‹ Instructions paroissiales sur le sacrement de mariageChapitre 18 sur 21 · SUZANNE · texte numérisé non relu

SUZANNE

En lisant la vie de sainte Elisabeth de Hongrie, on est vivement touché de l'affection si vive, si tendre, si pure et si sainte qu'elle avait pour le roi Louis son époux, et à laquelle i' répondait par une affection semblable. Cette pieuse princesse partageait son temps entre les exercices de la dévotion, de la charité et de la pénitence ; mais elle ne faisait

(1) Voir Ange Raineri, Cours d'instructions familières.

jamais rien sans l'agrément de son époux. Louis, de son côté, lui témoignait en toutes circonstances combien il appréciait sa vertu et combien elle lui était chère. Plus d'une fois la calomnie s'efforça de troubler l'union de ces deux cœurs si bien faits l'un pour l'autre, mais le roi eut assez de discernement pour la reconnaître et assez de fermeté pour la bannir de sa présence. Il nous est impossible d'entrer dans les détails d'une vie si remarquable que celle de sainte Elisabeth. Nous y renvoyons nos lecteurs. Mais nous leur faisons remarquer en même temps que c'est moins aux qualités de la nature qu'à la grâce de Dieu, dont ils étaient remplis, que ces deux époux ont dû cet amour si vif et si tendre qui les unissait. Quand cet amour n'est pas^^chrétien, il fait défaut par quelque endroit, parce que la nature est imparfaite. Il faut donc dire aux époux : Voulez-vous n'avoir qu'un cœur et qu'une âme? soyez bons chrétiens.

Il y avait un homme qui demeurait à Babylone, et son nom était Joakim. Il épousa une femme nommée Suzanne, fille d'Helcias, qui était parfaitement belle et qui craignait Dieu. Car, comme son père et sa mère étaient justes, ils avaient instruit leur fille selon la loi de Moïse. Or, Joakim était fort riche, et il avait un jardin fruitier près de sa maison, et les Juifs allaient souvent chez lui , parce qu'il était le plus considérable de tous. On avait établi pour juges, cette annéelà, deux vieillards d'entre le peuple, dont le Seigneur a parlé lorsqu'il a dit que l'iniquité est sortie de Babylone par des vieillards qui étaient juges et qui semblaient conduire le peuple. Ces vieillards allaient d'ordinaire à la maison de Joakim, et tous ceux qui avaient des affaires à juger venaient les y trouver.

Sur le midi, lorsque le peuple s'en était allé, Suzanne entrait et se promenait dans le jardin de son mari. Ces vieillards l'y voyaient entrer et s'y promener tous les jours , et ils conçurent une ardente passion pour elle; leur sens en fut perverti, et ils détournèrent leurs yeux pour ne point voir le ciel et pour ne point se souvenir des justes jugements de Dieu. Ils étaient donc tous deux blessés de l'amour de Su-

ïanne, et néanmoins ils ne se communiquaient point le sujet lie leurs peines ; car ils rougissaient de se découvrir l'un à Tautre leur passion, ayant dessein de corrompre cette femme, et ils observaient tous les jours avec grand soin le temps où ils pourraient la voir. Et ils se dirent l'un à Taulre : «Allonsnous-en chez nous, parce qu'il est temps de dîner. » Et, étant sortis, ils se séparèrent l'un de Taulrc. Mais, revenant aussitôt, ils se trouvèrent ensemble; et, après s'en être demandé la raison Tun à l'autre, ils s'avouèrent leur passion, et alors ils convinrent de prendre le temps où ils pourraient trouver Suzanne seule.

Lorsqu'ils observaient un temps propice, il arriva que Suzanne entra dans le jardin, selon sa coutume, étant accompagnée de deux filles seulement, et qu'elle voulut se baigner, parce qu'il faisait chaud ; et il n'y avait personne alors quelesdeuK vieillards,quiétaient cachés et qui la regardaient. Alors Suzanne dit à ses filles : « Apportez-moi de l'huile de parfum et des pommades, et fermez les portes du jardin afin que je me baigne. » Ces iilles firent ce qu'elle leur avait commandé ; elles fermèrent les portes du jardin, et elles sortirent par une porte de derrière pour apporter ce que Suzanne leur avait dit; elles ne savaient pas que les vieillards étaient cachés dans le jardin.

Aussitôt que les filles furent sorties, les deux vieillards accoururent à Suzanne et lui dirent i « Les portes du jardin sont fermées; personne ne nous voit, et nous brûlons de passion pour vous; rendez-vous donc à notre désir, et faites co que nous voulons. Si vous ne voulez pas, nous porterons témoignage contre vous, et nous dirons qu'il y avait un jeune homme avec vous, et que c'est pour cela que vous avez renvoyé vos filles. » Suzanne soupira et dit : « Je ne vois que danger de toutes parts ; car si je fais ce que vous désirez, je suis morte, et si je ne le fais point, je n'échapperai pas de vos mains. Mais il vaut mieux pour moi tomber entre vos mains sans avoir commis le mal que de pécher en la présence du Seigneur, w Suzanne aussitôt jeta un grand cri, et les vieillards crièrent aussi contre elle. L'un d'eux courut à la

porte du jardinet l'ouvrit. Les serviteurs de la maison, ayant entendu crier dans le jardin, y coururent par la porte de derrière pour voir ce que c'était. Les vieillards le leur ayant dit, ces serviteurs en furent extrêmement surpris, parce qu'on n'avait jamais rien dit de semblable de Suzanne.

Le lendemain, le peuple étant venu en la maison de Joakim son mari, les deux vieillards y vinrent aussi, pleins de la résolution criminelle qu'ils avaient formée contre Suzanne pour lui faire perdre la vie ; ils dirent devant le peuple ; «Envoyez cliercher Suzanne, lilled'Helcias et femme de Joakim. » On y envoya aussitôt. Elle vint accompagnée de son père et de sa mère, de ses enfants et de toute sa famille. Suzanne était remplie de grâces et d'une beauté remarquable. Comme elle avait le visage couvert d'un voile, ces mécliants commandèrent qu'on le lui ôtût, afin de se satisfaire au moins de cette manière par la vue de sa beauté. Tous ses parents et tous ceux qui la connaissaient répandirent des larmes. Alors ces deux vieillards, se levant au milieu du peuple, mirent leurs mains sur la tête de Suzanne, qui leva en pleurant les yeux au ciel, parce que son cœur avait une ferme confiance dans le Seigneur.

Et ces vieillards dirent : « Lorsque nous nous promenions seuls dans le jardin, celte femme est venue avec deux filles. Ayant fait fermer les portes du jardin, elle a renvoyé ses filles, et un jeune homme, qui était caché, est venu et a commis le crime avec elle. Nous étions alors dans un coin du jardin. Voyant cette méchante action , nous avons couru à eux, et nous les avons vus dans cette infamie. Nous n'avons pu prendre le jeune homme, parce qu'il était plus fort que nous, et qu'ayant ouvert la porte, il s'est sauvé. Mais pour elle, l'ayant prise, nous lui avons demandé quel était ce jeune homme, elle n'a pas voulu nous le dire; c'est de quoi nous sommes témoins, w

Toute l'assemblée les crut, comme étant anciens et juges du peuple , et ils condamnèrent Suzanne à mort. Alors Suzanne jeta un grand cri, et elle dit î «Dieu éternel, qui pénétrez ce qu'il y a de plus caché, qui connaissez toutes choses

avant mémo (iirelles soient faites, vous savez qu'ils ont porté contre moi un faux témoignage ; et cependant je meurs sans avoir rien fait de ce qu'ils ont inventé si malicieusement contre moi. ))

Le Seigneur exauça sa prière. Lorsqu'on la conduisait à la mort, il suscita l'esprit saint d'un jeune enfant appelé Daniel, qui cria à haute voix : « Je suis innocent du sang de cette femme. wTout le peuple se tourna vers lui et lui dit : « Que veut dire cette parole que vous venez de proférer? » Daniel, se tenant debout au milieu d'eux, leur dit : «Etes-vous si insensés, enfants d'Israël, que d'avoir ainsi, sans juger et sans connaître la vérité, condamné une fdle d'Israël ? Retournez pour la juger de nouveau, parce qu'ils ont porté un faux témoignage contre elle. »

Le peuple retourna donc en grande hâte. Les vieillards dirent à Daniel : « Venez et prenez votre place au milieu de nous, et instruisez-nous, parte que Dieu vous a donné l'honneur de la vieillesse, o Daniel dit au peuple : « Séparez-les loin l'un de l'autre, 'et je les jugerai. » Ayant donc été séparés l'un de l'autre, Daniel appela l'un d'eux et lui dit : « Homme qui av€z vieilli dans le mal, les péchés que vous avez commis autrefois sont retombés maintenant sur vous, vous qui rendiez des jugements injustes, qui opprimiez les innocents et qui sauviez les coupables, quoique le Seigneur ait dit : Vous ne ferez point mourir l'innocent et le juste. Maintenant donc, si vous avez surpris cette femme, dites-moi sous quel arbre vous les avez vus converser ensemble. » 11 lui répondit : « Sous un Icntisque. » Daniel lui dit : « C'est justement que votre mensonge va retomber sur votre tête -, car voilà l'ange qui sera l'exécuteur de l'arrêt que le Seigneur a prononcé contre vous et qui vous coupera en deux. »

Après l'avoir fait retirer, il commanda qu'on fit venir l'autre, et lui dit : «Race de Ghanaan et non de Juda, la beauté vous a séduite et la passion vous a perverti le cœur. C'est ainsi que vous traitiez les filles d'Israël; et elles, ayant peur de vous, conversaient avec vous. Mais la fille de Juda n'a pu souffrir votre iniquité. Maintenant donc, dites-moi sous quel

arbre vous les avez surpris lorsqu'ils conversaient. » Il lui répondit : « Sous un chêne. » Daniel lui dit : «C'est justement que votre mensonge va retomber maintenant sur votre tête \ car range du Seigneur est tout prêt, et tient l'épée pour vous couper par le milieu du corps et pour vous faire mourir tous deux. »

Aussitôt tout le peuple jeta un grand cri, et il bénit Dieu, qui sauve ceux qui espèrent en lui. Ils s'élevèrent contre les deux vieillards, parce que Daniel les avait convaincus par leur propre bouche d'avoir porté un faux témoignage. Ils leur firent souffrir le même mal qu'ils avaient voulu faire à leur prochain, pour exécuter la loi de Moïse. Ainsi ils les firent mourir , et le sang innocent fut sauvé en ce jour-là. Helcias et sa femme rendirent grâces à Dieu pour Suzanne leur fille, avec Joakim son mari et tous ses parents, de ce qu'il ne s'était trouvé en elle rien qui blessât Thonnêteté.

Voilà une femme placée dans une cruelle alternative : ou se rendre coupable d'un grand crime devant Dieu, ou être condamnée à mort et perdre sa réputation et son honneur devant les hommes. Cependant, parce qu'elle craint Dieu, elle ne balance pas un instant ; elle porte la vertu jusqu'à l'héroïsme, elle conserve son âme pure, préférant ainsi l'amitié de Dieu à l'amour de la vie et de sa réputation. Femmes chrétiennes, voilà un admirable exemple \ ayez-le constamment sous les yeux, surtout au jour de la tentation , et, avec la grâce de Dieu, vous en triompherez comme Suzanne.

XVr INSTrxUCTION.

Deiroirs du cltef de la famille.

Mtdieres viris suis subditœ sint sicut Domhuts, quoniam vir caput est nmlieris sicut Chrislus caput est Ecclesiœ.

Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Sei!,Mieiir , parce que iliomme est le chef de la femme comme Jésus-Christ est le chef de l'Eglise.

(Ephés., V, 22 el 230

Puisque tout dépend de la constitution chrétienne de la famille, saint Pierre, le prince des apôtres, n'a pu manquer d'en parler aussi luimême et de rappeler aux époux et aux épouses leurs principales obligations. Ecoutez donc ses paroles, elles sont remarquables : « Que les femmes, dit-il, soient soumises à leurs maris, afin que si leurs maris ne croient pas encore à la prédication apostolique, ils puissent être gagnés à la foi sans cette prédication, par la vie sainte de leurs femmes, voyant la chasteté de leurs mœurs, dans la crainte du Seigneur. Qu'elles ne se soucient donc pas trop de leur parure du dehors, de l'arrangement des cheveux, des anneaux d'or, ou des riches vêtements. Ce sont les ornements de l'homme intérieur qui doivent les préoccuper avant tout, la

douceur et la pureté du cœur ; car c'est là la vraie richesse devant Dieu. C'est ainsi qu'autrefois les saintes femmes, n'espérant qu'en Dieu, cherchaient à se parer et restaient soumises à leurs époux. C'est ainsi que Sara obéissait à Abraham et l'appelait son seigneur. De qui, vous, femmes, vous serez aussi les vraies filles, si vous vous appliquez à faire le bien sans vous laisser détourner par aucune crainte. Vous aussi, maris, vi\ez avec vos femmes selon la science de la loi de Dieu; respectez-les, honorez -les, par cela même qu'elles sont un vase plus faible, en vous rappelant qu'elles sont les cohéritières de la même grâce, de la même rédemption que vous : c'est a cette condition que vos prières pourront s'élever à Dieu sans empêchement (1). »

Le grand apôtre ne parle pas avec moins de clarté : « Que les femmes, dit- il, soient soumises à leurs maris comme au Seigneur, parce que l'homme est le chef de la femme comme Jésus-Christ est le chef de l'Eglise et le sauteur de son corps ; et comme l'Eglise est soumise à Jésus-Christ, ainsi les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses. »

Or, mes frères, Jésus-Christ, en sa qualité de chef de l'Eghse, demeure avec elle tous les jours pour l'instruire et la diriger. C'est lui qui enseigne,. qui baptise, qui absout, qui unit les époux par le sacrement de Mariage ; en un mot, c'est lui qui fail

(1) ï Petr., m, i.

tout dans son Eglise : les ministres ne sont que des instruments.

Rappelez-vous ce qui s'est passé dans la sainte. Famille. L'auguste Mère de Dieu, Marie est comblée de grâces, et elle est remplie de toutes les qualités nécessaires pour se bien conduire et savoir ce qu'elle doit faire. Cependant elle reçoit les ordres du ciel par l'intermédiaire de son chaste époux. Un ange est envoyé à Joseph et non à Marie , et il lui dit : « lïérode cherche l'enfant pour le faire mourir; levez-vous, prenez l'enfant et sa mère, et fuyez en Egypte. » Sept ans après, un ange va lui dire : « Celui qui cherchait à faire mourir l'enfant est mort; retournez en Judée. »

Le mari est donc le chef de la famille, et la femme doit lui obéir en toutes choses. D'où il suit que la première obligation de l'époux est de se soumettre à la loi de Dieu ; mais il faut qu'il reçoive les ordres du ciel, comme le chaste Joseph. Il les transmet, mais il ne les donne pas.

Notre divin Sauveur est la sagesse vivante et éternelle de Dieu ; il lui appartenait d'enseigner par lui-même; cependant il ne le fait pas. Sa doctrine n'est pas sa doctrine, mais la doctrine de son Père qui l'a envoyé. Il n'a qu'un seul soin et une seule occupation, c'est de faire la volonté de son Père; bien plus, c'est sa vie et sa gloire. « Ma nourriture, dit-il, est de faire la volonté de mon Père. » Voilà donc, époux chrétiens, la première de vos obligations, c'est d'écouter la voix de Dieu qui vous est manifestée par son Eglise ; car ce n'est pas vous

qui devez enseigner ou commander dans votre maison, mais c'est Dieu lui-même qui enseigne et qui commande ; et voilà pourquoi l'apôtre veut que vos femmes vous soient soumises comme au Seigneur.. Si donc il vous arrivait d'enseigner ou de commander des choses contraires à la loi de Dieu, non seulement on peut, mais on doit vous désobéir. Il ne peut y avoir d'autorité contre Dieu. Vous avez entendu le prince des apôtres vous ordonner de vivre avec vos femmes selon la science de la loi de Dieu.

La seconde obligation du mari est la surveillance ; car il est dans sa famille ce qu'est l'évêque dans son diocèse, et l'évêque doit d'abord enseigner et surveiller. Son nom, qui signine intendant ou surveillant, lui rappelle sans cesse cette seconde obligation. Le mari doit donc exercer une surveillance continuelle sur sa femme et sur ses enfants ; car c'est à lui, puisqu'il a l'autorité en main, qu'il appartient de corriger les abus ; mais pour les corriger, il faut les connaître, et par conséquent il faut l'œil du maître.

Prenez garde cependant de tomber dans un excès contraire, de vous conduire comme si votre femme ne vous inspirait aucune confiance, et d'imiter ces hommes jaloux qui prennent ombrage de tout, qui se fâchent et s'irritent, parce que leur femme s'est montrée polie, honnête et charitable. Ce serait de votre part une grave injure dont elle se- tiendrait offensée ; ce qui peut-être suffirait pour la porter à une multitude de péchés dont elle n'aurait pas eu même la pensée. Votre femme est votre compagne,

vous lui devez de reslimo et du respect; Irailez-Ia donc comme votre épouse et non comme votre esclave.

Cependant il ne faut pas non plus fermer les yeuv sur sa conduilo; ce sérail une négligence coupable qui n'aurait pas de moins graves inconvénients qu'une jalouse surveillance. La religion condamne tout à la fois les hommes qui tourmentent leuis femmes par des défiances déraisonnables, et ceux qui ne veulent jamais croire le mal, quoiqu'ils aient toutes sortes de motifs de le soupçonner, et même d'en avoir la certitude. Quelle bonhomie! quel aveuglement 1 Combien cette insouciance vous rend coupable aux yeux de Dieu ! Veillez donc, sans tomber dans aucun excès de confiance ou de jalousie.

Mais il ne suffit pas de voir les abus ; il faut les faire disparaître ; il faut les corriger avec beaucoup de prudence et de ménagement, mais néanmoins avec énergie et fermeté. Vous devez donc éviter les menaces, les cris, les emportements et les injures, qui trahiraient en vous un homme sans principes religieux et sans éducation, et qui n'auraient d'autre résultat que d'aigrir le caractère et de jeter dans le désespoir. Se voyant traitée si grossièrement, peutêtre même en présence de ses enfants et de ses domestiques, au lieu de s'amender, votre épouse peutêtre s'obstinera-t-elle à faire par dépit, par contrariété, par vengeance, ce qu'elle ne faisait d'abord que par ignorance ou par légèreté. Le remède sera un poison, parce qu'il a été mal préparé ou mal ad-

ministre. Vous aurez scandalise vos enfants et vos domestiques, qui mépriseront celle que vous ne respecterez pas vous-même ; tandis qu'ils auraient pour elle une sorte de vénération, si vous la traitiez vous-même avec respect.

Faites donc la correction avec prudence et charité. Corrigez en secret, et plutôt par forme d'avis et de conseils que par forme de reproches ou de réprimandes. Le respect que vous devez à votre femme exige que vos corrections soient plutôt des désirs que des ordres, et le respect qu'elle vous doit exige qu'elle prenne ces désirs pour des ordres ou des commandements. Si la persuasion ne suffit pas, usez d'autorité ; mais ayez soin 1 ** que votre autorité soit appuyée sur la raison, de manière que votre femme en voie la justice; 2° que vos ordres soient donnés avec douceur, sans mépris, sans paroles piquantes, et par le seul désir du hien.

D'un autre côté, prenez garde de confondre la condescendance avec la faiblesse, comme ces hommes qui se laissent dominer, au grand détriment de l'autorité. C'est une bonté aveugle et qui fait compassion, parce qu'elle aura les plus funestes suites. Votre femme vous circonviendra tellement qu'il vous sera impossible de lui résister et de reconquérir vos droits. « Gardez- vous, dit l'Esprit saint, de vous laisser dominer par votre femme, de peur qu'elle ne vous gouverne à son gré et que vous n'ayez à en rougir (1). »

Pourquoi voit-on des familles qui tombent et s'en

(1) Prov., XXX T, 3.

vont en ruine? Parce que celui qui devait commander obéit, et que celle qui devait obéir commande. C'est une usurpation de la part de la femme, el une faiblesse impardonnable de la part du mari.

Mais quel doit être l'objet de cette correction 1 Tout défaut grave, et principalement les péchés capitaux, dont les effets sont désastreux pour la famille : ainsi le luxe, l'ambition, l'envie de paraîtr^e et de s'élever au dessus des autres, l'intempérance et la paresse.

Le luxe entraîne après lui une foule de désordres, des dépenses excessives, la perte du temps et quelquefois de l'honneur. Une femme dominée par cette passion provoque la colère de Dieu et devient une cause de ruine pour sa famille ; il faut qu'elle suive les modes pour la richesse et l'élégance, disons mieux, pour le ridicule et l'indécence des vêtements. Calculez, si vous le pouvez, la multitude des fautes contre la pudeur et la modestie chrétienne qui en sont la suite. Or, de pareils scandales rendent une femme gravement coupable devant Dieu, et son mari, en les tolérant, devient son complice.

La vanité inspire encore l'amour du monde, qui se révèle par de fréquentes visites à faire ou à recevoir. Mais ces visites n'ont-elles pas aussi leur danger? ne donnent-elles pas lieu à certaines libertés très-répréhensibles, à certaines inchnations qui ne sont rien moins qu'innocentes? Si vous n'en prévoyez pas les tristes conséquences, vous êtes bien aveugle ; et si , en les soupçonnant , vous

n'apportez pas au mal un prompt remède, vous êtes bien coupable.

Comment voulez-vous qu'une femme tourmentée par la vanité et l'amour du monde puisse remplir ses devoirs d'épouse, de mère et de maîtresse? Mais elle n'en a pas le temps ; il est absorbé par la toilette, par les visites et les soirées, par les parties de plaisir. « Une femme sage, dit le Saint-Esprit, qui s'occupe de ses travaux, qui aime la retraite et veille sur ses domestiques, édifie sa maison': Sapiens mulier œdificat do7num{'\Y. » Elle l'édifie, parce qu'elle en bannit le péché et y fait régner la vertu; elle l'édifie, parce qu'elle est la première à en donner l'exemple, et sait réprimer le mal avant qu'il ait pris de profondes racines ; elle l'édifie, parce que, par son économie, par son industrieuse activité, par l'ordre et la propreté qui brillent partout avec éclat, elle amène toujours l'aisance, sinon la fortune, à la maison; elle l'édifie, parce qu'elle répare à temps, elle consoHde à propos, et devient un véritable trésor pour la famille.

La femme que l'Esprit saint appelle insensée, au contraire, dissipe au lieu d'amasser. Dominée par la paresse, la curiosité ou l'intempérance, elle ne songe qu'à se divertir, ne s'occupe que de frivolités, de modes ou de bals; elle renverse, elle ruine sa maison. Sa conduite est un scandale permanent pour ses enfants et ses domestiques ; les uns et les autres vivent dans une entière indépendance, sans surveillance et sans conseil, et il est facile de com-

(1) Prov. xiv^ i.

prendre dans qnels désordres les cnlrainenl des passions fougueuses et sans frein. Elle ruine sa maison de ses propres mains ; car, loin de s'opposer au mal, elle est la première à le provoquer et à l'introduire au sein du foyer domestique. Elle ruine sa maison, parce qu'elle lui donne pour fondements le vice et l'iniquité.

Attendez quelques années, et vous verrez cette maison se fondre comme la cire près du feu. Vous y trouverez de l'aisance, peut-être de la fortune; mais quelle fortune pourrait satisfaire les caprices de la vanité, les fantaisies de l'amour-propre d'une femme mondaine qui ne vit que pour le monde? Dans l'origine, elle soldera les factures des marchands et les notes des ouvrières ; mais bientôt elle fera crédit, et un peu plus tard banqueroute. Vous verrez s'enfuir de la maison l'ordre, Téconomic, l'amour du travail et de la propreté; tout sera dans le désordre et la confusion, on ne pensera plus à rien, on ne fera plus rien. Quel malheur pour une maison d'avoir à sa tête une telle femme ! elle en sera la ruine : Millier insipiens instructam quoque desîruet. Sa vanité, son luxe, son amour des plaisirs, sa paresse, sont autant de béliers qui la battent en brèche, et fût-elle plus solidement bâtie qu'une citadelle, elle tombera bientôt sous leurs coups.

Il est donc bien important, époux chrétiens, que vous exerciez dans vos maisons une vigilance continuelle, et que vous sachiez faire la correction à temps. Les conséquences qui résultent inévitablement de la négligence de la maîtresse de la maison

sont incalculables et funestes au plus haut degré. J'appelle surtout votre attention sur le luxe des femmes, la grande plaie de nos jours. A moins que vous ne soyez propriétaires d'une mine d'or, votre fortune n'y suffirait pas. Les traitements les plus élevés des fonctionnaires et des magistrats sont absorbés par le renouvellement d'une saison. Et cependant je ne fais pas entrer dans mes calculs les mille fantaisies de la mode qui surviennent chaque semaine, et qui nécessitent une infinité de changements et de transformations pour la forme, la couleur et le ton. On dirait que les femmes se disputent comme à l'envi la triste gloire de se supplanter les unes les autres par leur ruineuse vanité, par leurs goûts bizarres et ridicules. Mais faites-y la plus sérieuse attention ; ce sont des dépenses qui vous mèneront à votre ruine. N'attendez donc pas qu'elle soit consommée pour remédier au mal, mais corrigez l'abus lorsqu'il ne fait que naître.

Il vous faut, je le sais, une fermeté à toute épreuve; car tous les moyens seront employés pour vous ébranler : on aura recours à la raison, au sentiment, aux prières, aux larmes, et bien souvent aussi à la colère et au ressentimenf Imposer silence à une femme, c'est lui infliger, dit-on, une punition au dessus de ses forces. Eh bien! il en est qui seront six mois sans ouvrir la bouche, sans dire un seul mot, parce que le mari s'est refusé à quelques uns de leurs caprices. Si vous voulez ne pas être \aincu, il vous faut un courage de héros; en entrant dans la voie de la résistance, vous entrepre-

nez une campagne aussi rude que celle d'Orlcnl, cl il vous sera plus dillicile de détruire la vanité de votre femme qu'il ne l'a été à l'armée française de prendre Sébastopol. L'atïiiire est plus sérieuse que vous ne pensez; il faut vous attendre à un long martvre. Tantôt on vous décochera des traits à bout portant, tantôt on ne répondra rien à toutes vos questions; aujourd'hui on raisonne et on vous fait voir que la position sociale a ses légitimes exigences, demain ce sont des plaisanteries mordantes sur votre avarice ou la dureté de votre cœur. D'autres fois, au moment même où vous recevez un de vos amis, où vous épanchez votre cœur dans le sien, où vous vous livrez à une douce joie, vous remarquez une expression de tristesse répandue sur la figure de votre femme; si vous lui adressez la parole, elle vous répond par des monosyllabes, et bientôt ses yeux sont deux ruisseaux de larmes. Ou' est-il donc arrivé? C'est que vous n'avez pas acheté la robe ou le châle qu'on vous demande depuis six mois.

Mais, me direz- vous, c'est là une situation intolérable, et je ne me sens pas assez de force pour soutenir une pareille lutte des années entières. Nous allons faire une transaction, un concordat; j'accorderai quelque chose, à condition qu'on me laissera jouir de quelque tranquillité, et, dans ce cas, je serai toujours le maître.

Vous êtes étrangement trompé. Si dès l'origine vous montrez une constance inébranlable à refuser ce qui n'est pas raisonnable, votre femme étant

pleine d'un affectueux respect pour vous, il vous sera facile de lui faire contracter des habitudes chrétiennes. Mais qu'il vous soit jamais possible d'établir un concordat, gardez-vous bien de le croire ; il n'y a pas de miheu pour un époux entre ces deux situations : ou dominer son épouse, ou être dominé par elle; ou être le chef de la famille, ou n'avoir que le rôle de premier domestiqne toul au plus.

Mais, direz-vous encore, ce n'est plus vivre que d'être en guerre tous les jours et pendant toute sa vie. Je l'avoue, mon cher frère; mais si ^^us pensez acheter la paix en abdiquant votre autorité, vous êtes dans une étrange erreur. L'ambition, l'amour du luxe et des plaisirs, ne disent jamais : C'est assez. Vous cédez aujourd'hui, il faudra céder demain, après-demain et toujours, jusqu'à ce que votre ruine soit complète. Pour prix de votre coupable faiblesse, votre femme ne manquera pas de vous reprocher le malheur dont elle aura été In première cause; et elle aura raison, puisqu'il ne serait pas arrivé si vous vous étiez montré un homme de cœur et un homme d'honneur. Si donc vous êtes déshonoré et ruiné, humiliez-vous devant Dieu, c'est là l'effet de votre impardonnable complaisance pour votre femme. N'est-ce pas là ce qu'a fait notre premier père? Rappelez-vous la nature et les suites de sa faute, et ne l'imitez pas, si vous voulez que votre postérité bénisse un jour votre nom.

Il faut sans doute que votre femme soit vêtue comme les personnes de sa condition; mais comme

les personnes raisonnables qui se dislingucnl par leur simplicité, leur modestie, leur bon goût, el qui savent que le mérite d'une femme consiste moins dans [la ricbessc ou la forme ridicule de ses vêtements que dans la pratique des vertus chrétiennes et dans les sentiments nobles qu'elles nous inspirent. N'avez-vous pas entendu l'apôtre sainl Pierre recommander aux femmes de ne pas trop s'occuper de leur parure du dehors, de l'arrangement des cheveux, des anneaux d'or ou des riches vêtements? Ce sont les ornements de l'homme intérieur qui doivent les préoccuper avant tout, la douceur et la pureté du cœur; car c'est là la vraie richesse devant Dieu. C'est ainsi qu'autrefois les saintes femmes cherchaient à se parer et restaient soumises à leurs maris.

Voyez-vous, mes frères, le prince des apôtres qui ne croit pas que ce soit une chose indigne de lui de s'occuper des humbles vertus que la femme doit pratiquer dans la famille et qui ont la toilette pour objet? N'oubUez donc pas de faire observer dans votre maison ces règles de conduite si sages et si importantes. Vous devez régner dans votre famille eomme Jésus-Christ règne dans son Eglise, par la justice et par la bonté. Et ne craignez pas que votre conduite grave et sérieuse soit considérée par votre femme comme un défaut d'affection; elle trouvera une preuve incontestable de votre dévouement pour t^le dans votre soin à ne la laisser manquer de rien, et à lui procurer tout ce qui est convenable à son étal et à son rang, sans favoriser ses goûts pour le

luxe; elle aura pour vous une respectueuse amitié, et vous travaillerez ainsi avec plus de courage à votre sanctification réciproque (1). Amen.

MARIE MODÈLE DE LA FEMME. — FUNESTES EFFETS DE l'aMOUR DU LUXE. — SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL.

Nous appelons de nouveau Tattention de nos lecteurs sur les beaux exemples de vertus que nous présente la sainte Famille. Quoi de plus édifiant que la conduite de saint Joseph^ le plus chaste, le plus dévoué, le plus humble, le plus laborieux de tous les époux ? Quelle attention à écouter la voix de Dieu î quel empressement à exécuter les ordres qu'il eu reçoit! Il est bien vrai qu'il a été dispensé d'exercer sa surveillance sur sa sainte épouse, ou de la corriger de ses défauts ; elle était la plus parfaite des créatures, et l'Eglise la présente pour modèle aux jeunes filles, aux épouses, aux mères, aux veuves. Fille de la tribu de Juda et de la famille de David, elle est de race noble et compte parmi ses ancêtres ce que l'antiquité offre de plus grand et de plus illustre. Cependant l'histoire ne nous dit pas qu'elle ait eu une servante ou une femme de chambre pour la servir; nous savons même qu'elle servit de sœur infirmière à sa cousine Elisabeth pendant trois mois, et que, pendant sa longue vie, elle a rempli pour elle-même les fonctions de la plus pauvre femme du plus pauvre ouvrier. Après celui du Calvaire, il n'y a pas de spectacle plus digne du ciel et de la terre que de voir l'auguste Marie, la Mère du Fils de Dieu, la Reine des anges et des hommes, occupée constamment de son ménage, ou passer ses jours à préparer les repas, c'est-à-dire à faire la cuisine, à laver la vaisselle, ci balayer la maison, à refaire des lits, à raccommoder les habits, à blanchir le linge ou faire la

(1) Voir Ange Raineri.

lessive, enfin à travailler le lin et la laine pour confeclionner lies vêtements à la sainte Famille. Est-il étonnant que les reines et les princesses les plus illustres aient voulu se rapprocher de ce parfait modèle en ne portant que des vêtements simples et modestes, et en remplissant toutes les fonctions d'une domestique ou d'une servante?

Mais ce qui nous étonne et qui est pour nous inexplicable, c'est que les femmes et les filles chrétiennes de nos jours qui témoignent de la plus tendre et de la plus vive dévotion envers Marie, l'auguste Mère de Dieu, éprouvent cependant tant de répulsion, tant d'éloignement à imiter les vertus dont nous venons de parler. Si vous les engagez à s'occuper sérieusement et à prendre soin du ménage, elles ne vous écoutent plus, ou elles prétendent que vous les condamnez aux galères perpétuelles. Parlez-leur de toilettes, de soirées, de parties de plaisir, à la bonne heure; mais balayer, coudre, tricoter, raccommoder le linge, faire la cuisine ou la lessive, c'est l'ouvrage d'une servante ou d'une débarrasseuse.

Nous sommes à nous demander s'il y a quelques moyens d'arrêter et de corriger cet amour ou plutôt cette fureur pour le luxe et le confortable de la vie. Il semble qu'on ait tout épuisé, les maximes de TEvangile, le sentiment de la foi chrétienne, les recommandations si pressantes de saint Pierre et de saint Paul, le ridicule, la raillerie, etc. ; rien ne fait impression sur elles. Les générations futures ne pourront ajouter foi aux extravagances des dames de nos jours, tant elle dépassent toute vraisemblance. Par exemple, M. et \\me pjjyi gQj^^ ^ç j)Qjj5 chrétiens et s'approchent souvent des sacrements. M™^ Paul ne dépense que dix-huit mille francs chaque année pour sa toilette, et quand elle voyage en compagnie de son mari, celui-ci est obligé de se placer sur la banquette du devant de la voiture, à côté du cocher ; il n'y a plus de place pour lui dans la voiture, madame la rempht.

M. Charles me disait, il y a quelques jours : « Vous avez bien raison, monsieur le curé, de vous élever avec force contre l'amour du luxe j ma femme, qui n'est pas du nombre des

élégantes, m'a dit qu'il lui fallait dix-sept mètres dëtoiïe pour une robe. — Et combien en faut-il donc pour les élégantes ? — De vingt-cinq à trente mètres, w

Savez-vous ce que coûte la façon d'une robe? Quatrevingt-seize francs , quelquefois cent trente-sept francs et même plus, sans compter les lionoraires de rarchitecte, du serrurier, du cordier, etc. Pour bâtir une robe, il faut au moins à deux ou trois ouvrières très-habiles trois semaines de travail, non compris les nuits et les dimanches. Une dame de la cour, qui s'admirait elle-même, dit à un oflicier de l'armée d'Orient : « Eh bien ! général, comment me trouvez-vous ? — Très-bien, madame ; vous ressemblez à la tente que j'avais en Crimée. »

Par suite de ces robes-monstres, tout est à refaire, les calèches et les voitures, les fauteuils, les chaises, les portes des maisons, les confessionnaux, etc. C'est une révolution complète.

On nous répète sans cesse que le luxe est utile au commerce et donne du travail aux ouvriers. Le commerce doit donc être florissant, et les ouvriers doivent être en voie de prospérité. Cependant j'entends de pauvres ouvrières qui me font part de leur embarras : « Monsieur le curé, me disent-elles, je travaille nuit et jour, et je n'ai pas d'argent.

— Comment cela se fait-il? — M""^ X... et M"'^ Y... , pour qui j'ai travaillé, ne me paient pas ; elles me doivent plus de iuiit cents francs. — Mais il faut leur envoyer votre note.

— C'est ce que j'ai fait déjà plusieurs fois, et ces dames ne m'ont pas répondu. — Envoyez-les au mari. — Mais le mari se fâchera, fera la guerre à sa femme, et celle-ci, indignée, me refusera sa pratique. » Il est donc certain que le luxe donne du travail aux ouvrières, mais il faut ajouter que le luxe n'est pas payé.

Il faut avouer que les hommes sont bien bons de ne pas mettre fin à un abus qui les ruine et qui devient la cause d'une multitude de désordres. Ils gémissent même assez haut, mais ils se résignent. Ils applaudissent des deux mains aux prédicateurs qui flagellent les élégantes; ils maugréent

(juaiul il faut payer, mais ils i)aieiil toul de niènie. Le puuironl-ils toujours ? Nous ne le pensons pas.

Quelqu'un demandait un jour à saint François de Sales quel moyen il fallait employer pour corriger les femmes de la coquetterie et de la vanité. Le saint docteur répondit: « Il faut mettre lefeu i\ la maison, et l'on jettera les meubles par les fenêtres. » Ce ijui signifie qu'on n'arrachera l'amour du luxe du cœur d'une femme qu'en y faisant brûler le feu de l'amour divin. Celte charité divine la poussera sans cesse à se rendre semblable à Jésus-Christ humilié et souffrant, et ne lui fera trouver le bonheur que dans les humiliations et les souffrances. Elle aimera donc la pauvreté dans son habitation, dans ses meubles et dans ses vêtements comme Jésus ; elle sera simple et modeste comme Jésus. En effet, toutes les saintes femmes qne l'Eglise honore d'un culte public ont toujours témoigné la plus vive répulsion pour le luxe et pour le faste.

D'après ce principe, nous serions donc en droit de demander à un grand nombre de dames : Etes-vous chrétiennes? Vous fréquentez les sacrements, mais les recevez-vous avec les dispositions voulues ? Vous ne vous occupez que de votre toilette, vous êtes parées comme des églises. Vous ne jetez point les meubles par les fenêtres; le feu n'est donc pas à la maison. Non, non, vous n'aimez pas Dieu, vous n'aimez pas Jésus-Christ, le Dieu des pauvres et le Dieu de la pauvreté. Vous le recevez souvent dans l'Eucharistie ; d'oià vient donc que vous n'avez pas son esprit?

Quand nous vous exhortons à faire chaque jour une demiheure ou un quart d'heure de méditation, à faire une visite au saint Sacrement, une lecture spirituelle, votre examen de conscience, vous répondez que vous n'en avez pas le temps. Celase comprend : chaque jour vous consacrez plusieurs heures à la toilette de votre corps, il ne vous reste plus rien pour la toilette de l'âme ; cependant vous n'êtes dans ce monde que pour orner et embellir votre âme, et vous ne pensez qu'à votre corps. Invitées aux noces du divin Agneau, vous n'y serez admises qu'autant que vous vous présenterez revêtues

de l'habit nuptial ; vous en occupez-vous? L'Evanj^^iie nous; dit que la porte du ciel est étroite; comment y passerezvous ?

L'époque du mariage^ si grave pour toute femme qui en comprend l'importance, où l'existence se fixe, où les faiblesses de la jeune fille doivent disparaître pour faire place à la raison calme de l'épouse, où elle a besoin d'action, de force, de patience, d'énergie et de dignité, parce qu'elle entre dans la réalité comme dans le plein exercice de la vie, cette époque marque pour M™^ de Chantai l'ère nouvelle où ses actions vont se parer d'une vertu toute chrétienne. Son premier acte est un acte d'abnégation. Le baron de Chantai, par insouciance ou faiblesse, avait grandement dérangé sa fortune. Bien qu'il sentît le danger de persévérer dans cette voie, il était incapable de surmonter les ennuis et les embarras d'une meilleure administration ; aussi s'adressa- t-il à sa femme pour la prier de se charger de ses affaires. Ce fardeau si pesant l'effraya d'abord ; elle l'accepta pourtant et se mit courageusement à l'œuvre.

Elle commença par s'entourer de domestiques choisis ; mais, en renvoyant les autres, sa prévoyante charité se révèle déjà par le soin qu'elle prend d'assurer leur sort jusqu'à ce qu'ils aient trouvé à se placer ailleurs. Elle se dépouillait de l'autorité d'une maîtrese pour se revêtir de la tendresse d'une mère, d'autant plus convaincue qu'elle servait Jésus-Christ en les servant.

La messe chaque jour et la prière en commun réunissaient maîtresse et serviteurs dans un même acte de dévotion, et, dès le moment qu'elle prit la direction des affaires, elle contracta l'habitude de se lever si matin qu'elle avait donné tous les ordres nécessaires avant que son mari ne fût éveillé. Les receveurs, les fermiers, les vassaux, durent s'adresser directement à elle; et afin qu'on ne put changer ses ordres ni prétendre les avoir oubliés ou mal entendus, elle les donna par écrit. Toutes les semaines, les comptes de ses domestiques furent réglés; tous les mois, ceux des receveurs et des fermiers. Chaque ouvrier recevait le prix de son ouvrage au

tnomenl où il le rapportait; cliaquc dottc élail payée c.\act»Mnent, et de temps en temps elle visitait ses greniers «'t ses terres pour s'assurer de l'ordre (jui devait y régner. Pourtant, malgré tous ses soins, la fortune avait été si eonipromise que les revenus ne suffisaient pas encore ; elle en parla au baron de Chantai, mais il ne voulut nullement consentir à diminuer un peu de la dépense de sa maison ou (h; celle qu'il faisait à la cour ou à l'armée. Ce fut donc cette admirable femme qui dut y pourvoir seule. Sans aflectation, sans éclat, elle retrancha peu à peu sur sa parure ; les étoiles (le prix, les bijoux, ce luxe élégant dont une jeune femme aime à s'entourer, disparurent graduellement. Puis, quand son mari s'absentait, les fêtes et les festins cessaient ; elle se renfermait dans la retraite, s'occupait de pieuses lectures et travaillait pour les églises et pour les pauvres. Alors le monde trouvait que M™'' de Chantai n'avait rien de jeune que la figure, que sa piété était bien grave pour son âge, et il ne comprenait pas tout le mérite secret de ses actions, qu'il voulait pourtant contrôler.

Aujourd'hui on se tire d'embarras autrement. Le marquis, le baron, le riche bourgeois qui dépense au delà de ses revenus, cherche le moyen d'augmenter sa fortune. Il joue à lu Bourse, et, avant dix-huit mois ou deux ans, il est complètement ruiné. Il devient fou ou il se brûle la cervelle. Sa femme, au lieu d'imiter sainte Jeanne de Chantai, augmente sa dépense de toilette, laisse les factures des marchands et les notes des ouvrières sans les acquitter, en paie la rente tout au plus. Si le mari n'a pas joué à la Bourse, le ménage pourra marcher une dixaine d'années, après quoi la déroute sera complète.

Un homme infatué des déplorables systèmes d'incrédulité qui n'ont eu que trop de vogue parmi nous fut à peine marié qu'il interdit à sa femme toute pratique de piété, lui faisant regarder la religion comme un amas de superstitions ou de préjugés. Il la lança dans les sociétés du monde et l'associa avec tout ce qu'il y avait de plus élégant et de plus passionné pour les plaisirs, pour être plus libre de s'amuser jus-

que chez lui ; il tint devant elle les plus mauvais propos. Ou'en résulta-t-il ? La jeune femme oublia tous principes et toute pudeur; elle eut son monde^ ses amis, ses convives que le mari ne connaissait seulement pas et qui le connaissaient à peine, ou qui ne le voyaient que comme un personnage ennuyeux et maussade; elle eut ses intrigues que tout le monde connut; elle se rendit la fable de toute la ville ; le scandait; devint si public, que le mari lui-même en fut instruit. La division se mit entre les époux ; la haine, les mauvais procédés, la séparation, les procès, vinrent ensemble ; mille horreurs se révélèrent, les deux époux furent déshonorés pour toujours.

Cette histoire se répète des milliers de fois aujourd'hui, et toujours elle finit de la même manière. La religion seule donne assez de force pour réprimer les passions et empêcher leurs funestes suites.

XVir INSTRUCTION.

DeYoir$9 fin iiinrl en sa fiualitë creiioiiiL.

Viri, simililer cohabitantes sccundum scientiam, quasi infirmiori vasculo muLiebri impartientes lionorem, tanquam et cohœredibus gratiœ vitœ.

Et vous, nioiis, vivez avec vos femmes selon la science de la loi de Dieu; et par cela môme qu'elles sont plus fragiles, honorez-les , respectez-les, vous rappelant qu'elles sont héritières de la même grâce, de la môme vie surnaturelle.

( I Pet., III, 7 ,

En sa qualité de chef de la famille, l'époux doit d'abord prêter une oreille docile et attentive à la voix de Dieu, étudier sérieusement sa loi sainte pour en faire la règle de sa conduite. Il doit, en second lieu, exercer une surveillance continuelle, afin de faire disparaître les abus, s'il y a lieu. Enfin il doit corriger tous les défauts graves, surtout les péchés capitaux, tels que l'amour du luxe et des plaisirs, l'intempérance, la paresse, dont les effets sont toujours si désastreux pour la famille.

Mais, en sa qualité d'époux, il doit considérer son épouse comme son égale et sa compagne, avoir pour elle une sorte de vénération et de respect ; car, s'il est le maître de la maison, elle en est la maîtresse; s'il est prince, elle est princesse; s'il est empereur, elle est impératrice ; en un mot, il partage avec elle

— sn —

son pouvoir et sa royauté. Pour que son autorité ne dégénère pas en tyrannie, il faut qu'elle soit tempérée par la bonté et par la tendresse ; et pour que sa condescendance ne devienne pas faiblesse, il faut que son affection soit affermie par l'autorité.

Jetez encore les yeux sur Jésus-Christ; il sera toujours votre modèle. Il est tout à la fois le chef et l'époux de l'Eglise, et l'Eglise est son corps et son épouse. « L'homme se choisit son épouse, dit Bossuet, mais il est formé avec ses membres; Jésus, homme particulier, a choisi son Eglise; Jésus- Christ, homme parfait, a été formé et achève de se former tous les jours en l'EgUse et avec l'Eglise. L'Eghse, comme épouse, est à Jésus-Christ par son choix; l'Eglise, comme corps, est à Jésus-Christ par une opération intime de l'Esprit de Dieu. Le mystère de l'élection, par l'engagement des promesses, parait dans le nom d'épouse; et le mystère de l'unité, consommé par l'infusion de l'Esprit saint, se voit dans le nom de corps. Le nom de corps fait voir combien l'Eghse est à Jésus-Christ ; et le nom d'épouse nous fait voir qu'elle lui a été étrangère et que c'est volontairement qu'il l'a recherchée. Ainsi le nom d'épouse nous fait voir unité par amour et par volonté, et le nom de corps nous porte à entendre cette unité comme naturelle; de sorte que dans l'unité de corps il parait quelque chose de plus intime, et dans l'unité d'épouse quelque chose de plus sensible et de plus tendre. Au fond, ce n'est que la même chose : Jésus-Christ a aimé son EgUse, et il l'a faite son épouse; Jésus-

Chrisl a accompli son mariage avec l'Eglise, o[ il l'a faite son corps...

^< Le nom d'épouse distingue pour réunir; le nom (le corps unit sans confondre, et découvre, au contraire, la diversité des mystères : unité dans la pluralité, image de la Trinité.

^< Outre cela, je vois dans le nom d'épouse la marque de la dignité de l'Eglise. L'Eglise, comme corps, est subordonnée à son chef; l'Eglise, comme épouse, participe à sa majesté, exerce son autorité, honore sa fécondité. Ainsi le titre d'épouse était nécessaire pour faire regarder l'Eglise comme la compagne fidèle de Jésus-Christ, la dispensatrice de ses grâces, la directrice de sa famille, la mère toujours féconde et la nourrice toujours charitable de tous ses enfants (1). »

Voyez-vous, mes frères, combien est grande et élevée la position de l'épouse dans la famille? Elle participe à la majesté de son époux, elle exerce son autorité, elle participe à sa fécondité. Elle est sa compagne fidèle, la dispensatrice de ses grâces, la directrice de sa famille, la mère et la nourrice de ses enfants. C'est pourquoi elle est unie d'une manière si intime à son époux, que l'Esprit saint nous la représente comme ne formant qu'une seule personne morale avec lui. Ils ne sont qu'un seul corps dont l'époux est le chef, comme les fidèles ne forment qu'une Eglise dont Jésus-Christ est le chef et le principe de vie. Saint Paul ne craint pas de dire qu'un époux doit aimer son épouse comme son pro-

(1) Bossuet, Lettres de piété.

pre corps, et que celui qui aime son épouse s'aime lui-même. « Personne, ajoute-t-il, n'a jamais haï sa chair, mais il la nourrit et la soigne ; c'est ce que Jésus-Christ fait aussi à l'égard de l'Eglise, car ]ious sommes les membres de son corps, de sa chair et de ses os... Que chacun de vous traite sa femme comme lui-même. »

Mais il importe de vous faire voir d'une manière plus explicite comment Jésus-Christ se conduit à l'égard de son Eghse, comment il l'honore et la respecte, l'assiste dans ses besoins et la supporte dans ses défauts.

i°Et d'abord il l'honore en lui confiant toute son autorité. « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre, dit Jésus-Christ à ses apôtres; comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. . . Qui vous écoute, m'écoute; qui vous méprise, me méprise. » Jésus-Christ veut donc qu'on respecte son Eghse comme on doit le respecter lui-même. Il opère des prodiges étonnants, et il promet à ses apôtres qu'ils en opéreront de plus étonnants encore. Comme Dieu, il connaît tout, et il fait participer son Eghse à son intelligence infinie, en la dotant du privilège de l'infaillibilité pour régler la foi et les mœurs des fidèles. L'Esprit saint déclare qu'offenser les ministres de l'Eglise, c'est le toucher à la prunelle de l'œil, ou à l'endroit le plus sensible, tant il est jaloux de l'honneur qu'on doit rendre à son épouse.

Est-ce ainsi, époux chrétiens, que vous honorez vos épouses? Partagez-vous avec elles votre auto-

n{6? Los faites-vous respecter, et eommoncez-vous par donner vous-mônics l'exemple du respect qui leur est dû? N'etes-vous pas du nombre de ces hommes fiers et hautains qui ne savent prendre que des manières grossières avec leurs femmes, les regardent avec mépris et les insultent continuellement? Cependant, si vous les rencontrez dans le monde, ces hommes, vous les trouvez charmants, d'une humeur gaie, d'un commerce doux et agréable ; ils ressemblent à des esprits célestes qui habitent des corps mortels. Mais au sein de leurs familles ce sont comme des anges de ténèbres; ils se fâchent et s'irritent à tout propos, ils sont vraiment intraitables. Quel triste sort pour une femme que d'être sans cesse accablée de reproches, de réprimandes et de paroles acerbes, et de n'entendre jamais sortir de la bouche de son mari une parole douce et affectueuse, une parole de consolation et d'encouragement I

Je ne vous parle pas, mes frères, de ces hommes sans éducation et sans principes religieux, et qui poussent la brutalité jusqu'à frapper celle qu'ils devraient chérir et respecter. Ils ne devraient plus porter le nom de chrétiens, pas môme le nom d'hommes ; notre civilisation devrait les bannir du sein de la société et les reléguer parmi les hordes sauvages et barbares. Quelles seront les suites inévitables de ces traitements inhumains, sinon la haine de la femme, son chagrin, son désespoir, une antipathie irrémédiable, et peut-être, et trop souvent une vie coupable et souillée de toutes sortes de crimes 1

Par honneur pour son Eglise, Jésus-Christ lui communique son esprit et ses secrets les plus intimes, ses résolutions et ses projets. C'est par son Eglise qu'il opère toutes ses merveilles dans le monde; c'est par elle qu'il ferme la porte de l'enfer et qu'il ouvre la porte du ciel ; c'est par elle qu'il convertit les païens, qu'il conserve la foi chez les peuples chrétiens, qu'il maintient dans le monde les grands principes de liberté et de civilisation; c'est par elle qu'il rend la vie aux individus et aux nations; c'est par elle qu'il assiste les indigents, éclaire les ignorants et adoucit les peines de ceux qui souffrent; en un mot, toutes ses œuvres sont aussi les œuvres de l'EgUse, et ces prodiges de dévouement, de piété et de charité sont comme autant de pierreries et de diamants que Jésus a attachés au diadème dont il a ceint le front de l'Eglise, afin qu'elle soit reconnue et saluée par toutes les générations comme la fille du Père éternel et l'épouse bien-aimée de son divin Fils.

C'est ainsi, mes frères, que l'époux chrétien honore son épouse ; il n'a pas de secret pour elle ; il lui communique ses pensées les plus intimes, ses résolutions, ses projets. Il sait qu'il n'est pas bon que l'homme soit seul, et que Dieu lui a donné une épouse pour lui venir en aide. Il sait que la femme, inspirée par le sentiment, a souvent le coup-d'œil plus rapide et plus sûr que l'homme pour juger des affaires de la vie. Il l'associe donc à toutes ses entreprises; il veut qu'elle ait sa part dans tout ce qu'il fait d'utile et de grand pour la

famille ; il vcul que la gloire qui brille sur son front \ionne se refléter sur celui de son épouse.

Ce n'est pas ainsi, néanmoins, que se conduisent la plupart des chefs de famille; ils croiraient manquer à leur dignité, s'ils communiquaient à leurs femmes leurs allaires et leurs projets ; ils se regarderaient comme déshonorés, s'ils renonçaient à un parti absurde ou funeste pour adopter le sentiment de leurs femmes, fût-il dicté par la raison et la sagesse même. Esprits à courte vue, ils ne veulent recevoir d'elles ni avis ni représentations. Aussi trop souvent portent-ils la peine de leur présomption et de leur orgueil , ont-ils à déplorer de s'être jetés dans des entreprises hasardeuses, dans des spéculations ruineuses, qu'ils auraient certainement évitées, s'ils avaient d'abord consulté celle que Dieu leur avait donnée pour être leur aide et leur compagne.

2° Le second devoir que Jésus-Christ remplit à l'égard de l'Eglise son épouse, par amour et par respect pour elle, c'est de l'assister dans ses besoins. Cependant il permet qu'elle soit éprouvée; car ce sont les épreuves, les souffrances et les persécutions qui la rendent si belle à ses yeux. C'est sur la croix qu'il l'a épousée, et la croix est devenue le ht nuptial de ce couple divin. Mais il fournit à tous ses besoins, dans les diverses circonstances où elle peut se trouver ; il lui donne des évangélistes, des apôtres, des docteurs, des pasteurs. Si des rois politiques ou ambitieux veulent l'envoyer en exil ou la jeter en prison dans la personne de son

chef, Jésus-Christ suscite quelque grand capitaine, quelque peuple généreux pour la délivrer et la rendre libre ; il ne permet jamais qu'on la traite comme une esclave ; il veut qu'elle soit reconnue et traitée comme la reine du monde civilisé. Lisez l'histoire, et vous vous convaincrez que Dieu a toujours châtié sévèrement les persécuteurs ou les insulteurs de son Eglise, tandis qu'il a toujours récompensé, même dès ce monde, tous ceux qui ont pris sa défense ou lui ont prêté secours et protection. En un mot, Jésus-Christ a toujours déployé pour son Eghse toute sa générosité, sans rien faire cependant qui puisse l'amollir ou la corrompre.

Telle est, mes frères, la conduite que l'époux chrétien doit tenir à l'égard de son épouse; c'est pour lui une obligation rigoureuse de subvenir à ses besoins et de l'entretenir selon sa condition. Il faut donc qu'il soit laborieux et actif, soit pour administrer sagement sa fortune ou acquérir une certaine aisance et prendre une large part, s'il le peut, aux œuvres de charité et de bienfaisance ; à plus forte raison doit-il s'occuper de pourvoir aux besoins de sa famille, s'il n'a d'autre ressource que le produit de son travail. Ce n'est pas ici le lieu de vous faire voir combien la loi du travail perfectionne et ennoblit l'homme , en l'associant à l'action toute puissante de Dieu créateur et conservateur du monde. Il suffit de vous rappeler que Jésus-Christ a travaillé pendant trente ans pour enrichir son Eglise et subvenir à ses besoins. Voyez-vous le chef de la sainte Famille, saint Joseph? L'Esprit saint

n'a pas daigné nous lairo connaître sa profession, et il s'est contenté de nous dire que c'était un ouvrier : n'est-ce pas pour nous faire comprendre que l'amour du travail doit être une des qualités essentielles du père de famille?

Ils sont donc bien coupables ces chefs de famille qui passent des journées entières dans un désœuvrement complet, et s'en vont chaque jour promener leur inutilité de café en café, de cercle en cercle, de jeu en jeu. Hommes néghgents et sans ordre, s'occupant plutôt des autres pour les critiquer ({ue de leurs propres affaires pour les conduire à bonne fin, ils dissipent au moins deux capitaux d'un grand prix, le temps et leur propre activité, sans nul souci de ce qui est indispensable pour nourrir la famille. Hommes sans énergie et sans cœur, ils dépensent tout pour satisfaire leurs honteuses passions, ou négligent tout par paresse ou par insouciance, ce qui mène au môme but, la ruine de la famille, la pauvreté, la honte et la misère. Hs ne se rendent pas seulement coupables devant Dieu, mais ils sont encore injustes et cruels envers leurs femmes et leurs enfants.

D'autres refusent ce qui serait nécessaire à l'entretien honnête de leurs femmes, mais par un motif tout différent. Hs aiment l'argent, et ils veulent amasser des trésors ; c'est pourquoi ils s'imposent les plus dures privations, de sorte que l'avarice les fait beaucoup plus souffrir que la pauvreté. Mais soit qu'ils veuillent accumuler des richesses ou se livrer sans aucune retenue à tous les excès de l'in-

tempérance et de la volupté, ces hommes égoïstes et sans affection accablent leurs femmes de travaux excessifs, et ne leur laissent ni repos ni trêve. Ces malheureuses femmes, épuisées de fatigue, descendent dans la tombe à la fleur de leur âge. Assassinées par leurs maris, elles ont beaucoup plus souffert que si elles eussent péri par une mort violente; leur vie tout entière n'a été qu'une longue agonie, un martyre de chaque jour. Quelle cruauté et quelle barbarie!

Sans doute, il en est beaucoup qui sont moins durs et moins barbares , mais ils ne sont pas pour cela plus actifs ou plus diligents, et leurs femmes infortunées n'en sont pas plus heureuses; et si quelques unes, poussées par cette dure nécessité, violent leurs serments, qui en sera responsable devant Dieu ? Ce sont ces époux cupides , fainéants ou hbertins dont l'avarice, la débauche ou l'insouciance les ont poussées à cette extrémité. Sans doute , elles sont toujours coupables devant Dieu, et rien ne peut excuser leur criminelle conduite; mais ce qui est certain, c'est que la misère et l'indigence sont de fortes tentations, et il faut une grande vertu pour y résister.

Si vous entrez dans une certaine maison, surtout le jour du dimanche, vous rencontrerez d'abord une femme occupée des soins du ménage, mal vêtue et amaigrie par les travaux et les chagrins. Elle vous introduit dans un appartement de belle apparence, et là vous trouvez une ou plusieurs demoiselles qui daignent à peine se lever à votre ap-

proche. A la ricliesso ot à l'élégance de leurs vèleiiieiils, vous les prendriez pour les lilles de quelque riche rentier ou négociant. Mais détrompezvous, ce sont de jeunes brodeuses, et cette pauvre femme qui remplit les fonctions de domestique, c'est leur mère. Vous voyez comment le chef de cette famille respecte et fait respecter sa compagne ; depuis que ses filles ont grandi, grâce à sa faiblesse et à sa fainéantise, sa femme n'a plus d'autre nMe que celui de simple servante.

3° Enfin Jésus-Christ honore son Eglise en supportant ses défauts. Cela ne veut pas dire que l'Egfise, en tant qu'elle se compose des justes, ait des défauts, puisque saint Paul l'appelle sainte , sans lâche et sans ride ; mais nous parlons des défauts de quelques chrétiens ou de quelques contrées en particulier. Ainsi l'Eglise d'Angleterre est devenue infidèle, hérétique, protestante; elle a perdu la foi, et Jésus-Christ, son divin époux , l'a répudiée. L'Eglise de France s'est rendue grandement coupable dans le siècle dernier, et Jésus-Christ, son époux, l'a châtiée avec une sévérité sans exemple; il lui a fait expier ses fautes par des larmes amères et par l'effusion de son sang. Mais à l'exception de ces circonstances rares, Jésus-Christ supporte avec une patience toute miséricordieuse les défauts de son épouse, et il nous en donne les preuves les plus touchantes dans les paraboles du bon pasteur et du père de l'enfant prodigue.

C'est ainsi que l'époux doit supporter les défauts de son épouse ; non sans doute ces défauts graves

qui dégradent ou qui avilissent et qui ruinent les familles les plus solidement établies , car il doit les corriger avec douceur et énergie, comme nous vous l'avons dit; mais ces défauts légers qui proviennent du caractère, du tempérament, ou d'une certaine faiblesse naturelle, et dont les conséquences ne sauraient être graves : par exemple, une certaine propension à l'impatience, à la colère, à la vivacité, à l'aigreur, à la paresse. Un époux chrétien n'oublie jamais que la pratique de la charité de support est plus agréable aux yeux de Dieu que les plus grandes austérités, et se garde bien de faire de ces légers défauts de sa compagne un perpétuel sujet de discussions vives et irritantes qui troublent la paix domestique ; mais il les supporte avec une patience toute chrétienne.

Quel est donc ce chef de famille qui ne peut souffrir le moindre défaut dans sa compagne? C'est sans doute un homme irréprochable sous tous les rapports, un assemblage de toutes les perfections», qui se pose comme le juste par excellence et dit aux membres de sa famille : Qui de vous me convaincra d'aucun péché ? Qu'il rentre donc en lui-même, qu'il s'étudie, et bientôt il s'apercevra que s'il découvre une paille dans l'œil de son épouse, il y a une poutre qui crève le sien; que si sa femme est impatiente, il se laisse dominer luimême par la colère et la fureur. Reconnaissez, mon cher frère, que si vous avez besoin de patience pour supporter les défauts de votre femme, il lui faut de l'héroïsme pour vivre avec vous, et que,

(oui bien considéré, votre lot est encore préférable au sien.

Mais, après tout, quels sont donc ces défauts que vous reprochez si souvent et si amèrement à votre femme ? Elle est un peu brusque, un peu vive, un peu susceptible, soit, nous ne le nions pas. Mais vous avouez vous-même qu'elle est remplie de dévouement pour vous; qu'elle est intelligente, laborieuse, exacte à remplir ses devoirs religieux ; qu'elle surveille constamment ses domestiques, et qu'elle donne une excellente éducation à ses enfants. Et ces belles qualités ne vous font pas fermer les yeux sur ses défauts ? Quoi donc 1 vous avez un diamant d'un grand prix, et parce qu'il pourrait être plus riche, vous le méprisez, vous n'en faites aucun cas I Prenez donc garde que le public ne dise en parlant d'elle que c'est une perle dans la boue. Que vous faut-il donc pour vivre avec vous? Un ange ne serait pas assez parfait, puisque l'Esprit saint nous dit que les plus élevés ne sont pas exempts d'imperfection.

A^ous étiez moins exigeant au commencement de votre mariage ; à vous entendre , votre épouse était un modèle accompli de toutes les vertus, et aucune autre ne pouvait lui être comparée; elle les surpassait comme le soleil domine tous les astres. Si quelqu'un voulait vous faire remarquer quelque léger défaut, vous aviez le talent de faire voir que le prétendu défaut était bien plutôt une qualité et une vertu. Cela est vrai, dit-il ; mais depuis cette époque elle est bien changée. En

étes-vous bien sûr? N'est-ce pas plutôt en vous qu'il s'est opéré un grand changement? Vous étiez autrefois rempli de bienveillance pour votre épouse, parce que vous la considériez avec les yeux de votre cœur, et que vous saviez apprécier toutes ses vertus. Vous compreniez parfaitement que personne n'est parfait dans ce monde, et que chacun do nous a les défauts de ses quaUtés. Rallumez donc dans votre cœur cette charité compatissante que vous éprouviez dès les premiers jours , et votre femme sera aussi vertueuse aujourd'hui qu'autrefois.

Souvenez-vous des paroles si énergiques de saint Paul pour exprimer la vive et véritable affection que l'époux doit avoir pour son épouse. Les maris, dit-il, doivent aimer leurs femmes comme leurs corps. Personne ne hait sa propre chair, mais il la soigne et la nourrit. Dites-moi donc, je vous prie, est-ce que vous maltraitez votre corps? Est-ce que vous le châtiez quand il souffre dans l'un de ses membres? Quel soin, au contraire, n'en avez-vous pas ? Avec quelle sollicitude ne lui procurez-vous pas le vêtement, la nourriture, le logement et tout ce qui lui est nécessaire? Quand l'un de vos membres souffre, ne vous empressez-vous pas de le traiter avec bonté et douceur, et de le soulager? Voilà votre règle; c'est ainsi que vous devez traiter votre compagne.

Souvenez-vous que, par dévouement pour vous, elle a quitté son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, et peut-être môme sa patrie. Vous devez donc lui

tenir lieu de tout, de père, de mère, de frères et de sœurs. Partout où elle vous accompagne, vous devez lui taire retrouver sa patrie. N'cst-il pas juste que vous la dédommagiez de tous les sacrifices qu'elle a faits pour vous? D'où vient donc que vous n'avez plus pour elle que de rindifférence, et peutêtre du mépris? Ce ne sont pas là, assurément, les promesses que vous lui avez faites. Que de fois n'avez-vous pas répété que vous seriez pour elle plein d'égards et de prévenances, et qu'elle serait la plus heureuse de toutes les femmes ! Que sont devenues toutes ces promesses ? Si vous ne deviez l'épouser que pour la rendre malheureuse, que ne restiez-vous seul ? Soyez donc un homme de cœur et un homme d'honneur; vivez avec votre femme selon la science de la loi de Dieu ; honorezla, respectez-la, par cela même qu'elle est plus faible que vous, vous rappelant qu'elle est destinée à jouir du même bonheur que vous dans le ciel. Amen.

MODÈLE d'un époux CHRÉTIEN. — SAINT ISIDORE.

Saint Isidore naquit à Madrid en Espagne. Ses parents, qui étaient pauvres^ mais remplis de piété, lui inspirèrent;, par leurs exemples et leurs instructions, Thorreur du péché et l'amour de Dieu. Leur peu de fortune ne leur permit pas de le faire élever dans l'étude des sciences ; mais leur fils n'y perdit rien du côté de la vertu. S'il fut privé du secours des bons livres, cette privation fut suppléée en lui par les communications du Saint-Esprit, que méritèrent sa simplicité et

son humilité. 11 saisissait d'ailleurs toutes les occasions qui se présentaient d'écouter la parole divine, et les instructions qu'il entendait faisaient sur son âme des impressions d'autant plus profondes que le désir qu'il avait de s'instruire était plus pur et plus ardent.

Sa patience à supporter les injures, sa douceur à l'égard de tous ceux qui lui portaient envie, sa fidélité à obéir à ses maîtres, son exactitude à prévenir tout le monde dans les choses même indifférentes, son attention à servir les autres, lui firent remporter une victoire complète sur ses passions.

Il confondait par sa conduite ceux qui prétendent que les occupations extérieures ne leur laissent point de temps pour vaquer aux exercices de la piété chrétienne. Il faisait de son travail un acte de religion, en s'y portant avec un esprit de pénitence et en se proposant l'accomplissement de la volonté de Dieu. Plus il était pénible, plus il lui devenait cher, parce qu'il lui paraissait plus propre à dompter la chair, et qu'il devenait la matière d'une pénitence plus parfaite. En labourant la terre, il était pénétré de l'esprit des anciens anacliorètes. Tandis que sa main conduisait la charrue, son cœur conversait avec Dieu, avec les anges et les saints. Tantôt il déplorait ses misères et celles des autres hommes, tantôt il soupirait après le bonheur du ciel. Ce fut par cet amour de la prière, joint à la pratique continuelle de l'humilité et de la mortification, qu'il acquit cette sainteté éminente qui le fit admirer de toute l'Espagne.

Il se mit, dans sa jeunesse, au service d'un gentilhomme de Madrid, nommé Jean de Vergas, pour labourer sa terre et faire valoir une de ses fermes. Il embrassa ensuite l'état de mariage et épousa une fille très-recommandable par ses vertus, nommée Marie Torribia. Ils gagnaient leur vie par le travail de leurs mains, vivant dans l'union la plus parfaite. Jamais le moindre nuage ne vint troubler la paix qui régnait au milieu d'eux; jamais l'esprit de querelle et de dissension n'altéra la douceur de ce ménage béni du ciel. Supportant leurs mutuels défauts, leur demeure était le séjour de la paix. Cependant,jalouses du bonheur que goûtaient ces deux époux,

(luelques personnes nialvcillanlcs chcrchèrcntàscnierla désunion parmi eux. Marie avait l'iiabiluiie de se rendre tous les jours à une petite église dédiée à la sainte Vierge, tant pour y satisfaire sa dévotion que pour veiller à ce que la lampe qui y bridait ne manquât pas d'huile. Elle y allait ordinairement seule. On lui en fit un crime; on s'efforça de persuader au vertueux Isidore que sous cette démarche se cachaient des intentions coupables ; on prétendit même savoir que Marie avait un commerce criminel avec un berger qui gardait son troupeau dans le voisinage. Isidore était animé de sentiments trop chrétiens et connaissait trop bien sa femme pour ajouter foi à ces calomnies. Cependant, les discours devenant de plus en plus scandaleux, saint Isidore se vit forcé, afin de pouvoir répondre par des témoignages irrécusables à tant d'accusations, d'observer lui-même les démarches de son épouse. Il le lit pendant quelque temps secrètement, et après s'être convaincu lui-môme de la fausseté de ces discours, il prit ouvertement la défense de Torribia. Depuis ce moment, son attachement et son affection pour elle ne firent que s'accroître de plus en plus. Après la naissance d'un enfant qui mourut jeune, les deux époux résolurent mutuellement de passer le reste de leur vie dans la continence.

Isidore resta toujours attaché au service du même maître. Il pouvait lui dire comme Jacob à Laban : « J'ai veillé durant les nuits, j'ai supporté le froid et le chaud pour conserver et augmenter votre bien. Vous aviez peu de chose avant que je fusse venu avec vous, et présentement vous voilà riche. » Jean de Vergas, qui sentait tout le prix du trésor qu'il possédait dans la personne d'Isidore, le traitait comme son frère^, se rappelant cet avis de l'Esprit saint : Chérissez comme votre âme le serviteur qui a de la sagesse. Il lui accorda la liberté d'assister tous les jours à l'office de l'Eglise. Le saint homme n'en abusa point ; il se levait tous les jours de grand matin pour satisfaire à sa piété et à ses obligations. C'est en effet une fausse dévotion que de croire plaire à Dieu en manquant aux devoirs de son état.

Isidore^ plein de charité pour les pauvres, soulageait leurs

besoins autant qu'il le pouvait, et employait à cette bonne œuvre une partie de son salaire. Il inspirait à sa femme les sentiments dont il était pénétré, et il la rendit aussi fervente et aussi vertueuse que lui-même. Elle mourut en 1175, et elle est honorée d^un culte public en Espagne, approuvé par le pape Innocent XII.

Saint Isidore, étant tombé dans la maladie dont il mourut, prédit sa dernière heure, et s'y prépara par un redoublement de ferveur. La piété avec laquelle il reçut les derniers sacrements tira des larmes des yeux de tous les assistants. Il s'endormit dans le Seigueur le 15 mai 1170, à l'âge de soixante ans. Sa sainteté fut attestée par un grand nombre de miracles.

Ainsi l'amour du travail, la fuite des jeux et des cabarets, la pratique de Thumilité et de la mortification, le recueillement et Tesprit de prière, Taccomplissement fidèle de tous ses devoirs de chrétien, une véritable et sincère charité pour son épouse, tels sont les devoirs d'un époux chrétien, et saint Isidore les a tous remplis avec une rare perfection.

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