XVIII" INSTRUCTION
Devoirs de la feniiiie envers sou mari.
Domus curam habentes, benignas. subdilas viris suis.
Je veux, dit saint Paul, que les femmes aient soin de la maison, et qu'elles soient pleines de douceur et de soumission envers leurs maris.
(TiT., ir. 5.)
Ecoutez encore, mes frèes, les recommandations pressantes que le grand apôtre fait aux époux chrétiens dans sa première Epître à son disciple Timothée : « C'est en Jésus-Christ, dit-il, que j'ai été établi prédicateur et apôtre, docteur des gentils dans la foi et dans la vérité. » Pourquoi ce début? pourquoi rappelle-t-il ses titres à la confiance des chrétiens? pourquoi nous répéter ce que nous savions déjà, que c'est Jésus-Christ qui l'a établi prédicateur et apôtre, docteur des gentils dans la foi et dans la vérité? C'est pour nous faire comprendre toute l'importance qu'il attache lui-même aux enseignements qu'il va donner aux époux, et il entend qu'ils doivent l'écouter comme si Jésus-Christ leur parlait en personne. Soyez donc attentifs à ce
qui va suivre : « Je veux donc, ajoute-t-il, que les hommes vivent de manière qu'ils puissent toujours et en tout lieu lever vers le ciel leurs mains pures de toute souillure et leur cœur exempt de toute colère et de toute contention ; et pareillement que les femmes se montrent toujours en vêtements décents, parées avec modestie et pudeur, et non pas avec des cheveux frisés, ou de l'or, ou des perles, ou des vêtements somptueux. Elles ne doivent s'habiller que de la manière qui sied à des femmes professant la piété par la pratique des bonnes œuvres. Que la femme apprenne en silence et en toute soumission ce qu'elle doit savoir. Je ne permets pas aux femmes d'enseigner, ni de dominer sur les hommes, mais qu'elles gardent le silence ; car Adam fut formé le premier, et ensuite Eve. Et ce n'est pas Adam qui a été séduit, mais c'est Eve qui a été séduite et a fait prévariquer l'homme. Toutefois la femme sera sauvée par les peines qu'elle endure dans la génération et l'éducation des enfants, si, gardant la modération et la tempérance, elle demeure dans la foi, dans la charité et dans la sainteté. »
Voyez-vous, mes frères, l'apôtre des gentils descendre à des détails que vous croyez minutieux, à des règlements touchant la toilette des femmes ? Il n'ignorait pas ce que l'expérience nous apprend aujourd'hui , que l'amour du luxe est la ruine des familles et la source des plus grave désordres. C'est ce que nous avons essayé de vous faire comprendre, et il ne nous reste plus qu'à vous expliquer
les principaux devoirs de la femme envers son mari.
Le premierest l'obéissance; car l'homme, dilsainl Paul, est le chef de la femme comme Jésus-Chrisi est le chef de l'Eglise. Or, l'Eglise est soumise à Jésus-Christ en toutes choses; elle lui obéit promj)tement et généreusement. Qu'elle comprenne ou non la raison du commandement, peu lui importe ; dès que Jésus-Christ a parlé, elle se soumet, fallûtil verser jusqu'à la dernière goutte de son sang.
Et remarquez, mes frères, que c'est dans cette soumission que l'Eglise trouve sa liberté, sa force et sa gloire: sa liberté, puisque, l'Eglise ne voulant que ce que Dieu veut et voulant tout ce qu'il veut, elle participe à sa souveraine indépendance; on peut l'humilier et la persécuter, mais on ne saurait la rendre esclave; sa force, parce que, par son obéissance, sa volonté s'appuie sur la volonté de Dieu, et devient forte de la force même de Dieu ; sa gloire, parce que tous ses actes sont des actes de vertus, et ses combats sont des victoires et des triomphes.
Ainsi en est-il de l'épouse chrétienne. Elle doit obéir à son époux, et comme l'Eglise et pour les mêmes motifs, elle trouve dans sa soumission la liberté, la force et la gloire. Ce qui vous montre que si Dieu, pour punir l'orgueil de la femme, parce qu'elle a été séduite et qu'elle a fait prévariquer l'homme, l'a placée sous l'autorité de l'homme, c'est moins une punition qu'un bienfait. La femme donc qui s'imagine devenir indépendante en secouant le joug de l'autorité, se trompe étrangement; car Dieu seul jouit d'une indépendance absolue, et l'homme
ne saurait y participer qu'en se rapprochant de Dieu et en s'unissant à lui par son intelligence et par sa volonté.
La femme donc qui ne veut obéir qu'à elle-même est esclave de sa vanité et de son orgueil, de ses petites idées et de ses petites passions. Comme elle ne s'appuie que sur elle-même, elle est aussi faible que sa volonté et aussi inconstante que ses caprices. Dès lors sa conduite n'est propre qu'à la ren,dre ridicule et méprisable même aux yeux du monde.
Mais pour que la soumission de la femme soit la sauvegarde de sa liberté, le principe de sa force et la source de sa véritable gloire, il faut que le mari exerce toujours son autorité selon les lois de Dieu et de l'Eglise; car toute autorité humaine, même celle du chef de l'Etat, a ses limites , et quand elle les franchit, elle cesse d'être ou se change en tyrannie. Si donc le mari est assez peu chrétien ou assez déraisonnable pour exiger de sa femme des choses immorales, pour ne pas souffrir qu'elle garde les lois de la modestie et de la pudeur dans sa toilette et dans sa conduite, il dépasse son droit, il usurpe une autorité qui ne lui appartient pas, il devient tyran, et sa femme doit lui répondre comme les apôtres aux juges qui leur défendaient de prêcher au nom àeJésus-Chrisl : No7i possumus , je no le puis pas. Qu'il sache qu'en ce qui concerne les devoirs essentiels de la religion, les femmes comme les hommes n'ont de compte à rendre de leur conduite qu'à Dieu, et c'est à lui seul qu'ils doivent
nhrir. A l'oxemplo do Jcsus-Chrisl, qui laisse son épouse libre, qui rcncouragc cl la soutient par sa ^M'àee pour rendre à Dieu le culte qui lui est dû, l'époux doit accorder à son épouse toute liberté dans le service de Dieu; il doit l'encourager et la forlilier dans raccomplisscment de tous ses devoirs.
La femme doit donc être soumise à son mari , suivant le principe que nous venons de rappeler, non seulement dans les cboscs les plus importantes, mais aussi dans celles qui le sont moins. Mais il faut que le mari n'abuse jamais de son autorité ; ainsi, encore qu'il soit le chef de la famille, il ne lui convient nullement de s'occuper de certains détails qui sont plutôt du domaine des femmes que de celui de l'homme, et encore bien moins de faire ostentation de son autorité, de commander en maître et de défendre à sa femme de rien faire sans son ordre ou sans sa permission. Cette orgueilleuse prétention n'est propre qu'à fomenter les querelles, les divisions et les disputes. Qu'il lui accorde donc une certaine indépendance, tout en la maintenant dans le respect et la soumission. N'oubliez pas, mes frères, qu'au droit de commander que Dieu vous a remis entre les mains €st jointe l'obligation d'édifier par votre conduite et par vos exemples. Si c'est un devoir pour votre femme de s'abstenir de tout ce qui peut vous contrarier, vous devez aussi éviter tout ce que vous savez devoir lui faire de la peine. Si elle doit se plier à votre volonté, môme dans les choses indifférentes, vous devez avoir pour elle la môme déférence. Elle veut que
vous renonciez au jeu, aux cabarets et aux cafés, que vous remplissiez le devoir de la confession et de la communion pascale; elle a mille fois raison, et vous devriez lui donner satisfaction. N'est-ce pas humiliant pour vous d'être rappelé à l'accomplissement de vos devoirs, vous qui devriez être toujours le premier quand il s'agit d'accomplir les commandements de Dieu et ceux de l'Eglise ?
Le second devoir des femmes envers leurs maris, c'est d'avoir pour eux un grande douceur et une patience inaltérable, quoique ceux-ci ne soient pas moins obligés de pratiquer ces mêmes vertus ; mais l'Esprit saint les recommande plus spécialement aux femmes, parce que par leur nature elles sont portées à répliquer, à faire des reproches et à parler avant d'avoir réfléchi. C'est pour ce motif que saint Paul leur ordonne expressément et à plusieurs reprises de garder le silence et d'apprendre en silence ce qu'elles doivent savoir. Une patience et une douceur qui ne se lassent jamais sont entre les mains d'une femme des armes puissantes qui lui assureront toujours la victoire.
Femmes chrétiennes, jetez donc souvent les yeux sur sainte Monique, et marchez sur ses traces. Elle avait pour mari un païen nommé Patrice, homme orgueilleux, ivrogne et brutal, et cependant cette vertueuse femme ne s'attira jamais de sa part ni paroles grossières, ni mauvais traitements. Elle parvint même à adoucir son caractère, à le rendre chrétien, ou plutôt à en faire un saint. Mais elle commença d'abord par lui donner l'exemple de
toutes les vertus, cl sa charité, son liumcur toujours gaie, son dcvouenient pour son mari étaient une prédication continuelle et plus éloquente que les plus beaux discours. Sachant que la conversion des pécheurs est l'œuvre de la grâce, pour laquelle Dieu a besoin de sa toute-puissance, elle ne cessa de demander cette faveur signalée pour son mari ; elle priait sans cesse à cette intention et adressait à Dieu les vœux les plus ardents. Surtout elle se gardait bien de rien dire ou de rien faire qui pût l'offenser ou l'aigrir, lorsqu'il se mettait en colère ou qu'il s'impatientait; mais elle attendait des moments plus calmes et des occasions plus favorables pour justifier sa conduite. Par cette douceur et cette patience persévérante, elle triompha de ce caractère indomptable et ne reçut jamais de lui la moindre offense , tandis que beaucoup d'autres femmes étaient maltraitées par des maris moins difficiles, mais qui étaient provoqués par des paroles blessantes ou inopportunes.
Cependant le mari ne doit pas oublier que la patience imposée à sa femme n'est pas une raison qui puisse servir d'excuse à ses bizarreries ou à ses mauvais traitements. Les hommes ne sont pas moins obligés que les femmes de pratiquer toutes les vertus morales ; bien plus , ils doivent leur servir de modèles.
Enfin le troisième devoir imposé à l'épouse est le soin du ménage. Au mari appartiennent les affaires du dehors, mais la femme est le ministre des affaires intérieures. Ce devoir est d'une telle importance,
que l'Esprit saint, en faisant le portrait de la femme vertueuse, nous la montre uniquement occupée de son ménage, comme si le soin de la maison devait être^son unique occupation, son seul devoir. Ecoutez ses paroles et gravez-les dans vos cœurs, car elles sont bien remarquables :
« La femme forte, dit l'Esprit saint, cherche la laine et le lin, elle travaille avec des mains pleines de sagesse. Chargée comme un vaisseau marchand, elle apporte de loin ses provisions. La nuit elle se lève et distribue la nourriture à ses domestiques. Elle considère un champ, elle l'achète de son travail, fruit de ses mains; elle y plante une vigne. Elle ceint ses reins de force, elle endurcit son bras. Elle a goûté et vu combien son commerce est utile ; sa lumière ne s'éteint jamais pendant la nuit. Sa main s'attache aux travaux rudes, et ses doigts manient le fuseau. Elle ouvre pourtant sa main à celui qui est dans l'indigence, elle l'étend sur le pauvre. Elle ne craint ni le froid ni la neige, tous ses domestiques ont de doubles habits ; elle a tissu une robe pour elle ; le lin et la pourpre sont ses vêtements. Son mari sera illustre dans l'assemblée des juges, lorsqu'il sera assis avec les sénateurs de la terre. Elle fait des habits qu'elle vend, des ceintures qu'elle débite au Chananéen. La force et la beauté sont ses vêtements, et elle rira dans son dernier jour. Elle ouvre sa bouche à la sagesse, et une loi de douceur est sur sa langue. Elle a considéré les sentiers de sa maison, et elle n'a point mangé son |)ain dans l'oisiveté. Ses enfants se sont levés et ont
— Ml —
publié (iirdlo élail Uvs-hcureusc; son mari s'est levé de même et l'a louée... Que ses propres œuvres la louent dans l'assemblée des juges (1). »
Tacbons, mes frères, de comprendre le sens de ces belles paroles. La femme forte exerce la plus exacte vigilance sur toute sa maison. Sa lampe ne s'éteint jamais pendant la nuit; elle observe les sentiers de sa maison, c'est-à-dire que rien n'échappe à sa vigilance ni le jour ni la nuit; elle sait tout ce qui s'y dit et s'y fait, elle a l'œil ouvert sur tout et sur tous. Chargée comme un vaisseau marchand, elle apporte de loin ses provisions ; elle prévoit plusieurs mois et môme plusieurs années à l'avance tous les besoins du ménage et fait ses provisions en temps opportun. Loin de passer son temps à faire ou à recevoir des visites, à s'occuper de toilettes ou de parties de plaisir, elle cherche la laine et le lin, et travaille avec des mains pleines de sagesse. Son bras s'endurcit au travail, sa main s'attache aux travaux rudes, et ses doigts manient le fuseau. Elle a tissu une robe pour elle, et elle fait des habits et des ceintures qu'elle vend. Elle ne mange jamais son pain sans occupation. Voyez-vous, mes frères, quelle ardeur pour le travail? Mais aussi quelle tendresse, quelle bonté pour ses domestiques 1 Non seulement elle ne les traite point en esclaves, mais elle les aime comme ses enfants, car elle se lève la nuit pour leur distribuer la nourriture. Elle ne craint ni le froid ni la neige, car ses domestiques ont de dou-
(i) Prov., XXXI, 13 et seq.
blés vêtements. Quelle manière de parler! Si ellemême avait de doubles vêtements, elle pourrait ne pas craindre le froid et la neige ; mais elle ne craint rien, parce que ses domestiques sont bien vêtus. Comment cela peut-il se faire? C'est qu'elle a un cœur si bon, si généreux, qu'elle souffre des souffrances de ses domestiques, et qu'elle se réjouit de leur bien-être. Mais, après ses domestiques , elle songe aux pauvres, elle ouvre sa main à celui qui est dans l'indigence.
Mais elle est donc bien riche pour faire tant de libéralités ? Assurément. Ne voyez-vous pas qu'elle a dans ses mains trois capitaux très-productifs ? 1*^ Le soin qu'elle met à tout surveiller; rien ne se perd, rien n'est dépensé inutilement; elle raccommode et répare tout à propos, première source de richesses. 2" Son propre travail , qu'elle ne quitte jamais; car elle a trouvé le moyen de mettre à profit même le temps des repas et de se récréer en passant d'une occupation à une autre occupation. 3° Le travail de ses domestiques, dont elle excite sans cesse l'ardeur par sa vigilance et sa bonté.
Non seulement elle peut suffire à tous les besoins du ménage, mais elle fait encore des économies et peut acheter un champ avec le fruit de son travail. Vous le voyez, ce n'est ni un collier de perles, ni une robe superbe, ni même une maison de campagne qu'elle achète, mais un champ pour y planter une vigne. Elle n'achète pas une vigne, mais un champ, afin qu'en y plantant une vigne elle double la valeur du terrain.
Mais, 1110 diroz-vous, cette l'emine est donc bien robuste pour soutenir un pareil travail? C'est donc la l'cmme d'un ouvrier, d'un vigneron ou d'un cultivateur? Détrompez-vous , c'est la femme d'un sénateur ; mais elle a été élevée aulrement que ne sont élevées les jeunes filles de nos jours. Ses parents ont eu soin de développer et de fortifier sa constitution par un travail opiniâtre, dur et constant. Elle a ceint ses reins de force , elle a endurci son bras, sa main s'est attachée à des travaux durs ; voilà comment elle s'est fortifiée.
Peut-être croirez-vous que la vie de cette femme est bien pénible. Vous êtes dans l'erreur. Elle a vu, elle a goûté combien son commerce est utile, c'està-dire qu'elle a trouvé dans les fruits de son travail un bonheur que vous ne soupçonnez même pas et que le monde ne pourra jamais vous donner. Ensuite son époux fait son éloge devant les sénateurs, et ses enfants se sont levés et l'ont proclamée bienheureuse.
Voilà, mes frères, le modèle de la femme chrétienne. Vous le croiriez exagéré, si nous nous étions permis de le présenter nous-même ; mais c'est l'Esprit de Dieu qui vous l'offre, et il ne vous est pas permis de dire qu'il est inimitable. Femmes chrétiennes, vous ne devez plus avoir qu'une seule occupation, c'est de retracer ce modèle dans toute votre conduite.
Mais, pour réaliser en vous ce divin portrait, il faut que vous aimiez la solitude, que vous fuyiez les plaisirs et les divertissements du monde, que vous regardiez votre maison comme le séjour du bonheur
pour vous. Il faut que dans les bals et dans les soirées, et partout ailleurs , vous soyez dans un état de souffrance, parce que vous n'êtes plus à votre place, et que vous éprouviez le besoin de rentrer le plus tôt possible dans votre maison. Sont-ce bien là vos sentiments et vos dispositions? D'oii vient donc qu'on vous voit si souvent dans le monde, prenant part à ses plaisirs et à ses divertissements? D'où vient que c'est l'opinion publique qui vous apprend ce qui se passe dans votre maison? Pourquoi avez-vous tant de peine à demeurer avec les vôtres ?
Mais vous avez, dites-vous, des devoirs religieux à remplir, et vous vous occupez de quelques œuvres de piété qui absorbent une partie de votre temps. Mais ne savez-vous pas que les œuvres de piété sont en abomination devant Dieu quand elles nuisent aux devoirs domestiques? Ne l'avez-vous pas entendu vous dire par la bouche de son prophète : Je veux l'obéissance et non le sacrifice, c'est-à-dire je veux qu'avant tout vous soyez bonne épouse, bonne mère, bonne maîtresse de maison; je veux qu'avant tout vous accomphssiez les devoirs de votre position?
Ah 1 mes frères, elles sont bien rares de nos jours, les femmes fortes, les femmes qui ressemblent à celle dont l'Esprit saint nous a tracé le portrait, parce que l'éducation qu'on donne aux filles est une éducation sensuelle, qui n'a rien de solide ni de sérieux; on ne fait que développer toutes leurs mauvaises inclinations, l'orgueil, la vanité, la senualité et la paresse.
Ce n'est pas ici le lieu de vous parler des devoirs des c^poux chrétiens envers leurs enlanls ; nous traiterons ce sujet en vous expliquant le quatrième commandement de Dieu. Cependant je ne puis m'empôcher de vous faire remarquer que si les époux remplissent fidèlement leurs obligations respectives, ils auront fait beaucoup pour l'instruction et l'éducation des enfants ; car ils leur donneront l'exemple de la piété, de la patience, de la justice, de l'amour du travail, en un mot de toutes les vertus; et comme les enfants sont naturellement imitateurs, ils se porteront comme d'eux-mêmes à marcher sur les traces de leurs parents. Si, au contraire, les époux négligent leurs devoirs, on verra fuir de la maison l'union et l'harmonie pour faire place à la division, à la haine, aux disputes; et ces funestes exemples détruiront leur autorité aux yeux de leurs enfants, et leur feront perdre le respect qui est dû aux auteurs de leurs jours.
Si l'un des époux manque à ses obligations, que doit faire l'autre? Saint Jean Chrysostôme le lui a dit : qu'il s'applique avec plus de soin à remplir ses devoirs, au lieu de faire des reproches à son conjoint et de prendre occasion de ses négligences pour tomber dans les mêmes défauts. « Quand je m'adresse à votre mari, dit ce grand docteur, je ne lui permets pas de m'objecter les devoirs imposés à sa femme, mais j'exige qu'il remplisse ceux qui lui sont imposés à lui-même ; ne vous occupez donc, vous aussi, que de ce qui vous regarde. » Ce qui veut dire que le moyen le plus sûr et le plus efïi-
cace pour ramener l'époux négligent à la fidélité à ses obligations, c'est l'exactitude de la part de l'autre à remplir les siennes propres.
Cependant, ne l'oubliez pas, vous ne parviendrez jamais à mettre en pratique ces grandes obligations, si vous n'êtes soutenus et fortifiés par la grâce divine, parce qu'elles sont au dessus des forces de la nature. Recourez donc souvent à la prière, et approchez-vous fréquemment des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. La grâce seule peut aplanir toutes les difficultés et adoucir toutes les peines. Animé de l'esprit chrétien, il ne sera pas difficile au mari d'exercer sur sa femme une autorité douce et paternelle, et la femmme à son tour se soumettra avec une respectueuse humilité et une entière confiance à la volonté d'un tel mari.
C'est donc à vous, époux chrétiens, à donner l'exemple pour l'accompUssement des devoirs rehgîeux. Votre autorité ne sera respectable et respectée qu'autant que vous respecterez vous-mêmes celle de Dieu. Que pourriez-vous dire à vos épouses, si elles sont orgueilleuses, vaines ou paresseuses, si vous-mêmes négUgez des devoirs plus essentiels, l'assistance à la sainte Messe, la sanctification du dimanche, la fréquentation des sacrements ? Soyez donc bons chrétiens; priez ensemble, présentezvous ensemble à la table sainte, et après avoir été toujours unis sur la terre, vous serez encore unis un jour dans le ciel (1). Amen.
(1) Voyez Raineri.
SAINTE MARGUEUITK, REINE DÉCOSSE.
Sainte Marguerite, reine d'Ecosse, était petite-nièce de saint Edouard le Confesseur et petite-fille d'Edmond, surnommé Cùtes-de-Fer. Comme elle fuyait la persécution de Guillaume avec son frère Edgard, une violente tempête jeta le vaisseau qui la portait sur la côte d'Ecosse. Malcom III, roi du pays, lui fit un accueil très-favorable, et, parce qu'il ne voulut pas la livrer entre les mains du tyran, il eut de longues guerres à soutenir contre Guillaume, dans lesquelles il fut toujours victorieux. Cependant Marguerite donnait à l'Ecosse le spectacle de toutes les vertus. Elle avait appris, des ses premières années, à mépriser Téclat trompeur des pompes mondaines et à regarder les plaisirs comme un poison d'autant plus dangereux qu'il flatte en donnant la mort. C'était bien moins par sa rare beauté que par un heureux assemblage de toutes les qualités de l'esprit et du cœur qu'elle s'attirait l'admiration de toute la cour. Les honneurs qu'on lui rendait ne portaient aucune atteinte à son humilité. Toute son ambition était déplaire à Dieu, et elle ne trouvait de bonheur que dans l'amour divin, qu'elle entretenait et qu'elle nourrissait par l'iCxercice de la prière et de la méditation ; il lui arrivait souvent de lui consacrer des jours entiers. Elle voyait Jésus-Christ dans la personne des pauvres et saisissait toutes les occasions qui se présentaient de les servir, de les consoler et de pourvoir à leurs difîérents besoins.
Malcolm, touché de tant de vertus, la demanda en mariage, et Marguerite y consentit. Elle fut couronnée reine d'Ecosse ;\ l'âge de vingt-quatre ans, en 1070. Quoique le roi eût des mœurs peu polies, Marguerite, par une conduite pleine de respect et de condescendance, se rendit bientôt maîtresse de son cœur. Elle se servit de l'ascendant qu'elle avait sur lui pour faire fleurir la religion et la justice, pour procurer le bonheur des peuples et pour inspirer à son mari ces senti-
ments qui en ont fait un des plus vertueux rois de l'Ecosse. Elle adoucit son caractère, cultiva son esprit, polit ses mœurs et l'embrasa d'amour pour la pratique des maximes évangéliques. Le roi était si charmé de la sagesse et de la piété de son épouse, que non seulement il lui laissait l'administration de ses affaires domestiques, mais qu'il se conduisait encore par ses avis dans le gouvernement de l'Etat. Marguerite, au milieu du tumulte des affaires, savait conserver le recueillement de l'âme et se prémunir contre les dangers de la dissipation. Une extrême exactitude à faire toutes ses actions en vue de Dieu, l'exercice continuel de la prière, la pratique constante du renoncement à soi-même, étaient les principaux moyens qu'elle employait pour se maintenir dans une disposition aussi parfaite. L'étendue de son génie ne le cédait point à l'éminence de ses vertus. On admirait en Ecosse, et même dans les pays étrangers, sa prudence qui pourvoyait à tout, son application aux affaires publiques et particulières, son ardeur à saisir toutes les occasions de rendre les peuples heureux.
Marguerite devint mère de six princes, savoir : Edouard, Edmond, Edgard, Ethelred, Alexandre et David , et de deux princesses, Mathilde et Marie. Mathilde épousa Henri P'', roi d'Angleterre, et Marie Eustache, oomte de Boulogne. Edgard, Alexandre et David régnèrent successivement en Ecosse avec une grande réputation de valeur, de sagesse et de piété. David surpassa ses frères et fut le plus bel ornement du trône écossais.
Marguerite ne fut pas seulement la mère et la nourrice de ses enfants, mais elle les forma encore elle-même à la vertu, et eut soin de les prémunir de bonne heure contre ces écueils où ne vont que trop souvent échouer ceux qui naissent dans les cours des rois. En même temps qu'elle leur faisait sentir le vide et le néant des choses humaines, elle leur peignait la vertu avec tous ses charmes, et leur inspirait l'horreur du péché avec l'amour de Dieu et la crainte de ses jugements. Les précepteurs et les gouverneurs auxquels elle les confia étaient des modèles de vertu, et elle éloignait d'eux tous ceux qui
n'avaionl pas une piélé éprouvée. Elle savait (jiie les enfants ne se corrigent presque jamais des défauts qu'ils contractent par suite des mauvais exemples de leurs maîtres. Elle se faisait rendre compte des progrès que ses fils faisaient dans les sciences, et souvent elle se chargeait de leur donner la leçon d'instruction religieuse.
Lorsque les princesses ses filles furent en âge de profiter de ses exemples, elle les associa à ses exercices spirituels et à toutes ses bonnes œuvres. Elle s'efforçait de leur inspirer l'amour des vertus chrétiennes, et priait Dieu avec ferveur de leur conserver leur innocence et de les faire avancer dans la piété. Les personnes vicieuses n'avaient point d'accès à la cour; la vertu seule pouvait y introduire et servait de recommandation.
Marguerite se regardait comme la mère de tous les Ecossais, et se croyait obligée d'employer son autorité et son crédit à les rendre heureux. C'est pourquoi elle eut soin d'établir partout des hommes apostoliques pour les instruire dans la religion, et de recommander aux magistrats de les seconder dans l'exercice de leur ministère. Par ce moyen, le saint jour du dimanche fut santifié et le jeûne du Carême observé. On vit disparaître la simonie, l'usure et les mariages incestueux, et tous les fidèles remplissaient exactement le devoir de la confession et de la communion pascale.
Pour exciter Témulation, elle récompensait largement tous ceux qui excellaient dans les sciences et dans les arts; elle fonda, dans le même but , plusieurs établissements que le roi approuva, et dont il assura la stabilité par des lois pleines de sagesse.
Une de ses principales vertus était sa charité pour les pauvres. Ses revenus ne suffisaient pas à la multitude de ses aumônes ; souvent elle donnait une partie de ce qui était destiné à ses propres besoins. Toutes les fois qu'elle paraissait en public, on la voyait environnée d'une foule de veuves, d'orphelins et de malheureux qui couraient à elle comme à leur mère. Elle ne renvoyait jamais ceux qui imploraient son secours sans les avoir consolés et assistés. En rentrant dans son
palais, elle le trouvait encore rempli de pauvres auxquels elle lavait les pieds et qu'elle servait de ses propres mains. Elle avait coutume de ne se mettre à table qu'après avoir donné à manger à neuf petits orphelins et à vingt-quatre grands pauvres. Souvent, surtout en Avent et en Carême, le roi et la reine appelaient trois cents pauvres auxquels ils distribuaient, le genou en terre, des viandes semblables à celles qui leur étaient servies. Malcolm servait les hommes et Marguerite les femmes. La reine visitait aussi très-fréquemment les hôpitaux, où les malades ne pouvaient se lasser d'admirer son humilité et son extrême tendresse pour eux. Elle libérait encore les débiteurs insolvables et relevait les familles ruinées. Les étrangers, surtout les Anglais, lui furent souvent redevables de la délivrance de leurs prisonniers. Elle rachetait de préférence ceux qui étaient tombés entre les mains de maîtres durs et intraitables. Les pauvres étrangers trouvaient un asile dans les hôpitaux qu'elle avait fondés pour les recevoir.
Malcolm concourait avec Marguerite à toutes ces bonnes œuvres ; il passait souvent la nuit dans les exercices de la piété chrétienne ; il témoignait une grande déférence pour les avis et les pieuses dispositions de la reine.
Mais oii trouvait-elle assez de temps pour s'occuper de toutes ces bonnes œuvres? Elle se levait matin et se refusait tout amusement. En Carême et en Avent, elle se levait à minuit et allait à l'église pour assister à Matines. De retour dans sa chambre, elle lavait les pieds à six pauvres qui l'attendaient, et leur donnait ensuite une généreuse aumône ; puis elle se reposait une heure ou deux. A son réveil, elle retournait à sa chapelle, oij elle assistait à quatre ou cinq messes basses, indépendamment de celle qui se chantait au chœur. Outre cela, elle avait des heures marquées pour prier dans son cabinet, et elle le faisait avec tant de ferveur et de componction, qu'on la trouva souvent baignée de larmes. Elle gardait la plus rigoureuse sobriété dans ses repas, ne mangeant qu'autant qu'il fallait pour ne pas mourir, et fuyant tout ce qui aurait pu flatter la sensualité. Souvent elle pressait son confesseur de l'avertir de tout ce qu'il y avait de ré-
préliensible dans ses paroles et dans ses actions ; il lui semblait qu'il la ménageait trop à cet égard. Son humilité lui faisait désirer les réprimandes que les autres supportent si impatiemment. Tous les ans elle faisait deux carêmes, chacun de quarante jours, l'un avant Noël et l'autre avant Pâ- (jues; elle pratiquait alors des austérités extraordinaires. C.haquc jour elle récitait les petits offices do la Trinité, de la Passion, de la sainte Vierge et celui des Morts.
La dernière maladie de Marguerite dura au moins six mois ; pendant ce temps, le roi, contre son avis, voulut se mettre à la tête de son armée pour faire la guerre dans le Northumberland ; mais il y trouva la mort ainsi que son fds Edouard. Après qu'elle eut reçu le saint Viatique, son fds Edgard arriva de l'armée. Elle lui demanda comment se portaient Malcolm et Edouard. Edgard, craignant d'augmenter son mal, répondit qu'ils se portaient bien . « Je sais ce qu'il en est, » répliqua-t-elle. Alors, levant les mains au ciel, elle fit cette prière ; « Dieu tout puissant, je vous remercie de m'avoir envoyé une si grande affliction dans les derniers moments de ma vie ; j'espère qu'avec votre miséricorde elle servira à me purifier de mes péchés. » Quelques jours après, elle rendit sa belle àme à Dieu.
Voilà deux beaux modèles de vertu, Malcolm et sainte Marguerite. Le roi remplit tous les devoirs d'un époux chrétien, et rend à son épouse l'honneur et la déférence qui lui sont dus. La reine fait elle-même l'éducation de ses huit enfants^ passe un temps considérable à la prière et à l'exercice de la charité ; ce n'est pas assez pour elle de bien diriger sa maison, elle prend une part très-active au gouvernement d l'Etat.