SAINTE MÉLANIE LA JEUNE
Un des plus beaux exemples de vertu dans une femme que nous fournisse l'antiquité, c'est sainte Mélanie la Jeune, petite-fille de sainte Mélanie Majeure. Dès son enfance elle désira ardemment de demeurer vierge ; mais Dieu en disposa autrement pour la plus grande édification du monde et pour le plus grand bien de l'Eglise. A l'âge de treize ans, elle fut, à son grand regret, mariée à Pinian, fils de Sévère, préfet de Rome, descendant de Valérius Publicola, et le plus noble et le plus riche personnage de l'empire ; mais au bout de deux ans elle en fit un véritable saint. Ayant eu deux fils et les ayant perdus tous les deux dans leur enfance, elle dit à son époux : « Si Dieu avait voulu que nous vécussions dans le monde, il ne nous aurait pas enlevé nos enfants. En nous privant de ce que nous avions de plus cher sur cette terre, il nous a fait assez entendre qu'il veut que nous nous consacrions à lui et ne vivions que pour lui. » C'est ainsi qu'elle obtint que son jeune époux vécût dans la continence, afin de pouvoir se livrer plus facilement à l'exercice de la prière et au soulagement des pauvres. Les voilà donc ces jeunes et nobles époux, après s'être consacrés à Dieu par le vœu de chasteté, vivant toujours ensemble d'une vie angélique^ comme frère et sœur, et devenus tous les deux de véritables apôtres de la religion et de la charité.
Ils commencèrent par affranchir huit mille esclaves qui leur
appartenaient, et ceux qui ne voulurent pas accepter leur liberté furent donnés aux frères de Mélanie, à la condition de les traiter comme des hommes libres et comme des enfants. Us vendirent les biens immenses qu'ils possédaient en Fspagne et dans la Gaule, ne se réservant que ceux qu'ils avaient en Italie, en Sicile et en Afrique, et ils en distribuèrent le produit aux pauvres. Ce qu'ils avaient de plus précieux fut destiné au service des églises et dos autels. Ils quittèrent la ville, et s'étant retirés à la campagne, ils passaient leur temps à prier, à lire l'Ecriture sainte, à visiter les malades, à consoler les pauvres, à transcrire, à l'exemple des moines, les écrits des Pères de l'Eglise grecs et latins, et à les répandre dans l'Eglise. Après la mort de son époux, Mélanie, ainsi que les autres saintes femmes qu'elle s'était associées pour celte bonne œuvre, fit de cela son occupation et ses délices.
Les Barbares ayant ravagé l'Italie, ces saints époux se défirent des biens qu'ils y possédaient encore, passèrent en Afrique pour y secourir les malheureux qui s'y réfugiaient de toutes parts, et habitèrent Tagaste, sous la conduite de saint AHpius, le grand ami de saint Augustin qui en était l'évêque. Saint Augustin, ayant appris leur arrivée, voulut les voir; ils se rendirent à Hippone, et y furent reçus comme des anges. Le peuple s'inclinait avec un religieux respect sur leur passage, et demandait à grands cris que Pinian fût ordonné prêtre, afin qu'un jour il pût l'avoir pour évêque. Saint Augustin lui-même fut extrêmement touché de leur humilité et de leur dévotion; il fut heureux de les avoir connus, et les traita comme des saints. Us demeurèrent sept ans à Tagaste, pratiquèrent toutes les vertus, et secoururent tous les malheureux. Ils ne gardaient presque rien pour leur usage. Une hum.ble chambre était tout leur hôtel ; du pain et des herbes, toute leur nourriture; des vêtements très-modestes, tout leur habillement. On n'avait jamais vu tant de noblesse unie à tant de détachement du monde et à tant d'humilité; mais se traitant eux-mêmes comme s'ils étaient des pauvres, ils étaient toujours riches pour les autres. Ils parcoururent encore l'Italie, l'Espagne, l'Afrique, la Palestine^ l'Asie Mi-
ncure, fondant partout des couvents pour les deux sexes, érigeant des tamples au Seigneur, assistant tous les malheureux; leurs immenses richesses et leur position à la cour impériale leur permettaient de pratiquer la vertu sur une aussi grande é-chelle. On peut dire sans exagération que ce couple d'anges terrestres a, pendant de longues années, soulagé, nourri tous les pauvres du monde chrétien. Ils faisaient arriver par d'autres moyens leurs aumônes là où ils ne pouvaient les apporter eux-mêmes.
Ayant perdu son époux, qu'elle avait changé en ange lutélaire de sa pudeur, et qui ne la quittait jamais, Mélanie n'en continua pas moins ses expéditions dans Tintérêt de la foi et du malheur. Elle brava tous les dangers par terre et par mer. En se rendant en Afrique, elle fit naufrage sur les côtes de la Sicile, et pensa que c^'était Dieu qui l'avait amenée dans cette île pour y faire du bien. En effet, comme des Barbares idolâtres avaient fait esclaves des milliers de chrétiens, Mélanie les racheta tous, etlesrendità l'Eglise et àla liberté.
Première dame d'honneur de l'impératrice, qui Taimait comme une sœur et la vénérait comme une sainte, elle no se servit de cette position, que sa noblesse et ses vertus lui avaient faite à la cour, que pour plaider la cause de la religion et de l'infortune, et, plaidée par un tel avocat, cette cause triomphait toujours, ce qui la faisait regarder comme la protection de l'Eglise et le génie bienfaisant du pauvre. Aussi sa mort fut-elle considérée comme une vraie calamité pour l'Eglise et pour les pauvres. Tous les évêques et tous les prêtres de la Palestine se réunirent pour célébrer ses funérailles, qui eurent lieu à Jérusalem. Toute la chrétienté en fut dans le deuil; on aurait dit l'Eglise pleurant sa mère.
Mélanie était aussi savante dans la science du christianisme qu'elle était charitable, et, par ses disputes contre les nestoriens, elle eut le bonheur d'en convertir un grand nombre et d'effrayer les autres. Pelage essaya de l'entraîner dans son hérésie ; mais Mélanie le confondit, et l'aurait certainement converti, si un hérésiarque, qui est pétri d'orgueil, pouvait l'être.
Voliision, [iréret de Rome, était philosoplio païen, et trèszèlé pour les doctrines et les rites du paganisme. Sa mère, excellente chrétienne, le recommanda h saint Augustin, qui lui écrivit ses Lettres à Yolusïen, chefs-d'œu\Te dans lesquels il a exposé, de la manière la plus lumineuse et la plus entraînante, la vérité et l'excellence de la foi chrétienne. Volusien étiiit ébranlé, mais il ne se convertit pas. Etant tombé malade à Gonstantinople, il fit avertir sainte Mélanie, qui était à Jérusalem, de venir le soigner. Elle s'y rendit aussitôt, et sut si bien lui démontrer le vide de la philosophie, la vanité ■des idoles et la vérité du christianisme, qu'il ouvrit les yeux fi la lumière et se fit chrétien. Quelle magnifique conquête! (P. Ventura, la Femme catholique.)
Ces deux époux peuvent donc servir de modèles soit pour se préparer au sacrement de Mariage, soit pour vivre saintement dans cet état.
Xlir INSTRUCTION.
Prëeautions a prendre pour faire un bon mariage.
Domus et dîvitiœ dantur a parentibus , a Domino autem proprie tixor prudens.
Ce sont les parents qui donnent la maison et les richesses, mais c'est le Seigneur qui donne la femme prudente.
(Prov., XIX, H.)
Avant de vous engager dans l'état de mariage, il faut d'abord, comme nous vous l'avons dit, consulter Dieu sur votre vocation et obtenir de lui la grâce toute particulière de savoir si vous êtes réellement appelés à vivre dans ce saint état, ou bien à lui préférer l'état célibataire, qui est beaucoup plus parfait, soit que vous embrassiez la vie religieuse, soit que vous restiez au milieu du monde pour Tédifier par l'exemple de la piété et de la charité chrétiennes. Mais du moment que vous avez reconnu que Dieu veut vous sanctifier dans l'état de mariage, vous devez encore recourir à lui et le prier avec ferveur de vous éclairer sur le choix de la personne qu'il vous destine. Car lui seul fait les mariages; c'est à lui que vous devez vous adresser
pour connaître ses desseins sur vous. Il laisse à vos parents le soin de vous bâtir des maisons et de vous amasser des riehesses; mais il se réserve de vous donner une épouse remplie de sagesse et de prudence : c'est à vous de la mériter par des prières humbles et ferventes, par une conduite sincèrement chrétienne. Une aussi grande faveur ne s'accorde qu'à une vertu solide et persévérante. Une épouse vertueuse est la récompense réservée à l'homme de bien : Mulier bona dabitur viro pro factis bonis. (Eccli., xxxvi, 26.) Et pensez-vous, mes frères, que ces jeunes gens qui ne songent qu'à se divertir, qui fuient le travail, abandonnent la prière et les sacrements, se livrent sans aucune retenue à toute la fougue de leurs passions, peuvent espérer un aussi grand bienfait? Pensez-vous que ces jeunes personnes si légères et si volages, remplies de vanité et d'orgueil, qui n'ont d'autre occupation que celle de la parure et des vains amusements, quand elles n'oublient pas tout à fait les lois de la pudeur et de la modestie, pensez-vous qu'elles méritent un époux chrétien, le plus beau présent du ciel? Ah! que les uns et les autres n'aient donc rien plus à cœur qu'à conserver précieusement l'innocence et la pureté des mœurs et à s'exercer dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes : voilà le véritable secret d'attirer sur eux les bénédictions célestes.
Mais pour faire sagement votre choix, il faut vous conduire d'après les principes de la foi chrétienne. Or, que vous enseigne la foi? Elle vous apprend
1"" que vous devez vous défier de vous-mêmes et prendre conseil de quelque personne chrétienne capable de vous donner un avis sage et désintéressé. Mais ne l'avez-vous pas près de vous, cette personne qui vous aime et qui ne désire que de vous voir heureux? Et qui donc pourrait mieux vous conseiller que votre père ou votre mère? Dieu ne leur fait-il pas un devoir rigoureux de veiller sur vous, de vous diriger par leurs sages avis, surtout dans les circonstances les plus importantes de votre vie? N'est-ce pas par amour pour vous qu'ils travaillent, qu'ils veillent, qu'ils s'imposent les plus énormes sacrifices? N'est-ce pas par amour pour vous qu'ils supportent tant de fatigues, et qu'ils abrègent même leurs jours, afin, disent-ils, que vous n'ayez pas autant à souffrir qu'eux-mêmes? Votre propre intérêt, la religion et la saine raison vous obligent donc à ne rien conclure, quand il s'agit de vous établir, sans l'assentiment de vos parents bien-aimés.
Si vos parents ne sont pas chrétiens, ou s'ils ne se laissent diriger que par les intérêts de la terre, défiez-vous de leurs conseils, et consultez un sage directeur qui sache subordonner la terre au ciel. Cependant, sous prétexte qu'ils se trompent, gardez-vous bien de résister aux sages avertissements qu'ils vous donnent et de contracter mariage sans leur consentement ou contre leur opposition, à moms qu'il ne soit bien notoire que leur résistance n'est pas légitime. Les mariages contractés sans la volonté ou contre la volonté des parents compromet-
— 2t3 — lent la paix et la tranquillité des familles, el deviennent la source des regrets les plus amers. Vus parents ont des connaissances que vous n'avez pas ; leur affection pour vous est une preuve certaine que vos intérêts ne seront point sacrifiés, et leur jugement ne sera pas dicté par la passion qui vous aveugle peut-être vous-mêmes.
2° La foi chrétienne vous fait encore un devoir de chercher avant tout, dans la personne que vous désirez épouser, les qualités de l'esprit et du cœur, une éducation vraiment chrétienne, l'amour du travail, l'esprit d'ordre, l'accomplissement de tous les devoirs religieux. Ce sont les seuls biens solides et durables, les seuls qui font les mariages heureux. Auriez-vous une fortune colossale, entreriez-vous dans une famille de haute naissance, et votre épouse serait-elle douée de tous les charmes que la nature peut répandre sur elle, si elle n'est pas sincèrement chrétienne, si elle n'a pas cet esprit d'abnégation et de dévouement que la foi seule peut inspirer, vous ne serez pas heureux. La fortune ! mais, vous ne le savez que trop, elle est presque toujours accompagnée d'un orgueil ou d'un amourpropre qui sont sans bornes, de prétentions excessives qu'il est impossible de satisfaire, de l'amour du luxe et des plaisirs qui ruine les familles. La fortune! mais c'est un édifice de cristal que le moindre choc peut réduire en poussière; n'avonsnous pas vu les fortunes qui paraissaient les plus brillantes et les plus solides se fondre aussi rapidement que la rosée du matin sous les rayons ar-
dents du soleil? Viennent les spéculations aventureuses, les jeux de bourse et autres, les malheurs et les révolutions, et dans l'espace d'une nuit tout est perdu.
La beauté, avantage éphémère, fugitif, cache bien souvent une laideur morale dont rien n'approche. La jeune fille qui la possède dans une certaine mesure n'est que trop souvent idolâtre d'ellemême, comme elle a toujours été l'idole de ses parents. Remplie de son mérite, elle est exclusivement occupée de tout ce qui peut rehausser l'éclat de sa gloire, et ne songe nullement à acquérir les vertus qu'elle doit pratiquer toute sa vie. Critiquant tout le monde, il faut que tout le monde reconnaisse sa supériorité, se prosterne à ses pieds pour lui offrir son encens. Mais, mes frères, vous n'ignorez pas que l'oiseau qui aime à étaler devant vous son plumage tout couvert de pierreries, ne fait entendre que des cris perçants et douloureux; tandis que le rossignol, qui nous charme par l'harmonie de ses chants, cache tout son mérite sous l'extérieur le plus modeste. Certaines fleurs vous ravissent par la beauté et la variété de leurs couleurs; mais elles n'ont aucun parfum, et quelquefois même elles répandent une odeur qui suffoque et qui tue. Les plus beaux arbres ne sont pas ceux qui produisent les meilleurs fruits. Par toutes ces images, Dieu a voulu nous rappeler sans cesse que tout ce qui brille n'est pas or.
Ne vous laissez donc pas séduire par une beauté vaine, qu'un accident ou une maladie fera dispa-
raitro bien vite, qui, après vous avoir passionnés pour un nioinent, ne sera propre qu'à vous inspirer du dégoût et peut-être une invincible répulsion. La fleur sera bientôt flétrie, et la première illusion dissipée, il ne vous restera plus qu'un caractère altier, une humeur farouche, ou une volonté passionnée pour les plaisirs et sans aucune énergie pour le bien. Vous vous apercevrez, mais trop tard, que vous avez épousé presque tous les vices, et, tandis que le monde vous adressera des félicitations sur votre bonheur, vous gémirez en secret sur la triste acquisition que vous avez faite.
Mais si vous trouvez la beauté réunie à la vertu , si les attraits extérieurs ne sont que le reflet des belles qualités de l'esprit et du cœur, oh ! sans doute, acceptez avec empressement et reconnaissance ce beau présent du ciel. Mais la beauté avec un esprit orgueilleux et vain , mais la beauté avec la passion du luxe et des plaisirs , mais la beauté avec un caractère intraitable , mais la beauté avec l'égoïsme et la paresse, repoussez-la de toutes vos forces ; l'axîcepter serait pour vous le plus grand des malheurs.
Gravez donc bien cette grande vérité dans votre esprit : Les quaUtés les plus brillantes ne sont que de véritables défauts, quelquefois même des vices, si elles n'ont pour point d'appui une vertu solide, un bon jugement et une éducation pleinement chrétienne. C'est donc la noblesse des sentiments et la beauté de l'âme qu'il faut surtout rechercher dans une femme. Faites-y donc une sérieuse attention,
parents chrétiens, et quand il s'agit de donner une épouse à votre fils, ne vous bornez pas à examiner si elle aura une riche dot et si la nature a été prodigue de ses dons envers elle ; mais voyez si c'est une personne pieuse, modeste, simple, réservée, aimant le travail, l'ordre et la propreté, en un mot si elle possède au moins les plus essentielles des qualités que le Saint-Esprit attribue à la femme forte.
S'il s'agit de choisir un époux à votre fille, vous vous informez de ses richesses et de ses espérances; vous voulez qu'il soitbien de sa personne, qu'il ait un emploi lucratif et qu'il appartienne à une famille honorable. La religion ne condamne pas cet examen, et la prudence même vous le conseille; mais pourquoi vos investigations ne s'étendent-elles pas sur des objets beaucoup plus importants? Pourquoi fermez-vous si facilement l'oreille à tant de mauvais bruits qui courent sur sa conduite ? On vous dit qu'il hait le travail et qu'il aime le jeu et les divertissements ; on ajoute qu'il a eu des relations fort suspectes, peut-être criminelles, avec une certaine personne; ce ne sont pas là des propos en l'air, mais des faits connus de toute la ville ou de tout le quartier, et vous n'en voulez rien croire; ce sont, dites-vous, des propos mensongers, des calomnies atroces inventées par l'envie ou la méchanceté.
Cependant, si au fond du cœur vous convenez de la réahté de ces accusations, elles n'ont pas la gravité qu'on leur attribue ; ce ne sont, dites-vous, que des fautes bien excusables dans un jeune homme. Le temps le mûrira et le rendra plus raisonnable,
ol par là^nèinc plus moral. D'ailleurs votre fille est un modèle de vertu, elle exercera sur lui une salutaire inlluenco, jusqu'à le transformer et en faire un homme nouveau. Ces espérances se réalisent quelquefois sans doute, 'mais que de fois aussi elles ne sont que des rêves ! Que de fois l'épouse fidèle est devenue infidèle par les paroles et les exemples d'un époux libertin et sans foil
Il est arrivé assez souvent, il est vrai, que le mariage a été l'époque de la conversion d'un jeune homme; mais remarquez bien que ce jeune homme avait été élevé dans la piété et dans la pratique de ses devoirs religieux, qu'il était d'ailleurs d'un excellent caractère. Il n'est pas étonnant qu'il soit rentré en lui-même et qu'il se soit converti dans une circonstance aussi grave. Mais quand le jeune homme est d'un mauvais caractère ou qu'il a grandi dans l'ignorance et peut-être même dans la haine de la religion, gardez-vous bien d'accepter sa main pour votre fille, car il en sera le tyran et le bourreau.
La prudence chrétienne vous oblige de ne rien négliger pour obtenir des renseignements certains à l'occasion des mariages. Car si vous avez soin de prendre des informations exactes et précises quand il s'agit pour vous de l'acquisition d'un jardin, d'une maison ou de toute autre propriété, dont cependant vous pouvez vous défaire en un jour, que ne devezvous pas faire pour connaître la vérité quand il s'agit de vos intérêts les plus chers, du bonheur ou du malheur de toute votre vie ? Ne vous arrêtez donc
pas aux premières apparences, mais efforcez-vous de tout approfondir ; défiez-vous des exagérations, soit en mal, soit en bien.
3° La foi chrétienne veut encore que vous choisissiez la personne qui vous convient le mieux par la ressemblance du caractère, de l'âge, de la condition et de l'état.
Il n'est pas rare de trouver des époux malheureux uniquement parce qu'ils ont des caractères trop différents l'un de l'autre. Ils sont intelligents, raisonnables, dévoués même; tous deux ont d'excellentes qualités ; cependant il n'y a ni sympathie 11 i accord entre eux. D'autres fois c'est la différence d'âge qui les divise : les habitudes et les goûts des jeunes personnes ou des jeunes gens ne ressemblent point aux goûts de l'âge mûr ou de la vieillesse. Ne vous laissez donc pas conduire par des vues d'intérêt ou d'ambition en unissant une jeune fille à un homme qui pourrait être son père ou même son aïeul. Des mécontentements ne tarderont pas à éclater, l'indifférence et bientôt le mépris d'un côté, la jalousie et la haine de l'autre. Des inconvénients semblables seront aussi le résultat inévitable des mariages contractés entre des personnes dont les conditions sont trop distancées les unes des autres, excepté dans quelques circonstances rares où une éminente vertu rapproche les conditions.
4° Quelle fin devez-vous vous proposer en entrant dans le mariage ? La foi veut que vous considériez le mariage comme une société douce et agréable entre l'homme et la femme, formée pour se
prêter un secours mutuel, pour se consoler et se lortitier au milieu des peines et des travaux que nécessitent ou occasionnent les exigences de la société domestique. Dieu dit dès le commencement : Mi II n'est pas bon que l'homme soit seul, donnonslui une compagne qui lui vienne en aide. » Le mariage de l'auguste Mère de Dieu avec le chaste Joseph n'a pas eu d'autre but. Joseph a épousé Marie pour être son protecteur, son confident, son soutien, et Marie lui a rendu en affection et en dévouement ce qu'elle en recevait en force et en consolation.
Une seconde fin, c'est de trouver dans le mariage un remède aux passions ; car saint Paul veut expressément que ceux qui ne sont point assez forts pour garder la continence se marient. « Il vaut mieux se marier que d'être brûlé, » nous dit-il. Ces paroles seront un jour la condamnation d'un grand nombre de chrétiens qui fuient le mariage afin de donner plus de liberté à leurs passions indomptables. Ils en accepteraient volontiers les avantages, mais ils en déclinent les charges. Ils ressemblent à des serviteurs infidèles qui, au lieu de travailler pour leur maître, dissipent ses biens en vivant dans la débauche. Ils devraient donc se proposer la troisième fin du mariage, la fin la plus noble et la plus parfaite, celle de donner des citoyens vertueux à la patrie, des enfants à l'Eglise et des saints au ciel. Devenir la tige d'une nombreuse génération qui servira et bénira le Seigneur éternellement est une gloire incomparable, mais qui n'est pas appréciée
par un grand nombre de chrétiens. Avoir une nombreuse famille à élever est un lourd fardeau sans doute, mais aussi quelle sources démérites pour les parents qui n'ont reculé devant aucune difficulté afin d'inspirer cà leurs enfants l'amour des vertus chrétiennes I Quelle magnifique récompense les attend dans le ciel 1 Ah 1 s'il était donné aux hommes de créer quelques soleils pour faire éclater les perfections de Dieu, ils en seraient fiers, et quand l'exercice de leur puissance demanderait des peines et des travaux de leur part, ils les supporteraient avec bonheur et avec joie. Mais devenir père ou mère de famille, envoyer au ciel un saint, fût-il seul, est une œuvre plus grande, plus belle, plus agréable à Dieu et plus méritoire pour l'homme que de créer des millions de soleils, que de mettre au jour les livres les plus remarquables, que de remporter les plus éclatantes victoires et de conquérir de vastes royaumes. Mille fois heureux les parents chrétiens à qui Dieu a donné une nombreuse famille et en même temps la grâce de l'élever dans les principes et les vérités de la reUgion !
Mais, hélas! qu'ils sont rares aujourd'hui ! Au lieu de se proposer d'aussi nobles fins, un bon nombre n'entrent dans le mariage que par des motifs purement humains, quand ils ne sont pas criminels ; ils veulent vivre avec plus de liberté, ou amasser des richesses, eu laisser un ou deux héritiers de leur fortune. Mais Dieu, qui veut sauver les âmes, renverse tous ces projets et fait voir tous les jours combien les pensées des hommes sont charnelles et
indignes des candidats de l'éternité. Sa main s'ap^ pesantit tantôt snr une iamille et tantôt sur une autre, parce que les époux ne suivent plus que les mauvais instincts d'une nature corrompue, comme ceux dont l'ange Raphaël parlait à Tobie. Honnêtes aux yeux du monde, ils sont infâmes devant Dieu, tellement qu'ils se sont abaissés jusqu'au dessous de la brute.
5° La foi chrétienne exige que les fiancés, immédiatement avant la célébration de leur mariage, mènent une conduite irréprochable et évitent toute faute intérieure ou extérieure. Sous ce rapport, que de reproches les chrétiens n'ont-ils pas à se faire ! €c sont des visites fréquentes, des conversations passionnées, des manières beaucoup trop libres, et souvent des crimes en sont la suite. Les parents en sont responsables ; car, connaissant les dangers de toutes sortes qu'il y a dans les relations entre les fiancés, ils devraient exercer sur eux la vigilance la plus sévère, non pas pour les interdire, car il est nécessaire que les fiancés se connaissent et qu'ils ^^xaminent s'ils peuvent vivre en bonne harmonie, mais pour en écarter tous les dangers.
Et d'abord ces visites ne doivent avoir lieu que quand les renseignements propres à éclairer les époux et leurs parents sont de nature à les déterminer au mariage projeté, afin de ne point s'exposer à être trompés par quelque aventurier ou chevaher d'industrie. Faites-y une sérieuse attention ; si le mariage ne se conclut pas après des visites fréquentes, la réputation des jeunes personnes sera fortement
compromise. D'un autre côté, il n'arrive que trop souvent que ces visites allument des passions désordonnées, et il n'est plus temps de les arrêter lorsque déjà elles ont produit les plus funestes ravages.
Lors même que vos informations sont favorables, il est encore nécessaire de rendre ces visites moins fréquentes qu'elles ne le sont d'ordinaire, afin d'en prévenir les funestes suites, c'est-à-dire les déplorables folies et les dangers d'une passion qui ne connaît pas de frein. Le moindre mal qui puisse en résulter pour les jeunes personnes, c'est la distraction de l'esprit, le refroidissement dans la piété et la négligence à remplir ses devoirs, sans parler des cas assez fréquents où, par la rupture de ces projets de mariage, les familles deviennent la risée du public, et les jeunes personnes qui ont été l'objet de ces longues assiduités voient leur honneur perdu pour toujours.
Après la décision du mariage, les entrevues doivent être rares et toujours en présence des parents; autrement elles deviendraient la cause de la négligence des devoirs essentiels ou le principe de familiarités dangereuses et presque toujours criminelles. Ne comptez pas trop sur leur vertu, et ne dites pas que votre fille est sage et vertueuse, incapable de rien se permettre de mauvais ou d'indigne d'une fille chrétienne. Vous oubliez que, par le péché originel, notre nature a été fondamentalement viciée, et que si notre volonté peut encore pratiquer quelques vertus naturelles par ses propres forces,
('lie no saurait surmonter certaines tentations violentes sans recevoir d'en haut une grâce forte cl ahonilante. Vous oubliez que^Salomon, le plus sage lies homnies, a perdu toute sa sagesse dans ses rapports trop fréquents avec des femmes, et qu'il a pousse la folie jusqu'à se prosterner devant des dieux faits de la main des hommes et brûler de l'encens sur leurs autels. Vous oubliez que David a commis deux grands crimes pour n'avoir par exercé une vigilance sévère sur ses regards.
Les jeunes personnes auraient la vertu des anges qu'elles ne seraient pas encore sans danger ; car il leur est difficile, pour ne pas dire impossible, de donner toutes sortes de témoignages d'affection sans franchir les limites tracées par la bienséance et la modestie. Les jeunes gens sont seuls, nous le supposons, sans témoins, sous le seul regard de Dieu qu'on oublie si facilement. De grâce, ne les mettez pas à une si rude épreuve. Pour savoir qu'elle est au dessus de leurs forces, peut-être vous sullira-t-il de vous souvenir de votre vie passée et des égarements de votre jeunesse.
Veillez toujours sur vous, jeunes personnes et jeunes chrétiens, et évitez avec soin non seulement les actions mauvaises, mais même les regards, les désirs, les pensées contraires à la modestie. Souvenez-vous que s'ils sont pleinement volontaires, ils souillent votre âme autant que les actes extérieurs. Si vous désirez que le ciel répande ses bénédictions sur votre mariage, ne perdez jamais de vue la sainte présence de Dieu ; mûrissez vos projets quand il
s'agit de vous établir ; prenez des informations qui vous éclairent et vous fassent connaître la vérité ; ne précipitez rien ; mais surtout ayez une grande pureté de cœur, de manière à pouvoir dire comme Sara avant son mariage avec le vertueux Tobie : « Vous savez, Seigneur, que je n'ai jamais laissé entrer dans mon cœur un seul mauvais désir, et jusqu'ici j'ai conservé mon âme pure et exempte de toute souillure (1). » Amen.