‹ Instructions paroissiales sur le sacrement de mariageChapitre 16 sur 21 · SAINT BASILE ET SA FAMILLE · texte numérisé non relu

SAINT BASILE ET SA FAMILLE

Quand des parents veulent choisir une épouse à leur fifs ou un époux à leur fille, ils feront bien de s'adresser à des familles chrétiennes où Taccomplissement des devoirs religieux tient le premier rang entre toutes les autres obligations, et oii la foi pratique s'est perpétuée de génération en génération. Le père de saint Basile, qui s'appelait du même nom que son fils, descendait de parents chrétiens qui étaient morts pour la foi, à l'exception de sainte Macrine sa tante; le père de sainte Emilie sa femme avait souffert le martyre. Tels étaient les aïeux et les parents de saint Basile le fils, le grand docteur de l'Eglise. Sa mère, qui voulait en faire un saint, après l'avoir offert à Dieu aussitôt qu'il fut au monde, s'empressa de le confier, encore enfant, à sainte Macrine sa grand'tante, cette martyre vivante de la foi, qui lui servit de nourrice, fit sa première éducation, l'instruisit dans les pures doctrines de la foi et dans les sentiments d'une profonde piété, tels qu'elle les avait appris elle-même de saint Grégoire le Thaumaturge. Plus tard, saint Basile reconnut comme un des plus grands bienfaits de Dieu et se glorifia d'avoir été

(1) Voyez Raineri.

élevé par une telle femme. Son père, homme de science et hien plus homme de foi, voulut lui servir lui-même de précepteur dans la littérature, tandis que sainte Macrine et sainte Emilie continuaient, par les soins délicatsdont les femme sont seules le secret, îi l'atlermir dans la religion et la sainteté. Sous do pareils instituteurs, il n'est pas étonnant (ju'îi l'âge de dix-huit ans Basile fiit déjà un véritable saint, au point qu'envoyé à Athènes pour y compléter ses études, il s'attira l'estime et l'admiration de tous ses compagnons, et l'amitié de saint Grégoire de Nazianze, autant par l'élévation de son esprit que par la sévérité de ses mœurs. Sa sœur aînée, nommée Macrine comme sa tante, concourut aussi efficacement à former l'esprit et le cœur de saint Basile et de ses frères et sœurs. De dix enfants qu'ils étaient, cinq sont honorés d'un culte public, savoir : sainte Macrine, vierge ; saint Basile, évoque de Césarée et docteur de l'Eglise; saint Grégoire, aussi docteur, évêque de Nysse; saint Pierre, évêque de Sébaste, et saint Navarein le solitaire. Les cinq autres, sans avoir reçu les mêmes honneurs, ont pourtant pratiqué la vertu dans un haut degré de perfection.

Sainte Emilie, heureuse d'avoir, avec le concours de sa tante et de sa fille, formé cette famille de saints, d'évêques et de docteurs, après la mort de son saint époux, se retira, en compagnie de sainte Macrine, dans un monastère, où la mère et la fille n'en continuèrent pas moins, par leurs inspirations et leurs exemples, d'encourager tous les membres de cette famille privilégiée à la plus haute perfection, de les soutenir dans leurs combats, et d'exciter leur zèle pour la défense de la religion. En mourant fort âgée dans ce monastère, sainte Emilie n'eut auprès d'elle que sainte Macrine et saint Pierre, évêque de Sébaste, le premier et le dernier de ses enfants; comme ils étaient aux deux côtés de son lit, elle prit leurs mains dans les siennes, et les élevant vers le ciel, elle dit : u Seigneur, je vous offre, suivant votre loi, les prémices et les dîmes de mes couches. »

Le décès de sainte Macrine sa fille ne fut pas moins précieux aux yeux du Seigneur. La mort de saint Basile ayant

profondément affligé saint Grégoire de Nysse son frère, il alla voir sainte Macrine sa sœur pour s'en consoler; mais il trouva cette sœur chérie malade d'une fièvre violente. Elle n'avait pour tout lit qu'une planche, et une planche échancrée pour oreiller. L'entretien tomba sur la mort de leur commun frère, et saint Grégoire, qui l'aimait tendrement, ne put réprimer son émotion et fondit en larmes,- mais sainte Macrine, à qui la violence du mal n'ôtait rien de son grand esprit de foi et de son courage, le consola par un sublime discours qu'elle lui fit sur la providence de Dieu, sur l'état des âmes après la mort et sur la vie future. Saint Grégoire en fut autant consolé que frappé. Il croyait entendre parler un docteur. Il retint si bien ce discours qu'en rentrant chez lui il en composa son admirable Traité de l'Ame et de la Résurrection, que nous avons encore.

Le lendemain de cet entretien, sainte Macrine reçut le sacrement des mourants, et, sur le point d'expirer, elle dit à saint Grégoire : (c Frère, lorsque je serai morte, je vous prie de me fermer vous-même, avec vos doigts consacrés, les yeux et la bouche. » Ce furent ses dernières paroles; car, en entendant les sœurs chanter les Vêpres, elle s'unit à elles pour s'acquitter, autant qu'elle pourrait, jusqu'à son dernier moment, de ce devoir. Elle se mit donc à prier de son côté, mais d'une voix si basse qu'on pouvait à peine l'entendre. Cependant elle joignait les mains et faisait le signe de la croix sur ses yeux, sur sa bouche et sur son cœur; et enfin, au moment même où l'on achevait la prière du soir à l'église, elle fit un grand signe de croix sur sa figure et rendit l'esprit.

Une femme qui épouse un homme sans religion s'expose au danger presque certain d'être malheureuse pour le temps et pour l'éternité. C'est d'après ce principe qu'une jeune personne rompit d'elle-même le mariage qui allait se former pour elle. Elle avait été élevée par une mère chrétienne, et Dieu avait béni cette éducation religieuse. La grâce avait perfectionné la nature, et il n'y avait rien à désirer du côté de la fortune. C'était donc un parti avantageux sous tous les rapports. Les parents, trompés comme il arrive trop souvent,

.'waionl fait clioix d'un jeune homme qui ne manquait pas (le qualités essentielles. Il possédait des talents et de la fortune, mais il n'avait ni religion ni jinncipes. Le moment de l'union approchait, lorsque, par honhcur, il laissa échapper son secret^ et l'on s'aperçut que ce hel-esprit ne voyait en lui-même qu'une machine organisée. Il sentit le mauvais effet qu'avait produit sur sa future épouse son ahsurde matérialisme, et crut se tirer de ce mauvais pas en lui disant qu'elle était une machine divinement organisée, spirituelle et aimahle ; car le nom de Dieu est encore quelquefois sur les lèvres de l'impie. La jeune personne ahrégea un entretien dentelle était étrangement hlessée; elle raconta tout h sa vertueuse mère, et, d'accord avec elle, écrivit le billet suivant à celiji qui avait cessé d'être digne de son estime :

ce Vous m'avez glacée. Monsieur, en me disant que nous n'étions que des machines organisées. De quelques brillantes qualités que vous ayez bien voulu me décorer, je crois que lorsqu'un homme est véritablement sensible et délicat, il laisse à celle qu'il veut rendre heureuse ces idées douces qui sont plus propres au bonheur que ces idées si froides de machine et de matière ; elles ne me paraissent pas favorables à la vertu. Je m'étonnerais qu'eUes pussent naître dans une âme tendre et aimante. Il me semble qu'on se dégoûte bientôt d'une machine, quand même elle serait belle, ce qui no ure pas longtemps; et alors quel bonheur une femme peutelle attendre d'un homme-machine? »

On assure que le jeune homme se promit de mieux déguiser ses principes à l'avenir, mais il n'en changea pas. 11 trouva cependant à se marier, et devint mauvais mari, mauvais père, comme il avait été mauvais fils.

Ce quil y a de plus essentiel pour des parents qui veulent établir leur fils ou leur fille, c'est de bien connaître le caractère et les principes religieux de la personne à laquelle ils veulent unir son sort. Or, il n'est pas nécessaire pour cela que les jeunes gens se rendent de fréquentes visites; dans deux ou trois conversations sérieuses on peut connaître parfaitement un honnête homme^ son caractère et ses principes.

Le style^ c'est l'homme, et il n'est pas plus possible de se contrefaire moralement que physiquement. Un œil observateur découvre bientôt les qualités ou les défauts de quelqu'un^ même en traitant des questions historiques. S'il y a du danger à s'allier à une personne qu'on ne connaît pas, il n'y en a pas moins à lui rendre de fréquentes visites, surtout à Tinsu et sans la présence des parents. C'est pourquoi quelques visites sont nécessaires, mais elles doivent être rares, faites en présence des parents et sérieuses.

Xl\" INSTRUCTION.

De 1» soleiiiiité des uoees.

Apprehendens dexteram filiœ suœ . dextrœ Tobiœ tradidit dicens : Deus Abraham, et Deus laaac, et Deus Jacob vobiscum sit, et ipse conjungat vos, impleatque benedictionem suam in vobis.

Et accepta charta, fecerunt conscriptioneni conjugii; et post hœc epiilati sunt, bencdicentes Deum.

Prenant la main droite de sa fille, Raguël la mit dans la main droite do Tobio, ot dit : Que le Dieu d'Abiaham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacobsnitavec vouS; que lui-même vous unisse et accomplisse sa bénédiction en vous. Et ayant pris une feuille, ils dressèrent le contrat de mariage. Après cela, ils firent le festin, bénissant Dieu.

(Ton., VII, 15, 16 et 17.)

Telle était, mes frères, la cérémonie du mariage du temps de ces hommes justes de l'ancienne alliance qui se regardaient comme des étrangers sur la terre, et que Dieu nous a donnés comme des modèles que nous devons avoir constamment sous les yeux, afin d'exprimer en nous les vertus qui les ont élevés si haut dans l'ordre de la nature et de la grâce.

Nous vous avons fait connaître, mes frères, les dispositions saintes que vous devez apporter à la réception du sacrement de Mariage ; nous croyons devoir vous rappeler encore que le mariage est un

~ 260 — sacrement des vivants, et qu'il faut le recevoir en état de grâce. Si donc des fiancés se reconnaissent coupables de péchés mortels ou souillés par des habitudes mauvaises et invétérées, qu'ils s'empressent d'aller purifier leur âme dans les eaux salutaires de la pénitence aussitôt que leur mariage est conclu. Ce n'est pas trop de quelques semaines, surtout s'il y a plusieurs années qu'ils ont négligé la pratique des sacrements, pour faire un examen sérieux de leur conscience, exciter dans leur cœur un véritable repentir de leurs péchés, et en arracher ces mauvaises habitudes qui l'ont souillé en le dégradant. N'attendez donc pas la veille de votre mariage pour mettre la main à l'œuvre; il serait trop tard, et vous risqueriez grandement de profaner ce grand sacrement. Que de maiheurs n'attireriez-vous pas sur vous et sur toute votre famille 1

Cependant n'allez pas conclure, si vous rencontrez des mariages mal assortis, que les époux se sont rendus coupables de sacrilège en recevant ce sacrement auguste. Souvent Dieu permet qu'un des époux qui le sert fidèlement ne rencontre dans l'autre que des dispositions hostiles ou malveillantes, et quelquefois même haineuses pour la religion. Il le permet dans des vues de miséricorde pour toute la famille. Son but est de mettre sous les yeux de l'époux incrédule ou indifférent un modèle de vertu qui soit pour lui comme son ange conducteur, un prédicateur muet et plus éloquent que les orateurs les plus distingués. S'il s'opiniâtre dans le mal, la

providence de Dieu sera juslifiée. L'époux (idèic n'aura rien néglige pour gagner son cœur et le convertir à Dieu; prières, patience, douceur, a:!)négation de soi-même, sacrifices de toutes sortes, tout aura été employé pour lui ouvrir les yeux à la lumière de l'Evangile, et l'expérience nous fait voir que quand on a épuisé tous ces moyens de persuasion, il est rare que l'époux infidèle ne se- convertisse et ne donne à son conjoint autant de consolations qu'il lui avait occasionné de peines et de souffrances.

Dieu permet souvent qu'une épouse chrétienne ait pour époux un homme indifférent ou un ennemi déclaré de la religion, afin que les enfants ne soient pas totalement abandonnés, mais qu'ils aient au moins une mère tendre et dévouée qui les élève dans les principes de la foi chrétienne. Sans sainte Monique, que seraient devenus saint Patrice et saint xVugustin? L'époux fidèle doit donc entrer dans les vues de Dieu, supporter tout, sacrifier tout, s'immoler lui-même pour le salut de l'époux infidèle et pour celui des enfants.

N'oubliez pas non plus, mes frères, qu'un mariage peut être béni de Dieu, quoique soumis à de rudes épreuves. Job était l'objet des complaisances du Très-Haut, et cependant que n'a-t-il pas eu à souffrir dans le cours de sa vie? L'ange Raphaël disait au vertueux Tobie : « Parce que vous étiez juste, il fallait que vous fussiez éprouvé. » Que n'a pas souffert Jésus-Christ, en sa qualité d'époux de l'Eglise? Il entrait dans les desseins de Dieu que

son divin Fils souffrît tous les genres de supplices et entrât ainsi dans sa gloire. Il s'est sacrifié et immolé tout entier pour ennoblir, sanctifier et enrichir l'Eglise; l'Eglise à son tour, pour s'appliquer les mérites de Jésus-Christ, pour se purifier et s'enrichir, doit accompfir la pénitence infligée à la mère des vivants, enfantés dans la douleur. Epoux chrétiens, ne vous désolez donc pas, ne vous découragez jamais, si les afflictions ou les calamités vous ont souvent visités depuis l'époque de votre mariage. Soumettez-vous à la sainte volonté de Dieu; recourez à la prière et aux sacrements : c'est là que vous puiserez la force nécessaire pour souffrir avec patience et résignation. Dans son chemin à travers le désert de cette vie, Jésus-Christ a bu au tojrent des afflictions; c'est pourquoi il a levé la tête, et Dieu lui a donné une gloire incomparable. Si aujourd'hui il partage avec vous son cafice, c'est qu'il veut aussi partager avec vous sa gloire et son bonheur. Mais revenons à notre sujet.

Les époux se sont disposés à recevoir le sacrement de Mariage. Voyons de quelle manière ils vont célébrer la solennité de leurs noces. Mais pour mieux comprendre toute la beauté de la cérémonie chrétienne, rappelez- vous comment les païens passaient ce grand jour, et transportez-vous un moment au milieu de la grande Rome. Voyez-vous ce cortège nombreux, ces chars superbes, ces magnifiques coursiers, ces vêtements de pourpre tout resplendissants d'or et d'argent? Ce sont des époux accompagnés de leurs amis et de leurs familles.

qui vont célébrer leur mariage à l'autel de Junon. Vous décrire les rites superstitieux, les cérémonies ridicules cl infâmes usitées en pareille circonstance, ce serait profaner le saint lieu et fouler aux pieds toutes les lois de la modestie et de la pudeur. Tous vous représentez aisément, mes frères, ce que pouvaient faire et dire des païens à la cérémonie de leur mariage. Hommes grossiers, dont l'intelligence ne s'élevait pas au dessus de la matière, ils ne voyaient et ne recherchaient que les plaisirs des sens. Assis à des tables splendidement servies, dans des appartements préparés avec un luxe éblouissant , les convives et les époux boivent à longs traits dans la coupe de la volupté; des chants lascifs et des paroles obscènes ne cessent de retentir dans la salle des festins; des danses lubriques et le sang des gladiateurs terminent dignement ce jour néfaste entre tous.

« Que sont vos fêtes nuptiales? leur criait saint Jean Chrysostôme. Autant d'orgies oii le culte de Vénus est consacré par des hymnes et par des danses lubriques, où l'impiété le dispute à la licence, où l'adultère, la violation du lien conjugal et de criminelles intrigues sont hautement préconisés; et après qu'on s'est abruti par tous les excès de l'intempérance, on accompagne à sa nouvelle demeure l'épouse marchant en public au miheu des plus dégoûtantes plaisanteries... Vous invitez les démons à vos fctes nuptiales ; par vos chansons lascives et vos paroles obscènes, vous allumez des passions criminelles dans les cœurs de ceux qui

leur ressemblent; vous appelez dans votre maison des hommes et des femmes dont les mœurs et le langage effronté ne conviennent qu'au théâtre. Que pouvez-vous attendre de bon de tout cet appareil d'impudicité (1)? » C'est ainsi, mes frères, que s'exprimait saint Jean Chrysostôme.

Mais n'oubhez pas que nous parlons des mariages païens qui se célébraient du temps de saint Chrysostôme, et non pas des mariages païens qui se célèbrent de nos jours entre des personnes baptisées ; vous pourriez vous y méprendre, tant la différence est légère. Ce sont des deux côtés mêmes dispositions dans les époux, mêmes chansons lascives, même langage obscène, même toilette indécente, mêmes danses lubriques et voluptueuses. Les païens accompUssaient des cérémonies superstitieuses avec un certain respect inspiré par une ignorante bonne foi ; tandis que nos chrétiens n'assistent à la gravt' et imposante cérémonie du mariage qu'avec un air d'incrédulité et de moquerie, la regardant comme un reste des superstitions druidiques. Comprenezvous, mes frères, que des chrétiens instruits des maximes de l'Evangile aient moins de respect pour les choses saintes et pour eux-mêmes que des païens ignorants et grossiers ? Comprenez- vous que le jour même où de jeunes époux se sont présentés dans le temple de Dieu pour y recevoir un sacrement de la loi nouvelle, ils se livrent ensuite à des divertissements qui ne respirent que l'infâme volupté? 0

(4) Saint Chrysostôme, in illudpropter fomicationes uxorum.

mon Dieu ! il n'y a donc plus de foi dans le cœur, ni de sentiment chrétien dans rame? Puis on s'étonne que le ciel ne répande point ses bénédictions sur les mariages et sur les familles.

Ilàtons-nous de détourner nos regards de ce triste spectacle pour les reporter sur le magnifique tableau que nous offre la célébration d'un mariage chrétien. Les époux ont aussi leurs habits de feîe, mais ils se distinguent néanmoins par leur simplicité et leur modestie. Avant de quitter la maison paternelle pour se rendre au temple du Seigneur, ils s'agenouillent tous deux aux pieds de leurs parents ou de leurs aïeux, et ceux-ci, levant les mains et les yeux au ciel, appellent de tous leurs vœux les bénédictions d'en haut sur le couple fortuné. Tous les assistants, pieusement recueillis et attendris jusqu'aux larmes, adressent aussi au Seigneur les plus ferventes prières, afin qu'il daigne bénir ces époux et leur communiquer la grâce nécessaire pour demeurer fidèles aux saints engagements qu'ils vont contracter. Le recueillement et un silence religieux les accompagnent à l'église, et bientôt les saintes paroles qui eussent jeté dans l'admiration ks philosophes d'Athènes et les législateurs de Rome, sortent des lèvres du vénérable prêtre qui les bénit :

« Mes bien-aimés, leur dit-il, le mariage institué par le divin Maître est un grand mystère, puisqu'il représente l'union ineffable des trois personnes divines, type primordial de toute société, et l'union non moins mystérieuse de Jésus-Christ avec son

Eglise. Or, la charité ou l'esprit de sacrifice est le lien qui unit Jésus-Christ à l'Eglise ; elle doit aussi unir l'époux et l'épouse. La charité est l'âme de la douceur, de la tempérance, de toutes les vertus domestiques ; nul obstacle ne lui résiste. La charité, dit l'Esprit saint, est forte comme la mort. Ne dites jamais, dans le cours de votre union, que vous avez une femme altière, emportée, irascible, rempUe de défauts et de caprices. Oubliez-vous qu'elle est faible de sa nature ? Souvenez-vous surtout que vous êtes homme. Le jour où elle s'est donnée à vous, elle vous a reconnu pour son chef, pour le maître de la maison, ayant droit de gouverner celle dont la faiblesse reposait sur votre discrétion. Que votre tutelle ne soit donc pas une oppression. Honorez votre propre commandement, et n'avilissez pas votre propre autorité en la surchargeant. Rappelez-vous l'instant où vous la reçûtes des mains de celui qui lui donna le jour. Son père vint la remettre entre vos mains comme un dépôt confié à votre' fidélité, à votre honneur; elle passades bras d'une mère dans les vôtres ; elle n'a plus d'autre maison que la vôtre. Vous devîntes tout pour elle. C'est elle qui, après Dieu, tous a donné des enfants, et avec eux le nom de père ; ne soyez donc pas son tyran. Cette terre que le laboureur cultive avec grand soin, elle a beau se couvrir de ronces et d'herbes parasites, son maître ne l'abandonne point pour cela; au contraire, il redouble de soins et de travail. Quelque disgrâce qu'il vous arrive à son sujet, ne l'aggravez point par vos emportements. Vous auriez

loul perdu que le plus grand malheur pour vous serait encore de ne pouvoir vivre en paix avec elle (1). »

C'est ainsi, mes frères, que saint Jean Chrysostome parlait à l'époux chrétien ; ce sont à peu près ses paroles que je viens de vous rapporter. Mais écoutons-le encore exposer à l'épouse ses devoirs envers son époux :

« A l'homme donc, continue-t-il, appartient le commandement ; à la femme l'ohéissance. Intervertir cet ordre naturel sanctionné par la loi divine, c'est attentera l'honneur de tous deux. Envahir un bien qui n'est pas à soi, ce n'est pas s'enrichir, c'est s'appauvrir. La femme qui se révolte contre te commandement s'avilit elle-même ; car la gloire de la femme est dans son obéissance, comme la gloire de l'Eglise est dans sa soumission à Jésus- Christ. Que pour excuser ses propres manquements aucun des deux ne se prévale des fautes de l'autre : les fautes d'autrui ne justifient pas les nôtres.

« Femmes, si c'est en vue de Dieu que vous êtes soumises à vos maris, ne m'objectez pas que ceuxci devraient faire ce qu'ils ne font pas ; ne vous occupez que de ce qui vous est imposé par le législateur. Ce que Dieu veut de vous, c'est que vous obéissiez à sa loi, quelque contradiction que vous ayez à subir ; en cela consiste l'obéissance parfaite que vous lui devez. Aimer qui vous aime n'est pas un bien grand sacrifice. Prodiguer ses soins à celui dont on n'est pas aimé, c'est là l'effort de vertu au-

(1) Saint Ghrysostôme, Horn. xxvi in Epist. I ad Cor.

quel Dieu promet ses récompenses. Apprenez donc, femmes chrétiennes, que vous ne devez pas attendre que vos maris aient de la vertu pour en avoir vousmêmes. Qu'y aurait-il à cela de si merveilleux? Que les maris, de leur côté, n'attendent pas que leurs femmes soient vertueuses pour le devenir. Chacun doit commencer par donner le bon exemple. S'il nous est dit de tendre la joue à l'étranger qui nous a frappés, combien plus la femme n'est-elle pas tenue de supporter les dérèglements de son époux !

« 'La vie humaine se compose d'offices publics et d'occupations domestiques que Dieu a partagés entre les deux sexes. Il a créé la femme pour les emplois intérieurs, l'homme pour les affaires du dehors. La femme n'ira pas veiller sous la tente et combattre sur le champ de bataille, ni siéger dans un tribunal, ni gouverner la répubhque ; sa part à elle, c'est l'économie domestique, c'est la surveillance active de la maison, c'est l'éducation de ses enfants, c'est de contenir sa famille dans le devoir, c'est de prévenir les besoins d'un époux, de veiller à mille autres soins dont il ne serait ni bienséant ni facile à un homme de se charger. Par là la divine Providence a établi une mutuelle dépendance. Le partage de l'homme a quelque chose de plus noble pour maintenir la femme dans le respect et la soumission; celui de la femme, moins relevé, n'est pas moins nécessaire pour faire sentir à son époux qu'il ne peut se passer d'elle. Heureux accord de la puissance et de la tendresse, qui modère la vivacité d'un sexe et adoucit la rudesse de l'autre , qui met

dans une main rautorilr de la loi et dans Taulrc l'empire bien plus puissant de la douceur. La soumission est balancée par la délercncc, et l'inclination à céder est le contrepoids du commandement (1). »

Cette exhortation, si propre à élever l'âme vers le ciel, étant terminée, le prêtre bénit l'anneau nuptial, gage d'union et de fidélité, qui est remis par l'époux au doigt de son épouse. Quelquefois le prêtre bénit en même temps quelques pièces de monnaie offertes par les époux et ensuite distribuées aux pauvres ; elles sont comme le symbole de la communauté des biens, et signifient que tout appartient également à l'un et à l'autre des époux, et que le moyen le plus eiTicace de faire fructifier les biens de ce monde est de faire la part des pauvres. Vient ensuite la tradition des mains : l'époux prend la main droite de son épouse et jure devant Dieu et devant les hommes de lui garder fidéUté toute sa vie. L'épouse fait le même serment; il sera observé de part et d'autre avec une religieuse fidélité; il s'(îst imprimé si profondément dans leur cœur qu'ils n'auront pas môme la pensée de le violer.

Tous ces rites accomphs, le prêtre élève de nouveau la voix, et, au nom du Dieu tout puissant, créateur du monde et législateur de la famille, il prononce sur les époux ces paroles sacramentelles : Je vous unis par le sacrement de Mariage, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Il célèbre ensuite l'auguste sacrifice, auquel as-

(1) Saint Clirysostôme^ Hom. xxvi in Epist. lad Cor,

sistent les jeunes époux et leurs familles. Après la consécration et le chant de l'Oraison Dominicale, le prêtre interrompt les prières du sacrifice, se tourne vers les époux agenouillés sur le dernier degré de l'autel, et récite une prière touchante pour appeler sur eux les bénédictions célestes. Remarquez bien que c'est avant la communion, au moment où Jésus-Christ est substantiellement présent sur l'autel, afin de faire voir que c'est lui-même qui s'adresse à son Père éternel par le ministère du prêtre, et que c'est lui encore qui bénit. Pendant ce temps un voile est étendu sur ces deux têtes humblement inclinées, pour leur rappeler que le foyer domestique doit être un sanctuaire mystérieux où l'œil de l'homme ne doit jamais pénétrer, et où celui de Dieu ne doit rien découvrir qui soit indigne du glorieux nom de chrétiens qu'ils portent. Quelquefois ce voile est de couleur de pourpre, pour marquer aux époux chrétiens qu'il sont les enfants des saints et les descendants des martyrs, et qu'ils doivent toujours être prêts à verser leur sang plutôt qu'à violer leurs promesses. D'autres fois il est de conteur blanche, afin de signifier qu'une pudeur angélique doit être leur plus bel ornement.

Dans les anciens temps, le prêtre bénissait encore une couronne d'olivier ornée de Us et de roses qu'il plaçait sur le front des conjoints : emblème et récompense de la pureté et de l'innocence, c'est-àdire des laborieuses victoires remportées sur les passions. Cette couronne nuptiale était gardée dans l'église comme une chose sainte *

Los voilà donc unis pour jamais, ces deuxcpou^ chrétiens ; les voilà unis dans la jeunesse et dans la vieillesse, dans la bonne et la mauvaise fortune, dans la santé et dans la maladie, dans la joie et dans la tristesse, à la vie et à la mort. Ce n'est pas une union passagère, de quelques années ou de ([uelques mois seulement, mais une union durable, une alliance éternelle. C'est le Créateur du ciel et de la terre qui a reçu leurs serments en présence des anges et des saints. Pendant que le ministre de Dieu en rédige l'acte, les anges en font un double qu'ils déposent dans les archives de l'éternité, et qu'ils représenteront aux époux quand ils paraîtront au jugement de Dieu.

Voyez, mes frères, comme tout est grave et touchant dans ces instructions et dans ces augustes cérémonies. L'homme et la femme sont avertis qu'ils commencent une carrière nouvelle, et que désormais des obligations de la plus haute importance leur sont imposées. L'homme devient un chef de famille, et c'est sur lui que va reposer tout le soin de la maison, toute la sollicitude de l'avenir; c'est de lui peut-être que va sortir une postérité nombreuse qui sera la gloire ou la honte de la société, selon la direction qu'il lui imprimera. La femme va remplir le rôle d'épouse et de mère de famille ; il faut qu'elle soit l'aide et la compagne de l'homme, qu'elle le console au milieu de ses peines et le soutienne dans ses défaillances. Mère de famille, elle sera chargée de faire l'éducation de ses enfants, c'est-à-dire d'hommes immortels et créés à l'image

de Dieu. Voyez, mes frères, comme tout est propre à inspirer aux jeunes époux des sentiments d'une religieuse frayeur, à faire disparaître à leurs yeux rimage des plaisirs pour ne plus laisser que celle des devoirs.

La même gravité et la même modestie que les époux ont portées à l'église les accompagnent dans leur retour. Ils prennent part à un modeste repas qui rappelle la frugalité des patriarches : Post hœc epulati sunt, bcnedicentes Deum. Vous y voyez régner sans doute une franche gaité ; mais vous n'apercevez rien, vous n'entendez rien qui puisse blesser la pudeur ou la piété. Ils accomphssent fidèlement les sages recommandations que le prêtre leur a faites avant de sortir de l'église. Gardez-vous bien, leur a-t-il dit, de déshonorer le mariage par des pompes qu'il faut laisser aux enfants du démon . Appelez à vos noces Jésus-Christ, comme firent les époux de Cana en Galilée. Ayez donc soin d'en bannir le démon, les joies profanes, les chansons efféminées, les danses immodestes, les rires dissolus, une pompe et une vanité peu dignes d'un chrétien, en un mot tout ce dont pourrait rougir la pudeur. N'y admettez que les fidèles serviteurs de Jésus- Christ; c'est le moyen que ce divin Sauveur y vienne avec sa Mère et ses frères. L'Ecriture nous parle des mariages d'Isaac et de Rébecca, de Jacob et de Rachel, de Tobie et de Sara; elle ne dit rien qui justifie les coutumes païennes. Nous voyons bien comment ces saintes femmes furent amenées dans la maison de leurs époux, qu'il y eut un repas plus

splendido que do coutume, qu'on fil un festin ai bénissant Dieu ; mais on ne voit nulle part d'instruments de musique , de danses engagées par la débauche, rien de ce qui signale les mariages des païens d'aulrelois et des païens de nos jours.

C'est ainsi, mes frères, que s'accomplissait parmi nos pères l'acte fondamental de la société domestique, et que se passait le jour des noces, jour qui influe souvent d'une manière incalculable sur le reste de la vie. Sanctifié par les époux et leurs familles, il devenait pour tous une source de bénédictions. Que Dieu daigne faire revivre parmi nous cette foi vive, ces sentiments de véritable piété, cette sainte modestie, si propres à vous obtenir de Dieu la paix, l'union, la concorde, la grâce, l'énergie et la force (1). Amen.

TRAITS HISTORIQUES. — TOBIE. — BELLE CONDUITE D'uN JEUNE HOMME.

Les parents chrétiens devraient étudier sans cesse les beaux modèles de vertu que nous offre à chaque page l'Ancien Testament, mais surtout les sentiments et la conduite du vertueux Tobie. Emmené en captivité, il resta fidèle à la loi do Dieu et chercha toutes les occasions de se rendre utile à ses frères. Il épousa une femme de sa tribu, nommée Anne, et en eut un fils auquel il donna son nom. Il lui apprit, dès son enfance, ù craindre Dieu et à s'abstenir de tout péché. Etant devenu aveugle, il supporta cette afihction avec une parfaite résignation à la volonté de Dieu. 11 priait avec larmes et conjurait le Seigneur de lui pardonner ses péchés et de lui faire miséricorde. Dans le même temps, Sara, fille de Raguel,

(1) Mgr Gaume, Histoire de la Famille..

mariée successivement à sept hommes que le démon avait fait périr !e premier jour de leurs noces, ayant reçu des reproches de sa servante, passa trois jours et trois nuits sans boire ni manger, demandant à Dieu avec larmes qu'il la délivrât de cet opprobre. « Que votre nom soit béni, s'écriaitelle, ô Dieu de nos pères, qui faites miséricorde après vous être mis en colère, et qui dans le temps de l'affliction pardonnez les pécliés à ceux qui vous invoquent. Je vous demande. Seigneur, que vous me délivriez de ce reproche ou que vous me retiriez de dessus la terre. Vous savez. Seigneur, que je n'ai jamais convoité d'homme et que je me suis conservée pure de tout mauvais désir. Je ne me suis jamais mêlée avec ceux qui aiment à folâtrer, et je n'ai jamais eu aucune société avec les personnes qui se conduisent avec légèreté. Que si j'ai consenti à recevoir un mari, je Tai fait dans votre crainte, et non pas pour suivre ma passion. Ou j'ai été indigne de ceux que Ton m'a donnés, ou peut-être n'étaient-ils pas dignes de moi, parce qu'il se peut que vous m'ayez réservée pour un autre époux; car vos conseils ne sont pas à la portée de Thomme. Mais quiconque vous honore se tient assuré que si sa vie est éprouvée, elle sera couronnée; si vous l'affligez, il sera délivré; si vous le châtiez, il pourra obtenir miséricorde. Car vous ne prenez point plaisir à notre perte; mais, après la tempête, vous rendez le calme, et, après les larmes et les soupirs, vous nous comblez de joie. »

Tobie, croyant que Dieu allait exaucer ses vœux et le retirer de ce monde, fit venir son fils, lui donna les avis les plus sages et l'envoya toucher l'argent qu'il avait autrefois prêté à Gabelus. Mais comme le jeune homme ne connaissait pas le chemin qui conduisait à la ville de Rages, il sortit pour trouver un guide ; Tange Raphaël se présenta pour l'accompagner. Etant près d'Ecbatane, Tobie dit à l'ange : « Où voulez-vous que nous logions?» L'ange lui répondit : «Il y a ici un homme nommé Raguël, qui estde vos proches et de votre tribu ; il a une fille qui s'appelle Sara, et il n'a point de fils ni d'autre fille qu'elle. Tout son bien doit vous venir, et il

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faut que vous épousiez celte fille. Demandez-la donc à son père, et il vous la donnera en mariage. » Tobic lui répondit : u J'ai ouï dire qu'elle avait déjà épousé sept maris, et qu'ils sont tous morts; on m'a dit aussi qu'un démon les avait tués Je crains donc que la même chose ne m'arrive aussi, et que, comme je suis (ils unique, je ne cause à mon père et h ma mère une affliction capable de conduire leur vieillesse au tombeau. » Alors le sage Raphaid lui dit : (( Ecoutez-moi, et je vous apprendrai qui sont ceux sur qui le démon a du pouvoir. Ceux qui embrassent le mariage de manière qu'ils bannissent Dieu de leur cœur et de leur esprit, et qu'ils ne pensent qu'à satisfaire leur brutalité, comme les chevaux et les mulets qui sont sans raison, le démon a pouvoir sur eux. Mais pour vous, après que vous aurez épousé cette personne, étant entré dans la chambre, vivez avec elle en continence pendant trois jours et ne pensez à autre chose qu'à prier Dieu avec elle. Cette môme nuit, mettez dans le feu le foie du poisson, et le démon sera mis en fuite. La seconde nuit, vous serez admis dans la société des saints patriarches. La troisième nuit, vous recevrez la bénédiction de Dieu, afin qu'il naisse de vous des enfants dans une parfaite santé. La troisième nuit étant passée, vous prendrez cette vierge dans la crainte du Seigneur et dans le désir d'avoir des enfants plutôt que par un mouvement de passion, afin que vous ayez part à la bénédiction de Dieu en la race d'Abraham par vos enfants. »

Ktant entrés chez Raguël, qui les reçut avec joie, il embrassa Tobie en l'arrosant de ses larmes; lorsqu'il sut qui il était, celui-ci lui demanda de lui donner Sara sa fille pour épouse. Raguël fut saisi de frayeur; mais l'ange lui dit: «Ne craignez point de donner votre fille à ce jeune homme, parce qu'il craint Dieu et que votre fille lui est due pour épouse, et c'est pour cela que nul autre n'a pu la posséder. « Alors Raguël dit : « Je ne doute point que Dieu n'ait admis en sa présence mes prières et mes larmes, et je crois qu'il a permis que vous soyez venus vers moi, afin que cette fille épousât une personne de sa parenté, selon la loi de Moïse; ainsi ne doutez point que je ne vous donne ma fille. » Prenant la

main droite de sa (ille, il Ja mit dans la main droite de Tobie et dit: « Que le Dieu d'Abraham^ le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob soit avec vous; que lui-même vous unisse et qu'il accomplisse sa bénédiction en vous. » Ayant pris une feuille, ils dressèrent le contrat de mariage. Apres cela, ils firent le festin en bénissant Dieu. Après le souper, Tobie entra dans la chambre de Sara et lui dit : «Sara, levez- vous, et prions Dieu aujourd'hui et demain et après-demain, parce que durant ces trois nuits nous sommes unis à Dieu , et, après la troisième nuit, nous vivrons dans notre mariage ; car nous sommes les enfants des saints, et nous ne pouvons pas nous marier comme les païens qui ne connaissent pas Dieu.» S'étant donc levés tous deux, ils priaient Dieu avec ferveur, afm qu'il lui plût de les conserver en santé. Tobie disait: « Seigneur, Dieu de nos pères, que le ciel et la terre, la mer, les fontaines et les fleuves, avec toutes les créatures qu'ils renferment, vous bénissent. Vous avez formé Adam du limon de la terre, et vous lui avez donné Eve pour son aide. Et maintenant. Seigneur, vous savez que ce n'est point pour satisfaire ma passion que je prends ma sœur pour être ma femme, mais dans le seul désir de laisser des enfants par lesquels votre nom soit béni dans tous les siècles. » Sara dit aussi : a Faites-nous miséricorde. Seigneur, faites-nous miséricorde , et que nous vieillissions ensemble dans une parfaite santé. »

L'ange Raphaël s'en alla, à la prière de Tobie, trouver Gabelus, reçut de lui la somme qu'il devait, et le fit venir avec lui aux noces. Gabelus, étant entré dans la maison de Raguël, trouva Tobie à table, lequel se leva précipitamment; ils s'embrassèrent, et Gabelus pleura, bénit Dieu, et dit : «Que le Dieu d'Israël vous bénisse , parce que vous êtes fds d'un homme très-vertueux, d'un homme juste qui craint Dieu el qui fait beaucoup d'aumônes. Que la bénédiction se répande aussi sur votre femme et sur votre père et sur votre mère. Puissiez-vous voir tous vos fils et les fils de vos fils jusqu'à la troisième et la quatrième génération! Et que votre race suit bénie du Dieu d'Israël qui règne dans les siècles des siècles. » Et tous ayant répondu : Amen, ils se mirent à table.

Mais dans le festin ni^me des noces, ils se conduisirent avec la crainte du Soigneur.

Malgré les instances de Gabelus, Tobie voulut retourner dans sa patrie ; alors le père et la mère de Sara l'embrassèrent et la laissèrent aller , l'avertissant d'honorer son beau-père et sa belle-mère, d'aimer son mari, de régler sa famille, de gouverner sa maison et de se conserver irréprocbable.

Le jeune Tobie demeura à Ninive tant que son père et sa mère vécurent ; après leur mort, il sortit avec sa femme, ses enfants et les enfants de ses enfants, et il retourna cbez son beau-père et sa belle-mère, et les trouva encore en santé dans une heureuse vieillesse. Il eut soin d'eux et leur ferma les yeux ; il recueillit toute la succession de la maison de Raguël, et il vit les enfants de ses enfants jusqu'à la cinquième génération. Après qu'il eut vécu quatre-vingt-dix-neuf ans dans la crainte du Seigneur, ses enfants l'ensevelirent avec joie. Tous ses alliés et tous ses enfants persévérèrent avec tant de fidélité dans la bonne voie et dans une conduite sainte, qu'ils furent aimés de Dieu et des hommes, et de tous ceux qui étaient dans le pays.

Que les parents et les jeunes gens méditent avec attention cette touchante histoire, et s'efforcent de retracer en eux les beaux exemples de vertu de ces saints personnages. Qu'ils gravent profondément dans leur esprit et dans leur cœur les paroles de l'ange, les prières de Tobie et de Sara, les recommandations qui leur sont faites, et la manière pieuse et sainte dont ils célébraient les noces.

Un jeune médecin habitant la capitale reçut, au mois d'octobre 1829, le sacrement de Mariage avec des circonstances bien édifiantes.

Un de ses amis l'avait introduit dans une maison recommandable par ses vertus, en lui faisant espérer la main d'une fille unique, aussi pieuse que le reste de la famille. La jeune personne est bientôt promise au docteur, dont l'aimable modestie égale la science.

Bientôt la cérémonie nuptiale allait avoir lieu, lorsque ce-

lui-ci vient seul trouver la mère de sa future épouse^ et demande à parler en particulier à M'^° Emélie.

(( Ce n'est pas possible, monsieur, répond-elle d'une manière obligeante; ma fille n'est pas bien depuis deux jours, et elle a besoin de tranquillité. — Mais^ madame, il m'est bien pénible de ne pouvoir m'entretenir avec mademoiselle votre fille; à peine ai-je eu la satisfaction de la voir trois ou quatre fois dans la société ; jusqu'ici je n'ai point trouvé l'occasion de lui exprimer à mon aise mes sentiments ni de connaître les siens. — Vos instances me font peine, monsieur, mais ma fille n'est pas visible. — J'aurais pourtant quelque chose de très-important à lui communiquer. — Je l'appellerai, si vous le désirez, et jvous lui parlerez en ma présence ; jamais ma fille ne s'est trouvée en tète-à-tête avec aucun homme. — Mais bientôt je dois êlre son époux. — Alors, monsieur, ma fille ne m'appartiendra plus ; jusqu'à ce temps, je dois remplir à son égard tous les devoirs d'une mère chrétienne et prudente. — Ah ! madame, s'écria le médecin, il faut donc que je vous confie mes intentions. Elevé moi-même par des'parents religieux, je suis toujours demeuré fidèle à cette rehgion sainte qui vous dicte une si belle conduite ; l'indifférence qui existe malheureusement parmi les hommes de mon art a pu vous inspirer quelque défiance ; mais, loin de la partager, je me fais une gloire et un bonheur de suivre en tous points les pratiques de la foi. Plus je les étudie, plus elles me semblent grandes et respectables. Si j'ai tant insistépour avoir avec mademoiselle votre fille un entretien particulier, c'est que je voulais sonder ses dispositions à cet égard, et la prier de se disposer, par une confession générale et la réception de l'Eucharistie, à mériter, avec la bénédiction nuptiale, toutes les grâces qui y sont attachées. » A ces mots, la mère ne peut retenir ses larmes ; elle se jette dans les bras du vertueux médecin, et lui dit en le tenant serré contre son cœur : (( Eh bien ! mon fils , nous communierons tous ensemble ; allez voir votre épouse, et dites-lui bien que je vous ai appelé mon fils. Allez, pieux jeune homme ; vos sentiments me répondent de votre bonheur et de celui de ma fille.»

Le pieux docteur ne se borna pas à cela. Pendant huit jours le saint sacrilice de la Messe fut célébré pour attirer toute Tabondance des bénédictions céleslesrLe P. Guyon ne fut point étranger à des dispositions si consolantes. Mais ce qu'il y eut de plus beau, de plus attendrissant, ce fut de de voir, le jour même du mariage, les deux époux s'asseoir à la table sainte, environnés, Tun de son respectable père et de sa mère en pleurs, l'autre de sa mère et de sa grand'mère, qui reçurent tous ensemble la communion avec leurs dignes enfants. Quel bel exemple pour les jeunes gens ! Quelle leçon pour tant de parents indifférents! Ah ! si toutes les unions ressemblaient à celle-ci, que la société serait heureuse et tranquille î

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