‹ Instructions paroissiales sur le sacrement de mariageChapitre 5 sur 21 · SAINTE CATHERINE DE SIENNE · texte numérisé non relu

SAINTE CATHERINE DE SIENNE

Pour comprendre que le mariage est un état saint et lioiinêle devant Dieu, il suffit de considérer une seule famille chrétienne dont tous les membres remplissent exactement tous leurs devoirs religieux. Quelle union des esprits et des cœurs ! Quelle charité et quelle prévenance entre les enfants ! Quel respect, quelle obéissance envers leurs parents ! Quelle bonté et quelle tendresse de ceux-ci pour leurs enfants^ et en même temps quelle fermeté pour les corriger de leurs défauts i Quelle innocence de mœurs! Mais c'est un spectacle ravissant, (ligne de Dieu et de ses anges. Je n'en citerai pas d'exemples, parce que, grâce à Dieu, il y a peu de paroisses où Ton ne rencontre encore quelques familles à la foi robuste et à la conduite irréprochable, et qui sont véritablement heureuses, sans cependant être privilégiées du côté des biens de la fortune.

Que le célibat soit un état saint, qui pourrait le contester? Lisez la vie de sainte Thérèse, de sainte Claire et de tant d'autres saintes filles qui se sont élevées au plus haut degré de la perfection chrétienne dans Tétat célibataire. Voyez sainte Catherine de Sienne. C'était Tenfant la plus douce, la plus pieuse et la plus soumise qui fut jamais. Dès l'âge d douze ans, elle suivit Tattrait intérieur qui la portait à toutes les œuvres de charité et de mortification. Elle faisait aux pauvres d'abondantes aumônes, son père lui ayant laissé pleine liberté à cet égard; elle servait les malades, elle consolait les prisonniers et tous les malheureux. Rarement elle se permettait Tusage du pain; sa nourriture ordinaire consistait en des herbes bouillies, sans aucun assaisonnement. Elle portait le cilice avec une ceinture de fer garnie de pointes aiguës. Elle dormait peu et prenait sur des planches nues le repos qu'elle ne pouvait refuser à la nature. Ses macérations étaient accompagnées d'une humilité profonde, d'une obéissance entière et d'un parfait renoncement à sa volonté. Elle n'avait que quinze ans lorsqu'elle commença ce genre de vie. Dieu l'afûigea de diverses maladies que les remèdes des médecins ne firent qu'empirer. Les douleurs qu'elle souffrait n'altérèrent jamais la tranquillité de son âme; elle les regardait comme des moyens d'expier ses péchés et de purifier les affections de son cœur.

Trois ans après elle prit l'habit du tiers-ordre de Saint- Dominique. Son plus grand plaisir était de rester renfermée dans sa cellule et de vaquer à la prière. Ses mortifications n'eurent plus de bornes. Elle garda pendant trois ans un silence qu'elle n'interrompait que pour parler à Dieu ou à son directeur. L'exercice de la contemplation lui emportait une bonne partie des jours et des nuits. Elle en retira de grandes lumières surnaturelles, un amour tendre pour Dieu et un zèle ardent pour la conversion des pécheurs.

Mais afin delà maintenir dans les sentiments d'une humilité vraiment chrétienne. Dieu se plut à l'éprouver par toutes sortes de tentations, et elle eut à souffrir toute espèce de tourments. La vie contemplative avait pour elle beaucoup

i\'allrails , mais Dieu lui ordonna d'y joindre la vie active. Elle obéit, quoi qu'il pût lui en coûter. Elle recommença donc i^ faire roflicc de servante et au couvent et à la maison paterir lie. Elle s'appliquait surtout à servir les pauvres et les malades. Il y avait à Sienne une vieille femme nommée Tecca, tellement infectée de la lèpre que les magistrats avaient ordonné qu'on la mît hors de la ville, de peur qu'elle ne communiquât son mal aux autres. Catherine la visitait tous les jours, matin et soir, lui préparait et lui donnait de ses mains tout ce qui lui était nécessaire. Elle y considérait son divin Epoux, qui lui-mt'me se présente comme un lépreux dans les prophètes. La malheureuse femme, la voyant revenir chaque jour deux fois, la regarda bientôt comme sa servante, la grondant, lui faisant de piquants reproches quand elle tardait de quelques minutes. Catherine lui répondait humblement : « Pour l'amour de Dieu, ma chère mère, ne vous troublez pas; si j'ai tardé un peu, j'aurai bien vite fait ce qui convient pour votre service. » Puis elle y travaillait avec tant de diligence que la pauvre femme, tout impatiente qu'elle était, ne pouvait s'empêcher de l'admirer. Dieu permit qu'en la servant ainsi pour l'amour de Dieu, Catherine contractât elle-même la lèpre aux mains; et cela ne dura pas peu. Mais elle aimait mieux devenir lépreuse par tout le corps que d'abandonner cet office de charité. La malade étant morte, Catherine lava son corps et Pensevelit elle-même ; après quoi la lèpre disparut de ses mains sans qu'il en restât aucune trace. Une pauvre veuve, dont le sein était rongé par un horrible cancer, se voyait abandonnée de tout le monde. Catherine la regarda comme lui étant réservée par la providence de son céleste Epoux, et lui offrit ses services jusqu'à la iin de sa maladie. La pauvTe veuve s'en montra d'autant plus reconnaissante qu'elle se voyait plus abandonnée. Catherine la servait donc avec une affection filiale, pansant son ulcère sans faire attention à la puanteur, en sorte que la malade ellemême en était dans Padmiralion.

Le démon fut jaloux d'une charité si héroïque. Il s'attaqua d'abord à la sainte elle-même. Un jour qu'elle découvrit l'ul-

cère de la malade, elle sentit une puanteur si extraordinaire que le cœur lui en bondit et qu'elle fut sur le point de vomir; mais bientôt, s'indignant contre elle-même, elle se dit: «Comment ! tu répugnes ta sœur rachetée par le sang du Sauveur, toi qui peux tomber dans une infirmité pire encore ? Vive le Seigneur ! tu ne passeras pas impunie. )> En même temps elle appliqua sa bouche sur l'ulcère de la malade, jusqu'à ce qu'elle eût éteint les derniers ressentiments de sa répugnance.

Le démon s'enfuit pour un temps, mais il revient bientôt à la charge par la malade même. Il lui remplit l'esprit des plus noirs soupçons contre sa bienfaitrice, lui représentant que tout le temps qu'elle ne passait pas près de son lit elle se livrait aux plus honteux désordres. La malheureuse s'en laissa tellement persuader, qu'elle en paria dans ce sens à d'autres. La calomnie se répandant de plus en plus, les sœurs du couvent appelèrent Catherine et lui en firent des reproches. Sa mère elle-même lui défendit de servir désormais cette malade. Mais Catherine sut si bien leur représenter qu'elle était innocente, et qu'à l'exemple de Jésus-Christ il fallait continuer à faire le bien aux pécheurs, malgré leur ingratitude, qu'on la laissa suivre les élans de son cœur charitable. Bientôt son divin Epoux fit connaître publiquement son innocence.

Un jour qu'elle priait avec larmes, le Sauveur lui apparut avec une couronne d'or dans une main et un diadème d'épines dans l'autre, et lui parla en ces termes : « Sachez, ma fille, que nécessairement vous serez successivement couronnée de l'une et de l'autre. Choisissez donc ce que vous aimez le mieux, ou d'être couronnée du diadème d'épines en cette vie qui passe, et je vous réserverai la couronne d'or, de perles et de pierres précieuses pour la vie qui dure ; ou bien d'avoir maintenant la couronne précieuse, et après votre mort celle d'épines. » Elle répondit : « Depuis longtemps, Seigneur, j'ai renié ma volonté propre pour ne servir que la vôtre ; ce n'est donc pas à moi de choisir. Cependant, puisque vous voulez que je réponde, je dirai que je choisis en

cette vie d'otre toujours conforme ^ votre bicnlicureuse passion et d'embrasser toujours, pour l'amour de vous, les peines comme un rafraîchissement. » Eu même temps, elle saisit des deux mains la couronne d'épines et se l'enfonça si fortement sur la tùte qu'elle en fut percée de toutes parts et qu'elle en sentit des douleurs le reste de sa vie.

Bientôt Callierine ne vécut plus que de la sainte communion. Cependant son confesseur lui ordonna de manger ; elle obéit, mais elle tomba malade, et, étant sur le point de mourir, elle lui représenta qu'il en était cause. Il leva sa défense, et Catherine revint en santé.

Elle travailla ensuite avec un prodigieux succès à la conversion des pécheurs. Un des principaux habitants de Sienne, nommé Nannès, fomentait quatre guerres civiles à la fois ; Catherine le manda et lui parla avec force pour l'engager à se convertir , mais elle avait affaire à un cœur endurci. Elle se mit en prières ; bientôt les yeux du coupable s'ouvrirent à la lumière, et il donna des preuves non équivoques d'un changement parfait.

Un jour, on conduisait au supplice deux fameux assassins qui avaient résisté à toutes les exhortations et ne faisaient entendre que d'horribles blasphèmes. Catherine se met en prières ; aussitôt ils témoignent le plus vif repentir de leurs crimes et meurent avec toutes les marques d'une sincère pénitence.

Sainte Catherine insistait surtout sur la nécessité d'apaiser la colère de Dieu par de dignes fruits de pénitence. Ses discours étaient si persuasifs que les plus grands pécheurs ne pouvaient y résister. On accourait de toutes parts pour Tenlendre et même pour la voir. Ceux qui avaient eu ce bonheur s'en retournaient glorifiant Dieu, et bien résolus de mener à l'avenir une vie plus chrétienne. Le pape Grégoire XI avait chargé trois dominicains d'entendre à Sienne la confession de tous ceux que Catherine aurait engagés à changer de vie. Les religieux étaient au tribunal de la pénitence nuit et jour ; ils pouvaient à peine suffire pour entendre ceux qui. venaient les trouver.

Les Florentins s'étaient soulevés contre l'autorité du Pape, et il y eut une guerre sanglante. Mais ayant reconnu leurs torts^ ils choisirent Catherine pour les réconcilier avec le PapCj s'en rapportant à sa prudence pour les conditions de raccommodement, et ils lui promirent d'envoyer des ambassadeurs pour ratifier tout ce qu'elle aurait jugé à propos de conclure. Elle se rendit près du Pape, qui résidait à Avignon, et l'engagea fortement à retourner à Rome. De retour à Sienne, elle lui écrivit plusieurs lettres dans le même sens, et le Pape se mit en route pour l'Italie, qui était toujours agitée et ensanglantée par les factions. Le Pape envoya Catherine à Florence pour calmer les habitants de cette ville et y rétablir la paix. La sainte la trouva plongée dans le plus affreux désordre ; elle ne voyait de toutes parts que meurtres et que confiscations. Plus d'une fois elle fut en danger de perdre la vie ; mais elle se montra toujours intrépide, même au milieu des épées que l'on tira contre elle. Son courage et sa persévérance furent couronnés du plus heureux succès. Les rebelles se soumirent et demandèrent sincèrement la paix.

Après la mort de Grégoire XI, on élut à Rome pour lui succéder Urbain VI, et il fut reconnu par tous les cardinaux. Mais bientôt ils déclarèrent nulle leur élection et procédèrent à une nouvelle ; leur choix tomba sur Clément VII. L'Eglise était donc déchirée par le grand schisme d'Occident, et Catherine faisait des efforts prodigieux pour rétablir l'uni té; elle écrivait les lettres les plus pressantes au Pape, aux cardinaux et aux rois catholiques , leur donnait à tous des conseils dictés par une prudence et une sagesse admirables, et les engageait à se corriger de leurs défauts. Son historien nous dit qu'elle avait une politique plus grande et plus haute que tous les rois de son temps et que tous les auteurs modernes de politique et d'histoire ; elle comprenait beaucoup mieux l'intérêt véritable de l'humanité entière et de ses diverses parties. Elle pressait fortement le Pape d'ordonner une expédition contre les infidèles, assurant que trois grands biens devaient en résulter : la paix en Europe, la pénitence, des hommes d'armes et le salut de beaucoup de Sarrasins.

Voilà, en quelques mots, ce qu'a fait sainte Gatlierinc de Sienne, cettc'fille d'un pauvre teinturier, qui, en demeurant vierge, est parvenue i\ ce haut degré de sainteté, de science, de grandeur d'ànio, d'iiéroïsmc. Elle a laissé des ouvrages bien propres à diriger les âmes dans les voies de la perfection.

Nous n'avons cité que sainte Catherine de Sienne comme exemple do rexcellcnce de la virginité et du célibat, mais nous pourrions en citer des milliers d'autres. Nous sommes donc en droit de dire : Ce qui produit une vertu si parfaite peut-il être mauvais ? Une eau vivifiante et limpide peut-elle sortir d'une source empoisonnée et boueuse ? Peut-on cueillir des figues sur des ronces, et des raisins sur des épines? Un effet excellent ne peut provenir que d'une excellente cause ; et comme la virginité ouïe célibat est devenue le principe des plus hautes et des plus admirables vertus, il faut qu'elle soit elle-même quelque chose de céleste et de divin.

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