XV^ INSTRUCTION
IleYoirg eoitimuns des ëponiL.
Relinqiiet homo patrem et matrem, et adhœrebit uxori suœ, et erunt duo in carne ima.
L'homme quittera son père et sa mî^ie, et s'attachera à son épouse, et ils seront deux dans une même chair.
Les jeunes époux se sont disposés saintement au grand acte de la vie de famille, et ils ont reçu le sacrement de Mariage avec la pureté de conscience, la piété et la dévotion requises. Il nous reste à leur expliquer les obligations qu'ils ont contractées à la face des saints autels. Or, parmi ces obligations, il en est qui sont communes aux deux époux et d'autres qui leur sont particulières. Les orbligations communes sont une affection réciproque et une fidélité inviolable.
Et d'abord le devoir le plus important et le plus fondamental est une affection réciproque, une charité mutuelle, une union des esprits et des cœurs tellement étroite qu'elle semble ne plus faire des deux époux qu'une seule personne. En effet, le mariage est une véritable société ; il faut donc
qu'elle repose sur les principes constitutifs de toute société, c'est-à-dire l'unité des pensées et des sentiments; car elle a pour modèle ou pour type la société ou l'union des trois personnes divines. Or, pourquoi les trois personnes divines ne sont-elles qu'un seul Dieu? Parce qu'elles ont la même nature divine, c'est-à-dire la même intelligence et la même volonté. Pourquoi tous les catholiques forment-ils une société qu'on appelle l'Eglise? Parce qu'ils ont l'unité de foi et l'unité de gouvernement, ou, en d'autres termes, ils ont la même intelligence et la même volonté; parce qu'ils ont la même croyance, la même morale et la même administration. Il en est de même de la réunion d'un certain nombre de familles qu'on appelle peuple ou nation ; il leur faut les mêmes principes, c'est-à-dire la même constitution, les mêmes lois fondamentales, le même gouvernement. Du moment oii des citoyens repoussent une partie de la constitution, bu ne reconnaissent plus les fonctionnaires établis par le chef de l'Etat, l'union de peuple ou de nation est brisée. Quand des catholiques rejettent avec opiniâtreté des articles de foi ou admettent certaines doctrines que l'Eglise a condamnées comme hérétiques, l'unité de l'Eglise est brisée, parce qu'il n'y a plus unité de croyance, de foi, de doctrine, et par conséquent plus d'union dans les intelligences. Si d'autres refusent de reconnaître les pasteurs légitimes de l'Eglise et de leur obéir, l'unité de gouvernement est brisée, il y a schisme ou division des volontés. Or, mes frères, l'union de Jésus-Christ avec son
Eglise est le modèle de l'union des époux ou du mariage ; et cette union est la plus intime et la plus étroite qu'on puisse imaginer, car elle n'existe que parce que Jésus-Christ communique à l'Eglise tout ce qu'il possède, son esprit, sa volonté, son intelligence, son cœur , de sorte que l'Eglise vit des mêmes pensées et des mêmes sentiments que Jésus- Christ. Tel a été aussi le mariage de l'auguste Mère de Dieu avec saint Joseph, c'est-à-dire l'union des esprits et des cœurs.
Mais l'amour de Jésus-Christ pour l'Eglise est un amour sincère et véritable qui ne consiste pas seulement dans des paroles, dans des protestations d'amitié, mais qui se révèle surtout par les œuvres. Le Fils de Dieu a tellement aimé son Eghse qu'il a tout souffert pour elle, qu'il la dirige conftamment par son divin Esprit, qu'il la soutient et la fortifie par sa volonté toute puissante. L'Eglise elle-même témoigne son amour envers Jésus-Christ par sa conduite et par ses œuvres; elle travaille sans cesse, elle lutte, elle combat, elle souffre par amour pour Jésus-Christ. C'est ainsi, époux chrétiens, que vous devez vous aimer l'un l'autre, vous consoler, vous fortifier dans le bien et vous soutenir dans vos faiblesses.
L'amour de Jésus-Christ pour son Eglise est constant; il l'aime toujours et il l'aimera éternellement. Non seulement il s'est humilié jusqu'à la mort, et à la mort de la croix, pour son épouse, mais il s'humilie encore chaque jour en s'immolant sur nos autels ; il devient en quelque sorte semblable à un
prain de poussière, à un atome, en demeurant sous les espèces ou apparences du pain et du vin. Non seulement il a vécu pauvre, n'ayant pas où reposer sa tète pendant sa vie mortelle, mais aujourd'hui il pratique encore la vertu de pauvreté dans le sacrement de rEucharistie, puisque souvent il n'a d'autre palais que de pauvres églises et pour vêlement que les espèces sacramentelles , puisqu'il se laisse porter chez les pauvres comme chez les riches. Non seulement il a été obéissant pendant sa vie , il a obéi à Marie et à Joseph, il a obéi à César, il a obéi aux prêtres, il a obéi à ses juges iniques et à ses bourreaux inhumains , mais il obéit encore chaque jour à tout prêtre qui prononce les paroles de la consécration, fût-il le plus grand des scélérats. Non seulement il a été patient en supportant les calomnies, les injures, les affronts elles souffrances les plus atroces, mais il souffre encore aujourd hui les immodesties, les profanations et les sacrilèges. Non seulement il a donné de sa bonté, de son intelligence et de sa puissance pour éclairer et diriger son épouse dans la bonne voie, mais il lui donne encore aujourd'hui tout ce qu'il possède, son corps, son sang, son âme et sa divinité; il la nourrit de sa propre substance.
Jésus-Christ aime donc toujours son EgUse, malgré ses défauts; car, encore que l'Eglise, qui est la véritable épouse de Jésus-Christ, soit sans tache, on peut dire néanmoins qu'en considérant l'Eglise comme renfermant tous les fidèles qui n'en sont pas exclus, elle a des défauts. Il y a des fidèles qui se
révoltent contre Dieu, qui l'oirensent journellement et qui crucifient Jésus-Christ; cela n'empêche pas Jésus-Christ de l'aimer toujours , de tendre une main compatissante aux pécheurs même les plus endurcis, de les prévenir par ses inspirations et par ses grâces, et de les ramener dans la bonne voie.
L'Eglise, de son côté, a un amour constant pour Jésus-Christ ; elle travaille, combat et souffre toujours pour lui ; et bien que son Epoux semble quelquefois l'oublier et l'abandonner aux insultes de ses ennemis, elle déploie un courage héroïque, une constance à toute épreuve, même au milieu des plus cruelles persécutions.
C'est ainsi, mes frères, que les époux doivent s'aimer : quelles que soient les circonstances dans lesquelles ils peuvent se trouver, quels que soient les défauts qu'ils découvrent en eux, quelles que soient leurs misères intellectuelles et morales, leur affection réciproque doit être constante et durer autant que leur vie ; ils doivent s'aimer dans la mauvaise comme dans la bonne fortune, dans la tristesse comme dans la joie, dans la maladie comme en santé.
Mais est-ce bien là, mes frères, ce que nous voyons dans tous les mariages chrétiens? L'affection qui n'a d'autre motif que le caprice ou la passion n'est-elle pas inconstante comme le caprice ou la passion elle-même? C'est à peine si elle dure quelques années et même quelques mois. Le mariage n'est que le résultat d'une passion désordonnée qui a aveuglé les époux sur leur mérite ; mais quand le calme"
a succédé à reiïervcscence diimomcnl, on voit les choses sous un autre point de vue, on découvre des délauts qu'on n'avait pas remarqués d'abord, et le dé^M)ul et la haine succèdent bientôt à une allection qui n'avait rien de solide.
L'amour de Jésus-Christ pour son Eglise est surnaturel ; car il n'a d'autre but que de la purifier, la sanctifier et la conduire au ciel. Pourquoi l'étable de Bethléem et le Golgotha? pourquoi cette pauvreté absolue? pourquoi ces travaux, ces souilrances et cette mort ignominieuse de Jésus-Chriet? Pour arracher son Eglise aux choses sensibles et lui faire goûter les choses du ciel. L'Eglise, de son' côté, aime son Epoux d'un amour surnaturel, puisqu'elle ne cherche qu'à faire sa volonté en toutes choses, à faire bénir et glorifier son saint nom, à faire connaître et pratiquer les vertus chrétiennes, à sauver les âmes.
Telle doit être l'affection chrétienne qui unit les époux ; il faut qu'elle ait la grâce pour principe, et pour fin leur propre sanctification. Ils doivent s'aimer en Jésus- Christ, pour Jésus-Christ et avec Jésus-Christ. C'est dans le cœur même de Jésus-Christ qu'ils doivent puiser cette sainte affection qui les soutiendra au milieu de toutes les épreuves de cette vie.
Ne croyez donc pas, chrétiens, que la charité qui doit vous unir vous oblige à épouser les querelles Tun de l'autre, à condescendre à ce qui est contraire à la loi de Dieu, à contracter les mêmes habitudes mauvaises. Ce n'est plus de la charité, c'est de la haine; car vous travaillez à rendre votre
conjoint plus coupable encore, à le fortifier dans le mal età le perdre pour l'éternité. Ce n'est pas delà charité, c'est une affection charnelle qui ne voit de bonheur et de plaisir que dans la grossière satisfaction des sens, au détriment du devoir et de la conscience. Ce n'est plus de la charité, c'est une affection brutale, c'est une apostasie, c'est l'adoration de la matière.
Votre affection doit être surnaturelle. Si donc l'un de vous tombe malade, l'autre doit lui procurer au plus tôt et avant tout les secours surnaturels dont il a besoin ; il faut sauver son âme, sLvous voulez vous trouver réunis un jour dans le ciel. N'attendez donc pas que le malade soit aux portes du tombeau pour appeler un confesseur; n'attendez pas qu'il ait perdu connaissance, autrement vous le mettez dans le plus grand danger de perdre son âme et de se perdre pour l'éternité. Vous craignez, dites-vous, de l'effrayer et de lui occasionner une émotion trop vive ; mais ne v oyez-vous pas que votre affection va devenir de la cruauté? Non, non, ce n'est plus là une véritable et sincère affection ; c'est une faiblesse coupable. Si vous n'aviez pas d'héritiers, vous ne craindriez pas de lui parler de la nécessité de faire son testament ; vous trouveriez le moyen de l'amener à vous donner en tout ou en partie les biens qu'il possède, parce qu'il s'agit là de vos propres intérêts. Et pour sauver son âme des feux de l'enfer vous ne prenez pas autant de précautions que pour hériter de ses biens? Où est votre foi? où est votre charité?
Votre afîoclion (loitôlrcsurnatiirollo. Si donc l'un des deux époux n'est chrétien que de nom, il faut que l'autre travaille constamment, mais avec prudence et charité, à le convertir à Dieu, à le ramener à la pratique de la religion et à l'accomplissement de ses devoirs de chrétien. Voyez ce que fait Jésus- Christ pour amender son épouse et la rendre agréable à Dieu : il s'abaisse pour l'élever, il se fait pauvre pour l'enrichir, il se sacrifie pour la sauver. Non, il n'y a rien qu'il ne souffre pour que cette épouse soit digne de lui et digne de Dieu. C'est ainsi que les époux doivent s'aimer et s'entr'aider dans l'œuvre importante du salut. Il faut qu'ils supportent les humiliations, les privations de tous genres, les persécutions et la mort môme, s'il le faut, pour arracher une âme à l'enfer et l'envoyer au ciel. Oh ! combien votre âme soufï're, si vous savez apprécier l'inestimable trésor de la grâce, en voyant à côté de vous un époux ou une épouse qui demeure dans l'état de péché mortel, et qui peut être précipité dans les abîmes éternels au moment où il s'y attend le moins ! Pourriez-vous reculer devant quelque sacrifice pour sauver une âme qui doit vous être si chère ?
La seconde obligation est la fidélité. Ecoutez saint Paul expliquant les devoirs des époux chrétiens : « La volonté de Dieu est que vous vous sanctifiiez et que vous vous absteniez de fornication. Que chacun de vous tâche donc de conserver son corps dans la sainteté et dans l'honneur, et non dans la soumission aux convoitises de la chair, comme font les
gentils qui ne connaissent pas Dieu(1). » Dans son Epitre aux Hébreux, il leur dit encore : « Rappelezvous que le mariage est une chose honorable ; il faut donc que vous l'honoriez en tout ce qui y a rapport. Que le lit conjugal soit donc sans souillure; car Dieu réserve un jugement sévère aux fornicateurs et aux adultères (2). »
Les époux se doivent donc fidélité, et une fidélité inviolable; car, selon la doctrine du grand apôtre, le mari ne s'appartient plus, mais il appartient à sa femme, et la femme appartient à son mari. Par le mariage les époux se transfèrent le domaine de toute leur personne. Le mari et la femme ne doivent donc plus être occupés qu'à se sacrifier l'un pour l'autre, afin de faire leur bonheur réciproque. Agir autrement, ce serait une injustice, un vol qu'ils se feraient l'un à l'autre.
Les maximes du monde sont sans doute bien différentes de cette doctrine ; car si un époux se rend coupable d'infidélité, ce n'est qu'une faiblesse bien pardonnable ; mais si la femme a le malheur de. commettre la même faute, c'est un crime énorme, digne du dernier supplice. Pourquoi donc cette différence? Pourquoi veut-on que les épouses soient des modèles de vertu, tandis que tout sera permis aux époux? Ne voyez- vous pas que ceux-ci ne sauraient se livrer à leurs mauvais penchants sans que celles-là ne soient leurs complices ? L'obligation de
(1) I Thessal., ly.
(2) Hebr., xiii.
garder la fidélité est la nu>me pour l'époux et pour l'épouse ; tous deu\ ont fait le môme serment, tous deux ont eédé la propriété de leurs personnes et ne s'appartiennent plus.
Jésus-Christ est eneore iei votre modèle ; car il est iidèle à son Eglise , il lui a donné la propriété de tous ses biens, de son corps, de son sang, de son âme et de sa divinité. En qualité d'Epoux de l'Eglise, il nous donne son corps précieux, et il prend les nôtres pour les joindre au sien et en faire ses membres. Quand les protestants nous disent (|ue Jésus-Christ n'est pas en leur Eucharistie, ils ont raison : ils ne sont pas la véritable Eglise, l'unique épouse de Jésus-Christ; il ne doit donc pas leur livrer son corps. C'est l'Eglise catholique, apostolique et romaine seule qui possède ce précieux corps, et qui le possédera jusque dans l'éternité.
C'est pour ce motif, mes frères, que parmi les chrétiens l'infidélité est un crime énorme. A l'origine des temps, ce fut ce péché qui alluma le feu de la colère de Dieu et lui fit prendre la résolution d'exercer sa justice de manière à épouvanter toutes les générations futures. C'est lui qui excita dans son cœur le repentir d'avoir créé l'homme, qui ouvrit les sources de l'abîme pour inonder le monde entier et le purifier. C'est lui qui fit descendre le feu du ciel sur des villes dont le nom est encore aujourd'hui un titre d'infamie.
Mais ce crime est aujourd'hui plus énorme encore qu'il n'était alors ; carie corps des époux chréilens est une chose sainte, il a été comme la matière
même du sacrement de Mariage. C'est avec un profond respect que l'Eglise traite l'eau du Baptême, J'huile des catéchumènes et des infirmes, et le saint chrême, parce que c'est la matière de quelques sacrements, qu'elle a été consacrée par les bénédictions de l'Eglise et l'invocation du saint nom de Dieu. Mais votre corps n'a-t-il pas été la matière d'un sacrement? n'a-t-il pas été sanctifié parle Baptême, par la Confirmation, par la sainte Eucharistie, et enfin par le Mariage, quand vous avec reçu ce dernier sacrement? Et vous le souillez ensuite par des infidélités, par des actions honteuses et infâmes ! Quelle trahison ! Vous foulez aux pieds les serments que vous avez faits à la face du ciel et de la terre, en présence de Dieu, des anges et des hommes !
E'empereur Constantin porta une loi contre les adultères et les condamna aux mêmes peines que les parricides, c'est-à-dire à être brûlés ou enfermés dans des sacs et jetés à la mer, parce que, ditil, ce sont des sacrilèges; ils ont profané le sacrement de Mariage. Les enfants sortis de celte source empoisonnée ne contracteront-ils pas un second péché originel qui les précipitera dans tous les désordres? Que d'injustices sont encore le résultat de ces crimes en jetant la perturbation dans les familles et dans les successions , injustices qui privent les enfants légitimes d'une partie de leur héritage, injustices qu'on ne répare presque jamais !
Nous vous avons démontré qu'aucune puissance au monde, pas même le Souverain Pontife, ne sau
lait dissoudre le maiîago do deux époux qui ont demeuré et vécu ensemble. Non, mes frères, l'Eglise, (jui dispense des vœux et des serments, qui peut rompre les chaînes des plus étroites obligations, qui ouvre le ciel et ferme l'enfer, qui commande aux démons et produit la grâce de Dieu dans les âmes , l'Eglise ne peut rompre un tel mariage. C'est pourquoi, si, dès le lendemain des noces, l'un des époux tombe malade et soit paralysé de tous ses membres, l'autre ne saurait s'en séparer. Si l'un des époux s'est rendu coupable d'empoisonnement, d'assassinat, ou s'il est devenu hérétique, athée, apostat, l'autre époux est obligé de vivre avec lui. Mais si l'un d'eux se rend coupable d'infidélité, quel que soit son repentir de celte faute, l'autre a le droit de se séparer de lui et de ne plus lui rendre aucun devoir ; c'est Jésus-Christ lui-même qui lui accorde ce droit, parce que son conjoint a rompu un lien sacré qui représente 1 union de Jésus-Christ avec l'Eglise, et a ainsi porté atteinte, autant qu'il était en lui, à l'union de Jésus-Christ avec l'Eglise.
En supposant que les époux seraient tombés si l)as dans l'infamie et la honte, qu'ils auraient pensé devoir s'accorder réciproquement cette liberté qui n'a pas de nom, et qu'ils ne se croiraient pas déshonorés par des actes de cette nature (car on dit que cette supposition n'est pas chimérique), ils n'en seraient que plus coupables devant Dieu; ils seraient descendus au dernier degré de la démoralisation, et auraient brisé la barrière qui les sépare de !a brute.
Mais n'oubliez pas que vous vous devez réciproquement tout ce que vous possédez, votre intelligence, votre esprit, votre cœur. Vous devez donc regarder comme des fautes d'infidélité des affections étrangères, quand elles sont volontaires. Vous devez vous interdire toute liaison, toute familiarité avec des personnes qui ne vous appartiennent pas , éviter tout désir de plaire à d'autres qu'à vos époux et à vos épouses, et éloigner de vous tout i'-e qui serait capable d'exciter la défiance, la jalousie, et même le simple soupçon d'infidélité et d'attachement étranger.
Homme du monde, vous laissez votre épouse pour porter vos hommages à d'autres, et vous cherchez toutes les occasions de les voir et de leur parler : vous, femme chrétienne, vous ne recevez plus qu'avec indifférence les témoignages d'affection de votre époux, et vous recueillez avec plus de plaisir ceux d'un étranger. Prenez garde, vous marchez sur des charbons ardents, et si vous n'êtes pas encore criminels, vous êtes sur le point de le devenir. Brisez au plus tôt ces relations, et ne vous inquiétez nullement de ce que dira le monde; vous êtes chrétiens, et vous ne devez plus avoir d'autre liberté que celle de plaire à Dieu età votre époux, de faire les volontés de l'un et de l'autre quand elles ne sont pas en opposition avec la loi de Dieu. N'oubfiez jamais ■ces belles paroles que l'ange adressa autrefois à Tobie : « Le démon exerce son pouvoir sur ceux qui se marient, en chassant Dieu de leur cœur, et pour satisfaire les instincts grossiers des sens, comme
le cheval et le mulet, qui sont dépourvus d'intelli- ^ence. Pour vous, quand vous aurez celte vertueuse t'emni(\ ne perdez jamais la crainte du Seigneur, mais conduisez-vous de manière à obtenir dans vos enfants les bénédictions promises aux enfants dlsraël ;1). »
Le devoir de la lidélité suppose celui de la cohabitation ; c'est-à-dire que les époux doivent demeurer ensemble pour se rendre les services qu'ils se doivent réciproquement; et ils ne peuvent, sans oUenser Dieu, se séparer, à moins qu'ils n'aient des motifs graves et légitimes. Or, mes frères, que d'infractions à cette loi ! A peine le mariage est-il accompli, que les époux de caractères différents ne peuvent plus se supporter, et qu'ils vivent séparément. C'est un divorce de fait, sinon de droit; c'est un état contre nature et qui aura nécessairement les plus tristes résultats. Que deviendront en effet ces malheureux époux dans cette situation forcée? Ne seront-ils pas un sujet perpétuel de scandale, de censure, de médisance et de satire? Chacun des deux voulant se justifier aux dépens de l'autre, ils se poursuivront par des accusations réciproques et déshonorantes; ils révéleront au public, qui s'en amusera, des actes produits par de honteux désordres, des haines mutuelles et des inimitiés furieuses. Enfin peut-on espérer qu'au moins ils n'auront aucune relation criminelle avec d'autres? Hélas! ils n'ont pas eu la force de réprimer la vivacité de leur,
(i) Tob., VI, 47;
caractère ou leur mauvaise humeur, et vous pourriez croire qu'ils seront assez forts pour repousser des tentations plus violentes? Vous ne connaissez donc pas les mauvaises inclinations de la nature humaine ?
Et les enfants, s'il y en a, que deviendrontils? Quelle éducation recevront-ils? Quelle funeste impression ne feront pas sur eux ces querelles, ces divisions, ces séparations scandaleuses? Alors se vérifieront ces paroles du Fils de Dieu : « Tout royaume divisé contre lui-même sera désolé, et toute maison divisée en elle-même sera ruinée. »
Reconnaissons cependant qu'il y a des séparations de corps et de biens qui sont nécessaires, parce qu'elles sont fondées sur des raisons graves et autorisées par les directeurs des consciences. Mais toutes ont-elles des motifs aussi légitimes? Pourquoi tant d'époux ne vivent-ils plus ensemble? Parce qu'ils ne peuvent pas ou ne veulent pas se supporter avec leurs défauts ou leur mauvais caractère ; parce que le joug du mariage leur est devenu odieux, et qu'ils veulent vivre en toute liberté, sans aucune retenue et sans aucune loi.
Voulez-vous donc prévenir ces funestes extrémités, lors même qu'elles sont nécessaires ? Ayez soin de réprimer ces appétits grossiers, ces inclinations déréglées d'où naissent ordinairement le dégoût, l'ennui, la haine de ce qu'on appelle la servitude, et le désir ou plutôt la fureur de rompre les liens sacrés du mariage. Efforcez-vous de corriger votre caractère hautain, fier, indomptable, capricieux ou
inconstant, (jui est pcut-ùtrc l'unique cause de vok emportements et de vos divisions. Si votre conjoint a ses délauts, n'oubliez pas que vous avez aussi les v(\tres, plus nombreux, plus grands que vous ne pensez. Commencez donc par donner le bon exemple en vous corrigeant vous-même, et c'est alors que vos avertissements seront reçus avec docilitc et avec reconnaissance. Conservez toujours entre vous celte estime réciproque que vous aviez dans les premiers temps de votre mariage, et traitez-vous avec les égards que la religion vous commande d'observer bien plus encore que la politesse. Rappelez-vous que vous êtes chrétiens, et qu'en cette <jualité vous devez pratiquer les vertus de douceur, de patience, de générosité et de dévouement. Oui, vous êtes chrétiens; vous n'êtes donc pas dans ce monde pour y jouir des biens de la terre, mais pour y travailler et souffrir, pour porter chaque jour votre croix et mourir avec Jésus crucifié (î). Amen.