‹ Instructions practiques sur la pisciculture: suivies de mémoires et de rapports sur le méme sujetChapitre 10 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MOYENS DE TRANSPORT DES CEUFS, DES POISSONS NOUVELLEMENT ÉCLOS ET DE L'ALEVIN.

Transport des œafs.

On voit en Chine, vers le mois de mai, un grand nombre de barques rassemblées dans le grand fleuve yang the Krany pour y acheter de la semence de poisson, coutume qui remonte au temps le plus reculé. Les gens du pays barrent ce fleuve en plusieurs endroits avec des nattes et des claies qui n'occupent pas moins de huit à dix lieues, et ne laissent que la place nécessaire pour le passage d'une barque. La semence du poisson s'arrête à ces claies, où ils la distinguent à l'œil , quoiqu'un étranger n'en découvre aucune trace dans l'eau. Ils puisent de cette eau mêlée de semence, en remplissent de grands vases, la vendent aux marchands , et ceux-ci la transportent dans les provinces où ils la revendent, par mesures, à tous ceux qui ont des rivières, des viviers, des étangs domestiques qu'ils veulent empoissonner (1).

Les Romains firent comme les Chinois, et eurent r(*cours à la même méthode de repeuplement , l'ap-

;i) Grosicr, t. I, p. 639.

5^ MOYENS DE TRANSPORT DES (ÉXm.

pliquèrent sur une vaste échelle, semant ainsi des œufs comme on sème du grain, et poussant la perfection de cette industrie jusqu'au point de faire éclore, dans les eaux douces , la semence de poissons do mer qu'ils réussirent à y acclimater. C'est ainsi que les lacs Velinus, Sabatinus , Vulsinensis et Cimnius, en Etrurie , furent peuplés de Bars, de Dorades, (le Muges et de toutes les espèces qui se prêtèrent à ce caprice (1). Les rustiques descendants de Roniiilus et de Numa pratiquaient ce mode d'enseinencemeiit comme une mesure d'utilité publique et qui leur fournit, dans la vie agreste, une abondance qu'ils avaient le plus grand soin d'y entretenir. Mais, vers le commencement du vu* siècle, quand le luxe et la vanité prirent la place des mœurs simples de celte race antique, on dédaigna les piscines d'eau douce , piscines à l'usage du peuple , pour ne plus s'occuper que des piscines marines, à l'usage des riclies.

Le transport des œufs à de grandes distances est donc un fait dont l'expérience démontre la posgibilité. Il ne s'agit, par conséquent, que de déterminer les conditions dans lesquelles il convient de les placier pour que ce transport s'opère sans déchet et d'une manière économique.

Les deux pécheurs de la Bresse, MM. Gehin et Rémy mettent les œufs dans une boîte de fer-blanc cribla' de trous, du modèle rie celles qu'ils emploient pour

(1) Columelle, Dere rusticay I. VUI, c. 16.

les éclosions. Ils y placent une couche assez épaisse de sable humide, surmonté d'un lit de cailloux de la grosseur d'un dé à jouer. Dans les intervalles de cette espèce d'empierrement, ils déposent une certaine quantité d'œufs fécondés, qu'ils recouvrent (rune nouvelle couche de cailloux, dont les interstices sont à leur tour remplis d'autres œufs, et ainsi de suite jusqu'à ce que la boîte en soit pleine.

Ce procédé a des inconvénients qui ne permettent pas d'en conseiller l'application. En outre qu'il expose les œufs à être écrasés entre les cailloux tassés par le moindre choc que la voiture peut imprimer à la boîte qui les renferme, les trous dont les parois de ces boîtes sont percées favorisent l'évaporation de l'eau qui humecte le sable et ne les préserve pas suffisamment de la dessiccation.

Le sable humide , très fin , employé seul , est de beaucoup préférable. Voici comment on le dispose : On prend une de ces boîtes légères, circulaires ou oblongues, formées de feuilles minces de bois blanc, dans lesquelles on a coutume de conserver les fruits secs (pi. I, fig. 5). Puis, au fond de cette boîte, on dépose une première couche de sable, bien mouillé; sur cette première couche on place une assez grande quantité d'œufs, mais pas assez pour qu'ils se touchent les uns les autres. 11 est bon qu'il y ait entre chacun d'eux un petit intervalle, afin que les grains de la seconde couche de sable dont on les recouvrira puissent s'y insinuer et les préserver de la pression réciproque à laquelle ils seraient exposés

sans cette précaution. On met ensuite une seconde couche d'œufs sur le sable qu'on vient de verser sur ceux qui sont déjà enterrés, et on les étage ainsi successivement jusqu'à ce que la capacité de la boîte en soit occupée tout entière, et que le couvercle appuie sur le contenu de manière à empêcher le ballottement.

Il ne faut pas que 1^ boîte dans laquelle on arrange les œufs dans l'ordre que je viens d'indiquer ait plus de U pouces de profondeur, ni plus de 8 ou 10 pouces de long, parce que, si elle dépassait ces dimensions, il serait à craindre que le sable ne pesât trop lourdement. Des cloisons deviendraient alors nécessaires pour faire obstacle à cette pression ; mais il est bien plus simple et plus commode, si la quantité d'œufs qu'on veut expédier dépasse celle qu'une de ces boîtes peut contenir, d'en prendre d'autres, de les lier ensemble avec une corde, ou de les enfermer toutes dans une grande corbeille pour n'en faire qu'un seul colis.

Enfouis par couches alternées avec ce sable humide, les œufs de la plupart des espèces.de la famille des Saumons, c'est-à-dire ceux dont la coque offre une certaine résistance, s'y conservent dans une complète intégrité pendant plusieurs jours, et pendant plus d'un mois (juand la boîte est maintenue à une température un peu-basse. C'est ce que prouve l'expérience suivante. Des œufs de Truite et de Saumon, fécondés artificiellement, furent mis, à la fin de décembre 1851, par MM. Berthot et Detzem, dans une boîte de sapin remplie de sable humide. La boîte fut

ensuite placée, pendant près de deux mois^ dans une chambre froide, mais dont la température était cependant suffisante pour les préserver de la gelétî. Après ce laps de temps, ces œufs me furent expédiés de Mulhouse. Avant de les sortir de la boîte , je fis plonger celle-ci dans l'eau, afin qu'ils pussent s'/mmeclerpeu à peu à travers le sable qui les recouvrait ; car si j'eusse négligé cette précaution ils auraient péri comme cela est arrivé dans d'autres circonstances. Puis la boite ayant été ouverte, je les trouvai un peu flétris ou ridés; mais ils reprirent bientôt leur forme sphérique quand ils furent dans l'appareil à éclosion , où un assez bon nombre d'entre eux donnèrent naissance à de jeunes poissons (1). Il y en eut sans doute beaucoup qui n'arrivèrent pas à terme , mais si restreint qii'on suppose le nombre de ceux qui, en pareille occasion, viennent au jour, il y en a toujours assez, s'il s'agit d'une espèce étrangère , pour réussir à la propager.

Toutefois cette longue séquestration dans une boîte ne saurait être applicable avec le même succès aux espèces dont l'incubation est très courte ; car bien que, dans de pareilles conditions, le développement de l'embryon soit ralenti, il s'effectue cependant, et l'éclosion aurait lieu dans le sable avant l'arrivée des œufs au lieu de leur destination. Chez les Saumons et les Truites, cette difficulté ne saurait exister,

(1) Comptes rendus de V Académie des sciences, 1852, t. XXXIV, p. 507.

parce que la durée de l'incubation est de quarantecinq à cinquante jours au moins, et S3 prolonge jusqu'à cent ou cent dix jours, lorsque la tenipt^ature est basse; mais, chez celles qui éclosent huit ou dix jours après la ponte , on ne peut espérer le mémo résultat, ni faire venir leurs œul's d'aussi loin.

Ordinairement, nous remplaçons avec avantage k* sable par des végétaux aquatiques : nous choisissons, l>armi les plantes qui vivent dans les eaux où l'on pèche les poissons dont nous voulons transporter les œufs, celles qui sont les plus moelleuses et les moins susceptibles de se tasser. Nous mettons dans les boîtes alternativement, comme avec le sable, une couche de ces herbes et une couche d'œufs. Puis, quand cette boîte est remplie, on la forme avec son couvercle, et l'humidité que ces herbes entretiennent autour de ces œufs les conserve vivants. Depuis plusieurs années, MM. Berthot et Detzem m'ont expédié des bords du Rhin et de l'établissement d'Huningue un grand nombre de ces boîtes, et j'ai eu, par ce moyen, à plusieurs reprises, jusqu'à 10,000 œufs à la fois sur les claies de mon appareil du Collège de France, qui presque tous y sont éclos. On peut donc avoir recours à l'un ou à l'autre des deux procédés que je viens de décrire , puisque tous les deux donnent des résultats satisfaisants.

Il n'est pas indifférent, pour que les œufs arrivent à bon poi't, de les prendre à une époque quelconque (le leur développement; c'est du moins ce que j'ai expérimenté depuis longtt^mps, en ce qui concerne

ceux de la Truite et du Saumon. Ceux qu'on met iiinnédiatement après la fécondation dans les boîtes qui doivent les transporter au loin sont beaucoup plus sensibles aux influences qui tendent à les faire périr que ceux qu'on prend au moment où l'embryon y est assez avancé pour que ses yeux commencent à se montrer, comme deux points noirâtres, à travers la membrane de la coque. C'est, en effet, à cette période de leur incubation qu'il convient de les expédier, d'abord parce qu'ils supportent plus facilement le voyage, et ensuite parce qu'alors seulement on peut garantir avec certitude qu'ils «ont réellement fécondés. Quand l'établissement d'Huningue va être en mesure d'en fournir à tous les points de la France où nous allons organiser des appareils secondaires (l'éclosion, nous nous conformerons toujours à cette règle, afin d'opérer avec certitude.

Déjà nous l'avons mise en pratique dans plusieurs <lépartements.

Transport des poissons nonvcllemcnt éclos.

Plus les poissons sont jeunes, plus il est facile t\o les transporter à de grandes distances. Ceux-là même ([ui sont destinés à vivre dans les eaux courantes et qui en ont besoin pour leur éclosion, comme toutes les espèces de la famille des Salmones, se conservent longtemps dans des vai es dont on ne renouvelle pas souvent le liquide; mais il faut, pour cela, avoir l'attention de les y introduire immédiatement après

leur uaissance, et de mêler à l'eau une certaine quantité de plantes aquatiques vivantes. J'ai fait, à cette occasion, un grand nombre d'expériences, dont le résultat ne laisse aucun doute sur refficacité du procédé. Il m'est arrivé, à plusieurs reprises, de mettre jusciu'à deux cents jeunes Saumons ou deux cents jeunes Truites dans un bocal qui ne contenait pas plus de deux litres d'eau, qu'on se bornait à renouveler toutes les trois ou quatre heures. Ils ont ainsi parcouru de grandes distances, et dans plusieurs domaines où l'on ne croyait pas que ces animaux pussent jamais s'acclimater, on en élève maintenant.

Si au lieu de se borner à renouveler l'eau de temps en temps on pouvait seulement y entretenir un lilet continu à peine visible^ il n'y aurait pas de distance qu'on ne fût en mesure de leur faire franchir à cette première période de leur existence. J'en ai gardé . en effet, au Collège de France, jusqu'à 6,000 à la fois dans des caisses de bois ou des vases de terre cuite qui n'ont pas plus de 80 centimètres de long. 15 de large, 10 de profondeur, sous un filet d'eau de la grosseur d'une paille. Le courant que ce filet y entretient a suffi pour les conserver pendant plus <!' un mois dans un état de prospérité aussi complet que ceux qui vivent en liberté. Il y en a encore dans ces vases que l'on continue à y élever.

Or si, comme le prouvent les expériences dont je viens de parler, on peut faire vivre pendant un temps aussi long, dans cet espace restreint, C4*llp

MOYENS DE TRANSPORT DE l'aLEVIX. 61

prodigieuse quantité de nouveaux-nés, sans qu'il soit nécessaire de leur fournir autre chose qu'un imperceptible filet d'eau, il est évident que, par l'intermédiaire des fleuves et des canaux , des barques convenablement aménagées les conduisant par masses dans toutes les parties de la France, il n'y aura pa^ un seul point où l'on ne puisse les distribuer.

Transport de l'alevin.

Quand ils sont arrivés à l'état d'alevin, les jeune? poissons deviennent alors beaucoup plus embarrassants à transporter au loin. Cependant, en ayant recours à ces grandes barques que l'on convertit en viviers , on peut , si on ne les y accumule pas trop, on peut, dis-je, leur faire parcourir de longs trajets et les distribuer dans toutes les eaux dont ce convoi suivra le cours. MM. Berthot et Detzem ont, l'année dernière, expédié un de ces convois, qui, parti de l'établissement d'Huningue, est arrivé à Dijon en douze jours de marche , après avoir parcouru 120 kilomètres et traversé des eaux et des terrains de nature diverse. Quinze cents Saumons conduits par cette voie sont arrivés en bon état et ont été déposés vivants dans les bassins du jardin des plantes de Dijon.

Si la durée du voyage l'exige, on leur donnera de la nourriture ; mais il faudra veiller alors, dans les cas où cette nourriture sera constiluée par des proies mortes, à l'entretien de la propreté de ce vivier mobile, parce qu'un séjour trop prolongé de débris en

Kxp1ieaii«)ii de la planche I<«.

FiG. 1. — Figure destinée ù donner une idée de la manière donl on procède à la ponte arlificielle.

Fiii. 2. — Appareil à ëolosion fonctionniint : a, canaui parallèles qui le composent; &, robinet à la faveur duquel on peut activer ou modérer le courant ; c, cuvettes loueurs et de terre cuite, adaptées à Fappareil et destinées à recevoir les poissons qui viennent d'éclore.

FiG. 2''. — Claie sur laquelle reposent les œufs dans Tappnreil à éclosion : elle est vue de face.

FiG. 3. — Autre appareil à éclosion, composé d'un canal (a) de bois ou de terre cuite, d'une fontaine ordinaire (b) ei d*uu baquet destiné à recevoir les eaux d'écoulement (c).

Fiii. 4. — Appareil flotteur à éclosion destiné à fonctionner en pleine eau, consistant en une corbeille ou panier dans lequel on adapte des claies comme ponr les antre» appareils.

FiG. 4". — Claie pour Tappareil flotteur.

FiG. r». — Boîte pour le transport des œufs.

FiG. 6. — Petite pelle criblée, et de plomb, destinée à enlever de dessus les claies les poissons qui viennent d'éclore et que Ton veut faire passer dans les cuvettes ou dans d'autres ruisseaux.

FiG 7. — Brosse de blaireau, destinée à débarrasser les œufs des sédiments qui peuvent les recouvrir.

FiG, 8. — OEuf de saumon se développant.

FiG. 0. — Saumon venant d'éclore; a, sa vésicule ombilicale.

FiG. 10. — Jeune saumon ayant perdu sa vésicule ombilicale.

FiG. 1 1. — Jeune saumon à l'Âge de trois mois, élevé au Collège de France.

FiG. 1 2. — Jeune saumon à l'Age de six mois, élevé au Collège tlo Franco.

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de son industrie ; et, en suivant avec une t soutenue les rapides progrès de sa laborieux prise, j'ai assisté au plus curieux spectacle q possible de contempler.

J'ai vu chacun des mâles qui se livrent à ce entasser, dans le lieu de son choix, des brins ( de toute nature qu'il va souvent chorclier au 1 à l'aide desquels il commence à former une se lapis (pi. II, fig. 1); mais, comme les matériai constituent cette première partie de son ç |)0urraient être entraînés par les oscillations deî il a la prévoyance d'aller prendre du sable remplit sa bouche, et qu'il vient déposer si^r-W pour le contraindre à rester en place. P^* donner à tous ces éléments réunis une les tienne enchaînés les uns aux autres, ii fippi sur eux sa face ventrale, glisse lentement; par une sorte de reptation vibratoire, en ainsi le mucus qui suinte de sa peau. Il résulte* que les premiers matériaux assemblés Forment espèce de fondement ou de plancher solide surit pourra s'élever désormais le reste de Tédiflce, il poursuit l'exécution avec persévérance et agitation fébrile. Pour s'assurer si toutes les parti sont suffisamment unies, il agite avec une extrâo rapidité ses nageoires pectorales, de manière à pu duire des courants qu'il dirige contre le nid, et 8* s'aperçoit que des brins d'herbe s'ébranlent, il II enfonce avec son museau, les tasse, les plane et h englue de nouveau.

y. Ifffit»md M^ Fr d0f Ky^rv

DES ÉPINOCHtS BT ttS ÉPINOCHETTES. 67

Quand les choses en sont venues à ce i)oint, il hoisit des matériaux plus solides. On le voit prendre uitôt des racines, tantôt des paillés qu'il saisit loueurs avec la bouche et qu'il vient ficher dans l'épaiseur ou placer à la surface de sa première con>trncion; si, pendant qu'il fait ainsi eifort pour les ntroduire, il juge que la position qu'il leur donne 16 remplit pas suftisamment le but, il les retire, les aisit par un autre point de leur longueur, les to- Dame, le^ pousse, les enfonce davantage jusqu'à ce |u'il trouve qu'il en a fait le meilleur usage possible.

tlquefois cependant, malgi*é tous ses soins, il y a parties ([ui, à cause même de leur configuration, ^ peuvent entrer dans le plan général de l'édifice : lors il les retire, les emporte loin du nid, les aban- |fiiie et va en choisir d'autres pour les remplacer. Init ainsi par se creuser un lit solide, dont il atou- VB la précaution de lier les divers éléments au fgen de la matière visqueuse dont il les englue. fais les tiges, les racines ou les pailles dont il dde la cavité de la petite fosse qu'à ce degré de llruction son nid représente, sont toujours placées I une direction constante : il les pose toutes dans ns longitudmal , c'est-à-dire de manière que }de leurs extrémités correspondra plus tard à ^ et l'autre à la sortie de son domicile. Cette Ibation a probablement un double but, c^lui Vir la consolidation de la paroi intérieure du •celui d'en éviter la destruction au moment de eou de la fécondation ; car si, à cette époque,

f)8 NIDIFICATION

le mâle et la femelle, au lieu de rencontrer des matériaux disposés dans le sens de la direction qu'ils suivent pour traverser ce nid, trouvaient au contraire des espèces de brides transversales qui leur feraient obstacle, il en résulterait souvent qu'en cherchant à îse dégager, ils entraîneraient avec ces dernières rétablissement auquel elles seraient solidement liées.

Lorsqu'il est ainsi parvenu à construirele plancher et les parois latérales de son édifice, il s'occupe alors d'en organiser la toiture. Pour cela, il continue à y apporter des matériaux semblables à ceux dont il s'est servi pour en jeter les fondements ; mais, tout en poursuivant l'accomplissement de son entreprise avec l'ardeur croissante de sa laborieuse activité, il travaille sans cesse à en obtenir la consolidation, et, pour la lui donner, se livre sans relâche à la manœuvre fatigante de la reptation vibratoire, à l'aide de laquelle, c imme nous l'avons déjà dit, il agglutine les divers éléments dont son nid se compose. Cependant, k mesure qu'il s'applique à consolider son établissement, il faut qu'il le dispose convenablement pour l'usage auquel il le destine : aussi ne ne manque-t-il jamais de réserver une ouverture, très nettement et très régulièrement circonscrite, par laquelle il plonge souvent sa tête et même une grande partie de son corps, afin d'en écarter les parois et de maintenir la cavité intérieure du nid assez dilatée pour que la femelle puisse s'y engager et pondre les œufs dont il deviendra le courageux et hifatigable protecteur.

DBS ÉPINOCHES ET DES ÉPINOCHETTES. 69

Le bord circulaire de cette ouverture est bâti avec le plus grand soin et la plus grande régularité : pas un brin d'herbe n'y dépasse l'autre et ne vient en obstruer le passage; toutes les précautions sont prises pour en adoucir l'entrée ; il l'englue avec une remarquable patience, rampe obliquement sur son bord, et, en suivant son contour de manière à contraindre les herbes qui le forment à se courber en anneau, il garnit d'un glacis velouté le passage qu'elles circonscrivent.

Le nid, ainsi constitué, forme une voûte arrondie de 10 centimètres environ de diamètre , qui apparaît au fond du bassin comme un petit soulèvement circulaire. A l'époque des amours, on voit, dans les ruisseaux habités par les ÉpinocJies, un si grand nombre de ces espèce^ de monticules, qu'on a de la peine à comprendre que la nidification de ces animaux ne soit pas un fait depuis longtemps vulgaire. Chacune de ces voûtes, dont les parois sont aussi habilement construites que celles du nid de l'hirondelle, offre, comme nous venons de le dire, sur un point de sa circonférence, une ouverture qui conduit dans la cavité préparée pour recevoir les œufs ; mais cette ouverture ne restera pas longtemps la seule dont le nid soit pourvu ; car bientôt il en sera prati- (juéunc seconde dans le point diamétralement opposé à celui où se trouve la première.

Ordinairement, c'est la femelle qui, en s'élançant hors du nid après la ponte, perfore la paroi opposée pour se frayer un passage ; mais il y a des cas où le

mâle se charge de ce soin. Il entre par la première ouverture, traverse le nid de part en part, et pendant qu'il exécute cette manœuvre, on le voit mesurer l'étendue de ses mouvements au degré d'élasticité de son étal)lissement, et ne lui imprimer que des secousses (jui ne peuvent en compromettre la solidité?. On dirait qu'il veut s'assurer si sa conatruolion pourra résister aux ébranlements ([ue le passage de la femelle va lui faire subir, car il imite tous les mouvements de cette dernière et prend une allure bien différente de cellt» ([u'il aura lorsqu'il viendra . féconder les œufs.

Chez les Ephiochettes, c'est toujours Uî mâle qui pratique les deux ouvertures, comme on va le voir dans l'exposé rapide du mode particulier de nidification qui caractérise cette espèce (pi. IV, flg. 5 et 6). Pendant que toutes les espèces d'Épinoches construisent leurs nids sur la vase, à plate terre et dans des endroits où il est facile de les ai^ercevoir, les Épinochettes, au contraire, les suspendent aux feuilles ou aux branches des v«'îgétaux ([ui sont à leur portée, et les cachent bien davantage. Le mâle va clieivher avec sa bouche une ([uantité suffisante de couferves, les entasse dans le lieu dont il a fait choix, les lie aux points ([ui doivent leur servir de sup))ort, et, quand ces matériaux assemblés forment une masse suffisante, il plonge son corps dans leur épaisseur et s'en enveloppe connue d'une gaîne; puis, il tnivei's** lentement cette galneen exécutant sur son gi*anda\c un mouvement de rotation sac<'adi''e, et, à inesura

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