne à qui l'on fait la promesse puisse prudemment y compter comme sur un engagement ; sans cela ce ne serait plus qu'un simple projet, une proposition ou une résolution qui ne renferme aucune obligation rigoureuse. Cette promesse, comme tout contrat, doit être sincère, extérieure et réciproque.

Il est nécessaire également que les personnes contractantes soient libres et capables de comprendre l'importance de leurs actions. C'est pourquoi les fiançailles des enfants de famille ne sont valides qu'autant qu'elles sont ratifiées par les parents. Les personnes mariées ne peuvent en aucune manière promettre d'épouser, même des personnes libres, après la mort de leur conjoint; ces sortes de promesses sont immorales et contraires à toutes les lois divines et humaines. Toute erreur sur le motif déterminant, toute violence ou toute crainte injuste et assez grave pour faire impression sur une personne raisonnable, eu égard à son âge, à son sexe et à sa condition, annule les fiançailles, parce qu'elles demandent de l'une et de l'autre partie un consentement pleinement volontaire et parfaitement libre.

Les fiançailles solennelles ou privées, ecclésias-

liqiics ou civiles, publiques ou secrètes, validcmenl contractées, obligent sous peine de péché mortel. Les parties doivent exécuter leurs promesses au Icmps fixé, ou, s'il n'a pas été déterminé, à la première demande que l'une fait à l'autre, si toutefois il n'y a pas de raison légitime pour différer l'exécution.

Les fiançailles validement contractées peuvent ôtre dissoutes; car, lorsque deux personnes se promettent de se marier ensemble, elles n'ont l'intention de s'engager qu'à condition qu'il ne surviendra rien qui les empêche de tenir la parole qu'elles se sont donnée. Aussi y a-t-il plusieurs causes qui dispensent les fiancés de l'obligation d'exécuter leurs promesses.

1 ° Les fiançailles sont dissoutes par le consentement libre des deux parties, comme tout contrat humain.

2° Quand un des deux fiancés embrasse la vie refigieuse ou reçoit les Ordres sacrés, l'autre est dégagé de sa promesse et peut se marier ou prendre des engagements avec une autre personne, même avant que son fiancé ait fait les vœux ou reçu les Ordres, tandis que celui-ci n'est dégagé de sa parole que par la profession ou l'ordination.

3° Si une des parties contracte mariage avec une autre personne que sa fiancée, elle pèche mortellement ; mais son mariage étant valide, elle ne peut, du vivant de son conjoint, contracter le mariage qu'elle avait promis. L'autre partie est fibre.

4° Si, depuis les fiançailles, il est survenu uii empêchement dont on ne puisse pas dispenser;

mais si l'empêcheinent provenait de la faute d'un des fiancés, il serait tenu, si l'autre l'exigeait, d'en demander dispense à ses frais , et ce dernier serait libre.

5° Quand l'un des fiancés diffère sans raison l'exécution de sa promesse au delà du temps qui a été fixé, ou s'il a quitté le pays sans en rien dire, ou s'il est absent depuis longtemps sans avoir donné de ses nouvelles, l'autre est libre de retirer sa promesse.

6° Si l'un des fiancés a eu des relations criminelles avec une autre personne, le fiancé innocent a droit de rompre son engagement.

7° Enfin tout changement notable survenu dans le corps, dans l'esprit, dans les mœurs, dans la fortune de l'un des fiancés suffit pour opérer la résiliation des promesses du mariage. Quand il s'agit d'un engagement qui dure toute la vie, une personne ne s'engage ou est censée ne s'engager que sous la condition qu'il n'arrivera pas de changement considérable en ce qui concerne la personne à qui l'on fait une promesse, de manière que quand elle peut dire : Si ce changement eût existé, ou si j'avais connu telle circonstance, je n'aurais pas donné ma parole, c'est un motif suffisant pour la retirer.

D'après les lois de la justice, le vendeur doit faire connaître à l'acheteur les défauts de sa marchandise, assez graves pour juger que l'acheteur n'en voudrait pas s'il les connaissait. A plus forte raison un fiancé doit-il faire connaître à sa fiancée,

el réciproquement, ses dcfauls ou ses vices, s'ils sont de nature à déterminer une personne raisonnable à ne pas accepter une promesse de mariage dans cette circonstance. Cependant il n'est pas obligé de révéler des fautes secrètes qui ne peuvent nuire à l'autre partie, ni troubler l'union des ép^oux dans le cas où elles viendraient à être connues. Toutefois on ne doit ni rien dire ni rien faire qui puisse induire en erreur la partie intéressée, et lorsqu'on est interrogé par celle-ci ou par ses parents, on doit répondre selon la vérité.

Est-ce ainsi, mes frères, que vous vous conduisez quand il s'agit de l'acte si important du mariage? Vous voulez établir un de vos enfants : c'est un modèle accompli de toutes les vertus ; c'est un jeune homme de bonne mine, intelligent, actif, laborieux, qui ne peut que rendre une épouse très-heureuse ; c'est une jeune fille qui ne manque ni de grâces ni d'agréments, qui est remplie d'esprit et qui fera certainement le bonheur de son époux. Vous savez si bien présenter les choses que les défauts et les vices deviennent des qualités et des vertus. Puis vous vous étonnez qu'après six mois ou un an, de jeunes époux ne peuvent plus se supporter, se haïssent mortellement et demandent à se séparer. La providence de Dieu vous fait expier, dans la personne de vos enfants, vos mensonges et vos injustices.

Nos aïeux, si robustes dans la foi, pensaient et agissaient autrement. Ils se gardaient bien de conclure avec précipitation une affaire aussi grave. Bien différents des païens de nos jours, pour qui le ma-

riage n'est plus qu'une société commerciale dont chacune des deux parties ne veut donner que le moins possible et retirer cependant la plus grande part des bénéfices, ils mûrissaient longtemps leurs projets d'alliance. Ils se souvenaient de ces belles paroles de TertuUien : « Quand vous voulez acheter une maison , un esclave , vous ne vous en rapportez point à la parole du vendeur ; vous prenez des informations près de ceux à qui ils ont appartenu ; vous en examinez scrupuleusement les qualités et les défauts. Un mariage à contracter ne mérite-t-il pas qu'on y apporte autant et plus encore de précautions? Cette maison, si die ne vous convient plus, vous pouvez la revendre; cet esclave, si vous venez à lui reconnaître des défauts, vous avez le droit de le rendre; mais cette femme dont vous avez fait votre épouse, il faut la garder. Avant de vous unir à elle, consultez les lois civiles et surtout les lois de la religion ; car c'est d'après ces dernières, et non d'après les autres, que vous serez jugés au dernier des jours (1).

« Vous voulez vous marier ? Auparavant allez trouver l'oracle; consultez le code que Paul nous a laissé sur la législation du mariage, sur les qualités de l'épouse. S'il vous dit que, dans le cas où vous reconnaîtriez en celle que vous vous destinez quelque vice notable, il vous sera permis de la répudier, à la bonne heure, épousez-la; mais s'il vous ordonne de la garder toujours, excepté le cas d'infidélité, ré- Ci) TertuUien, ad Natwn.y lib. I , n" 4,

signez-vous à supporter ce dont vous menace sa méchante humeur. Si le joug vous paraît au dessus de vos forces, appliquez-vous donc à bien choisir pour épouse une femme dont les principes et les habitudes vous garantissent les mœurs et le caractère, sans quoi vous vous placez dans ralternative inévitable, ou de subir un supplice de tous les jours, ou de vous rendre coupable d'infidélité en voulant vous aflranchir. Avec cette précaution vous évitez l'un et l'autre de ces inconvénients ; vous vous attachez une femme digne de toute votre affection (1). »

Ce n'était pas assez d'apporter la plus sérieuse attention à l'acte si important qui constitue la famille ; les chrétiens étaient encore prévenus de ne point se laisser maîtriser par l'intérêt et l'égoïsme.

« Le mariage, leur disait encore saint Chrysostôme , est un des mystères les plus propres , par le caractère sublime qui lui appartient, à retracer l'alliance de Jésus-Christ avec son Eglise. La conséquence qui en découle, c'est qu'il ne doit pas être contracté légèrement et par intérêt. ( Jésus- Christ n'a pas épousé l'Eglise pour s'enrichir ,> mais pour l'enrichir elle-même. ) Non, le mariage n'est pas un marché, c'est l'union de toute la vie. Rien de plus commun que d'entendre dire parmi les païens : Tel a fait un mariage qui l'a enrichi tout à coup. Il n'avait pris une femme que pour avoir de

(1) Saint Chrysostôme, laus Maximi et quales ducendœ int uxores.

Targent. Quellangagel Malheur à celui qui n'épouse que pour avoir de l'argent! Combien d'hommes riches mariés à des femmes opulentes ont perdu leur repos en augmentant leur fortune 1 Combien de pauvres mariés à des filles pauvres coulent des jours tranquilles et heureux ! Ce n'est donc pas la richesse qu'il faut considérer dans le mariage, c'est la vertu, c'est l'honnêteté, c'est l'économie. Avec ces quaUtés, une femme même pauvre vous rendra heureux. La pauvreté la gâtera moins que la richesse. Si elle ne les a point, ces qualités, vouseûtelle apporté la plus riche dot, plus de paix, plus de bonheur ; c'est une tempête qui ravage et dissipe tout en un moment.

« Vous ne prenez point une femme pour amener avec elle dans votre maison les querelles, une guerre domestique, des dissensions sans fin qui vous rendent à tous deux la vie insupportable ; c'est au contraire pour trouver en elle un appui, des consolations qui vous aident à supporter vos peines, une amie qui charme vos ennuis par la douceur de ses entretiens et vous empêche d'offenser Dieu. Une épouse vertueuse peut seule vous apporter ces avantages. La beauté sans la vertu ne captivera pas longtemps votre cœur ; elle vous a passionné ua moment, les défauts percent, et la passion s'évanouit. Les amitiés solides sont celles dont la vertu est le hen ; le temps ne fait que les accroître. Flammes innocentes autant que vives, elles consument tout ce qui sort du cercle des plaisirs légitimes ;. la pensée même des voluptés coupables ne vient point

nétrir l'iime dos époux vertueux, cl, toujours en garde sur la chasteté conjugale, ils mérilenl que les bénédictions du ciel se répandent sur leurs personnes et sur leurs maisons (1). »

u C'est ainsi que les patriarches se mariaient. Ils cherchaient la noblesse des sentiments et non la richesse de la dot. Abraham envoie le plus ancien, le plus sage de ses serviteurs, Eliézer, chercher une femme choisie, non pour sa beauté et pour ses richesses, mais pour sa vertu. Vous n'entendez pas Eliézer répondre à son maître : Pourquoi si loin? il en est tout près de nous dont on vante la noblesse, l'illustration, l'opulence et les agréments.. A quoi bon un voyage si hasardeux dans un pays où je ne connais personne, où je ne saurai pas môme à qui m'adresser ? Eliézer exécute l'ordre qu'il a reçu. S'abandonnant à la conduite du Seigneur, il ne dit point : Celle que je verrai portée sur un char, environnée d'un nombreux domestique, belle, jeune, brillante, sera l'épouse d'Isaac; non, ce sera celle à qui je dirai : Baissez, je vous prie, votre cruche, afin que je boive. Si elle me donne à boire , il sera certain qu'elle ne regardera comme au dessous d'elle aucun des devoirs domestiques , qu'elle apportera dans la maison de son époux les mêmes mœurs qui s'y trouvent établies. Le vœu du fidèle domestique s'accomplit. A peine a-t-il fait sa prière au Seigneur, qu'il voit paraître une jeune

(1) Saint Chrysostôme^ Laus Maximi et quales ducendœ sint uxores.

fille très-agréable, vierge, parfaitement belle et distinguée par une vertu sans tache (1), »

A ces graves considérations nous ajouterons encore : Dans le choix d'une épouse, ne cherchez pas celle des jeunes personnes qui sait tourner le mieux un compUment, qui excelledans lamusique, le dessin, la poésie, qui se présente avec le plus de grâce dans un salon, ou dont les vêtements sont resplendissants par leur élégance et leur richesse; soyez convaincus qu'une telle femme amènera au foyer domestique l'amour du luxe et des plaisirs, l'oisiveté, l'ennui, et partant les chagrins, les déceptions, les tortures morales et la ruine de la maison. Cherchez avant tout celle qui se distingue par la simplicité de ses goûts et de ses mœurs, par la modestie de ses regards et de ses vêtements, par son amour du travail ; celle enfin qui vous parait la plus habile pour raccommoder les vieux linges et les^ vieux habits, pour tenir un ménage avec ordre, soin et propreté.

Si les jeunes chrétiens étaient bien dirigés dan.» le choix de leurs épouses, les femmes chrétiennes ne recevaient pas des conseils moins utiles, des règles moins sûres. Pour rien au monde elles n'auraient voulu unir leur sort à un homme sans rehgion. Tertullien leur avait dit : « L'épouse fidèle est tenue d'obéir à la loi de Dieu ; attachée à un époux qui ne la respecte pas, comment pourrait-elle servir en même temps Dieu et son époux? Par dé-

(1) Mgr Gaume, Histoire de la Société domestique.

férence pour celui-ci, il faudra donc qu'elle suive les coutumes profanes, qu'elle consente à des parures et à toutes les vanités mondaines, qu'elle se rende l'esclave de ses honteuses passions, que pour lui plaire elle souille la sainteté du lit nuptial ? Où trouvera-t-elle le loisir de vaquer aux exercices de la piété chrétienne, asservie aux volontés d'un maître qui la trfiîne où il veut? Ira-t-elle, avec sa permission, assister les frères, visiter et parcourir les réduits de l'indigence, s'arracher dans la nuit à ses côtés pour aller prendre part à la célébration de la pâque, participer soit à la table du Seigneur, soit à nos agapes fraternelles que le païen ne connaît que pour les calomnier? Quel mari païen y consentirait? « En est-il qui permit à sa femme de descendre dans les cachots pour y baiser les chaînes de nos saints confesseurs, leur laver les pieds, donner et recevoir le baiser de paix, remplir tous les devoirs de l'hospitalité envers les étrangers, toutes les obligations qui nous exposent à la haine des infidèles? La voilà donc réduite à la dangereuse alternative, ou de violer sa foi en la dissimulant, ou de troubler la paix domestique en excitant les soupçons et les persécutions de son époux. Eh ! le moyen de cacher à sa sévérité les signes de croix que vous imprimez sur votre corps et sur votre lit? Comment dérobera sa vue ce que vous prenez avant toute nourriture?, Combien de ces épouses infortunées n'ont reconnu le malheur de leur imprévoyance que par le sacrifice de leur repos ou la perte de leur foi (1)1 »

(1) Saint Chrysostôme.

Ecoutez donc, filles chrétiennes, ces enseignements des saints docteurs de l'Eglise; n'acceptez jamais la main du jeune homme qui n'a aucun sentiment religieux, qui se moque de l'Eglise et de ses ministres, ou qui tourne en dérision les pratiques de la piété chrétienne; car sa volonté se trouvera presque toujours en opposition avec la volonté de Dieu, et pour lui plaire il vous faudra fouler aux pieds la loi de Dieu, ou, si vous voulez rester fidèles à Dieu, il vous faudra subir une persécution de chaque jour , un martyre qui durera autant que votre vie. Repoussez celui qui ne vous paraît qu'indifférent; s'il ne comprend pas que l'Eglise est divinement établie, et que tout fidèle lui doit respect, soumission et obéissance, il faut qu'il manque d'inteUigence et de bon sens , il ne saurait vous convenir, il parlera et agira au rebours de la saine raison. Mais s'il comprend que le christianisme est divin, que la parole de l'Eglise cathohque est la parole même de Dieu, et si, malgré ses convictions, il est indifférent, il viole avec connaissance de cause les engagements qu'il a contractés envers Dieu ; pouvez- vous alors compter sur les promesses qu'il vous fera? Non, non, c'est impossible, c'-est contraire à toutes les lois de la logique ; attendez-vous à des infidélités, à des mécomptes, à une indifférence froide et sans entrailles ; il n'aura jamais pour vous ni sentiment, ni affection, ni dévouement; vous ne serez pour lui que ce qu'était la femme pour les païens, un instrument pour satisfaire ses instincts brutaux, une esclave, et la plus malheureuse des esclaves.

Nous avons résolu une question qui vous intéresse tous au plus haut degré : Pourquoi trouvcl-on des mariages qui ne sont pas heureux ? La réponse mérite, ee me semhle, toute votre attention; elle n'est pas de moi, mais de votre premier pasteur, qui vous dit : Les malheurs des personnes mariées viennent souvent de ce qu elles n'ont pas apporté au sacrement de Mariage les dispositions nécessaires. Mais en quoi consistent ces dispositions? Elles consistent 1° dans l'observation complète des lois de l'Eglise concernant le mariage, lois que nous vous avons expliquées jusqu'ici ; 2° dans le choix que vous devez faire de la personne qui doit vous être unie, et pour être heureux dans ce choix, évitez la précipitation, ne cherchez jamais les richesses, mais bien la religion, la vertu, une piété solide et éclairée ; 3° dans l'exercice de la prière et la pratique des bonnes œuvres comme moyen de toucher le cœur de Dieu et de le disposer en votre faveur ; 4° enfin dans l'état de grâce , et pour cela, faites une bonne confession de tous vos péchés, recevez-en l'absolution, et approchez-vous* de la table sainte la veille ou l'avant-veille du mariage.

N'oubliez jamais ces recommandations, mes frères, et faites en sorte que vos enfants les mettent en pratique quand il s'agira de recevoir le grand sacrement. La foi chrétienne que vous professez, 1 intérêt de vos enfants et de vos familles, votre propre intérêt et votre tranquillité dans ce monde vous en font une obligation rigoureuse. Je vous en sup-

plie, mes frères, au nom de tout ce que vous avez de plus cher, au nom du Seigneur, le maître du ciel et de la terre, au nom de Jésus-Christ qui a tant souffert pour nous, au nom de vos enfants que vous aimez souvent jusqu'à la faiblesse, remplissez cette obligation avec la plus grande fidélité, et Dieu vous bénira, vous et vos familles. Amen.

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