‹ Instructions paroissiales sur le sacrement de mariageChapitre 7 sur 21 · V INSTRUCTION · texte numérisé non relu

V INSTRUCTION

De l*uuité de iiiariasc.

Non legistis, quia qui fecit hominem ab initio, masculiim et fœminam fecit eos, etdixit : l'ropUr hoc dimiltet homo patrem et niatrem, et adhœrebit uxori stiœ... Itaque juin non sunt duo, sed tnia caro.

N'avez-voiis pas lu que celui qui a créé l'homme dès le coraïueiicement a créé un homme et une femme, et il a dit : C'est pour cela que l'iiomme quittera son père "et sa mère et s'attachera h son épouse... C'est pouriinoi ils ne sont pas deux, mais une seule chair.

(Mattii., XiX, 4, 5, 6.)

Le mariage est saint de quelque côté qu'on le considère, et cependant l'état de virginité et de célibat l'emporte beaucoup sur le mariage. Notre divin Sauveur, en l'établissant dans son Eglise comme un moyen de moraliser le mariage et comme une digue pour arrêter les flots d'une population toujours croissante, a fourni aux âmes d'élite et aux cœurs généreux l'occasion de pratiquer les plus bautes vertus; mais il choisit presque toujours ces âmes d'élite dans les familles nombreuses, parce que ce sont celles qu'il bénit de préférence.

Quoique l'intention de Dieu eût été de multiplier rapidement le genre humain, il n'a voulu cependant donner au premier homme qu'une seule femme. Si plus tard les patriarches en curent plusieurs, ce

fut sans doute avec la permission de Dieu, puisque Jésus-Clirist nous enseigne expressément que l'homme ne doit avoir qu'une seule femme. C'est donc Dieu qui a établi cette grande loi de l'unité du mariage, U7i seul avec une seule, un seul homme avec une seule femme. Non seulement c'est une chose contraire à la loi de Dieu, mais encore contraire à la loi naturelle et à la moralité, qu'une femme ait plusieurs maris, tandis que rigoureusement Dieu peut permettre à l'homme d'avoir plusieurs femmes, comme de fait il paraît l'avoir permis après le déluge; car on lit dans le Deutéronome : « Si un homme a deux femmes à la fois, l'une qu'il chérit et l'autre qu'il hait, et que l'aîné de ses enfants soit le fils de la femme qu'il hait, et qu'il ait l'intention de partager son bien entre ses enfants, il ne pourra pas donner le droit d'aînesse au fils de la femme qu'il chérit, mais il le laissera au fils de la femme qu'il hait. » On voit par ces paroles que les enfants des deux femmes étaient appelés à partager également les biens patrimoniaux; tous étaient donc regardés comme légitimes, et les femmes elles-mêmes devaient être légitimes.

Mais ce qui prouve encore mieux qu'il était permis d'avoir deux femmes à la fois, c'est l'exemple des patriarches. Abraham en a deux, David en a deux, le roi Joas en a deux, et le patriarche Jacob on a quatre. Nous ne lisons nulle part dans la sainte Ecriture que Dieu leur ait adressé des reproches sur cette conduite, et l'on ne peut supposer

— saque dos hommes aussi émincuts par leur sainteté, par leur dévouement au service du Seigneur, soient demeurés toute leur vie dans un état de damnation et en révolte permanente contre la volonté même de Dieu.

Mais depuis la publication de l'Evangile il n'est plus permis d'avoir plusieurs femmes à la fois. Jésus-Christ a rétabli la loi de l'unité pour maintenir la paix, et la tranquillité dans les familles, donner à la femme le rang qu'elle y doit occuper, et pourvoir à la bonne éducation de tous les enfants. On dirait même que Dieu n'a permis la polygamie aux patriarches que pour mieux faire sentir la nécessité de l'unité dans le mariage. Un auteur chrétien fait à ce sujet les réflexions suivantes : « Bien loin que cette licence rendit le mariage plus commode, le joug en était bien plus pesant. Un mari ne pouvait partager si également son cœur entre plusieurs femmes qu'elles fussent toutes contentes de lui. Il était réduiit à les gouverner avec une autorité absolue, comme font encore les Levantins. Ainsi il n'y avait plus dans le mariage d'égalité, d'amitié et de société. Il était encore plus difficile que les rivales pussent s'accorder entre elles. C'étaient continuellement des divisions, des cabales et des guerres domestiques. Tous les enfants d'une femme avaient autant de marâtres que leur père avait d'autres femmes. Chacun épousait les intérêts de sa mère et regardait les enfants des autres femmes comme des étrangers ou des ennemis. De là vient cette manière de parler si fréquente dans l'Ecriture : C'est

iiioa frère et le fils de ma mère. On voit des exemples terribles de ces divisions dans la famille de David, et de bien plus affreux encore dans celle d'IIérode (Ijf » L'auteur aurait pu ajouter : Et dan? la famille même d'Abraham. L'hisloire d'Agar est là comme un triste monument de la jalousie et des troubles inévitables dans la société domestique constituée en dehors de la loi de l'unité.

Ces observations si justes me dispensent d'entrer dans de plus longs développements pour vous faire sentir les tristes conséquences de la polygamie. Uno fois permise, les passions n'eurent bientôt plus de frein, et elle introduisit tous les désordres d^ns la famille. Il n'est donc pas étonnant que notre divin Sauveur, qui était venu accomplir et perfectionner la loi, ait rétabU le mariage dans sa perfection primitive. Les Juifs lui ayant demandé un jour s'il est permis à l'homme de renvoyer sa femme pour une cause quelconque, il répondit : « N'avezvous pas lu que celui qui a créé l'homme dès le commencement a créé un homme et une femme, puis il a dit : C'est pourquoi l'homme quittera Son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux dans une môme chair? » Or, selon Jésus-Christ, c'est Dieu lui-même qui a prononcé ces paroles proférées par Adam au moment où le mariage fut établi entre un homme seul et une femme seule, afin de nous en bien marquer le sens. Puis Jésus-Christ conclut par ces paroles : « C'est pour-

(!) FIcury.

quoi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. » H n'y a que Dieu qui puisse trouver des piiroles aussi simples, mais aussi énergiques, pour "* exprimer l'unité du mariage. Cependant les Juifs, n'étant point satisfaits, lui dirent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il ordonné de donner un libelle de répudiation et de renvoyer sa femme? » Et Jésus répond : « C'est à cause de la dureté de votre cœur qu'il vous a permis de renvoyer vos femmes; mais il n'en était pas de môme dès le commencement. Or, je vous dis que quiconque renvoie sa femme et en épouse une autre se rend coupable d'adultère. » Mais si l'homme qui prend deux femmes se rend coupable d'adultère, elles ne sont donc pas toutes deux légitimes.

Ecoutons sur ce sujet saint Chrysostôme : « Par ces mots, dit-il, que Jésus-Christ rappelle comme ayant été prononcés par Dieu même à l'origine du monde, il est évident que Dieu a voulu qu'un homme n'épousât qu'une seule femme. S'il eût voulu qu'un homme eût plusieurs femmes, après avoir créé l'homme, il ne se serait pas contenté de lui donner une seule femme; il en aurait créé plusieurs. Ainsi, par la création même de l'homme, aussi bien que par la loi qui lui fut donnée. Dieu a témoigné clairement qu'il n'est permis à l'homme d'avoir qu'une seule femme, et qu'il ne peut jamais rompre le lien conjugal; car dire : Celui qui a créé l'homme créa au commencement un homme et une femme, ce serait dire que, sortis l'un et l'autre du même principe, ils sont unis pour ne faire qu'un

même corps, car ils ne sont tous deux qu'une même chair. Donc, comme couper en deux un corps humain est une grande scélératesse, de même renvoyer sa femme est une grande iniquité, Mais le divin Sauveur ne s'en tint pas là, et, pour donner à cette doctrine une sanction divine qui la consacrât à perpétuité, il a dit encore : Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni (1). »

Quand les Juifs prétendent que Moïse a ordonné de renvoyer sa femme, Jésus-Christ répond que Moïse n'a pas donné d'ordre, mais une simple permission qui ne leur faisait pas d'honneur ; il avait craint que la dureté de leur cœur ne les portât à tuer leurs femmes qui leur seraient devenues odieuses, s'ils n'avaient pu s'en séparer.

Cette belle loi de l'unité du mariage a sauvé l'honneur de la famille en mettant une barrière insurmontable aux ignobles passions de l'homme, en conservant à la femme la gloire que Jésus-Christ lui a rendue, et en pourvoyant à l'instruction et à ['éducation des enfants ; loi éminemment sociale, que les chefs de l'Eglise ont toujours défendue avec vigueur. Quand Lothaire, qui a donné son nom à la Lorraine, répudia Thietberge pour épouser Waldrade, le Pape le frappa d'anathème et le retrancha de la communion des fidèles; et ce ne fut que lorsque Lothaire eut juré sur le corps et le sang de Jésus-Christ qu'il congédierait Waldrade pour reprendre Thietberge, que le Pape leva l'excommunication.

(1) Homélie 63 sur saint Matthieu.

Cependant , mes frères , afin que les hommes comprissent mieux encore l'utilité , je dirai même la nécessité de celte loi du mariage, Dieu a permis qu'on fit la contre-épreuve sous nos yeux. C'est Luther qui s'est chargé de ce soin , Luther, ce grand réformateur de la religion, ce fameux partisan de la liherté des passions, et non de celle faculté de l'âme qu'on appelle la liberté et qu'il nie dans tous ses écrits; ce qu'il lui faut, et ce qu'il faut à tous ses adhérents, c'est la liberté de secouer tout joug et de fouler aux pieds les plus saintes lois de la famille.

On consulte Luther pour savoir s'il est permis à un homme d'avoir plusieurs femmes, et il répond: « Pour moi, je vous l'avouerai, je ne vois pas comment j'empêcherais la pluralité des femmes; il n'y a pas dans les saintes Lettres le plus petit mot contre ceux qui prennent plusieurs femmes à la fois. »

Est-il possible, mes frères, de mentir plus effrontément? Est-ce que les paroles de Jésus-Christ que nous avons rapportées ne sont pas de la dernière évidence? Mais qu'importe à Luther la parole de Dieu? Ceci vous prouve que la sainte Ecriture, interprétée par chaque chrétien, n'est plus qu'une lettre morte, et qu'on lui fait dire tout ce qu'on veut. En effet, un prince libertin, Philippe, landgrave de liesse, désire épouser une seconde femme, une seule ne lui suffit pas ; mais il éprouve quelques scrupules, et pour calmer ses inquiétudes de conscience, il s'adresse humblement au chef de la Réforme et lui demande une dispense. Luther lui

répond : « Si Votre Altesse est décidée à épouser une seconde femme, nous jugeons qu'elle doit le faire secrètement, comme nous avons dit à l'occasion de la dispense qu'elle demandait, c'est-à-dire qu'il n'y ait que la personne qu'elle épousera et quelques autres au besoin qui le sachent, en les obligeant au secret sous le sceau de la confession. » Vous entendez, mes frères? Luther réclame le secret sous le sceau de la confession, lui qui vient d'abolir la confession; et que devient alors son secret? et qu'est-il devenu en effet? Bientôt il est divulgué partout, etCarîostad, plus franc que Luther, lui écrivait en ces termes : « Point de scrupules : ayons deux femmes, trois femmes, autant de femmes que nous pourrons en nourrir. Croissez et multiphez-vous; entendez-vous, Luther? Laissez donc accompUr Tordre du ciel. »

Bucer, autre partisan zélé de la secte, avoue que ce peut être une nécessité pour certaines natures de mettre en pratique la doctrine de Luther sur ce point, et il ajoute qu'il ne manque pas d'exemples d'empereurs et de rois qui ont épousé plusieurs femmes, et qui en outre entretenaient encore des concubines.

Le principe est posé, vous en verrez bientôt sortir toutes les conséquences, et on les acceptera, quelque monstrueuses qu'elles paraissent. Jean de Leyde, autre partisan de Luther, prétend que, s'il est permis d'épouser deux femmes, rien n'empêche d'en épouser vingt. Conséquent avec ses principes, il a vingt femmes à la fois; et ses disciples,.

pensant avec raison qu'ils ne pouvaient rien faire (le mieux que d'iniiler leur maître, ont aussi vingt femmes à la fois.

Cependant, mes frères, tous ces hommes s'appelaient évangéli(]ues, parce qu'ils prétendaient qu'eux seuls connaissaient et observaient l'Evan- ^'ile; à peu près comme les rationalistes de nos jours, qui proclament bien haut les droits de la raison, tandis que de fait ils détruisent la raison ellemême, et comme les socialistes, qui seuls, disentils, soutiennent et défendent les principes de la véritable société, tandis que par leur doctrine ils la renversent de fond en comble. C'en est fait, la porte du désordre et du vice est ouverte, tous les réformateurs et tous les réformés s'y précipitent et arrivent bientôt au fond de l'abîme. La providence de Dieu l'a permis, afin de nous donner la contreépreuve de la bonté de la loi, afin de faire voir au monde entier que la réforme opérée par Luther et ses disciples n'est rien autre chose que l'affranchissement de la chair, la libre satisfaction des sens, l'émancipation entière de l'homme et de la femme de tout engagement, de tout lien, de toute loi qui commande la modestie et la pudeur, enfin le triomphe du sensualisme païen avec toutes ses infamies et ses turpitudes. L'immoralité a été tellement révoltante qu'elle a épouvanté Luther lui-même, et qu'elle l'a forcé à en pubUer la véritable cause. Je dois vous citer ses paroles, car elles sont la plus belle apologie du cathohcisme et la condamnation de toute la Réforme.

« Depuis la publication de notre doctrine, dit-il, le monde devient toujours plus mauvais, plus impie, plus déhonté. Les diables se précipitent en légions sur les hommes qui, à la plus pure clarté de l'Evangile, sont plus avides, plus impudiques, plus détestables qu'ils n'étaient jadis sous la papauté. Paysans, bourgeois, nobles, gens de tous états, du plus grand au plus petit, ce n'est partout qu'avarice, intempérance, impudicités, désordres honteux, passions abominables... J'avoue que si j'eusse pu prévoir tout ce scandale, je n'aurais certainement pas osé proposer ma doctrine. Qui de nous se fût mis à prêcher si nous avions prévu qu'il en résulterait tant de calamités et de scaijdales? A présent que nous avons commencé, il faut bien que nous en subissions les conséquences. »

En entendant Luther parler ainsi, mes frères, il me semble voir un de ces possédés du démon dont parle Tertullien, et qui avouait malgré lui qu'il était un imposteur et le père du mensonge ; et quelle satisfaction pour les catholiques de recueilUr l'éloge de leur foi sur les lèvres de ses plus ardents adversaires 1

De ces paroles de Luther nous pouvons encore conclure 1°que la corruption de l'Eglise cathoUque, qu'il présentait comme le motif de sa séparation, n'était qu'un prétexte, puisqu'il reconnaît que les chrétiens sont plus corrompus depuis qu'ils subissent l'inlluence de la doctrine de la Réforme ; 2° qu'il n'y a que l'orgueil qui le retient dans la voie funeste où il marche, puisque, tout en avouant que

la doctrine qu'il proche esl grosse de calaniilés et de scandales, il se détermine à continuer par le seul motif qu'il a commencé; orgueil de démon (|ue rien ne put dompter ; caractère de Satan qui fait le mal pour le mal, peu lui importe la perte des âmes (1).

Représentez- vous, mes frères, le monde chrétien envahi par la Réforme, et voyez ce qu'il serait devenu et ce que nous serions aujourd'hui. Enfoncés dans le plus grossier sensualisme, comme les peuples asiatiques, nous ne vivrions que de la vie animale ; mais que seraient devenus les principes d'honneur, de honne foi, de moralité et de civiUsation ? L'Eghse catholique a donc rendu le plus émincnt service à la famille et à la société lorsque, par la bouche de ses Pères, elle a porté cette définition au saint concile de Trente : « Si quelqu'un dit qu'il est permis aux chrétiens d'avoir plusieurs femmes en même temps, et que cela n'est défendu par aucune loi divine, qu'il soit anathème(2). »

Cette doctrine a paru sans doute et paraît encore bien dure aux sauvages et aux païens, aux héréti- (jues et aux puissants monarques livrés à toute la fureur de leurs passions ; et vous concevez pourquoi ils s'unissent dans leurs efforts pour attaquer l'Eglise, pour la persécuter dans ses chefs et dans ses membres. Mais pour l'Eglise les combats sont toujours des victoires, et tous ceux qui tombent sur la brèche en la défendant sont ensevelis dans

(1) Voyez P. Ventura, la Femme catholique, introduction.

(2) Session xxiv, can. 2.

leur triomphe. Qu'importe qu'un Pape, que des évêques ou des prêtres meurent pour la défense des principes de la moralité? Ou plutôt, périsse le Pape, périssent les évêques, périssent les prêtres, pourvu que le dépôt confié à l'Eglise demeure intact, pourvu qu'elle conserve pures ces lois si précieuses qui sont la sauvegarde de la moralité et de la paix des familles? Qu'elle verse jusqu'à la dernière goutte de son sang, pourvu qu'elle sauve les âmes 1

Il est donc bien certain qu'aucun chrétien ne peut avoir deux femmes en même temps. Mais il est permis d'en avoir deux et plusieurs successivement, puisque, quand un des deux époux vient à mourir, l'autre peut se marier de nouveau. Nous avons entendu saint Paul dire aux chrétiens de Corinthe .*^ « Quant aux veufs, il leur est avantageux de demeurer dans cet état ; si néanmoins ils se sentent trop faibles pour garder la continence, qu'ils se marient, car il vaut mieux se marier que d'être brûlé,., La femme est liée à la loi du mariage, tant que son mari est vivant; mais s'il meurt, elle est libre , elle peut épouser qui elle veut, pourvu que ce soit dans le Seigneur. Mais elle sera plus heureuse de demeurer veuve, selon le conseil que je lui donne; car je crois que j'ai aussi l'esprit de Dieu(1). »

Ces paroles de saint Paul nous font voir que les secondes noces sont permises, ou qu'un homme ou

(1) ICor.,Yir,

une femme peut se marier après la mort de son conjoint; et comme saint Paul ne parle pas d'un second ou d'un troisième mariage, les théologiens catholiques concluent qu'un nouveau mariage, après la mort de l'un des époux, est permis indéfiniment. Mais il vaut mieux, selon le grand apôtre, demeurer dans l'état de viduité que de contracter un nouveau mariage. Cet état est préférable, parce qu'il est plus facile de servir Dieu, et que la viduité participe, dans une certaine mesure, aux avantages et aux prérogatives de la virginité. Non seulement cet état est préférable pour la personne qui l'embrasse, mais encore pour les enfants nés d'un premier lit, s'il y en a. Il est si rare de rencontrer soit un homme, soit une femme qui porte le dévouement jusqu'à se montrer véritablement le père ou la mère d'enfants qui ne sont pas de son sang! Et comprenez-vous ce que doit souffrir le cœur d'un père quand il voit de ses yeux tous les jours une marâtre qui méprise et maltraite ses enfants nés d'un premier mariage? Savez- vous combien celui d'une mère est torturé lorsqu'elle ne rencontre dans un second mari qu'un tyran ou un spoliateur de ses enfants nés d'un premier lit? Et ce malheur n'est pas aussi rare qu'on pourrait le penser. Cependant, malgré des inconvénients aussi graves, il vaut encore mieux se remarier que d'être brûlé.

Saint Paul, après avoir exhorté son disciple Timothée à honorer les femmes veuves et à choisir les plus vertueuses pour exercer le ministère de la charité chrétienne, lui recommande d'en exclure

les jeunes. « N'admettez point dans ce nombre de trop jeunes veuves, dit-il, parce que la mollesse de leur vie les portant à secouer le joug de Jésus- Christ, elles veulent se remarier, s'engageant ainsi dans la condamnation en violant la foi qu'elles avaient donnée à Dieu. Mais, de plus, elles deviennent fainéantes ; elles s'accoutument à courir par les maisons, et elles ne sont pas seulement fainéantes, mais encore causeuses et curieuses, s'entretenant de choses dont elles ne devraient point parler. J'aime donc mieux que les jeunes veuves se remarient, qu'elles aient des enfants, qu'elles gouvernent leur ménage, et qu'ainsi elles ne donnent aucun sujet aux ennemis de notre religion de nous faire des reproches (1). »

Il est donc des circonstances où il vaut mieux contracter un nouveau mariage que de rester veuf; voilà le grand apôtre qui nous l'enseigne. Mais avant de prendre votre parti, mes frères, méditez bien et mûrissez le choix que vous avez à faire. Vous êtes jeunes, dites-vous, et vous vous défiez de vous-mêmes ; vous avez raison. Vous avez des enfants en bas âge, et il vous est impossible, à vous qui êtes sans cesse occupés d'affaires, de veiller à leur éducation, il faut leur donner une seconde mère ; vous avez raison , mais choisissez entre mille : c'est là une chose rare et d'un grand prix.

A ceux qui remplissent aujourd'hui les fonctions de beau-père ou de belle-mère, je dirai : Ayez

(1) 1 Timoth., V, 11 etscq.

le cœur assez grand, assez généreux pour traiter tous vos enfants sans aucune distinction, et les aimer tous comme s'ils étaient les vôtres. N'oubliez pas qu'en vous montrant durs et injustes envers eux, vous faites un acte de lâcheté, de cruauté et d'abus de conliancc : un acte de lâcheté, puisque vous vous attaquez à des êtres faibles qui n'ont aucun moyen de se défendre; un acte de cruauté, parce que vous les maltraitez sans aucun motif et uniquement parce qu'ils ne sont pas vos propres enfants ; un acte d'abus de confiance, car, en légitimant votre union avec le père ou la mère de ces enfants, la religion et la législation vous ont remis entre les mains tous leurs intérêts religieux et matériels. Ahl si la loi punit si sévèrement le domestique qui commet quelque injustice ou quelque fraude chez son maître, parce qu'il y a abus de confiance, quels châtiments ne mériterez-vous pas par une conduite aussi révoltante à l'égard de ces pau- \Tes enfants qui vous ont été confiés?

Résumons : Dieu a permis aux patriarches et aux Juifs d'avoir plusieurs femmes, et cela à cause de la dureté de leur cœur et pour éviter un plus grand mal ; mais il n'en était pas ainsi des l'origine, puisqu'au moment où Dieu a institué le mariage, il a établi la loi de l'unité, un se:ul homme avec une seule femme. Notre divin Sauveur a rétabh cette môme loi pour l'intérêt de la famille et de la société. Voilà pourquoi saint Paul nous dit expressément que l'homme ne s'appartient plus, mais qu'il appartient à sa femme ; il ne peut donc plus

se donner à une autre. Or, il en est de même de la femme. Ne l'oubliez donc jamais, époux chrétiens, vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes. Si donc vous donnez vos pensées, vos affections, vos soins à d'autres, vous violez vos serments, vous profanez le temple de Dieu, qui est votre corps; vous êtes des voleurs mille fois plus coupables que les voleurs de grand chemin. Il y avait en Jésus-Christ assez d'inteHigénce, de sagesse, de richesses, d'affection et d'amour pour des milliers d'Eglises ou d'épouses; cependant il' n'a voulu s'unir qu'à une seule Eghse ou à une seule épouse , et il épuise pour elle seule tout ce qu'il possède : il lui donne son corps, son sang, son âme, sa divinité, tous ses biens, tous ses trésors, tout son cœur et toutes ses perfections. L'EgUse catholique, de son côté, se donne tout entière à lui ; elle lui consacre son inteUigence et son cœur, et, par amour pour lui, elle versera jusqu'à la dernière goutte de son sang. Voilà votre modèle, époux chrétiens. Que les maris aiment donc leurs épouses comme Jésus-Christ a aimé son Eghse, et que les épouses soient dévouées à leurs époux comme l'Eglise est dévouée à Jésus- Christ. Ayez toujours les yeux fixés sur cet exemplaire vivant, afin de le retracer en vous avec ses traits divins. Amen.

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