PREMIÈRE INSTRUCTION
lie iriaria^^e e»t un sacrement.
Propter hoc relinquet homo patrem et matrem suam, et adhœrebit uxori suœ, et erunt duo in carne una. Sacramentum hoc magnum est; ego autem dico, in Christo et in Ecclesia.
C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attaciiera à son épouse, et ils seront deux en une même cliair. Ce sacrement est grand, je dis en Jésus- Clirist et en son Église.
(Ephes., V, 31et32.)
Après vous avoir expliqué les trois sacrements de Baptême, de Confirmation et d'Eucharistie, par lesquels l'homme vient au monde dans l'ordre surnaturel, grandit, conserve et développe en lui la vie de la grâce ou la vie divine ; après vous avoir exposé la doctrine catholique sur les deux sacrements de Pénitence et d'Extreme-Onction, qui sont comme la thérapeutique de l'âme, il nous restait à vous parler des deux sacrements de l'Ordre et du Mariage, qu'on peut appeler à bon droit les deux sacrements sociaux, puisque le sacrement de l'Ordre a pout but de sanctifier et de régir la grande famille
qu'on appelle l'Eglise, et que le sacrement de Mariage est destiné à sanctifier la société domestique ou la famille.
Vous avez vu avec admiration et reconnaissance comment, par le sacrement de l'Ordre, le sacerdoce catholique est établi médiateur entre le ciel et la terre, et devient entre les mains de Dieu un levier puissant qui soulève le genre humain et le jette dans le ciel, de sorte qu'il est dans toute la rigueur du mot le sacrement de V Ordre, ou le principe et la source de tout ordre, et dans le monde surnaturel, et dans le monde de la nature.
Le sacrement de Mariage a bien aussi son importance, et l'Eglise ordonne aux pasteurs des âmes d'instruire les fidèles sur tout ce qui le concerne. « Les pasteurs, dit-elle, doivent se proposer de diriger les fidèles dans la voie 4e la perfection et du bonheur, et désirer pour eux ce que l'apôtre désirail aux Corinthiens lorsqu'il leur écrivait ces mots : Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi, c'est-à-dire qu'ils vécussent dans la continence; car il n'y a pas de bonheur plus grand au monde que d'avoir l'esprit tranquille, dégagé des soins de la terre, en paix du côté de la concupiscence et des passions, uniquement occupé de la piété et de la méditation des choses saintes. Mais, dit le même apôtre, chacun a reçu de Dieu un don particuUer, l'un d'une manière et l'autre d'une autre ; et le ciel a attaché de grands biens au mariage, qui est devenu l'un des sept sacrements de l'Eghse catholique. Notre Seigneur lui-même a voulu hono-
iiM" de sa présence la solennité des noces. Tout cela prouve assez qu'on doit instruire les fidèles sur cette matière, vu surtout que saint Paul et le prince des apôtres nous parlent, dans plusieurs endroits de leurs Epitres, de la dignité et des devoirs particuliers (lu mariage. Inspirés par l'Esprit saint, ils sentaient parfaitement combien il était utile à la société clirélienne que les fidèles connussent la sainteté du mariage et n'y portassent aucune atteinte. Ils savaient combien l'ignorance à cet égard, et les fautes qui en sont la suite, devaient attirer de calamités sur l'Eglise {]). »
Mais si l'ignorance des fidèles toucbant la nature, les propriétés et les conditions du sacrement de Maliage, et si les fautes qui en sont la suite, sont capables d'attirer des calamités sur l'Egbse de Dieu, ce serait donc, de la part des pasteurs, une négligence criminelle et grandement coupable que de ne pas les instruire sur un sujet qui intéresse à un si baut degré toute l'Eglise.
Le sacrement de Mariage a pour but la sanctitication de la famille, puisque c'est un sacrement qui forme une union sainte et inséparable entre riiomme et la femme, leur donne la grâce de vivre cbrétiennement dans l'état de mariage, d'avoir légitimement des enfants et de les élever dans la crainte de Dieu. Or, la famille est la plus importante des sociétés ; elle est la base de toutes les autres, la base de l'Etat et de l'Eglise. Qu'est-ce que
(1) Catéchisme du c.omile de Trente.
l'Etat? C'est la réunion d'un certain nombre de familles sous l'autorité d'un même gouvernement, pour la conservation et le développement de leur existence et de leur bien-être. Qu'est-ce que l'Eglise ? C'est la réunion de toutes les familles chrétiennes sous l'autorité et le gouvernement du Souverain Pontife, pour la conservation et le développement de leur vie spirituelle. Ainsi, ce que la racine esta l'arbre, la source au fleuve, la base à l'édifice, la famille l'est à l'Etat et à l'Eglise, puisque c'est de la famille que l'Etat reçoit ses citoyens et l'Eglise ses enfants. Or, mes frères, si la racine est pourrie, que deviendra l'arbre? si la source est corrompue , quels effets produiront les eaux du fleuve qui en sortira? si le fondement d'un édifice est ruineux , l'édifice restera-t-il longtemps debout?
La mission de la famille est de faire l'éducation des enfants; or, les enfants seront vertueux quand la famille sera elle-même dirigée et animée par l'esprit chrétien ; mais si elle est irréligieuse ou indifférente, ils seront toujours méchants et vicieux. C'est donc la famille qui prépare la gloire ou la honte, le bonheur ou le malheur du monde; c'est la famille qui exerce une action exclusive et journalière sur les premières années de l'enfance, et l'enfance est une cire molle à laquelle on peut imprimer toutes les formes, et les impressions que reçoit l'enfance ne s'effacent jamais.
Il n'y a donc pas de sujet plus grave, plus important que celui que nous allons traiter ; mais il
non est pcut-ôtre pas de plus difficile à expliquer. Aussi, mes frères, ce n'est pas sans crainte et sans (Mubarras que nous l'abordons. Cependant nous avons pensé que ce n'était pas un motif de nous taire, et qu'il était possible d'exposer toute la doctrine de l'Eglise toucliant le mariage sans blesser on rien les lois de la modestie. En traitant celte importante matière, nous ne parlerons, du reste, que de ce qui fait le sujet de vos conversations journalières, avec cette différence que nous serons plus réservé dans nos paroles que vous ne l'êtes communément même en présence de vos enfants, et que nous avons pour but de purifier et de sanctifier vos pensées et vos affections, tandis que vous ne vous proposez souvent que de satisfaire un sentiment purement humain, sinon criminel.
Cependant nous ne serions pas étonnés si quelques paroissiens se montraient scandalisés du sujet mtîine de nos instructions et de certaines paroles dont il faudra bien nous servir en parlant des lois de la famille et de leur violation. N'avons-nous pas entendu de bons paroissiens crier au scandale (juand un prédicateur tonnait en chaire contre certains désordres, tandis qu'ils laissaient eux-mêmes entre les mains d'une jeune fille de quinze ans le roman et le feuilleton, tels qu'ils sont de nos jours, immoraux et licencieux? Ils ne voulaient plus que la jeune fille assistât aux instructions du prédicateur, et ils la conduisaient le même jour dans ces brillantes soirées où toutes les lois de la pudeur sont foulées aux pieds.
Mais, mes frères, est-il bien vrai qu'ils sont sans aucun danger pour la jeunesse, les romans et les feuilletons, ces ouvrages immondes où la fidélité conjugale est honnie et bafouée, et l'adultère loué et préconisé? Et y a-t-il en effet du danger et du scandale dans des sermons sur les devoirs des membres de la famille et sur les lois de la famille elle-même? Ouvrez donc les yeux et comprenez que c'est là une lactique. Croyez-le bien, la cause d'un si beau zèle, c'est la crainte qu'on ne réveille au fond de leur âme ces remords qui tourmentent, parce qu'ils onl violé et qu'ils violent tous les jours les lois de la famille, dont on leur rappelle la sainteté. Il n'y a que les voleurs qui s'irritent quand on parle des lois de la justice.
J'aurais donc à faire à ces paroissiens chatouilleux une recommandation tout entière dans leur intérêt • Si vous désirez, leur dirai-je, qu'on ne vous soupçonne pas d'avoir forfait à vos devoirs, gardez prudemment le silence, et prenez dans le secret de votre cœur la résolution généreuse d'expier vos fautes passées et de changer de conduite.
Cela posé, nous allons vous montrer que le mariage est un véritable sacrement de la loi nouvelle .
Le saint concile de Trente ne s'est pas contenté de définir qu'ily a sept sacrements, au nombre desquels il compte le Mariage ; mais il le définit plus formellement encore dans ce canon : « Si quelqu'un dit que le Mariage n'est pas vraiment et proprement un des sept sacrements de la loi évangélique, institué par notre Seigneur Jésus-Christ, mais qu'il a
Ole invcnlo dans l'Église par des hommes, et qu'il ne confère pas la grâce , qu'il soit anathème (1). »
Celte délinition de foi suffit pour tout catholique, et si nous voulions nous contenter de savoir quelle est la doctrine de l'Eglise à ce sujet, notre tâche serait terminée. Cependant il ne sera pas inutile de vous citer les belles et magnifiques paroles de saint Paul sur le sacrement de Mariage : « Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Sci- Lîneur, dit-il aux chrétiens d'Ephèse, parce que l'homme est le chef de la femme, comme Jésus- Christ est le chef et le sauveur de l'Eglise. Comme donc l'Eglise est soumise à Jésus-Christ, ainsi les femmes doivent être en toutes choses soumises à leurs époux. Maris, aimez vos femmes comme Jésus- Christ a aimé son EgUse et s'est donné lui-même pour elle, pour la sanctifier en la purifiant pa^; l'eau du Baptême unie à une parole de vie, afin qu'elle parût devant lui glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de désagréable, mais qu'elle fût sainte et immaculée. Ainsi les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. Qui aime sa femme s'aime lui-même; car nul n'a jamais haï sa chair, mais il la nourrit et la soigne. C'est aussi ce que Jésus-Christ fait à l'égard de l'Eglise ; car nous autres qui formons l'Eghse, nous sommes les membres de son corps, de sa chair et de ses os. C'est pourquoi il est dit que l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront
(1) Conc Tricl., sess. xxiv, can. J.
deux dans une même chair. Ce sacrement est grand, je dis en Jésus-Christ et dans l'EgUse. Que chacun de vous donc aime sa femme comme lui-même, et que la femme ait une amitié respectueuse pour son mari (1). »
Je ne sais, mes frères, si nous comprenons bien ces divines paroles que nous lisons dans l'Epître de la Messe du jour du mariage. Ce langage vraiment divin a quelque chose de si beau, de si grand et de si élevé que la raison éclairée de la lumière de la foi ne peut le saisir sans tomber dans l'admiration et le ravissement. Essayons de vous l'expliquer.
Et d'abord, nous qui formons l'Eglise, nous sommes les membres du corps de Jésus-Christ, les membres de sa chair et de ses os. C'est-à-dire que Jésus-Christ, en rachetant le monde, a formé l'Eglise pour être son épouse, et que l'union entre lui et nous est tellement intime, tellement étroite, que nous formons un même corps avec lui, que nous sommes les membres de son corps aussi véritablement, aussi substantiellement que nos pieds et nos mains sont les membres de notre corps. Cette union a pour modèle l'union des trois personnes divines dans une seule et unique substance. Jésus-Christ a donc tellement aimé l'EgUse qu'il s'est livré à la mort pour elle, pour la sanctifier et la purifier, la rendre sainte de sa sainteté, puisque c'est son propre corps et une partie de lui-même. Or, mes frères, cette union entre Jésus-Christ et son Eglise,
(I) Ephes.j V.
union glorieuse, intime et subslanlielle, est Je nioilèle, l'exemplaire vivant du sacrement de Mariage. Il faut que l'époux aime son épouse comme il s'aime lui-même, comme il aime son corps et sa chair; car ils sont deux en une même chair, comme Jésus-Christ et son Eglise sont deux en un môme corps, comme les personnes divines sont trois en une même substance. De même que l'amour de Jésus-Christ a été un amour généreux, saint et surnaturel qui a sanctifié et purifié l'Eglise, ainsi il faut que l'amour de l'époux soit saint, généreux, surnaturel, qu'il sanctifie et purifie son épouse. Et comment le serait-il si le Mariage n'était pas un sacrement, c'est-à-dire une source de grâces surnaturelles qui sanctifient les deux époux?
De plus, il serait impossible à l'époux d'aimer son épouse comme Jésus-Christ a aimé son EgUse, et à l'épouse d'être soumise à son époux comme l'Eglise est soumise à Jésus-Christ, sans recevoir des grâces surnaturelles, puisque cet amour et cette soumission sont trop au dessus des forces de la nature, et puisque saint Paul veut que l'époux et l'épouse soient entre eux dans les mêmes rapports que Jésus-Christ et son Eglise ; il faut donc que le Mariage soit un grand sacrement, comme dit saint Paul, pour communiquer aux époux cette force et cette vertu surnaturelles.
Dès l'origine du monde le mariage a été quelque chose de saint et de sacré, une espèce de sacrement. En efîet, il ne se contractait que par le consentement mutuel de l'homme et de la femme, exprimé
— 12 ~par des paroles. Jésus-Christ attribue à Dieu luimême les paroles prononcées par Adam au moment où Eve parut devant lui. C'est donc Dieu qui a assisté au premier mariage et en a formé le lien de sa propre main. Le mariage a donc été dès le commencement un signe sensible et sacré consacrant les époux à Dieu et faisant descendre sur eux les bénédictions du ciel. Selon la haute et sublime doctrine de saint Paul, le mariage d'Adam et d'Eve fut la figure et la prophétie du grand mystère de l'union de Jésus-Christ et de son Eglise, c'est-à-dire du grand mystère qui devait apporter la grâce sanctifiante dans le monde. Le mariage fut étabU entre un homme et une femme, et le divorce fut défendu dès l'origine, nous dit Jésus- Christ. Donc Dieu l'a établi comme une loi stable et permanente. Donc dans tous les temps le mariage a été un signe sensible, sacré, signifiant la grâce sanctifiante, et institué d'une manière permanente (1).
Le concile de Florence confirme cette doctrine en disant : « Le septième des sacrements est le Mariage, parce qu'il est le signe de l'union de Jésus- Christ et de son Eglise. » Or, le mariage primitif a été, lui aussi, le signe de cette belle et admirable union ; il a donc été aussi un sacrement. La différence entre le sacrement de la loi ancienne et le sacrement de la loi nouvelle, c'est que le mariage, chez les anciens, a signifié l'union de Jésus-Christ
(1) P. Ventura^ îa Femme catholique^ discours préliminaire.
(^l de l'Eglise comme un mystère qui devait s'accomplir plus tard, tandis que le mariage des chrétiens signifie cette même union comme un mystère qui s'est accompli et qui est toujours présent. Pour ce motif, il doit être plus noble et plus eflicacc ; il doit conférer par lui-même, par l'action qui le confectionne, la grâce sanctifiante dont il est le signe, tandis que le mariage ancien ne pouvait la conférer de la même manière.
Tous les Pères de l'Eglise relèvent à l'envi l'excellence et la sublimité du sacrement de Mariage. « Je trouverai difficilement, dit Tertullien, des paroles qui expriment bien toute l'excellence du mariage chrétien. L'Eglise en forme le nœud; l'offrande de l'auguste sacrifice le confirme ; la bénédiction du prêtre y met le sceau; les anges en sont les témoins; le Père céleste le ratifie. Et quelle alliance que celle de deux époux chrétiens réunis dans une même espérance, dans un même vœu, dans une même règle de conduite, dans la même dépendance ! Ils ne forment véritablement qu'une même chair qu'anime une seule âme. Ils prient ensemble et ils se livrent ensemble aux saints exercices de la pénitence et de la religion. L'exemple de leur vie est une instruction, une exhortation, un support mutuel. Vous les voyez de compagnie à l'éghse et à la table du Seigneur. Tout est commun entre eux, les sollicitudes, les persécutions, les joies et les plaisirs. Nul secret, confiance égale, empressements réciproques ; ils n'ont pas à se cacher l'un de l'autre pour visiter les malades, assister les
indigents, répandre leurs largesses, offrir le sacrifice, vaquer assidûment à tous leurs devoirs, sans réserve, sans contrainte. Rien ne les oblige à dissimuler ni le signe de la croix, ni l'action de grâces. Leurs bouches, libres comme leurs cœurs, font retentir ensemble les pieux cantiques. Point d'autre jalousie que celle de servir le mieux le Seigneur. Tels sont les mariages qui font la joie de Jésus- Christ, ceux à qui il donnera sa paix. Il n'est point permis, il n'est point utile aux chrétiens de se marier autrement (1). »
Ce tableau est bien touchant, mes frères, mais il n'est si beau que parce qu'il est peint d'après nature. Telle était la vie des époux dans les premiers siècles du christianisme, et telle est encore au milieu de nous celle des personnes solidement instruites dans la religion chrétienne et fidèles à leurs devoirs. Nous avons la consolation de compter sur la paroisse quelques uns de ces époux qui ont contracté chrétiennement leur mariage, et qui y vivent en vrais chrétiens. La grâce qu'ils ont reçue dans le sacrement, qu'ils conservent et qu'ils augmentent par la réception fréquente de la Pénitence et de l'Eucharistie, en les sanctifiant eux-mêmes, élève, perfectionne et affermit leur amour naturel ; et cette affection toute céleste, soutenue par la grâce, diminue le poids des obhgations, fait supporter les afflictions et les maladies, prévient les ennuis du mariage et en fait le charme et le bonheur.
(1) Ad xtxorem, lib. Il, c. 3.
Cette institution divine du sacrement de Mariage est grande, précieuse pour la famille et pour la société ; elle consacre et sanctifie les époux et les enfants. C'est ce qui fait dire à saint Augustin : « La vraie dignité, la vraie grandeur des noces de nos femmes est bien plus dans la sainteté du sacrement que dans leur propre fécondité. Chez tous les hommes, chez toutes les nations, rexccllence du mariage est dans les générations des enfants et dans la foi mutuelle de la chasteté des époux. Mais quant au vrai peuple de Dieu, le mariage est beaucoup plus excellent et plus noble par la sainteté du sacrement (1). »
Saint Chrysostôme ne revenait' pas de son étonnement sur les paroles de saint Paul que nous vous avons rapportées, et par lesquelles le Saint-Esprit propose aux époux, pour modèle de leur alliance, l'union ineffable de Jésus-Christ avec l'Eglise. Il ne revenait pas de son admiration sur la sublimité de cette doctrine et sur son efficacité pour spiritualiser, sanctifier et diviniser un état que le paganisme avait tant dégradé. Il s'écrie : « Comment, d'après cette doctrine de saint Paul, le Mariage ne serait-il pas un grand sacrement? Voyez cette vierge chrétienne se tenant jusque là renfermée dans la maison qui l'a vue naître, se fiant d'elle-même à un homme qu'elle n'a jamais vu, et dès le premier jour l'aimant comme elle-même. Voyez cejeune homme, de son coté, s'unissant à elle qui lui était étrangère,
(1) De Bono Conjiig. , c. 18.
et la préférant aussitôt à tous ses amis, à tous ses familiers, à ses parents mêmes. Yoilà que ces mêmes parents, à qui vous n'enlèverez pas impunément la plus légère parcelle de leur bien, se laissent enlever, sans regret et même avec plaisir, leur fille et leurs trésors. C'est en considérant toutes ces choses, c'est en considérant ce grand acte par lequel deux jeunes époux, en quittant leurs propres parents, s'unissent de la manière la plus intime et forment une société plus parfaite que celle qui peut résulter du commerce le plus intime et le plus ancien ; c'est en considérant qu'il n'est pas donné à l'homme d'inspirer une telle affection qui l'emporte sur toutes les autres affections le plus profondément enracinées dans le cœur, mais qu'un pareil sentiment ne peut avoir que Dieu pour auteur, que saint Paul a dit : « Ce sacrement est grand. » Mais il a encore ajouté d'un air stupéfait : « C'est grand dans « Jésus-Christ et dans l'Eglise. » Rien n'est plus exact; car l'époux quitte son père pour s'attacher à son épouse, comme Jésus-Christ est descendu du ciel pour s'unir à l'Eghse. Ainsi donc ce sacrement est vraiment grand, même aux yeux des hommes; mais lorsqu'on le considère comme ayant son modèle dans l'union de Jésus-Christ avec l'EgUse, on ne peut s'empêcher de le regarder comme une chose merveilleuse et propre à absorber toute notre admiration (1). »
(1) Saint Chrysoslôme, Laus Maximi, et quaîes duccndœ sint uxores.
Les philosophes chrétiens, pour nous donner une haute idée de la noblesse et de la grandeur de l'homme, nous montrent Dieu qui s'arrête toutàcoup dans l'œuvre de la création, et, prenant conseil de lui-même, prononce ces belles paroles : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. » Ce n'est pas l'ange ni une simple créature, quelque parfaite qu'elle soit, qui servira de modèle à l'homme; mais c'est Dieu, l'Etre infiniment parfait en lui-même. Et quand Dieu pétrira le corps de l'homme, qui lui servira de modèle? Ce sera le Verbe incarné, disent les Pères de l'Eglise. Ainsi l'homme a un corps formé d'après celui du Dieu- Homme, ou de Jésus-Christ. Et qui lui servira de modèle pour la formation de la femme? Ce sera la formation de l'EgHse. Jésus-Christ est attaché à la croix, et il dort du sommeil de la mort; son côté est ouvert, il en sort de l'eau et du sang avec lesquels l'Eglise de Dieu est bâtie. C'est pourquoi Dieu envoie un sommeil mystérieux à Adam, et pendant ce sommeil il prend une de ses côtes et e» bâtit la première femme. Remarquez cette expression qui ne s'applique avec vérité qu'à l'Eglise. Jésus-Christ donc forme son Eglise, qui est son épouse, de sa propre substance, et ils sont deux dans une même substance, et nous sommes les membres de son corps, les membres de sa chair et de ses os. Quelle admirable union! où est donc son modèle? Jésus- Christ nous l'apprend dans cette divine prière qu'il fait la veille de sa mort, lorsqu'il demande à son Père que lui et tous ceux qui croiront en lui soient
un, soient consommés dans l'unité, comme le Père et le Fils sont un. Or, les trois personnes divines sont unies substantiellement, ou sont trois dans la même substance. Donc les fidèles sont unis substantiellement à Jésus-Christ, et, quoique plusieurs, ils ne forment qu'un seul corps dont ils sont les membres. Ainsi, mes frères, c'est parce que nous sommes les membres du corps de Jésus-Christ, les membres de sa chair et de ses os, qu'Adam a pu dire en voyant Eve devant lui : « Voilà l'os de mes os et la chair de ma chair. L'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux dans une même substance. »
Epoux chrétiens, comprenez-vous à quelle hauteur la doctrine de saint Paul vous élève ? Voyezvous s'établir entre vous ces rapports tout nouveaux que le paganisme et la philosophie n'ont pas connus et n'ont pu connaître, ces rapports sacrés, mystérieux et divins ? Voyez-vous à quel degré de dignité et de grandeur ils élèvent le mariage, quel caractère d'intégrité, de pureté et de sainteté ils lui ont imprimé? Epoux chrétiens, soyez pour vos épouses ce que Jésus-Christ est pour son Eglise. Jésus-Christ se sacrifie pour son Eglise, pour la racheter, l'ennoblir et l'enrichir; il aime son Eglise, il la console, il la soulage et la fortifie. Sachez donc souffrir aussi pour racheter vos épouses, pour les ennobhr et les enrichir de tous vos biens, de toutes vos quahtés, de toutes vos vertus. Aimez vos épouses comme Jésus-Christ a aimé son EgUse; consolez-les, soulagez-les, fortifiez-les. Et vous, femmes chrétiennes,
véiu'rez vos époux comme l'Eglise vénère Jésus- Christ, son chef et son époux. Obéissez-leur avec amour; c'est dans votre soumission que vous trouverez la liberté, la force et la gloire, comme le principe de la liberté, de la force et de la gloire de l'Eglise est dans son obéissance à Jésus-Christ. Amen.