INFLUENCE DU CULTE DE LÀ SAINTE VIERGE SUR LA FAMILLE
Un père de famille en possession des biens de la fortune, voulant faire comprendre à ses enfants, à qui rien ne manque, combien ils doivent être reconnaissants envers la bonté divine, les conduit de temps à autre dans les chaumières et les mansardes où la pauvreté et la misère étalent tout ce qu'elles ont de pénible et d'affreux. Et il faudrait qu'ils eussent un cœur de bronze pour ne pas être vivement émus à la vue du malheureux que la faim tourmente, que la maladie ronge, que le vice dévore. Ce spectacle fait sur eux une impression plus forte et plus durable que les discours les plus éloquents. C'est pour ce motif que nous avons placé sous les yeux de nos auditeurs le tableau hideux que nous présente la famille en dehors du catholicisme ; il n'est pas beau sans doute, pas plus que celai de la pauvreté et de la misère; mais il nous semble qu'il est nécessaire que tous les chrétiens sachent combien Dieu s'est montré généreux envers nous, de nous avoir préservés d'une semblable corruption, et de quelle reconnaissance nous lui sommes redevables pour un aussi grand bienfait.
Mais quelle est la cause do cette différence entre la famille sous l'influence de la doctrine catholique et de la famille en dehors, du catholicisme? Nous pouvons en assigner deux principales : la première, c'est l'autorité de l'Eglise, chargée de maintenir dans le monde non seulement la règle de la foi, mais encore la règle des mœurs. Les passions furieuses de l'homme corrompu se soulèvent contre elle , mais en vain ; elle s'appuie sur un roc inébiunlable, et elles ne peuvent rien contre
la toute-puissance dont Jésus-Christ Ta revêtue. Mais en dehors du catholicisme les passions n'ont plus d'autre frein que la faible et impuissante raison de l'homme, et ce frein est bientôt brisé.
La seconde cause est le culte rendu à la Mère de Dieu. Méditez sérieusement ces sublimes considérations :
«Marie sera une créature à part, le premier, le plus élevé, le plus saint de tous les êtres après Dieu, sans excepter les anges, aQn que toutes les filles de la nouvelle Eve soient ennoblies, sanctifiées, élevées jusqu'à une hauteur céleste, comme en Jésus-Christ, le nouvel Adam, tous les hommes sont élevés, ennoblis, déifiés. Elle naîtra, elle vivra, elle mourra, elle régnera dans le ciel ; mais sa naissance sera sans tache, sa vie sans péché, sa mort sans douleur, sa gloire sans égale. Ornée d'un diadème qui ne brillera sur nul autre front, assise sur un trône voisin du trône de Dieu, elle sera tout à la fois l'auguste Souveraine du ciel, la gracieuse Reine des anges, l'aimable Mère des hommes. Voilà Marie, la nouvelle Eve, l'admirable type de la femme dans le monde chrétien.
« Pour faire de cette Femme mystérieuse, de cette Vierge si belle, si douce et si pure la réparatrice de son sexe. Dieu l'associe efficacement à l'œuvre de la réhabilitation humaine ; mais il veut qu'elle y consente. Voyez quel soin la sagesse éternelle prend ici d'honorer, aux yeux de tout l'univers, la femme jusque là si méprisée et si abjecte! Le consentement dont il a besoin, il ne l'exige pas avec empire. Respectueux envers sa créature, sa fille, l'Eternel la traite avec tous les égards dus à une grande princesse de qui il attend une faveur. Auprès d'elle il envoie comme ambassadeur un archange, prince de sa cour , chargé de lui dire : Je vous salue, ô vous la plus gracieuse, la plus parfaite, la plus aimée des créatures; Dieu votre Père vous demande humblement si vous voulez consentir à être l'épouse de l'Esprit saint et la mère de son Fils.
« Ineffable démarche , qui contient toute une révolution morale ! L'auguste Trinité paraît aujourd'hui en suppliante devant la femme, devant Marie. Moment décisif, heure so-
lennelle dans l'histoire des siècles ! Marie lient en ses mains le sort de runivers. Le genre humain aura-t-il un Sauveur? La réponse de Marie l'apprendra. Elle rélléchit ; car, en acceptant le titre de Mère de Dieu^ elle accepte celui de Reine des martyrs. Devant ses yeux se déroule une longue suite de sanglantes et lugubres images : la crèche, la croix, le Calvaire seront pour elle, car ils seront pour son Fils. Consentez, consentez, Marie ! Ah ! ne retardez pas le salut du monde et la réparation de votre sexe.
« Maiie a incliné doucement sa tête virginale ; elle est épouse, elle est mère, et sa couronne nuptiale est une couronne d'épines, et ses joies maternelles sont le commencement d'un long martyre ; son Fils, le Fils adorable qui vit en son sein, elle Ta dévoué aux bourreaux. Que toutes les mères nous disent l'étendue de son sacrifice. En attendant, le monde est sauvé, et sauvé par une femme ; et l'anathème qui pesait sur la femme est levé^ car la femme paraît désormais à la tète de tout bien.
« Ces honneurs, ces respects dont Dieu se plaît à environner la femme dans la personne de Marie, il les rend de plus on plus manifestes ; sa conduite sera un modèle obligé pour tous les hommes. De la femme TEternel, le Tout-Puissant^ le Dieu des dieux a fait sa mère. Dans ses entrailles et de sa substance il a pris son sang, sa chair, ses os; et ce Dieu, né de Marie, aime cette femme, sa mère, comme le meilleur des fds n'aima jamais la meilleure des mères. D'elle il prend plaisir à recevoir, avec les caresses et les baisers maternels, le lait, les langes, les soins, le berceau qu'exige son enfance ; entre ses bras il dort, il repose; sur son sein il joue, il sourit; jusqu'à trente ans, la compagnie de sa mère est sa compagnie ; il n'en connaît pas d'autre. A sa mère il obéit tous les jours, en toutes choses, avec une grâce, une promptitude qui ne connaît ni réplique ni retard. Elle l'appelle : Mon fils, et il répond : Ma mère.
c( Sorti du foyer domestique, il se plaît à honorer sa mère devant les hommes en faisant briller l'autorité sans limites qu'elle exerce sur lui. Pour lui plaire, il suspend les lois de
la nature et change l'eau en vin ; jusqu'à la mort, fils respectueux et tendre, il honore sa mère ; sur la croix, malgré ses douleurs, il songe à son avenir. Il la confie à l'ami de son cœur, et lui donne en héritage le genre humain pour fils.
« Pour le genre humain, Marie donne son Fils ; et en toute vérité elle peut dire : C'est ma chair qui est immolée, c'est mon sang qui coule au Calvaire. Et Marie est associée de la manière la plus intime et la plus douloureuse à la rédemption humaine. Sublime gloire qu'avec Dieu seul, à l'exclusion même des anges, Marie partage et communique à son sexe!
« Or, l'homme voyant Dieu honorer la femme à ce point, voyant la femme elle-même devenue, au prix d'ineifables douleurs, l'instrument de son salut, l'homme comprit la dignité de la femme; et un grand respect pour elle et une profonde reconnaissance pénétra son cœur. Et au souvenir des outrages et des mépris dont il avait accablé la femme, comme le centurion il se frappa la poitrine, et comme Pierre il pleura amèrement. Or, afin que la femme fût respectée à tous les âges, dans toutes les positions. Dieu voulut que Marie, la bienfaitrice de l'homme, le type de la femme régénérée, consacrât tous les âges et toutes les positions de son sexe. Regardez en haut, en bas, autour de vous, depuis le sommet de l'écheUe sociale jusqu'à la base, depuis le berceau jusqu'à la tombe, dans la femme vous trouverez Marie. Dans la reine et la grande dame, elle y est , car Marie était noble et fille de rois ; dans la femme du peuple qui gagne son pain de chaque jour et celui de ses enfants du travail de ses mains, elle y est, car Marie fut pauvre, et pour vivre travailla comme les pauvres; dans la petite fiUe, elle y est; dans la jeune vierge, elle y est ; dans l'épouse, elle y est ; dans la mère, elle y est; dans la veuve, elle y est. Marie, Marie toujours, Marie partout.
« Et après avoir, au prix des plus cruelles douleurs, racheté son sexe ; après l'avoir réhabilité par toutes les vertus, après l'avoir sauvé en en faisant l'instrument du salut universel, Marie dit à l'homme : Tout ce que vous ferez à la
iîornière de ces petites qui sont mes fiile?, c'est à moi, entenilez-vous bien, et non pas à elles que vous le ferez. Prenez garde ; si vous les outragez, vous me touchez h la prunelle de l'œil, moi, votre mère et la mère du Maître du tonnerre. 0 homme! oseras-tu maintenant mépriser, avilir la femme devenue dans Marie la mère de ton Dieu et l'aimable médiatrice de ton bonheur et de ta gloire ?
«Ht la femme aussi, se voyant élevée si haut, elle qui jusque là s'était vue placée si bas, la femme retrouva le sentiment de sa dignité , elle comprit sa vocation ; et voyant qu'elle s'était faite le coupable instrument du mal et dégradée jusqu'au niveau de la brute immonde, elle pleura amèrement. Dès lors ses soins, son étude de tous les jours fut de se rapproclier de son type céleste. Elle comprit que Marie étaitson palladium, et elle se réfugia avec empressement sous les ailes de Marie; elle entoura ses autels, elle l'aima comme le petit enfant aime sa mère. Et l'aimable simplicité du premi( r âge, et lu pudeur de la vierge, et la chaste douceur de l'épouse, et le puissant amour de la mère, et l'active humilité de la veuve, et le zèle en(in, avec ses innombrables industries, devinrent la vie de sa vie, et ses occupations du jour et ses pensées de la nuit.
a Et la femme ainsi réformée sur le modèle de Marie redevint ce qu'elle était, ce qu'elle aurait toujours dû être dans rintenlion du Créateur : l'aide, la compagne , l'ange de l'homme. » (Mgr Gaume, Histoire de la Société domestique. )
C'est pourquoi les premiers hérésiarques, qui étaient comme les représentants des idées et des mœurs païennes, attaquent le glorieux privilège de la maternité divine de Marie. Eu niant que Jésus-Christ fût Dieu ou le vrai Fils de Dieu, Arius nia par là même que Marie fût la mère de Dieu ; Nestorius tire la même conséquence en soutenant qu'il n'y a piî u;iij:i hypoitatiqua entre le Verbe divin et sa sainte humaaité; et ceux qui prétendaient que Jésu-s-Christ a'avait qu'un corps aérien ou fantastique, aboutissaient à la même impiété. Ecoulez co que disent les protestants sur
l'auguste Mère de Dieu^ et vous ne serez plus surpris de leur brutalité envers la femme.
Concluons. Une femme incrédule est un monstre d'ingratitude envers Dieu, envers Jésus-Christ et sa sainte Mère.
Nous dirons en terminant avec saint Augustin : « Venez donc, vierges, à la Vierge; venez, vous qui concevez, à celle qui par excellence a conçu ; venez, vous qui enfantez, à celle qui a enfanté ,* venez, mères, à la Mère ; venez, vous qui allaitez, à celle qui a allaité; simples jeunes filles, venez trouver aussi en elle la jeune fille. La Vierge Marie a pris ainsi, en notre Seigneur Jésus-Christ, tous les états de la nature, pour être secourable à toute femme qui recourrait à elle, et pour restaurer, nouvelle Eve, tout le sexe des femmes, sans préjudice toutefois de sa virginité, de même que tout le sexe des hommes l'a été par l'Adam nouveau, Jésus-Christ notre Seigneur. » {Serm. de Ortu Veritatis e terra virginea, 15 de tempore.)
Vir INSTRUCTION.
De riiidissolubilité du mariage.
Quod ergo Deus conjunxit, homo non sep are t.
Que riiomme ne sépare donc point ce que Dieu a uni.
(Mallli., XIX, (i.)
En dehors du catholicisme, le mariage ne saurait être indissoluble, puisque, chez les protestants, chez les schismatiques grecs, chez les Turcs et les païens, le divorce s'y est introduit et jette chaque jour des racines plus profondes. Mais quelle peut en être la cause? C'est que l'indissolubilité du mariage est un joug trop dur et que l'homme ne peut porter seul un aussi pesant fardeau ; il en est écrasé. Or, chez les païens et les protestants, le mariage peut être accompagné d'une cérémonie rehgieuse, d'un rit sacré; mais il n'est assurément pas un sacrement de la loi nouvelle qui produit et confère aux époux la grâce sanctifiante et la grâce sacramentelle. Les Grecs schismatiques le regardent, il est vrai, comme un sacrement, mais ils le reçoivent sans aucune pré-
paration sérieuse. Yoilà pourquoi, sous l'influence du schisme, de l'hérésie et du paganisme, le divorce a toujours fait de la femme un instrument au service des plus furieuses et des plus dégradantes passions. L'Eghse cathoUque seule maintient la loi, parce qu'elle donne en même temps la grâce et la force de l'accomplir.
Jésus-Christ a mis fin à la dégradation de la famille en rétablissant les saintes lois d'unité et d'indissolubilité du mariage. lia dit aux Juifs qu'il n'est pas permis de renvoyer sa femme pour une cause quelconque, et que si Moïse leur a accordé cette faculté, il n'en était pas de même au commencement; il a ajouté qu'à l'avenir il ne sera permis de la renvoyer que pour cause d'adultère, et que cependant celui qui la renverra ne pourra en épouser une autre sans se rendre coupable d'adultère. Le lien du mariage n'est donc pas brisé, il subsiste toujours. Saint Paul veut que les époux vivent ensemble et ne se séparent point, mais que s'ils se séparent pour des causes légitimes, ils ne se marient point à d'autres. .La raison qu'il en donne, c'est que la femme est liée à la loi du mariage tant que son mari est vivant, de sorte que si elle vit avec un autre homme, elle se rend coupable d'adultère. Mais si son mari meurt, elle peut époTiser qui elle veut, pourvu que ce soit dans le Seigneur.
Le saint concile de Trente a mis cette doctrine dans tout son jour par cette profession de foi : « Le premier père du genre humain, Adam, inspiré par Je Samt-Esprit, déclara la perpétuité et l'indissoUi-
bililé du lion conjugal, quand il dit : Voici l'os de mes os et la chair de ma chair; c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux dans une seule chair. iSotre Seigneur Jésus-Christ nous a enseigné plus clairementaïue par ce lien deux personnes seulement doivent être unies, un seul homme et une seule femme, lorsqu'après avoir rapporté les paroles prononcées par Adam, il dit : C'est pourquoi ils ne sont plus deux, mais une seule chair; et aussitôt il fortifia la fermeté du nœud du mariage, déclarée par Adam si longtemps avant, en ajoutant ces mots : Donc ce que Dieu a uni, T homme ne le sépare point.
« Dans la loi évangéUque, continue le saint concile, le mariage l'emporte sur les mariages anciens par la grâce de Jésus-Christ. C'est donc à juste titre que les saints Pères, les conciles et la tradition constante de l'Eghse l'ont toujours placé parmi les sacrements de la nouvelle alliance. S' élevant, dans leur sacrilège audace, contre ce témoignage, des hommes impies de ce siècle ne se sont pas contentés d'exprimer des opinions perverses au sujet de ce sacrement , suivant leur coutume ; introduisant, sous le manteau de l'Evangile, la liberté de la chair, ils ont avancé de vive voix et par écrit, au grand détriment des fidèles, une foule de choses contraires à la foi de l'Eglise catholique et à ses coutumes reçues depuis le temps des apôtres. Le saint et universel concile, voulant réprimer leur téméraire audace, a jugé nécessaire, afin d'arrêter le
progrès de la contagion, de condamner les principales erreurs et hérésies de ces schismatiques en les frappant d'anatlième(l). »
Le concile ne s'est pas contenté de déclarer l'indissolubilité du lien conjugal, en s'appuyant d'une part sur les paroles d'Adam, qui l'a dit expressément sous l'inspiration du Saint-Esprit, et d'autre part sur les paroles de Jésus-Christ, qui défend à l'homme de séparer ce que Dieu a uni ; il a formulé douze canons ou règles de foi qui condamnent les principales hérésies des protestants touchant le mariage. L'un de ces canons est ainsi conçu : « Si quelqu'un dit que l'Eglise se trompe lorsqu'elle a enseigné et qu'elle enseigne, selon la doctrine évangéhque et apostohque, que le Hen du mariage ne peut être dissous pour cause d'adultère de l'un ou de l'autre époux, et que l'un et l'autre, même celui qui est innocent, qui n'a donné aucune occasion à l'adultère, ne peut, pendant tout le temps que son conjoint est vivant, contracter un autre mariage; que le mari se rend coupable lorsqu'ayant renvoyé sa femme adultère, il épouse une autre femme, et que la femme se rend également coupable lorsqu'ayant renvoyé son mari adultère, elle épouse un autre mari; qu'il soit anathème(2). »
Il est donc de foi cathohque que l'Eglise ne se trompe pas lorsqu'elle enseigne que le mariage ne peut être dissous pour cause d'adultère. Mais comme J'adultère est donné par Jésus-Christ comme la seule
(1) Conc. Trid. , sess. xxiv, cap. praes.
(2) Conc. Trid. , sess. xxiv, can. 7.
rauso de séparation ou de divorce, il s'ensuit que le mariage ne peut ôtre dissous dans aucun cas.
Or, il importe, mes frères, de vous exposer en peu de mots les principaux motifs de cette grande loi de la société domestique, à une époque où tant d'écrivains se moquent ellVontément, dans les livres et les journaux, de la sainteté et de l'indissolubilité du mariage; et je vous prie, mes frères, d'y faire une sérieuse attention, la chose en vaut la peine : il s'agit de la loi fondamentale de la famille.
1° Dès l'origine du monde, le mariage a été déclaré indissoluble; mais pour quelle raison? Parce qu'il figurait le mystère de l'ineffable union de Jésus- Christ avec son Eglise. Et, d'après la doctrine du grand apôtre, le mariage entre chrétiens est un grand sacrement en Jésus-Christ et en son Eglise, en ce qu'il doit représenter de la manière la plus parfaite possible le mariage du Fils de Dieu avec son épouse, qui est l'Eglise. Or, le Fils de Dieu s'est uni à son Eglise pour toujours, non seulement pour le temps, mais encore pour l'éternité. Il ne quittera jamais la sainte humanité dont nous sommes les membres; il l'a fait asseoir avec lui sur son trône, à la droite de son Père, et elle y restera éternellement. Donc le mariage chrétien forme un lien éternel entre l'époux et l'épouse, un lien indissoluble.
2° Le mariage est un sacrement; il n'est pas seulement d'institution divine, mais il est lui-même une chose divine, comme tous les sacrements. Ses conditions essentielles ne sauraient être modifiées, encore bien moins changées; et l'homme ne peut
y toucher sans se rendre coupable de sacrilège. Oui donc pourrait avoir le droit de modifier ou de changer les conditions essentielles d'un mystère ou d'un sacrement, lorsque l'Eglise elle-même déclare qu'elle ne peut rien sur la substance même des sacrements? Or, Jésus-Christ nous enseigne que l'homme ne doit point séparer ce que Dieu a uni ; le lien du mariage est donc indissoluble.
3° Saint Paul a proclamé l'égaUté de tous les chrétiens devant Dieu, et il nous dit qu'en Jésus- Christ il n'y a plus ni juif ni gentil, ni esclave ni libre, ni homme ni femme. Ce qui veut dire qu'il est venu réhabiliter tous les hommes, le juif et le gentil, le libre et l'esclave, l'homme et la femme. Or, mes frères, si le mariage n'est pas indissoluble, la femme n'est plus l'égale de l'homme ni sa compagne; elle est toujours une esclave, une esclave dégradée, la plus misérable des esclaves. Son sort n'a point été améhoré par le christianisme, et il ne diffère en rien de celui de la femme païenne. Mais pour qu'elle soit l'égale de l'homme, il faut que le mariage soit indissoluble ; car il faut lui assurer une position honorable pour toute sa vie, et que la perte de sa jeunesse, de sa santé et de sa beauté ne puisse lui ravir; il faut qu'elle soit pour toujours la compagne de son époux, la mère de ses enfants et la maîtresse de sa maison. Or, il n'y a que l'indissolubilité de son mariage qui puisse lui assurer tous ces avantages. Et vous voyez par cette considération que si l'indissolubihté du mariage est pour la femme un lien ou une chaîne, c'est iine chaîne d'or.
Jo voii^ cntoiuls inc dire : Pas toujours ; clic ost aussi de fer quol([uol'ois. Je l'avoue, mes frères, elle est de fer quelquefois, et c'est une chaîne bien lourde. Mais d'abord, à qui la faute? Avez-vous rélléehi sullisamment sur voire choix à faire au moment de contracter mariage? Ne vous êtes- vous décidé à prendre votre parti qu'après avoir épuisé tous les moyens nécessaires pour vous assurer que celui qu'on vous destinait vous offrait toutes les garanties désirables de bonheur moral et de liberté religieuse? Car si vous avez contracté un mariage d'intérêt, de passion, de caprice, avez-vous sujet de vous plaindre aujourd'hui pour un acte que vous avez fait librement, mais avec précipitation et sans discernement?
Mais c'est un fait accompli, et il n'y a plus lieu d'en revenir; rien de plus vrai. Cependant votre mari ne parviendra jamais à faire de vous une esclave, quelque méchant qu'il soit, si vous demeurez fidèle à la pratique de ves devoirs religieux. Il vous maltraitera, il vous opprimera peut-être, mais toujours vous serez au dessus de lui; il ne sera pas votre maître, et vous ne serez pas son esclave. En cessant d'être votre époux pour devenir un vil persécuteur ou un infâme tyran, il ne vous avihtpas, mais il s'aviUt lui-même; il vous élève au contraire, et il vous ennoblit, en faisant de vous une sainte victime, une courageuse martyre. Comme une autre Monique, offrez vos douleurs, vos souffrances et vos larmes à Dieu pour le salut de son âme, et vous serez son sauveur.
Cependant, si la position n'est plus tenable, la religion et la loi vous accordent la faculté de vous séparer de corps et de biens ; faites-en votre profit, et le tyran exercera sa tyrannie sur lui-même , et bientôt il sera l'esclave des plus honteuses passions.
Et ne croyez pas que le divorce complet préviendrait ces fâcheux inconvénients ; il ne servirait, au contraire, qu'à vous replonger dans le sensualisme païen dont l'Eglise catholique seule vous a délivrées. Rappelez-vous la démonstration parles faits que nous vous avons donnés dans notre dernière instruction. C'est pourquoi, pour rien au monde, l'Eglise n'a jamais voulu faire la moindre concession sur cette loi fondamentale. Et à ce trait reconnaissez l'incorruptible gardienne de la vérité catholique ; reconnaissez la mère pleine de courage et de sollicitude qui veille sur les familles et sur les nations. Aurons-nous jamais assez de reconnaissance dans le cœur pour celle qui nous a sauvés une fois de plus des horreurs de la barbarie, en prenant la défense des saintes lois de la famille ? Un puissant monarque, Henri VIII, roi d'Angleterre, veut les violer; il prie, il supphe, il se fait courtisan pour obtenir de Rome qu'elle approuve son second mariage qu'il vient de contracter après avoir fait divorce avec sa première femme. Rome garde le silence, espérant que le temps ramènera le prince à des sentiments plus raisonnables. Henri s'irrite et s'emporte. L'affaire est bien grave ; un peuple entier est sur le point de rompre avec le centre de l'unité ; une branche vigoureuse
csl au moment d'èlre rotranchco du grand arbre : on ne peut la conserver qu'en portant une mortelle atteinte aux saintes lois de la famille. L'Angleterre va devenir hérétique, schismatique; le sang coulera à grands Ilots; le pillage et l'incendie détruiront les monuments du catholicisme qui couvrent l'île des Saints. iN'importc; le vicaire de Jésus-Christ a tout pesé, et il a dit à bon droit: Périsse un royaume plutôt qu'un principe ! périsse un royaume plutôt que la constitution chrétienne de la famille, base de la civilisation et du bonheur des peuples ! ce qui veut dire : Périsse un royaume plutôt que l'univers tout entier!
i*' Le mariage est un contrat fait au profit des deux époux et aussi au profit des enfants. Or, l'int^Tct des enfants exige que le mariage soit indissoluble , parce que ce n'est pas trop de la réunion des efforts du père et de la mère pour fournir à tous les besoins moraux et matériels qu'exige une famille, si peu nombreuse qu'elle soit. Mais si le divorce est permis, que deviendront les enfants ? resteront-ils tous à la charge du père ? Les voilà donc privés pour toujours des soins, de l'affection et delà tendresse de leur véritable mère. Qui donc la remplacera près de ses enfants? Ce n'est pas le père. Si vive que soit sa tendresse, ce n'est pas la tendresse maternelle. Une belle-mère? mais c'est impossible. Si elle a elle-même des enfants, elle ne saurait partager également son affection entre les uns et les autres ; les enfants de la première femme seront comme autant d'ennemis de ses propres enfants. Et la mère qui
est séparée de ses enfants, qu'avez-vous pour cicatriser la plaie de son cœur?
Les enfants resteront-ils en partage à la mère? Mais le père y consentira-il ? Réduite à ses seules ressources, pourra-t-elle suffire à tout, les loger, les nourrir, les vêtir, pourvoir à tout ce qu'exige leur éducation ? Aura-t-elle toujours assez d'autorité pour les corriger de leurs défauts et les former à la vertu? Si vous les partagez entre le père et la mère, les mêmes difficultés se représentent, sans qu'on puisse leur donner une solution satisfaisante.
Les abandonnerez-vous à la charité publique? liais alors que deviendra la société elle-même? Bientôt la moitié de la population se composera d'enfants pauvres et vagabonds, qui grandiront dans l'ignorance, la paresse et l'immoralité. Puis, les divorces se multipliant chaque jour, et les époux étant divisés, toutes les familles se feront une guerre incessante; et le mariage, loin de les réunir ou de les réconcilier, sera une source perpétuelle de haines, de dissensions interminables , de cruelles vengeances . La modestie, la pudeur, les bonnes mœurs iront s'engloutir dans un naufrage universel, et la société sera ébranlée sur ses fondements. On a dit avec beaucoup de raison, au moment de la discussion du code civil : « Celui qui a fait un divorce en fait deux, en fait trois, en ferait vingt, s'il en avait le temps. C'est une chose curieuse que de consulter le registre des divorces : sur trente actes de divorce, on en trouve dix dans lesquels un des époux ou tous deux divorcent pour la seconde fois. » « Tolérer le
divorco, a dit le plus profond i)l)ilosophc chrélicn de notre siècle, e'ost commander la prostitution el légaliser l'adultère; c'est conspirer avec les passions (le l'homme contre sa raison, et avec l'homme luimême contre la société (1 ). »
Le mariage, c'est la constitution de la famille, comme la constitution d'un peuple est le mariage de l'Etat. Or, comme il n'y a de stahilité pour l'Etat que dans ce principe que tout pouvoir légitime doit être considéré comme un pouvoir divin, parce qu'il continue l'action de Dieu conservateur , de môme il n'y a de stahilité pour le mariage que dans ce principe que toute union légitime entre un homme et une femme doit être considérée comme une union sacrée et divine, parce qu'elle continue l'action de Dieu créateur. En niant toute origine divine du pouvoir, il est impossible de mettre l'ordre public à l'abri de la révolution, vrai divorce dans l'Etat; en niant toute origine divine du mariage, il est impossible de mettre l'ordre domestique à l'abri du divorce, véritable révolution dans la famille. Tout pouvoir qui ne porte pas imprimé sur son front le sceau divin est périssable, et tout mariage qui n'a pas la sanction divine est dissoluble. On a beau dire que l'ordre public, la protection des familles, des individus et des propriétés exigent de la part du peuple la subordination et l'obéissance au pouvoir, si le peuple ne voit dans le chef de l'Etat qu'un homme, rien ne l'empêchera de le regarder en face et de le renverser quand la fantaisie lui en prendra. De même on
(i) M. de Bonald.
a beau dire aux époux que les fins du mariage, l'instruction et l'éducation des enfants, la paix et le bonheur des époux, demandent que le mariage soit indissoluble, si le mariage n'est pour eux qu'une convention humaine, rien ne pourra les empêcher de revenir sur leur contrat et de dissoudre leur société.
C'estpour cela, mes frères, que le génie de l'erreur, qui est aussi le génie du vice, personnifié dans Luther, ce moine apostat, a retranché d'abord le mariage du nombre des sacrements ; puis il a déclaré la légitimité du divorce. Ce principe posé, la loi du célibat ecclésiastique, la plus haute source de la sainteté, n'est plus qu'une tyrannie, et la virginité volontaire, qui fait la plus grande gloire de la femme qui s'y dévoue, n'est plus qu'un crime et qu'une folie. Luther n'a pas manqué de tirer toutes ces conséquences, et avec une impudeur qui aurait fait rougir les théologiens du paganisme. Il poursuit de ses anathèmes et flétrit de ses infâmes libelles les vœux monastiques et le célibat des prêtres , et il a soin de corroborer ses enseignements par son exemple.
Remarquez aussi, mes frères, que la double abolition de ces deux institutions catholiques, dont l'une est la base de la sainteté de l'Eglise, et l'autre delà sainteté de la famille, a eu heu en même temps, et que cela ne pouvait être autrement. En niantque le mariage, ou l'union d'un homme etd'une femme, est un sacrement, Luther a été obligé de nier que le vœu de chasteté, ou l'union de l'âme avec Dieu, est
un acte sublime de religion. En ne voyant dans le mariage qu'un aele civil dissoluble, il a été obligé de ne voir dans le vœu de chasteté qu'un acte humain et rétractable.
Que le christianisme est sublime ! comme toutes ses institutions s'enchaînent 1 On ne saurait toucher à l'une d'elles sans que l'édifice entier ne s'écroule. Luther nie le sacrement de Mariage ; il faut qu'il nie les vœux monastiques, le célibat sacré et le célibat conjugal. Il faut que la Réforme poursuive de ses railleries la continence môme dans le mariage, après l'avoir anathématisée dans le célibat. Il faut qu'elle bafoue, comme une institution purement humaine, l'union conjugale, afin d'en affranchir les époux, après l'avoir proclamée une institution divine, obligatoire pour tout le monde, afin d'y engager le prêtre et la religieuse. Il faut qu'elle autorise le divorce, l'adultère, la polygamie et toute espèce de libertinage ; qu'elle proclame comme légitime la libre satisfaction des sens, la révolte de la chair contre l'esprit, de l'instinct contre les lois. Il faut qu'elle fasse un crime de la chasteté, qu'elle tolère tout plutôt que la pudeur, la plus belle floraison de la grâce de l'Evangile, et qu'elle plonge les peuples chrétiens dans toutes les saletés abrutissantes du sensualisme païen, qu'elle brise tous les liens de la société, qu'elle sape les fondements de l'Etat.
Or, mes frères, les philosophes du dernier siècle ont prétendu, eux aussi, que les vœux religieux ne sont qu'un lien tyrannique; les couvents, des tom-
beaux de l'homme vivant, inventés par la politique et par la cupidité paternelle, et creusés par la superstition; la pudeur, une vertu de bienséance ; la continence, un délire ; le sacrement de Mariage, une niaiserie; les liaisons extraconjugales, un amusement innocent; le concubinage, une chose irrépréhensible ; la polygamie, un excellent calcul ; le divorce, une nécessité; la communauté des femmes, un bonheur; l'amour socratique, une perfection. En un mot, l'homme n'est pas au dessus de la brute, et il doit satisfaire tous ses instincts brutaux. Tel est le résumé des doctrines que nos philosophes ne cessent de répandre partout, dans les villes et les campagnes.
A cette manière de s'exprimer de la philosophie moderne, comment ne pas la reconnaître pour la fille légitime de la Réforme? Même esprit, même caractère, même langage. D'où cela vient-il ? C'est que l'erreur n'a d'autre porte, pour sortir des ténèbres et entrer dans le monde, que celle de la corruption. Si la vertu est la fille de la vérité, le vice est le fils de l'erreur et du mensonge. Semblable à l'animal immonde qui n'est heureux que dans la fange, l'erreur n'est à son aise que dans l'impureté. Aussi l'Evangile nous représente-t-il les démons, les inventeurs et les pères du mensonge, demandant en grâce au Fils de Dieu d'être envoyés dans le corps des pourceaux : 3Iitte nos in porcos. On dirait que tout ce qui est impur a un attrait particulier pour les ennemis de la vérité, et que l'odeur de la sainte chasteté leur porte sur les nerfs et les rend
furieux. Voyez avee quelle rage ils se ruent sur toutes les inslitulions ehrétiennes qui inspirent ou qui eonservent la chasteté! Voyez quelle horrible conpiration des hérétiques et des philosophes dans tous les temps ! Voyez-les mettre tout en œuvre, la prose, la tragédie et la comédie, les livres et les journaux, les dictionnaires et les encyclopédies, les romans et les feuilletons; ils n'ont qu'un but, la glorification de la chair et des sens, le culle de la déesse Raison, l'apothéose de la volupté.
Ohl qu'elle est donc grande, auguste, sublime, précieuse, l'institution divine du sacrement de Mariage, puisque sans elle et en dehors d'elle le mariage disparaît ou ne devient qu'une union passagère, éphémère, au profit de la volupté, et que par elle le mariage est une alliance honorable, pure, sainte et parfaite; que c'est elle qui, en élevant, en sanctifiant, en divinisant le père, la mère, l'enfant, toute la famille, élève, sanctifie, divinise toute la société (1) 1
Quand il s'agit de la vie religieuse, on fait passer par de dures épreuves celui qui s'y croit appelé. Il faut que, pendant un an ou deux, il médite chaque jour sur les obligations qu'il devra remplir le reste de sa vie; obligations difficiles pour notre nature, car il s'agit de pratiquer dans toute leur perfection les vertus de chasteté, de pauvreté, d'obéissance et de mortification. Cependant, mes frères. Dieu n'a pas établi de sacrement pour entrer dans la vie religieuse, et il y en a un pour sanctifier l'union con-
(1) P. Ventura, la Femme catholique, introduction.
jugale. Pourquoi cela ? C'est que les époux chrétiens ont besoin de grâces plus fortes pour vivre saintement dans le mariage que ' les religieux et les religieuses pour être fidèles à leur sainte vocation.
Le mariage, mes frères, est un joug bien pesant, et pour le porter vous avez besoin de la grâce du sacrement ; préparez-vous donc à le recevoir avec les dispositions les plus parfaites ; et si vous l'avez reçu, conservez-en précieusement la grâce dans votre cœur. Aidés de cette grâce puissante, vous, époux chrétiens, vous imiterez Jésus-Christ, qui n'abandonne point son EgUse, malgré ses défauts ; au contraire, il travaille sans cesse à la rendre plus parfaite et plus digne de Dieu, et pour cela il se sacrifie et s'immole entièrement. Et vous, épouses chrétiennes, vous aimerez vos époux comme l'Eghsc aime Jésus- Christ, lors même qu'il semble l'abandonner et qu'il (a soumet aux plus dures épreuves ; vous leur serez dévouées, comme l'EgUseà Jésus-Christ, jusqu'à verser votre sang, jusqu'au martyre s'il le faut. Amen.