DES ÉPINOCHES ET DES ÉPINOCHETTES
qu'il accomplit cette révolution , les conferves qui renveloppcnt, engluées par le frottement de son corps, s*enroulent autour de lui en fibres circulaires, et le nid prend ainsi la forme d'un manchon. Il est probable que cette disposition en fibres annelées est produite par la nombreuse rangée d'épines qui, en s'érigeant le long du dos de l'animal, agissent circulairement sur les tiges ou les rameaux des conferves, comme les dent« des machines dont on se sert pour carder la laine ou le cri». Il recommence cette manœuvre autant de fois que cela lui paraît nécessaire pour la confection régulière de son nid et l'afiermis* sèment des matériaux qui en forment les parois, et va ensuite chercher les femelles pour les faire pondre. On a toujours admiré la merveilleuse industrie avec laquelle certains oiseaux construisent l'édifice qui doit recevoir les œufs ; on a souvent parlé de l'intelligence dont la mésange à longue queue fait preuve en ménageant à son nid deux ouvertures opposées qui lui permettent d'y entrer et d'en sortir librement sans qu'elle soit obligée de se retourner, ce qu'elle n'aurait pu faire aisément à cause de sa longue queue. C'est avec raison qu'on a vu dans ce fait le résultat d'un acte de prévoyance. Les Épinoelles et les Épinochettes ne nous paraissent ni moins industrieuses ni moins intelligentes que l'oiseau dont il est question ; car nous les voyons, guidées par le même instinct de prévoyance, agir à peu près en vue du même résultat, celui de pouvoir sortir de leur nid sans en altérer la construction , chose nécessai-*
rement impossible , eu égard à leur organisation , si ce nid n'avait eu qu'une seule ouverture. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que , de même que la mésange à longue queue , lorsque ses petits sont éclos, bouche l'issue désormais inutile de l'édifice qui les abrite, et où elle ne doit plus pénétrer; de même les Épinoches mâles , lorsque leur nid est pourvu d'une suffisante quantité d'œufs, ou que leur pouvoir fécondateur s'est éteint, se hâtent d'obstruer celle des deux ouvertures qui servait dé sortie.
D€ la ponte.
Lorsque la construction du nid est assez avancée pour recevoir les œufs, le mâle s'élance, plein d'agitation, au milieu du groupe des femelles, pour y fixer l'attention de celle qui est disposée à pondre , et lui ofiiir un asile pour sa progéniture. Celle-ci peut facilement le distinguer des mâles ordinaires, car il porte maintenant la riche livrée des amours et se pare des plus vives couleurs. Ses joues et sa face ventrale ont perdu leur blancheur habituelle pour se couvrir d'une couleur de feu, d'un orangé vif ou d'un rouge aurore; son dos, ordinairement grisâtre, passe tour à tour par toutes les nuances du vert, du bleu, de l'argent, exprimant ainsi, à la faveur de cette mobilité surprenante, le besoin de consommer l'acte de la génération. Aussi dès que la femelle aperçoit le mâle qui s'avance, elle s'empresse, le recherche, glisse sur son dos, et par une série de petits manèges coquets , d'agaceries réciproques , semble