CONCLUSIONS
Nous déduirons des faits que nous venons d'exposer les c.însidérations générales suivantes :
1" L'histoire de la reproduction de certains poissons dénote chez ces animaux un degré d'intelligence plus étendu que celui qu'on leur accorde généralement.
2** Il est probable que, dans cette classe, les espèces signalées ne sont pas les seules qui construisent un vrai nid, propre à recevoir ou à mettre à couvert le produit de la femelle ; des observations ultérieures conduiront bientôt, nous en sommes convaincu, à la découverte de faits analogues.
3" Contrairement à ce qu'on observe chez les autres animaux du type des vertébrés, ce ne sont plus les femelles, mais les mâles seuls qui élèvent Tédifice où seront déposés les œufs : c'est ce qui résulte d'une manière certaine des observations faites sur les Gobies, les Épinoches, les Épinochettes, et ce qui est extrêmement probable pour toutes les autres espèces qui font des nids.
/i' C'est également au mâle seul qu'est dévolu le soin de veiller sur les œufs pondus et de protéger les petits pendant quelque temps après l'éclosion.
5° L'époque des amours détermine, chez les mâles des poissons qui ont pour habitude de nicher, un changement de couleur, total ou partiel , fort analogue à celui que présentent un très grand nombre d'oiseaux au temps des pontes, et certains mammifères au moment du rut.
6** Pour ce qui concerne particulièrement les espèces que Ton rassemble sous la dénomination gt^ néri(|ue de Gasterostem , les Épinochettes (fait qui n'avait point encore été indiqué) font un nid comme les Épinoches ; mais, tandis que ces dernières l'établissent invariablement sur le sol et à découvert, les Épinochettes, au œntraire, le cachent avec soin et le
DES BPINOCHES £T DES ÉPINOCHETTES. 83
fixent toujoui's aux herbes au aux feuilles des plantes aquatiques : diiïérence caractéristique qui paraît justifier la séparation qu'on a faite de ces poissons en deux genres {Gasterosteus et Pungitim»)
V Les Epinoches ne sont point monogames , comme on Ta avancé; elles sont, au contraire, ainsi <iue les Épinochettes, essentiellement polygames, les niàles fécondant successivement et indifféremment les œufs de plusieurs femelles.
8" Enfin, les Epinoches et les Épinochettes femelles font plusieurs pontes dans la même saison et à très peu d'mtervaîle Tune de l'autre ; leur fécondité est donc bien plus grande qu'on ne Ta dit jusqu'ici.
D'un autre côté, on trouve des nids depuis mars jusqu'en août.
Cefi deui faits rapprochés expliquent la multiplication inouïe de ces poissons.
COSTK.
Adressé H I. le liiistre de TagriciUire et di CNiaerce.
Paris, le iO décembre IdSO.
Monsieur le Ministre,
La pisciculture, qui avait acquis chez les aucieos un si haut degré de perfection, est tombée de nos jours dans un tel état de décadence, que c'est à peine si elle compte parmi les branches les moins importantes de l'industrie ox)' derne ; et cependant, jamais les conditions sociales n*ont mis plus impérieusement en demeure d'élever la production au niveau des besoins que l'accroissement continu de la population développe.
Il est donc à désirer que, pour contribuer à résoudre cet important problème, les sciences naturelles, mettant à profit les expériences qu'elles peuvent réaliser, entrent profondément dans la voie de la pratique, et trouvent les moyen? d'organiser de nouvelles piscines, d'y engraisser certaines espèces, de leur donner, par le régime, une meilleure saveur, et de créer ainsi une source de richesse où l'on ira puiser comme dans les greniers d'abondance tenus en réserve par la prévoyance de l'Etat.
II n'y a pas, je l'affirme, et je vais en donner la preuve par le résultat de mes expériences, il n'y a pas une seule branche d'industrie ou de culture qui, avec moins de chance* de perte, offre de plus faciles bcnéfiffes à réaliser.
Que faut-il, en effet, pour que les cours d'eau, les lacs. Ie^ étangs, les mares elles-mêmes, au lieu d'être des ba««in«
inutiles , dont on poursuit à grands frdis le dessèchement dans le but délivrer à la charrue le sol qu'ils recouvrent, se transforment en piscines aussi productives que les champs où croissent les plus riches moissons? Il faut que, sans qu'il en coûte presque rien pour se les procurer, on puisse y introduire autant de poissons nouvellement éclos que pourront en nourrit* les réservoirs qu'il s'agit de peupler, et que, par une expérience préalable, on ait acquis la certitude qu'en un court espace de temps tous ces poissons auront pris une assez grande taille pour fournir une récolte abondante.
C'est donc à résoudre ce double problème que doivent tendre tous les efforts des naturalistes. Les expériences qu'ils auront à entreprendre pour y réussir ne seront pas encourageantes pour ceux qui veulent des résultats immédiats ; car les recherches relatives à chaque espèce exigent plusieurs années d'études, avec la chance de trouver, dans un certain nombre de cas au moins, qu'on n'en peut tirer aucun profit. Il y a peu de personnes, d'ailleurs, assez heureusement placées pour se livrer utilement à des investigations de cette nature, ayant à leur disposition des bassins spacieux, nombreux, où les poissons, rencontrant des milieux variés, puissent choisir eux-mêmes ceux qui leur conviennent, et désigner, pour ainsi dire, quelles sont les circonstances dont il faut les entourer pour favoriser leur développement.
A défaut de ces précieux moyens d'action, on est obligé d'avoir recours à des combinaisons artificielles, à des expédients plus ou moins ingénieux, qui ne permettent pas toujours de donner aux expériences toute la valeur qu'elles pourraient avoir, si elles avaient été entreprises dans des conditions meilleures. C'est k travers de semblables difficultés qu^je me suis vu contraint d'opérer lorsque j'ai voulu commencer mes recherches sur la domestication des poissons. Je n'ai pu me procurer au Collège de France que les grandes cuves de bois qui avaient déjà servi à mes observations sur la nidification des Êpinoches, et c'est dans ces mêmes cuve».
86 RÂPPPOftt SÛR LA PISCICULtURE.
convenablement préparées par le développemenl d'une végétation abondante, par Tintroduction d*un certain nombre de conditions favorables au but que je voulais atteindre; c'est dans ces cuves, dis-je, que j'ai obtenu des résultats dont je crois qu'on peut faire d'importantes applications (1).
Parmi les espèces qui ont particulièrement tké mon attention, les anguilles sont au nombre de celles sur ksquelles j'ai pu expérimenter de la manière la plus décisive, j ai été conduit à en faire le sujet de mes recherches par plusieurs motifs : d'abord, parce que leur mode de génération étant presque complètement inconnu, elles pouvaient, sous ce rapport, fournir matière à d'importantes découvertes; ensuite, parce que leur chair est non seulement agréable au goût, mais encore constitue un aliment favorable à la santé des hommes, comme le prouve Texemple des populations qui habitent la lagune de Commachio.
Ces populations, exclusivement occupées de la pèche ou de la salaison des anguilles, dont on fait un grand commerce, à cause des récoltes abondantes fournies par la lagune, n'ont pour ainsi dire pas d autre nourriture ; et cependant les individus soumis à ce régime sont très robustes, et poussent aussi loin leur carrière que leurs voisins qui habitent un pays où Ton ne mange que de la viande. IL y a plus: si parmi ces derniers il se trouve des jeunes gens d'une constitution débile et menacés de consomption, on les envoie se rétablir dans ces marécages, en partageant la table et les travaux des pécheurs.
Il est donc à désirer qu'on puisse élever ces poissons en Assez grande abondance pour qu'ils deviennent un des
(l) Lorsfiae j'ai eo commuuiqué à l'Académie des scieucesle ^' tnier résultat de mes expériences, H. Binean, ministre des travaux publics, a bien voufu faire construire, au Collège de France, ofl batsin en maçomterte, 06 je puis continuer mes f ctt Kt c lte a 4*Me maaièce pku atUe* Jt prie M. Bineau de reeeroir tci reipreiwitw de ma reconnaissance.
RAPPORT SUR L4 PISCICOLTURB , 87
moyens principaux de Talimentation des peuples ; mais, pour atteindre ce bat, il faut deux conditions préalables : se procurer du frai autant qu'on en voudra, et découvrir les circonstances qui doivent en assurer le rapide développement. Voyons si la science est en mesure de résoudre C/O double problème.
Tous les ans, vers les mois de mars et d'avril, il se manifeste, à Tembouchure de tous les fleuves et de toutes les rivières, à Tentrée de la nuit , le plus étrange et le plus curieux phénomène qu'il soit possible d*observer.
Des myriades d'animalcules filiformes, diaphanes, de 6 à 7 centimètres de long, s'élèvent, par masses compactes, à la surface des eaux, dont ils remontent le cours quand ils échappent aux causes de destruction qu'ils rencontrent sur leur passage. Dans certaines contrées, les populations riveraines, attirées par le spectacle de ces apparitions nocturnes et par l'espoir d'une récolte abondante, accourent, armées de longues perches au bout desquelles sont emmanchés des tamis, pour se livrer au plaisir d'une pèche aux flambeaux. On plonge les tamis dans Teau, et, après les avoir promenés quelques instants au-dessous de la surface pour recueillir tout ce qui surnage, on les retire chargés d'une espèce de glah^ vivante, qu'on verse dans des barriques où on l'entasse.
Cette matière, quand on l'examine de près, se montre exclusivement formée par les animalcules filiformes dont je viens de parler, et ces animalcules ne sont autre chose que des anguilles nouvellement écloses, quittant le lieu de leur naissance pour aller se disperser dans les canaux, les lacs, les étangs, les ruisseaux qui communiquent avec le fleuve dentelles remontent le cours.
C'est à ces migrations périodiques, qui durent pendant deux mois environ, qu'on a donné le nom de montée.
Ainsi donc, la montée^ quoique soumise aux déplorables causes de destruction qu'une législation imprévoyante n'a point encore songé à réprimer, est assez abondante pour qu'on puisse en peupler toutes les eaux de la terre, puisque
c est par tonneaux qu'on la recueille. Elle pourra par conséquent devenir une source inépuisable d'alimentation, si, transportée dans des bassins préparés pour la recevoir, chacun des individus qui la composent y passe rapidement à l'état adulte.
Préoccupé de cette pensée, j'ai fait prendre une certaine quantité de montée à l'embouchure de l'Orne, aux environs de Caen. Cette montée, transportée à sec par la diligence , est arrivée vivante au Collège de France, y a été déposée dans les cuves de bois dont j'ai déjà parlé. Les jeunes anguilles dont elle était formée avaient chacune alors de 6 à 7 centimètres de long et 1 centimètre de circonférence dans le point le plus gros de leur corps.
Examinées après six ou sept mois de séjour dans ces cuves, elles avaient 12 centimètres de long, 2 centimètres 2 millimètres de circonférence.
A l'âge de dix-huit mois, elles avaient 22 centimètres de long, 4 centimètres et 8 millimètres de circonférence.
A Tâge de vingt -huit mois, elles avaient 33 centimètres de long et 7 centimètres de circonférence.
Ainsi donc, quoique séquestrées dans des bassins très peu spacieux et mal nourries, les anguilles n'en ont pas moins grandi au point de gagner en moyenne, tous les neuf mois, 8 à 1 centimètres de long et 2 centimètres I /2 de circonférence ; en sorte que, si l'on suppose qu'elles continuent à grandir dans les mêmes proportions jusqu'au moment de leur complet accroissement, on arrivé à cette conséquence que, vers la cinquième ou la sixième année, elles doivent avoir près d'un mètre de long et 4 6 ou 18 centimètres de circonférence, c'est-à-dire un poids de 3 livres, ce qui leur donne aujourd'hui sur le marché de Paris une valeur de 6 à 8 francs au moins.
Ce que le raisonnement indique, l'expérience le démontre. Une anguille, séquestrée dans une mare du château d'Osmond, dans le département de l'Orne, avait acquis, vers l'âge de trois ans et demi, 46 centimètres de longueur et 12 centimètres de circonférence. Une autre anguille.
happort sur la pisciculture. 89
élevée dans un des bassins des haras de Meudon, pesait déjà 4 livres quand elle entra dans sa septième année.
Or, puisque les anguilles acquièrent en un temps assez court un si grand accroissement , il s'ensuit qu'elles sont, de tous les poissons, ceux dont l'exploitation doit produire les bénéfices les plus considérables ; car, de tous les poissons aussi, elles sont ceux qu on peut élever en plus grand nombre dans le moindre espace et dans la moindre quantité d'eau. On peut aussi, en mettant à profit la connaissance des habitudes d'émigration auxquelles l'exercice de la fonction génératrice les oblige, les récolter facilement quand elles sont parvenues à l'âge adulte, comme je le dirai plus loin en parlant des pèches de la lagune de Com> machio.
Transport de la monMe.
Pour transporter la montée, de l'embouchure des fleuves où cm la recueille, jusqu'aux réservoirs où je voulais la déposer, je me suis servi de paniers d'osier très plats et très larges, à mailles assez étroites pour empêcher les jeunes anguilles de passer, pas assez serrées pour être un obstacle à l'entrée et au renouvellement de Tair. J'ai fait remplir ces paniers d'herbes aquatiques ; puis on y a versé une certaine quantité de montée, et les jeunes anguilles s'étant glissées entre les brins d'herbes, se sont réparties dans les interstices, de manière à éviter une trop grande pression, à laquelle on les expose quand on les entasse.
Il ne faut pas, en effet, que la montée forme au fond de chaque panier une couche de plus de 4 ou 5 centimètres ; car autrement celle du fond périt promptement sous le poids de celle qui se trouve à la surface. Cependant, cette nécessité de la répartir par couches si peu épaisses n'oblige pas. comme on pourrait le croire au premier abord, à multiplier à l'infini le nombre de paniers destinés au transport. L'expérience m'a appris que sur un châssis de GO centimètres carrés, une couche de montée aussi mince que celle dont
90 RAPPORT SUR LA PlSG(aJLTUa&
je viens de parler renfermait plui de 5,000 anguilles. Or, dans un même panier, plusieurs châssis peuvent être éUgés les uns au-dessus des autres ; il s ensuit qu'on a ainsi le moyen de transporter à la fois, dans un seul de ces paniers, une grande quantité de montée, et de la faire parvenir vivante, par voie de terre, à de longues distances, puisqu'elle reste deux ou trois jours hors de Teaa sans mourir.
Quant aux moyens de transport par la voie de la navigation, il suffira de se procurer des tonneaux dont lei fonds, percés d une ouverture garnie d'un grillage quelconque, soient perméables à leau du fleuve sans laisser passer les jeunes anguilles. Ces tonneaux, quand on les aura remplis d'herbes et de montée^ seront placés transversalement ou verticalement pour que leur contenu ne soit pas refoulé par le courant, et liés entre eux par des traverses de bois solidaires les unes des autres, de manière à former un radeau flottant, immergé jusqu'à la surface, traîné par un bateau remorqueur, ou par des chevaux, s'il y a un chemin de halage.
Par ce moyen, on pourra transporter à la fois toute la récolte de l'embouchure de chaque fleuve et l'amener vivante jusqu'aux points les plus rapprochés des lieux où il y aura des eaux à peupler, et de là on la transportera, par voie de terre, après lavoir versée dans des paniers, partout où l'on voudra. Si pendant qu'on remontera ainsi le cours des rivières, il y a des propriétaires riverains qui désirent faire leur provision démontée^ on détachera de la flottille un ou plusieurs tonneaux qu'on leur livrera en passant.
On pourrait se servir encore, et probablement avec plus de facilité, de grandes barques à moitié remplies d'eau , dans lesquelles on aurait soin de ménager un courant continu au moyen de petites ouvertures grillées. La montée s y conserverait comme dans un vivier, et ces barques serviraient à la fois d'entrepôt et de moyen de transport. On y déposerait les jeunes anguilles à mesure qu'on en ferait la récolte, et l'on aurait ainsi la possibilité d'attendre le mor
RippQai fiua LA pisacaLTCJiK. 91
ment où ion en aurait amassé une asses gprande quantité pour faire partir un convoi.
En ayant recours aux procédés que je viens d'indiquer, non seulement on pourra se procurer autant de montée qu'on en voudra, mais on rendra productives toutes les eaux qui jusqu'ici ont été peu ou mal exploitées. Ainsi , par exemple, si, au lieu de laisser se perdre Timmense récolte qui surgit tous les ans à l'embouchure de la Loire, on avait le soin de la faire transporter dans les eaux du Berry et de la Sologne, on rendrait à ces contrées un service éminent, et je ne doute pas que la pisciculture, pratiquée en grand, ne devienne pour leurs habitants une source de richesse qu'ils trouveront difficilement dans toute autre voie ; car le dessèchement de leurs marécages ne met le plus souvent à nu qu'un sol stérile ou qu'une première récolte épuise. Ce ne serait donc plus de l'écoulement des eaux qu'il faudrait se préoccuper, mais de leur conservation et de leur appro* priation à cette nouvelle industrie. Ce que je viens de dire des eaux du Berry et de la Sologne s'applique également aux lagunes salées du midi de la France, où les anguille* vivent aussi bien que dam les eaux douces.
Cette question est assez importante pour que le gouvernement doive en faire l'objet de sérieuses préoccupations; et comme toutes les innovations en matière d'industrie ont besoin, pour entrer dans le domaine de la pratique, d'être appuyées sur des expériences décisives, je crois que M. le ministre du commerce ferait un acte de bonne administra» tion et donnerait un exemple de louable sollicitude, en prenant l'initiative d'un premier essai en grand sous les yeux mômes des populations qu'il s'agit d'engager dans cette voie. Il lui suffirait pour cela de faire les frais d'un premier transport de la montée et de laisser ensuite au résultat le soin de convaincre tout le monde.
Noarrttare de» ansatUeft.
Livrées à elles-mêmes dans les bassins qu'elles habitent, les anguilles ont un régime presque exclusivement animal.
RjLPrOai SUE LÀ PHCiCOLTtnK.'
Elles se nourrisseni de vers, d'insecles, de larves du ^r4> J nouille on de salamandre, H enlin de tous les petits pois* J sons doni elles iieuvenl faire leur proie. Mais ces moyen» J d'alimentation, qui leur suftlseot lanC qu'elles ne sont pa" trop nombreuses, deviendraient insufiisaDts si ce nombr s'accroissait d'une manière indéfinie. On sérail obligé aloi lie leur procurer d'autres res»)urces, et il -Taudrail que a ressources, destinées à les engraisser rapidement et Vm multiplier les récolles, pussent leur être fournies sans ai menler les frais d'exploitation.
En réiléchissant à la solution de ce problème, j'ai pena que la cbair de la plupart des animaux qu'on laisse le p' souvent se pourrir sans profit, que celle des mollusques Ij celle des insectes terrestres nuisibles h l'ugricullure, | raient être uiilemenl employées à cet usage, et, par uue hi reuse transformation, concourir à augmenter la pi ' Je me suis donc livré aun expériences nécessa établir qu'une semblable idéeétait suceptible d'entrer d. la pratique. J'ai fait liacber menu de la chair de cheval, i chien, de chat, de chenilles de toute espèce, des baniM tons Ce hachis ou celle pâtée a été ensuite disposée a boulettes de grosseur variable el jetée dans les b la montée venait d'être déposée.
 peine les jeunes anguilles ont-elles aperçu ces b letles, qu'elles s'y sont précipitées par myriades, el k dévorées en un instant. Leur acharnement était tel, i malgré toutes les tentatives que je faisais pour les el elles n'en continuaient pas moins à satisfaire leur epp^ vorace. Quand ce copieux repas était terminé, leurs n: ments n'avaient plus la même rapidité que lorsqu'elles étaiefl a jeun. Sous l'intluence de ce régime, leplus grand m a grandi rapidement.
Ainsi donc, d'après les expériences que je viens d i)uer, non seulement il résulte que la chair ou les cad des animaux vertébrés qui ne servent pas â la nourri! de l'homme seraient utilement employés à engraisser )< poissous, iniii? que les mollusques terrestres et lesinsecle*!
nuisibles à Tagriculture serviraient eux-mêmes tout aussi efficaeement à atteindre ce but.
En cherchant ainsi à utiliser les insectes, on rendrait un grand service à l'agriculture, car on finirait par la délivrer de l'un de ses fléaux.
Depuis longtemps on demande à Tadministration et aux sciences les moyens de délivrer nos campagnes des insectes destructeurs. Y a-t-il une meilleure occasion d'arriver à ce résultat que celle qui permet de Tobtenir sans trop de frais, et même avec bénéfice?
Pour se faire une idée exacte des produits qu'on pourrait retirer des bassins consacrés à l'élève des anguilles, il ne sera pas inutile d'exposer ici en peu de mots ce qui se passe à la lagune de Commachio. Il y a là une expérience bien propre à encourager ceux qui voudraient se livrer à une semblable industrie.
La lagune de Commachio, quia environ deux cent trente milles de circonférence, est divisée en quarante bassins entourés de digues, ayant tous une communication avec la mer, éprouvant le flux et le reflux de l'Adriatique, et s'épurant ainsi dans une agitation continuelle.
Cette lagune donne asile à plusieurs espèces de poissons; mais les anguilles y viennent en si grande abondance qu'on en fait le commerce dans toute l'Italie. Chaque bassin est surveillé par un chef que l'on nomme facteur, et qui a plusieurs employés sous ses ordres, ce qui forme un personnel de près de quatre cents hommes enrégimentés et soumis à une sorte de discipline comme sur un vaisseau.
Ces hommes partagent leur temps entre la pèche des poissons et la salaison de ceux qu'on ne peut pas vendre à l'état frais. Il y a pourtant deux saisons pendant lesquelles ils sont plus occupés que le reste de l'année : la première, quand les anguilles nouvellement nées viennent se réfugier dans les bassins, et cette entrée se nomme la montée; la seconde, quand ces anguilles, devenues adultes, cherchent à sortir, et les tentatives qu'elles font pour y réussir se nomment la de9eente.
94 RAPPOBT SUU LA PiSCICULTUBE.
Le 2 février, on ouvre les clefs qui ferment ordinairement les communications de la lagune avec le Pô, et on laisse tous les passages lit)res Jusqu'à la fm d'avril. Cest pendant le cours de ces trois mois que la montée, obéissant à un instinct qui la porte à cheminer contre le courant, quitte spontanément les eaux du fleuve pour s'engager dans celles des bassins. Les pécheurs de garde ont un moyen de s'assurer si elle est abondante: ils composent avec de petites branches d'arbres des espèces de fascines, qu'ils fixent au fond de Teau au moyen d'un pieu ; de temps en temps, ils les retirent, les secouent sur le rivage, font tomber les jeunes anguilles qui se sont engagées entre les branches, et, selon que le nombre en est plus ou moins abondant, ils jugent de la richesse ou de la stérilité de la récolte.
Lorsque les jeunes anguilles sont entrées dans la lagune, elles se dispersent dans les bassins, et ne songent plus à en sortir qu'elles ne soient adultes : mais alors le même instinct qui les avait poussées à s'y réfugier après leur naissance les sollicite à les abandonner. C'est pendant les mois d'octobre, novembre, décembre, qu'ont lieu ces grandes tentatives d'émigration, qui ne s'effectuent jamais qu'à la faveur des nuits les plus obscures, car la simple clarté de la lune suffit pour leur faire suspendre leur marche.
Les pécheurs profitent de ces habitudes pour leur tendre des pièges et pour les prendre en masse. Ils ont coutume de pratiquer au fond des bassins des petits chemins bordés de roseaux, qui aboutissent tous à une espèce de chambre également formée de roseaux. Les anguilles adultes s'engagent successivement dans ces défilés, et guidées par ces routes insidieuses, elles arrivent toutes dans les chambres où l'on veut les réunir. Elles s'y accumulent en si grande quantité, que, dans certaines occasions, elles forment une masse qui s'élève au-dessus de la surface de l'eau.
C'est là qu'on les ramasse, pour les transporter ensuite à Commachio, où on les vend à des marchands qui en remplissent les viviers de leurs bateaux, et les conduisent k long du Pô, du Tessin, afin d'en faire le commerce dan*
RAPPORt SUR LA PISCICOLÏL'RK. 95
toutes les parties de l' Italie. Celles que ces marchands n'achètent pas sont salées sur place, et vendues plus tard avec tous les antres poissons fournis par la lagune.
Les récoltes qu'on fait chaque année s'élèvent de quatrevingt à cent mille rubiy c'est'-à-dire à douze ou treize cent mille kilogrammes, car le rubi pèse vingt-cinq livres.
D'après des renseignements qui m'ont été fournis par M. Cuppari, professeur à l'université de Pise, chaque rubi se vendrait un écu et trente baiocchi romains, ce qui donnerait chaque année, pour les anguilles seules, un revenu brut de 80,000 écus.
Telles sont, monsieur le ministre, les considérations que j'ai cru devoir vont présenter en ce moment. Un peu plus tard, quand mes expériences m'auront conduit à de nouveaux résultats, j'aurai l'honneur de vous les comimin»quer, et je vous prie, en attendant, de vouloir bien agréer l'assurance de ma considération la plus distinguée.
(!oSTK.