‹ Instructions paroissiales sur le sacrement de mariageChapitre 8 sur 21 · TRAITS DE LA VIE DE SAINTE MÉLANIE MAJEURE · texte numérisé non relu

TRAITS DE LA VIE DE SAINTE MÉLANIE MAJEURE

Il est peu de dévouements qui soient plus beaux que celui d'une femme qui épouse un veuf pour devenir la mère des enfants d'un premier lit, et qui les aime et les élève avec la

même teiulressc que s'ils étaient ses propres enfants. Elle obtiendra lie Dieu une magnifique réeompense -, car c'est une vertu bien rare et qui approclie de l'héroïsme.

Mais voulez-vous savoir ce que peut une jeune veuve pour la religion et la société? Lisez la vie de sainte Mélanie Majeure.

Fille de Marcellin, consul en 341, et héritière d'une immense fortune, elle était la plus illustre des dames romaines de son temps. On la maria à un haut personnage de l'empire ; mais à l'âge de vingt-deux: ans, ayant perdu dans la même année son époux et deux de ses enfants, elle supporta ce malheur avec une fermeté héroïque. « C'est Dieu qui me les avait donnés, disait-elle, c'est Dieu qui me les a ôtés ; que son saint nom soit béni. » Renonçant au monde, elle se dévoue à FEglisc, et prend à cœur tous les besoins et tous les intérêts dans toute l'étendue de l'empire. Elle quitte Rome pour se rendre en Egypte, afin de défendre contre les ariens ses ennemie le grand Athanase, le défenseur intrépide de la divinité de Jésus-Christ. De lii elle visite les anachorètes de la Haute-Egypte pour s'instruire et s'édifier de leurs exemples ; elle leur fait de riches présents. L'empereur Valons, en haine de la religion, avait fait emprisonner ou disperser ces saints solitaires, et Mélanie leur fournissait de quoi vivre. Elle en nourrit pendant quelque temps plus de cinq raille. Elle recevait chez elle ou visitait dans les prisons les évèques, les prêtres et les laïcs demeurés fidèles à la vraie foi. Mais il fut défendu aux femmes de les visiter. Alors Mélanie, à l'approche de la nuit, prenait un habit d'esclave pour leur porter dans leurs cachots les choses nécessaires à la vie. Le gouverneur de la Palestine le sut et la fit mettre en prison. Mélanie lui envoya dire avec une sainte fierté : tt Je suis Mélanie, fille du consul Marcellin, jadis l'épouse d'un grand personnage de l'empire et maintenant la servante de Jésus-Christ. Ne pensez pas me mépriser parce que vous me voyez mal vêtue, car je pourrais l'être aussi magnifiquement que je le voudrais. Ne pensez pas non plus m'elTrayer par vos menaces, car j'ai assez de crédit pour vous empêcher

de me ravir la moindre partie de mon bien. Je veux bien vous donner cet avis, de peur que, par ignorance, vous ne tombiez dans quelque faute qui vous mettrait en péril. »

Le gouverneur épouvanté lui fit des excuses, lui rendit les honneurs qui lui étaient dus, et lui accorda toute permission de voir les prisonniers.

Revenue à Rome, dans les intérêts de TEglisc, elle convertit Apronion, mari d'Avite sa nièce, homme d'une grande réputation, mais encore païen ; puis elle lui persuada de vivre en parfaite continence avec sa femme. Elle instruisit dans la perfection chrétienne Albine sa bru, et confirma sa petite fille, Mélanie la jeune, dans la résolution qu'elle avait prise de vivre comme. frère et sœur avec son époux.

Ayant appris que la persécution sévissait en Afrique, elle s'y rendit de nouveau, soulagea tous ceux qui étaient dans la souffrance, réprimanda avec force les magistrats et les préfets qui persécutaient les chrétiens, et ce fut elle qui fît presque cesser la persécution dans cette partie de Tempire. De l'Afrique elle se rendit en Palestine, s'établit à Jérusalem, y réunit les jeunes filles et les veuves des exilés dans des établissements qu'elle fonda. Elle y assistait tous les étrangers qui y venaient de toutes les parties du monde, particulièrement les évêques, les moines et les vierges. Les yeux toujours ouverts sur les besoins de l'Eglise, elle accourait partout où il y avait des catholiques à affermir dans la foi. Dans un temps oii les voyages étaient si difficiles, elle parcourait l'Europe, l'Asie, l'Afrique, répandant partout les secours de la charité à tous ceux qui étaient dans le malheur. Jamais aucun homme n'a fait tant de courses, n'a bravé tant de périls, ni rien fait de pareil pour la cause de la religion et de l'humanité.

Ayant abordé à Naples, elle voulut voir saint Paulin, ce prodige d'humilité et de sainteté. Elle était entourée de ses enfants et petits-enfants, qui tenaient à Rome les premières places, ainsi que de toute la noblesse romaine qui était venue à sa rencontre. Tous ces personnages de la plus haute distinction remplissaient la voie Appienne et la faisaient bril-

1er dos ornoments de leurs chevaux et de leurs chars dorés, tandis que la sainte veuvc^ vêtue d'un simple et vieil habit noir, ne marchait que sur une chélivc monture. L'éclat de la soie, de la pourpre et de l'or de toute sa noble suite faisait un conlraï^lo frappant avec sa modestie et sa pauvreté, et en relevait le mérite au point que le peuple s'estimait heureux de toucher ses haillons.

Peu de temps après son arrivée à Rome, elle y mourut à l'âge de soixante-deux ans. Elle en avait employé quarante dans le plus brillant et le plus fécond apostolat de la foi et de la charité. Ce fut, après saint Athanase, la plus grande figure, le personnage le plus étonnant de son sièle. A l'exception de saint Athanase môme, de saint Jérôme, de saint Ambroise et de saint Augustin, personne, à cette époque, ne fit plus de bien, ne fut plus admiré et plus honoré dans le monde chrétien. (l\ Ventura, la Femme catholique, tome P'.)

Voilà ce que c'est qu'une veuve riche qui a l'amour de Dieu dans le cœur.

VF liNSTRUCTION.

Tristes effets de fia réputliation et do «lîYoree.

Quid ergo Moyses mandavit dure 'lbellum repudii et dimitlere ? Ait illh . Quoniam Moyses ad duritiam cordi.; vestri permisit vobis dimittere uxores vestras.

Pourquoi donc Moïse a-t-il ordonné de donner le libelle de répudiation et de renvoyer sa femme ? Jésus leur dit : Parce que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes, à cause de la dureté de votre cœur.

(Matth., XIX, 7 et 8.)

Dieu avait rendu le mariage indissoluble dès l'origine du monde, et cependant il voulut bien accorder aux Juifs, à cause de la dureté de leur cœur, la faculté de renvoyer leurs femmes dans certaines circonstances. « Si un homme prend une femme, est-il dit dans la loi de Moïse, et qu'il arrive qu'elle ne trouve plus grâce devant ses yeux , parce qu'il a découvert en elle quelque chose de déshonnête, il lui écrira une lettre de séparation, la lui remettra entre les mains et la renverra de sa maison. Que si, étant sortie de sa maison, elle est partie et est devenue l'épouse d'un autre homme, et que celui-ci, l'ayant prise en haine, lui écrive une lettre de séparation , la lui mette entre les mains et la renvoie de sa maison, ou si ce dernier

lionime qui l'a prise pour sa reninic vii^nl à mourir, sou promior mari, qui l'avait renvoyée, ne pourra plus la reprendre pour être sa femme, après qu'elle aura été souillée; car c'est une abomination devant. îéhova. Et tu ne chargeras pas de ce péché le pays que Jéhova ton Dieu te donne pour héritage (1 ). » Par cette lettre de répudiation, le mariage était totalement dissous, et il suffisait qu'elle fût donnée en présence de deux témoins. Le consentement de la femme n'était pas nécessaire pour la validité de cet acte. De son coté, la femme ne pouvait répudier son mari. Ce qui prouve que la répudiation n'était pas le divorce, puisque la loi du divorce donne au mari et à la femme un égal droit de demander la dissolution. Cependant, pendant bien des siècles , la synagogue n'a cessé de déclarer que l'homme qui répudie sa femme est un homme odieux au Seigneur ; et encore qu'il soit permis à l'homme de répudier sa femme, le Seigneur n'a pas de plaisir à la répudiation. C'est seulement à partir de la captivité de Babylone qu'on vit s'introduire chez les Juifs un autre esprit et d'autres mœurs. Dans leurs rapports fréquents avec les [laïens, ils en avaient contracté les habitudes immorales. Beaucoup d'entre eux »envoyèrent leurs femmes Israélites, sous prétexte qu'elles s'étaient trop hâtées en route, et contractèrent des mariages nuls avec des étrangères. De retour à Jérusalem, les femmes juives répudiées si indignement eu-

(1) Deut., XXIV, 1, 2, 3, 4. '

touraient l'autel du Seigneur et l'inondaient des larmes de leur désespoir.

A dater de cette époque, la répudiation devint commune, et l'on vit bientôt des hommes répudier leurs femmes pour le plus léger prétexte. L'historien Josèphe nous apprend qu'il renvoya lui-même sa femme parce que ses manières ne lui plaisaient pas. Dans le Talmud est rapporté le trait suivant : « Un homme venait d'acheter une certaine quantité de vin et n'avait point d'endroit pour le loger. Il s'adressa à une femme qui possédait une cave, en la priant de la lui prêter; mais elle resta sourde à toutes ses instances. Que fit le rusé marchand ? Il épousa l'obstinée propriétaire. La femme, qui n'avait plus rien à refuser à son nouveau mari, mit la cave à sa disposition ; mais à peine y eut-il placé sa marchandise qu'il envoya une lettre de répudiation à sa nouvelle épousée. Celle-ci irritée appelle une troupe de portefaix, et en un instant la cave est débarrassée; les outres et les amphores sont jetées sur la voie publique. Le marchand pousse les hauts cris et la cite devant le rabbin, qui prononce cette sentence : « La femme a bien fait « de résilier son contrat de bail, puisque le mar- « chand le premier a résilié son contrat de ma- « riage. » Ce fait vous montre, mes frères, que la femme était considérée comme une chose, et le contrat de mariage comme un bail à loyer.

Plus tard, on décida que, pour avoir le droit de répudier sa femme , il suffisait que le mari eût trouvé un mauvais goût au mets qu'elle lui a pré-

parc. On dit même que quand une femme ne donn.M'ait aucun sujet de se plaindre de sa conduite, son mari peut la répudier, pour peu qu'il en soit dc^^)ùté.

Vous croyez peut-être que le mal est arrivé à ses dernières limites; détrompez-vous. Dégradée par l'homme, la femme oublie toute pudeur, et devenue corruptrice à son tour, elle travaille avec une fureur aveugle à la ruine des mœurs privées et publiques. La loi accordait au mari seul le pouvoir de répudier sa femme, et la femme était privée de ce droit; mais elle finit par l'usurper, de sorte qu'on vit des hommes répudier leurs femmes, et des femmes répudier leurs maris , sans autre motif que le caprice de la passion ou du moment. Ce scandaleux spectacle semblait en permanence sur le trône et sur les familles qui en approchaient de plus près. L'historien Josèphe, qui avait épousé une captive juive de Césarée par ordre de Vespasien, fut bientôt abandonné par elle. « La volage, dit-il, ne resta pas longtemps avec moi ; elle me quitta après avoir rompu notre union. »

Dansées temps reculés, les peuples de l'Asie admettent tous la pluralité des femmes et accordent au mari tout pouvoir sur elles, droit de vie et de mort, droit de s'en défaire ou de les vendre quand il lui pJait. « Les Indiens en général, dit Strabon, épousent plusieurs femmes qu'ils achètent de leurs parents au prix d'une couple de bœufs pour chacun. Ils les prennent comme de simples servantes, et ils se réservent le droit de les flétrir de toutes

manières. » Aristote dit d'une manière absolue que les Grecs achetaient leurs femmes, sur lesquelles ils avaient une autorité sans limites, ajoutant que chez les Barbares les femmes étaient au même rang que les esclaves. En un mot, la polygamie et le divorce, tel était l'état normal de la famille chez toutes les nations païennes.

En Europe, dans les Gaules, aujourd'hui la France, la nation la plus civilisée du monde, voulez-vous savoir quel était le sort de la femme avant le christianisme? Ecoutez Tacite : « La polygamie n'est pas d'un usage général, dit un Gaulois; vous n'en trouverez des exemples que dans les familles nobles de la nation. Néanmoins la femme n'est pas notre égale. Sur elle ainsi que sur nos enfants nous avons droit de vie et de mort. A nous le métier des armes, nous n'en connaissons pas d'autres ; à elle le soin de l'agriculture et de tous les travaux nécessaires à notre subsistance. Esclave, elle doit travailler pour son maître, tant qu'il vit; quand il est mort, elle doit s'immoler sur son tombeau pour le servir dans l'autre monde. »

N'oubliez pas, mesdames et mesdemoiselles, que tel serait encore aujourd'hui votre malheureux sort, si le christianisme n'était venu briser vos fers d'esclaves. Ne soyez pas ingrates envers Celui qui vous a sauvées de l'enfer de ce monde, qui était votre partage, et de l'enfer de l'autre monde, qui vous aurait infailliblement englouties.

Les saintes lois de la nature, les augustes caractères de l'union conjugale n'étaient pas moins

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inéconmis chez les autres peuples du Nord. Le despolisme de l'èlrc fort, l'avilissement de i'ôlre faible, la polygamie, le meurtre de l'enfant, tel était, au rapport de leurs historiens, l'état moral de la société domestique chez les Iluns, les Vandales, les Ilérules et les Golhs. Aux yeux du premier et du dernier de ces peuples, la polygamie était non seulement permise, mais honorable. Chaque homme était respecté suivant le nombre de ses femmes... La communauté des femmes, dit César, régnait parmi eux, même entre les frères. La même chose est attestée par Diodore de Sicile et par Dion Cassius. Au milieu de l'Europe, nous trouvons des mœurs semblables et la famille dans le même état de dégradation.

A Rome, tant que la religion primitive s'y conserva pure, à l'aide des mœurs et des traditions, et que l'idolâtrie y fut presque inconnue, la femme conserva beaucoup de sa grandeur et de sa dignité. La mère de famille, la veuve d'un seul mari, et surtout la vierge, y étaient en vénération. Mais lorsqu'à la suite des conquêtes que Rome fit en Afrique, en Asie et en Grèce, le paganisme y fit irruption, avec l'infâme cortège de ses doctrines et de ses mœurs, la constitution de la famille y fut renversée, et la condition de la femme y devint plus misérable , sinon plus déplorable qne partout ailleurs. Vous en jugerez vous-mêmes par les quelques notions que je vais vous présenter.

D'abord le mari devient le maître absolu de sa femme et de ses biens, comme il l'est de la per-

sonne et des biens de ses propres enfants. Que la femme apprenne donc à connaître les conséquences de sa position chez les Romains, le peuple le plus civilisé de l'ancien monde, et qu'elle bénisse de toute la puissance de son cœur la religion sainte qui a brisé le joug odieux que le paganisme fit peser si longtemps sur elle i La femme est frappée d'une impossibilité absolue de rien acquérir, si ce n est pour son mari; c'est pour lui seul qu'elle fructifie, soit en devenant riche, soit en devenant mère. Elle n'est entre ses mains qu'une propriété; il peut la détruire, la vendre ou en céder l'usage ou l'usufruit, renoncera sa possession. Au mari seul appartient le domaine des biens et le droit 4e vie et de mort. Voici quelques dispositions de la loi: «La femme, dit le législateur, qui pendant un an , en vue du mariage , a habité chez un homme, à moins qu'elle ne se soit absentée trois nuits, appartient à cet homme. » De là s"introduisit le mariage par usage. Il serait superflu de faire remarquer la nature immorale et les conséquences funestes d'une pareille convention. Assimilant jusqu'à la fin la femme à une propriété mobilière, les décemvirs établissent qu'elle est prescriptible. Or, comme le domaine des choses mobiles, disent les jurisconsultes, s'acquiert par un an de possession, ce terme suffit pour prescrire la femme et valider le mariage. Si l'homme veut répudier sa femme, qu'il en donne quelque motif.

Ceux des citoyens romains que les circonstances obligeaient à contracter un mariage régulier ne tar-

daicnl pas à profiter, pour rompre des liens odieux, des nombreuses causes de divorce établies par la loi. Tour les grands personnages do l'époque, le mépris des engagements les plus sacrés devint un jeu. La femme de Sempronius est allée aux jeux publies sans sa permission, elle est répudiée ; celle d'Antistius a parlé tout bas à une affranchie mal famée, elle est répudiée; Sulpicius a trouvé la sienne sans voile dans la rue, elle est répudiée. Paul Emile avait épousé Papiria ; il en avait eu des enfants, dont l'un fut le célèbre Scipion; tout à coup il la répudie. Ses amis étonnés lui demandent le motif d'une pareille conduite. Le grave Romain étend sa jambe, et, leur montrant sa chaussure, leur fait cette réponse dérisoire : « Ce soulier n'estil pas beau ? n'est-il pas bien fait? Cependant il n'est personne de vous qui sache où il me blesse. »

Pour se concilier l'amitié de Sylla, Pompée, qui fut appelé le plus chaste des Romains, répudie sa femme Antistia, qu'il aimait tendrement, et épouse Emilia, fille de Sylla, mariée à Glabrion. A son tour, Sylla fait usage pour lui-même du droit arbitraire de répudiation. Au milieu d'une fête qu'il célèbre en l'honneur d'Hercule, on lui apprend que sa femme Mételia est dangereusement malade ; pour que les cérémonies et les réjouissances de la tête ne soient pas troublées par des idées de tdstesse, il se hâte de la répudier et de la faire transporter dans une maison étrangère. Caton, le saint de l'époque, poussa plus loin son infamie; en ré-

pudiant satemme, il eut soin, avant qu'elle quittai la maison, de la faire déshonorer par un de ses esclaves, Cicéron, le grave orateui^, l'austère consul, se joue indignement des plus saintes lois de la famille, et peut-être son exemple, joint à celui de tant d'autres, contribua plus efficacement à perdre sa patrie que ses discours à la sauver. Criblé de dettes, il ne trouva rien de mieux, dans sa philosophique sagesse, pour satisfaire ses créanciers*, que de répudier sa femme Térentia, qui avait fait des prodiges de dévouement pour le faire rappeler de l'exil, et d'épouser une femme riche, Publia ; et quand il eut dévoré sa dot, il la répudia elle-même, sous prétexte qu'elle s'était réjouie de la mort de Tullia, fille du premier ht.

Que dirons-nous encore? Quelques uns faisaient divorce parce que leurs femmes étaient devenues vieilles, d'autres uniquement parce qu'elles avaient cessé de leur plaire. Ju vénal, avec sa verve ordinaire, résume et flétrit delà manière suivante toutes ces prétendues causes de divorce : « Pourquoi Sertorius est-il si vivement épris de Bibula ? Prenezy garde; ce n'est pas une épouse, c'est un visage qu'il aime. Que la peau se fane, qu'il survienne deux ou trois rides, que l'émail des dents se ternisse, et que les yeux perdent de leur grandeur : « Faites « votre paquet, lui dit un affranchi, partez; votre \< aspect nous dégoûte, vous vous mouchez si sou- \< vent! Partez, vous dis-je, et sans délai; nousaty< tendons un nez moins humide que le vôtre. » Si maintenant l'on tient compte : comme la rai-

son i'oxij^o, do rinnuciicc exercée parle culte impur (les dhinilés de la Grèce, devenu familier aux Romains, l'espril épouvanté se demande quel devait iMre chez le peuple-roi l'état de la famille à une époque où les pli^s éminenls et les plus vertueux personnages foulaient publiquement aux pieds ses plus saintes lois. Fidèle imitateur de ses maîtres et de ses dieux, le peuple ne se faisait aucun scrupule de suivre des leçons descendues de si haut et il'ailleurs si conformes à ses mauvais penchants.

Ce n'est pas tout encore : les citoyens romains ne virent plus dans le mariage que la satisfaction des instincts brutaux de la nature, et s'opposèrent à ce qu'il obtint son but; de sorte que la patrie était menacée de n'avoir plus de citoyens, et que l'empereur Auguste se vit forcé de porter une loi par laquelle il ordonna formellement de pourvoir à leur augmentation; c'est pourquoi il imposa des peines aux célibataires et aux époux stériles, et accorda de larges récompenses à ceux qui élèveraient trois ou quatre enfants. Mais cette loi, qui rendit obhgatoires la répudiation et le divorce, servit de prétexte et de voile à une multitude de ni)uveaux crimes. Les infidélités, les adultères devinrent tellement communs, qu'Auguste fut obhgé de porter une seconde loi, nan pas pour en arrêter le cours, mais pour le régulariser. ,

Ainsi tous les vices et tous les genres de corruption particuliers aux différents peuples de l'Orient et de l'Occident que Rome avait soumis à ses lois étaient venus successivement tomber, cosimc au-

tant de gouttes de poison, dans la coupe d'or de la grande prostituée, comme l'appelle l'Esprit saint ; et quand le poison, soigneusement élaboré par tous les artifices des richesses, du luxe et des arts, fut rendu plus actif par tous les raffinements d'un immense progrès matériel, quand la coupe fut pleine à déborder, la grande prostituée en but jusqu'à l'ivresse, jusqu'au vertige, et en fit boire à tous les peuples de l'univers. Rome fit le monde à son image, et il n'y eut pas une nation qui restât étrangère à ses mœurs.

Après cet exposé, il serait inutile de tracer le tableau de la dégradation de la femille sous l'influence d'une religion profondément immorale , d'une philosophie et d'une législation corruptrices et brutales ; il serait inutile de remuer cet amas de pourriture et de boue dont l'odeur infecte se fait sentir encore à dix-huit siècles de distance. On peut juger par cet aperçu de ce qu'était la famille dans un monde où le despotisme le plus absolu, la polygamie, la prostitution, la répudiation, le divorce, le concubinage, la vente de la femme, étabUs en principes, étaient consacrés par l'exemple des dieux, accrédités par les maximes des sages et autorisés par la conduite des empereurs, c'est-àdire de tous ces monstres couronnés qui, depuis Auguste jusqu'à Dioclétien, ont épouvanté l'univers (1).

(1) Extrait de Vllistoire de la Société domestique , par Wgr Gaume.

Ne croyez pas, mes frères, que le christianisme, quel qu'il soit, nous ait délivrés de cette corruption, et en particulier du divorce. Non, non; on retrouve le divorce partout en dehors du catholicisme. Je ne veux vous citer que quelques faits pour établir cette proposition.

Dans tous les pays protestants, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, le divorce est autorisé par les lois ou par les gouvernements. Il faut dire rt'pendant que dans la haute classe, dans la classe dos honnêtes gens, on estime peu ceux qui ont fait divorce et ont contracté ensuite un nouveau mariage. Néanmoins la crainte de divorcer un jour anéantit toute intimité entre les époux. Le mari traite sa femme en esclave et se garde bien de parler d'alïiiires importantes en sa présence. Mais la femme du peuple est l'objet du dernier mépris. Regardez d'abord cette femme, les yeux baissés, l'air profondément abattu, une corde au cou dont un homme tient les deux bouts dans ses mains, au miheu d'une foule qui rit, qui plaisante et se permet les propos les plus sales; c'est un mari qui vient vendre sa femme à l'encan. A^ous croiriez vous trouver en quelque ville de l'Egypte, de la Chine ou de la Tartarie. Eh bien ! non; cela se passe sur une place publique de Londres ou d'une autre ville d'Angleterre. Malgré tous les efforts du gouvernement pour abolir cette coutume barbare, elle subsiste. Le père de famille vend aussi ses filles, comme le mari vend sa femme, aux maîtres de fabriques qui s'en servent pour tous les usages.

En Amérique, rien n'est plus commun que le divorce. Les feuilles publiques sont souvent remplies de jugements de ce genre rendus par les tribunaux. Il y a quelques semaines, trois ministres protestants étaient en instance pour faire divorce avec leurs femmes dont ils avaient dépensé la dot, afin d'en épouser d'autres plus riches. L'un d'eux trouvait que le tribunal avait porté à un chiffre trop élevé les frais de son jugement, attendu qu'il était une bonne pratique.

Chez les Grecs schismatiques, le mari traite son épouse moins comme sa compagne que comme sa servante. Toutes les filles et tous les garçons grecs qui remplissent les sérails des Turcs ont été vendus par leurs pères, à la grande humiliation et à la grande douleur de leurs mères. Dans un grand nombre de provinces de l'empire russe, le mariage à terme , à un an ou môme à six mois, est une coutume reçue ; dans d'autres, le jour où la femme a atteint sa quarantième année, elle perd par le fait son rang de mère de famille, cesse d'être l'épouse de son mari et la mère de ses enfants ; une femme plus jeune la remplace; on la garde encore, il est vrai, à la maison, mais en qualité de servante de son époux et de sa propre rivale. C'est ainsi qu'on la punit du crime d'avoir un peu vieilli et de n'avoir pas pris ses mesures pour mourir plus tôt.

Dans d'autres endroits, comme en Circassie, en Géorgie, les maris renvoient leurs femmes au moindre sujet de mécontentement, et bien plus souvent encore ils les vendent, ainsi que leurs garçons et

lours filles. C'est dans ces pays, où les femmes sont d'une beauté remarquable, que les marchands vont ehereher leurs fournitures pour les sérails des Turcs et pour les châteaux de l'aristocratie russe. En temps de ^nierre, elles sont vendues au marché; on peut en obtenir autant qu'on en veut à cinq roubles la pièce, au choix. Il faut, dit-on, que le seigneur russe s'amuse, et aussi les hôtes qui viennent le trouver de la ville.

Rien n'est plus facile que le divorce. Un étranger passe dans une localité; une femme lui plaît, et le jour même un prêtre russe bénit le mariage. Le vénérable M. Bore, missionnaire en Orient, raconte qu'un prêtre fut invité un jour à bénir un pareil mariage. L'épouse était voilée. C'était sa propre femme qui était lasse de demeurer avec lui (1).

Arrêtons-nous, mes frères, il en est temps, et peut-être me direz-vous : A quoi bon tous ces détails ? à quoi bon nous faire connaître une immoralité sans exemple que nous ignorions? Croyez-moi, mes frères, il est plus nécessaire que vous ne pensez de dérouler aux yeux des chrétiens de nos jours le hideux tableau de la corruption des peuples païens et des peuples chrétiens qui ont cessé d'être catholiques. Il faut que vous sachiez dans quel état de dégradation tombe toujours la famille lorsque les deux grandes lois du mariage, l'unité et l'indissolubilité, sont méconnues et foulées aux pieds. Il faut que vous connaissiez l'abîme profond d'où le

(1) P. Venlura,, la Femme catholique, introduction.

catholicisme nous a tirés, et dans lequel nous retomberions aussitôt si nous méprisions ses salutaires enseignements, si nous voulions nous contenter de la loi naturelle dont on nous parle tant, ou d'un christianisme bâtard interprété parles philosophes. Le grand apôtre n'a pas craint de dévoiler, dans le premier chapitre de son Epître aux Romains, toutes les turpitudes et toutes les infamies des philosophes. Et à quoi bon? Que dites-vous, mes frères, à quoi bon? Ecoutez donc la réponse de saint Paul : « Il faut que tout le monde sache que c'est la grâce de Dieu seule qui peut nous sauver et nous faire pratiquer la vertu. »0 libres penseurs, honnêtes gens du monde, ne vous glorifiezvous pas, comme ceux du temps de saint Paul, de vos lumières et de votre sagesse? ne combattezvous pas l'EgHse de Dieu? ne niez-vous pas effrontément la nécessité de la grâce et des sacrements, et ne prétendez-vous pas que la loi naturelle sufiQt, ou du moins le christianisme bien compris? Voyez donc ce que cette loi naturelle produit dans tous les temps et dans tous les pays, pour le malheur et la dégradation de la famille et de la société. Voulez-vous ne pas ressembler à ces âmes de chair et de boue, à ces Grecs, à ces Romains, à ces Américains, qui ne reconnaissent plus ni lois ni autorité, qui se hvrent sans aucune retenue à toutes leurs passions brutales, qui vivent comme des animaux immondes ? Repoussez de toute l'énergie de votre âme ces prédicateurs effrontés de la loi naturelle, de l'hérésie ou du schisme, et'sovez enfants

dociles de l'Eglise catholique ; la reconnaissance aussi bien que votre intérêt vous en fait un devoir. Soyez bons chrétiens, et tout le reste vous sera donné par surcroît. Amen.

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