LA FAMILLE DE SAINTE CATHERINE DE SIENNE, MODÈLE DE PURETÉ
Dans le monde, on oublie trop souvent que le Mariage est un des plus grands sacrements de la loi nouvelle, et les chrétiens en parlent quelquefois avec une légèreté scandaleuse. Ils ne voient pas que c'est la figure des plus grands mystères, des mystères de la sainte Trinité et de l'Incarnation. C'est rimage, bien grossière ou bien imparfaite sans doute , de l'union substantielle qui existe entre les trois personnes divines, de l'union bypostatique qui existe entre la nature humaine et le Verbe divin, de l'union ineffable de l'àme avec Dieu par la grâce, et enfin de l'union qui fera de Dieu et des saints comme une même chose dans le ciel. Peut-ou concevoir quelque chose de plus grand et de plus sublime? Un chrétien ne doit donc parler du mariage qu'avec un profond respect, et éloigner de son esprit, comme de l'esprit de ceux qui l'entendent, toute parole qui serait de nature à éveiller des idées contraires à la pudeur et à la modestie.
Dans la ville de Sienne, si féconde en saints personnages, vivait un homme pieux, simple et droit, nommé Jacques, surnommé Benincasa, teinturier de profession. Sa femme, nommée Lassa, ne brillait point par son esprit ni par sa toilette , mais elle avait du bon sens, elle était active et laborieuse; elle soignait si bien les affaires de la maison, qu'ils jouissaient d'une honnête aisance. Dieu bénit leur mariage ; ils eurent vingt-cinq enfants, dont plusieurs jumeaux; ils les élevaient
dans la crainte et l'amour de Dieu. Jamais^, dans celte nombreuse famille, on ne se permettait une parole qui pût offenser Dieu et le prochain. Le père donnait l'exemple. Un de ses concitoyens cherchait à le ruiner par des calomnies ; jamais cependant il ne put souffrir qu'on en dît du mal en sa présence. Comme sa femme s'en plaignait amèrement, il lui dit avec douceur : « Laissez-le tranquille, ma chère ; Dieu lui fera connaître son tort, et il deviendra notre défenseur. » Ce que révènement vérifia dans la suite.
L'effet de ce bon exemple fut tel sur tous les enfants do la maison, particulièrement sur les filles, qu'elles ne pouvaient ni dire ni entendre une parole indécente. Une d'elles, nommée Bonaventura, ayant épousé un jeune homme qui avait perdu son père et sa mère, fut bien scandalisée de lui entendre proférer, ainsi qu'à ses camarades, des propos déshonnêtes. Elle en conçut une si grande tristesse qu'elle en tomba malade et qu'elle dépérissait à vue d'œil. Son mari lui en ayant demandé la cause, elle lui répondit sérieusement : « Dans la maison de mon père, je n'ai pas été accoutumée à entendre des propos comme j'en entends ici chaque jour ; je n'ai pas été élevée de cette manière par mes parents. Sachez donc pour certain que si vous n'ôtez de cette maison tous ces vilains discours, vous me verrez bientôt morte. » Le mari bien étonné, et en même temps bien édifié, prit aussitôt des mesures pour que sa femme n'entendît plus rien qui pût lui causer de la peine. La modestie du beau-père corrigea ainsi toute la maison du gendre.
Les derniers enfants de cette nombreuse famille furent deux filles jumelles qui naquirent en 1347. Au baptême, l'une fut nommée Jeanne, et l'autre Catherine. Jeanne quitta cette terre peu de jours après, avec l'innocence baptismale. Catherine fut nourrie par sa mère môme, avec beaucoup d'affection : c'est la célèbre sainte Catherine de Sienne, le prodige de son siècle et de beaucoup d'autres.
Sainte Catherine de Sienne est morte à l'âge de trente-trois ans, et, dans ce court espace de temps, elle a rendu plus de services à l'Eglise que les plus grands et les plus saints rois
qui aient jamais existé. Elle réunissait la science des docteurs pour enseigner les voies de la perfection^ le zèle des apôtres pour la conversion des pécheurs, Famour des mortifications comme les plus fervents anachorètes, la sagesse des plus habiles diplomates ou ambassadeurs pour concilier tous les intérêts, détruire les haines qui divisaient les familles cr, les nations, et terminer heureusement les affaires les plus difficiles et les plus compliquées.
Les parents s'épouvantent quelquefois quand ils voient leur famille s'augmenter. Le père de sainte Catherine avait vingt-cinq enfants, et il était dans Faisance, quoiqu'il ne fût qu'un pauvre ouvrier. La dernière de ses filles, sainte Catherine, lui a valu plus de gloire même temporelle que s'il eût été César ou Alexandre. S'il n'avait eu que vingt-quatre enfants, il est probable que l'histoire n'aurait jamais parlé de lui.
ir INSTRUCTION.
ISur le ministre, la matière et la forme du sacrement de Mariage.
Filii saHCtorum surniis, et non possumus ita conjungi, sicut gentes quœ ignorant Deum.
Nous sommes les enfants des saints, et nous ne pouvons nous marier comme les gentils qui ne connaissent pas Dieu.
(ToB., VIII, 5.)
Lorsque le saint concile de Trente, l'assemblée la plus auguste et la plus savante de l'univers, a déclaré hérétiques tous ceux qui nient que le Mariage soit vraiment et proprement un des sept sacrements de la loi évangélique, il a conservé intactes, non seulement la doctrine de Jésus-Christ et des apôtres, mais aussi la doctrine et l'institution primitives de Dieu, qui, dès le commencement, a fait du mariage un sacrement. La tradition cathoUque se trouve ainsi d'accord avec la tradition, la croyance constante et universelle du genre humain ; cartons les peuples de l'univers, même les peuples païens et les peuples sauvages, ceux-là même qui ont le plus dégradé le mariage, en ont toujours fait un acte rehgieux et un sacrement à leur manière.
Les hérétiques anciens et modernes, qui ont osé rayer le Mariage du nombre des sacrements, sont donc en opposition flagrante non seulement avec l'Eglise catholique , mais encore avec la foi constante de l'univers.
Le Mariage est un sacrement ; mais quel en est le ministre, la matière et la forme? Tel est le sujet de cette instruction.
La matière du sacrement de Mariage est le contrat ou le consentement naturel des époux ; la forme consiste ou bien dans l'acceptation réciproque de ce consentement, ou bien dans les paroles que prononce le prêtre en donnant la bénédiction nuptiale ; et le ministre du sacrement est le propre curé d'une des parties contractantes. Je dois cependant vous avertir que les savants catholiques ont élevé de longues et graves discussions touchant le ministre, la matière et la forme du sacrement de Mariage, mais je ne vous en dirai rien, et pour un bon motif: elles ne vous apprendraient rien. Quoi qu'il en soit de toutes ces discussions, il est certain que tout mariage «ntre chrétiens est valide quand les époux ont exprimé librement leur mutuel consentement au mariage, et que le mariage a été célébré en présence du propre curé d'un des époux ou de tout autre prêtre que le propre curé ou l'évêque du lieu aura délégué à cet effet ; et s'il n'est pas célébré avec ces conditions, il est invaUde. Tels sont les mariages purement civils ; ce ne sont pas des mariages proprement dits, mais des unions aussi criminelles devant Dieu que si l'on n'avait rempli
aucune formalité civile. Il en serait de même d'un mariage qui aurait été célébré à l'église par un prêtre ou en présence d'un prêtre qui ne serait pas le propre curé de l'un des époux, ou délégué par le propre curé ou par l'évêque du lieu; ce mariage serait absolument nul, le saint concile de Trente l'a ainsi déclaré.
Nos pieux ancêtres dans la foi s'étaient fait la plus haute idée du sacrement de Mariage, et après l'auguste et adorable sacrement de l'Eucharistie, ils ne voyaient rien de plus saint, de plus sacré, de plus grand, de plus mystérieux que l'union légitime de l'homme et de la femme. Saint Augustin nous fait remarquer que du temps des apôtres le Saint-Esprit descendait visiblement sur ceux qui étaient confirmés, afin de montrer qu'il descend toujours invisiblement dans le cœur de ceux qui reçoivent ce même sacrement. Ainsi notre divin Sauveur a honoré de sa présence les noces de Cana, pour faire voir qu'il se trouve toujours invisiblement aux noces des fidèles. C'est lui qui, dans la personne du ministre, prononce les paroles saintes : Ego conjungo vos, je vous unis en votre mariage. C'est un article de foi, puisque la vérité même nous a dit : « Que l'homme ne sépare plus ce qu(^ Dieu a uni. »
La matière du sacrement n'est pas un peu d'eau, un peu d'huile ou de baume ; mais ce sont les corps des fidèles, formés d'après le type ou le modèle de la sainte humanité de Jésus-Christ; ce sont vos corps sanctifiés par le Baptême, consacrés par la
Confirmalion, devenus les membres de Jésus-Chrisl, les temples du Saint-Esprit, les instruments et les organes de l'ame ornée de la grâce sanctifiante ou déifiée. Or, mes frères, si l'Eglise conserve avec tant de soin et un si grand respect l'eau du Baptême, le saint chrême et l'huile des infirmes, parce que c'est la matière des sacrements, qui a été consacrée par la bénédiction de l'Eglise et l'invocation du saint nom de Dieu, quel respect ne devez-vous pas avoir pour vos corps purifiés par l'eau sainte du Baptême, sanctifiés parla Confirmation, nourris du corps, du sang, de l'âme et de la divinité de Jésus- Christ, et enfin consacrés de nouveau par la bénédiction nuptiale?
Les autres sacrements signifient des grâces particulières qui sont les efi*ets du mystère de l'Incarnation : le Baptême signifie que l'âme de l'enfant est purifiée du péché originel ; F Extrême-Onction, que l'âme du malade est fortifiée contre les tentations ; mais le Mariage signifie une grâce substantielle et incréée, la grâce même de l'incarnation, de l'union hypostatique entre la nature divine et la nature humaine, l'alliance auguste du Verbe divin avec l'humanité et avec l'Eglise catholique.
Vous comprenez aisément, mes frères, que quand les chrétiens se sont formé des idées aussi saintes et aussi subUmes du sacrement de Mariage, ils ne peuvent que le recevoir avec une grande pureté d'âme et des dispositions parfaites. Ils disent comme Tobie : Nous sommes les enfants des saints, et nous ne pouvons pas, nonpossumuSfïïovismsiner comme
les gentils, qui ne connaissent pas Dieu. C'est une chose impossible pour tous ceux qui savent ce que c'est que d'être les enfants des saints. Mais comme aujourd'hui l'on ne sait plus ce que c'est que d'être les enfants des saints, malheureusement V impossibilité n'existe plus. Chaque jour des chrétiens peuvent se marier, puisqu'ils se marient en effet, comme les gentils qui ne connaissent pas Dieu. D'où cela vient-il ? La véritable cause se trouve dans nos mœurs, qui sont redevenues païennes et qui ont lait descendre le mariage à une institution purement humaine. Notre législation, qui ne peut être que l'expression des mœurs de l'époque, a sécularisé le mariage en déclarant que c'est un simple contrat civil. Le législateur n'a pas nié, il est vrai, le sacrement ; mais il ne lui reconnaît aucune force obligatoire. Il a même des peines contre le prêtre qui oserait procéder à la célébration d'un mariage en présence de Dieu et de l'Eglise avant qu'il fût conclu pardevant le magistrat. Or, mes frères, il est de foi catholique que l'Eglise seule a le pouvoir d'établir des empêchements qui diriment le mariage et pour le contrat lui-même et pour le sacrement. Le pouvoir civil, en défendant à l'Eglise de bénir aucun mariage sans sa permission, soumet Dieu à l'homme, l'Eglise à l'Etat, les intérêts religieux aux intérêts matériels, et l'esprit à la chair. Il semble dire à tous les citoyens que le mariage n'est qu'un contrat semblable aux autres, ou une société de commerce entre l'homme et la femme, qui n'oblige que comme un autre contrat et qu'on peut dissou-
lire comme toute société commerciale. Il ne faut donc pas nous étonner de l'indifférence de tant de chrétiens pour recevoir le sacrement de Mariage, vivant dans le concubinage, cette honte et cette ruine des familles, sans trouble, sans inquiétude, sans remords.
Le gouvernement actuel, nous a-t-on dit, s'est préoccupé de cette grave question, et, cédant à la prière de nos vénérables évoques, il se propose de modifier la législation existante. Il comprend fort bien que, dans notre siècle de matérialisme et d'indifférence religieuse, un trop grand nombre d'époux, encouragés par les articles du code civil dont nous avons parlé, s'inquiètent peu des préceptes de la religion et les violent impunément , au grand scandale des fidèles. D'autres regardent le sacrement de Mariage comme une formalité accessoire à laquelle ils consentent à se soumettre par respect humain ou par complaisance pour leur fiancée qui le demande. Entendant répéter sans cesse que la religion de l'honnête homme suffit pour ce monde et pour l'autre, ils se marient sans foi et sans préparation ; le grand sacrement ne peut élever leurs affections grossières au dessus du niveau de la terre et des sens ; ils vivent en païens et ils se marient en païens.
Il n'est donc pas surprenant, mes frères, que les mariages civils soient devenus une des plaies envenimées du corps social. C'est par milliers qu'il faut compter ces alliances immorales, inconnues du paganisme lui-même. Des villes la gangrène s'est ré-
panduc dans les campagnes, et exerce ses ravages principalement sur la classe pauvre et ouvrière ; et le mal s'est tellement agrandi qu'il a fallu une association active et dévouée pour en arrêter, en partie du moins, les funestes effets. Je viens de nommer l'admirable Association de Saint-François-Régis ; et par le mal qu'elle a réparé, qu'on juge de celui qui existe, sans oublier néanmoins que les malades qu'elle a guéris ne représentent pas la dixième partie de ceux qui sont à guérir. Cependant, fondée en 1826, elle a déjà fait plus de 30,000 mariages, c'est-à-dire qu'elle a fait rentrer dans le chemin du devoir plus de 60,000 personnes qui vivaient dans le désordre.
Considérez, je vous prie, mes frères, les conséquences de ces mariages contractés par les honnêtes gens du monde qui se présentent devant le ministre de Dieu à peu près comme devant l'officier civil, c'est-à-dire avec bienséance et politesse, mais sans aucun esprit de foi chrétienne. Pour eux, le mariage est une position sociale et un moyen de se procurer plus aisément et plus honnêtement certaines jouissances matérielles. Mais quelle sera l'éducation des enfants? Nés dans une famille étrangère à la religion, ou du moins assez indifférente pour la pratique, ces malheureux enfants grandiront comme les enfants dec païens, sans habitudes de prière, sans instruction religieuse, sans exercices de piété. Des passions sans frein et une immoralité précoce, voilà leur loi. Corrompus de bonne heure, ils deviennent corrupteurs à leur tour, et leur postérité
110 fait que grandir dans le désordre, jusqu'à ce qu'elle donne de profonds sct3lérals dont les forfaits «'pouvantent le monde.
Les parents ne voient plus dans leurs enfants un dépôt que Dieu leur a confié et dont ils devront lui rendre compte un jour; non, ils les aiment par égoïsme, ils les caressent et les embrassent parce qu'ils trouvent du plaisir à les caresser et à les embrasser ; mais ils se gardent bien de les corriger de leurs défauts, parce qu'il leur en coûterait trop. Admirateurs aveugles de leurs enfants, esclaves de tous leurs caprices, la plupart des parents poussent leur folle tendresse jusqu'à l'idolâtrie. Que le petit dieu manifeste un désir, un caprice, on court, on s'empresse, on s'efforce de le satisfaire.
Mais si le père est esclave de ses enfants pour satisfaire leurs passions, il devient leur plus cruel ennemi quand il s'agit de l'observation des lois de Dieu et de l'Eglise, — Mon père, dira l'enfant, je ne veux pas travailler le dimanche. Dieu le défend. — Et moi, je te commande de travailler; je suis le maître. — Mon père, je veux fréquenter les sacrements, ma conscience l'exige et Dieu me le commande. — Et moi, je te le défends ; je suis le maître. — Mon père, je ne puis faire gras certains jours, l'Eglise me le défend. — Et moi je te l'ordonne; je suis le maître, ego dominiis.
L'enfant a fort bien compris que ses parents l'aimaient pour eux-m.emes, et il les paie de la môme monnaie. Autrefois il se portait avec joie et avec empressement à l'accomplissement des devoirs les
plus difficiles, en se rappelant cette simple parole : Mon père me l'a dit, et il réprimait les passions les plus fougueuses en se disant : Mon père me l'a défendu, tant était religieux et profond le respect qu'il avait pour son père. Aujourd'hui l'enfant obéit quand cela lui fait plaisir, et il remplit son devoir s'il y trouve son avantage. En voulant devenir son ami, son père a perdu toute autorité sur lui, et il ne peut plus que lui donner des avis. Autrefois l'enfant ne parlait à son père qu'avec une espèce de vénération, mais aujourd'hui il lui adresse la parole ou il lui répond avec la plus indécente familiarité. Un seul mot résume à lui seul ce mépris de l'autorité paternelle, c'est le mot tu et toi dont se servent les enfants en parlant aux auteurs de leurs jours. On devrait savoir cependant que le tutoiement, langage de la familiarité, convenable entre les égaux, est révoltant de l'inférieur au supérieur. C'est un reste de la révolution de 93, de cette époque de triste mémoire où l'on décréta que tous les hommes étaient égaux, c'est-à-dire que l'enfant avait autant de droit de commander à son père que son père de lui commander , que le domestique était autant que le maître, l'élève autant que le professeur, le simple soldat autant que le général, le sujet autant que le chef de l'Etat; ce qui équivaut à décréter l'abolition de toute autorité. Aussi le tutoiement a-t-il disparu des relations sociales, et le citoyen qui se permettrait de tutoyer un magistrat ou un fonctionnaire pubUc serait couvert de mépris. Mais est-ce que l'autorité du ma-
f;istral, du roi ou do rempercur est plus respectable que celle du père de fauiille à l'égard de ses enfants? Cependant vous verrez ce bon père qui a horreur des révolutions, car il est conservateur, et pour un bon motif: il a de riches domaines, des capitaux considérables engagés dans le commerce; vous verrez cet homme inconséquent avec ses principes, perpétuant dans sa famille le langage le plus révolutionnaire qui fut jamais, puisque par lui-même il détruit toute son autorité ; il veut que son enfant se serve de la môme formule pour parler à son père, à sa mère, à son domestique, à son cheval et à son chien; tous sont à la môme personne.
Puis écoutez et prêtez l'oreille : quelles sont les plaintes que vous entendez le plus souvent? C'est un gémissement prolongé sur l'insubordination des enfants, sur le mépris de l'autorité paternelle, sur l'oubli des sentiments les plus sacrés et l'indigne violation des plus saintes lois de la nature. Mais les parents récoltent ce qu'ils ont semé ; et, pour me servir des paroles de l'apôtre, ils ont semé dans la chair, ils moissonnent la corruption. Quel est donc le mobile qui dirige et fait agir la plupart des pères de famille ? L'égoïsme et la cupidité. Ils veulent s'enrichir vite ou augmenter leur fortune, pour se procurer une plus grande somme de jouissances matérielles. Vous ne voyez plus partout que des spéculateurs aventureux, des joueurs à la Bourse qui compromettent les plus belles fortunes, quand ils ne les perdent pas entièrement. Les enfants ont-ils pu oublier ce grand principe qu'ils ont entendiv
répéter si souvent : Chacun pour soi? Non^ non, et ils ont grand soin de le mettre en pratique. Les parents et les enfants, les frères et les sœurs deviennent de plus en plus étrangers les uns aux autres; plus d'affection, plus de dévouement, plus de lien commun, plus d'esprit de famille dans l'acception supérieure et chrétienne de ce mot.
Examinez surtout, mes frères, la manière dont on élève et prépare la jeune fille pour le mariage. Si elle est pauvre, on la met au travail dès qu'elle peut manier l'aiguille et les ciseaux; il faut, dit-on, qu'elle gagne sa vie, et l'on ne s'inquiète nullement de la plus noble partie de son être, de son âme créée à l'image de Dieu. D'autres fois on la place en apprentissage, l'atelier la reçoit, et, en échange de son travail , il lui donne l'amour du luxe et la précipite dans le libertinage. Mais elle a grandi et il faut la marier, si toutefois on ne préfère vendre sa vertu au profit du ménage. On ne consulte ni son aptitude ni ses goûts ; on n'examine point si elle réunit les conditions exigées par la société et par la rehgion pour devenir une épouse fidèle, une mère vertueuse, et l'on s'inquiète encore moins si l'époux qu'on lui destine offre, par sa conduite et ses principes, des garanties de bonheur moral et de liberté religieuse. On la vend ; son mariage est un marché qui souvent préoccupe beaucoup moins que toute autre spéculation mercantile. L'intérêt personnel des parents est satisfait, ils ont un fardeau de moins à porter; que voulez-vous de plus? Est-ce que la religion, est-ce
que la société ont quelque chose à \ oii- dans eo qui se passe au foyer domestique?
Dans les classes plus élevées, la jeune fille ne reroitpas une meilleure éducation. En faire une idole ou un bijou de salon, lui persuader que tout le monde doit lui oftrir de l'encens , que tout doit se rapporter à elle, et qu'elle-même ne doit se rapporter à personne, et, dans cette vue, la flatter sans cesse, lui faire entendre qu'elle est un prodige d'esprit et détalent, qu'elle est douée de toutes les grâces; lui donner, avec un goût extrême pour la toilette, certains arts d'agrément joints h un vernis plus ou moins brillant de connaissances la plupart inutiles; en un mot, la remplir d'elle-même et la doter d'un ensemble de (|ualités superficielles propres à lui procurer la main de quelque jeune fou : tel est le but que la plupart des honnêtes gens du monde se proposent dans l'éducation de leurs filles.
Combien de fois n'avons-nous pas entendu des institutrices sensées et raisonnables déplorer avec amertume cette funeste tendance, et ne savoir comment la changer, ou du moins en atténuer les tristes effets? Avec du courage, de la vertu et du dévouement, elles parviennent à inspirer àleurs élèves quelques sentiments pieux; mais celles-ci comprennent si difficilement le langage de la religion, qui est pour elles une langue étrangère et non point la langue maternelle, que, quelques semaines après leur retour au sein de la famille, il ne leur reste plus qu'un vague souvenir de l'instruction religieuse. Naturellement portée à l'égoïsmc, lajeune fille se livre sans
aucune retenue au torrent qui Tentraîne. Elle ne tarde pas à s'apercevoir qu'il n'y a plus pour elle d'autre puissance sur l'homme devenu chair que celle des attraits extérieurs. La beauté de l'âme, l'ascendant de la vertu, les charmes de la modestie et de l'innocence lui semblent la marque d'un esprit étroit, sauvage ou fanatique. Il faut cependant qu'elle règne ; et pour régner, au lieu de se faire esprit, elle se fait chair; au lieu de se faire ange, elle se fait homme, et, s'il le faut, elle se fera démon. De là, mes frères, cette fureur pour les plaisirs sensuels ; ces robes décolletées, ballonnées et montées comme des édifices ; ces habitudes cavalières mises en honneur dans un certain monde ; ces femmes lionnes qui se croient d'autant plus de mérite que leurs manières de penser et d'agir sont plus étranges et plus bizarres. Hélas! infortunées que vous êtes, vous avez voulu devenir semblables à l'homme, et l'homme vous traite comme son semblable, et n'a plus pour vous cette espèce de vénération qu'il portait autrefois à la femme chrétienne. Vous avez brisé votre sceptre; vous avez voulu être une idole, et vous l'êtes en effet, mais rien de plus; vous avez perdu l'estime et le respect qui ne s'accordent qu'à la vertu. Or, l'idole vieillira, ne l'oubhez pas, et bien plus vite que vous ne pensez ; la fleur sera bientôt fanée , elle s'est épanouie le matin, et le soir elle sera jetée sur le pavé delà rue. Alors, méprisées, délaissées, flétries, vous verserez des larmes bien amères, et vous saurez, mais trop tard, que le christianisme fidèlement pratiqué était pour vous l'unique garan-
tie d'une puissance réelle et d'un bonheur durable.
Ne vous étonnez donc plus, mes frères, qu'aujourd'hui, dans une classe trop nombreuse delà société, la i'emme ait perdu toute sa dignité; l'homme ne l'épouse plus, il l'achète. Quelle sera sa dot'^ quelles seront ses prétentions? Telle est la première et souvent l'unique question qui est faite à son sujet au moment du mariage. Aussi, dans la plupart des alliances conjugales, trouverez-vous, en y regardant de près, non des cœurs qui s'unissent pour s'ennobUr en se sanctifiant, mais des arpents ou des écus qui se rapprochent pour fructifier. On dirait que c'est à la fortune et non aux époux que s'adrese la bénédiction divine : Croissez multipliez -vous et remplissez la terre. Voilà pourquoi c'est le notaire, et non le prêtre, qui est le principal ministre du mariage. Rien de plus juste : l'homme de Dieu ne doit point présider aux transactions commerciales. Cependant quelquefois, après la dot, on s'occupe encore un peu de la moralité, de la piété même de la future épouse ; il en faut, et on en veut, assez pour ne pas livrer le mari au ridicule, mais pas trop, de peur que la femme ne sache s'en faire respecter.
Les époux ont donc trouvé dans la signature du notaire apposée au bas de l'acte matrimonial la garantie assurée de leur bonheur. Une alliance sur laquelle roITieier civil a appelé les bénédictions du gouvernement pourrait-elle être malheureuse? Ah ! sans doute, si l'homme n'avait qu'un corps sans àme, les biens de ce monde suffiraient pour le rendre
lieureux; et quand la possession de ces biens lui serait garantie, il pourrait vivre sans inquiétude. Mais il n'en est pas ainsi : l'homme a une âme qui a aussi ses besoins , une âme souillée et dégradée par de mauvaises passions qui l'entraînent dans tous les désordres et dans tous les vices. Pour les dompter, ces passions, il a besoin de la grâce, et cette grâce ne lui est donnée que par la prière et les sacrements. Voilà ce que l'on ne comprend pas, ou ce que l'on ne veut pas comprendre.
Le mariage est donc conclu ; la religion s'y est trouvée pour la forme et le paganisme pour le fond. Conduits la plupart par la cupidité ou l'aveugle passion, les époux se sont approchés de l'autel sans préparation religieuse. En Usant l'histoire de leurs fêtes nuptiales, on croit entendre les païens racontant les orgies matrimoniales de leurs contemporains. Et vous vous étonnez des suites naturelles de pareils mariages 1 Et vous vous étonnez de ces divisions intestines, de ces querelles domestiques, de ces coupables infidélités, de ces scènes scandaleuses, et de ces séparations plus scandaleuses encore, qui font l'opprobre et le malheur des familles et de la société 1 Mais il ne saurait en être autrement ; c'est le fruit naturel de la semence que vous avez jetée en terre, et que vous avez cultivée avec tant de soin.
J'espère, mes frères, que ces considérations vous feront comprendre, je ne dirai pas combien il est utile, mais combien il est nécessaire que nous vous expliquions la haute importance du sacrement de Mariage, sa sainteté, ses conditions et les disposi-
tiens avec lesquelles on doit le recevoir. Heureux si nous parvenons aie faire apprécier comme il mérite de l'être, et si nous déterminons les époux à accomplir dignement et chrétiennement l'acte le plus important de leur vie. Amen (1).
LE LUXE PERD LA SOCIÉTÉ. — AVAMAGES DE LA SIMPLICITÉ ET DE LA MODESTIE.
L'amour du luxe chez les femmes est un motif qui détermine beaucoup de jeunes gens à ne point se marier; et personne ne peut calculer tous les désordres qui de cette source empoisonnée se répandent dans toute la société. Autrefois une couturière pouvait confectionner une robe, mais aujourd'hui elle ne le peut plus. On ne confectionne plus les robes, on les bâtit ; ce n'est plus l'affaire d'une ouvrière^ c'est l'œuvre d'un architecte. On bâtit les robes comme les maisons de la rue de Rivoli, à cinq ou six étages; et on dit même que pour les monter l'architecte est obligé d'appeler à son aide toutes sortes d'ouvriers : des cordiers, des serruriers, des carrossiers et une foule d'autres. Si ce n'était qu'un ridicule, nous pourrions en rire ; mais c'est une cause de ruine pour les familles. Le traitement des fonctionnaires les mieux rétribués ne peut suffire à ces énormes dépenses. Il est des
(1) Pour être juste, nous devons avertir nos lecteurs qu'une partie de ces considérations est extraite de l'excellent ouvrage de Mgr Gaume : Histoire de la Société domestique. Ce livre devrait se trouver dans toutes les bibliothèques. Nous y puiserons souvent, parce qu'il nous serait impossible de mieux dire, ou plutôt de dire aussi bien nous-même, et pour le fond, et pour la forme. Nous nous sommes servi aussi trèsutilement de l'ouvrage du P. Ventura: la Femme catholique, ainsi que des instructions d'Ange Rainer:.
dames qui ne dépensent pas moins, nous dit- on, de dix-huit mille francs par année pour leur toilette. Les hommes réfléchis se préoccupent sérieusement des suites funestes de ce luxe effréné chez les femmes, et cependant ils ne songent nullement à attaquer le mal dans son principe, je veux dire dans le genre d'éducation qu'on donne à Tenfance.
Certes, ce n'est pas ici le lieu de faire un traité sur l'éducation, mais nous ne pouvons nous empêcher de gémir sur le déplorable aveuglement des parents pour leurs enfants. Us devraient bannir pour jamais le tutoiement de leur maison ; c'est un langage insolent de la part d'un inférieur à son supérieur, d'un fils à son père. Chaque jour nous entendons des plaintes sur le pea de respect que les enfants portent à leurs parents; mais à qui la faute? Us obligent leurs enfants à leur parler comme on parle à un animal, à un cheval ou à un chien ; puis ils s'étonnent du mépris oii est tombée l'autorité paternelle ! Us ne savent donc pas que le langage est l'expression des pensées et des sentiments, et que le langage familier détruit toute supériorité? Considérez surtout la manière dont on habille les enfants ; ce sont de véritables poupées. Les garçons ressemblent à de petits marquis, de petits ducs, de peUts barons ; enveloppés de carton ou d'habillements qui les serrent de toutes parts, ils ne peuvent faire un mouvement sans déranger leur toilette. Aussi rien n'est-il bizarre comme de les voir marcher, ces barons de six ans. On dirait ces peUts bonshommes qu'on fait agir par ressort sur les foires et les places publiques. Des filles de quatre ans portent des robes de soie ; vous comprenez combien elles sont charmantes.
Nous avons ensuite des goûters d'enfants qui coûtent de trois à quatre cents francs. Il n'y a rien de trop délicat chez les confiseurs et les pâtissiers pour ces petits dieux. Les mères sont si heureuses d'obtenir un sourire et un baiser de leurs enfants, et de les voir si beaux, si brillants,, si spirituels ! Puis nous avons des bals d'enfants et des spectacles d'enfants. Que leur donnera-t-on quand ils auront quinze ou vingt ans? On sera obligé d'inventer quelque nouveau plai-
sir, car les jeunes gens et les jeunes personnes iraujourd'hui s'ennuient^ Vous leur proposez le bal ou le spectacle pour dissiper leur ennui ? Mais ils n'éprouveut plus que du dégoût jKHU* ces plaisirs trop communs.
Il est donc un fait certain, c'est que les parents développent dans le cœur de leurs enfants deux passions dont les suites me paraissent formidables : la vanité et la sensualité. Non seulement elles seront une cause de ruine pour les familles, mais elles en banniront raiïeclionct la charité fraternelle. Une personne vaine et sensuelle ne trouve de bonheur qu'en se faisant admirer et qu'en se faisant servir les mets les plus délicats ou les plus rares. Le plus léger sacrifice est au dessus de ses forces ; c'est pourquoi elle devient cruelle , et l'expérience prouve que la cruauté accompagne toujours Tamour des plaisirs honteux. Ainsi les enfants d'aujourd'hui seront cruels pour leurs parents et ne se priveront jamais de rien pour eux. C'est ainsi que la Providence leur fera expier leur coupable faiblesse , mais le mal sera irréparable.
Ne vaudrait-il pas mieux que tous les parents^ fussent plus modestes et plus humbles, comme ce bon chiffonnier dont parle le Journal des Bo?is Exemplesi^i'^'^ janvier 1857) ? a Dans une des plus sombres et des plus vilaines rues de Paris, nous dit-il, au fond d'une boutique de bien pauvre apparence, résidait un honnête marchand chiffonnier qu'on aurait cru bien loin de la fortune, à en juger par la nature de son commerce et* la mince valeur de ses marchandises. Ce chiffonnier était père d'une jeune fille, sa joie et son orgueil, qu'il avait fait élever avec le plus grand soin, et qui joignait à une beauté remarquable une vertu éprouvée et une conduite irréprochable. Un jeune homme, attiré quelquefois dans la boutique du chiffonnier, qui était aussi bouquiniste, par la recherche de vieux ouvrages dont il était très-friand, eut l'occasion de remarquer l'élégante distinction, la candeur virginale de M"« Julie B... , et fit part à son père en même temps qu'au père de la jeune fille du désir qu'il éprouvait de faire le bonheur de cette pauvre enfant, vraie perle égarée dans un cgout. Celait là le difficile, car les parents de M. Georges
( c'était le nom du prétendant), établis marchands de nouveautés dans un des plus brillants quartiers de la capitale, avaient pour leur fils des vues très-élevées, et ils ne devaient pas consentir facilement à le marier avec la fille d'un pauvre marchand de guenilles. Le père traita d*abord ce projet de folie; mais le jeun e homme revint si souvent à la charge, que le négociant, dans l'espoir de tout faire manquer et par le ridicule des personnages et par la question d'intérêt surtout, fit inviter le père Thomas et sa fille pour un dîner d'amis qu'il donnait le dimanche suivant. Ce jour-là donc, et bien que les choses ne se fussent pas faites d'une manière convenable, le chiffonnier et M"® Julie arrivèrent au rendez-vous.
« Or, si les manières et le costume du bonhomme, qui est Auvergnat et qui a conservé sa rondeur primitive, prêtèrent aux malicieux propos de l'amphitryon et de ses convives, ils furent obligés de s'incliner devant l'excellente tenue de la jeune personne; mais cela ne suffisait pas. Lors donc que l'on fut au dessert, le commerçant essaya d'abord de plaisanter le marchand de chiffons et de le tourner en ridicule ; mais celui-ci, avec son bon sens naturel, sut parer si bien les bottes qu'on lui portait qu'il sortit de cette escarmouche à son honneur. Restait la question financière, où il devait infailliblement succomber ; ce fut la mère de M. Georges qui l'aborda, en demandant au chiffonnier quelle dot il donnait à sa fille. « Ma bonne mère, s'écrie alors le pauvre Georges, qui devine le piège, je t'en prie, pas de question d'intérêt. — Mais au contraire, jeune homme, dit maître Thomas, causons-en, puisque votre maman le désire ; un peu d'argent ne gâte rien en ménage. Que madame dise combien elle veut vous donner, et je tâcherai de fournir la même somme. — Nous prétendons, nous, donner cinquante mille francs le jour de la noce, continue la dame d'un air superbe, comptant bien terrifier le bonhomme par un pareil chiffre. — Heu ! heu ! reprend celui-ci en hochant la tête, j'avais compté sur mieux que cela pour ma Juliette ; mais enfin, puisque les jeunes gens se conviennent, je n'y regarderai pas: je donne, moi, quatre cent mille francs, espèces sonnantes. »
— tl —
« Nous laissons à penser si le négociant, sa femme et tous les convives changèrent d'allures avec ce Grésus en veste de velours.
a Cependant, quoiqu'il semblât ne plus y avoir d'obstacles au mariage, puisque les parents de M. Georges aspiraient on ne peut plus après cette alliance, la chose se traîna en longueur; c'est que la femme du négociant, ne pensant pas êti'e prise au mot, avait singulèrcment enflé le chiffre de l'apport de leur fils; il fallait donc, pour voir terminer cette brillante aflaire , emprunter, vendre au dessous du cours, etc., afin de réunir les fonds nécessaires. Et ces lenteurs, dont se désespéraient les jeunes gens, menaçaient de se prolonger longtemps encore, quand l'un de ces jours derniers le négociant reçut du père Thomas un paquet contenant une liasse de cinquante billets de banque, puis un chiffon de papier avec ces quelques mots : « Je vois bien où le bât vous blesse, et, comme pour une bagatelle je ne veux pas voir les choses traîner plus longtemps, je vous envoie ce qu'il vous faut ; mais, une autre fois, soyez donc francs avec vos amis, et ne faites plus tant les sucrés avec les pauvres gens. Au 15 courant la noce. »
Nous avons aujourd'hui un trop grand nombre de familles qui ressemblent à la famille Georges. A les voir et à les entendre, on les croirait millionnaires. Mais il en est trop peu qui marchent sur les traces du père Thomas; et cependant qui ne voudrait lui ressembler ? Les péchés capitaux, quand ils vivent dans le cœur, n'enrichissent jamais; mais si on leur tord le cou et si on les pile dans un mortier, il en sort des lingots d'or: voilà le secret de vivre un jour de ses rentes. Avis aux amateurs.
Iir INSTRUCTION.
Mounêtetë et sainteté du mariage. — SiKeellence du eélibat»
Qui matrimonio virginem suamjvngil, benefacit; quinonjungit, melius facit.
Cf'Iui qui mnrie sa fille f;iit bien , et celui qui ne la marie pas fail encore mieux.
(ICoR., VII, 38.)
Ces paroles signifient, mes frères, que le mariage est une chose bonne et honnête, un état agréable à Dieu; mais cependant que le céhbat embrassé pour Dieu vaut encore mieux que le mariage. Malgré ces paroles si formelles du grand apôtre, if s'est rencontré des hommes qui n'ont pas craint de condamner le mariage comme une chose mauvaise d'elle-même et en opposition avec la sanctification de l'homme. Ne pouvant se rendre compte de l'existence du mal sous un Dieu infiniment bon, ni de l'antagonisme qui existe entre l'âme et le corps, l'esprit et la matière, ils ont pris le parti de condamner la matière comme mauvaise d'elle-même, ayant été créée par un mauvais principe, et de condamner en même temps tout ce qui tient à la matière. Ils n'ont pas compris que tout ce qui existe est l'œuvre d'un Dieu
infiniment bon, le corps comme rame, la matière aussi bien que l'esprit; que c'est par suite de la dégradation primitive que le corps s'est révolté contre l'àiue et la matière contre l'esprit, et qu'au moyen d'un secours puissant que nous appelons la grâce, l'homme peut encore aujourd'hui maintenir l'empire de l'àme sur le corps.
Le mariage est un état agréable à Dieu, puisque c'est lui-même qui l'a établi dès l'origine du monde, et après avoir créé l'homme, il lui envoya un sommeil mystérieux, pendant lequel il prit une de ses côtes pour en former la première femme ; puis il amena cette femme devant Adam qui s'écria :« Voilà l'os de mes os et la chair de ma chair. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux dans une môme chair. » Notre divin Sauveur rapporte ces paroles comme ayant été proférées par Dieu lui-même. Et pourquoi donc Dieu aurait-il créé Adam et Eve, un homme et une femme avec des facultés différentes, sinon pour constituer la société domestique ou la famille ? Aussi le premier mariage, modèle de tous les autres, était complètement saint : saint dans son auteur, qui est Dieu lui-même; saint dans ceux qui le contractent : c'est Adam et Eve, tous deux purs comme des anges et jouissant dans saplénitude de l'heureuse ignorance du mal ; saint dans son objet, la sanctification mutuelle des parents et des enfants, par conséquent la sanctification de l'humanité tout entière, but final des œuvres de Dieu; saint dans ses moyens, l'affection la plus vive exempte de tout
mouvement impur de la concupiscence; enfin saint par la bénédiction de Dieu même, qui rend le mariage à jamais respectable et fécond par cette parole éternellement puissante : Croissez et multipliez-vous, et remplissez toute la terre.
Jésus-Christ, notre divin Sauveur, nous instruit par ses leçons, il est vrai, en nous faisant connaître ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter ; mais ses actions doivent être considérées comme une parole plus éloquente encore que ses discours. Or, invité aux noces de Cana, il daigna les honorer et les sanctifier par sa présence et par le premier de ses miracles, afin de montrer ainsi à toutes les générations que le mariage est un état saint et agréable à Dieu.
Les affections les plus vives et les plus douces sont assurément les relations de père et de fils, de mère et de fille ; et quel est l'homme au cœur assez dur pour n'être point touché de tant de traits de piété filiale que nous raconte l'histoire? Qui n'a versé des larmes d'attendrissement en lisant l'histoire du patriarche Joseph ? Qui n'a point admiré le dévouement héroïque du père des croyants lorsqu'il s'est disposé à immoler son fils? Qui n'a pleuré avec David sur son fils Absalon? Dieu lui-même, pour nous révéler toute la tendresse de son cœur, emprunte aux relations de la famille ses plus vives et ses plus touchantes images, en nous disant qu'une mère ne saurait oublier son enfant, et que, quand elle le pourrait, lui ne nous oublierait pas ; et il nous révèle encore toute la tendresse de son cœur
dans la bonté avec laquelle le père de l'enfant prodigue reçoit son fils repentant. Or, mes frères, estil possible que ee qu'il y a de plus beau, de plus noble, de plus doux et de plus touehant soit le ré- .^ultat immédiat d'un état mauvais et réprouvé de Dieu? Il faut donc dire que la nature elle-même, dans ses propriétés "essentielles, est réprouvée de Dieu, et que cette parole du Saint-Esprit : Les enfants sont la gloire de leurs parents, est une parole d'erreur et de mensonge.
Cependant les premiers chrétiens de Corinthe, s'étant fait la plus haute idée de la perfection chrétienne, conçurent des inquiétudes graves touchant le mariage et le célibat; et ceci vous prouve en passant quelle profonde révolution s'était opérée dans le monde, quand on entend des habitants de Corinthe, de cette ville si fameuse entre toutes par la licence et la corruption de ses mœurs, demander au grand apôtre s'il n'y aurait pas pour eux une obligation de vivre dans une continence perpétuelle. Saint Paul répond assez longuement aux importantes questions qui lui sont adressées, et nous devons vous faire connaître sa doctrine, puisqu'elle doit vous servir de règle de conduite. Ecoutez-la donc avec tout le respect que mérite la parole de Dieu :
« Pour ce qui regarde les choses dont vous m'avez écrit, je vous dis qu'il est avantageux à l'homme de ne pas demeurer avec une femme, parce que l'état célibataire vaut mieux que le mariage. Néanmoins, pour éviter le péché, que chaque homme marié vive avec sa femme et chaque femme vive
avec son mari. Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit et la femme ce qu'elle doit à son mari ; la femme ne s'appartient plus à elle-même, ni son corps, ni son âme, mais elle appartient à son mari ; et de même le mari ne s'appartient plus, mais il appartient à sa femme. Ne vous refusez pas l'un à l'autre ce que vous vous devez, si ce n'est d'un mutuel consentement et pour un temps, afin de vaquer à l'oraison, et ensuite vivez ensemble comme auparavant, de peur que Satan ne vous tente et ne vous fasse tomber dans quelque péché. Or, je vous parle ainsi par condescendance et non par commandement, car je voudrais que vous vécussiez tous dans la même continence que moi ; mais chacun a reçu de Dieu un don particulier, l'un d'une manière et l'autre d'une autre. Pour ce qui est de ceux qui ne sont plus dans le mariage et des veuves, il leur est avantageux de demeurer dans cet état, comme je le fais moi-même. Que s'ils n'ont pas la force de garder la continence, qu'ils se marient; car il vaut mieux se marier que d'être brûlé. Quant à ceux qui sont mariés, ce n'est pas moi, mais le Seigneur qui leur fait ce commandement : Que la femme ne se sépare point de son mari. Si elle s'en est séparée (par un motif grave et légitime), qu'elle demeure sans se marier à un autre, ou qu'elle se réconcilie avec son mari , et que le mari de même ne quitte point sa femme.
« Pour ce qui est des autres, ce n'est pas le Seigneur, mais c'est moi qui leur dis : Que si un mari fidèle a une femme qui soit infidèle, laquelle consente
à demeurer avec lui, qu'il ne se sépare point d'avec elle. Et si une femme fidèle a un mari qui soit infidèle, lequel eonsentc à demeurer avec elle, qu'elle ne se sépare point de lui; car le mari infidèle est sanctifié par la femme fidèle, et la femme infidèle est sanctiiiée par le mari fidèle; autrement vos enfants seraient impurs, et maintenant ils sont saints parce que la partie fidèle a soin de les faire baptiser et de les élever chrétiennement).
« Quant aux vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur; mais voici le conseil que jeteur donne, comme étant fidèle ministre du Seigneur, par la miséricorde qu'il m'en a faite. Je crois donc qu'il est avantageux, à cause des nécessités pressantes de cette vie, je veux dire qu'il est avantageux à l'homme de ne point se marier. Etes-vous marié? JNc cherchez point à rompre votre union. N'ètcs-vous point marié? Ne cherchez point de femme. Si néanmoins vous vous mariez, vous n'offensez pas Dieu , et si une fille se marie, elle n'offense pas Dieu; mais ces personnes souffriront dans leur chair des afflictions et des peines, et je voudrais vous les épargner. Voici donc ce que je vous dis, mes frères : Le temps est court, et ainsi que ceux qui ont des femmes soient comme n'en ayant point, ceux qui pleurent <îomme ne pleurant point , ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant point , ceux qui achètent comme ne possédant point , enfin ceux qui usent de ce monde comme n'en usant point; car la figure du monde passe.
<^ Pour moi, je désire vous voir dégagés de soins.
Celui qui n'est point marié s'occupe du soin des choses du Seigneur et de ce qu'il doit faire pour plaire au Seigneur ; mais celui qui est marié s'occupe du soin des choses de ce monde et de ce qu'il doit faire pour plaire à sa femme, et ainsi il se trouve partagé. De même une femme qui n'est point mariée ou une vierge s'occupe du soin des choses du Seigneur, afin d'être sainte de corps et d'esprit; mais celle qui est mariée s'occupe du soin des choses de ce monde et de ce qu'elle doit faire pour plaire à son mari. Or, je vous dis ceci pour votre avantage, non pour vous dresser un piège, mais pour vous porter à ce qui est plus parfait, et qui vous donne un moyen plus facile de prier Dieu sans empêchement. Si quelqu'un donc croit que ce lui soit un déshonneur que sa fille passe la fleur de son âge sans être mariée, et qu'il juge devoir la marier, qu'il fasse ce qu'il voudra; il n'offensera pas Dieu, si elle se marie. Mais celui qui, n'étant engagé par aucune nécessité et se trouvant dans un plein pouvoir de faire ce qu'il voudra, prend une ferme résolution dans son cœur et juge en lui-même qu'il doit conserver sa fille vierge, fait une bonne œuvre. Et ainsi celui qui marie sa fille fait bien, mais celui qui ne la marie pas fait encore mieux. La femme est liée à la loi du mariage tant que son mari est vivant; mais si son mari meurt, elle est libre. Qu'elle se marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur. Cependant elle sera plus heureuse, si elle demeure veuve, comme je le lui conseille, et je crois que j'ai aussi l'esprit de Dieu. »
~ 49 — (Jiielle belle et admirable doctrine, mes frères! U suilit de la méditer un instant pour se convaincre qu'elle est descendue du ciel. Parcourez tous les ouvrages des moralistes anciens et modernes, et vous ne trouverez pas tant et de si belles vérités dans tous leurs écrits qu'il s'en trouve dans ce chapitre septième de l'Epitre de saint Paul aux Corinthiens. Admirez surtout, mes frères, avec quel langage pur et chaste, je dirais même avec quel langage divin saint Paul traite les questions les plus délicates pour ne point blesser la modestie de ses lecteurs.
N'oubliez donc jamais, mes frères, ces graves enseignements qui rappellent aux époux chrétiens les obligations qu'ils ont contractées en recevant le sacrement de Mariage. Mais tout en leur démontrant que c'est un état saint et que celui qui l'embrasse n'offense pas Dieu, saint Paul leur déclare cependant que l'état de virginité lui est bien préférable. Or, malgré ces paroles si claires et si affirmatives, Luther, pour justifier son mariage scandaleux et sacrilège, prétendit que tous les chrétiens étaient obligés, sous peine de péché, de recevoir le sacrement de Mariage. C'est pourquoi le saint concile de Trente l'a déclaré hérétique par le canon suivant : « Si quelqu'un dit que l'état de mariage doit être préféré à l'état de virginité ou de céhbat, et qu'il n'est pas plus parfait et plus heureux de demeurer dans la virginité ou le célibat que d'être engagé dans le mariage, qu'il soit anathème (1). »
(I) Sess. xxiVj can. 10.
Remarquez, je vous prie, mes frères, que l'Eglise ne dit pas que la vie religieuse vaut mieux que le mariage ; mais elle définit que l'état de virginité ou de célibat est préférable à l'état de mariage. Or, l'on peut garder le célibat ou la virginité dans deux états différents, dans le monde ou dans le cloître. Ainsi il est de foi catholique qu'accepter ou choisir pour Dieu l'état de virginité ou de célibat est préférable à l'état de mariage, quand même on vivrait au milieu du monde. D'où vient donc, mes frères, que l'état céhbataire provoque le dédain et souvent le mépris des honnêtes gens du monde? Serait-ce parce que vous ne croyez pas la vertu possible dans cet état? Mais ce serait une flétrissure pour vousmême. Serait-ce parce qu'il arrive qulquefois que cet état n'est pas toujours volontaire? Et quand même? Croyez-vous qu'il n'y a pas de mérite pour "^ un pauvre de pratiquer la vertu de pauvreté? Mais les païens eux-mêmes ont cru voir quelque chose de divin dans l'état de virginité et de célibat ; ils vénéraient les vierges et leur accordaient toutes sortes de privilèges, et l'on rencontre des chrétiens qui s'en moquent ! Il faut qu'ils soient descendus bien bas, pour ne plus avoir le sens moral des païens. Pour vous, filles chrétiennes, méprisez les mépris du monde; soit que vous ayez accepté l'état célibataire, parce que Dieu l'a voulu ainsi, soit que vous l'ayez choisi librement pour vaquer à l'oraison, à la méditation des choses saintes, aux pratiques de la piété et de la charité chrétiennes, efforcez-vous de vous maintenu' toujours à la hau
UHir de votre sublime vocation, et vous commanderez le respect même aux barbares, et un seul de vos regards fera rougir de honte ceux-là mêmes qui se moquent de vous. N'ayez d'autre soin que de plaire à Jésus-Christ, comme étant l'époux de vos âmes, par la pratique de la modestie, de la patience, delà charité, de l'amour du travail et du dévouement ; soutenues par sa grâce, vous triompherez aisément des railleries et des moqueries du monde. Vous n'ignorez pas, mes frères, que l'Eglise a toujours honoré la virginité presque à l'égal du martyre, et qu'elle a confié aux vierges qui demeuraient dans le monde les plus augustes fonctions : l'inslruetion des enfants ou des femmes et des filles qui voulaient se convertir, la visite des prisonniers et des malades, l'ardente propagation de la vérité. Elle a mis sur les lèvres de ses plus éloquents docteurs l'éloge continuel de la virginité. « Tout l'or du monde, dit Tertullien, n'est pas digne d'une âme chaste. Belles aux yeux du Seigneur, toujours jeunes pour lui, les vierges vivent pour lui, s'entretiennent familièrement avec lui; nuit et jour elles le possèdent ; elles lui font une dot de leurs prières. En échange, elles reçoivent du divin Epoux, pour leur douaire, sa grâce et l'accomplissement de tous leurs vœux. Elles vivent sur la terre comme les anges dans le ciel et semblent dès maintenant appartenir à la famille des bienheureux. »
Saint Cyprien les salue avec enthousiasme et leur dit : « Fleurs odoriférantes de l'Eglise, chefsd'œuvre de la grâce, ornement de la nature, ima^e
— ^ oz —
de Dieu où se réfléchit la sainteté du Verbe, portion la plus illustre du troupeau de Jésus-Christ, vous avez commencé d'être sur la terre ce que nous serons un jour dans le ciel. »
Saint Ambroise, considérant la virginité au point de vue de la réhabilitation de la femme, fait entendre ces remarquables paroles : « Toute vierge est reine, soit parce qu'une vierge consacrée à Dieu est l'épouse du plus grand des monarques, soit parce que, domptant les passions qui forment le plus honteux esclavage, elle acquiert un nouvel empire sur elle-même. Une vierge est un don du ciel ; elle fait la gloire et la joie de ses parents ; elle exerce dans sa maison le sacerdoce de la chasteté. »
Vous le voyez, il s'agit de la vierge qui exerce dans sa maison le sacerdoce de la chasteté, et qui attire les âmes à Jésus-Christ par la bonne odeur de ses vertus. Mais après les magnifiques paroles que vous venez d'entendre, que pourrions-nous dire qui fût digne d'un pareil sujet? Une vierge chrétienne est quelque chose de plus beau, de plus grand, de plus merveilleux que l'œuvre même de la création du monde. Car, pour créer le monde, Dieu n'a eu besoin que d'une parole : Dixit, et facta sunt; il a parlé, et tout a été fait. Mais quand il s'agit de former une vierge chrétienne, il faut que le Fils de Dieu descende du ciel, qu'il s'unisse personnellement la nature humaine, qu'il vive sur la terre dans le travail et la pauvreté pendant trente ans, qu'il souffre les plus cruels tourments , et qu'il meure sur la croix. Les vierges chrétiennes sont les fleuis
— oo —
O'Jorifôrantcs do TE^^lisc, qui no pouvoni ('cloro et s'ôpanouir que sur los ramoaux do la croix.
La virginité a cto honorée de toutes les gloires : «.^loire du martyre, gloire de la science, gloire d(^ l'apostolat, gloire du sacrifice et du dévouement, gloire de l'injure et du mépris, la plus belle des gloires. Dans tous les temps et à toutes les époques, elle a été violemment attaquée par les hérétiques, les philosophes et les gens du monde ; c'est donc quelque chose de grand, de sublime, de divin. Une seule vierge chrétienne dans une famille et au milieu du monde est la plus éloquente des prédications; c'est la condamnation visible, palpable, perpétuelle de la corruption du monde; comment voulez-vous donc que le monde lui pardonne? Que sera-ce donc, mes frères, d'une congrégation nombreuse de vierges chrétiennes qui marchent sous la bannière et portent la livrée de la Reine des vierges? C'est une armée qui combat sans cesse pour le triomphe de l'âme sur le corps et de l'esprit sur la matière. Une vieille congréganiste qui s'est toujours montrée digne de porter ce beau nom est aussi vénérable aux yeux de la foi que le vieux guerrier qui a blanchi sous les armes est honorable aux yeux de la patrie : si celui-ci a vaillamment combattu pour défendre son pays contre un ennemi puissant qui réduit les vaincus dans la plus dure servitude, celle-là n'a pas combattu avec moins de valeur pour garantir son pays de la 'corruption des mœurs, qui jette les âmes dans le plus honteux esclavage.
Empruntant les paroles de l'apôtre, je vous dis à
tous : Etes-vous engagés dans le mariage? Souvenez-vous que c'est une chose sainte qui a Dieu luimême pour auteur. Yivez donc chrétiennement, vivez saintement dans le mariage. Que votre foyer domestique soit un sanctuaire d'où s'échappent sans cesse l'encens de la prière et la bonne odeur de toutes les vertus chrétiennes pour monter jusqu'au trône de Dieu. Que votre famille soit l'image vivante de la société éternelle des trois personnes divines : que la première personne, épanchant son cœur et son âme sur la seconde, lui communique tout ce qu'elle possède d'intelligence, de biens, de grandeur, de noblesse et de perfections, en sorte que la mère soit l'égale, la compagne du père; que l'un et l'autre, agissant de concert et comme par un seul principe, s'unissent pour communiquer à l'enfant la science de la religion, la grâce et la vertu, afin qu'il égale en perfections les auteurs mêmes de ses jours; que l'enfant réponde à tant d'amour par un amour non moins vif, non moins pur, pour achever et compléter le bonheur de la famille. Si vous n'êtes point encore engagés dans le mariage, consultez Dieu pour savoir quelle est votre vocation ; car chacun reçoit de Dieu un don particulier : celui-ci d'une manière, et celui-là d'une autre. Si vous vous sentez trop faibles pour garder la continence, souvenez-vous que c'est Dieu luimême qui doit vous choisir celui ou celle à qui vous devez unir votre sort pour toute la vie. Les mariages sont faits dans le ciel avant d'être célébrés sur la terre. Purifiez vos intentions, et ne vous pro-
— oo — posez, comme Tol)ie le disait à Sara, que de voir votre postérité connaître, aimer et servir Dieu dans le temps et dans l'éternité.
Mais si, après avoir consulté Dieu, vous reconnaissez qu'il veut vous donner la meilleure part et ceindre votre front de l'auréole de la virginité, répondez à cette sublime vocation par la pureté et la sincérité de votre sacrifice. Préparez-vous à travailler à la sanctification des âmes, en faisant partie de quelques unes de ces nombreuses associations qui s'occupent du soulagement et de la moraUsation du pauvre et de l'indigent. Quelle gloire pour vous d'être l'œil de l'aveugle, le pied du boiteux, le bâton du voyageur, le père ou la mère des enfants orphelins ou abandonnés, le soutien des faibles et la consolation des aflligés ! Quelle magnifique récompense ne recevrez-vous pas un jour dans le ciel ! Amen.